Pape Pascal II (Paschalis II), né Raniero dans le village de Bleda di Galeata, en Romagne, vers 1050-1055, et mort à Rome le 21 janvier 1118, gouverne l'Église pendant près de dix-neuf ans, du 13 août 1099 à sa mort. Le Saint-Siège le présente comme le 160e pape de l'Église catholique, élu dans la basilique inférieure de Saint-Clément quinze jours après la mort du bienheureux Urbain II.[1][2]
Son pontificat est l'un des plus longs du Moyen Âge central. Pascal II hérite d'un dossier brûlant : la réforme grégorienne doit encore briser le schisme impérial, restaurer la liberté des élections épiscopales et prolonger la consolidation des royaumes latins d'Orient. Moine de formation, légat en Espagne, abbé de Saint-Laurent-hors-les-murs (San Lorenzo fuori le mura) avant d'être créé cardinal de Saint-Clément par saint Grégoire VII, il porte cette charge sans appétit politique et accepte la papauté en protestant que son éducation monastique ne l'avait pas préparé à un tel fardeau.[3][4][5]
Sa mémoire est cependant marquée par le drame de 1111. Confronté à la descente militaire d'Henri V sur Rome, Pascal II conclut d'abord à Sutri un accord audacieux : l'empire renoncerait aux investitures laïques en échange de la restitution des régales par les évêques. Annoncé à Saint-Pierre le 12 février 1111, le pacte déclenche une émeute du clergé impérial ; le pape et ses cardinaux sont aussitôt capturés. Après près de deux mois de captivité, Pascal II cède : le Privilegium de Ponte Mammolo du 12 avril 1111 reconnaît à Henri V le droit d'investiture par la crosse et l'anneau. Le lendemain, le pape couronne l'empereur à Saint-Pierre.[6][7][8]
L'acte arraché par la contrainte fera scandale dans toute la chrétienté. Pendant cinq années, Pascal II tentera de revenir en arrière : annulation du Privilegium au concile du Latran de mars 1112, qualification de pravilegium (« mauvais privilège »), deux sentences d'excommunication contre Henri V prononcées sans son mandat par d'autres que lui — à Jérusalem à l'été 1111 par le légat Cuno de Préneste, puis à Vienne le 15 septembre 1112 par l'archevêque Guy de Bourgogne (futur Calixte II) —, anathème solennel du document arraché au synode du Latran de mars 1116. Il meurt en janvier 1118 après une nouvelle fuite hors de Rome, ne voyant pas le Concordat de Worms que conclura son lointain successeur Calixte II le 23 septembre 1122. Sans Pascal II — sans l'audace de Sutri, sans la chute de Ponte Mammolo, sans sa lente rétractation publique —, la sortie de crise n'aurait sans doute pas pris cette forme : c'est du moins l'interprétation défendue dans la suite de cet article.[9][10][11]
« Je me repens que ce privilegium — ou plutôt ce pravilegium —, arraché à nous sous les tentes, ait jamais été accordé à quiconque. » — Pascal II, confession publique au synode du Latran de mars 1116 (traduction française ; texte latin en note)[12]
Pourquoi Pascal II compte-t-il ?
Cinq mots pour suivre le récit. La simonie, c'est le fait d'acheter ou de vendre comme une marchandise ce qui est spirituel : un sacrement, une charge d'Église. Le nicolaïsme, c'est le refus du célibat des prêtres : des clercs qui vivent mariés malgré l'interdit de l'Église. Les régales, ce sont les revenus et les droits de prince attachés à un évêché — terres, péages, monnaies, justice — : qui les tient contrôle l'évêque. Un pravilegium, c'est un « mauvais privilège » : le mot forgé dès 1111 pour dire que le texte arraché à Pascal II n'est pas un vrai privilège mais un acte nul, obtenu par la force. Est dit guibertien ce qui appartient au parti de Guibert de Ravenne, l'antipape Clément III, et à ses successeurs : le schisme soutenu par l'empereur contre les papes réformateurs.
Le pape de la deuxième génération réformatrice
Pascal II appartient à la deuxième vague de la réforme grégorienne. La première a inventé le programme : Léon IX (Bruno d'Eguisheim), Nicolas II et l'équipe d'Hildebrand-Humbert ont donné à la papauté son langage juridique et synodal contre la simonie, le nicolaïsme et l'investiture laïque.[13] La deuxième doit appliquer ce programme dans des conditions politiques extrêmement défavorables : un empire dressé, un schisme guibertien encore vivant à l'arrivée du nouveau pape, des évêchés européens encore disputés par les princes.
Pascal II ne possède ni le génie juridique d'un Humbert de Silva Candida, ni la stature charismatique d'un saint Grégoire VII. Il est un moine, choisi à la quasi-unanimité du Sacré Collège, formé à la prière et au gouvernement d'une communauté plus qu'aux discussions de cour. Cette formation est sa force et sa faiblesse. Sa force : il préserve l'identité monastique de la réforme, approuve Cîteaux (fondé en 1098, avant l'entrée de Bernard de Clairvaux en 1112, sans lien personnel entre le pape et Bernard) et Fontevrault, protège Anselme de Cantorbéry et confirme les Hospitaliers.[14][15][16]
Sa faiblesse : confronté à un empereur déterminé qui marche sur Rome à la tête d'une armée considérable[17][18], le pape monastique cède à la pression. Le concordat raté de 1111 deviendra ainsi la blessure majeure de son pontificat — et le détour douloureux par lequel l'Église découvrira concrètement que la liberté de ses pasteurs doit être protégée par une distinction juridique plus précise entre signes spirituels et droits temporels.[19]
Un pontificat de presque vingt ans
Pascal II est le premier successeur de Pierre depuis la fuite de Grégoire VII en 1084 à résider durablement à Rome, de façon stable à partir de l'été 1101 après la prise de Castel Sant'Angelo — Urbain II lui-même n'y avait séjourné que par intermittence, entre synodes romains et exils, surtout à la fin de son pontificat.[20] La basilique Saint-Pierre, le Latran et Castel Sant'Angelo restent encore très disputés au début de son pontificat, mais à partir de l'été 1101 il y exerce un gouvernement effectif.[21] La durée de son règne — près de dix-neuf années — est exceptionnelle pour la papauté médiévale : la moyenne des pontificats du XIᵉ siècle est de l'ordre de quatre à cinq ans.[22]
Cette longueur permet à Pascal II de tenir au moins six conciles ou synodes majeurs : Rome en 1102, Guastalla en octobre 1106, Troyes en mai 1107, Bénévent en 1108, Latran en mars 1112 et Latran en mars 1116, sans compter les nombreuses assemblées romaines pascales et automnales.[23][24][25] Elle lui permet aussi de voyager longuement : Italie centrale et méridionale, France (1106-1107), où il consacre la grande église clunisienne de La Charité-sur-Loire, et nombreux séjours dans le sud chez les Normands, alliés essentiels du Saint-Siège.[26]
Une figure blessée par 1111
Aucun pape médiéval n'a sans doute été attaqué aussi violemment par les meilleurs des siens. Bruno, abbé de Montecassino et évêque de Segni, futur saint Bruno de Segni, juge le Privilegium de Ponte Mammolo proche de l'hérésie.[27] Geoffroy de Vendôme et plusieurs cardinaux qualifient l'acte de scandale et menacent le pape d'une rupture obéissancielle.[28] Le mot pravilegium circule dans la chancellerie romaine : ce que l'empereur a obtenu n'est pas un privilegium au sens canonique, mais un mauvais privilège, juridiquement nul puisque arraché par la violence.[29]
Pascal II accepte la critique, mais refuse l'idée d'une démission. Il se considère personnellement coupable d'une faiblesse d'homme — non d'une faiblesse de pape. Cette distinction entre l'homme et l'office sera son ultime contribution à la doctrine de la papauté : nul, même par contrainte, ne peut diminuer le siège de Pierre lui-même.[30] Le successeur de Pierre peut pleurer, mais il ne déserte pas le siège.
