Pape Adrien VI (1459-1523)

Adriaan Florensz Boeyens, fils de charpentier d'Utrecht devenu précepteur de Charles Quint, fut élu pape en 1522 : seul Néerlandais et dernier pape non italien avant Jean-Paul II. Réformateur austère détesté de la Rome de la Renaissance, il confessa publiquement la corruption de la Curie et mourut après vingt mois, vingt-deux ans avant le concile de Trente.

Ignispedia

Adrien VI (Hadrianus VI), né Adriaan Florensz Boeyens le 2 mars 1459 à Utrecht, fut pape du 9 janvier 1522 au 14 septembre 1523. Fils d'un modeste charpentier de marine des Pays-Bas, théologien réputé de Louvain, précepteur du futur empereur Charles Quint, puis évêque, grand inquisiteur et régent d'Espagne, il est le seul Néerlandais à être monté sur le trône de Pierre — et le dernier pape non italien avant Jean-Paul II, soit pendant quatre cent cinquante-cinq ans.[1][2]

Élu en son absence au terme d'un conclave bloqué, alors qu'il gouvernait l'Espagne au nom de Charles Quint, Adrien arrive dans une Rome qu'il ne connaît pas et qui le déteste avant même de l'avoir vu : les humanistes raffinés de la Curie méprisent ce « barbare du Nord » austère, qui parle latin mais ni italien courant ni la langue de la cour, et qui transforme le palais apostolique en cellule de moine.[3][4]

Son pontificat est dominé par trois crises simultanées : la révolte luthérienne qui embrase l'Allemagne, l'avance ottomane qui emporte Rhodes en décembre 1522, et une Curie corrompue que l'argent et le népotisme de ses prédécesseurs ont rendue irréformable. Adrien VI choisit le combat le plus difficile : reconnaître publiquement, dans son instruction au légat Chieregati lue à la diète de Nuremberg (janvier 1523), que le mal était parti de Rome elle-même — un aveu de la corruption curiale sans précédent dans la bouche d'un pape.[5][6]

Il meurt épuisé après vingt mois, sans avoir pu engager la réforme qu'il appelait de ses vœux. Son épitaphe, à Santa Maria dell'Anima, résume tout : « Hélas ! combien il importe à quelle époque tombe la vertu, même du meilleur des hommes. » Vingt-deux ans plus tard, le concile de Trente (ouvert le 13 décembre 1545) accomplira la réforme qu'Adrien VI avait été le premier pape à réclamer.[7][8]

Pourquoi le pontificat d'Adrien VI mérite un article

On présente souvent Adrien VI comme un pape de transition, coincé entre deux Médicis — Léon X qui le précède, Clément VII qui le suit. Le réduire à cela serait une erreur. Son pontificat est l'un des plus significatifs de la Renaissance précisément parce qu'il rompt avec elle : après les papes mécènes, guerriers et fastueux, voici un théologien du Nord, ascète et probe, qui regarde Rome avec les yeux d'un étranger et la juge.[9][10]

Le sujet touche au cœur du drame catholique du XVIᵉ siècle. Léon X avait déjà condamné Luther — bulle Exsurge Domine (15 juin 1520), puis excommunication Decet Romanum Pontificem (3 janvier 1521)[11]. Adrien VI est le premier pape à confesser publiquement la corruption de la Curie comme cause de la crise luthérienne, tout en exigeant l'application de l'Édit de Worms. Cette double attitude — condamner l'hérésie sans nier les abus qui l'ont nourrie — éclaire la position catholique authentique. C'est exactement ce que fera plus tard, avec plus de moyens et de temps, le concile de Trente.[12][13]

D'Utrecht à la tiare : les huit jalons majeurs qui conduisent Adriaan Florensz Boeyens du fils de charpentier d'Utrecht au pontificat romain. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le personnage intéresse aussi par sa singularité humaine. Fils de charpentier devenu pape, homme de devoir qui ne désirait pas la tiare et soupira en l'apprenant, réformateur sincère broyé par les résistances d'une cour qui « détestait jusqu'au nom de réforme » — Adrien VI incarne le drame du juste impuissant, du bon pasteur arrivé trop tard, ou trop seul.[14] Pour Ignispedia, son histoire est à la fois une page décisive de l'histoire de la papauté et une méditation sur ce que l'Église attendait, vingt-deux ans avant Trente, et sur le prix de la fidélité dans un temps de décadence.

