Eugène III (Eugenius III), né Bernardo dans la région de Pise à la fin du XIᵉ siècle et mort à Tivoli le 8 juillet 1153, est le premier moine cistercien porté au trône de saint Pierre. Disciple de Bernard de Clairvaux, simple abbé du monastère des Trois-Fontaines, il est élu pape le 15 février 1145, le jour même de la mort de son prédécesseur Lucius II.[1][2] Il est compté 167ᵉ dans la liste usuelle des papes (Annuario Pontificio).[3]
Son pontificat de huit ans est dominé par trois épreuves entremêlées. À Rome, la commune révolutionnaire restaurée sur le Capitole et la révolte attisée par Arnaud de Brescia le chassent de sa ville : Eugène III gouverne l'Église la majeure partie de son règne depuis Viterbe, la Toscane, la France et l'Allemagne. En Orient, la chute d'Édesse (1144) le pousse à proclamer la deuxième croisade par la bulle Quantum praedecessores, la première vraie bulle de croisade, devenue le modèle de toutes les suivantes — entreprise que prêche saint Bernard et qui s'achève en désastre sous les murs de Damas (1148).[4][5][6]
Au cœur de ce pontificat se tient une relation spirituelle unique dans l'histoire de la papauté : celle d'un saint qui écrit à un pape. Bernard de Clairvaux, voyant son ancien moine accablé par les « affaires » de la Curie, compose pour lui le De consideratione, cinq livres d'avertissement sur les périls de la charge pontificale, où il rappelle au pape que l'Église romaine est « mère des Églises, non leur souveraine » et que, dans le faste, il est « le successeur non de Pierre, mais de Constantin ».[7][8]
Réputé pour sa douceur, sa fermeté doctrinale et une humilité monastique restée intacte sous la pourpre — il garda jusqu'à la mort la rude bure cistercienne sous les ornements pontificaux —, Eugène III réunit le concile de Reims (1148), encourage Hildegarde de Bingen à poursuivre la rédaction du Scivias et conclut avec Frédéric Barberousse le traité de Constance (1153). Pie IX confirma son culte immémorial par décret du 28 décembre 1872 : il est honoré comme bienheureux le 8 juillet.[9][10][11]
Pourquoi Eugène III compte-t-il ?
Le premier pape cistercien
Avant Eugène III, jamais un fils de Cîteaux n'avait gouverné l'Église universelle. Sa promotion, en 1145, est le signe le plus éclatant de l'ascension fulgurante de l'ordre cistercien au XIIᵉ siècle, porté par le rayonnement de Bernard de Clairvaux. Un moine voué au silence, à la pauvreté et à la fuga mundi — la fuite du monde — se retrouve à la tête de la chrétienté la plus agitée qui soit : voilà le paradoxe fondateur de ce pontificat.[12][13]
Le pape de la deuxième croisade
Eugène III est le pape qui, par la bulle Quantum praedecessores, codifie pour la première fois la croisade comme institution pontificale : appel formel, indulgence plénière, protection juridique des croisés et de leurs biens. Cette bulle servira de modèle à toutes les croisades ultérieures. L'échec militaire de l'expédition n'efface pas l'importance de l'acte : c'est sous Eugène III que la croisade devient un instrument ordinaire du gouvernement de l'Église.[14][15]
Le disciple à qui Bernard écrivit le « De consideratione »
Aucun autre pape n'a reçu d'un saint canonisé un traité aussi exigeant sur sa propre fonction. Le De consideratione est l'un des textes les plus cités de toute la littérature médiévale sur la réforme de la papauté : Bernard y supplie son ancien fils spirituel de ne pas se laisser dévorer par les procès, l'argent et le pouvoir, et de garder l'âme d'un contemplatif. Le pape Benoît XVI le rappelait encore en 2009 : en qualité de père spirituel, Bernard écrivit à son fils spirituel le texte De consideratione.[16][17]
Les sources principales
La connaissance d'Eugène III repose sur un faisceau de sources contemporaines exceptionnellement riche. Les lettres de saint Bernard et le De consideratione donnent un accès direct à la relation entre le saint et le pape. L'Historia Pontificalis de Jean de Salisbury, témoin oculaire du concile de Reims, offre le portrait le plus vivant du pontife.[18] La Vita Eugenii III rédigée par le cardinal Boson dans le Liber Pontificalis fournit la trame officielle, tandis que les Gesta Friderici d'Otton de Freising éclairent la commune romaine, Arnaud de Brescia et les relations avec l'Empire.[19][20]
Pour la synthèse érudite, l'article de James Loughlin dans la Catholic Encyclopedia (1909) demeure une référence de base, désormais complétée par le grand volume collectif dirigé par Iben Fonnesberg-Schmidt et Andrew Jotischky, Pope Eugenius III (1145-1153) (Amsterdam University Press, 2018), première monographie moderne d'ensemble sur ce pontificat.[21][22]
De Bernardo da Pisa à l'abbé des Trois-Fontaines
Un clerc de Pise au patronyme contesté