Dans ses lettres des années suivantes comme au synode, Pascal II reconnaît que le Privilegium lui a été arraché par la contrainte et le tient pour nul.[31][32]
Les sources principales
Notices ecclésiales et chronologiques
La fiche officielle du Saint-Siège présente Pascal II comme le 160e pape, du nom séculier Raniero, originaire de Bleda ou Galeata ; elle date le pontificat du 13-14 août 1099 (fiche vaticane : « 13,14.VIII.1099 ») au 21 janvier 1118.[33] Le Liber Pontificalis ancien donne le récit officiel de Rome, complété par la Vita Paschalis de Pierre le Diacre (XIIᵉ siècle, Mont-Cassin) et par les notices des chroniques universelles médiévales.[34]
La Catholic Encyclopedia de 1911, sous la plume de James F. Loughlin, donne la première synthèse moderne en anglais : naissance en Italie centrale, formation monastique, élévation cardinalice par Grégoire VII, élection à San Clemente, antipapes vaincus, descente d'Henri V, captivité, Privilegium, rétractation, mort.[35] La notice de la New Catholic Encyclopedia précise quelques points contestés, notamment la formation monastique : non pas Cluny — comme le dit la tradition reprise par Loughlin — mais probablement une maison dépendant de Vallombrosa.[36] Britannica confirme la chronologie et insiste sur la portée de la rétractation de 1112 et 1116.[37]
L'Enciclopedia dei Papi de la Treccani, dans sa notice de référence en langue italienne, donne la chronologie la plus fine du dossier de 1111-1116, en s'appuyant directement sur les actes pontificaux, les lettres impériales et les chroniques contemporaines (Ekkehard d'Aura, Suger de Saint-Denis, Pandulphe).[38]
Sources médiévales et controverses contemporaines
Pour les actes : les bulles de Pascal II sont rassemblées dans la Patrologia Latina de Migne, tome 163, suivies de bulles diverses tome 164.[39] Les lettres et privilèges figurent aussi dans le Regesta Pontificum Romanorum de Jaffé, tome 1, et dans le Regesta Pontificum de Kehr, Italia Pontificia.[40]
Pour les chroniques : la Chronique d'Ekkehard d'Aura (continuateur de Frutolf de Michelsberg) raconte la captivité, le Privilegium et la rétractation du point de vue impérial-monastique allemand.[41] Donizo de Canossa donne la Vita Mathildis (vers 1115) pour les rapports avec Mathilde de Toscane.[42] Suger de Saint-Denis raconte le voyage français de 1106-1107 dans la Vita Ludovici Grossi.[43] Bruno de Segni lui-même a laissé des lettres critiques contre le pape, sources de l'opposition gregorienne radicale au compromis de 1111.[44]
Pour les contre-points : Pétrus Crassus et certains canonistes impériaux défendent au contraire la concession comme une mesure de paix ; cette littérature est éditée dans les Libelli de lite imperatorum et pontificum des Monumenta Germaniae Historica.[45]
Ces sources doivent être lues avec discernement. Les chroniqueurs proches d'Henri V justifient la captivité ; les réformateurs intransigeants n'admettent aucune contrainte comme excuse. La vérité historique se dégage du croisement de ces voix opposées, des actes pontificaux conservés et de la longue rétractation publique du pape lui-même.
De Raniero à l'élection du 13 août 1099
Une naissance en Romagne
Raniero naît à Bleda di Galeata, petit village situé près de Forlì, dans la marche de Romagne, vers 1050-1055 : la Treccani resserre vers 1053-1055, Britannica donne vers 1050, d'où la fourchette élargie retenue ici.[46][47][48] La date exacte n'est pas conservée, mais les chroniqueurs notent qu'au moment de son élection en 1099 il avait, selon leur estimation, dépassé la quarantaine — ce qui place sa naissance dans les premières années du règne de l'empereur Henri III.
La région où il naît n'est pas anodine. La Romagne et le centre-nord italien voient se développer, au cours du XIᵉ siècle, plusieurs foyers de réforme monastique : Vallombrosa sous saint Jean Gualbert, Camaldoli sous saint Romuald, Fonte Avellana sous saint Pierre Damien. Cette atmosphère est celle dans laquelle l'enfant Raniero entre dans la vie consacrée.
Moine : Cluny ou Vallombrosa ?
La tradition la plus ancienne, reprise par la Catholic Encyclopedia de Loughlin, fait de Raniero un moine de Cluny dès son enfance.[49] Cette filiation clunisienne aurait expliqué naturellement sa proximité spirituelle avec Urbain II, lui-même clunisien. C'est la version retenue par la majorité des biographies récentes en langue française.
L'historiographie moderne pose toutefois une nuance importante. La New Catholic Encyclopedia corrige la tradition reçue :
« Raniero est entré dans un monastère étant enfant, non à Cluny comme on l'a couramment supposé, mais probablement dans une maison dépendant de Vallombrosa. » — R. Somerville, New Catholic Encyclopedia, notice « Paschal II, Pope »[50]
Cette hypothèse repose sur la géographie : Vallombrosa est à proximité de Galeata, et la spiritualité réformatrice vallombrosaine, marquée par le combat de saint Jean Gualbert contre la simonie, prépare exactement le programme grégorien que Raniero servira ensuite.
La question n'est pas marginale. Si Raniero a été clunisien, il s'inscrit dans la tradition spirituelle française et bourguignonne ; s'il a été vallombrosain, il s'inscrit dans une tradition italienne anti-simoniaque plus radicale encore. Les deux familles spirituelles convergent dans la réforme grégorienne, mais la nuance importe pour comprendre la sensibilité personnelle du futur Pascal II.
Abbé de Saint-Laurent-hors-les-murs, cardinal de Saint-Clément
Vers ses vingt ans, Raniero est envoyé à Rome pour les affaires de son monastère. Saint Grégoire VII le retient à la cour pontificale et le nomme abbé de la basilique romaine de Saint-Laurent-hors-les-murs (San Lorenzo fuori le mura).[51] Cette charge n'a rien d'honorifique : l'abbaye laurentienne, gardienne du tombeau du diacre martyr saint Laurent, est l'un des piliers monastiques de Rome, et son abbé entre directement dans le cercle pontifical.
Grégoire VII l'élève ensuite au cardinalat comme cardinal-prêtre de Saint-Clément. La date exacte de cette création reste discutée : la Catholic Encyclopedia indique simplement « sous Grégoire VII » ; certaines notices modernes proposent 1073 ; la lecture la plus prudente, qui s'accorde avec la chronologie des actes pontificaux, situe la création autour de 1078.[52][53] La basilique de Saint-Clément, située sur la voie de Saint-Jean-de-Latran à Saint-Paul, est l'une des plus anciennes églises titulaires de Rome — et le cardinal Raniero la marquera durablement.