Enfin, sa mémoire demeure vivante : le 7 avril 2022, pour le cinquième centenaire de son élection, le pape François a reçu au Vatican la communauté de l'Institut pontifical Santa Maria dell'Anima — l'église romaine où repose Adrien VI —, rappelant qu'en son bref pontificat il chercha avant tout la réconciliation dans l'Église et dans le monde, jusqu'à envoyer le nonce Chieregati à Nuremberg pour réconcilier Luther et ses partisans avec l'Église.[15]

Les sources principales

SourceNatureApport pour Adrien VI
J. N. D. Kelly et M. Walsh, The Oxford Dictionary of PopesDictionnaire pontifical de référence, Oxford, 2010Dates, carrière espagnole, conclave, élection, couronnement, mort, statut canonique
The Catholic Encyclopedia, « Pope Adrian VI », 1907Synthèse catholique de référenceVie, caractère, réforme, instruction à Chieregati, épitaphe
Ludwig von Pastor, Histoire des papes, t. IXHistoire savante de référenceConclave, voyage, hostilité romaine, programme de réforme, finances
Philip Schaff, History of the Christian Church, t. VIIHistoire de la RéformeTexte de l'instruction lue à la diète de Nuremberg (janvier 1523)
Notices KU Leuven (université de Louvain)Recherche universitaireÉtudes, doctorat, professorat, collège du Pape
Actes des diètes de Nuremberg (1522-1524)Documents impériauxLégation Chieregati, Édit de Worms, réponse des États

Adriaan Florensz : du fils de charpentier au théologien de Louvain

Utrecht et les Frères de la vie commune

Adriaan Florensz Boeyens naît à Utrecht le 2 mars 1459, dans une famille modeste : son père, Florens Boeyens, est charpentier de marine et meurt alors que l'enfant n'a qu'une dizaine d'années.[16][17] C'est sa mère qui, malgré la pauvreté, veille à son instruction. Le garçon est confié aux Frères de la vie commune, à Zwolle, le mouvement spirituel issu de la Devotio moderna — cette piété intérieure, sobre et pratique, qui avait formé l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ.[18][19]

Cette empreinte est décisive et ne le quittera jamais. De la Devotio moderna, Adrien gardera toute sa vie le goût de l'étude méthodique, la défiance envers le faste, la rigueur morale et une conception du sacerdoce comme service et non comme dignité mondaine. Le futur pape sera, jusque sous la tiare, un homme de cette école : un dévot du Nord égaré dans la Rome de la Renaissance.

Le théologien de Louvain

En juin 1476, à dix-sept ans, Adriaan entre à l'université de Louvain, la grande université des Pays-Bas, pour y étudier la philosophie, la théologie et le droit canonique.[20][21] Boursier protégé par Marguerite d'York, duchesse douairière de Bourgogne, il s'y révèle un esprit de premier ordre.[22] Ordonné prêtre le 30 juin 1490, il obtient son doctorat en théologie en 1491 et devient l'un des professeurs les plus écoutés de la faculté.[23][24]

Sa carrière universitaire est brillante : doyen de la collégiale Saint-Pierre de Louvain (1498), vice-chancelier de l'université (1497), il forme des générations d'étudiants et publie des ouvrages de théologie scolastique appréciés — les Quaestiones quodlibeticae et un Commentaire sur le quatrième livre des Sentences de Pierre Lombard.[25][26] Théologien classique, attaché à la tradition et hostile aux nouveautés doctrinales, il incarne l'orthodoxie louvaniste qui sera bientôt en première ligne contre Luther.

« Il avait acquis une grande réputation pour son savoir, tant sacré que profane, et pour la sainteté de sa vie. » — The Catholic Encyclopedia, « Pope Adrian VI », 1907[27]

Précepteur du futur Charles Quint

En 1507, l'empereur Maximilien Iᵉʳ confie au théologien de Louvain une charge qui va changer son destin : devenir le précepteur du jeune Charles de Habsbourg, alors âgé de sept ans — le futur Charles Quint, qui régnera sur l'Espagne, les Pays-Bas, l'Autriche, le Saint-Empire et le Nouveau Monde.[28][29] Adrien lui transmet une foi catholique inébranlable, qui marquera toute la politique religieuse de l'empereur.

Adrien VI entre Charles Quint et François Iᵉʳ : le pape tente de rester arbitre de paix, mais son ancien élève impérial et la guerre d'Italie pèsent sur tout son pontificat. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

De cette relation naît une confiance absolue : Charles fera d'Adrien son conseiller, son émissaire et finalement son régent. Le lien entre le maître et l'élève impérial est la clé de toute la suite — c'est lui qui portera Adrien aux plus hautes charges d'Espagne, puis pèsera de façon décisive dans son élection au souverain pontificat. Le pauvre fils de charpentier d'Utrecht doit son ascension à l'homme le plus puissant de la chrétienté, dont il avait formé l'âme d'enfant.

L'homme d'État en Espagne : évêque, inquisiteur, régent

Évêque de Tortosa et grand inquisiteur

En 1515, Charles envoie son ancien précepteur en Espagne pour préparer sa succession sur la couronne de Castille et d'Aragon, héritage de son grand-père Ferdinand le Catholique.[30][31] Adrien y reste et s'y enracine dans les responsabilités. Léon X le confirme évêque de Tortosa le 18 août 1516 ; le 14 novembre 1516, il est nommé grand inquisiteur d'Aragon, puis, le 14 mars 1518, inquisiteur général des royaumes réunis de Castille et d'Aragon.[32][33]

Le 1ᵉʳ juillet 1517, Léon X le crée cardinal, avec le titre de Santi Giovanni e Paolo.[34][35] En quelques années, le théologien louvaniste est devenu l'un des grands personnages de la monarchie espagnole — sans rien renier de son austérité personnelle.