Le futur Eugène III naît dans la région de Pise, vers la fin du XIᵉ siècle. Son identité familiale est l'objet d'un débat historique ancien : la Catholic Encyclopedia le nomme Bernardo Pignatelli et le rattache à une famille noble, tout en reconnaissant que chaque biographe avance sur ce point une opinion différente ; la Britannica de 1911 l'appelle Bernardo Paganelli, forme reprise avec un point d'interrogation par la Britannica actuelle (« Bernardo Paganelli di Montemagno ? »).[23][24][25] La critique récente souligne que ces attributions patronymiques, apparues surtout à partir du XVIᵉ siècle, ne sont pas prouvées et contredisent les témoignages les plus anciens, qui suggèrent une origine modeste.[26]
« Ainsi le doigt de Dieu relève le pauvre de la poussière. » — Bernard de Clairvaux, lettre à Eugène III après son élection (Ep. 238)[27]
Au-delà de la querelle des noms, les faits sont fermes : Bernardo est formé à Pise, ordonné prêtre, puis fait chanoine de la cathédrale ; il exerce la charge de vice-dominus, c'est-à-dire d'intendant des biens temporels du diocèse. C'est un clerc rompu à l'administration, non un théologien de cabinet — formation qui pèsera dans son gouvernement futur.[28]
L'entrée à Clairvaux sous saint Bernard
Le tournant de sa vie est sa rencontre avec Bernard de Clairvaux. La Catholic Encyclopedia situe en 1130 le moment où il « tomba sous l'influence magnétique » du saint, et son entrée au noviciat quelques années plus tard, lorsque Bernard rentra du synode de Pise : le vice-dominus l'accompagna comme novice.[29] Renonçant à une carrière ecclésiastique assurée, le clerc pisan se fait moine cistercien à Clairvaux, embrassant la pauvreté et l'obéissance.
Cette filiation spirituelle est la clé de tout le pontificat. Eugène III ne sera jamais, aux yeux de Bernard, qu'un fils qu'il continue de former — fût-il devenu son supérieur dans l'Église. La hardiesse du De consideratione en découle directement.[30]
Abbé des Saints-Vincent-et-Anastase
Vers 1140, Bernardo est envoyé en Italie à la tête d'une communauté cistercienne et devient abbé du monastère des Saints-Vincent-et-Anastase « ad Aquas Salvias » — l'actuelle abbaye des Trois-Fontaines, à Rome, élevée sur le lieu traditionnel du martyre de saint Paul, où le pape Innocent II avait installé les moines de Clairvaux.[31] C'est donc un abbé connu de la Curie, proche du précédent pontificat, mais demeuré étranger au Sacré Collège, que les cardinaux vont, contre toute attente, porter au trône de Pierre.
L'élection-surprise du 15 février 1145
La mort de Lucius II et la Rome insurgée
Le contexte est dramatique. Depuis 1143, Rome s'est donné une commune : le Sénat est restauré sur le Capitole, la noblesse urbaine et le peuple contestent la souveraineté temporelle du pape. Le prédécesseur d'Eugène, Lucius II, meurt le 15 février 1145, des suites des blessures reçues, selon la tradition, lors d'un assaut contre le Capitole tenu par les insurgés.[32][33] La papauté se trouve sans tête au cœur d'une ville en révolte ouverte.
Un simple abbé porté au trône de Pierre
Pressés par les circonstances, les cardinaux enterrent en hâte Lucius II au Latran et se retirent dans le cloître reculé de Saint-Césaire, sur la voie Appienne. Là, le jour même, ils élisent l'abbé cistercien des Trois-Fontaines, qui prend le nom d'Eugène III.[34] Fait remarquable, souligné par la critique : Bernardo n'était pas cardinal. Aucun document ne l'atteste comme membre du Sacré Collège, et la lettre que Bernard de Clairvaux adresse aussitôt à la Curie montre clairement qu'il ne l'était pas.[35][36] Un simple abbé venu de Cîteaux était élevé au souverain pontificat.
La consécration à Farfa et la lettre de saint Bernard
Rome étant aux mains de la commune, le pape et les cardinaux quittent la ville. Eugène III reçoit la consécration épiscopale à l'abbaye de Farfa, dans la Sabine, quelques jours après son élection.[37] À Clairvaux, la nouvelle frappe Bernard d'un mélange de joie et d'effroi : son fils spirituel, arraché à la paix du cloître, est jeté dans la fournaise. Sa lettre à la Curie romaine, à la fois reproche et prière, est restée célèbre :
« Que Dieu vous pardonne : qu'avez-vous fait ? Vous avez ramené parmi les hommes un homme qui était mort et enseveli ; un homme qui avait fui les soucis et les foules, vous l'avez de nouveau environné de soucis et de foules ! » — Bernard de Clairvaux, lettre à la Curie romaine, 1145 (Ep. 237 ; trad. d'après G. Lewis, 1908)[38]
Sous le reproche perce la tendresse du maître pour le disciple, et l'inquiétude du contemplatif pour une âme rendue au siècle. C'est cette inquiétude qui donnera naissance, quelques années plus tard, au De consideratione.