Légation d'Espagne sous Urbain II
Sous Urbain II, Raniero est envoyé en légation en Espagne (1089-1090), au moment où la Reconquista prend de l'ampleur et où la liturgie latine romaine remplace progressivement le rite hispano-mozarabe : en mars 1090, il préside comme légat pontifical le concile de León.[54][55] La légation espagnole est un poste stratégique : il s'agit de soutenir l'effort militaire chrétien tout en réorganisant la discipline ecclésiale.
Cette expérience explique l'attention que Pascal II portera ensuite à la péninsule ibérique pendant tout son pontificat. En 1116 encore, il accorde une prédication de croisade à la demande du comte Raymond Bérenger III pour la prise de Tarragone — bulle dont le texte est perdu, le cardinal Boson étant chargé de prêcher la croisade —, manière de prolonger sur le front d'Espagne ce qui avait commencé en Terre sainte avec la première croisade.[56][57]
L'élection à Saint-Clément
Urbain II meurt à Rome le 29 juillet 1099, deux semaines avant que ne parvienne à la Curie la nouvelle de la prise de Jérusalem par les croisés (15 juillet 1099). Le contexte est encore tendu : l'antipape Clément III (Guibert de Ravenne), soutenu par l'empire, occupe encore plusieurs points de Rome, et le conclave ne peut se tenir dans la basilique Saint-Pierre.[58]
Le 13 août 1099, les cardinaux se réunissent dans la basilique inférieure de Saint-Clément, l'église même de Raniero.[59] Le scrutin est rapide et unanime : Raniero est élu, malgré ses protestations. La Catholic Encyclopedia rapporte qu'il s'opposa vigoureusement à l'élection, « affirmant que sa formation monastique ne l'avait pas préparé à régler les graves problèmes qui assiégeaient la papauté en cet âge troublé ».[60] Il accepte cependant et est consacré le 14 août 1099, prenant le nom de Pascal II dans la continuité du nom déjà porté par Pascal Iᵉʳ (817-824).[61]
« Cardinal Rainerius fut le choix unanime du Sacré Collège. Il protesta vigoureusement contre son élection, soutenant que sa formation monastique ne l'avait pas préparé à régler les graves problèmes qui assiégeaient la papauté en cet âge troublé. » — James F. Loughlin, The Catholic Encyclopedia (1911), notice « Pope Paschal II »[62]
Sortir du schisme : la fin des antipapes impériaux
Guibert de Ravenne, Clément III
L'élection de Pascal II ne supprime pas l'antipape Clément III, Guibert de Ravenne, élevé en 1080 par le synode impérial de Brixen contre Grégoire VII. Guibert avait résisté à Grégoire VII, à Victor III et à Urbain II ; il continue d'occuper certaines positions romaines en 1099. Sa mort à Civita Castellana, le 8 septembre 1100, met fin à plus de vingt ans de schisme impérial.[63]
La mort de Clément III est un soulagement pour Pascal II, mais elle ne désarme pas immédiatement le parti impérial à Rome. Plusieurs prélats acquis à la cause guibertienne tentent de continuer le schisme par l'élection rapide d'un nouvel antipape.
Théodoric, Adalbert, Sylvestre IV
Trois antipapes vont se succéder en quelques années :
- Théodoric, évêque d'Albano, élu en septembre 1100 par les partisans de Guibert ; capturé en janvier 1101, il est envoyé pour pénitence dans un monastère et meurt en 1102.[64]
- Adalbert (parfois Albert, parfois Aleric selon les graphies), élu en février 1101 dans les jours qui suivent la capture de Théodoric ; son pontificat ne dure que cent cinq jours, jusqu'en mai 1101 — la datation à 1102, reprise par les anciennes notices, est erronée.[65]
- Maginulf, archiprêtre de Sainte-Marie-en-Pescheria, élu par une faction de l'aristocratie romaine au Panthéon en novembre 1105 sous le nom de Sylvestre IV ; soutenu par le margrave Werner, qui marche sur Rome avec une troupe allemande.[66]
Sylvestre IV est la menace la plus sérieuse. Il prend le nom de Sylvestre pour s'identifier au pape de Constantin, manière d'invoquer une légitimité impérialiste. Mais il manque de fonds, perd Rome après quelques combats, et se réfugie à Osimo sous la protection de Werner. Il y restera jusqu'à ce que Henri V lui-même le force à renoncer au pontificat, le 12 ou 13 avril 1111, dans le cadre du Privilegium de Ponte Mammolo.[67]
La séquence des antipapes confirme une réalité politique : tant que l'empire revendique le droit d'investir les évêques, il peut toujours produire un antipape pour servir ses intérêts. Pascal II comprend que la sortie du schisme passe par un règlement durable de la question des investitures.
La reconquête de Castel Sant'Angelo
La Curie pontificale et le clergé romain considèrent Castel Sant'Angelo comme le verrou stratégique de la Rome papale. Tant que le château est aux mains des partisans impériaux, le pape ne peut pas dire qu'il gouverne Rome. Pascal II y entre en force le 10 août 1101, après plusieurs mois de tractations et de combats locaux.[68]
Cette date marque un tournant : après les séjours intermittents d'Urbain II, Pascal II est le premier depuis la fuite de Grégoire VII en 1084 à résider à Rome de manière stable et à y exercer le gouvernement liturgique et juridique de l'Église romaine à Saint-Pierre et au Latran.[69] Cette stabilité conditionne tout le programme réformateur des années suivantes.
La réforme continuée : conciles, synodes et nouveaux ordres
Le concile romain de 1102
En 1102, Pascal II tient à Rome un concile qui renouvelle solennellement la condamnation de la simonie et de l'investiture laïque. Le concile cible explicitement la pratique impériale : les évêques investis par les laïcs encourent la déposition ; les laïcs qui pratiquent l'investiture encourent l'excommunication.[70][71]
La fermeté du décret de 1102 montre que Pascal II n'a, à ce moment, aucune intention de transiger. Le pape moine reprend la ligne grégorienne sans atténuation. Cette continuité est essentielle pour évaluer ensuite la crise de 1111 : la concession arrachée à Ponte Mammolo apparaîtra non comme l'expression d'une doctrine pascalienne, mais comme un acte sous contrainte, en rupture avec sa propre ligne synodale.
Guastalla 1106 et Troyes 1107
Le 22 octobre 1106, Pascal II préside le concile de Guastalla, en Émilie. L'assemblée renouvelle la condamnation de l'investiture laïque, condamne la simonie et reçoit dans la communion romaine les évêques pénitents du parti impérial. La portée du concile dépasse l'Italie : c'est une réaffirmation publique de la ligne réformatrice à la veille des nouvelles tensions avec Henri V, monté sur le trône l'année précédente.[72][73]
En mai 1107, le pape passe la frontière et tient le concile de Troyes dans le royaume de France. Le concile renouvelle les condamnations de l'investiture et règle plusieurs affaires concrètes — notamment des litiges concernant la province de Lyon. Le voyage français est l'occasion de consacrer la grande église clunisienne de La Charité-sur-Loire ; Suger de Saint-Denis raconte la cérémonie dans sa Vie de Louis VI.[74][75]
L'approbation des nouveaux ordres
Pascal II joue un rôle décisif dans l'essor monastique du XIIᵉ siècle. Il approuve les Cisterciens, congrégation née à Cîteaux en 1098 sous saint Robert, saint Albéric et saint Étienne Harding ; il approuve aussi Fontevrault, fondé par Robert d'Arbrissel autour de 1101 et reconnu par bulle pontificale en 1106.[76][77] Sans cette double approbation, ni les Cisterciens ni Fontevrault n'auraient connu la croissance fulgurante qui les caractérise au XIIᵉ siècle.
