Le concile du Latran III, réuni à Rome en mars 1179 sous le pape Alexandre III, est le onzième concile œcuménique dans la liste catholique. Il suit Latran I et Latran II dans la série des grands conciles médiévaux romains, mais il marque une étape plus mûre : après dix-huit années de conflit entre la papauté et l'empereur Frédéric Ier Barberousse, le concile transforme la paix politique de 1177 en réforme canonique durable.[1][2]
Son canon le plus célèbre fixe la règle de la majorité des deux tiers pour l'élection du pape. Cette norme naît d'une blessure précise : la double élection de 1159, où la majorité des cardinaux choisit Alexandre III tandis qu'une minorité impériale soutient Octavien, devenu l'antipape Victor IV. Latran III ne se contente donc pas de condamner un schisme passé ; il change la procédure pour réduire le risque de recommencement.[3][4]
Le concile traite aussi la discipline du clergé, la simonie sacramentelle, les abus de certains ordres militaires, les écoles cathédrales, les lépreux, la trêve de Dieu, les tournois, les fournitures aux Sarrasins et la répression des hérésies cathares. Son importance tient moins à une grande définition dogmatique qu'à une architecture de gouvernement : protéger l'unité de l'Église, moraliser ses institutions et préparer le droit canonique pontifical du XIIIᵉ siècle.[5]
Pourquoi ce concile était-il nécessaire ?
La double élection de 1159
À la mort du pape Adrien IV, le 1er septembre 1159, le collège cardinalice est divisé par la question impériale. La grande majorité élit le cardinal Roland Bandinelli, canoniste de formation, qui prend le nom d'Alexandre III. Une petite minorité impériale — quatre ou cinq cardinaux selon la Catholic Encyclopedia — choisit Octavien, cardinal de Sainte-Cécile, qui prend le nom de Victor IV. La crise n'est pas seulement romaine : elle devient européenne parce que Frédéric Barberousse reconnaît Victor IV et convoque le synode de Pavie en 1160 pour imposer sa solution.[6][7]
Alexandre III refuse de soumettre son droit à une assemblée contrôlée par l'empereur. Il excommunie Frédéric et doit vivre plusieurs années hors de Rome, notamment en France. Le schisme se prolonge après la mort de Victor IV par deux autres antipapes soutenus dans l'orbite impériale : Pascal III, puis Calixte III, c'est-à-dire Jean de Struma.[8][9]
Le conflit avec Frédéric Barberousse
Le conflit s'inscrit dans une lutte plus large sur l'Italie du Nord. Barberousse veut restaurer l'autorité impériale sur les communes lombardes et faire reconnaître son arbitrage dans les affaires pontificales. Alexandre III, lui, défend l'autonomie de l'élection romaine et s'appuie progressivement sur les adversaires italiens de l'empereur.[10]
La bataille de Legnano, le 29 mai 1176, brise les espérances impériales en Italie du Nord. L'année suivante, la paix de Venise met fin au conflit entre le pape et l'empereur : Frédéric reconnaît Alexandre III, cesse de soutenir les antipapes et accepte une pacification qui rend possible un concile général. Le schisme ne se clôt toutefois définitivement qu'avec la soumission de l'antipape Calixte III, en août 1178.[11][12][13]
Une paix à convertir en droit
La paix de 1177 règle une situation politique ; elle ne suffit pas à réparer les effets juridiques du schisme. Des ordinations, bénéfices, serments, possessions et fidélités ont été liés aux antipapes. Le concile de 1179 doit donc purifier la mémoire canonique, annuler les actes schismatiques et établir une règle d'élection plus robuste.[14][15]
Ce point explique la différence entre Latran III et un simple synode de réforme. L'assemblée ne traite pas seulement des abus ordinaires. Elle vient après une crise qui a touché le centre visible de l'unité catholique : qui est pape, et selon quelle procédure peut-on le reconnaître sans équivoque ?
Où et quand le concile s'est-il réuni ?
