Pape Innocent II (1130-1143)

Élu en 1130 face à l'antipape Anaclet II, le pape Innocent II surmonte le plus grave schisme du XIIe siècle grâce à saint Bernard de Clairvaux, réunit le IIe concile du Latran en 1139, affronte Roger II de Sicile et meurt à Rome en 1143.

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Innocent II (Innocentius II), né Gregorio Papareschi dans le quartier romain du Trastevere, dans le dernier quart du XIᵉ siècle, et mort à Rome le 24 septembre 1143, gouverne l'Église pendant treize ans, du 14 février 1130 à sa mort. Le Saint-Siège le compte comme le 164ᵉ pape de l'Église catholique — dans la numérotation officielle qui exclut les antipapes —, successeur d'Honorius II et prédécesseur de Célestin II.[1][2]

Son pontificat s'ouvre sur le plus grave schisme du XIIᵉ siècle. Le jour même de son élection, une majorité de cardinaux porte au trône pontifical un rival, le cardinal Pietro Pierleoni, sous le nom d'Anaclet II. Pendant huit ans, deux hommes se proclament pape : Anaclet tient Rome, fort de l'appui et des ressources de la puissante famille Pierleoni ; Innocent, chassé de Rome, reçoit l'adhésion de la France, de l'Angleterre, de l'Empire et, peu à peu, de la chrétienté. Le schisme ne se dénoue pas par les armes, mais par le discernement d'un saint : Bernard de Clairvaux, dont le jugement au concile d'Étampes (août-septembre 1130) ouvre la voie au ralliement successif de la France, de l'Angleterre, de l'Empire (Liège, 1131) et, plus tard, de l'Aquitaine.[3][4]

La mort d'Anaclet, le 25 janvier 1138, permet à Innocent II de réunir l'année suivante le IIᵉ concile du Latran, dixième concile œcuménique, qui referme la plaie du schisme, annule les ordinations schismatiques et promulgue trente canons sur le célibat des clercs, la simonie, l'usure, la paix de Dieu et la condamnation des hérésies néo-manichéennes qui niaient l'Eucharistie et le baptême des enfants.[5][6]

Sa dernière épreuve vient du Sud. Le roi normand Roger II de Sicile, que l'antipape avait couronné, inflige au pape la défaite de Galluccio le 22 juillet 1139 et le fait prisonnier. Contraint, Innocent reconnaît Roger comme roi de Sicile au traité de Mignano. Il meurt quatre ans plus tard, au milieu de la révolte de la commune romaine, laissant derrière lui une papauté restaurée dans sa légitimité — et la basilique du Trastevere, Santa Maria, qu'il a relevée de ses fondations et où il repose.[7][8]

Pourquoi Innocent II compte-t-il ?

Le pape qui a survécu à un antipape

Innocent II en cinq dossiers — le schisme d'Anaclet II, le ralliement par saint Bernard, le IIᵉ concile du Latran, le bras de fer normand et la condamnation d'Abélard. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Innocent II n'est pas un pape de doctrine ni de mystique : c'est un pape de légitimité. Toute la question de son pontificat tient en une phrase : qui est le vrai successeur de Pierre quand deux hommes sont élus le même jour ? Le 14 février 1130, à la mort d'Honorius II, une commission de huit cardinaux — deux évêques, trois prêtres, trois diacres —, mandatée par le collège et réunie autour du chancelier Haimeric, élit en hâte Gregorio Papareschi ; seuls six membres siègent ce matin-là, malgré les protestations du canoniste Pietro Pisano. Trois heures plus tard, les autres cardinaux — la majorité du collège — élisent Pietro Pierleoni.[9][10][11][12] Les deux reçoivent la consécration épiscopale le 23 février 1130, Innocent à Santa Maria Nuova, Anaclet à Saint-Pierre. Pendant huit ans, la chrétienté doit trancher non pas une querelle théologique, mais une question de communion : avec lequel des deux faut-il être en paix pour être dans l'Église ?

La réponse ne viendra ni de la force, ni du nombre, mais d'un consensus moral construit pays par pays. C'est ce qui fait l'intérêt durable du dossier : le schisme de 1130 montre que la légitimité pontificale, dans un cas douteux, se reconnaît à la régularité canonique et à la communion de l'Église universelle, discernées avec l'aide des saints, non à la possession matérielle de Rome.[13][14]

Le pape de saint Bernard

Saint Bernard de Clairvaux — l'abbé cistercien dont l'autorité morale fit reconnaître Innocent II par la France, l'Angleterre et l'Empire. Image patrimoniale Wikimedia Commons / Metropolitan Museum of Art.

Aucun pontificat médiéval n'est aussi étroitement lié à un saint que celui d'Innocent II l'est à Bernard de Clairvaux. C'est Bernard qui, au concile d'Étampes d'août-septembre 1130, juge en faveur d'Innocent ; c'est Bernard qui fait reconnaître Innocent par Henri Iᵉʳ d'Angleterre, qui contribue au ralliement de l'empereur Lothaire à Liège en 1131, et qui ramène enfin l'Aquitaine de Guillaume X en 1134 ; c'est Bernard qui obtient en 1138 la soumission du second antipape, Victor IV ; c'est Bernard encore qui, au concile de Sens en 1140, fait condamner Pierre Abélard par le pape.[15][16][17] Innocent II est le pape que la sainteté de Bernard a fait reconnaître, défendu et conseillé : son histoire est inséparable de celle de l'abbé cistercien le plus influent du XIIᵉ siècle.

Le pape du IIᵉ concile du Latran

Enfin, Innocent II reste dans la mémoire de l'Église comme le pape du IIᵉ concile du Latran de 1139, dixième concile œcuménique. Réuni pour effacer juridiquement le schisme, ce concile dépasse de loin cet objectif : il refixe le droit du célibat ecclésiastique, condamne la simonie et l'usure, encadre la guerre par la paix de Dieu, et — point capital pour la foi — excommunie les sectaires qui rejettent l'Eucharistie, le baptême des enfants et le sacerdoce.[18][19] À travers lui, le pontificat d'Innocent II touche directement la défense des sacrements.