Cette ouverture monastique n'est pas une parenthèse spirituelle : c'est l'un des fronts de la réforme. Là où Cluny avait combattu la simonie par la prière liturgique et l'expansion seigneuriale, Cîteaux la combat par le retour à la règle de saint Benoît intégrale, le travail manuel et la pauvreté géographique. Pascal II comprend que la réforme du clergé séculier ne tiendra durablement que si les ordres monastiques nouveaux apportent leur lumière propre.
Pie postulatio voluntatis et les Hospitaliers
Le 15 février 1113, Pascal II publie la bulle Pie postulatio voluntatis, par laquelle il reconnaît officiellement l'Ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem sous la direction du bienheureux Gérard.[78] La bulle place les Hospitaliers sous la protection directe du Siège apostolique, leur accorde le droit d'élire librement leurs maîtres et confirme la jouissance de leurs revenus.
« Une demande pieuse de la volonté, et même un voeu de saine dévotion, doit recevoir une heureuse confirmation. » — Pascal II, bulle Pie postulatio voluntatis, 15 février 1113[79]
L'acte n'est pas un détail administratif. Il fonde juridiquement l'indépendance de l'ordre qui deviendra plus tard l'Ordre Souverain Militaire de Malte — l'une des plus anciennes institutions souveraines encore existantes au XXIᵉ siècle.[80] Pascal II donne ainsi un statut canonique à l'expérience hospitalière de Jérusalem et ouvre la voie aux grandes confirmations ultérieures de Calixte II, Innocent II et Anastase IV.
La querelle des investitures en Angleterre et en France
Anselme de Cantorbéry et Henri Iᵉʳ
Le dossier anglais est l'un des plus délicats du pontificat. Henri Iᵉʳ Beauclerc, roi d'Angleterre depuis 1100, exige de saint Anselme de Cantorbéry, archevêque primat, qu'il rende hommage pour les terres de son siège et qu'il reçoive l'investiture par l'anneau et la crosse. Anselme refuse au nom des décrets de la réforme grégorienne et part en exil dès 1103.[81]
Pascal II soutient Anselme. Le 26 mars 1105, il excommunie les évêques anglais qui acceptent l'investiture royale et menace Henri Iᵉʳ lui-même. La pression aboutit à une première négociation à L'Aigle le 22 juillet 1105 : le roi se déclare prêt à renoncer à l'investiture si le pape accepte que les clercs prêtent l'hommage féodal pour les terres temporelles.[82][83]
Le compromis de Londres (1107)
Le 23 mars 1106, Pascal II accepte cette formule. Anselme revient en Angleterre, retrouve Henri Iᵉʳ à Bec le 15 août 1106, et obtient des concessions complémentaires concernant les biens d'Église.[84] La formalisation se fait en 1107 au Concile de Londres, qui devient le modèle théorique de la sortie de crise des investitures :
- Le roi renonce à investir les évêques et abbés par l'anneau et la crosse, signes spirituels.
- Les clercs prêtent hommage au roi pour les terres temporelles liées à leur siège.[85]
Cette distinction — signes spirituels remis par l'Église, droits temporels reconnus par le pouvoir séculier — préfigure exactement le Concordat de Worms que Calixte II conclura en 1122 avec Henri V.[86] L'Angleterre fait office de laboratoire : l'expérience montre qu'une distinction juridique fine peut sauver à la fois la liberté de l'Église et la cohésion du royaume.
Pascal II a donc, dès 1106-1107, la solution théorique du problème. Pourquoi alors la crise allemande prend-elle un tour si dramatique en 1111 ? Parce qu'Henri V n'est pas Henri Iᵉʳ. L'empereur germanique ne peut renoncer aux investitures sans ébranler tout l'édifice politique impérial, où les évêques tiennent de vastes principautés territoriales.
Diplomatie avec Philippe Iᵉʳ de France
En France, le dossier est plus serein. Le roi Philippe Iᵉʳ avait été excommunié par Urbain II pour son union irrégulière avec Bertrade de Montfort. Pascal II reçoit sa pénitence en 1104 et obtient des engagements sur les investitures.[87] Lors de son voyage de 1106-1107, le pape rencontre Philippe Iᵉʳ et son fils Louis VI le Gros et obtient une formule pratique : le roi de France abandonne l'investiture par l'anneau et la crosse, mais conserve un droit de regard sur les élections épiscopales et la perception des régales.
Ce règlement souple, qui anticipe encore le futur compromis de Worms, fait du royaume capétien un terrain comparativement paisible. Pascal II en sort renforcé moralement : à la veille de la confrontation avec Henri V, l'Angleterre et la France ont accepté la ligne réformatrice.
La crise de 1111 : Sutri, Ponte Mammolo, le Privilegium
Henri V descend en Italie
Pendant tout son règne, Henri V veut être couronné empereur à Rome. La couronne impériale demeure la pièce maîtresse de sa légitimité, et seule la papauté peut la conférer. En août 1110, il convoque à l'assemblée de Ratisbonne un plan d'expédition militaire vers Rome.[88] Mathilde de Toscane elle-même laisse passer l'armée à travers ses domaines.
L'expédition franchit le col du Grand-Saint-Bernard et atteint l'Italie centrale au début de 1111. Pascal II ne peut compter sur aucune armée comparable. La situation rappelle, à plusieurs siècles d'écart, le rapport de forces entre Pierre et César — sauf que le pape est ici juridiquement seul face à un roi qui réclame la couronne.
Le pacte de Sutri (février 1111)
À Sutri, au nord de Rome, les négociateurs des deux camps se rencontrent. Le 4 février 1111, un accord préliminaire est rédigé ; il est ratifié par Henri V le 9 février.[89][90] Le contenu est radical :
- Henri V renonce à toute investiture des évêques et abbés par l'anneau et la crosse.
- Les évêques et abbés du royaume germanique restituent à l'empire tous les droits temporels (régales, comtés, abbayes royales, péages, monnaies, marchés, droits de justice) qu'ils ont reçus du pouvoir impérial depuis Charlemagne.
L'idée est d'une grande logique théologique : un évêque est un pasteur, non un seigneur féodal. Si l'on dépouille les évêchés de leurs biens politiques, le prince n'a plus aucune raison de prétendre à l'investiture. La radicalité de Pascal II est ici la même que celle des plus exigeants des réformateurs.
Mais le plan repose sur une condition impossible : il faudrait que les évêques germaniques acceptent de renoncer à leurs principautés. Or ces principautés sont, pour beaucoup, l'essentiel de leur position. Dès que le contenu de l'accord est diffusé, les évêques impériaux entrent en révolte ouverte.