Rome républicaine : la commune et Arnaud de Brescia
Le Sénat restauré et l'exil du pape
Le drame de tout le pontificat tient en une phrase : Eugène III ne fut presque jamais maître de Rome. La commune entendait réduire le pape à un rôle purement spirituel et confier le gouvernement de la ville au Sénat. Après une première entente qui maintenait le Sénat sous la souveraineté pontificale, les troubles reprirent sans cesse. Le pape gouverna l'Église depuis Viterbe, la Toscane, puis la France et l'Allemagne, ne rentrant à Rome que par intermittence et pour de brèves périodes.[39][40]
Arnaud de Brescia : du moine réformateur à la révolte ouverte
L'âme de l'agitation romaine est Arnaud de Brescia, moine et disciple d'Abélard, prédicateur enflammé de la pauvreté du clergé et de la renonciation du pape au pouvoir temporel. Eugène III, dans un premier mouvement de clémence, lève l'excommunication qui pesait sur lui ; mais Arnaud, revenu à Rome, rompit la trêve, attisa de nouveau la foule et favorisa pillages et profanations — au point que la basilique Saint-Pierre fut transformée en arsenal.[41][42] La réforme prêchée par Arnaud, juste dans son principe — l'Église doit être pauvre —, dégénérait en révolte contre l'ordre ecclésial lui-même.
Un pontificat largement vécu hors de Rome
Loin d'être une simple anecdote politique, cet exil quasi permanent a façonné le pontificat : il a contraint Eugène III à gouverner par lettres, légats et conciles, et à faire de la France et de l'Empire les véritables théâtres de son action. Le pape de la deuxième croisade et du concile de Reims est un pape itinérant, dont l'autorité spirituelle s'exerce d'autant plus loin qu'elle est contestée chez elle.
La deuxième croisade et la bulle « Quantum praedecessores »
La chute d'Édesse (1144) et l'appel de l'Orient
À la veille de Noël 1144, la ville d'Édesse (en syriaque Urhay, l'actuelle Şanlıurfa), premier des États latins fondés en Orient, tombe aux mains de l'atabeg Zengi. La nouvelle, portée en Occident par les pèlerins et les ambassades orientales, ébranle la chrétienté : pour la première fois depuis la première croisade, une principauté franque d'Orient s'effondre.[43] L'appel au secours parvient à un pape exilé de sa propre capitale.
« Quantum praedecessores » : la première vraie bulle de croisade
La réponse d'Eugène III est un acte d'une portée historique considérable. Le 1ᵉʳ décembre 1145, puis dans une version révisée le 1ᵉʳ mars 1146 adressée au roi Louis VII de France et à ses sujets, il promulgue la bulle Quantum praedecessores, première bulle pontificale entièrement consacrée à une croisade.[44] Elle ouvre par le souvenir des papes prédécesseurs :
« Combien nos prédécesseurs les pontifes romains ont œuvré pour la délivrance de l'Église d'Orient, nous l'avons appris des récits des anciens et l'avons trouvé écrit dans leurs actes. » — Eugène III, bulle Quantum praedecessores, 1145-1146[45]
Le texte fixe pour des siècles le régime juridique de la croisade : à ceux qui prennent la croix et achèvent le voyage — ou meurent en chemin —, le pape accorde la rémission et l'absolution de leurs péchés ; il place sous la protection de l'Église leurs épouses, leurs enfants et leurs biens ; il allège enfin le poids des dettes et des intérêts contractés pour le départ. Cette architecture — appel, indulgence, protection — deviendra le modèle de toutes les croisades ultérieures.[46][47]
Saint Bernard prêche la croix à Vézelay (1146)
Eugène III confie la prédication de la croisade à celui qui pouvait soulever l'Occident : Bernard de Clairvaux. Le 31 mars 1146, jour de Pâques, à Vézelay, en présence du roi Louis VII, le saint prêche la croix avec une telle force que la foule réclame les croix d'étoffe, bientôt épuisées — Bernard dut tailler d'autres croix dans les pans de son propre habit, comme le rapportent ses biographes. Conrad III, roi des Romains, se croise à son tour l'hiver suivant.[48][49] Jamais l'union du pape et de l'abbé n'aura paru plus puissante.
