Clément VII (Clemens VII), né Giulio de' Medici le 26 mai 1478 à Florence, gouverne l'Église romaine du 19 novembre 1523 au 25 septembre 1534. Second pape de la maison Médicis après son cousin Léon X, cultivé, fin diplomate et personnellement irréprochable dans ses mœurs, il a pourtant laissé la mémoire de l'un des pontificats les plus catastrophiques de l'histoire : la tradition historiographique le surnomme « le plus malheureux des papes ».[3]
En onze ans, son règne concentre presque tous les séismes du XVIᵉ siècle. Il voit le sang des chrétiens couler à Rome même lors du terrible Sac de Rome du 6 mai 1527, quand l'armée impériale — une soldatesque mutinée et impayée, échappant au contrôle même de Charles Quint — massacre sa Garde suisse et le tient prisonnier dans le château Saint-Ange.[4][5] Il assiste, impuissant, à la perte de l'Angleterre : refusant d'annuler le mariage de Henri VIII avec Catherine d'Aragon, il provoque malgré lui le schisme anglican.[6] Il regarde enfin l'Allemagne basculer dans la Réforme luthérienne sans réussir à convoquer le concile que toute la chrétienté réclamait.[7]
Le drame de Clément VII n'est pas un drame de vice — il ne fut ni un Borgia (Alexandre VI) ni un pape-guerrier (Jules II) — mais un drame de la décision. Pris en tenailles entre l'empereur Charles Quint et le roi de France François Ier, ce Médicis hésitant changea trop souvent de camp, et chaque hésitation se paya plus cher que la précédente. The Catholic Encyclopedia tranche sans ménagement : « Il fut un prince italien, un Médicis et un diplomate d'abord, et un gouvernant spirituel ensuite. »[8]
Et pourtant, ce pontificat de désastres est aussi celui qui commanda le Jugement dernier à Michel-Ange, approuva la naissance des Capucins, écouta avec intérêt, en 1533, l'exposé de Widmanstetter sur le système copernicien (et gratifia l'orateur d'un don)[9] et prépara, par ses échecs mêmes, le sursaut de la Contre-Réforme et du concile de Trente. Comprendre Clément VII, c'est tenir ensemble l'homme et la fonction : un pape faible à la tête d'un Siège que sa faiblesse n'a pas fait tomber.
Pourquoi Clément VII reste « le plus malheureux des papes »
La postérité a fixé de Clément VII une image cruelle : celle d'un pontife intelligent mais irrésolu, qui voit fondre sur lui toutes les catastrophes du siècle sans jamais parvenir à les conjurer. Cette réputation n'est pas une légende noire tardive ; elle naît du jugement de ses propres contemporains.
Élu dans l'enthousiasme en 1523, Giulio de' Medici réunissait en apparence toutes les qualités d'un grand pape : une longue expérience de la curie, une culture raffinée, une vie privée sans scandale, une connaissance intime des affaires européennes. Mais cette intelligence d'analyse se doublait d'une incapacité chronique à trancher. Là où Jules II imposait par la force et Léon X par la prodigalité, Clément calculait, temporisait, retournait sa veste — et perdait.
Le bilan parle de lui-même. En 1527, sa ville même est livrée au pillage par les soldats de l'empereur qu'il avait trahi. En 1530, il doit couronner ce même empereur pour sauver l'Italie. En 1534, l'Angleterre se sépare de Rome parce qu'il n'a su ni céder à temps ni résister à temps. Et durant tout ce temps, l'Allemagne luthérienne échappe à l'Église faute d'un concile qu'il redoute plus qu'il ne le désire. Encyclopædia Britannica résume : Clément « sous-estima gravement la profondeur et le danger de son impopularité en Allemagne », laissant la papauté « psychologiquement non préparée à un rejet radical et permanent de son autorité ».[10]
C'est précisément ce qui rend son cas instructif pour l'intelligence catholique. Clément VII illustre une vérité dure : un pape peut être personnellement honnête, pieux et cultivé, et néanmoins gouverner mal. La sainteté du Siège ne tient pas à la grandeur de ceux qui l'occupent. Sous le plus malheureux des papes, l'Église a perdu l'Angleterre et l'Allemagne — mais elle n'a renié ni un dogme, ni la validité d'un seul mariage, ni la doctrine de Pierre.
Les sources principales
| Source | Nature | Apport pour Clément VII |
|---|---|---|
| The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Clement VII » (1908) | Synthèse catholique de référence | Biographie d'ensemble, Sac de Rome, affaire Henri VIII, bilan moral nuancé |
| Encyclopædia Britannica, art. « Clement VII » | Synthèse savante | Caractère, vacillations diplomatiques, jugement historique |
| Ludwig von Pastor, History of the Popes (éd. angl. Kerr, Londres, Kegan Paul : t. IX, 1910 ; t. X, 4ᵉ éd., 1938) | Grande histoire savante de la papauté | Récit détaillé du pontificat : élection et couronnement (t. IX, ch. VII, p. 245), rançon et fuite de décembre 1527 (t. IX, ch. XII, pp. 464-467), retour à Rome (t. X, ch. I, p. 29), sentence du 11 juillet 1533 contre Henri VIII (t. X, ch. VIII, pp. 282-285), maladie, mort et tombeau (t. X, ch. X, pp. 326-328) |
| Bulle Religionis zelus (3 juillet 1528) | Acte pontifical | Approbation de la réforme capucine |
| Archives et site de la Garde suisse pontificale | Source institutionnelle | Massacre du 6 mai 1527, commémoration |
| Giorgio Vasari, Le Vite (1568) | Source artistique contemporaine | Commande du Jugement dernier et du chantier florentin |
| Emmanuel Rodocanachi, Histoire de Rome : Les pontificats d'Adrien VI et de Clément VII (Paris, Hachette, 1933, 292 p.) | Monographie de référence | Détails du règne, maladie et mort du pape, rumeur d'empoisonnement |
Giulio de' Medici : l'enfant d'un assassinat
Avant d'être pape, Clément VII fut d'abord un Médicis — et toute sa destinée porte la marque de cette maison de banquiers devenue maîtresse de Florence, avec ses gloires et ses tragédies.
