Adrien IV (Hadrianus IV), né Nicholas Breakspear vers 1100 dans le Hertfordshire, gouverne l'Église de Rome du 4 décembre 1154 au 1er septembre 1159. Il reste, près de neuf siècles plus tard, le seul pape né en Angleterre[2] — et, jusqu'à l'élection de Léon XIV, que la biographie officielle du Vatican présente comme le premier pape né aux États-Unis (Chicago, élu le 8 mai 2025)[3][4], le seul pape originaire d'un pays anglophone.
Son parcours est l'un des plus improbables de toute l'histoire pontificale. Fils d'un clerc de condition modeste devenu moine de Saint-Alban, refusé par l'abbaye de son pays, le jeune Nicolas part étudier dans le Midi de la France, devient chanoine régulier puis abbé de Saint-Ruf, près d'Avignon, et gravit ensuite tous les degrés jusqu'à la tiare. Entre-temps, sa légation en Scandinavie réorganise l'Église de Norvège et de Suède avec un tel succès qu'on le surnomme l'« Apôtre du Nord ».[5][6]
Élu dans une Rome insurgée, Adrien IV affronte en cinq ans une concentration exceptionnelle de crises : la commune révolutionnaire d'Arnaud de Brescia, la confrontation avec l'empereur Frédéric Ier Barberousse (l'incident de l'étrier à Sutri, le couronnement de 1155, la querelle du beneficium à Besançon), la guerre puis le traité de Bénévent avec le royaume normand de Sicile, et le fameux document dit Laudabiliter lié à l'Irlande, dont l'authenticité et le statut (bulle ou lettre) sont débattus. Il meurt à Anagni en pleine rupture avec l'Empire, léguant à son successeur un conflit qui débouchera sur un schisme de dix-huit ans, de 1159 à la paix de Venise (1177).[7][8]
Le fil rouge de ce pontificat n'est pas la victoire, mais la lucidité d'un homme conscient de porter un fardeau écrasant. À son compatriote Jean de Salisbury, qui l'avait connu de près, Adrien confia que la chaire du pontife romain est épineuse, que le manteau pontifical est hérissé de pointes et que la couronne est de feu — et qu'il eût préféré ne jamais quitter le cloître de Saint-Ruf.[9]
Pourquoi Adrien IV n'est pas un pape secondaire
On retient souvent Adrien IV pour une seule curiosité : le seul Anglais devenu pape. La réalité est plus dense. Son pontificat de cinq ans est un point de bascule du XIIe siècle, là où se nouent trois histoires majeures : la renaissance de l'idée impériale sous Frédéric Barberousse, l'affirmation de la souveraineté pontificale face au pouvoir laïc, et la construction d'une chrétienté latine jusqu'aux confins du Nord.
Adrien hérite d'une papauté réformée mais fragile. Un demi-siècle après la réforme grégorienne, le Siège romain a gagné en autorité spirituelle, mais il ne contrôle même pas sa propre ville : Rome est aux mains d'une commune qui rêve de restaurer le Sénat antique, et l'idée d'un pouvoir civil indépendant de la papauté trouve son théoricien dans Arnaud de Brescia.[10] Au même moment, un jeune empereur ambitieux, Frédéric Barberousse, veut redonner à l'Empire sa splendeur carolingienne et romaine — ce qui le met inévitablement en concurrence avec le pape sur la question du qui commande à qui dans la chrétienté.[11]
C'est dans ce monde tendu qu'un fils d'Angleterre, parti de rien, va tenir la barque de Pierre. Son pontificat est court, mais il pose des actes dont les conséquences se déploieront pendant des décennies : la procédure du couronnement impérial, la diplomatie avec le royaume normand, la première grande crise ouverte entre le sacerdoce et l'empire depuis le concordat de Worms (1122)[12], et un document irlandais dont l'usage postérieur pèsera pendant des siècles sur les relations anglo-irlandaises.
Les sources principales
| Source | Nature | Apport pour Adrien IV |
|---|---|---|
| Boson, Vita Adriani IV | Biographie pontificale officielle, continuation du Liber Pontificalis, XIIe siècle | Récit curial de l'élection, de Rome, de Barberousse, de Bénévent |
| Jean de Salisbury, Policraticus (VIII, 23), Metalogicon (IV, 42) et Historia Pontificalis | Témoin direct ayant bien connu Adrien IV | Confidences sur le fardeau de la charge (Policraticus, VIII, 23), affaire d'Irlande (Metalogicon, IV, 42) ; l'Historia Pontificalis couvre les années 1148-1152 et fut rédigée vers 1164 |
| Otton de Freising et son continuateur Rahewin, Gesta Friderici I imperatoris | Chronique impériale, milieu du XIIe siècle | Couronnement de 1155 et point de vue allemand (Otton, livres I-II) ; querelle de Besançon (Rahewin, livre III) — Otton n'est pas la source de l'incident de Sutri |
| Arthur Ua Clerigh, Catholic Encyclopedia | Synthèse catholique de référence, 1907 | Biographie d'ensemble, dates, dossier Laudabiliter |
| B. Bolton et A. J. Duggan (dir.), Adrian IV the English Pope | Recueil d'études universitaires, Ashgate, 2003 | Relecture critique de la légation, de Laudabiliter et du pontificat |
De l'écolier pauvre à l'abbé de Saint-Ruf
Une naissance obscure près de Saint-Alban
Nicolas Breakspear naît vers 1100, dans le Hertfordshire, probablement aux environs d'Abbots Langley, non loin de la grande abbaye bénédictine de Saint-Alban. Les sources médiévales — au premier rang desquelles le récit tardif du chroniqueur Matthieu Paris, moine de Saint-Alban au XIIIe siècle — le présentent comme issu d'une famille de condition humble mais honnête.[13] Son père, clerc de condition modeste, abandonna son jeune fils pour entrer comme moine à Saint-Alban[14] ; la Britannica de 1911 précise qu'il était prêtre du diocèse de Bath, nommé Robert.[15]
Cette origine modeste est un trait essentiel du personnage. Adrien IV n'appartient ni à la grande aristocratie romaine qui a si longtemps dominé le Siège de Pierre, ni aux dynasties épiscopales d'Italie ou de Germanie. Il est l'archétype de l'ascension par le mérite ecclésiastique que la réforme grégorienne avait rendue possible : un homme sans naissance ni fortune que la seule force de son intelligence, de sa piété et de son travail conduit jusqu'au sommet.