« Divina dispensatione » : Baltique et Espagne
Loin de se limiter à l'Orient, Eugène III élargit l'effort par la bulle Divina dispensatione du 11 avril 1147 : il accorde les mêmes indulgences aux combattants engagés contre les Slaves païens au-delà de l'Elbe (la « croisade wende ») et soutient la reconquête en Espagne. La croisade cesse d'être une expédition unique vers Jérusalem pour devenir une entreprise de la chrétienté tout entière, sur plusieurs fronts.[50][51]
Le désastre de Damas (1148) et l'épreuve de la critique
L'enthousiasme retombe brutalement. Mal coordonnées, harcelées en Anatolie, les armées de Louis VII et de Conrad III échouent en juillet 1148 devant Damas, qu'elles assiègent quelques jours avant de se retirer : l'expédition est un échec complet.[52][53] L'opinion accuse, et c'est sur Bernard et sur le pape que retombe l'amertume. Le saint lui-même, dans le De consideratione, défendra le dessein de Dieu contre ceux qui ne voyaient là qu'un échec humain — manière de rappeler que le jugement de l'histoire n'épuise pas le mystère de la Providence.[54]
Le « De consideratione » : un saint avertit un pape
Cinq livres pour son ancien moine
Composé entre 1148 et 1153, le De consideratione ad Eugenium papam est le testament spirituel et politique de Bernard à l'adresse de son fils devenu pape. En cinq livres, le saint y déploie une méditation sur la charge pontificale : ses devoirs, ses périls, ses tentations.[55] L'ouvrage n'a rien d'un panégyrique : c'est une lettre d'amour exigeante, où le maître ose dire au pape ce que nul courtisan n'oserait.
Le tableau suivant résume l'architecture des cinq livres, afin de saisir d'un coup d'œil la progression de l'argument bernardin.
| Livre | Thème central | Avertissement majeur au pape |
|---|---|---|
| Livre I | Les « occupations » et le danger de se perdre dans les affaires | Ne pas laisser les procès et l'administration endurcir le cœur |
| Livre II | La nature et l'origine de l'autorité pontificale | Le pouvoir reçu est un service, non une possession |
| Livre III | Le gouvernement de l'Église et la Curie | Réformer les abus, la cupidité et les appels abusifs à Rome |
| Livre IV | Le pape, Rome et le faste du pouvoir | « Tu es le successeur non de Pierre, mais de Constantin » |
| Livre V | La contemplation de Dieu, des anges et des choses célestes | La fin de toute considération est Dieu lui-même |
« Tu es le successeur non de Pierre, mais de Constantin »
Le passage le plus célèbre se trouve au livre IV. Bernard y dénonce le faste dont s'entoure la papauté : Pierre, rappelle-t-il, n'allait pas paré de pierreries, vêtu de soie, couvert d'or, monté sur un cheval blanc et escorté de soldats. Et de conclure par une formule restée fameuse :
« En cela, tu es le successeur non de Pierre, mais de Constantin. » — Bernard de Clairvaux, De consideratione, livre IV, ch. 3[56]
Dans l'épilogue du même livre IV, le saint rappelle au pontife que l'Église romaine est « mère des Églises, non leur souveraine » (domina), et que le pape n'est pas le seigneur des évêques mais l'un d'entre eux — leçon d'ecclésiologie de communion au cœur même de l'affirmation de la primauté.[57][58]
L'âme du pape menacée par les « occupations »
Dès le livre I, Bernard met en garde son ancien moine contre la tyrannie des affaires — les occupationes — qui dévorent le temps, dessèchent la prière et endurcissent le cœur. Il presse Eugène de se réserver à lui-même, de ne pas se donner tout entier aux autres au point de ne plus rien garder de soi pour soi.[59] C'est l'avertissement intemporel d'un contemplatif à un homme d'action : sans la considération — ce regard intérieur tourné vers Dieu —, le pouvoir le plus sacré peut perdre l'âme qui l'exerce.
Le pape réformateur : synodes et gouvernement
Le concile de Reims (1148) : Gilbert de la Porrée et Eon de l'Étoile
Pendant son long séjour au nord des Alpes, Eugène III tient plusieurs synodes réformateurs. Le plus important est le concile de Reims, ouvert le 21 mars 1148.[60] Il y examine la doctrine trinitaire de Gilbert de la Porrée (Gilbert Porreta), évêque de Poitiers, accusé — notamment par Bernard — de distinguer Dieu de sa « divinité » dans son commentaire de Boèce. Après débats, le pape fait corriger les formules incriminées, Gilbert se soumettant sans être personnellement condamné.[61][62] Le concile condamne aussi les erreurs du Breton Eon de l'Étoile, qui se disait le Fils de Dieu, et promulgue des canons disciplinaires sur la tenue et la conduite du clergé.
Témoin direct de ce concile, Jean de Salisbury en a laissé, dans son Historia Pontificalis, le récit le plus fin que nous possédions sur le gouvernement d'Eugène III.[63]
Trèves (1147-1148) : Hildegarde de Bingen encouragée
Un épisode décisif pour l'histoire de la mystique se joue au synode de Trèves (hiver 1147-1148). Sur la sollicitation de Bernard de Clairvaux, Eugène III prend connaissance des écrits de la moniale rhénane Hildegarde de Bingen ; il en fait lire publiquement des passages du Scivias et l'encourage à poursuivre la rédaction de son œuvre.[64] Cet encouragement pontifical transforme une religieuse encore peu connue en autorité spirituelle reconnue de toute l'Europe — l'un des actes les plus féconds du pontificat, et un signe de l'attention d'Eugène aux charismes authentiques.