Né un mois après la conjuration des Pazzi (1478)
Giulio de' Medici naît à Florence le 26 mai 1478, dans des circonstances tragiques. Son père, Giuliano de' Medici, frère cadet de Laurent le Magnifique, venait d'être assassiné un mois plus tôt, le 26 avril 1478, poignardé en pleine cathédrale Santa Maria del Fiore lors de la conjuration des Pazzi, complot ourdi par une famille rivale avec la complicité de membres de la curie romaine.[11][12] L'enfant est donc posthume : il naît du sang d'un Médicis tué dans une église, premier signe d'un destin tissé de violences.
Sa naissance est de surcroît illégitime : Giuliano et la mère de l'enfant, Fioretta Gorini, étaient fiancés mais non mariés. Une procédure canonique le déclarera plus tard légitimé, condition nécessaire à une grande carrière ecclésiastique.[13] Cette tache des origines reviendra le hanter : à l'élection de 1523, ses adversaires objecteront sa bâtardise.
Élevé par Laurent le Magnifique
Orphelin de père, le petit Giulio est recueilli et élevé par son oncle Laurent le Magnifique, le prince le plus brillant de la Renaissance florentine, aux côtés de ses propres fils — dont Giovanni, le futur Léon X.[14] Les deux cousins grandissent ensemble dans le foyer le plus cultivé d'Italie, entourés d'humanistes, d'artistes et de philosophes. Cette éducation fait de Giulio un homme de goût, un connaisseur des arts et un esprit politique aguerri — mais elle l'enracine aussi dans une vision dynastique et mondaine du pouvoir, où le service de l'Église se confond avec la grandeur de la maison Médicis.
« Il fut élevé par son oncle Laurent le Magnifique. » — The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Clement VII »[15]
Chevalier de Rhodes, archevêque, cardinal (1513)
La carrière de Giulio bascule en 1513, lorsque son cousin Giovanni est élu pape sous le nom de Léon X. Jusque-là chevalier de Rhodes et grand prieur de Capoue dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Giulio est aussitôt poussé au premier rang : nommé archevêque de Florence, puis créé cardinal au consistoire du 23 septembre 1513 (chapeau et diaconie de Sainte-Marie in Domnica le 29 septembre).[16][17] Pour lever l'obstacle de sa naissance illégitime, Léon X fait établir que ses parents avaient été liés par un engagement matrimonial, ce qui permet de le tenir pour légitime au regard du droit.
L'homme fort de deux pontificats
Devenu vice-chancelier de la sainte Église romaine, Giulio de' Medici est, pendant tout le règne de Léon X (1513-1521), le véritable moteur de la politique pontificale. The Catholic Encyclopedia le décrit comme « le principal artisan de la politique papale durant tout le pontificat de Léon ».[18] Habile, infatigable, omniprésent dans les négociations diplomatiques, il acquiert une réputation d'homme d'État accompli.
Cette réputation lui survit même sous le pontificat austère et bref du Flamand Adrien VI (1522-1523), dernier pape non italien avant Jean-Paul II, qui le maintient dans son influence.[19] Quand Adrien VI meurt le 14 septembre 1523, Giulio de' Medici apparaît comme le candidat le mieux préparé de tout le Sacré Collège. L'expérience, pourtant, ne fera pas le grand pape : elle révélera un diplomate brillant et un gouvernant velléitaire.
Le conclave de 1523 : un Médicis sur le trône de Pierre
Un conclave de cinquante jours
Le conclave qui s'ouvre après la mort d'Adrien VI est l'un des plus longs et des plus disputés du siècle. Pendant près de cinquante jours, le Sacré Collège se déchire entre la faction impériale, la faction française et les ennemis personnels des Médicis. La candidature de Giulio se heurte à l'objection de sa naissance illégitime et à la méfiance de ceux qui craignent un nouveau règne médicéen après les fastes ruineux de Léon X.[20]
Le cardinal de Médicis finit par l'emporter le 19 novembre 1523 et choisit le nom de Clément VII.[21][22] Il est couronné le 26 novembre suivant. À quarante-cinq ans, l'homme le mieux informé d'Europe ceint la tiare.
Une élection « saluée avec allégresse »
L'avènement de Clément VII est d'abord accueilli avec soulagement. The Catholic Encyclopedia note que l'élection fut « saluée à Rome avec une joie enthousiaste » : après l'austérité dépaysante d'Adrien VI le Flamand, Rome retrouvait un pape italien, raffiné, ami des arts, héritier du splendide mécénat médicéen.[23] On attendait de lui un nouvel âge d'or.
Cette attente reposait sur un malentendu. Les Romains saluaient le mécène ; ils héritaient d'un diplomate prisonnier de ses propres calculs, sur lequel allait s'abattre la pire décennie de la papauté de la Renaissance.
Le piège diplomatique : entre Charles Quint et François Ier
Tout le malheur de Clément VII tient dans une équation politique impossible. Deux géants se disputent l'Europe et l'Italie : Charles Quint, empereur des Romains, roi d'Espagne, maître de Naples, de l'Allemagne et du Nouveau Monde ; et François Ier, roi de France, qui revendique le Milanais. Coincé entre eux, le pape, prince temporel des États pontificaux, ne peut survivre qu'en arbitrant — mais Clément, au lieu d'arbitrer, oscille.