Cardinal et régent de Castille

À la mort du cardinal Cisneros (Ximénès) en 1517, Adrien hérite d'un rôle politique de premier plan. Lorsque Charles Quint quitte l'Espagne pour l'Empire en 1520, il laisse son ancien maître comme régent de Castille.[36][37] La tâche est rude : Adrien doit affronter la révolte des Comunidades (1520-1521), le soulèvement des villes castillanes contre l'administration flamande de Charles, qu'il parvient finalement à mater avec l'appui de la haute noblesse.

C'est donc un homme d'État éprouvé — théologien, évêque, inquisiteur, cardinal, régent d'un grand royaume en pleine crise — qui gouverne l'Espagne au nom de l'empereur lorsque, le 1ᵉʳ décembre 1521, parvient à Rome la nouvelle de la mort de Léon X. Adrien ignore encore que ce décès va faire de lui, à six cents lieues de là, le chef de l'Église universelle.

Le conclave de 1522 : l'élection surprise d'un absent

La mort de Léon X et le collège bloqué

Léon X meurt brusquement le 1ᵉʳ décembre 1521, laissant les finances pontificales ruinées par ses dépenses et la chrétienté divisée par l'affaire Luther.[38][39] Le conclave qui s'ouvre fin décembre réunit trente-neuf cardinaux, partagés entre des factions inconciliables : les partisans de l'empereur, ceux du roi de France François Iᵉʳ, et les clientèles des grandes familles italiennes.[40]

La figure dominante est le cardinal Jules de Médicis, cousin de Léon X et vice-chancelier — le futur Clément VII. Mais sa candidature se heurte à l'opposition d'un bloc de cardinaux hostiles aux Médicis. Pendant près de deux semaines, aucun nom ne réunit la majorité des deux tiers ; le conclave s'enlise.[41][42]

Le discours de Cajetan et le retournement de Jules de Médicis

Le déblocage vient le 9 janvier, au onzième scrutin. Jules de Médicis, qui sait sa propre élection impossible, propose de chercher parmi les cardinaux absents un homme « contre qui rien ne puisse être dit » et suggère le cardinal Adriaan Boeyens de Tortosa — ascète et savant, précepteur de l'empereur, agréable à Charles Quint ; le parti médicéen vote pour le candidat de son chef.[43][44] À ce moment, le dominicain Tommaso de Vio, cardinal Cajetan — le grand théologien qui avait débattu avec Luther à Augsbourg en 1518 et connaissait personnellement le cardinal de Tortose depuis sa légation en Allemagne — décrit avec éloquence les hautes qualités de l'absent et annonce son accessio, entraînant les ralliements.[45][46]

Le 9 janvier 1522, après onze scrutins, le collège élit à la quasi-unanimité un homme absent, qui n'a pas mis les pieds en Italie depuis des années et ne se doute de rien.[47][48] Par fidélité à son nom de baptême et par humilité, le nouveau pape conserve son prénom et règne sous le nom d'Adrien VI — l'un des deux seuls papes de l'époque moderne, avec Marcel II, à ne pas changer de nom en montant sur le trône.[49][50]

« Que Dieu ait pitié de moi » : un pape malgré lui

Quand la nouvelle lui parvient à Vitoria, en Espagne, Adrien n'éprouve aucune joie. La tradition rapporte qu'il soupira et s'en remit à la miséricorde divine, redoutant la charge plus qu'il ne la désirait.[51] Cette réticence n'est pas une posture : elle est cohérente avec toute sa vie. Là où tant de cardinaux de la Renaissance avaient intrigué des années pour la tiare, Adrien la reçoit comme une croix.

« Patere et sustine » — « Souffre et persévère » : la devise que choisit Adrien VI dit assez l'esprit dans lequel il aborde un pontificat qu'il n'a pas voulu.[52]

Il lui faut près de six mois pour régler les affaires d'Espagne, organiser la régence et entreprendre le voyage. Embarqué à L'Ampolla sur la côte catalane, il gagne l'Italie par mer, longeant une péninsule en guerre, pour faire son entrée à Rome à la fin de l'été 1522.[53][54]

Le « barbare du Nord » dans la Rome de la Renaissance

Une entrée sans faste, dans une ville frappée par la peste

Rome de la Renaissance face au pape du Nord : le contraste entre le mécénat fastueux de Léon X et l'austérité réformatrice d'Adrien VI explique une part de l'hostilité romaine. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Adrien VI fait son entrée solennelle à Rome le 29 août 1522 et reçoit la tiare le 31 août, à soixante-trois ans, dans la basilique Saint-Pierre.[55][56] Mais l'accueil est glacé. Le nouveau pape a interdit les décorations fastueuses et les arcs de triomphe que la coutume imposait ; la peste sévit, et beaucoup de Romains fuient ou se terrent.[57][58] Là où l'on attendait un cortège de Renaissance, on voit arriver un vieux prêtre du Nord, sobre et grave.