Trois sessions au Latran
Le concile se tient dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de l'évêque de Rome. Les sources donnent trois sessions principales : 5 mars, 14 mars et 19 mars 1179. La première session ouvre l'assemblée ; la dernière transmet les vingt-sept canons reçus par la tradition canonique.[16][17]
La convocation avait été annoncée en septembre 1178, conformément à l'accord de Venise. Alexandre III envoie des légats dans différents pays pour réunir une assemblée réellement occidentale, et non un cercle romain restreint.[18]
Une assemblée plus représentative que les deux premiers Latran
La Catholic Encyclopedia compte 302 évêques, presque un millier de membres au total, et note la présence de prélats venus d'Espagne, d'Irlande, d'Écosse, d'Angleterre, de France, d'Allemagne, de Hongrie, du Danemark, d'Islande et des sièges latins d'Orient. La notice de la Catholic Encyclopedia signale aussi Nectaire, abbé des Cabules, comme représentant des Grecs.[19]
Norman Tanner souligne que l'œcuménicité de Latran III est moins discutée que celle de Latran I et II : le mode de convocation, la présidence pontificale, la dispersion géographique des participants et l'objet d'unité ecclésiale donnent à l'assemblée la forme typique du concile médiéval présidé par le pape.[20]
Qui sont les acteurs principaux ?
Alexandre III, pape canoniste
Alexandre III n'est pas seulement un pape résistant à l'empereur. Avant son élection, Roland Bandinelli avait enseigné à Bologne et acquis une réputation de canoniste ; la Catholic Encyclopedia (1907) lui attribue un commentaire sur le Décret de Gratien, connu sous le nom de Summa Magistri Rolandi ; cette attribution est toutefois contestée par la recherche actuelle.[21][22]
Cette compétence juridique se voit dans les canons de 1179. Tanner note que plusieurs canons paraissent rédigés par une main canonique excellente, probablement sous l'autorité directe d'Alexandre lui-même. Latran III est ainsi à la fois un acte de pacification et une œuvre de gouvernement juridique.[23]
Frédéric Barberousse et les antipapes
Frédéric Barberousse n'est pas un père conciliaire, mais il est l'adversaire historique sans lequel Latran III est incompréhensible. Son soutien à Victor IV, puis aux successeurs antipontificaux, transforme une division de conclave en schisme durable. Après Legnano et Venise, le concile peut annuler les actes des antipapes et consolider la reconnaissance d'Alexandre.[24][25]
La mémoire populaire a parfois dramatisé la rencontre de Venise en montrant un empereur humilié sous le pied du pape. La Catholic Encyclopedia qualifie de légende le récit du pape posant le pied sur la nuque de l'empereur prosterné. L'essentiel historique est plus sobre : l'empereur reconnaît Alexandre III et renonce à sa politique d'imposition pontificale.[26]
Les évêques, cardinaux et canonistes
L'assemblée n'est pas seulement décorative. Les cardinaux sont directement concernés par le canon 1 ; les évêques par les canons sur les âges d'ordination, les visitations, les excommunications, les écoles, les léproseries et la discipline du clergé ; les canonistes par la diffusion ultérieure du texte dans les collections de décrétales.[27][28]
Le concile se situe à un moment où le droit canonique devient un instrument majeur de gouvernement. Depuis le Décret de Gratien, vers 1140, les écoles juridiques disposent d'un langage commun. Latran III s'insère dans ce mouvement : il règle des cas concrets, mais ses canons circulent ensuite comme normes générales.
Que décide le concile sur le schisme ?
La règle des deux tiers pour l'élection du pape
Le canon 1 est le cœur durable de Latran III. Il affirme que, si l'unanimité des cardinaux ne peut être obtenue, celui qui est élu et reçu par les deux tiers doit être tenu pour pape. Celui qui prétendrait assumer le nom pontifical avec seulement un tiers tombe, avec ses partisans, sous des sanctions très graves.[29][30]
La règle est pratique, mais sa portée est théologique et institutionnelle. L'Église ne peut pas vivre durablement dans l'incertitude sur son pasteur visible. Le canon ne prétend pas que les cardinaux remplacent l'assistance divine ; il établit une procédure publique pour que l'élection puisse être reconnue sans être paralysée par une minorité.