Pavie (1525) et le renversement d'alliance
En 1525, à la bataille de Pavie (24 février), l'armée de Charles Quint écrase les Français et fait prisonnier le roi François Ier lui-même.[24] L'empereur devient le maître absolu de l'Italie. Clément VII, qui avait d'abord penché du côté impérial, prend peur devant cette hégémonie : il redoute qu'un Charles Quint tout-puissant ne réduise la papauté à la vassalité.
La Ligue de Cognac (1526)
Dès la libération de François Ier, Clément VII commet le pas décisif : le 22 mai 1526, il scelle la Ligue de Cognac, coalition réunissant le Saint-Siège, la France, Venise, Florence et le duc de Milan François II Sforza, contre Charles Quint.[25][26] Le pape se range ouvertement contre l'empereur dont il avait pourtant reçu l'appui à son élection.
« Il organisa une Ligue avec la France, Venise et Florence le 22 mai 1526. » — The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Clement VII »[27]
C'est un calcul rationnel — empêcher la domination impériale — mais conduit avec une faiblesse militaire désastreuse. La Ligue est mal armée, mal coordonnée, et le pape n'a pas les moyens de sa politique. En se déclarant ennemi de Charles Quint sans pouvoir le vaincre, Clément signe, sans le savoir, l'arrêt de mort de Rome.
L'agression des Colonna (septembre 1526)
Premier avertissement : le 20 septembre 1526, la puissante famille romaine des Colonna, alliée de l'empereur, lance un raid sur Rome, pille le Vatican et contraint le pape à se réfugier au château Saint-Ange.[28] Clément en sort par un accord, mais l'humiliation annonce le cataclysme. Huit mois plus tard, ce ne sera plus un raid de quelques heures, mais l'anéantissement de la Ville.
Le Sac de Rome (6 mai 1527)
Le Sac de Rome est l'événement central du pontificat de Clément VII et l'un des traumatismes majeurs de l'histoire chrétienne. Beaucoup d'historiens y voient la fin de la Haute Renaissance italienne.[29]
Une armée impériale sans solde et sans maître
À l'hiver 1526-1527, une armée impériale composée de mercenaires espagnols et de Landsknechte allemands — dont une grande partie de luthériens convaincus, hostiles au pape — descend en Italie sous le commandement du connétable Charles de Bourbon. Cette troupe n'est plus payée depuis des mois ; affamée et mutinée, elle échappe largement au contrôle de l'empereur lui-même.[30] Le 6 mai 1527, elle se rue sur Rome. Dès le premier assaut, le connétable de Bourbon est tué — privant les assaillants de tout frein.
Le martyre de la Garde suisse
C'est ce jour-là que la Garde suisse pontificale écrit la page la plus héroïque de son histoire. Sur les marches de la basilique Saint-Pierre, les hallebardiers suisses se sacrifient pour couvrir la fuite du pape. Cent quarante-sept gardes sur cent quatre-vingt-neuf tombent dans le combat, dont leur capitaine Kaspar Röist ; seuls quarante-deux survivants parviennent à escorter Clément VII par le passage couvert du Passetto di Borgo jusqu'au château Saint-Ange.[31] En souvenir de ce sacrifice, la Garde suisse fait encore prêter serment à ses nouvelles recrues chaque 6 mai.[32]
« Seuls contre vingt mille assaillants, les gardes furent totalement submergés. » — Musée national suisse, sur le 6 mai 1527[33]
Huit jours d'horreur
Rome est alors livrée à huit jours de pillage, de viols, de massacres et de sacrilèges sans précédent dans la mémoire chrétienne. The Catholic Encyclopedia décrit la scène : « Les églises furent profanées, les femmes, même les religieuses, violées, les ambassadeurs pillés. »[34] Les soldats luthériens parodient les processions, raillent le pape, saccagent les reliques. La capitale de la chrétienté, capitale des arts, est dévastée. Des milliers d'habitants sont massacrés — les estimations courantes vont de 6 000 à 12 000 tués — et la ville, qui comptait environ 55 000 âmes, tombe à quelque 10 000 habitants, entre morts, fuite, famine et peste.[35]
Prisonnier, puis fugitif
Réfugié au château Saint-Ange, Clément VII y reste prisonnier virtuel pendant plus de sept mois.[36] Pour recouvrer la liberté, il doit accepter une rançon écrasante — de l'ordre de 400 000 ducats au titre du traité (73 169 + 35 000 + 44 984 + 150 000 + 65 000, soit 368 153 ducats stipulés selon Pastor), sans compter 135 000 ducats de soldes dues aux lansquenets (100 000) et aux Espagnols (35 000) — et céder plusieurs places fortes des États pontificaux.[37][38] Finalement, déguisé, il s'échappe de Rome en décembre 1527 et gagne Orvieto, puis Viterbe, d'où il gouverne une Église en ruines. Il ne rentrera dans une Rome dévastée qu'en octobre 1528.[39][40]
- 24 février 1525Bataille de PavieFrançois Ier prisonnier de Charles Quint
L'écrasement français livre l'Italie à l'empereur ; Clément VII prend peur de l'hégémonie impériale.
- 22 mai 1526Ligue de CognacLe pape contre l'empereur
Clément se range avec la France, Venise, Florence et Milan contre Charles Quint.
- 20 septembre 1526Raid des ColonnaPremier pillage du Vatican
Le pape se réfugie une première fois au château Saint-Ange.
- 6 mai 1527Sac de RomeMassacre de la Garde suisse
147 gardes suisses meurent pour couvrir la fuite du pape ; Rome est livrée à huit jours d'horreur.
- décembre 1527Fuite à OrvietoLe pape déguisé
Clément VII s'échappe du château Saint-Ange et gouverne depuis l'exil.
- 24 février 1530Couronnement de BologneCharles Quint sacré empereur
Réconcilié avec l'empereur, le pape le couronne — dernier sacre impérial par un pape.