Refusé par l'abbaye de Saint-Alban
Le jeune Nicolas désire entrer comme moine à Saint-Alban, là où vit son père. Selon ce récit tardif de Matthieu Paris, l'abbé l'examine et le juge encore trop peu instruit pour la vie monastique. La réponse, restée célèbre, est aussi un congé déguisé :
« Patiente, mon fils, et reste encore à l'école jusqu'à ce que tu sois mieux préparé à la fonction que tu désires. » — l'abbé de Saint-Alban, selon le récit de Matthieu Paris, dans la traduction qu'en donne la Catholic Encyclopedia[16]
L'épisode a la saveur des ironies de l'histoire : l'abbaye qui ne voulut pas du jeune homme verra l'un de ses fils refusés devenir pape. La tradition rapporte d'ailleurs qu'une fois sur le trône de Pierre, Adrien IV se souviendra de Saint-Alban avec affection, comblant l'abbaye de privilèges plutôt que de rancune.[17][18]
Chanoine puis abbé de Saint-Ruf, près d'Avignon
Éconduit, Nicolas traverse la Manche et gagne le Midi de la France. Il étudie à Arles, s'imprègne du droit, puis entre comme chanoine régulier (prêtre vivant en communauté selon la règle de saint Augustin) à l'abbaye de Saint-Ruf, près d'Avignon, réputée pour sa rigueur.[19][20] Sa valeur y est si vite reconnue qu'il en est élu abbé, vers la fin des années 1130.
Le détail suivant en dit long sur son tempérament. Devenu abbé, Nicolas se montre exigeant, peut-être trop : ses chanoines, lassés de sa fermeté réformatrice, portent plainte contre lui jusqu'à Rome, devant le pape Eugène III.[21] Loin de lui nuire, ces démêlés attirent l'attention du Saint-Siège sur ce moine anglais énergique. Eugène III, cistercien et réformateur lui-même, comprend qu'un tel homme servira mieux l'Église à Rome qu'au fond d'une abbaye provençale. La plainte de ses moines devient ainsi, paradoxalement, le tremplin de sa carrière romaine.
Cardinal-évêque et « Apôtre du Nord »
Le cardinalat d'Albano
Eugène III appelle Nicolas à Rome et l'élève à la dignité de cardinal-évêque d'Albano — l'un des sièges suburbicaires les plus prestigieux (les diocèses voisins de Rome, réservés aux plus proches collaborateurs du pape).[22] Les sources situent cette promotion vers 1149, certaines remontant à 1146 ; il devient ainsi l'un des très rares Anglais admis au sommet de la hiérarchie romaine.[23] L'ancien écolier rejeté de Saint-Alban siège désormais parmi les princes de l'Église.
La légation en Scandinavie (1152-1154)
C'est alors qu'Eugène III lui confie la mission qui va asseoir sa réputation : une légation apostolique en Scandinavie, en 1152.[24] Le christianisme nordique, encore jeune, manque de structures : la Norvège, la Suède et leurs dépendances insulaires dépendent largement de l'archevêché de Lund, lui-même longtemps lié à l'Église germanique de Hambourg-Brême. Le cardinal Breakspear est envoyé pour réorganiser de fond en comble la hiérarchie de ces Églises lointaines.
La mission est, de l'aveu des historiens, l'une des parties les mieux documentées et les plus réussies de sa vie.[25] Dans une Norvège déchirée par la guerre civile, le légat (l'envoyé du pape) renforce la position économique de l'Église et le statut social du clergé, encadre l'influence des laïcs, et introduit le denier de Saint-Pierre (la contribution annuelle versée à Rome).[26]
Nidaros, métropole de la Norvège
Le geste le plus durable est la création d'une province ecclésiastique norvégienne autonome. Breakspear érige Nidaros (l'actuelle Trondheim) en archevêché métropolitain, lui rattachant non seulement la Norvège, mais l'Islande, le Groenland et les îles Féroé, Orcades et Shetland.[27] Il fait agrandir la cathédrale de Trondheim — qui abrite le tombeau de saint Olaf — et fonde plusieurs écoles cathédrales.