L'annulation des actes schismatiques
Le canon 2 renouvelle la décision de Latran II — le canon 30, qui déclarait nulles les ordinations de Pierre Pierleoni, c'est-à-dire Anaclet II — contre les actes des antipapes du schisme alexandrin : les ordinations, promotions, dignités et bénéfices conférés par eux sont déclarés nuls ou retirés. Sont visés Octavien, c'est-à-dire Victor IV, Guy de Crema, c'est-à-dire Pascal III, et Jean de Struma, c'est-à-dire Calixte III.[31][32]
Cette annulation n'est pas une vengeance. Elle empêche que le schisme continue par ses effets administratifs. Si les dignités conférées par les antipapes demeuraient intactes, chaque chapitre, diocèse ou abbaye pourrait garder une loyauté ambiguë.
Une réforme contre les causes du schisme
Latran III comprend que les schismes ne naissent pas seulement d'une erreur doctrinale. Ils s'enracinent aussi dans l'ambition, l'argent, les pressions politiques, la faiblesse de la discipline et la confusion entre pouvoir spirituel et intérêts temporels. C'est pourquoi les canons suivants touchent l'âge des évêques, les bénéfices, les visites épiscopales, les appels abusifs, les charges imposées aux églises et les nominations par les laïcs.[33]
| Problème révélé par la crise | Réponse de Latran III | Sens |
|---|---|---|
| Minorité capable de créer un antipape | Canon 1 : majorité des deux tiers | Rendre l'élection pontificale juridiquement décidable |
| Actes posés par des antipapes | Canon 2 : annulation et retrait | Purifier les effets administratifs du schisme |
| Évêques ou archidiacres trop jeunes ou peu formés | Canon 3 : âge et aptitude | Associer autorité pastorale, maturité et science |
| Argent autour des charges et sacrements | Canon 7 et autres canons | Couper le lien entre sacré et transaction |
| Pressions laïques sur biens et églises | Canons 14 et 19 | Défendre la liberté institutionnelle de l'Église |
Quels canons le concile promulgue-t-il ?
Âge, science et maturité des pasteurs
Le canon 3 interdit de promouvoir à l'épiscopat un homme qui n'a pas trente ans, n'est pas né d'un mariage légitime ou ne manifeste pas une vie et une science convenables. Pour les charges inférieures avec cura animarum, comme les doyennés, archidiaconés et paroisses, le seuil est fixé à vingt-cinq ans.[34][35]
Cette décision montre l'esprit du concile. Après un schisme où les dignités ecclésiastiques ont pu devenir des pièces de stratégie impériale ou familiale, Latran III rappelle que l'office pastoral demande une capacité réelle : âge, mœurs, formation et aptitude à conduire des âmes.
Simonie sacramentelle et gratuité du sacré
Le canon 7 condamne les paiements exigés pour l'intronisation, l'installation d'un prêtre, la sépulture, la bénédiction du mariage ou l'administration des sacrements. Il reprend la logique évangélique : ce qui est reçu gratuitement ne peut être transformé en marché.[36]
La précision est importante. Le concile ne nie pas que les fidèles puissent soutenir matériellement l'Église. Il vise l'exaction : la situation où celui qui a besoin d'un sacrement ou d'une bénédiction ne peut l'obtenir qu'après paiement imposé. C'est la frontière entre offrande libre et simonie pratique.
Templars, Hospitaliers et autorité épiscopale
Le canon 9 vise les abus commis par certains membres des Templiers, Hospitaliers ou autres religieux bénéficiant de privilèges pontificaux. Le concile leur interdit notamment de recevoir églises et dîmes de la main des laïcs, de contourner l'autorité de l'évêque ou d'user des privilèges pour enterrer et célébrer dans des lieux frappés d'interdit au-delà de ce qui est permis.[37]
Il ne s'agit pas d'une condamnation globale des ordres militaires. Le texte cherche plutôt à régler une tension typique du XIIᵉ siècle : des institutions très utiles à l'Église peuvent, si leurs privilèges sont mal utilisés, affaiblir l'évêque local et troubler la discipline commune.