Le couronnement de Charles Quint à Bologne (24 février 1530)
Vaincu, ruiné, Clément VII n'a plus le choix : il doit se réconcilier avec le vainqueur. Les traités de Barcelone (juin 1529) avec l'empereur et de Cambrai (août 1529) entre Charles Quint et François Ier ramènent une paix précaire en Italie.[41]
Le dernier couronnement impérial
Le 24 février 1530, dans la basilique San Petronio de Bologne, Clément VII pose la couronne impériale sur la tête de Charles Quint. La date n'est pas choisie au hasard : c'est l'anniversaire de l'empereur et celui de sa victoire de Pavie. L'événement est lourd de symboles : c'est la dernière fois dans l'histoire qu'un pape couronne un empereur du Saint-Empire romain germanique.[42] Le geste qui depuis Charlemagne scellait l'alliance du trône et de l'autel s'éteint ici, au seuil d'un monde où la Réforme et les États modernes vont défaire la vieille chrétienté.
Le siège de Florence et le retour des Médicis
La réconciliation a un prix politique que Clément VII paie volontiers : la restauration des Médicis à Florence. En 1527, profitant du Sac de Rome, les Florentins avaient chassé les Médicis et proclamé la République. Avec l'appui des troupes impériales, le pape fait assiéger sa propre patrie pendant près de onze mois. Florence capitule en août 1530, et Clément y rétablit la domination de sa maison : son parent Alexandre de Médicis prend la tête du gouvernement florentin en 1531, puis reçoit en 1532 le titre de duc héréditaire de Florence.[43][44]
Les chroniqueurs murmurent qu'Alexandre n'est pas seulement le « neveu » du pape, mais son fils illégitime — point que les historiens discutent encore aujourd'hui sans pouvoir trancher.[45] Quoi qu'il en soit, le tableau est éloquent : le vicaire du Christ fait bombarder la ville de Savonarole pour y replacer sa dynastie. Le prince a, ici encore, primé sur le pasteur.
L'« affaire du roi » : Henri VIII et la perte de l'Angleterre
De toutes les épreuves de Clément VII, la plus lourde de conséquences pour l'avenir de la foi fut le « grand sujet » (the King's Great Matter) : la demande d'annulation du mariage de Henri VIII d'Angleterre avec Catherine d'Aragon.
Un piège dans le piège
En 1527, Henri VIII, marié depuis dix-huit ans à Catherine d'Aragon et épris d'Anne Boleyn, demande au pape d'annuler son union, sous prétexte que Catherine avait d'abord été l'épouse de son frère défunt Arthur.[46] Or Catherine d'Aragon est la tante de Charles Quint — l'empereur dont les soldats viennent de saccager Rome et qui tient l'Italie. Annuler le mariage, c'est insulter mortellement le maître de l'Europe ; le maintenir, c'est risquer de perdre l'Angleterre. Le pape, déjà prisonnier de Charles, se trouve enfermé dans un second piège.
La tactique de l'atermoiement
Fidèle à son tempérament, Clément choisit de gagner du temps, espérant que la passion du roi pour Anne Boleyn s'éteindrait d'elle-même.[47] Il accorde une commission aux cardinaux Wolsey et Campeggio pour juger l'affaire en Angleterre (1528), puis, sous la pression impériale, révoque la cause à Rome.[48] Les années passent en procédures, en appels, en lenteurs calculées. Le roi s'impatiente, puis se révolte.
Cranmer, le divorce et le schisme (1533-1534)
À partir de 1531, Henri VIII passe à l'action unilatérale : il extorque de l'argent au clergé anglais et fait restreindre par le Parlement les liens financiers avec Rome. En 1533, il fait nommer Thomas Cranmer archevêque de Cantorbéry — Clément lui accorde imprudemment le pallium (l'insigne du métropolitain remis par Rome, qui vaut reconnaissance pontificale de Cranmer comme archevêque) — et Cranmer déclare en mai 1533 valide le mariage du roi avec Anne Boleyn et nul celui avec Catherine. Anne est couronnée reine en juin 1533.[49] Le pape réagit enfin : le 11 juillet 1533, il rend contre Henri une sentence qui déclare nuls le prétendu divorce de Cranmer et le mariage avec Anne Boleyn, et frappe le roi de l'excommunication majeure — dont l'exécution est toutefois suspendue, avec un délai de repentir d'abord fixé à fin septembre, puis prorogé jusqu'à fin novembre.[50] Ce n'est pas encore la bulle d'excommunication en forme : celle-ci ne sera rédigée que sous son successeur Paul III, le 30 août 1535 (Eius qui immobilis), et son exécution, suspendue dans l'espoir d'un retour du roi, ne sera ordonnée que le 17 décembre 1538 (Cum redemptor noster).[51]
Le 23 mars 1534, le tribunal pontifical proclame solennellement la validité du mariage de Henri VIII avec Catherine d'Aragon.[52] Trop tard : la rupture est déjà effective depuis 1533 — sentence de Cranmer en mai, couronnement d'Anne en juin. Quant à l'Acte de Suprématie qui fait du roi le chef suprême de l'Église d'Angleterre, le Parlement anglais ne le vote que le 3 novembre 1534[53] — six semaines après la mort de Clément VII, survenue le 25 septembre. Le schisme anglican est donc consommé dans les faits du vivant du pape, mais scellé en droit après sa mort.
Clément a-t-il eu tort ?
L'historiographie facile fait de ce désastre la faute personnelle d'un pape pusillanime. La réalité catholique est plus exigeante. Sur le fond doctrinal, Clément VII a eu raison : le mariage de Henri et de Catherine était valide, et l'Église ne peut dissoudre un mariage sacramentel valide — fût-ce pour garder un royaume. En refusant l'annulation, Clément n'a pas trahi par faiblesse : il a, sur le point essentiel, tenu l'indissolubilité du mariage contre la volonté d'un roi.