Le tumulte de la Saint-Pierre (12 février 1111)
Le 12 février 1111, Henri V se présente à Saint-Pierre pour son couronnement impérial. La cérémonie commence par la lecture publique de l'accord. Lorsque les évêques entendent la liste des biens qu'ils devraient restituer, l'assemblée s'embrase. Les évêques allemands protestent violemment ; les barons d'Henri V soutiennent leurs prélats ; la confusion gagne la nef.[91][92]
Henri V exige aussitôt que Pascal II annule le pacte et accepte l'investiture impériale traditionnelle. Le pape refuse. La réponse de l'empereur est brutale : il fait saisir Pascal II et plusieurs cardinaux à l'intérieur même de la basilique. La couronne impériale n'est pas remise. Le souverain pontife devient prisonnier dans la cité de Pierre.
Près de deux mois de captivité
La captivité dure du 12 février au 12 avril 1111, soit 59 jours (près de deux mois).[93][94] Pascal II est d'abord retenu à Saint-Pierre, puis transféré dans plusieurs lieux. Les conditions sont dures : la pression psychologique est constante, les cardinaux sont maltraités, plusieurs sources parlent de chaînes.[95]
Henri V exige une seule chose : le droit pour l'empire d'investir les évêques par la crosse et l'anneau, avant la consécration sacramentelle. La logique politique est claire. Sans investiture impériale, l'empereur perd le contrôle de l'épiscopat germanique ; or l'épiscopat germanique est, pour lui, l'armature même de son royaume.
Pascal II résiste plusieurs semaines. Mais l'empereur menace d'élever un antipape, de saccager Rome, d'emmener les cardinaux en Allemagne. Selon les sources, ce sont surtout les cardinaux captifs qui, à bout de forces, supplient le pape de céder pour sauver leur vie et celle des Romains.[96]
Le Privilegium du 12 avril 1111
Le 12 avril 1111, à Ponte Mammolo sur l'Aniene, Pascal II signe le Privilegium. Le texte concède à Henri V que les évêques et abbés du royaume germanique seront élus librement, mais que l'empereur les investira par la crosse et l'anneau avant leur consécration.[97][98] En outre, le pape s'engage à ne jamais excommunier l'empereur à raison de cette question. Henri V, de son côté, restitue la liberté du pape et abandonne l'antipape Sylvestre IV, qu'il force à renoncer publiquement à ses prétentions.[99]
Le texte est, pour les réformateurs purs, une catastrophe. Tout ce qui avait été combattu depuis Léon IX semble repris : l'investiture laïque par les signes spirituels, l'engagement du pape envers l'empereur, la subordination implicite de l'élection ecclésiale à la volonté impériale. Pascal II le sait. Il signe pourtant, sous la contrainte physique.
Le couronnement impérial du 13 avril 1111
Le 13 avril 1111, Pascal II couronne Henri V empereur à Saint-Pierre. La cérémonie a lieu dans la confusion morale la plus complète. Le pape s'acquitte de son devoir liturgique sans illusion sur la portée canonique de l'acte qu'il vient de signer la veille. Henri V quitte Rome quelques jours plus tard, satisfait d'avoir obtenu à la fois la couronne et le droit d'investiture.[100][101]
La rapidité de l'enchaînement — Sutri (4 et 9 février), tumulte (12 février), captivité (12 février — 12 avril), Privilegium (12 avril), couronnement (13 avril) — montre que ces deux mois ont été une seule longue épreuve. Henri V rentre en Allemagne ; Pascal II reste à Rome, brisé.
La rétractation : Latran 1112, Vienne 1112 et Latran 1116
L'indignation du parti réformateur
À peine la nouvelle du Privilegium parvient-elle dans les capitales chrétiennes que l'indignation explose. Les cardinaux légats, les évêques réformateurs, les ordres monastiques et plusieurs souverains attaquent le texte de toutes parts.[102] Bruno de Segni, Geoffroy de Vendôme, Yves de Chartres et de nombreux abbés écrivent au pape ; ils refusent de considérer le Privilegium comme un acte authentique de l'Église romaine ; ils exigent une rétractation publique.[103][104]
Pascal II accepte la critique. Il écrit lui-même qu'il a agi sous contrainte et qu'il considère son acte comme nul. Cette autocritique pontificale est rare dans l'histoire ; elle n'est possible que parce que le pape distingue ce qu'il a fait personnellement (sous la peur, pour sauver l'Église) et ce qu'il aurait dû faire (refuser jusqu'à la mort).
Le synode du Latran de mars 1112 et le pravilegium
Le 18 mars 1112 — date que donnent Ekkehard d'Aura et Siméon de Durham, quand la Treccani retient pour sa part un concile du 3 au 8 mars —, Pascal II ouvre un grand synode au Latran.[105][106] Plus de cent évêques sont présents. Le pape soumet le Privilegium à l'examen de l'assemblée. Les discussions sont vives : certains réclament la déposition du pape lui-même ; d'autres rappellent que le pape ne peut être jugé que par Dieu.[107]
L'assemblée adopte une formule prudente mais nette : le Privilegium est annulé. Le mot pravilegium — jeu de mots latin opposant le « bon privilège » (privilegium) au « mauvais privilège » (pravilegium, de pravus, « mauvais, dépravé ») — circule déjà dès 1111 dans la correspondance réformatrice pour désigner l'acte de Ponte Mammolo ; l'assemblée romaine (mars 1112) puis celle de Vienne (septembre 1112) le reprennent à leur compte en annulant le document arraché. Le concile déclare nuls les engagements pris sous violence ; il renouvelle la condamnation des investitures laïques.[108][109][110]
| Acte | Lieu | Date | Contenu | Statut canonique |
|---|---|---|---|---|
| Pacte de Sutri | Sutri | 4-9 février 1111 | Renonciation mutuelle aux investitures et aux régales | Annulé par le tumulte |
| Privilegium | Ponte Mammolo | 12 avril 1111 | Droit d'investiture par crosse et anneau à Henri V | Dénoncé comme pravilegium |
| Concile de Jérusalem | Jérusalem | été 1111 | Excommunication d'Henri V par le légat Cuno de Préneste, sans l'accord du pape | Sentence du légat, non confirmée par Pascal II |
| Synode du Latran | Rome | 18 mars 1112 | Annulation du Privilegium, renouveau des décrets antérieurs | Concile pontifical |
| Synode de Vienne | Vienne | 15 septembre 1112 | Investiture laïque déclarée hérésie, écrit arraché damné, excommunication d'Henri V par Guy de Bourgogne | Confirmation différée par Pascal II jusqu'au Latran de 1116 |
| Synode du Latran | Rome | 6-8 mars 1116 | Nouvel anathème du Privilegium | Confirmé personnellement par le pape |
La sentence de Vienne (septembre 1112)
Une première sentence avait déjà été prononcée à Jérusalem à l'été 1111 par le légat Cuno de Préneste, sans l'accord du pape.[111] Plus radicale encore, l'assemblée de Vienne du 15 septembre 1112, présidée par l'archevêque Guy de Bourgogne — le futur pape Calixte II — déclare l'investiture laïque par main laïque une hérésie, damne l'écrit arraché et prononce à son tour l'excommunication d'Henri V à raison du Privilegium et de la violence exercée contre le pape.[112] Les décrets viennois sont envoyés à Pascal II pour confirmation : le pape en diffère la confirmation solennelle et ne confirme l'ensemble des actes accomplis par ses légats — dont ceux de Vienne — qu'au synode du Latran de 1116, sans rompre pour autant tout rapport avec l'empereur.[113]
Guy de Bourgogne devient ainsi le visage de la résistance réformatrice. Il convient de noter que c'est lui-même qui, devenu Calixte II dix ans plus tard, conclura avec Henri V le Concordat de Worms du 23 septembre 1122. Le futur concordat suppose donc à la fois la fermeté de 1111 et la finesse juridique d'un règlement durable.