Clergé, bénéfices et pluralisme
Les canons 11 à 14 traitent la conduite des clercs, l'interdiction de certains offices séculiers, le cumul des bénéfices et les nominations d'églises par des laïcs. Le canon 11 sanctionne les clercs en concubinage manifeste ; le canon 13 interdit de posséder plusieurs dignités ou églises au détriment de la résidence et du soin des âmes ; le canon 14 condamne l'audace de laïcs qui nomment ou révoquent des clercs comme s'ils possédaient l'Église.[38]
Ces décisions prolongent Latran I et Latran II. La réforme grégorienne n'est pas achevée en 1123 ni en 1139. En 1179, elle doit encore discipliner les bénéfices, limiter les empiètements des puissants et rappeler que les charges pastorales ne sont pas des revenus cumulables.
Écoles cathédrales : instruire les pauvres clercs
Le canon 18 est l'un des plus féconds. Il ordonne que chaque église cathédrale dispose d'un maître chargé d'enseigner gratuitement les clercs et les pauvres écoliers. La Catholic Encyclopedia le résume comme l'établissement d'une école dans chaque cathédrale pour les clercs pauvres.[39][40]
Cette mesure prépare le développement des écoles cathédrales et du monde universitaire médiéval. Elle ne crée pas à elle seule l'université moderne, mais elle exprime une conviction forte : la réforme de l'Église passe par la formation intellectuelle des futurs clercs, et pas seulement par des sanctions.
Lèpre, trêve de Dieu, tournois et guerre
Le canon 23 reconnaît aux communautés de lépreux suffisamment nombreuses le droit d'avoir une église, un cimetière et un prêtre propres. Le canon 20 interdit les tournois meurtriers ; le canon 21 reprend la trêve de Dieu ; le canon 24 interdit de fournir aux Sarrasins les matériaux qui serviraient à construire des galères ou à nuire aux chrétiens.[41][42]
Ces canons montrent l'étendue du gouvernement conciliaire médiéval. Latran III ne sépare pas réforme de l'Église et ordre social chrétien. Il légifère sur les sacrements, mais aussi sur les pauvres malades, la violence aristocratique, les guerres méditerranéennes et la protection des communautés chrétiennes.
Cathares, mercenaires et canon 27
Le canon 27 est le plus dur politiquement. Il excommunie les hérétiques désignés sous les noms de Cathares, Patarins et autres groupes apparentés, et vise aussi les bandes de mercenaires qui ravagent certaines régions. Le texte appelle les princes à réprimer ces violences et accorde des indulgences à ceux qui défendent les chrétiens contre elles.[43][44]
Il faut distinguer deux points. D'une part, le catharisme est un dualisme religieux qui conteste des éléments fondamentaux de la foi chrétienne et de la vie sacramentelle. D'autre part, le canon 27 mêle hérésie et violence sociale dans une même logique de défense de l'ordre chrétien. Cette association annonce les mesures plus systématiques du XIIIᵉ siècle contre les Albigeois, mais Latran III n'est pas encore la croisade albigeoise de 1209.[45]
| Domaine | Canon | Décision principale |
|---|---|---|
| Élection pontificale | 1 | Majorité des deux tiers des cardinaux |
| Schisme | 2 | Annulation des actes des antipapes |
| Épiscopat | 3 | Trente ans, naissance légitime, vie et science éprouvées |
| Sacrements | 7 | Interdiction d'exiger de l'argent pour sacrements et sépulture |
| Ordres militaires | 9 | Rappel des Templiers et Hospitaliers à l'autorité épiscopale |
| Écoles | 18 | Maître gratuit dans chaque cathédrale pour clercs pauvres |
| Malades | 23 | Église, prêtre et cimetière pour communautés de lépreux |
| Hérésie et violence | 27 | Excommunication des Cathares et appel à la répression des bandes armées |
Comment le concile a-t-il été reçu ?