Les sources principales

La connaissance d'Innocent II repose d'abord sur ses propres actes. Ses lettres, bulles et privilèges sont rassemblés par Jacques-Paul Migne dans la Patrologia Latina, tome 179, et catalogués dans les grands répertoires de Philipp Jaffé.[20][21] Le récit du schisme et du pontificat se lit dans le Liber Pontificalis et dans les notices biographiques médiévales.[22]

Les sources narratives les plus précieuses sont les lettres de saint Bernard (tome 182 de la Patrologia Latina), qui plaident la cause d'Innocent contre Anaclet et éclairent toute la diplomatie du schisme.[23] Pour les guerres du Sud, le Chronicon de Falcon de Bénévent, témoin contemporain, raconte Galluccio et le traité de Mignano ; pour Arnaud de Brescia et la commune romaine, Otton de Freising fournit le récit de référence.[24][25] Les canons du IIᵉ concile du Latran, conservés dans les collections conciliaires critiques, donnent le texte exact des décrets de 1139.[26]

Parmi les ouvrages de synthèse, la notice de la Catholic Encyclopedia (New Advent), l'Enciclopedia dei Papi de la Treccani et les notices de l'Encyclopædia Britannica offrent un point d'entrée fiable, croisé ici avec les sources primaires.[27][28][29]

De Gregorio Papareschi au cardinal de Sant'Angelo

Une famille romaine du Trastevere

Gregorio Papareschi naît à Rome, dans le quartier populaire et fluvial du Trastevere, fils d'un certain Giovanni de l'ancienne famille des Guidoni.[30][31] On ignore l'année exacte de sa naissance, située dans le dernier quart du XIᵉ siècle. Cette origine trastévérine n'est pas un détail : devenu pape, Innocent II reconstruira la grande basilique mariale de son quartier natal, Santa Maria in Trastevere, et y reposera. Le pape romain de souche, attaché à sa paroisse, est aussi celui qui devra fuir Rome et la reconquérir.

Formé dans le milieu réformateur issu de la réforme grégorienne, Gregorio appartient à la génération des clercs façonnés par la lutte pour la liberté de l'Église. Il est, selon certaines sources, passé par l'observance clunisienne avant d'entrer dans l'entourage de la curie romaine.[32]

Diacre, légat et négociateur du concordat de Worms

Le pape Pascal II le crée cardinal-diacre de Sant'Angelo vers 1116.[33] Gregorio entre alors dans le cercle restreint des diplomates pontificaux. Sous Gélase II, il partage l'exil de France ; sous Calixte II, il est envoyé en Allemagne en 1119 avec le légat Lambert, et participe en 1122 à la négociation du concordat de Worms qui met fin à la querelle des Investitures.[34][35] Cet accord historique — l'empereur renonce à investir les évêques par la crosse et l'anneau, l'Église reconnaît au souverain un rôle dans l'élection — fait de Gregorio l'un des artisans de la paix entre le Sacerdoce et l'Empire.

Fait notable : le futur Innocent II et le futur antipape Anaclet II ont été compagnons de mission. Tous deux légats, tous deux exilés ensemble en France sous Gélase II, ils incarnent deux trajectoires d'une même curie réformatrice avant de devenir les deux pôles du schisme.[36][37] Leur rivalité n'oppose pas un réformateur à un mondain, mais deux hommes du sérail romain que tout, jusqu'en 1130, semblait rapprocher.

La double élection du 14 février 1130

La mort d'Honorius II et les deux conclaves

Le pape Honorius II meurt dans la nuit du 13 au 14 février 1130. Sa fin a été préparée dans la fièvre par les deux grandes familles romaines rivales, les Frangipani et les Pierleoni, qui se disputent le contrôle de la papauté.[38][39] Une commission de huit cardinaux — six présents le matin du 14 février —, liée aux Frangipani et au chancelier Haimeric, élit aussitôt Gregorio Papareschi sous le nom d'Innocent II et le fait consacrer en hâte. Le même jour, la majorité du Sacré Collège, indignée de la procédure, élit le cardinal Pietro Pierleoni sous le nom d'Anaclet II.[40][41][42]

Deux élections, un seul jour — Innocent II et Anaclet II opposent deux prétentions concurrentes ; la communion universelle devient le critère décisif. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Les deux camps s'accusent mutuellement de précipitation et d'irrégularité. Anaclet a pour lui le nombre des électeurs et la maîtrise de Rome ; Innocent a pour lui la rapidité de la consécration et l'appui du parti réformateur. Aucune procédure claire ne permet alors de trancher : le droit de l'élection pontificale, fixé en 1059 mais encore imprécis sur le quorum, laisse la place au conflit.[43] L'objection en faveur d'Anaclet, sous sa forme la plus forte, est sérieuse : élu par la majorité du collège et maître effectif de Rome et de Saint-Pierre, il pouvait passer aux yeux de beaucoup pour le pape légitime. La réponse de l'Église ne consista pas à trancher par la seule sainteté de Bernard : elle reposa sur la régularité de l'élection — la commission des huit avait reçu mandat d'élire, même si elle ne siégea qu'à six le matin du 14 février —, confirmée ensuite par la communion progressive de l'Église universelle et par le discernement d'Étampes.[44][45][46]

Innocent II et Anaclet II : deux légitimités en conflit

Très vite, Anaclet l'emporte à Rome. Fort de sa richesse, de son implantation romaine et des ressources des Pierleoni, il contrôle les basiliques, s'assure des soutiens et contraint Innocent à fuir. Dès l'été 1130, Innocent II s'embarque pour la France, abandonnant la Ville à son rival.[47][48] Le schisme prend alors une forme inédite : le pape qui possède Rome n'a pas l'Église, et le pape qui a l'Église n'a pas Rome.

La question devient européenne. Chaque royaume, chaque évêque, chaque ordre religieux doit choisir. Et le critère décisif ne sera pas la possession de Saint-Pierre, mais le jugement des hommes de Dieu sur la régularité et la dignité des deux élus.