Le gouvernement quotidien de l'Église
Au-delà des grands dossiers, Eugène III administre l'Église universelle avec la rigueur d'un ancien intendant : confirmations de privilèges, arbitrages, canonisations, soutien aux ordres nouveaux — cisterciens, templiers, chanoines réguliers. Sa correspondance, abondante, révèle un pape soucieux de justice et de réforme, fidèle aux principes de la réforme grégorienne, mais constamment rappelé par Bernard au danger de noyer le gouvernement spirituel sous le flot des causes judiciaires affluant à Rome.[65][66]
Le pape et l'Empire : le traité de Constance (1153)
Pour reconquérir Rome et contenir à la fois la commune, le royaume normand de Sicile et les visées byzantines en Italie, Eugène III se tourne vers le nouveau roi des Romains, Frédéric Ier Barberousse. Le traité de Constance, conclu le 23 mars 1153, scelle leur alliance : Frédéric s'engage à ne traiter ni avec les Romains révoltés ni avec le roi normand sans l'accord du pape, à rétablir Eugène dans Rome et à interdire toute implantation de l'empereur byzantin Manuel Ier Comnène en Italie ; en retour, le pape promet de couronner Frédéric empereur.[67] L'accord dessine pour une génération les rapports entre le Sacerdoce et l'Empire — mais Eugène III mourra avant d'avoir pu en recueillir les fruits, et le secours impérial ne viendra jamais de son vivant.[68]
Mort à Tivoli et tombeau de Saint-Pierre (1153)
Épuisé par huit années d'épreuves, Eugène III meurt à Tivoli le 8 juillet 1153. Son corps est ramené à Rome et enseveli dans la basilique Saint-Pierre, devant le maître-autel, avec tous les honneurs.[69] Très vite, son tombeau est entouré de vénération : le culte que les Pisans rendent à leur compatriote se maintient sans interruption jusqu'à sa confirmation par Pie IX en 1872.[70][71] Quelques jours plus tard, le 12 juillet, l'âgé Anastase IV lui succède.
Saint Bernard, son père spirituel, ne lui survit que de quelques semaines : il meurt le 20 août 1153. Avec eux disparaît l'un des couples les plus singuliers de l'histoire de l'Église — un saint et son disciple pape, unis jusque dans la mort.
Un moine sur le trône : la mémoire et la béatification
Le témoignage de l'humilité
La postérité a surtout retenu la sainteté personnelle d'Eugène III. Sous les ornements pontificaux, il garda jusqu'au bout la bure cistercienne. Ce que ses anciens compagnons de Clairvaux constatèrent avec joie lors d'une visite du pape, selon le récit repris par la Catholic Encyclopedia, résume tout :
« Celui qui brillait au-dehors sous les habits pontificaux demeurait au-dedans de son cœur un moine fidèle à sa règle. » — Visite d'Eugène III à Clairvaux, d'après la Catholic Encyclopedia[72]
Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, loua son amitié et son humilité ; les chroniqueurs s'accordent à décrire un homme doux, ennemi de la pompe, compatissant jusqu'à réconcilier à Tusculum Louis VII et Aliénor d'Aquitaine, dont il pressentait la rupture.[73] La fermeté doctrinale du pape n'avait d'égale que la simplicité de l'homme.
La béatification par Pie IX (1872)
Le culte rendu à Eugène III dès sa mort s'est maintenu sans interruption. Pie IX, par un décret du 28 décembre 1872, confirma ce culte immémorial — équivalent d'une béatification — et ordonna qu'il fût honoré par la Messe et l'Office ritu duplici (de rite double) à l'anniversaire de sa mort.[74][75] Le bienheureux Eugène III est fêté le 8 juillet.
Le jugement de l'histoire et de l'Église
Comment juger ce pontificat ? Sur le plan politique, le bilan paraît mince : Rome insoumise, une croisade désastreuse, une alliance impériale demeurée sans effet immédiat. Mais ce serait mal lire Eugène III que de le mesurer à cette aune. Son importance est ailleurs : il a institutionnalisé la croisade, réformé la discipline ecclésiastique par ses conciles, discerné et soutenu un grand charisme mystique en Hildegarde de Bingen, et gouverné l'Église dans l'adversité sans jamais trahir sa vocation monastique.
Surtout, il reste à jamais le pape du De consideratione : celui à qui un saint a osé rappeler que la grandeur de la fonction ne vaut rien sans la garde du cœur. En ce sens, le pontificat d'Eugène III est moins l'histoire d'un règne que celle d'une fidélité — celle d'un moine qui, jeté sur le trône le plus exposé du monde, sut y rester pauvre. L'Église, en le béatifiant, n'a pas couronné un stratège : elle a reconnu un saint.