En Suède, il préside un concile à Linköping, réorganise l'Église locale et tente d'y établir un archevêché propre ; l'entreprise échoue sur le moment, butant sur les rivalités entre Suédois et Goths, mais elle prépare le siège métropolitain qui sera érigé peu après à Uppsala.[28] À son retour à Rome, en 1154, le succès de cette légation vaut durablement à Breakspear le surnom d'« Apôtre du Nord ».[29]
Cette légation est la clef de son élection. Quand le cardinal Breakspear rentre à Rome, il n'est plus seulement un Anglais habile : il est l'homme qui a montré, sur le terrain, qu'il savait gouverner, réformer et bâtir des structures durables dans les conditions les plus difficiles.
L'élection de 1154 : un fardeau plus qu'un honneur
À la mort du pape Anastase IV, début décembre 1154, le collège des cardinaux se tourne vers l'homme du Nord. Nicolas Breakspear est élu le 4 décembre 1154 et prend le nom d'Adrien IV.[30] Il est intronisé le lendemain et couronné à Saint-Pierre.
Selon son biographe curial Boson, Adrien fut porté à la papauté contre son gré.[31] Le témoignage le plus saisissant vient de Jean de Salisbury, érudit anglais qui avait longuement séjourné à la curie et connaissait personnellement le nouveau pape. Adrien lui ouvrit son cœur sur le poids de la charge :
« Il affirme n'avoir jamais souhaité quitter sa terre natale d'Angleterre, ni demeurer caché pour toujours dans le cloître du bienheureux Ruf ; s'il est entré dans ces difficultés, c'est qu'il n'ose pas résister à la disposition divine. » — Adrien IV, rapporté par Jean de Salisbury[32]
Le mot résume l'homme. Adrien IV n'est pas un ambitieux grisé par le pouvoir, mais un pasteur lucide qui accepte une croix. La même source rapporte sa prière : sur l'enclume et sous le marteau, le Seigneur l'avait toujours élargi ; mais qu'Il daigne maintenant soutenir de Sa droite le fardeau imposé à sa faiblesse, car il lui est insupportable.[33]
Rome : la confrontation avec Arnaud de Brescia
L'interdit jeté sur Rome
Adrien IV n'est pas même maître de sa propre ville. Depuis des années, Arnaud de Brescia — chanoine régulier, disciple d'Abélard, prédicateur ardent de la pauvreté du clergé et adversaire du pouvoir temporel des papes[34] — galvanise la commune romaine, qui prétend rendre au peuple romain la souveraineté antique et dépouiller le pape de son autorité civile.[35] La situation tourne au drame lorsqu'un cardinal est mortellement frappé en pleine rue, au cœur de Rome.
La réponse d'Adrien est d'une sévérité exceptionnelle : le pape met la ville de Rome elle-même sous interdit : plus de messes, plus de sacrements, plus d'offices, à l'approche de la Semaine sainte, tant que la commune n'aura pas chassé Arnaud.[36] L'arme spirituelle frappe au cœur d'une population profondément religieuse. La pression populaire monte ; à quelques jours de Pâques, les Romains cèdent et bannissent le tribun.
La fin d'Arnaud de Brescia
Privé de l'appui romain, Arnaud de Brescia est bientôt capturé. À l'été 1155, des troupes impériales s'en saisissent ; jugé pour rébellion, il est pendu, puis son corps brûlé et ses cendres jetées dans le Tibre, pour éviter que ses partisans n'en fassent des reliques.[37][38] L'épisode reste discuté : Adrien IV soutint que l'exécution releva de l'initiative du préfet de Rome[39] ; mais, selon le récit rapporté par Gerhoh de Reichersberg, certains soupçonnèrent la curie d'y avoir eu une part plus grande.[40]
Arnaud touchait un point réel — la richesse et la mondanité d'une partie du clergé scandalisaient les fidèles, et son appel à la pauvreté évangélique n'était pas sans fondement. Mais son projet politique, qui prétendait dépouiller le Siège de Pierre de toute indépendance pour le soumettre à une commune révolutionnaire, menaçait directement la liberté de l'Église. Adrien IV ne défend pas la mondanité du clergé : il défend l'indépendance du gouvernement spirituel face à un pouvoir civil qui veut l'asservir.
Le pape et l'empereur : Frédéric Barberousse
L'incident de l'étrier à Sutri (1155)
Au printemps 1155, le roi de Germanie Frédéric Ier Barberousse descend en Italie pour recevoir la couronne impériale. Pape et roi se rencontrent à Sutri, en juin 1155. La scène, en apparence protocolaire, devient un affrontement symbolique sur la hiérarchie des deux pouvoirs.[41]
La tradition voulait que l'empereur, en signe de révérence, tienne l'étrier du pape et conduise sa monture par la bride sur quelques pas — le geste du strator, le palefrenier. Frédéric refuse d'abord, y voyant une humiliation ; Adrien IV, en retour, lui refuse le baiser de paix tant que l'hommage dû ne sera pas rendu.[42][43] Après deux jours de tension et la consultation des princes, Frédéric s'exécute lors d'une seconde rencontre à Nepi : il tient l'étrier, et le pape lui accorde le baiser de paix.
L'enjeu n'est pas une étiquette : c'est de savoir qui révère qui. Adrien IV obtient que l'empereur, fût-ce une fois, accomplisse le geste du serviteur devant le successeur de Pierre.
Le couronnement impérial du 18 juin 1155
Frédéric Barberousse est couronné empereur le 18 juin 1155, à Saint-Pierre de Rome, par Adrien IV.[44][45] La cérémonie se déroule sous haute tension : la commune romaine, hostile, n'a pas été associée, et le jour même, ses milices attaquent le quartier léonin. Les troupes impériales répliquent dans un combat de rue qui fait, selon la Catholic Encyclopedia, « plus d'un millier de tués ou de noyés dans le Tibre »[46] ; pape et empereur doivent quitter une Rome insurgée.