L'austérité d'un moine au Vatican

Le contraste avec Léon X est total. Adrien VI vit au Vatican comme un moine : une seule vieille servante flamande pour le servir, une table frugale, des dépenses comptées au plus juste, des journées partagées entre la prière, l'étude et le travail.[59][60] Il entreprend aussitôt de réduire les dépenses d'une cour pléthorique et de tarir les sources de revenus douteuses — ce qui lui vaut aussitôt le surnom de « ladre » (avare) dans la bouche des courtisans privés de leurs prébendes.[61]

« Extirper des abus invétérés ; réformer une cour qui prospérait sur la corruption et détestait jusqu'au nom même de réforme. » — The Catholic Encyclopedia, sur la tâche d'Adrien VI[62]

Artistes, poètes et humanistes, qui vivaient des largesses pontificales, désertent une Rome devenue avare et dévote. Le mécénat éclatant de Léon X s'éteint d'un coup.

Pasquino, les humanistes et l'hostilité romaine

L'aristocratie romaine et la Curie cultivée méprisent ouvertement ce pape étranger qu'ils tiennent pour un « barbare du Nord », un « tedesco » (Allemand) incapable de comprendre la finesse italienne.[63][64] Sur la statue parlante de Pasquino, les libelles satiriques — les fameuses pasquinades — pleuvent contre lui. On raille son latin scolastique, son frugalité, son ignorance des usages de la cour.

Cette hostilité n'est pas qu'une affaire de manières : elle traduit le choc de deux mondes. D'un côté, la Renaissance romaine, mondaine, esthète, politique ; de l'autre, la Devotio moderna du Nord, austère et morale. Adrien VI paie le prix d'être un homme de réforme dans une ville qui n'en voulait pas — et d'être, par-dessus le marché, un étranger. Il songera même à regagner ses Pays-Bas natals tant la solitude romaine lui pèse.[65]

Réformer la Curie : un programme à contre-courant

La grande affaire du pontificat est la réforme de l'Église, et Adrien VI veut commencer par la tête : la Curie romaine. Théologien lucide, il a compris que la révolte allemande se nourrit des abus réels — vénalité des charges, trafic des dispenses, cumul des bénéfices, mondanité du clergé. Pour lui, réformer Rome est la condition de tout le reste.[66][67]

Mais l'entreprise se heurte à un mur. Les finances sont si obérées que toute réforme du système des dispenses matrimoniales et des indulgences est bloquée : Léon X avait vendu et hypothéqué par avance les revenus de la Curie pour des années.[68][69] Le collège des cardinaux, dont beaucoup tiennent leurs revenus de ces abus, fait obstruction. L'ambassadeur impérial note qu'Adrien, isolé et craintif, finit par suivre l'avis de deux ou trois cardinaux plutôt que d'imposer sa volonté.[70]

Adrien VI agit pourtant. Il réduit le train de la cour, refuse le népotisme, ne crée qu'un seul cardinal durant tout son pontificat — son fidèle ami Willem van Enckenvoirt, le 10 septembre 1523, quelques jours avant sa mort —, et canonise, le 31 mai 1523, deux figures de sainteté pastorale et réformatrice : Antonin de Florence et Benno de Misnie.[71][72] Mais le temps lui manque, et les forces. Son programme reste une intention héroïque que la mort interrompt.

Face à Luther : l'aveu de Nuremberg (1523)

L'Édit de Worms et la légation Chieregati

L'affaire la plus lourde du pontificat est la révolte luthérienne, qui gagne l'Allemagne. Adrien VI, théologien orthodoxe et ancien inquisiteur, est résolument opposé à toute concession doctrinale : pour lui, Luther est un hérétique qui doit être réduit au silence, et l'Édit de Worms de 1521 — qui l'avait mis au ban de l'Empire — doit être appliqué.[73][74]

Il envoie donc à la diète de Nuremberg (1522-1523) son nonce Francesco Chieregati, porteur d'une double mission : exiger l'exécution de l'Édit de Worms et l'action contre Luther, mais aussi présenter aux États de l'Empire une instruction d'une franchise inouïe.[75][76]

La confession de la corruption curiale

Le 3 janvier 1523, Chieregati lit devant la diète le texte de l'instruction pontificale. Adrien y reconnaît, au nom du pape lui-même, que la crise de l'Église vient d'abord des péchés du clergé, et que la corruption est partie de Rome, de la tête vers les membres. Jamais un pape n'avait fait pareil aveu public.[77][78]