Chronologie
- fin du XIᵉ siècleNaissance près de PiseBernardo, dit Bernardo da Pisa
Le futur pape naît en Toscane, d'une famille probablement modeste.[76]
- vers 1130Rencontre de saint Bernardchanoine et vice-dominus de Pise
Le clerc pisan tombe sous l'influence de Bernard de Clairvaux.[77]
- vers 1135Entrée à Clairvauxnoviciat cistercien
Il quitte sa carrière pour se faire moine sous Bernard.[78]
- vers 1140Abbé des Trois-FontainesSaints-Vincent-et-Anastase, Rome
Il dirige le monastère cistercien établi par Innocent II.[79]
- 15 février 1145Élection au souverain pontificatle jour de la mort de Lucius II
Simple abbé, non cardinal, il est élu à Saint-Césaire.[80]
- 17-18 février 1145Consécration à FarfaRome tenue par la commune
- 1ᵉʳ décembre 1145Bulle Quantum praedecessorespremière vraie bulle de croisade, modèle des suivantes
- 31 mars 1146Prédication de Vézelaysaint Bernard prêche la croix
Louis VII se croise ; l'Occident s'enflamme.[84]
- 11 avril 1147Bulle Divina dispensationecroisade wende et Espagne
- 1147-1148Synode de TrèvesHildegarde encouragée à poursuivre le Scivias
Le pape l'encourage à poursuivre la rédaction du Scivias.[86]
- 21 mars 1148Concile de ReimsGilbert de la Porrée et Eon de l'Étoile
Examen de la doctrine trinitaire ; canons disciplinaires.[87]
- juillet 1148Échec devant Damasdésastre de la deuxième croisade
- 23 mars 1153Traité de Constancealliance avec Frédéric Barberousse
Le pape et le roi des Romains scellent un pacte contre la commune et les Normands.[90]
- 8 juillet 1153Mort à Tivolitombeau à Saint-Pierre
Eugène III meurt ; saint Bernard le suit le 20 août.[91]
- 28 décembre 1872Confirmation du cultedécret de Pie IX
Eugène III est honoré comme bienheureux, fête le 8 juillet.[92]
Pour aller plus loin
- Bernard de Clairvaux — le maître, prédicateur de la croisade et auteur du De consideratione.
- Pape Innocent II (1130-1143) — le pape qui installa les cisterciens aux Trois-Fontaines et précéda Eugène III.
- Les croisades — le cadre d'ensemble de l'idéal de croisade que Quantum praedecessores a codifié.
- La première croisade — le précédent fondateur, invoqué dès l'ouverture de la bulle d'Eugène III.
- Le IIᵉ concile du Latran (1139) — le grand concile du pontificat précédent, dont Eugène III prolonge l'œuvre réformatrice.
Notes et sources
Notes et références
James Loughlin, « Pope Blessed Eugene III », The Catholic Encyclopedia, vol. 5, New York, Robert Appleton Company, 1909. Texte intégral vérifié en octobre 2026 : newadvent.org/cathen/05599a.htm. Passages exacts : dates en tête de notice (« elected 15 Feb., 1145; d. at Tivoli, 8 July, 1153 ») ; élection le jour même de la mort de Lucius II (« On the very day that Pope Lucius II succumbed, either to illness or wounds, the Sacred College… ») ; élection hors du Sacré Collège (« they sought a candidate outside their body », § élection à Saint-Césaire) ; consécration à Farfa sans jour précisé (« where Eugene received the episcopal consecration ») ; commune romaine (« St. Peter's church was turned into an arsenal ») ; croisade (« the Second Crusade was a wretched failure ») ; réconciliation à Tusculum (« Here he was visited by King Louis of France, whom he reconciled to his queen, Eleanor ») ; mort de Conrad III le 15 février 1152 en pleins préparatifs italiens, puis traité de Constance au printemps 1153 ; visite à Clairvaux (« he who externally shone in the pontifical robes remained in his heart an observant monk ») ; bure gardée sous la pourpre d'après Gregorovius, cité par Loughlin (« The unassuming but astute pupil of St. Bernard », dit Gregorovius, « had always continued to wear the coarse habit of Clairvaux beneath the purple », § fin de règne) ; culte immémorial des Pisans (« approved the cult which from time immemorial the Pisans have rendered to their countryman »).
1 9 12 21 23 28 29 31 32 34 35 37 39 41 49 52 68 69 70 72 73 74 76 77 78 79 80 88 91Encyclopædia Britannica, 11ᵉ éd., vol. 9, art. « Eugenius » (§ Eugenius III) : « (Bernardo Paganelli), pope from the 15th of February 1145 to the 8th of July 1153, a native of Pisa […] He refused and fled to Farfa, where he was consecrated on the 17th of February. » Texte vérifié en octobre 2026 sur Wikisource (scan du vol. 9, p. 885).