Les Pierleoni, les Frangipani et l'argent de Rome

Le schisme de 1130 a une dimension sociale qu'il faut nommer avec exactitude. Les Pierleoni sont une puissante famille de banquiers romains, dont l'ancêtre était un juif converti au christianisme, baptisé sous le nom de Léon ; leur fortune avait financé plusieurs papes réformateurs.[49] La propagande adverse exploitera bassement cette ascendance juive d'Anaclet — un argument que l'Église n'a jamais retenu comme motif de son illégitimité.

Le vrai motif de la cause d'Innocent n'est donc pas l'origine d'Anaclet, ni la richesse relative des deux camps, mais la conviction, portée par les saints de son temps, que la légitimité d'un pape se vérifie dans la communion universelle de l'Église, et non dans la possession matérielle de Rome. C'est ce que va trancher la France.

L'exil, la France et le ralliement de l'Europe

Le concile d'Étampes et le jugement de saint Bernard

En août-septembre 1130, le roi Louis VI de France convoque à Étampes une assemblée des évêques pour décider lequel des deux papes reconnaître. L'assemblée s'en remet au jugement d'un seul homme : Bernard de Clairvaux, déjà tenu pour la conscience vivante de la chrétienté.[50][51] Après examen des deux causes, Bernard se prononce pour Innocent II.

Étampes 1130 — le discernement de saint Bernard oriente la chrétienté vers Innocent II selon le critère de la sanior pars. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le critère de Bernard est celui de la sanior pars, la « partie la plus saine » : entre deux élections, il faut suivre non pas nécessairement le plus grand nombre, mais l'élection la plus régulière et la plus digne, soutenue par les hommes de meilleure réputation. Pour Bernard, la dignité morale d'Innocent et de ses partisans tranche le doute.[52] Le jugement d'Étampes est le tournant du schisme : à partir de là, l'autorité spirituelle de Bernard, déjà reconnue dans toute la chrétienté pour son intégrité, va entraîner les puissances temporelles les unes après les autres.

Le ralliement des rois et de l'empire

Le ralliement est rapide. La France acquise, Bernard se rend auprès d'Henri Iᵉʳ d'Angleterre, hésitant, et le convainc de reconnaître Innocent ; l'Allemagne suit, gagnée notamment par Norbert de Xanten, ami de Bernard.[53][54] Le roi Lothaire III reçoit Innocent à Liège le 22 mars 1131 et se déclare pour lui.[55] L'Aquitaine, dont le duc Guillaume X soutenait d'abord Anaclet contre ses propres évêques, ne se rallie qu'en 1134, par l'action personnelle de Bernard.[56] Au synode de Reims ouvert le 18 octobre 1131, en présence de saint Bernard et de saint Norbert, Innocent II excommunie solennellement Anaclet et couronne le jeune Louis, fils de Louis VI et futur Louis VII de France.[57][58]

En quelques mois, la carte de la chrétienté s'est inversée : Anaclet ne tient plus que Rome, l'Italie méridionale normande et quelques diocèses. Innocent tient tout le reste — preuve que la légitimité pontificale se mesure à la communion de l'Église universelle, non à la garde de la Ville.

Le couronnement impérial de Lothaire (1133)

Au printemps 1133, Lothaire III descend en Italie pour rétablir Innocent à Rome. Mais Anaclet tient toujours Saint-Pierre et le Château Saint-Ange. Innocent doit donc couronner l'empereur, le 4 juin 1133, non à Saint-Pierre comme le voulait la tradition, mais dans la basilique du Latran.[59][60] Le symbole est éloquent : le pape légitime reçoit l'empereur dans sa cathédrale, mais l'antipape verrouille encore le tombeau de l'Apôtre.

Lothaire reparti, Innocent ne peut se maintenir dans Rome et doit se replier à Pise. Le schisme dure : la légitimité reconnue partout ne suffit pas encore à donner la Ville. Il faudra la mort d'Anaclet pour dénouer la situation.

La fin du schisme (1135-1138)

Le concile de Pise (1135)

Réfugié dans le Nord, Innocent II convoque en mai 1135 un grand concile à Pise, qui rassemble les évêques fidèles d'Italie, de France, d'Angleterre, d'Espagne et d'Allemagne. Le concile excommunie de nouveau Anaclet II et ses partisans, et confirme l'autorité d'Innocent sur l'Église universelle.[61][62] Saint Bernard y joue encore un rôle de premier plan, multipliant les ambassades pour détacher les dernières villes italiennes du parti de Pierleoni.

L'isolement d'Anaclet se resserre. Son principal soutien reste le roi normand Roger II de Sicile, qu'il avait couronné roi en 1130 en échange de sa fidélité. Le schisme se réduit désormais à une alliance entre l'antipape et le Sud normand contre le pape et l'empereur.[63][64]

La mort d'Anaclet et la soumission de Victor IV

Le schisme s'effondre avec son auteur. Anaclet II meurt le 25 janvier 1138, après huit ans de pontificat parallèle.[65][66] Ses partisans, refusant de se soumettre, élisent aussitôt un nouvel antipape, Victor IV (Grégoire Conti). Mais la cause est perdue : privé d'argent et d'appuis, et pressé par saint Bernard, Victor IV renonce le 29 mai 1138 et se soumet à Innocent II.[67]

Huit ans après la double élection, Innocent II est enfin seul pape, reconnu de tous. La voie est libre pour le grand acte réparateur de son pontificat : un concile œcuménique destiné à refaire, dans le droit, l'unité que le schisme avait brisée.

Le IIᵉ concile du Latran (1139)

Un concile œcuménique pour refaire l'unité

Latran II (1139) — dixième concile œcuménique : annulation des ordinations schismatiques, célibat des clercs, condamnation de la simonie et de l'usure, paix de Dieu, anathème contre les néo-manichéens. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En avril 1139, Innocent II réunit au Latran le dixième concile œcuménique de l'histoire de l'Église, le deuxième tenu dans la basilique du Latran. Les récits rapportent un millier de prélats présents.[68] Le concile s'ouvre le 4 avril.[69][70]

Son premier acte est réparateur : Innocent annule tous les actes d'Anaclet II, déclare nulles les ordinations conférées par l'antipape et ses évêques, et dépose ceux qui en étaient issus.[71][72] L'unité de l'Église est ainsi rétablie non seulement de fait, mais en droit canonique.