Une diffusion forte dans les collections canoniques
Tanner insiste sur la diffusion exceptionnelle des canons. Ils apparaissent dans plusieurs chroniques anglaises contemporaines et dans de nombreuses collections de décrétales de la fin du XIIᵉ et du début du XIIIᵉ siècle. Ils seront ensuite intégrés dans les Décrétales de Grégoire IX.[46]
Cette réception explique pourquoi Latran III pèse plus que sa célébrité populaire. Un lecteur moderne connaît souvent Latran IV pour la transsubstantiation et la confession annuelle ; les canonistes médiévaux, eux, lisent Latran III comme un réservoir normatif immédiatement utile.
Une étape vers Latran IV
Plusieurs décisions de 1179 préparent Latran IV (1215). L'école cathédrale du canon 18 sera reprise et amplifiée par Latran IV ; la lutte contre les hérésies sera systématisée ; la réforme de la discipline cléricale continuera ; la question des bénéfices et de la résidence restera centrale.[47]
Latran III est donc un concile de transition. Il sort l'Église d'un schisme impérial, mais il regarde déjà vers les problèmes pastoraux du XIIIᵉ siècle : formation, prédication, hérésies populaires, encadrement des institutions et gouvernement juridique universel.
Les Vaudois : un cas souvent simplifié
Le cas des Vaudois mérite prudence. Alexandre III reçut favorablement Valdès et ses compagnons venus à Rome et approuva leur vœu de pauvreté, tout en leur rappelant que les laïcs ne pouvaient prêcher sans autorisation ; d'autres notices tardives parlent plus globalement de condamnation vaudoise. Historiquement, Valdès et ses compagnons se présentent à Rome vers 1179 avec un idéal de pauvreté évangélique ; la rupture se durcit ensuite surtout autour de la prédication laïque sans mandat.[48]
L'article ne doit donc pas réduire Latran III à une condamnation simple et immédiate des Vaudois comme mouvement déjà complètement séparé. Le concile vise clairement les Cathares dans le canon 27 ; pour les Pauvres de Lyon, la situation de 1179 est encore une phase de discernement et de tension.
Que reste-t-il aujourd'hui de Latran III ?
La règle des deux tiers au cœur du conclave
L'héritage le plus visible est la règle des deux tiers. Les modalités concrètes des conclaves ont changé, mais l'idée demeure : l'élection du pape exige une majorité qualifiée, supérieure à une majorité simple, afin que l'unité de l'Église ne soit pas livrée à une victoire courte et contestable.
Cette règle est née d'une crise. Elle rappelle qu'une bonne procédure ecclésiale n'est pas une technocratie froide : elle protège la communion. L'unité catholique demande de la grâce, mais aussi des règles suffisamment claires pour empêcher l'ambition de se déguiser en droit.
Une réforme qui unit droit, pastorale et charité
Latran III ne se limite pas à l'élection pontificale. Il lie droit canonique, discipline morale, protection des pauvres, éducation des clercs et pacification sociale. Cette largeur peut surprendre, mais elle révèle une intuition médiévale forte : l'Église ne se réforme pas par un seul décret symbolique. Elle doit toucher les nominations, l'argent, les études, les sacrements, les abus de privilèges et les violences concrètes.[49]
Un concile moins célèbre mais structurant
Latran III reste moins connu que Latran IV, mais son rôle est structurant. Il donne à l'Église romaine une réponse juridique au traumatisme du schisme alexandrin, renforce la discipline du clergé, stimule les écoles cathédrales et fait entrer ses canons dans la grande tradition décrétaliste.[50]
Sa leçon peut se résumer simplement : après une crise d'autorité, l'Église ne se contente pas de célébrer la paix. Elle examine les causes, annule les effets nocifs, clarifie les procédures et réforme les pratiques qui ont rendu la crise possible.