2 24 81Rang dans la liste usuelle des souverains pontifes (Annuario Pontificio ; repris par ex. sur popehistory.com, « The 167th Pope »). Le comptage varie selon la prise en compte des antipapes.
3Siège d'Édesse du 28 novembre au 24 décembre 1144, date de la prise de la ville par l'atabeg Zengi — événement déclencheur de la deuxième croisade. Chronologie concordante de l'historiographie des croisades (not. S. Runciman, Histoire des croisades, t. II ; J. Phillips, The Second Crusade, New Haven, Yale University Press, 2007 ; J. Roche (dir.), The Second Crusade, 2015). La bulle Quantum praedecessores répond directement à cette chute (cf. PL 180).
4 43 53 89Eugène III, bulle Quantum praedecessores, première version du 1ᵉʳ décembre 1145, version révisée du 1ᵉʳ mars 1146 adressée à Louis VII de France ; texte latin dans Patrologia Latina, t. 180 ; trad. anglaise Ernest F. Henderson, Select Historical Documents of the Middle Ages, Londres, George Bell & Sons, 1910, p. 333-336. Première bulle pontificale entièrement consacrée à une croisade — la première vraie bulle de croisade, devenue le modèle du genre ; ouverture latine : « Quantum praedecessores nostri Romani pontifices pro liberatione Orientalis Ecclesiae laboraverunt… ».
5 14 44 45 46 83Prédication de la croisade par saint Bernard à Vézelay le 31 mars 1146, jour de Pâques, en présence de Louis VII : récit contemporain d'Odon de Deuil, De profectione Ludovici VII in Orientem (éd. et trad. V. G. Berry, New York, Columbia University Press, 1948). L'anecdote des croix taillées dans l'habit du saint est rapportée par ses biographes : cf. E. Vacandard, « St. Bernard of Clairvaux », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, 1907 (« The saint was obliged to use portions of his habit to make crosses… »).
6 48 84Bernard de Clairvaux, De consideratione ad Eugenium papam (cinq livres, vers 1148-1153) ; éd. critique latine Leclercq-Rochais, Sancti Bernardi Opera, t. 3 ; trad. anglaise de référence J. D. Anderson et E. T. Kennan, Five Books on Consideration: Advice to a Pope, Cistercian Fathers Series 37, Kalamazoo, 1976 ; trad. plus ancienne dans le domaine public George Lewis, Saint Bernard On Consideration, Oxford, Clarendon Press, 1908.
7 16 30 54 55 57 59 65Bernard de Clairvaux, De consideratione, livre IV, ch. 3. Texte original latin : « In his successisti non Petro sed Constantino ». Le développement sur le faste pontifical (pierreries, soie, or, cheval blanc, escorte) appartient au même chapitre ; la formule sur l'Église romaine, « mère des Églises, non leur souveraine » (latin domina), figure dans l'épilogue du livre IV ; cf. éd. Leclercq-Rochais, SBO t. 3, et trad. Anderson-Kennan. Les citations françaises du corps sont traduites d'après ces éditions.
8 56 58Traité de Constance : accord des négociateurs conclu à Rome (décembre 1152 ou janvier 1153), puis serment prêté par Frédéric à Constance le 23 mars 1153. Actes édités dans les Monumenta Germaniae Historica, Diplomata Frédéric Iᵉʳ, éd. Heinrich Appelt, n° 51 (accord des négociateurs) et n° 52 (ratification royale de Constance) ; la Catholic Encyclopedia (notice Frédéric I Barberousse) retient « March, 1153 ». Contenu : engagement de l'empereur à ne pas traiter avec la commune romaine ni avec Roger II de Sicile sans l'accord du pape, à rétablir le pape à Rome et à empêcher toute implantation byzantine en Italie ; en retour, promesse du couronnement impérial.
10 67 90Pie IX, décret du 28 décembre 1872 confirmant le culte immémorial d'Eugène III (équivalent d'une béatification) et ordonnant la Messe et l'Office ritu duplici à l'anniversaire de sa mort. Jour exact confirmé par James Loughlin, The Catholic Encyclopedia, vol. 5, 1909 : « Pius IX by a decree of 28 Dec., 1872, approved the cult which from time immemorial the Pisans have rendered to their countryman » (texte vérifié en octobre 2026 : newadvent.org/cathen/05599a.htm).
11 71 75 92Iben Fonnesberg-Schmidt et Andrew Jotischky (dir.), Pope Eugenius III (1145-1153): The First Cistercian Pope, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2018. Première monographie collective moderne d'ensemble sur le pontificat (commune romaine, croisade, gouvernement, relations avec l'Empire).