Les canons : célibat, simonie, usure, paix de Dieu

Le concile promulgue trente canons, qui reprennent et durcissent la législation réformatrice du siècle. Sur le célibat des clercs, le canon 6 prive de leur charge et de leur bénéfice les sous-diacres, diacres et prêtres qui ont pris femme ou concubine ; le canon 7 déclare que les unions contractées par ces clercs ne sont pas de vrais mariages.[73] C'est l'un des textes fondateurs de la discipline du célibat sacerdotal dans l'Église latine.

En mots simples : la simonie, c'est l'achat ou la vente de charges et de grâces spirituelles ; l'usure, le prêt d'argent à intérêt ; la paix de Dieu, la protection que l'Église impose en faveur des non-combattants, des clercs, des pauvres et de leurs biens ; les ordinations schismatiques, celles conférées hors de la communion avec le pape légitime ; les néo-manichéens, des prédicants qui, au nom d'une pureté évangélique, rejetaient la réalité des sacrements.[74]

Le tableau ci-dessous récapitule les principaux canons de 1139 et leur portée.

CanonObjetMesure prise
6Clercs mariésSous-diacres et au-dessus ayant femme ou concubine : privés de charge et de bénéfice
7Validité des unionsLes unions des clercs majeurs ne sont pas reconnues comme mariages
4Tenue du clergéObligation d'un habit ecclésiastique modeste
13UsureLes usuriers sont déclarés infâmes et privés des consolations de l'Église
12Paix de DieuEncadrement de la trêve de Dieu (jours et personnes protégés)
29Armes de jetAnathème contre l'usage de l'arbalète et de l'arc entre chrétiens
23HérésieAnathème contre ceux qui rejettent l'Eucharistie, le baptême des enfants et le sacerdoce

Plusieurs de ces canons sont restés célèbres : l'interdiction de l'usure, la protection des clercs et des pauvres par la paix de Dieu, et surtout la condamnation de l'arbalète au canon 29, jugée « art meurtrier haïssable à Dieu » lorsqu'elle est employée contre des chrétiens.[75]

La condamnation des néo-manichéens (canon 23)

Le canon le plus important pour la foi est le canon 23, qui frappe d'anathème les sectaires — disciples de Pierre de Bruys et d'Henri de Lausanne — qui, sous couvert de pureté évangélique, rejettent les sacrements de l'Église. Le latin de l'édition critique n'ayant pu être collationné ici, le texte est rendu en traduction de travail d'après l'anglais de l'édition Tanner : sont chassés de l'Église de Dieu et condamnés comme hérétiques ceux qui, simulant une forme de piété, condamnent le sacrement du corps et du sang du Seigneur, le baptême des enfants, le sacerdoce et les autres ordres ecclésiastiques ainsi que les mariages légitimes ; ils doivent être contraints par les pouvoirs séculiers, et leurs défenseurs encourent la même condamnation.[76]

Ce texte est capital : il montre que, dès le XIIᵉ siècle, l'Église définit solennellement comme hérétique le rejet de la présence réelle eucharistique, du baptême des enfants et du sacerdoce ordonné. Le concile d'Innocent II défend ainsi le cœur sacramentel de la foi catholique contre une vague d'illuminisme antisacramentel qui annonce déjà les grandes contestations à venir. Degré d'autorité : cet anathème touche la foi elle-même — la réalité des sacrements —, tandis que les canons sur le célibat, la simonie ou l'usure relèvent de la discipline ecclésiastique : ils obligent en conscience mais restent réformables par l'autorité de l'Église.[77]

Arnaud de Brescia et la question de la pauvreté

Le concile traite enfin le cas d'Arnaud de Brescia, moine réformateur et disciple d'Abélard, qui prêchait la pauvreté absolue du clergé et contestait le pouvoir temporel de l'Église. Le concile le dépose, le réduit au silence et le bannit d'Italie.[78][79] Chassé d'Italie, Arnaud gagne la France puis l'exil (Suisse, Bohême) ; il ne reviendra en Italie qu'après 1143 et n'arrivera à Rome qu'en 1145, sous Eugène III — il n'a donc aucune part à la révolte de la commune romaine qui assombrit les derniers mois d'Innocent II.

Le cas d'Arnaud révèle la difficulté du temps : la soif de réforme et de pauvreté évangélique, légitime en soi, dérive vers le rejet de l'institution ecclésiale dès qu'elle se coupe de la communion et de l'obéissance. L'Église réformée par Grégoire VII doit se garder à la fois du relâchement et de l'illuminisme contestataire.

Le bras de fer avec Roger II de Sicile

L'excommunication et la guerre

Reste un adversaire que la mort d'Anaclet n'a pas désarmé : Roger II de Sicile. Couronné roi par l'antipape en 1130, le Normand a bâti dans le Sud un État puissant que la papauté refuse de reconnaître. Au IIᵉ concile du Latran, en avril 1139, Innocent II excommunie Roger pour avoir soutenu le schisme.[80][81] À l'été 1139, le pape prend lui-même la tête d'une armée pour soumettre le roi rebelle.

L'entreprise tourne court. Roger feint la négociation pendant que son fils prépare un coup de main militaire. Le pape, sûr de sa force, néglige les avertissements.

La défaite de Galluccio (22 juillet 1139)

Le 22 juillet 1139, près de Galluccio, au sud-est de Cassino, Roger III d'Apulie, fils du roi, surgit avec un millier de chevaliers et tend une embuscade à l'armée pontificale. La déroute est complète : Innocent II et sa suite sont capturés.[82][83] Pour la deuxième fois en une génération — après la captivité de Pascal II en 1111 — un pape tombe aux mains d'un prince les armes à la main.

Galluccio → Mignano — trois jours transforment une défaite militaire en régularisation politique du royaume normand de Sicile. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La situation rappelle un précédent doctrinal majeur : un pape peut être vaincu, humilié, fait prisonnier, sans que sa fonction en soit diminuée. L'homme est captif ; le siège de Pierre demeure.