Ce couronnement scelle une alliance de circonstance — issue du traité de Constance de 1153[47] — entre la papauté et l'Empire contre la commune et contre le royaume normand de Sicile. Mais l'entente est fragile : derrière les gestes liturgiques, chacun reste persuadé de sa propre supériorité, et la rupture couve déjà.
La querelle du beneficium à la diète de Besançon (1157)
La crise éclate en octobre 1157, à la diète de Besançon. Adrien IV y envoie deux légats — le cardinal Roland de Sienne (dit Bandinelli par une tradition postérieure), futur Alexandre III, et le cardinal Bernard — porteurs d'une lettre pontificale.[48] Le pape y rappelle les bienfaits qu'il a accordés à Frédéric, notamment la couronne impériale, et emploie le mot latin beneficium.
Le terme est explosif. Dans le vocabulaire féodal, beneficium signifie le fief qu'un seigneur concède à son vassal. Lu ainsi, le pape semblait affirmer que l'Empire lui-même était un fief tenu de la papauté — autrement dit que l'empereur était le vassal du pape. La lecture met le feu à l'assemblée. Selon Rahewin, continuateur d'Otton de Freising (Gesta Friderici, livre III), l'un des légats aurait lancé : « de qui donc tient-il l'Empire, sinon de notre seigneur le pape ? »[49] L'indignation est telle qu'un prince manque de frapper les envoyés ; Frédéric les fait reconduire sans délai.
« Puisque notre royauté et notre empire nous viennent, par l'élection des princes, de Dieu seul... quiconque dit que nous avons reçu la couronne impériale comme un bienfait (beneficium) du seigneur pape contredit l'institution divine et la doctrine de Pierre, et sera coupable de mensonge. » — manifeste de Frédéric Barberousse après Besançon, rapporté par Rahewin[50]
Adrien IV doit s'expliquer. Dans une lettre ultérieure, présentée à la diète d'Augsbourg en 1158, il affirme avoir entendu beneficium au sens de « bienfait » (bonum factum), non de fief, et la tension retombe provisoirement.[51][52] La querelle de Besançon reste la première grande crise ouverte entre le sacerdoce et l'empire depuis le concordat de Worms (1122)[53], prélude à la longue lutte qui occupera tout le pontificat d'Alexandre III.
Le traité de Bénévent et le royaume de Sicile (1156)
Au sud, Adrien IV doit compter avec le puissant royaume normand de Sicile, dirigé par Guillaume Ier, dit « le Mauvais ». D'abord hostile — il excommunie Guillaume et s'allie aux rebelles du Sud et à l'empereur byzantin Manuel Comnène, espérant l'effondrement du royaume normand — le pape doit déchanter.[54][55] Guillaume écrase ses adversaires, défait les Grecs et les barons révoltés, et, après la bataille de Brindisi, met le Siège romain en position difficile.
Sans alliés et empêtré dans l'affaire de Rome, Adrien IV négocie. C'est le traité de Bénévent, conclu en 1156.[56] Le pape investit Guillaume Ier du royaume de Sicile, de la Pouille, de Capoue et de leurs dépendances ; en retour, le roi normand devient vassal du Saint-Siège, prête hommage, promet un tribut annuel et un appui militaire. Guillaume obtient en outre de larges pouvoirs sur l'Église de son royaume.
Le traité est habile : il transforme un ennemi redoutable en protecteur féodal de la papauté, et il fournira à Alexandre III, quelques années plus tard, un appui décisif contre Barberousse. Mais il scandalise l'empereur, qui y voit une trahison du traité de Constance (1153)[57] et la preuve de la « duplicité » du pape. Bénévent est ainsi l'un des actes qui creusent le fossé entre Adrien IV et l'Empire.