Le synode du Latran de mars 1116
Henri V demeure inflexible. Il refuse de restituer la couronne impériale s'il doit perdre l'investiture. Pascal II tient alors un nouveau synode du Latran, ouvert le 6 mars 1116 (séance relatée le 8 mars).[114][115] Cette fois, l'attaque est frontale : le pape confesse publiquement sa faute, se repent d'avoir jamais accordé le Privilegium — ou plutôt, dit-il, le pravilegium — arraché sous les tentes, et l'excommunie avec tous ceux qui voudraient le tenir pour un privilège.[116]
« Écoutez, frères très chers ; je confesse à Dieu le Père tout-puissant, et à vous : je me repens que ce privilegium — ou plutôt ce pravilegium —, arraché à nous sous les tentes, ait jamais été accordé à quiconque. » — Pascal II, confession publique au synode du Latran de mars 1116 (traduction française ; texte latin en note)[117]
C'est dans cette assemblée que saint Bruno de Segni intervient publiquement, selon les actes du synode :
« Louons Dieu et rendons-lui grâce, parce que notre seigneur et chef se repent d'avoir souscrit à cette hérésie. » — Saint Bruno de Segni, intervention au synode du Latran de 1116 (traduction française ; texte latin en note)[118]
Le mot hérésie est sévère. Il déclenche un tumulte. Pascal II ne supporte pas la formule. Bruno avait pourtant déjà quitté la charge d'abbé du Mont-Cassin en octobre 1111 — départ le 13 octobre, succession de l'abbé Gérard le 17 octobre — ; après l'éclat de 1116, le pape, en disgrâce durable avec lui, lui ordonne de regagner son seul diocèse de Segni, où il restera jusqu'à sa mort en 1123.[119]
L'épisode est exceptionnellement révélateur. Le pape, en condamnant son propre acte, n'accepte pas qu'on dise pour autant que le siège de Pierre soit tombé dans l'hérésie. Il distingue la faiblesse personnelle (qu'il reconnaît, regrette et corrige) et la fidélité doctrinale du Siège apostolique (qu'il maintient comme inaltérable). Cette distinction sera reprise plus tard dans le langage des théologiens : un pape peut, comme docteur privé ou comme homme contraint, manquer ; mais le magistère solennel du Siège apostolique, en tant que tel, demeure indéfectible.
La donation matildine et la dernière épreuve
Mathilde de Toscane et le don de 1102
Mathilde de Canossa, marquise de Toscane, est l'une des grandes alliées politiques de la papauté depuis Grégoire VII. Le 17 novembre 1102, au château de Canossa, elle renouvelle solennellement en présence du légat Bernard de San Crisogono la donation de ses terres allodiales au Siège apostolique.[120] Le geste avait été préparé sous Grégoire VII ; il prend ici sa forme définitive.
Les terres concernées — Toscane, Émilie, Ombrie, ce que l'on appellera plus tard les terre matildiche — sont parmi les plus riches d'Italie. Leur transfert promet à la papauté une assise territoriale considérable. Mais la donation reste politiquement fragile : Mathilde elle-même continue d'administrer ses biens jusqu'à sa mort, et l'empire en conteste la légitimité féodale.[121]
La mort de la grande comtesse (24 juillet 1115)
Mathilde meurt le 24 juillet 1115 à Bondeno di Roncore, près de Reggiolo, à l'âge d'environ 68-69 ans.[122] Sa mort ouvre une crise. Henri V se présente comme héritier naturel des terres matildines au nom du droit impérial. Il revendique les terre matildiche comme fief de l'empire. Pour Rome, ces terres sont des biens d'Église en vertu de la donation de 1102.
Le conflit autour de l'héritage matildin se prolongera bien après la mort de Pascal II ; il animera encore la politique italienne au temps de Frédéric Barberousse et d'Innocent III. Mais c'est sous Pascal II qu'il prend son tour le plus aigu.
Henri V revient en Italie (1116-1117)
En 1116, Henri V repasse les Alpes pour prendre possession des terres matildines. Pascal II est forcé de fuir Rome une nouvelle fois ; il se réfugie auprès des Normands d'Italie méridionale, vieil allié géopolitique de la papauté réformatrice depuis Nicolas II.[123][124]
Henri V s'installe à Rome au cours de 1117 ; il tente même de se faire couronner à nouveau. La situation rappelle celle de Grégoire VII en 1084 — l'empereur dans Rome, le pape en exil — sans toutefois aller jusqu'à l'élection d'un antipape officiel sous Pascal II. Le pape attend que le rapport de forces se modifie. La retraite d'Henri V au début de 1118 lui permet enfin de revenir.
Mort à Rome (21 janvier 1118)
Le retour discret du pape
Au début de janvier 1118, Henri V quitte Rome. Pascal II rentre dans la ville. Il est épuisé, malade. Les sources rapportent qu'il atteint la cité dans un état de grande faiblesse et que la dysenterie aggrave son état.[125]
Sa dernière préoccupation est de demeurer fidèle, jusque dans la mort, à la primauté romaine. Il refuse les conseils qui lui suggèrent de mourir hors de Rome ; il veut être enseveli à Saint-Jean-de-Latran, cathédrale du pape, signe que le successeur de Pierre tient son siège jusque dans le tombeau.[126]
Sépulture à Saint-Jean-de-Latran
Pascal II meurt à Rome le 21 janvier 1118.[127] Son sépulcre, préparé de son vivant, se trouve à Saint-Jean-de-Latran, la cathédrale du pape.[128]
Il s'éteint sans avoir vu la sortie de crise. Le règlement définitif viendra avec son lointain successeur Calixte II — celui-là même qui avait, en 1111, excommunié Henri V à Vienne. C'est dire que la médiation finale ne se fera pas hors de la ligne pascalienne, mais à partir d'elle.
Œuvres et fondations matérielles
Reconstruction de Saint-Clément et des Santi Quattro Coronati
Pascal II laisse derrière lui un héritage architectural et liturgique important. Sa propre église titulaire de Saint-Clément est entièrement reconstruite à partir de 1108 environ. La basilique supérieure conservée jusqu'à aujourd'hui repose sur la basilique inférieure du IVᵉ siècle ; les fresques de la basilique inférieure et la mosaïque absidiale de la basilique supérieure portent l'empreinte de cette époque.[129]
Il fait reconstruire également la basilique de Santi Quattro Coronati, ruinée lors du sac normand de Rome en 1084. La nouvelle église, plus compacte que la précédente, restaurée et consacrée en 1116, devient l'une des plus belles ensembles romans de Rome, fortifiée pour rappeler les heures dangereuses où la papauté affrontait l'empire.[130][131]
Soutien à la première croisade et au royaume latin
Pascal II hérite du chantier ouvert par Urbain II à Clermont en 1095. La prise de Jérusalem (15 juillet 1099) n'est connue à Rome qu'après la mort d'Urbain II. C'est donc Pascal II qui, dans les premières années de son pontificat, doit organiser la suite : envoi de renforts, soutien aux États latins fondés, organisation ecclésiale des nouveaux patriarcats et évêchés.