Le traité de Mignano (25 juillet 1139)

Trois jours plus tard, le 25 juillet 1139, Innocent II doit traiter. Au traité de Mignano, il reconnaît Roger II comme roi de Sicile, duc d'Apulie et prince de Capoue, et investit ses fils des duchés correspondants :

« Roi de Sicile, du duché d'Apulie et de la principauté de Capoue. » — Titre reconnu à Roger II par Innocent II au traité de Mignano, 25 juillet 1139[84]

L'humiliation est réelle, mais le réalisme l'emporte : en échange de la reconnaissance, Roger rentre dans la communion de l'Église et devient, en droit, vassal du Saint-Siège pour ses terres. Le royaume normand de Sicile, fondé sur un couronnement schismatique, est ainsi régularisé et rattaché à la mouvance pontificale — un acquis durable malgré les circonstances de sa naissance.[85][86]

La condamnation d'Abélard et la foi devant la raison

Le concile de Sens (1140)

La dernière grande affaire du pontificat est doctrinale. Pierre Abélard, le plus brillant et le plus audacieux des maîtres de Paris, applique à la théologie une méthode rationnelle qui inquiète saint Bernard. À l'instigation de Bernard, un concile se réunit à Sens en 1140 — date retenue par Baronius et l'abbé Vacandard, placée en 1141 par Deutsch — pour examiner les écrits d'Abélard.[87][88] Bernard y joue le rôle d'accusateur, dressant la liste des propositions jugées erronées sur la Trinité, la grâce et la personne du Christ.

Pierre Abélard — une page manuscrite de ses œuvres, témoin de la puissance scolaire que le concile de Sens et Innocent II jugèrent nécessaire d'encadrer. Image patrimoniale Wikimedia Commons.

Plutôt que de se défendre devant le concile, Abélard fait appel au pape Innocent II. Le concile condamne ses écrits mais s'en remet au Saint-Siège pour le jugement de l'homme.[89]

La sentence d'Innocent II

Innocent II confirme la sentence : il condamne les livres d'Abélard, en fait brûler des exemplaires et impose à leur auteur un silence perpétuel.[90][91] Abélard, soumis, se retire à l'abbaye de Cluny auprès de Pierre le Vénérable, qui l'accueille avec charité et obtient sa réconciliation avant sa mort, en 1142.

L'affaire n'est pas une condamnation de la raison comme telle : Abélard lui-même restera un témoin de l'effort chrétien pour comprendre la foi. Mais elle marque la limite que l'Église pose à une raison qui prétendrait juger le mystère trinitaire par ses seules forces. La foi demande l'intelligence ; elle ne se soumet pas à elle. C'est tout l'équilibre catholique entre foi et raison que la sentence d'Innocent II vient rappeler.

Le gouvernement de l'Église universelle

Les Templiers et Omne datum optimum

Un pape gouvernant l'Europe — protection des Templiers (Omne datum optimum, 1139), légation de saint Malachie pour l'Irlande, canonisations, conflit de Bourges et interdit sur la France. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au-delà du schisme, Innocent II a gouverné toute l'Église latine. Son acte le plus durable est la bulle Omne datum optimum, du 29 mars 1139, qui approuve officiellement la Règle de l'ordre des Templiers, le place sous la protection directe du Saint-Siège, l'exempte de la juridiction épiscopale et lui accorde de garder le butin pris aux infidèles.[92][93] Ce privilège, qui fait des Templiers une milice directement liée au pape, est la charte fondatrice de leur autonomie. Saint Bernard, auteur de l'éloge des Templiers De laude novae militiae, n'est pas étranger à cette faveur pontificale.

Saint Malachie, l'Irlande et les canonisations

En 1139, Innocent II reçoit à Rome l'archevêque irlandais Malachie d'Armagh, ami de saint Bernard, et le nomme légat pontifical pour toute l'Irlande, l'associant à la réforme de l'Église insulaire.[94] Le pontificat est aussi marqué par plusieurs canonisations solennelles : saint Godehard de Hildesheim à Reims en 1133, saint Hugues de Grenoble à Pise en 1134, saint Sturm de Fulda au Latran en 1139.[95] Innocent II exerce ainsi pleinement le magistère de gouvernement et de sanctification propre au successeur de Pierre.

Le conflit de Bourges et l'interdit sur la France

Les dernières années sont assombries par un conflit avec le roi Louis VII de France, pourtant couronné jadis par Innocent. En 1141, le pape confirme l'élection de Pierre de la Châtre comme archevêque de Bourges contre le candidat royal et lui donne lui-même la consécration épiscopale ; Louis VII refuse de le recevoir, et Innocent II place la France sous interdit.[96][97] Le bras de fer, encore non résolu à la mort du pape, montre que la liberté des élections épiscopales — l'enjeu même de la réforme grégorienne — restait un combat permanent, jusque chez les rois les plus dévoués.

Mort, tombeau et la basilique du Trastevere (1143)

La révolte de la commune romaine

Les Romains, lassés du gouvernement pontifical, se soulèvent en 1143 et restaurent le Sénat sur le Capitole, fondant la commune de Rome.[98][99] C'est au milieu de cette révolte, qui conteste le pouvoir temporel du pape sur sa propre ville, qu'Innocent II meurt, le 24 septembre 1143. Il laisse à ses successeurs immédiats — Célestin II, Lucius II, puis le cistercien Eugène III, disciple de Bernard — une Rome insurgée qu'il faudra des décennies à pacifier.

Santa Maria in Trastevere et la mémoire d'Innocent II

Le grand monument d'Innocent II n'est pas un texte, mais une basilique. Pape du Trastevere, il fait reconstruire de fond en comble, sur ses anciennes fondations, la basilique Santa Maria in Trastevere, l'une des plus anciennes églises mariales de Rome. Les vingt-deux colonnes de granit de la nef proviennent des ruines des thermes de Caracalla.[100] La grande mosaïque de l'abside, datée des années 1130-1143, représente le Christ et la Vierge trônant côte à côte — une des premières images du couronnement de Marie — et l'on y voit Innocent II portant la maquette de l'église qu'il a relevée.

Santa Maria in Trastevere — l'abside mosaïquée de la basilique reconstruite par Innocent II, où le pape apparaît avec la maquette de l'église. Image patrimoniale Wikimedia Commons.