« Nous savons que dans ce Saint-Siège, depuis plusieurs années déjà, bien des choses abominables se sont produites : des abus dans les choses spirituelles, des transgressions des commandements, et que tout a fini par tourner au mal. De la tête, la maladie est descendue dans les membres, des souverains pontifes aux prélats : nous avons tous dévié de nos voies ; depuis longtemps, il n'y avait personne qui fît le bien, non, pas même un seul. » — Instruction d'Adrien VI au légat Chieregati (traduction), lue à la diète de Nuremberg, janvier 1523[79]

L'aveu de Nuremberg : Adrien VI envoie Chieregati porter aux princes allemands une confession publique des abus romains, sans céder sur l'exigence doctrinale contre Luther. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le pape promet de faire tout ce qui est en son pouvoir pour réformer d'abord la Curie, « d'où est peut-être venu tout ce mal », afin que la guérison se répande de la tête vers les membres comme s'y était répandue la maladie.[80]

Une franchise à double tranchant

Cette confession est un acte de vérité chrétienne — et un risque politique. Les deux camps s'en emparent contre lui. Les partisans de Rome sont scandalisés qu'un pape accuse ainsi ses prédécesseurs et avoue la faillite de la cour. Les partisans de Luther, eux, y voient une justification de leur révolte : si le pape lui-même reconnaît la corruption, pourquoi ne pas rompre ?[81][82]

L'aveu d'Adrien VI brisa ainsi la force de sa propre demande : la diète ne fit pas exécuter l'Édit de Worms et réclama plutôt un concile libre en terre allemande.[83] Mais l'historien doit rendre justice à ce pape : sa franchise n'était pas une faiblesse, c'était la seule voie honnête. Reconnaître les abus sans céder sur la foi — condamner l'hérésie tout en réformant l'Église —, c'est exactement la position que le catholicisme adoptera au concile de Trente. Adrien VI l'a tenue le premier, seul et sans moyens.

Les autres dossiers du pontificat

La chute de Rhodes (décembre 1522)

Pendant qu'Adrien lutte contre la révolte allemande, la menace ottomane frappe la chrétienté en Méditerranée. Le sultan Soliman le Magnifique assiège l'île de Rhodes, tenue depuis deux siècles par les chevaliers de Saint-Jean (Hospitaliers). Après six mois de siège (26 juin – 22 décembre 1522), la ville accepte les conditions de Soliman le 22 décembre 1522 — le grand maître avait demandé une trêve dès le 20 décembre — et les chevaliers évacuent l'île le 1ᵉʳ janvier 1523.[84] La perte de ce bastion est un coup terrible : elle ouvre la Méditerranée orientale à la flotte ottomane.

La chute de Rhodes : pendant qu'Adrien VI tente de contenir la crise allemande, Soliman le Magnifique enlève aux Hospitaliers l'un des derniers bastions chrétiens de Méditerranée orientale. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Adrien VI, qui rêvait d'unir les princes chrétiens dans une croisade contre les Turcs, en est désespéré. Mais ses appels restent lettre morte : la chrétienté est déchirée par ses propres guerres, et nul ne répond.

Entre Charles Quint et François Iᵉʳ

Le pape se voulait arbitre de la paix entre les deux géants qui se disputaient l'Italie : son ancien élève Charles Quint et le roi de France François Iᵉʳ.[85][86] Il échoue. Pressé par les circonstances et par sa dépendance envers l'empereur, Adrien finit par abandonner sa neutralité : en août 1523, il entre dans une ligue avec l'Empire, l'Angleterre, Venise et d'autres États italiens contre la France.[87] L'homme qui voulait réconcilier la chrétienté se retrouve entraîné dans ses divisions — preuve de plus de l'impuissance d'un pontife isolé face aux forces de son temps.

L'affaire du cardinal Soderini

Sur le plan intérieur romain, Adrien VI doit affronter les intrigues de la cour. Le cardinal Francesco Soderini, soupçonné de comploter avec la France contre les intérêts impériaux dans le royaume de Naples, est arrêté et emprisonné au château Saint-Ange au printemps 1523.[88] L'épisode montre une Rome travaillée par les rivalités franco-impériales jusque dans le Sacré Collège, et un pape contraint de sévir contre l'un de ses propres cardinaux.