Laudabiliter : Adrien IV et l'Irlande
Le texte et son contexte
Le document le plus célèbre — et le plus controversé — du pontificat est le texte dit Laudabiliter, traditionnellement daté de 1155 : un texte connu seulement par des copies postérieures — la transcription qu'en donne Giraud de Barri, dit Giraud de Galles (Giraldus Cambrensis), dans son Expugnatio Hibernica et le témoignage de Jean de Salisbury qui affirme l'avoir obtenu du pape — et dont le statut exact (bulle, lettre ou simple privilège) reste débattu. Selon ce texte, Adrien IV aurait autorisé le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt à entrer en Irlande pour y réformer l'Église et y faire régner l'ordre chrétien, l'île étant réputée relever de la juridiction du Siège de Pierre.[58][59] L'argument de la donation de Constantin ne figure pas dans le texte transmis : c'est Jean de Salisbury lui-même qui l'invoque, dans son Metalogicon (IV, 42), pour fonder le droit du Siège romain sur les îles.[60]
C'est Jean de Salisbury lui-même qui revendique, dans son Metalogicon, avoir obtenu cette concession du pape :
« À ma requête, il donna et concéda l'Irlande à Henri II, l'illustre roi d'Angleterre, pour qu'il la tînt par droit héréditaire. » — Jean de Salisbury, Metalogicon[61]
Une « donation » contestée
L'affaire est délicate à plusieurs titres. D'une part, Henri II, débarqué à Waterford en octobre 1171, n'invoque pas ce titre pour entrer en Irlande — ni au synode de Cashel en 1172 : le document n'est produit que vers 1174-1175, soit vingt ans après sa datation traditionnelle et bien après la mort d'Adrien IV.[62] D'autre part, la lettre fut largement diffusée et exploitée par Giraud de Barri (Giraldus Cambrensis), propagandiste de la conquête anglaise, dont la fiabilité est sujette à caution.[63][64]
S'est posée, dès les controverses des siècles suivants, la question de l'authenticité même du document. La Catholic Encyclopedia de 1907, tout en reconnaissant le débat, juge l'attribution à Adrien IV solidement établie.[65] Mais la critique historique moderne va plus loin : selon Anne Duggan, le texte transmis par Giraud serait la falsification d'une lettre authentique, aujourd'hui perdue, et son statut exact — bulle, lettre, simple privilège — reste discuté.[66]
La relecture des historiens
Les travaux récents, notamment ceux d'Anne Duggan, proposent une lecture nettement plus mesurée. Selon cette relecture, Adrien IV n'aurait jamais « donné » l'Irlande comme une propriété : il aurait tout au plus accordé une autorisation conditionnelle et réformatrice, dans la logique du droit canonique de l'époque, où le pape pouvait reconnaître à un prince le soin de protéger et de redresser une Église locale.[67] La transformation de ce document en titre de conquête serait l'œuvre de la propagande postérieure, anglaise puis Plantagenêt, bien plus que de l'intention réelle du pape.
Il serait donc inexact de présenter Adrien IV comme l'homme qui aurait « livré » l'Irlande à l'Angleterre par caprice national. Le dossier mêle un noyau historique réel — une concession pontificale liée à la réforme de l'Église irlandaise — et une instrumentalisation politique ultérieure qui en a durci le sens. Distinguer les deux est la condition d'un jugement honnête.
La mort à Anagni (1159) et le schisme qui suit
Les dernières années du pontificat sont dominées par la rupture ouverte avec Frédéric Barberousse. L'empereur multiplie les revendications sur l'Italie du Nord, fait dresser à la diète de Roncaglia un programme de domination sur les communes lombardes, et place désormais son propre nom avant celui du pape dans les correspondances.[68] Adrien IV, replié à Anagni puis appuyé sur les cités lombardes hostiles à l'Empire, se prépare à excommunier l'empereur et lui adresse un ultimatum.
La mort le devance. Adrien IV s'éteint à Anagni le 1er septembre 1159, en pleine lutte avec l'Empire et en ligue avec les Lombards.[69] Une légende tardive veut qu'une mouche tombée dans son vin soit restée coincée dans sa gorge, sans que les médecins parviennent à l'en dégager[70] — récit invérifiable, à recevoir comme tel. Il est enseveli à Saint-Pierre, dans un ancien sarcophage antique de granit, conservé aux grottes vaticanes.[71]
Sa disparition ouvre aussitôt une crise. Le collège, divisé entre partisans et adversaires de l'Empire, se sépare : la majorité élit le cardinal Roland de Sienne (dit Bandinelli par une tradition postérieure), devenu Alexandre III, tandis qu'une minorité impériale choisit Octavien, l'antipape Victor IV. C'est le début d'un schisme de dix-huit ans (1159–1177), clos par la paix de Venise ; le concile du Latran III de 1179 en tirera la leçon en fixant la règle de la majorité des deux tiers pour les élections pontificales.[72][73]
Chronologie du pontificat
| Date | Événement | Sens historique |
|---|---|---|
| Vers 1100 | Naissance de Nicolas Breakspear (Hertfordshire) | Origine anglaise et modeste du futur pape |
| Vers 1137 | Abbé de Saint-Ruf, près d'Avignon | Ascension dans l'Église réformée du Midi |
| Vers 1149 | Cardinal-évêque d'Albano | Entrée au sommet de la curie romaine |
| 1152-1154 | Légation en Scandinavie | Création de la métropole de Nidaros, « Apôtre du Nord » |
| 4 décembre 1154 | Élection comme pape Adrien IV | Seul Anglais sur le trône de Pierre |
| 1155 | Interdit sur Rome, chute d'Arnaud de Brescia | Affirmation de l'autorité pontificale dans sa propre ville |
| Juin 1155 | Sutri : incident de l'étrier | Affrontement symbolique avec Barberousse |
| 18 juin 1155 | Couronnement impérial de Frédéric Ier | Alliance fragile du sacerdoce et de l'empire |
| 1155 | Document dit Laudabiliter (datation traditionnelle ; authenticité et statut débattus) | Concession contestée touchant l'Irlande |
| 1156 | Traité de Bénévent avec Guillaume Ier de Sicile | Le royaume normand devient vassal du Saint-Siège |
| Octobre 1157 | Diète de Besançon : querelle du beneficium | Première grande crise sacerdoce-empire depuis le concordat de Worms (1122) |
| 1er septembre 1159 | Mort à Anagni | Rupture avec l'Empire, prélude au schisme de 1159 |
Bilan : sur l'enclume et sous le marteau, un fardeau insupportable
Un administrateur et réformateur
Au-delà des crises spectaculaires, Adrien IV fut un gouvernant énergique : l'homme qui avait structuré l'Église de Norvège gouverna Rome avec la même fermeté — interdit jeté sur la ville, appui romain reconquis, ultimatum adressé à l'empereur.[74][75][76]
Un homme lucide sur le fardeau
Le second trait est intérieur. Adrien IV n'a jamais cédé à l'illusion du pouvoir. Le témoignage de Jean de Salisbury en fait un pape conscient de sa fragilité, qui regrettait parfois le silence du cloître et qui voyait dans la chaire de Pierre un siège épineux plus qu'un trône.[77] Cette lucidité n'est pas faiblesse : elle est la marque d'un homme qui sert une fonction qui le dépasse, sans se prendre pour elle.