« Clément a été beaucoup blâmé pour ce retard et pour ses diverses concessions [...] mais il est extrêmement douteux qu'une attitude plus ferme eût produit un résultat plus heureux. » — The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Clement VII »[54]
Le reproche légitime ne porte donc pas sur la décision finale, mais sur la manière : les atermoiements, les concessions partielles, les ambiguïtés qui ont laissé croire à Henri qu'il pourrait obtenir gain de cause, et qui ont exaspéré au lieu d'apaiser. Sur l'essentiel — la vérité du sacrement —, le plus malheureux des papes a sauvé l'honneur de la doctrine. L'Angleterre fut perdue, mais l'indissolubilité du mariage chrétien fut maintenue. C'est, en creux, une leçon sur ce que l'Église ne peut pas céder, même sous la menace.
Face à la Réforme protestante : l'occasion manquée du concile
Pendant que Rome brûlait et que Londres se séparait, l'Allemagne échappait à l'Église. Le pontificat de Clément VII coïncide avec l'expansion décisive de la Réforme luthérienne : la diète de Spire (1529), où naît le mot « protestant », et la Confession d'Augsbourg (1530) se déroulent sous son règne.
La peur du concile
Toute la chrétienté, catholiques compris, réclamait un concile général pour réformer l'Église et répondre à Luther. Charles Quint lui-même pressait le pape de le convoquer. Mais Clément VII s'y refusa obstinément.[55] Plusieurs raisons l'arrêtaient : la crainte qu'un concile ne réveille le vieux conciliarisme (la thèse selon laquelle le concile serait supérieur au pape), la peur d'y voir la France et l'Empire régler leurs comptes, et l'angoisse qu'on n'y remette en cause sa propre légitimité de fils illégitime.
« Le pape semble avoir eu horreur de l'idée de convoquer un concile général, prévoyant sans doute de graves difficultés avec la France. » — The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Clement VII »[56]
Le concile viendra trop tard — mais il viendra
Ce refus est l'une des grandes fautes politiques du pontificat : en différant le concile, Clément laissa la fracture protestante se durcir et se territorialiser. Britannica juge que son irrésolution « permit à la révolte protestante de croître ».[57]
Mais l'histoire catholique ne s'arrête pas à cet échec. Le concile que Clément n'osa pas réunir, son successeur Paul III le convoqua : ce sera le concile de Trente (1545-1563), matrice de la grande Contre-Réforme catholique. Le sursaut spirituel se préparait déjà sous Clément VII lui-même, qui approuva les ordres réformateurs dont allait jaillir la reconquête. L'Église a perdu une bataille sous le plus faible des papes ; elle n'a pas perdu la guerre.
Le pape de la Renaissance finissante
Si l'on quitte la politique pour la culture et la vie religieuse, le pontificat de Clément VII offre un autre visage — celui d'un mécène d'exception et d'un pape qui, malgré tout, laissa l'Esprit travailler.
Mécène de Michel-Ange : le Jugement dernier
Médicis jusqu'au bout, Clément VII fut l'un des plus grands commanditaires de Michel-Ange. À Florence, il lui fit élever les tombeaux des Médicis de la Sacristie neuve de San Lorenzo et bâtir la Bibliothèque laurentienne, chefs-d'œuvre de l'architecture maniériste.[58] Surtout, c'est lui qui commanda à Michel-Ange le Jugement dernier, l'immense fresque du mur d'autel de la chapelle Sixtine — dont l'artiste préparait déjà le carton du vivant du pape —, l'une des œuvres les plus puissantes de l'art chrétien, achevée sous son successeur.[59]
Les nouveaux ordres : Capucins, Théatins, Barnabites
Le règne de Clément VII voit naître plusieurs des ordres qui porteront la réforme catholique. Le pape approuve les Théatins de saint Gaétan de Thiene et de Gian Pietro Carafa (le futur Paul IV), confirme les Barnabites, et surtout, par la bulle Religionis zelus du 3 juillet 1528, donne naissance à la réforme capucine, branche rigoureuse et populaire de la famille franciscaine.[60] Ces fondations, nées dans l'ombre des désastres, deviendront les fers de lance de la Contre-Réforme.
Le pape qui accueillit Copernic (1533)
Contre la légende d'une Église ennemie de la science, le pontificat de Clément VII offre un démenti éclatant. En 1533, dans les jardins du Vatican, le savant Johann Albrecht Widmanstetter expose au pape la théorie héliocentrique de Copernic — la Terre tournant autour du Soleil. Loin de s'en offusquer, Clément VII écouta l'exposé avec intérêt et gratifia l'orateur d'un don.[61] Près d'un siècle avant le procès de Galilée, un pape écoute l'héliocentrisme avec faveur : preuve que le conflit ultérieur tint moins à la doctrine qu'au contexte et aux hommes.
Catherine de Médicis et le mariage de Marseille (1533)
Diplomate jusqu'à la fin, Clément VII scelle en personne, le 28 octobre 1533 à Marseille, le mariage de sa jeune parente Catherine de Médicis avec Henri d'Orléans, second fils de François Ier et futur roi Henri II de France.[62] Par ce mariage, une Médicis monte vers le trône de France — Catherine sera l'une des reines les plus puissantes du siècle. Mais le geste illustre une dernière fois la pente du pontificat : jusqu'au bout, le pape mêla les intérêts de sa maison à ceux de l'Église.