La mort et l'épitaphe (14 septembre 1523)

Usé par le travail, les déceptions, l'hostilité et le climat malsain de la Rome estivale, Adrien VI tombe malade durant l'été 1523. Il s'éteint le 14 septembre 1523, jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, après un an, huit mois et six jours de pontificat.[89][90]

  1. 2 mars 1459
    Naissance à Utrecht
    fils d'un charpentier de marine

    Adriaan Florensz Boeyens naît dans une famille modeste des Pays-Bas et est élevé par les Frères de la vie commune.[91]

  2. 1491 — 1507
    Théologien de Louvain, puis précepteur
    docteur, recteur, maître de Charles Quint

    Docteur en théologie (1491), professeur et vice-chancelier de Louvain, Adrien devient en 1507 le précepteur du futur empereur Charles Quint.[92][93]

  3. 1516 — 1520
    Évêque, inquisiteur, régent d'Espagne
    l'ascension espagnole

    Évêque de Tortosa (1516), grand inquisiteur, cardinal (1517), il devient régent de Castille au départ de Charles Quint en 1520.[94][95]

  4. 9 janvier 1522
    Élu pape en son absence
    après le discours de Cajetan

    Le conclave bloqué se rallie au candidat impérial absent ; Adrien conserve son nom de baptême et règne sous le nom d'Adrien VI.[96][97]

  5. 29-31 août 1522
    Entrée à Rome et couronnement
    sans faste, sous la peste

    Le « barbare du Nord » fait une entrée austère dans une Rome méfiante et frappée par la peste, et reçoit la tiare le 31 août.[98][99]

  6. 22 décembre 1522
    Chute de Rhodes
    les Hospitaliers évacuent l'île

    Soliman le Magnifique s'empare de Rhodes ; les chevaliers de Saint-Jean partent le 1er janvier 1523. La croisade rêvée par Adrien n'aura pas lieu.[100]

  7. janvier 1523
    L'aveu de Nuremberg
    l'instruction à Chieregati

    Le 3 janvier, le légat lit devant la diète la confession pontificale de la corruption curiale — un aveu sans précédent.[101]

  8. 14 septembre 1523
    Mort à Rome
    après vingt mois

    Épuisé, Adrien VI meurt le jour de l'Exaltation de la Croix. Le conclave élira Jules de Médicis, devenu Clément VII.[102][103]

Le testament d'Adrien VI : un pontificat court, mais une postérité forte — vérité sur la corruption romaine, réforme catholique préparant Trente, singularité non italienne et héritage universitaire à Louvain. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Son successeur sera, par un retour de l'histoire, le même Jules de Médicis dont le retrait avait permis son élection : le 19 novembre 1523, le conclave porte au trône le cousin de Léon X, qui prend le nom de Clément VII. La Renaissance romaine reprend ses droits — jusqu'au sac de Rome de 1527, quatre ans plus tard, que beaucoup interpréteront comme le châtiment des abus qu'Adrien VI avait dénoncés en vain.

Une tombe et une épitaphe restées célèbres

Adrien VI est d'abord enseveli à Saint-Pierre, puis transféré à l'église Santa Maria dell'Anima, l'église des Allemands de Rome, où son fidèle Willem van Enckenvoirt lui fait élever un monument funéraire dû en partie à l'architecte Baldassarre Peruzzi.[104][105] L'épitaphe, restée fameuse, exprime en une ligne la tragédie de ce pontificat :

« Hélas ! combien il importe à quelle époque tombe la vertu, même du meilleur des hommes. » — Épitaphe d'Adrien VI, Santa Maria dell'Anima, Rome[106]

Une autre inscription, plus mordante, avait d'abord couru dans Rome — « Ci-gît l'impie entre les pieux » (impius inter pios), jeu de mots cruel sur les papes Pie qui l'entouraient. Mais c'est la formule de la tombe qui a traversé les siècles : non une raillerie, mais le constat lucide qu'un juste peut échouer parce que son temps n'était pas prêt à l'entendre.

Bilan : le réformateur que son temps a refusé

Une réforme avortée, prophétie de Trente

Le pontificat d'Adrien VI fut, en apparence, un échec. Vingt mois, aucune réforme aboutie, Rhodes perdue, l'Allemagne emportée par Luther, la chrétienté toujours divisée, une Curie inchangée. Mais juger Adrien VI à ses résultats immédiats serait une injustice historique. Ce qu'il a vu et dit comptait plus que ce qu'il a pu faire.[107][108]

Adrien VI a posé le bon diagnostic : la révolte protestante ne se vaincrait ni par la seule répression ni par la complaisance, mais par une réforme intérieure de l'Église, commencée à Rome. Cette intuition, vingt-deux ans avant l'ouverture du concile de Trente (13 décembre 1545), fait de lui un précurseur de la Réforme catholique. Trente accomplira, avec l'autorité d'un concile et le soutien des saints réformateurs, ce qu'un seul homme âgé n'avait pu engager.

Le dernier pape non italien avant 1978

Sa singularité historique est immense : après lui, il faudra attendre quatre cent cinquante-cinq ans — l'élection de Jean-Paul II en 1978 — pour qu'un non-Italien monte de nouveau sur le trône de Pierre.[109][110] Pendant plus de quatre siècles, la papauté fut italienne sans exception ; Adrien VI demeura la dernière exception du Nord jusqu'au pape polonais. Le rapprochement n'a pas échappé à Jean-Paul II ni à ses successeurs, conscients de ce devancier néerlandais.