« Je prends à témoin le seigneur Adrien — que Dieu rende ses temps heureux : nul n'est plus misérable que le pontife romain, et nulle condition n'est plus malheureuse que la sienne. » — Jean de Salisbury, prenant Adrien IV à témoin[78]
Pourquoi Adrien IV compte aujourd'hui
Adrien IV n'est pas un pape secondaire parce que son règne fut court. Il compte pour l'histoire de l'Europe du Nord, qu'il a dotée d'une véritable structure ecclésiale jusqu'au Groenland. Il compte pour l'histoire de la souveraineté pontificale, qu'il a défendue face à un empereur ambitieux comme face à une commune révolutionnaire. Il compte pour l'histoire des rapports anglo-irlandais, dont le document dit Laudabiliter, authentique ou amplifié, a empoisonné des siècles. Il compte enfin comme figure spirituelle : l'écolier rejeté de Saint-Alban, devenu Apôtre du Nord puis pape, qui porta sa charge comme une croix.
Dans une chrétienté tiraillée entre empereurs, communes et rois, Adrien IV tient une ligne simple : la liberté de l'Église ne se négocie pas, ni devant la force impériale, ni devant la pression populaire. Qu'il ait souvent dû composer, perdre, reculer, ne change rien à la fermeté du cap. C'est le portrait d'un pasteur réaliste, lucide, parfois blessé, mais fidèle au fardeau reçu.
Pour aller plus loin
- Pape Anastase IV, le prédécesseur d'Adrien IV (1153-1154)
- Pape Alexandre III, le successeur élu en 1159, et le schisme face à Frédéric Barberousse
- Concile du Latran III (1179), qui tire la leçon du schisme né à la mort d'Adrien IV (1159–1177) et fixe la règle des deux tiers
- Pape Adrien II, autre pontificat court marqué par la confrontation avec le pouvoir impérial et la question de la primauté romaine
- Pape Adrien Iᵉʳ, le pape du VIIIe siècle
Notes et références
Liste officielle du Saint-Siège : « Adrian IV — 169th Pope of the Catholic Church », https://m.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/adriano-iv.html (l'Annuario Pontificio ne numérote pas les papes). Numérotation CLXX (170e) dans L. Duchesne (éd.), Le Liber Pontificalis, t. II, Paris, Ernest Thorin, 1892, p. 388.
1Adrian (popes) — Adrian IV, Encyclopædia Britannica, 11e éd., 1911, texte vérifié sur Wikisource : « (Nicholas Breakspear), pope from 1154 to 1159, the only Englishman who has occupied the papal chair » (pape de 1154 à 1159, seul Anglais à avoir occupé la chaire pontificale) ; sur son père : « His father was Robert, a priest of the diocese of Bath, who entered a monastery and left the boy to his own resources » (son père Robert, prêtre du diocèse de Bath, entra au monastère en laissant l'enfant livré à lui-même). URL : https://en.wikisource.org/wiki/1911_Encyclop%C3%A6dia_Britannica/Adrian_(popes).
2 15Biographie officielle de Léon XIV (Robert Francis Prevost), Vatican News, 8 mai 2025 : né le 14 septembre 1955 à Chicago (Illinois), premier pape né aux États-Unis, élu le 8 mai 2025. URL : https://www.vaticannews.va/en/pope/news/2025-05/biography-of-robert-francis-prevost-pope-leo-xiv.html.
3"Leo XIV (born September 14, 1955, Chicago, Illinois, U.S.) [...] was elected to the papacy on May 8, 2025 [...] becoming the first American pope in history", Encyclopædia Britannica, https://www.britannica.com/biography/Leo-XIV (notice postérieure à l'élection).
4Arthur Ua Clerigh, "Pope Adrian IV", The Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/01156c.htm.
5 10 13 14 17 19 22 24 30 35 36 37 42 44 54 58 65 69 75Anders Bergquist, "The Papal Legate: Nicholas Breakspear's Scandinavian Mission", dans B. Bolton et A. J. Duggan (dir.), Adrian IV the English Pope (1154-1159): Studies and Texts, Aldershot, Ashgate, 2003, xv-343 p., ISBN 0754607089 (chapitre sur la légation scandinave, Nidaros et la réorganisation des Églises du Nord).
6 25 26 27 28 29 74Paix de Venise, 24 juillet 1177 : devant la basilique Saint-Marc, Frédéric Barberousse se réconcilie avec Alexandre III et le reconnaît comme seul pape légitime, refermant le schisme de dix-huit ans ouvert par la double élection de 1159 ; le dernier antipape, Calixte III, se soumet en 1178. Voir J. P. Kirsch, « Pope Alexander III », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/01287a.htm, et Treccani, « Alessandro III », Enciclopedia dei Papi (2000), https://www.treccani.it/enciclopedia/alessandro-iii_(Enciclopedia-dei-Papi)/ ; date retenue aussi par l'article Ignispedia pape-alexandre-iii.