Mort et postérité (25 septembre 1534)
Une longue agonie et la rumeur du poison
Rentré malade à Rome à la fin de 1533, Clément VII décline lentement : fièvres, troubles digestifs, foie défaillant, teint jauni, perte de la vue. Il meurt le 25 septembre 1534, âgé de cinquante-six ans, dans le palais du Vatican.[63][64]
Selon l'usage du temps, la rumeur lui prête une mort par empoisonnement — la tradition populaire nomme même un plat d'amanite phalloïde, le champignon mortel.[65] Son biographe Emmanuel Rodocanachi rapporte que « selon la coutume de ces temps, on attribua sa mort au poison ». Mais le dossier contredit cette légende : Pastor documente les premiers signes dès le 30 mai 1534, une affection gastrique probablement maligne, avec rechutes et rémissions jusqu'au 25 septembre — près de quatre mois de maladie fluctuante, incompatibles avec un empoisonnement aigu à l'amanite.[66]
Le tombeau de la Minerve
D'abord inhumé à Saint-Pierre, son corps fut transféré dans l'église dominicaine Santa Maria sopra Minerva, où Baccio Bandinelli lui éleva un tombeau monumental, face à celui de son cousin Léon X.[67][68] Les deux papes Médicis reposent côte à côte, comme ils avaient régné — dans la splendeur et dans le malheur.
Bilan : le pape de la distinction entre l'homme et la fonction
Peu de pontificats appellent un jugement aussi sévère et, en même temps, aussi instructif pour la foi catholique.
Les ombres
Au débit, l'histoire inscrit une suite ininterrompue de désastres : Rome saccagée, l'Angleterre perdue, l'Allemagne luthérienne abandonnée, le concile différé, Florence assiégée pour la gloire d'une dynastie. The Catholic Encyclopedia, qui ne ménage pas son propre camp, conclut que malgré ses bonnes intentions, « toutes les qualités d'héroïsme et de grandeur doivent lui être catégoriquement refusées ».[69] La cause profonde n'est pas le vice, mais la faiblesse de la volonté : un homme qui voyait juste et n'osait jamais.
Ce qu'on lui doit malgré tout
Au crédit, pourtant, le bilan n'est pas vide. Clément VII a tenu la doctrine de l'indissolubilité du mariage face à Henri VIII, au prix d'un royaume. Il a approuvé les ordres réformateurs — Capucins, Théatins, Barnabites — qui feront la Contre-Réforme. Il a écouté avec intérêt l'exposé de Widmanstetter sur le système de Copernic. Il a commandé à Michel-Ange le Jugement dernier. Sous le plus malheureux des papes, l'Esprit ne cessa pas d'agir.
Pourquoi Clément VII compte aujourd'hui
La grande leçon de ce pontificat est celle de la distinction catholique entre l'homme et la fonction. L'Église n'a jamais enseigné que ses papes seraient des génies politiques ou des saints sans défaut ; elle enseigne que l'indéfectibilité du Siège de Pierre ne dépend ni de leurs vertus ni de leurs talents. Sous Clément VII, un pape faible a perdu des nations entières — et n'a pourtant renié aucun dogme, dissous aucun mariage valide, trahi aucune vérité de la foi.
C'est précisément là que se lit la promesse du Christ à Pierre. Un Borgia n'a pas corrompu la doctrine ; un Médicis irrésolu ne l'a pas davantage abîmée. Le « plus malheureux des papes » démontre, en négatif, ce que l'Église catholique soutient depuis vingt siècles : la continuité du Siège de Pierre ne tient pas à la force de ses titulaires, mais à la fidélité de Celui qui l'a fondé. Clément VII fut un mauvais gouvernant ; il ne fut pas un mauvais gardien de la foi. Et c'est encore une victoire que d'avoir, dans la pire décennie de la Renaissance, conservé intacte la doctrine pour les siècles à venir.
Pour aller plus loin
- Le pape Léon X, son cousin et prédécesseur médicéen, dont il fut l'homme de confiance
- Le pape Adrien VI, le pape flamand austère auquel il succéda en 1523
- Le pape Paul III, son successeur, qui convoqua enfin le concile de Trente
- Le pape Jules II, le « pape guerrier » de la Renaissance, figure inverse de Clément
- Le pape Alexandre VI, l'autre grand pape contesté de la Renaissance
- L'anglicanisme, né du schisme de Henri VIII que Clément ne put empêcher
- La Réforme protestante, qui s'enracina en Allemagne sous son pontificat
- Le concile de Trente, la grande réponse catholique que son successeur convoqua
- La Contre-Réforme catholique, dont les ordres qu'il approuva furent les fers de lance
- La chapelle Sixtine, dont il commanda à Michel-Ange le Jugement dernier
- Les États pontificaux, qu'il vit ravagés lors du Sac de Rome
Notes et références
Saint-Siège, page officielle « Clemente VII » : « 219th Pope of the Catholic Church ». Numérotation de la liste officielle des souverains pontifes (Annuario Pontificio). URL vérifiée : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/clemente-vii.html. L'antipape d'Avignon Robert de Genève (1378-1394), qui prit lui aussi le nom de Clément VII, ne figure pas dans cette liste officielle, réservée aux pontifes légitimes — d'où l'absence de conflit de numérotation.
1« Clement VII (pope) », Encyclopædia Britannica, https://www.britannica.com/biography/Clement-VII-pope. Caractérisation du pape comme « weak, vacillating figure », jugement sur l'impopularité en Allemagne (« gravely underestimated the depth and the dangers of his unpopularity in Germany ») et sur la révolte protestante (« indecisiveness allowed the Protestant revolt to grow »). Surnom historiographique : l'Encyclopædia Britannica, 9ᵉ éd., vol. V, art. « Clement VII », ouvre sa notice par ces mots : « the most unfortunate of the Popes ».
2 3 7 10 21 24 26 37 39 41 47 55 57« Pope Clement VII », The Catholic Encyclopedia, vol. 4, New York, Robert Appleton Company, 1908, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/04024a.htm. Citations traduites du texte anglais : « He was an Italian prince, a de' Medici, and a diplomat first, and a spiritual ruler afterwards » ; « the prime mover of the papal policy during the whole of Leo's pontificate » ; « hailed at Rome with enthusiastic rejoicing » ; « Churches were desecrated, women, even the religious, violated, ambassadors pillaged » ; « all qualities of heroism and greatness must emphatically be denied him ».