13 15 22 26 40 47 51 66Benoît XVI, audience générale du 21 octobre 2009 (catéchèse sur saint Bernard de Clairvaux) : « En cette circonstance, Bernard, en qualité de Père spirituel, écrivit à son fils spirituel le texte De Consideratione, qui contient un enseignement en vue d'être un bon Pape. » Texte français officiel sur vatican.va (vérifié en octobre 2026).
17Jean de Salisbury, Historia Pontificalis (vers 1164), témoin oculaire du concile de Reims de 1148 ; éd. et trad. Marjorie Chibnall, The Historia Pontificalis of John of Salisbury, Oxford Medieval Texts, Oxford University Press, 1956 (rééd. 1986). Source contemporaine majeure pour le pontificat d'Eugène III.
18 62 63Boson (cardinal Boso), Vita Eugenii III, dans le Liber Pontificalis, éd. L. Duchesne, Paris, 1886-1892, t. II, p. 386 (référence donnée par Loughlin dans les sources de son article). Biographie officielle quasi contemporaine.
19Otton de Freising, Gesta Friderici I imperatoris, éd. Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum : récit de la commune romaine, d'Arnaud de Brescia et des rapports avec l'Empire sous Eugène III.
20 33 42Encyclopædia Britannica (éd. actuelle), art. « Blessed Eugenius III » : donne « Bernardo Paganelli di Montemagno ? », avec un point d'interrogation. URL : britannica.com/biography/Blessed-Eugenius-III (page protégée anti-robots, non re-vérifiable automatiquement ; teneur reprise de la version précédente de l'article).
25Bernard de Clairvaux, Ep. 237 (à la Curie romaine, aussitôt après l'élection) et Ep. 238 (à Eugène III lui-même) ; éd. J. Leclercq et H. Rochais, Sancti Bernardi Opera, t. 8, Rome, Editiones Cistercienses, 1977 ; trad. anglaise B. S. James, The Letters of St Bernard of Clairvaux, Londres, 1953 (rééd. Cistercian Publications, 1998), lettre 238. Le reproche aux cardinaux est établi d'après la traduction de G. Lewis, Saint Bernard On Consideration, Oxford, Clarendon Press, 1908, Appendice, p. 199-204 : « May God forgive you, what have you done? You have brought back amongst men a man that was dead and buried! A man that had fled from cares and crowds you have again encompassed with cares and crowds! » L'épigraphe sur « le doigt de Dieu » qui relève le pauvre (Ex 8, 19 ; Ps 112, 7-8) appartient à l'Ep. 238, adressée à Eugène III.
27 36 38Eugène III, bulle Divina dispensatione, donnée à Troyes et datée du 11 avril 1147 (une partie de l'historiographie donne le 13 avril : cf. J. Roche, introduction à The Second Crusade, 2015) : extension des indulgences de croisade à la guerre contre les Slaves païens (croisade wende) et appui à la reconquête ibérique.
50 85Concile ouvert à Reims le 21 mars 1148, IVᵉ dimanche de Carême (Laetare) : la Catholic Historical Review (vol. 103, n° 3, 2017) donne explicitement « chosen date: March 21, 1148, the fourth Sunday of Lent » (le 21 mars 1148 est bien un dimanche au calendrier julien). La notice « Reims » de la Catholic Encyclopedia donne quant à elle le 22 mars 1148 (« on 22 March, 1148, opened at Rheims a council ») : les deux datations coexistent dans les ouvrages, le 21 mars (jour choisi, dimanche de Laetare) étant retenu ici. Examen de la doctrine trinitaire de Gilbert de la Porrée (qui se soumet), condamnation des erreurs d'Eon de l'Étoile, canons disciplinaires. Récit contemporain : Jean de Salisbury, Historia Pontificalis (éd. M. Chibnall, 1956).
60 61 87Synode de Trèves (hiver 1147-1148) : sur l'intervention de saint Bernard, Eugène III fait lire des passages du Scivias et encourage Hildegarde à poursuivre son œuvre. Benoît XVI résume : « Le Pape autorisa la mystique à écrire ses visions et à parler en public » (audience générale du 1ᵉʳ septembre 2010, vatican.va). Les études hildegardiennes précisent qu'il s'agit d'un encouragement à continuer d'écrire, non d'une approbation juridique formelle : aucune permission écrite de publier n'est conservée — la lettre allant en ce sens (PL 197, 145AB) est un faux postérieur (cf. L. Van Acker, cité dans la notice de l'abbaye Sainte-Hildegarde).
64 86La date exacte de la consécration à Farfa diverge selon les ouvrages : la Britannica 1911 donne le 17 février (« consecrated on the 17th of February » — un samedi) ; la version précédente de cet article, suivant la chronologie usuelle, retenait le 18 février (un dimanche, jour habituel des consécrations épiscopales), trois jours après l'élection du 15 février. La Catholic Encyclopedia (Loughlin) situe la consécration à Farfa sans préciser le jour. Jours de semaine vérifiés par comput (calendrier julien).
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