7 72Brenda Bolton et Anne J. Duggan (dir.), Adrian IV the English Pope (1154-1159): Studies and Texts, Aldershot, Ashgate, 2003, xv-343 p., ISBN 0754607089 — notamment C. N. L. Brooke sur Adrien IV et Jean de Salisbury, C. Egger sur Saint-Ruf, D. J. Smith sur la Catalogne, A. Bergquist sur la mission scandinave, S. E. Twyman sur le rituel curial, B. Bolton (« St Albans' loyal son ») sur Saint-Alban et A. J. Duggan (« Totius christianitatis caput ») sur le pape et les princes.
8 18 38 52 55 56 64 67 68 73 76Jean de Salisbury, Policraticus, livre VIII, ch. 23 ; éd. C. C. J. Webb, Ioannis Saresberiensis Policraticus, Oxford, Clarendon Press, 1909, 2 vol. Sur la chaire épineuse : « Spinosam dicit cathedram Romani pontificis, mantum acutissimis usquequaque consertum aculeis… coronam et frigium clara merito uideri quoniam ignea sunt » (la chaire du pontife romain est épineuse, le manteau partout hérissé des pointes les plus aiguës, la couronne et la tiare éclatantes parce qu'elles sont de feu). Sur l'entrée dans les difficultés : « Sed numquam a natali solo Angliae malle exisse aut in claustro beati Rufi perpetuo latuisse dicit… nisi quia diuinae dispensationi reluctari non audet, intrasse angustias » (traduction française dans le corps de l'article). Ce passage (VIII, 23, « Hoc etiam michi saepissime adiecit ») ne doit pas être confondu avec le récit du séjour de Bénévent, qui se trouve au livre VI, ch. 24 (« mansique cum eo Beneuenti ferme tres menses », « il demeura avec lui à Bénévent près de trois mois »). La plainte « Romano pontifice nemo miserabilior est, conditione eius nulla miserior » est celle de Jean de Salisbury lui-même, qui prend Adrien à témoin : « Dominum Adrianum, cuius tempora felicia faciat Deus, huius rei testem inuoco, quia… ». Sur l'enclume et le marteau : « In incude, inquit, et malleo semper dilatauit me Dominus ; sed nunc oneri quod infirmitati meae imposuit, si placet, supponat dexteram, quoniam michi importabile est » (traduction française dans le corps de l'article).
9 32 33 77 78Otton de Freising, Gesta Friderici I imperatoris, livres I-II (point de vue impérial, couronnement de 1155) ; le récit de la diète de Besançon (1157) et le manifeste impérial sont de son continuateur Rahewin, livre III (voir note [^rahewin]) ; éd. G. Waitz et B. von Simson, MGH Scriptores rerum Germanicarum 46, Hanovre, 1912.
11Concordat de Worms (1122) entre le pape Calixte II et l'empereur Henri V : il clôt la querelle des Investitures (1075-1122). Voir Encyclopædia Britannica, « Concordat of Worms », https://www.britannica.com/event/Concordat-of-Worms.
12 53Récit de Matthieu Paris, moine de Saint-Alban au XIIIe siècle, tel que le rapporte (en anglais) Arthur Ua Clerigh, « Pope Adrian IV », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, 1907 : « on Adrian's applying to the abbot of St. Alban's to be received as a monk, the abbot, after examining him, found him deficient and said to him kindly: "Have patience, my son, and stay at school yet a while till you are better fitted for the position you desire" » ; traduction française dans le corps de l'article. Le texte latin original (Gesta abbatum) n'a pu être vérifié et n'est donc pas cité ici.
16"Adrian IV (pope)", Encyclopædia Britannica, https://www.britannica.com/biography/Adrian-IV.
20 21 23 45Boson (Boso), Vita Adriani IV, dans Le Liber Pontificalis, éd. L. Duchesne, t. II, Paris, Ernest Thorin, 1892, p. 388-397 (biographie curiale contemporaine d'Adrien IV).
31Arnaud de Brescia, chanoine régulier lombard (v. 1090-1155) ; excommunié par Eugène III le 15 juillet 1148 (synode de Crémone), il n'en continua pas moins de diriger la commune romaine.
34Boson nomme « Petro Urbis prefecto » (Pierre, préfet de la Ville) parmi les conseillers du pape : Vita Adriani IV, dans L. Duchesne (éd.), Le Liber Pontificalis, t. II, 1892, p. 390.
39Récit rapporté par Gerhoh de Reichersberg : Arnaud, tiré de la prison ecclésiastique, aurait été mis à mort par les gens du préfet de Rome ; « It is very probable, however, that the Curia had a larger share in his condemnation » (il est toutefois très probable que la curie ait eu une plus grande part dans sa condamnation) : Arthur Ua Clerigh, « Arnold of Brescia », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, 1907, https://www.catholic.com/encyclopedia/Arnold-of-Brescia.
40Boson, Vita Adriani IV, dans L. Duchesne (éd.), Le Liber Pontificalis, t. II, Paris, Ernest Thorin, 1892, p. 388-397 : récit curial de la rencontre de Sutri (9 juin 1155) — le pape refuse le baiser de paix tant que l'office d'écuyer (strator : tenir l'étrier et conduire la monture par la bride) n'est pas rendu — puis de Nepi (11 juin 1155). Otton de Freising (livre II) ne rapporte que la réception honorable (« honorifice suscipitur ») : l'office d'écuyer n'apparaît chez lui qu'au livre IV, pour l'antipape Victor IV en 1160.