4 8 12 13 14 15 18 19 23 25 27 28 30 34 36 56 69« The darkest day in the history of the Swiss Guard », Blog du Musée national suisse, mai 2023, https://blog.nationalmuseum.ch/en/2023/05/the-darkest-day-in-the-history-of-the-swiss-guard/. Chiffres : 147 gardes tombés (dont le capitaine Kaspar Röist), 42 survivants escortant le pape par le Passetto di Borgo jusqu'au château Saint-Ange ; serment des nouvelles recrues chaque 6 mai en mémoire de ce jour.
5 31 32 33« Pope Clement VII », The Catholic Encyclopedia, 1908, section sur l'affaire matrimoniale de Henri VIII. Texte anglais cité et traduit : « Clement has been much blamed for this delay and for his various concessions… but it is extremely doubtful whether a firmer attitude would have had a more beneficial result. » Chronologie : demande d'annulation (1527), commission Wolsey-Campeggio (1528), révocation de la cause à Rome, pallium à Cranmer (1533), sentence de Cranmer (mai 1533), couronnement d'Anne Boleyn (1er juin 1533), déclaration de validité du mariage avec Catherine d'Aragon (23 mars 1534), Acte de Suprématie anglais (3 novembre 1534, posthume pour Clément VII, mort le 25 septembre 1534).
6 46 48 49 52 54En 1533, Johann Albrecht Widmanstetter exposa le système de Copernic devant Clément VII, à Rome ; l'Encyclopædia Britannica de 1911 (art. « Copernicus, Nicolaus », vol. VII, pp. 100-101) note : « Johann Albrecht Widmanstadt lectured upon it in Rome; Clement VII. approved ». Le pape gratifia l'orateur d'un don. Écoute intéressée, non adhésion doctrinale : l'épisode est antérieur de près d'un siècle au procès de Galilée (1633).
9 61« Clément VII (pape) » et « Pope Clement VII », Wikipédia / Wikipedia (encyclopédies collaboratives, utilisées ici pour les dates, noms et faits recoupés avec les sources de référence), https://fr.wikipedia.org/wiki/Clément_VII_(pape) et https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Clement_VII.
11 17 20 29 43 62 63 67Le consistoire de création est le 23 septembre 1513 (The Cardinals of the Holy Roman Church — FIU, notice du consistoire du 23 septembre 1513 : chapeau et diaconie de Sainte-Marie in Domnica remis le 29 septembre 1513 ; de même la Cambridge Modern History, vol. 2 : « At his very first creation of Cardinals on September 23, 1513 »). The Catholic Encyclopedia (1908) indiquait le 28 septembre.
16La date d'élection est donnée comme le 19 novembre 1523 par Encyclopædia Britannica et le consensus historiographique actuel ; The Catholic Encyclopedia (1908) indiquait le 18 novembre. Le couronnement eut lieu le 26 novembre 1523 : Ludwig von Pastor, History of the Popes, t. IX (éd. angl. Kerr, Londres, Kegan Paul, 1910), ch. VII, p. 245 (« The coronation took place on the 26th of November with great pomp »), d'après le Diarium de Marino Sanuto (cf. Sede Vacante 1523, CSUN). Divergence signalée : le résumé vénitien du Calendar of State Papers (Venise, novembre 1523, British History Online) indique le couronnement au 25 novembre.
22« Sack of Rome (1527) », Wikipedia : 6 000 à 12 000 tués ; ville passée d'environ 55 000 à environ 10 000 habitants (morts, fuite, famine, peste) ; encadré : « 45,000 civilians dead, wounded, or exiled ». https://en.wikipedia.org/wiki/Sack_of_Rome_(1527). Sur le sacrifice de la Garde suisse (147 tués, 42 survivants escortant le pape par le Passetto di Borgo), voir [^swissmuseum].
35Ludwig von Pastor, History of the Popes, t. IX (éd. angl. Kerr, Londres, Kegan Paul, 1910), ch. XII (« The Anarchic Condition of the Papal States… — The Flight of Clement VII to Orvieto »), pp. 464-465 : sommes convenues pour la rançon — 73 169 ducats pour l'évacuation du château Saint-Ange, 35 000 à réception, 44 984 sous quatorze jours, puis 150 000 en trois mensualités et enfin 65 000, outre 100 000 ducats aux lansquenets et 35 000 aux Espagnols à compter du 1ᵉʳ décembre ; captivité de sept mois pleins et évasion dans la nuit du 6 au 7 décembre 1527, déguisé en majordome, via Montefiascone vers Orvieto (pp. 466-467).
38Ludwig von Pastor, History of the Popes, t. X (éd. angl. Kerr, Londres, Kegan Paul, 4ᵉ éd., 1938), ch. I (« Clement VII in Exile at Orvieto and Viterbo… — His Return to Rome »), p. 29 : départ de Viterbe le 5 octobre 1528, rentrée à Rome le lendemain soir sous la pluie, sans réception publique ; encyclique du 14 octobre 1528 rappelant les cardinaux à Rome.
40« Coronation of Charles V », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Coronation_of_Charles_V : Charles Quint couronné empereur par Clément VII en la basilique San Petronio de Bologne le 24 février 1530 ; dernier empereur du Saint-Empire à être couronné par un pape.
42« Medici, Alessandro de' », The Columbia Encyclopedia : avec l'appui de Clément VII, Alexandre est fait chef de la République florentine en 1531 (head of the republic), puis duc héréditaire en 1532 (hereditary duke) par l'empereur Charles Quint. Le duché de Florence est établi en 1532 : voir « Duchy of Florence », Wikipedia.