Il prêche en 1100-1101 la « croisade pénitentielle » de 1101, destinée à entraîner ceux qui avaient pris la croix sans partir ou qui avaient déserté en route.[132] L'expédition est un échec militaire majeur, défaite face aux Turcs Seldjoukides, mais elle marque la continuité de l'engagement pontifical en Orient. En 1116, à la demande du comte Raymond Bérenger III de Barcelone, il accorde une croisade pour Tarragone — bulle dont le texte est perdu —, étendant le statut canonique de la croisade à la péninsule ibérique.[133][134]
Il négocie aussi avec l'empereur byzantin Alexis Iᵉʳ Comnène une tentative de rapprochement entre Rome et Constantinople en 1112. Les pourparlers échouent sur la question de la primauté romaine : Pascal II exige une reconnaissance complète, qui se heurte à la résistance du clergé byzantin.[135][136]
Le jugement de l'histoire et de l'Église
Un pape humble dépassé par la politique ?
L'image qui domine la postérité de Pascal II est celle d'un pape monastique dépassé par la politique. Cette interprétation est partiellement juste. Pascal II n'avait ni la préparation diplomatique de Léon IX, ni la dureté combative de Grégoire VII. Il assumait sa charge dans la prière et le doute, conscient de ses limites depuis son élection.
Mais ce jugement ne suffit pas. Pascal II a su renouer avec une politique d'audace doctrinale (le pacte de Sutri) là où ses prédécesseurs s'étaient contentés de gérer l'opposition impériale. Il a su, après la chute, accepter publiquement de revenir sur son acte au lieu de se draper dans l'autorité. Il a maintenu la ligne réformatrice jusqu'à la fin, malgré les pressions. Il a soutenu Anselme contre Henri Iᵉʳ, négocié avec Philippe Iᵉʳ, approuvé Cîteaux, Fontevrault et les Hospitaliers.
La question de l'« hérésie » de Pascal II
Le mot lancé par Bruno de Segni a marqué l'historiographie. Pascal II a-t-il été hérétique ? La théologie classique répond : non. Plusieurs distinctions sont essentielles ici :
- L'acte de Ponte Mammolo n'est pas une définition magistérielle : c'est une concession politique, signée sous contrainte, dans un acte privé canoniquement nul dès l'origine.
- Le pape lui-même l'a rétractée publiquement et solennellement dès 1112, puis confirmée en 1116. Ces rétractations relèvent de l'exercice ordinaire de son autorité.
- La formule de Bruno de Segni — « cette hérésie » — vise plus l'erreur grave en matière de discipline ecclésiale que l'hérésie au sens technique d'une déviation doctrinale formelle. Bruno reproche au pape une complicité matérielle avec une pratique condamnée, non une adhésion intellectuelle à une thèse hérétique.
Selon l'interprétation de l'auteur, éclairée par la théologie thomiste et par le concile Vatican I (constitution Pastor Aeternus du 18 juillet 1870, ch. 4, DS 3074, qui définit l'infaillibilité du pontife parlant ex cathedra) : un pape peut, en tant qu'homme privé ou en tant qu'administrateur, faillir par faiblesse ou erreur de gouvernement ; il ne peut pas, en tant que docteur suprême définissant solennellement la foi ex cathedra, errer. Pascal II appartiendrait au premier registre, non au second.[137]
La place de Pascal II dans la marche vers Worms
Le grand paradoxe historique est que la concession arrachée à Pascal II a rendu nécessaire le compromis de Worms. Tant que l'empire pouvait espérer obtenir, par la violence, l'investiture pleine et entière des évêques, il avait peu d'intérêt à conclure un compromis fin. Or l'expérience de 1111-1116 a montré deux choses :
- La violence ne tient pas : un acte arraché par la contrainte est dénoncé par toute la chrétienté et finit par être annulé.
- La distinction est possible : le compromis de Londres de 1107 et les autres négociations européennes prouvent qu'on peut séparer les signes spirituels des droits temporels.
Calixte II, en 1122, conclura donc le Concordat de Worms en s'appuyant à la fois sur la fermeté pascalienne (rétractation, anathème) et sur l'expérience anglaise (distinction crosse/sceptre). Dans cette lecture, sans Pascal II — sans son audace de Sutri, sans sa chute à Ponte Mammolo, sans sa lente rétractation publique — la sortie de crise n'aurait pas pris cette forme. La crise de 1111 a coûté à Pascal II sa réputation immédiate, mais elle a peut-être épargné à l'Église des siècles de subordination impériale.
Chronologie
- vers 1050-1055Naissance à Bleda di GaleataRomagne
Raniero naît dans un petit village proche de Forlì, au nord de l'Italie centrale.[138]
- vers 1075Moine à RomeSaint-Laurent-hors-les-murs
Envoyé à Rome pour les affaires de son monastère, Raniero est retenu par Grégoire VII et nommé abbé de Saint-Laurent-hors-les-murs (San Lorenzo fuori le mura).[139]
- vers 1078Cardinal de Saint-Clémentcréation par Grégoire VII
Grégoire VII le crée cardinal-prêtre de Saint-Clément.[140]
- 1089-1090Légation d'EspagneReconquista et liturgie romaine
Sous Urbain II, Raniero est envoyé en Espagne pour soutenir la Reconquista et l'extension du rite romain.[141]
- 13 août 1099Élection à San Clementesuccesseur d'Urbain II
Élu pape à l'unanimité, Raniero prend le nom de Pascal II et est consacré le lendemain.[142]
- 8 septembre 1100Mort de l'antipape Clément IIICivita Castellana
Guibert de Ravenne meurt après vingt ans de schisme impérial.[143]
- 10 août 1101Reconquête de Castel Sant'AngeloPascal II maître de Rome
Le pape prend le contrôle de la forteresse stratégique de Rome.[144]
- 1102Concile romainrenouveau des condamnations
Le concile renouvelle l'anathème contre la simonie et l'investiture laïque.[145]
- 17 novembre 1102Donation de MathildeCanossa
Mathilde de Toscane renouvelle solennellement le don de ses terres à la papauté.[146]
- novembre 1105Antipape Sylvestre IVMaginulf au Panthéon
Élection schismatique de Maginulf sous le nom de Sylvestre IV, soutenu par le margrave Werner.[147]
- 22 octobre 1106Concile de GuastallaÉmilie
Pascal II renouvelle l'interdit d'investiture, reçoit les évêques pénitents.[148]
- 1106-1107Voyage en FranceAnselme, Henri Iᵉʳ, Philippe Iᵉʳ
Le pape résout le conflit anglais et obtient une formule praticable avec Philippe Iᵉʳ ; il consacre La Charité-sur-Loire.[149]
- mai 1107Concile de TroyesFrance
Le pape renouvelle l'interdiction des investitures laïques.[150]
- 1107Compromis de LondresAnselme et Henri Iᵉʳ
Le roi d'Angleterre renonce à investir par l'anneau et la crosse ; les clercs prêtent hommage pour les terres.[151]
- 4-9 février 1111Pacte de Sutrirenonciation mutuelle
Henri V renonce aux investitures et Pascal II promet la restitution des régales par les évêques.[152]
- 12 février 1111Tumulte de Saint-Pierrecaptivité de Pascal II
Les évêques impériaux refusent le pacte ; Henri V capture le pape et les cardinaux.[153]
- 12 avril 1111Privilegium de Ponte Mammoloconcession sous contrainte
Après près de deux mois de captivité, Pascal II concède le droit d'investiture impériale.[154]
- 13 avril 1111Couronnement impérial d'Henri VSaint-Pierre
Pascal II couronne Henri V en vertu du Privilegium arraché.[155]
- été 1111Excommunication à JérusalemCuno de Préneste
Le légat Cuno de Préneste excommunie Henri V à Jérusalem, sans l'accord du pape.[156]
- 18 mars 1112Synode du Latranle pravilegium annulé
- 15 septembre 1112Synode de VienneGuy de Bourgogne
Le futur Calixte II y fait déclarer l'investiture laïque hérétique, damner l'écrit arraché et excommunie à son tour Henri V ; Pascal II n'en confirme les actes qu'au Latran de 1116.[159]
- 15 février 1113Pie postulatio voluntatisHospitaliers reconnus
Pascal II reconnaît l'Ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem sous le bienheureux Gérard.[160]
- 24 juillet 1115Mort de Mathilde de Toscaneterre matildiche
La grande comtesse meurt sans héritier direct ; Henri V réclame ses terres comme fief impérial.[161]
- 6-8 mars 1116Synode du Latrananathème solennel
Pascal II condamne le Privilegium sous anathème perpétuel ; Bruno de Segni intervient publiquement.[162]
- 1116-1117Henri V en Italiefuite du pape
Henri V revient prendre les terres matildines ; Pascal II se réfugie chez les Normands.[163]
- 21 janvier 1118Mort de Pascal IISaint-Jean-de-Latran
- 23 septembre 1122Concordat de WormsCalixte II et Henri V
Le compromis durable formalise la distinction anneau-crosse / sceptre déjà préfigurée par le compromis de Londres.[166]
Pour aller plus loin
- La querelle des Investitures — le grand conflit dont Pascal II est le pape central, entre Grégoire VII et le Concordat de Worms.