41 43« Over 200 fell as prisoners into Frederick's hands, including most of the leaders, and more than 1,000 were killed or drowned in the Tiber » (« plus de 200 tombèrent prisonniers aux mains de Frédéric, dont la plupart des chefs, et plus d'un millier furent tués ou noyés dans le Tibre ») : Arthur Ua Clerigh, « Pope Adrian IV », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, 1907, texte vérifié sur Wikisource.
46Traité conclu à Constance en mars 1153 entre Eugène III et Frédéric : en échange du couronnement, Frédéric s'engage à défendre la papauté, à ne conclure aucune paix avec Roger II de Sicile sans l'accord du pape et à l'aider à reprendre Rome. Voir Encyclopædia Britannica, 11e éd., 1911, « Frederick I, Roman Emperor », texte vérifié sur Wikisource.
47 57Rahewin, continuateur d'Otton de Freising, Gesta Friderici I imperatoris, livre III : récit de la diète de Besançon (octobre 1157). Parole attribuée à l'un des légats : « dixisse ferunt unum de legatis : 'A quo ergo habet, si a domno papa non habet imperium ?' » (« on rapporte que l'un des légats aurait dit : de qui donc tient-il l'Empire, sinon de notre seigneur le pape ? » ; traduction française dans le corps de l'article). Manifeste impérial : « quicumque nos imperialem coronam pro beneficio a domno papa suscepisse dixerit, divinae institutioni et doctrinae Petri contrarius est et mendacii reus erit » (« quiconque dira que nous avons reçu la couronne impériale comme un bienfait du seigneur pape contredit l'institution divine et la doctrine de Pierre, et sera coupable de mensonge »). Éd. G. Waitz et B. von Simson, MGH Scriptores rerum Germanicarum 46, Hanovre, 1912.
48 49 50 51Laudabiliter, texte transmis par Giraud de Barri (Giraldus Cambrensis), Expugnatio Hibernica, livre II, ch. 5-6 ; éd. A. B. Scott et F. X. Martin, Expugnatio Hibernica. The Conquest of Ireland, Dublin, Royal Irish Academy, 1978. Sur l'authenticité : Anne J. Duggan, « The Making of a Myth: Giraldus Cambrensis, Laudabiliter, and Henry II's Lordship of Ireland », Studies in Medieval and Renaissance History, 3e série, vol. 4, 2007, p. 249-312, et « The Power of Documents: The Curious Case of Laudabiliter », dans B. Bolton et C. Meek (dir.), Aspects of Power and Authority in the Middle Ages, Turnhout, Brepols, 2007, p. 251-275 : le texte transmis serait la falsification d'une lettre authentique, aujourd'hui perdue. Thèse rapportée par l'article « Laudabiliter » de Wikipédia.
59 63 66Jean de Salisbury, Metalogicon, IV, 42 (PL 199, 945B-946C) : « Nam omnes insulae, de iure antiquo, ex donatione Constantini… dicuntur ad Romanam Ecclesiam pertinere » (« car toutes les îles, de droit antique, par la donation de Constantin… sont dites appartenir à l'Église romaine »).
60Jean de Salisbury, Metalogicon, livre IV, ch. 42. Texte latin traditionnel : « Ad preces meas illustri regi Anglorum Henrico secundo concessit et dedit Hiberniam iure hereditario possidendam. ».
61Henri II, débarqué près de Waterford en octobre 1171, n'invoque pas Laudabiliter : Fintan O'Toole, A History of Ireland in 100 Objects (Royal Irish Academy, 2013) : « Henry did not refer to Laudabiliter when he landed near Waterford in 1171 » ; silence de 1155 au milieu des années 1170, rien au synode de Cashel (1172) ; première production du document vers 1174-1175 (voir A. Duggan, note [^laudabiliter]).
62Chronicon Urspergense, chronique rédigée en 1229-1230, soit soixante-dix ans après les faits (éd. O. Holder-Egger et B. von Simson, MGH Scriptores rerum Germanicarum, Hanovre, 1916) : l'anecdote de la mouche, parfois rattachée à cette chronique, n'a pu être vérifiée à la page — ni dans l'édition princeps de 1537 consultable en plein texte — et reste donc présentée ici comme une légende tardive, non comme un fait établi.
70Sarcophage antique réutilisé, conservé à la basilique Saint-Pierre (grottes vaticanes) : « Reused an Early Christian sarcophagus » (« List of extant papal tombs », https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_extant_papal_tombs, entrée « Adrian IV », d'après J. Gardner, The Tomb and the Tiara, Oxford, 1992, ill. 11). F. Gregorovius, The Tombs of the Popes (trad. L. W. Terry, Rome, Victoria Home, 1895), p. 69 : « His sarcophagus of oriental granite still stands in the crypt of the Vatican. It had been that of some ancient Roman, as the ox skulls thereon sculptured, testify. The only words inscribed upon it are, Hadrianus Papa IV » (« son sarcophage de granit oriental se dresse toujours dans la crypte du Vatican ; c'était celui de quelque Romain antique, comme en témoignent les crânes de bœuf qui y sont sculptés ; les seuls mots qui y sont inscrits sont : Hadrianus Papa IV » ; sarcophage romain antique selon Gregorovius, paléochrétien selon Gardner). Texte de Gregorovius vérifié sur https://archive.org/details/TheTombsOfThePopes.
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