44La paternité réelle d'Alexandre de Médicis (« le Maure »), premier duc de Florence, est débattue : plusieurs historiens le tiennent pour le fils illégitime de Giulio de' Medici (Clément VII) plutôt que pour son neveu, mais la question reste ouverte. Voir « Alessandro de' Medici, Duke of Florence », Wikipedia.
45Ludwig von Pastor, History of the Popes, t. X (éd. angl. Kerr, Londres, Kegan Paul, 4ᵉ éd., 1938), ch. VIII (« The Divorce of Henry VIII and the English Schism » — ch. XX dans la numérotation continue de la compilation Adrien VI + Clément VII), pp. 282-283 : sentence du 11 juillet 1533 déclarant nuls le jugement de Cranmer et le mariage avec Anne Boleyn, excommunication majeure avec délai de grâce jusqu'à fin septembre ; répit supplémentaire d'un mois obtenu par le cardinal de Tournon à partir du 26 septembre, puis report jusqu'à fin novembre accordé à Marseille à la demande de François Iᵉʳ (pp. 283-284) ; sentence définitive du 23 mars 1534 déclarant valide le mariage avec Catherine d'Aragon (p. 285). Conforme à Letters and Papers, Henry VIII, vol. 6, n° 807 (11 juillet 1533 : « suspending the declaration of the same till the end of September », British History Online).
50Bulle Eius qui immobilis rédigée par Paul III le 30 août 1535, exécution suspendue dans l'espoir d'un amendement du roi, puis ordonnée le 17 décembre 1538 par la bulle Cum redemptor noster ; G. R. Elton situe la promulgation effective en novembre 1538 (cf. biographie de Cornelius van Dun, 2017, d'après Elton).
51Premier Act of Supremacy (26 Hen. 8. c. 1), voté par le Parlement d'Angleterre le 3 novembre 1534 : le roi devient chef suprême de l'Église d'Angleterre. Date posthume pour Clément VII (mort le 25 septembre 1534). La rupture était effective dès 1533 : Cranmer déclare nul le mariage avec Catherine le 23 mai 1533 puis valide celui avec Anne le 28 mai, et Anne est couronnée le 1er juin 1533.
53Giorgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori (éd. Giuntina, Florence, 1568), IIIᵉ partie, « Vita di Michelagnolo Buonarruoti » : Sacristie neuve (tombeaux des Médicis) et Bibliothèque laurentienne à San Lorenzo de Florence commandées par Clément VII, puis Giudizio Universale du mur d'autel de la chapelle Sixtine, dont Michel-Ange préparait déjà le carton du vivant du pape — l'exécution (1536-1541) eut lieu sous Paul III.
58 59Clément VII, bulle Religionis zelus, 3 juillet 1528, approuvant la réforme capucine de la famille franciscaine. Voir Frati Minori Cappuccini (ofmcap.org), « Religionis zelus 1528 », https://www.ofmcap.org/en/religionis-zelus-1528/. Le pontificat approuve également les Théatins (saint Gaétan de Thiene, Gian Pietro Carafa) et confirme les Barnabites.
60Sur la maladie et la mort de Clément VII (25 septembre 1534) : Ludwig von Pastor, History of the Popes, t. X (éd. angl., Londres, Kegan Paul, 4ᵉ éd., 1938), ch. X — premiers signes le 30 mai 1534, maladie déclarée en juin, affection gastrique probablement maligne, fluctuations avec rechutes et rémissions (testament le 30 juillet, extrême-onction le 24 août, crise début septembre), puis un dernier mois passé « after hovering for a month between life and death » ; mort le 25 septembre, « three hours after midday », soit vers trois heures de l'après-midi (p. 326, d'après le rapport de Sanchez : « Hora tertia post meridiem »). C'est cette longue maladie fluctuante — près de quatre mois — qui rend l'hypothèse d'un empoisonnement aigu peu vraisemblable, sans qu'un tableau clinique tranché permette de l'exclure formellement. Sur la rumeur contemporaine d'empoisonnement (soupçons visant tour à tour Florentins et Français, dès le voyage de Marseille), voir ibid. : les médecins eux-mêmes étaient partagés, et Pastor conclut à une cause naturelle. Sur la rumeur, voir le biographe Emmanuel Rodocanachi, Histoire de Rome : Les pontificats d'Adrien VI et de Clément VII (Paris, Hachette, 1933), cité par « Pope Clement VII », Wikipedia : « in accordance with the custom of those times, people attributed his death to poison » — « specifically, poisoning by death cap mushroom » ; la même page ajoute que les symptômes et la durée de la maladie ne soutiennent pas cette hypothèse. Inhumation d'abord à Saint-Pierre puis transfert à Santa Maria sopra Minerva, tombeau de Baccio Bandinelli (voir [^pastor-tombeau]).
64 66La mise en scène du « plat d'amanite phalloïde » appartient à la tradition populaire : voir par ex. Liana Marabini, « Clement VII, when food is deadly », Daily Compass, 25 septembre 2021, qui fait mourir le pape dans d'atroces souffrances deux jours après un plat de champignons, le coupable étant « Amanita phalloides » : https://newdailycompass.com/en/clement-vii-when-food-is-deadly. Récit incompatible avec le dossier médical documenté par Pastor (maladie fluctuante de fin mai au 25 septembre 1534, voir [^mort]).
65Ludwig von Pastor, History of the Popes, t. X, ch. X, pp. 327-328 : restes d'abord déposés à Saint-Pierre puis transférés à Santa Maria sopra Minerva ; monument en arc de triomphe de marbre blanc élevé par Baccio Bandinelli sur les plans de Sangallo, face au tombeau de Léon X, avec la statue assise du pape sculptée par Nanni di Baccio Bigio et un relief du couronnement de Charles Quint.
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