Inhumé d'abord à Saint-Jean-de-Latran, dans un sarcophage de porphyre attribué à l'empereur Hadrien, Innocent II y repose jusqu'à l'incendie du Latran de 1308, qui endommage le tombeau : ses restes sont alors déplacés au vestibule de la basilique, puis déposés au XVᵉ siècle sous une dalle simple. Ils sont ensuite transférés à Santa Maria in Trastevere, dans la basilique qu'il avait fait reconstruire, où le monument actuel lui est élevé lors de la restauration du XIXᵉ siècle (projet Vespignani).[101][102] Le pape romain repose ainsi pour toujours dans l'église de son quartier natal, sous le regard de la Vierge couronnée.

Le jugement de l'histoire et de l'Église

Que reste-t-il d'Innocent II ? Un pape sans génie doctrinal propre, mais dont le pontificat aura fixé trois acquis durables pour l'Église.

Innocent II : 1130-1143 — treize ans entre double élection, conciles, défaite normande et naissance de la commune romaine. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

D'abord, la doctrine pratique de la légitimité pontificale en cas de double élection : c'est la communion de l'Église universelle, discernée par ses saints, qui reconnaît le vrai pape, non la force ni la possession de Rome. Le schisme de 1130, vaincu sans bataille décisive, en est la démonstration historique. Ensuite, la réaffirmation conciliaire du célibat des clercs, de la lutte contre la simonie et l'usure, et surtout la défense des sacrements — Eucharistie, baptême, sacerdoce — contre l'hérésie néo-manichéenne, au canon 23 du Latran. Enfin, la régularisation du royaume de Sicile et la protection des Templiers, deux pièces majeures de la géographie politique et religieuse du XIIᵉ siècle.

Le verdict de l'Église passe surtout par celui de saint Bernard, qui fit reconnaître Innocent, le défendit, le conseilla et pleura ses faiblesses. Le pontificat d'Innocent II reste, à ce titre, le modèle médiéval du discernement entre le pape et l'antipape : non un rapport de forces, mais une œuvre de communion et de sainteté.

Chronologie

  1. dernier quart du XIᵉ s.
    Naissance à Rome
    Trastereve, famille Guidoni

    Gregorio Papareschi naît dans le quartier du Trastevere, fils de Giovanni.[103]

  2. vers 1116
    Cardinal-diacre de Sant'Angelo
    création par Pascal II

    Gregorio entre dans le cercle des diplomates pontificaux.[104]

  3. 1122
    Concordat de Worms
    fin de la querelle des Investitures

    Gregorio participe à la négociation de l'accord entre l'Église et l'Empire.[105]

  4. 14 février 1130
    Double élection
    Innocent II et Anaclet II

    À la mort d'Honorius II, deux papes sont élus le même jour.[106]

  5. été 1130
    Fuite en France
    Anaclet maître de Rome

    Chassé par Pierleoni, Innocent gagne la France.[107]

  6. août-septembre 1130
    Assemblée d'Étampes
    jugement de saint Bernard

    Bernard de Clairvaux se prononce pour Innocent ; la France le reconnaît.[108]

  7. 18 octobre 1131
    Concile de Reims
    excommunication d'Anaclet

    Innocent excommunie l'antipape et couronne le futur Louis VII.[109]

  8. 4 juin 1133
    Couronnement de Lothaire III
    au Latran

    Saint-Pierre étant tenu par Anaclet, l'empereur est couronné au Latran.[110]

  9. mai 1135
    Concile de Pise
    nouvelle condamnation d'Anaclet

    Le concile confirme Innocent et excommunie de nouveau l'antipape.[111]

  10. 25 janvier 1138
    Mort d'Anaclet II
    fin du schisme

    Le second antipape Victor IV se soumet le 29 mai 1138.[112]

  11. 29 mars 1139
    Omne datum optimum
    protection des Templiers

    La bulle place l'ordre du Temple sous l'autorité directe du pape.[113]

  12. avril 1139
    IIᵉ concile du Latran
    dixième concile œcuménique

    Le concile referme le schisme et promulgue trente canons.[114]

  13. 22 juillet 1139
    Défaite de Galluccio
    capture du pape

    Roger III d'Apulie capture Innocent II et sa suite.[115]

  14. 25 juillet 1139
    Traité de Mignano
    Roger II roi de Sicile

    Innocent reconnaît Roger comme roi de Sicile et vassal du Saint-Siège.[116]

  15. 1140
    Concile de Sens
    condamnation d'Abélard

    Innocent confirme la condamnation et impose le silence à Abélard.[117]

  16. 1143
    Révolte de la commune romaine
    restauration du Sénat

    Les Romains se soulèvent et restaurent le Sénat sur le Capitole ; Arnaud de Brescia, alors banni d'Italie, n'arrivera à Rome qu'en 1145.[118]

  17. 24 septembre 1143
    Mort à Rome
    basilique du Trastevere

    Innocent II meurt ; il sera transféré à Santa Maria in Trastevere.[119]

Pour aller plus loin

Notes et sources

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia (F. Mershman, « Pope Innocent II », Robert Appleton Company, New York, 1910), article « Pope Innocent II », vol. VIII ; édition en ligne New Advent (texte vérifié en séance) : famille Guidoni et père Jean, cardinalat de Sant'Angelo, mission de Worms 1122 avec le légat Lambert, double élection du 14 février 1130 (élection par les cardinaux-évêques, trois heures avant Pierleoni ; consécrations du 23 février), Liège 22 mars 1131 et couronnement de Lothaire et Richenza à Saint-Lambert, synode de Reims ouvert le 18 octobre 1131 avec Bernard et Norbert et couronnement du jeune Louis, couronnement impérial au Latran le 4 juin 1133, synode de Pise 1135 (Hefele, V, 425), mort d'Anaclet le 25 janvier 1138 et soumission de Victor IV, Latran II ouvert le 4 avril 1139 avec un millier de prélats selon les récits et trente canons, excommunication de Roger, Malachie fait légat pour toute l'Irlande (Bellesheim, I, 356), Bourges 1141 (élection de Pierre de La Châtre confirmée et consacrée par le pape, interdit sur la France), canonisations de Reims 1133, Pise 1134 et Latran 1139 (Ann. Pont. Cath., 1903, 412), lettres en PL 179, ordinations selon le Liber Pontificalis (Duchesne, II, 379), sépulture au Latran puis Santa Maria in Trastevere. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08012a.htm.