Le collège du Pape à Louvain

Adrien VI n'a pas laissé que des regrets. Fidèle à l'université qui l'avait formé, il légua ses biens des Pays-Bas pour fonder un collège à Louvain — le « collège du Pape » (Collegium Adrianum), destiné à former des théologiens.[111][112] L'institution lui survécut des siècles et perpétua, dans la grande université brabançonne, la mémoire du fils de charpentier devenu pape.

Pour Ignispedia, Adrien VI demeure une figure exemplaire : celle du pasteur droit, lucide et désintéressé, qui n'a pas reculé devant la vérité — même quand cette vérité accusait sa propre cour — et qui, faute d'avoir réformé l'Église, en a au moins nommé le mal avec une franchise que Trente lui donnerait raison d'avoir osée.

Pour aller plus loin

  • Pape Léon X (1513-1521), le Médicis fastueux auquel Adrien VI succéda, et dont les dépenses avaient ruiné les finances pontificales
  • Pape Clément VII (1523-1534), Jules de Médicis, dont le retrait avait permis l'élection d'Adrien et qui lui succéda
  • Le concile de Trente (1545-1563), qui accomplit la réforme catholique qu'Adrien VI fut le premier pape à réclamer
  • Martin Luther (1483-1546), le réformateur dont la révolte domina tout le pontificat d'Adrien VI
  • Charles Quint, l'empereur dont Adrien fut le précepteur, puis le régent en Espagne, et dont l'appui pesa sur son élection
  • Pape Jean-Paul II (1978-2005), premier pape non italien après quatre cent cinquante-cinq ans, dont Adrien VI fut le lointain devancier

Notes et références

  1. J. N. D. Kelly et Michael J. Walsh, The Oxford Dictionary of Popes, 2ᵉ éd., Oxford, Oxford University Press, 2010, s.v. « Adrian VI », p. 261-262 (date et lieu de naissance, carrière espagnole, évêché de Tortosa, cardinalat de 1517, conclave et élection du 9 janvier 1522, conservation du nom de baptême, entrée à Rome le 29 août et couronnement le 31 août 1522, mort le 14 septembre 1523).

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  2. « Pope Adrian VI », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Adrian_VI), notice de synthèse recoupée avec Kelly et la Catholic Encyclopedia : nom de naissance Adriaan Florensz Boeyens, naissance le 2 mars 1459 à Utrecht, père charpentier de marine, études à Louvain (entrée en juin 1476, ordination le 30 juin 1490, doctorat 1491), précepteur de Charles Quint (1507), évêque de Tortosa (confirmé le 18 août 1516), grand inquisiteur (14 novembre 1516, puis 14 mars 1518), cardinal (1ᵉʳ juillet 1517, titre Santi Giovanni e Paolo), régent d'Espagne (1520), élection du 9 janvier 1522 au onzième scrutin, devise Patere et sustine, unique cardinal créé (Willem van Enckenvoirt, 10 septembre 1523), canonisations d'Antonin de Florence et Benno de Misnie (31 mai 1523), ligue d'août 1523 contre la France, affaire Soderini, mort le 14 septembre 1523, sépulture à Santa Maria dell'Anima, dernier pape non italien avant Jean-Paul II.

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  3. « Pope Adrian VI, the "Barbarian From the North" Who Wanted to Reform the Vatican » (the-low-countries.com / les-plats-pays.com), pour la jeunesse à Utrecht, la réticence d'Adrien à accepter la charge, son austérité au Vatican, le mépris des Romains envers le « barbare du Nord » et les pasquinades. Relais journalistique à recouper avec la Catholic Encyclopedia et Pastor.

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  4. Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, vol. IX, Londres, Kegan Paul / Herder (édition anglaise de la Geschichte der Päpste). Source savante de référence pour le conclave de 1521-1522, le voyage et l'entrée à Rome, l'hostilité romaine, l'état des finances pontificales, le programme de réforme et la politique entre Charles Quint et François Iᵉʳ.

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  5. Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VII (The German Reformation), § 69, « The Diets of Nürnberg, 1522-1524. Adrian VI » (Christian Classics Ethereal Library, https://ccel.org/ccel/schaff/hcc7/hcc7.ii.iv.x.html). Pour la légation de Francesco Chieregati à la diète de Nuremberg, la demande d'exécution de l'Édit de Worms, le texte de l'instruction pontificale et l'aveu de la corruption curiale, et la réaction des deux partis. La citation française donnée dans le corps est une traduction d'après le texte anglais de Schaff (lui-même traduit du latin) : « We know that for some time many abominations, abuses in ecclesiastical affairs, and violations of rights have taken place in the Holy See; and that all things have been perverted into bad. From the head the corruption has passed to the limbs, from the Pope to the prelates: we have all departed; there is none that doeth good, no, not one. » Texte latin de l'instruction dans O. Raynaldus (Rinaldi), Annales ecclesiastici, ad ann. 1522, t. XI, p. 363 (référence donnée par Schaff, n. 493, qui cite aussi le passage latin « Ut primum curia haec, unde forte omne hoc malum processit, reformetur ») ; édition moderne de référence : J. C. Olin (éd.), The Catholic Reformation: Savonarola to Ignatius Loyola, New York, Fordham University Press, 1992 (Instructions to Francesco Chieregati, 1522).