Pour aller plus loin
- Lire Latran I : la liberté de l'Église après la querelle des Investitures.
- Lire Latran II : la pacification d'un schisme pontifical précédent.
- Lire Latran IV : le sommet doctrinal et pastoral des conciles latéraux.
- Retenir le cœur du sujet : Latran III transforme la sortie du schisme d'Alexandre III en réforme durable de l'élection pontificale et du droit canonique.
Notes et références
Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, section « Third Lateran Council 1179 », p. 205-225, introduction, texte anglais reproduit par EWTN : Third Lateran Council 1179. L'introduction situe le concile après la promesse faite à Venise (1177), donne l'ouverture du 5 mars 1179 « according to Archbishop William of Tyre, our chief authority », environ 300 pères, 27 canons ; elle relève que les canons figurent dans « four contemporary English chronicles » (Benoît de Peterborough, Gervase de Cantorbéry, Guillaume de Newburgh, Roger de Hoveden) et furent ensuite tous insérés dans les Décrétales de Grégoire IX (« afterwards all were inserted into Pope Gregory IX's Decretals ») ; les canons « appear to have been worked out by an excellent legal mind so that it is probable they were composed under the authority of Alexander III himself, who was an expert lawyer ».
1 5 8 12 14 17 20 23 27 46 50Henri Leclercq, "Third Lateran Council (1179)", The Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, Robert Appleton Company, 1910, New Advent (édition en ligne, sans pagination) : Third Lateran Council. Notice sur le retour d'Alexandre III à Rome, les trois sessions des 5, 14 et 19 mars 1179, les 302 évêques et le résumé des canons. Le mois de la convocation y est explicite : « In September, 1178, the pope in agreement with an article of the Peace of Venice, convoked an ecumenical council at the Lateran for Lent of the following year and, with that object, sent legates to different countries. »
2 13 15 16 18 19 30 35 39 42Latran III, canon 1 (Licet de vitanda), dans N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, en ouverture de la série des 27 canons (p. 211-225) ; texte anglais reproduit par EWTN. Canon sur l'élection pontificale par les deux tiers des cardinaux en cas d'absence d'unanimité.
3 29Joseph F. Loughlin, "Pope Alexander III", The Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907, New Advent (édition en ligne, sans pagination) : Pope Alexander III. Notice sur Roland Bandinelli, son élection du 7 septembre 1159, le schisme de Victor IV, l'exil, Legnano, Venise et Latran III.
4 6 9 21 26« Victor IV », The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, New Advent (édition en ligne, sans pagination) : Victor IV. Élu le 7 septembre 1159 « by a small minority of the cardinals (four or five) », tandis que la majorité élisait le chancelier Roland, devenu Alexandre III.
7J. P. Kirsch, "Frederick I", The Catholic Encyclopedia, vol. 6, New York, Robert Appleton Company, 1909, New Advent (édition en ligne, sans pagination) : Frederick I. Notice sur la politique italienne de Barberousse, le synode de Pavie, la Ligue lombarde, Legnano (29 mai 1176) et le traité de Venise (1177).
10 11 24Attribution contestée : la notice moderne « Alexander III, Pope » (Encyclopedia.com, d'après la New Catholic Encyclopedia) précise que la Summa Magistri Rolandi « is thought to have enhanced Alexander's reputation among the curia, though some scholars contest the attribution » (Alexander III, Pope) ; sur le découplage de l'identité du Magister Rolandus d'avec Alexandre III, voir R. Weigand, « Magister Rolandus und Papst Alexander III », Archiv für katholisches Kirchenrecht 149 (1980), pp. 3-44, et J. T. Noonan Jr., « Who was Rolandus ? », dans K. Pennington et R. Somerville (éd.), Law, Church, and Society: Essays in Honor of Stephan Kuttner, Philadelphie, 1977, pp. 21-48.