    1 10 27 30 33 34 36 41 45 51 55 57 59 61 65 68 69 71 94 95 96 101 103 104 109 110
  2. Wikipedia (anglais), article « Pope Innocent II » : Gregorio Papareschi de la famille Guidoni, cardinal-diacre de Sant'Angelo (1116, Pascal II), élection et consécration (14 et 23 février 1130), schisme d'Anaclet II, ralliement de Lothaire III, concile de Pise (1135), Latran II (1139), traité de Mignano, bulle Omne datum optimum, conflit de Bourges, mort en 1143. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Innocent_II.

    2 14 32 35 42 48 58 62 79 86 93 97 99 105 107 111
  3. Encyclopædia Britannica, article « Innocent II (pope) » : élection contestée de 1130, rivalité des familles Frangipani et Pierleoni, rôle de saint Bernard auprès du clergé français et d'Henri Iᵉʳ d'Angleterre, mort d'Anaclet (janvier 1138), soumission de Victor IV (29 mai 1138), IIᵉ concile du Latran (1139), capture par Roger II le 22 juillet 1139. URL : https://www.britannica.com/biography/Innocent-II.

    3 11 16 28 38 47 54 60 66 67 88 91 106 112
  4. Saint Bernard de Clairvaux et l'assemblée d'Étampes (août-septembre 1130) : Louis VI de France convoque un concile national des évêques ; Bernard, choisi comme arbitre, se prononce pour Innocent II selon le principe de la sanior pars ; il fait ensuite reconnaître Innocent par Henri Iᵉʳ d'Angleterre, contribue au ralliement de Lothaire III (Liège, 22 mars 1131) avec Norbert de Xanten, et ramène l'Aquitaine de Guillaume X en 1134. Datation : août-septembre 1130 d'après Horace K. Mann, Lives of the Popes at the Height of their Temporal Influence, 1130-1216 ; certaines synthèses dérivées de Wikipedia donnent avril 1130. Synthèse d'après la Catholic Encyclopedia, articles « St. Bernard of Clairvaux » et « Pope Innocent II » (New Advent), et Wikipedia (anglais), article « Bernard of Clairvaux ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Bernard_of_Clairvaux.

    4 13 15 46 50 52 53 56 108
  5. IIᵉ concile du Latran (1139), décrets et canons, dans Giuseppe Alberigo et al. (éd.), Conciliorum Oecumenicorum Decreta (trad. anglaise Decrees of the Ecumenical Councils, éd. Norman P. Tanner, Georgetown University Press, 1990) ; texte des trente canons, annulation des actes d'Anaclet II, dépositions, excommunication de Roger II. Ouverture le 4 avril 1139, trois sessions, d'après Msgr Philip Hughes, History of Church General Councils. Contenus des canons 4, 6-7, 12-13, 23 et 29 vérifiés en séance sur le texte anglais Tanner (Papal Encyclicals Online) : c. 4, modestie de l'habit et de la tonsure ; c. 6-7, célibat et nullité des unions de clercs ; c. 12, trêve de Dieu ; c. 13, usure ; c. 23, hérésie antisacramentelle ; c. 29, arbalète. Édition en ligne : Papal Encyclicals Online, https://www.papalencyclicals.net/councils/ecum10.htm.

    5 18 26 70 72 73 74 75 77 80 114
  6. IIᵉ concile du Latran, canon 23, 1139 ; le corps de l'article en donne une traduction de travail d'après le texte anglais de Decrees of the Ecumenical Councils (éd. Tanner, 1990), vérifié en séance sur Papal Encyclicals Online (« Those who, simulating a kind of religiosity, condemn the sacrament of the Lord's body and blood, the baptism of children, the priesthood and other ecclesiastical orders, and legitimate marriages, we expel from the church of God and condemn as heretics, and prescribe that they be constrained by the secular powers. We also bind up their defenders in the fetter of the same condemnation »). Le verbatim latin n'a pas été collationné sur l'édition critique : aucun texte latin n'est cité, et le français du corps n'est pas un verbatim. Édition en ligne : Papal Encyclicals Online, https://www.papalencyclicals.net/councils/ecum10.htm.

    6 19 76
  7. Traité de Mignano (25 juillet 1139) : après la défaite de Galluccio, Innocent II reconnaît Roger II comme rex Siciliae, ducatus Apuliae et principatus Capuae et l'investit de ses titres comme vassal du Saint-Siège ; investiture du fils de Roger comme duc d'Apulie et d'Alfonse comme prince de Capoue. D'après la synthèse anglophone « Treaty of Mignano » (texte vérifié en séance), qui cite H. Wieruszowski (1971, pp. 55-56) et M. Pacaut (2002, p. 784) pour le titre et les investitures, et D. Matthew (1992, p. 52) pour les fils. Le récit contemporain de référence reste Falcon de Bénévent, Chronicon Beneventanum (éd. D'Angelo, 1998), pour la campagne de 1139. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Treaty_of_Mignano.

    7 64 81 82 84 85 116
  8. Basilique Santa Maria in Trastevere (Rome) : église réédifiée sur ses anciennes fondations sous Innocent II (1140-1143) ; les 22 colonnes de granit de la nef proviennent des thermes de Caracalla — lieu vérifié en séance via D. Kinney, « Spolia from the Baths of Caracalla in Sta. Maria in Trastevere », The Art Bulletin 68.3 (sept. 1986), pp. 379-397, cité par la synthèse ; mosaïque absidale du Couronnement de la Vierge datée 1130-1143, représentant le Christ et Marie trônant ensemble, avec Innocent II portant la maquette de l'église. Sépulture : inhumation au Latran dans le sarcophage de porphyre d'Hadrien, tombeau endommagé par l'incendie de 1308, déplacement au vestibule puis dalle simple au XVᵉ siècle, transfert à Santa Maria in Trastevere, monument actuel (projet Vespignani) — chaîne vérifiée en séance via W. Reardon, The Deaths of the Popes (2004), pp. 90-91, cité par la synthèse « List of extant papal tombs ». La datation précise du monument actuel sous Pie IX (années 1860) n'a pu être vérifiée : le corps ne l'affirme plus. La Catholic Encyclopedia (1913) situait le transfert « seven years later » : chronologie aujourd'hui corrigée. D'après les synthèses anglophones « Santa Maria in Trastevere » et « List of extant papal tombs » (textes vérifiés en séance). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Santa_Maria_in_Trastevere.