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  6. « Pope Adrian VI », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907 (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/01159b.htm). Sur la jeunesse à Utrecht, la formation chez les Frères de la vie commune, le doctorat de 1491, le professorat et les ouvrages de Louvain, la réputation de savoir et de sainteté, la tâche de réforme et l'hostilité de la Curie, l'instruction à Chieregati, et l'épitaphe de Santa Maria dell'Anima. Texte original anglais : « To extirpate inveterate abuses; to reform a court which thrived on corruption, and detested the very name of reform » ; « Proh dolor! quantum refert in quae tempora vel optimi cujusque virtus incidat ».

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  7. Léon X, bulle Exsurge Domine, 15 juin 1520 (condamnation de 41 propositions extraites des écrits de Luther) ; bulle Decet Romanum Pontificem, 3 janvier 1521 (excommunication de Luther et de ses partisans). Adrien VI n'est donc pas le premier pape à « affronter » Luther : il est le premier à confesser publiquement la part de responsabilité de la Curie dans la crise, tout en exigeant l'Édit de Worms.

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  8. Discours du pape François à la communauté de l'Institut pontifical teutonique Santa Maria dell'Anima, 7 avril 2022 (vatican.va, http://www.vatican.va/content/francesco/en/speeches/2022/april/documents/20220407-pont-ist-teutonico-smariadellanima.html), pour le 500ᵉ anniversaire de l'élection d'Adrien VI. Il s'agit d'une audience au Vatican — et non d'une visite sur la tombe : François y rappelle qu'en son bref pontificat, Adrien « chercha avant tout la réconciliation dans l'Église et dans le monde » (« he sought above all reconciliation in the Church and the world », texte anglais officiel) et qu'il envoya le nonce Chieregati à Nuremberg « pour réconcilier Luther et ses partisans avec l'Église ». Le qualificatif de pontife « réconciliateur » entre guillemets, précédemment attribué à François, ne figure pas tel quel dans le discours et a été retiré.

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  9. Notices universitaires de la KU Leuven sur Adrien VI (« Adrian VI. The Louvain Pope » et « Adrian VI, the professor who became pope », bib.kuleuven.be et stories.kuleuven.be) : études et carrière à l'université de Louvain (doctorat, doyenné de Saint-Pierre, vice-chancelier), et fondation par legs du « collège du Pape » (Collegium Adrianum) destiné à la formation des théologiens.

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  10. Synthèse historique sur le conclave de décembre 1521 - janvier 1522 : trente-neuf cardinaux électeurs, blocage entre les factions impériale, française et médicéenne, candidature contrariée de Jules de Médicis, élection d'Adriaan Boeyens le 9 janvier 1522 au onzième scrutin ; hostilité romaine envers le « barbare du Nord » et pasquinades. Relais bibliographique (notices de conclave et Sede Vacante, csun.edu ; 1521-1522 papal conclave, Wikipedia) confirmé et précisé par Pastor, History of the Popes, vol. IX, ch. I : le 9 janvier, Médicis propose de chercher parmi les absents un homme « contre qui rien ne puisse être dit » (« Choose the Cardinal of Tortosa ») et le parti médicéen vote pour le candidat de son chef ; le cardinal Cajetan « décrivit avec éloquence les hautes qualités du cardinal de Tortose, qu'il avait connu personnellement pendant sa légation en Allemagne, et annonça son accessio » ; à l'annonce du résultat, les cardinaux réalisent qu'ils ont couronné « un Allemand et donc, du point de vue italien, un barbare » (« a German, and therefore, from the Italian standpoint, a barbarian »). Pastor documente aussi les pasquinades (Pasquino, Arétin) pendant la vacance du siège.

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  11. « Siege of Rhodes (1522) », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Siege_of_Rhodes_(1522)), recoupé avec l'Encyclopædia Britannica : siège de Rhodes par Soliman le Magnifique du 26 juin au 22 décembre 1522, sous le grand maître Philippe de Villiers de L'Isle-Adam. Chronologie fine : trêve et négociations du 11 au 13 décembre, chute du bastion d'Espagne le 17 décembre, demande d'une nouvelle trêve par le grand maître le 20 décembre, acceptation des conditions de Soliman par les représentants de la ville le 22 décembre (douze jours accordés pour partir), embarquement des chevaliers le 1ᵉʳ janvier 1523. La date du 22 décembre désigne donc l'accord final, les premiers actes de reddition datant du 20.

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