22Latran III, canon 2, dans N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, série des 27 canons (p. 211-225) ; texte anglais reproduit par EWTN. Canon annulant les ordinations et dignités issues d'Octavien, Guy de Crema et Jean de Struma. L'introduction de Tanner range ce canon parmi ceux qui « refer to Lateran II » (canons 2, 11, 20-22).
25 31Danica Summerlin, The Canons of the Third Lateran Council of 1179: Their Origins and Reception, Cambridge Studies in Medieval Life and Thought, Cambridge University Press, 2019 — chapitre 4, « The dissemination of the 1179 canons », pp. 125-182 (chapitre 2 sur l'origine des canons pp. 44-93 ; chapitre 3 sur les canons et les écoles pp. 94-124 ; chapitre 5 sur l'usage des canons vers 1179-1191 pp. 183-240 ; pagination d'après la table des matières de l'ouvrage, Cambridge University Press). Citée ici uniquement pour la diffusion des canons dans les collections ; l'ouvrage exploite notamment le fichier Holtzmann (Walther-Holtzmann Kartei).
28Latran II, canon 30 (dernier de la série), dans N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, section « Second Lateran Council 1139 » (p. 195-205), trad. anglaise : « We render void the ordinances enacted by Peter Leoni and other schismatics and heretics, and deem them null. » (Pierre Pierleoni — Petrus Leonis — est Anaclet II).
32Latran III, canons 1-27, dans N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, p. 211-225 ; texte anglais reproduit par EWTN. Les canons traitent de l'élection pontificale, du schisme, de l'âge des prélats, des visitations, de la simonie sacramentelle, des ordres militaires, du clergé, des bénéfices, des écoles, de la trêve de Dieu, des lépreux, des Sarrasins et des hérésies.
33 38 41 49Latran III, canon 3, dans N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, série des 27 canons (p. 211-225) ; texte anglais reproduit par EWTN. Canon exigeant trente ans, naissance légitime, vie et science éprouvées pour l'épiscopat ; vingt-cinq ans pour les charges avec soin des âmes.
34Latran III, canon 7, dans N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, série des 27 canons (p. 211-225) ; texte anglais reproduit par EWTN. Canon contre l'exigence d'argent pour intronisations, installations, sépultures, bénédictions matrimoniales et sacrements.
36Latran III, canon 9, dans N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, série des 27 canons (p. 211-225) ; texte anglais reproduit par EWTN. Canon réglant les abus des Templiers, Hospitaliers et autres religieux contre l'autorité épiscopale.
37Latran III, canon 18, dans N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, série des 27 canons (p. 211-225) ; texte anglais reproduit par EWTN. Canon prescrivant un maître dans chaque cathédrale pour instruire gratuitement les clercs et les écoliers pauvres.
40 47Latran III, canon 27 (qui s'ouvre sur « Sicut ait beatus Leo… » et contient le passage « De Brabantionibus et Aragonensibus, Navariis, Bascolis, Coterellis et Triaverdinis… »), dans N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, p. 224 ; texte anglais reproduit par EWTN (« With regard to the Brabanters, Aragonese, Navarrese, Basques, Coterelli and Triaverdini… »). Canon contre les Cathares, Patarins et bandes de mercenaires, avec appel aux princes pour réprimer les violences. À ne pas confondre avec Ad abolendam (Ad abolendam diversam haeresium pravitatem), décrétale de Lucius III donnée à Vérone le 4 novembre 1184.
43J. P. Kirsch, "Cathari", The Catholic Encyclopedia, vol. 3, New York, Robert Appleton Company, 1908, New Advent (édition en ligne, sans pagination) : Cathari. Notice sur les noms, la doctrine dualiste, la diffusion des Cathares en France, Italie et Espagne, et leur développement au XIIᵉ siècle.
44 45"Waldenses", Encyclopedia.com / New Catholic Encyclopedia entry, consulté comme notice secondaire : Waldenses. La notice rappelle que Valdès se rend à Rome au moment de Latran III, que son vœu de pauvreté est reçu favorablement, mais que la prédication laïque sans autorisation devient le point de rupture.
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