    8 100 102 119
  9. Double élection du 14 février 1130 — huit mandatés, six siégeants : dans les dernières semaines d'Honorius II, les cardinaux, craignant le schisme, conviennent de confier l'élection à une commission de huit membres — deux cardinaux-évêques, trois cardinaux-prêtres, trois cardinaux-diacres ; le matin du 14 février, la commission ne se réunit qu'à six, malgré les protestations du canoniste Pietro Pisano, et élit Papareschi, intronisé au Latran tôt le matin ; six autres cardinaux (Giovanni d'Ostie, Mathieu d'Albano et quatre prêtres) le reconnaissent aussitôt, puis huit autres. D'après l'article spécialisé anglophone « 1130 papal election », qui cite I. S. Robinson, The Papacy 1073–1198 (Cambridge University Press, 1990), p. 74, et H. Bloch, Monte Cassino in the Middle Ages, t. II (1986), p. 946. La synthèse généraliste anglophone « Pope Innocent II » ne retient que les six présents — d'où la divergence apparente six/huit, ici tranchée : huit mandatés, six siégeants. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/1130_papal_election.

    9 40 44
  10. Wikipedia (anglais), article « Antipope Anacletus II » : Pietro Pierleoni, famille de banquiers romains d'ascendance juive convertie, élection par la majorité des cardinaux le 14 février 1130, couronnement de Roger II en 1130, possession de Rome, mort le 25 janvier 1138. Cet article retient lui aussi une commission de huit cardinaux pour l'élection d'Innocent II. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Antipope_Anacletus_II.

    12 37 39 43 49 63
  11. Concile de Sens (1140) : à l'instigation de saint Bernard, examen des écrits de Pierre Abélard ; appel d'Abélard au pape ; confirmation de la condamnation par Innocent II (livres brûlés, silence perpétuel imposé) ; retraite d'Abélard à Cluny auprès de Pierre le Vénérable et mort en 1142. La date de 1140 (Baronius) est celle que retient la Catholic Encyclopedia (« Councils of Sens ») d'après la démonstration de l'abbé Vacandard (lettre de Pierre le Vénérable à Héloïse, Continuatio Praemonstratensis, Continuatio Valcellensis, liste des prieurs de Clairvaux), contre 1141 (Deutsch). URL : https://www.newadvent.org/cathen/13720a.htm.

    17 87 89 90 117
  12. Jacques-Paul Migne (éd.), Patrologia Latina, tome 179, Innocentii II Romani Pontificis Epistolae et Privilegia : lettres, bulles et privilèges du pontificat 1130-1143.

    20
  13. Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ édition revue par S. Loewenfeld, Leipzig, 1885-1888, tome 1 : régestes des actes d'Innocent II.

    21
  14. Liber Pontificalis, éd. Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis. Texte, introduction et commentaire, Paris, 1886-1892, tome 2 : notice du pontificat d'Innocent II ; ordinations du pontificat en Duchesne, II, 379 (dix-huit diacres, vingt prêtres, soixante-dix évêques), lieu confirmé via la CE.

    22
  15. Bernard de Clairvaux, Epistolae, éditées par Jacques-Paul Migne, Patrologia Latina, tome 182 : lettres en faveur d'Innocent II contre Anaclet II pendant le schisme de 1130-1138 (notamment les lettres aux princes et aux évêques pour la cause du pape légitime).

    23
  16. Falcon de Bénévent (Falco Beneventanus), Chronicon Beneventanum, éd. Edoardo D'Angelo, Florence, 1998 : chronique contemporaine des guerres normandes du Sud, dont la campagne de 1139, la défaite de Galluccio et le traité de Mignano.

    24
  17. Otton de Freising, Gesta Friderici imperatoris et Chronica sive Historia de duabus civitatibus, éd. Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum : récit d'Arnaud de Brescia, de sa condamnation au Latran II et de la révolte de la commune romaine de 1143.

    25 78 98 118
  18. Wikipédia (français), article « Innocent II » : origine romaine et trastévérine, famille Papareschi/Guidoni, cardinalat, schisme, IIᵉ concile du Latran, guerre contre Roger II, reconstruction de Santa Maria in Trastevere. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Innocent_II.

    29 31
  19. Galluccio (22 juillet 1139) : embuscade tendue près de Galluccio, au sud-est de Cassino, par le fils de Roger II avec un millier de chevaliers seulement ; capture du pape et de sa suite. D'après les synthèses anglophones « Treaty of Mignano » et « Roger II of Sicily » (textes vérifiés en séance), qui citent B. Wiedemann (2022, p. 66) pour l'embuscade aux mille chevaliers. Ni le Garigliano comme lieu exact ni un trésor capturé n'ont pu être vérifiés : le corps ne les affirme plus. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Roger_II_of_Sicily.

    83 115
  20. Innocent II, bulle Omne datum optimum, 29 mars 1139 : approbation officielle de la Règle du Temple, protection directe du Saint-Siège, exemption de la juridiction épiscopale (ni hommage ni dîmes exigés), butin des conquêtes réservé à l'Ordre, droit de bâtir églises et cimetières, chapelains propres pouvant confesser et absoudre. D'après la synthèse anglophone « Omne datum optimum » (texte vérifié en séance), qui cite M. Barber (The Trial of the Templars, 1978, p. 8 ; The New Knighthood, 1994, pp. 56-57), Barber et Bate (The Templars: selected sources, 2002, p. 59) et J. Upton-Ward (1997, p. 5). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Omne_datum_optimum.

    92 113