- La réforme grégorienne — mouvement de purification disciplinaire dont Pascal II est l'héritier direct.
- Pape saint Léon IX — le premier grand pape réformateur du XIᵉ siècle, prédécesseur de la ligne pascalienne.
- Pape bienheureux Urbain II — prédécesseur immédiat de Pascal II, prédicateur de la première croisade.
- Saint Anselme de Cantorbéry — théologien et primat protégé par Pascal II dans la crise anglaise.
- La première croisade — l'expédition prêchée par Urbain II et soutenue par Pascal II dès son entrée en charge.
- Pape Calixte II — successeur lointain de Pascal II, conclut le Concordat de Worms en 1122 après avoir excommunié Henri V en 1111.
- Le premier concile du Latran (1123) — premier concile œcuménique d'Occident, réception conciliaire du compromis de Worms.
Notes et sources
Notes et références
Saint-Siège, fiche officielle « Pasquale II » (intitulés exacts de la fiche) : « 160th Pope of the Catholic Church », « Beginning Pontificate 13,14.VIII.1099 », « End Pontificate 21.I.1118 », « Secular Name Raniero », « Birth Bleda or Galeata ». Vérifiée en session sur la page vaticane. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/pasquale-ii.html.
1 33 46 127 138 142 164Glauco Maria Cantarella, « Pasquale II », Enciclopedia dei Papi, Istituto della Enciclopedia Italiana (Treccani), 2000 ; édition en ligne (notice non paginée ; sections utilisées : les paragraphes consacrés à chaque repère ci-dessous) : naissance à Bleda di Galeata (la notice resserre vers 1053-1055 ; Britannica donne « born c. 1050, Bieda di Galeata » et la synthèse anglophone une fourchette 1050-1055 — d'où la fourchette élargie vers 1050-1055 retenue dans le corps), abbé de San Lorenzo fuori le Mura puis cardinal-prêtre de San Clemente, élection du 13 août 1099 à San Clemente après les troubles politiques romains, prise de Castel Sant'Angelo le 10 août 1101, accord de Sutri du 4 février 1111, Privilegium de Ponte Mammolo du 12 avril 1111, couronnement impérial du 13 avril 1111, « concilio Lateranense del 3-8 marzo 1112 » (annulation), « concilio al Laterano » du 8 mars 1116 (anathème), mort à Rome le 21 janvier 1118 et sépulture au Latran. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/pasquale-ii_(Enciclopedia-dei-Papi)/. Consécration : Treccani (Enciclopedia Italiana, 1935, « Pasquale II papa ») donne l'élection le 13 août et la consécration « il giorno seguente » (14 août) ; L. Duchesne (Le Liber pontificalis, t. II, table chronologique) date l'avènement au 14 août 1099 ; Britannica (1911) : « consecrated pope… on the 14th of August 1099 » ; la fiche vaticane elle-même ouvre le pontificat au « 13,14.VIII.1099 » ; S. Miranda (Sede Vacante 1099, d'après la lettre de Pascal II à Hugues de Cluny, Migne PL 163, et Pandulphe) : élu le 13 août, « consecrated bishop and crowned » le dimanche 14 août à la basilique vaticane ; la Catholic Encyclopedia (1911) : « consecrated the following day in St. Peter's ». Seul l'article anglophone Wikipedia avance — sans source sur ce point — le 19 août 1099, date invraisemblable (un jeudi) que rien ne corrobore : le 14 août est donc maintenu. Expédition de 1110 : « Enrico V si mosse dalla Germania, in forze, alla volta di Roma ».
2 3 18 21 30 31 38 48 51 58 61 68 97 106 108 115 125 126 128 139 144 158 165James F. Loughlin, « Pope Paschal II », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911 ; transcription New Advent (notice en ligne non paginée). Sections utilisées : élection unanime et protestation de Raniero, tradition d'une formation à Cluny, cardinalat de Saint-Clément sous Grégoire VII, condamnation des investitures, captivité de 1111, Privilegium, couronnement d'Henri V, rétractation, Cîteaux et Fontevrault, mort le 21 janvier 1118. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11514b.htm.
4 6 14 23 35 49 52 60 62 70 72 76 90 91 95 96 100 140 145 148 150 153Jeunesse de Raniero, à la page exacte. James F. Loughlin, « Pope Paschal II », Catholic Encyclopedia (1911), vol. 11, p. 514 (Wikisource) : reçu moine à Cluny dans l'enfance, envoyé à Rome à vingt ans pour les affaires du monastère, retenu à la cour pontificale par Grégoire VII et fait cardinal-prêtre de Saint-Clément ; élu à l'unanimité à Saint-Clément, « consecrated the following day in St. Peter's ». H. K. Mann, The Lives of the Popes in the Middle Ages, volume sur la renaissance grégorienne (texte en ligne non paginé) : « He had also been made abbot of St. Lawrence outside the walls. The same qualities which moved Gregory to make the young monk a Cardinal, moved Urban to employ him as a papal legate ». B. F. Reilly, The Kingdom of León-Castilla under Queen Urraca, ch. 1, p. 18 : concile de León de mars 1090 « presided over by Cardinal Rainerius, the papal legate and future Pope Paschal II ». Britannica : « He was legate to Spain under Pope Urban II, whom he was elected to succeed on Aug. 13, 1099 ». URL : https://www.britannica.com/biography/Paschal-II.
5 55Encyclopaedia Britannica, « Paschal II » : Raniero, né vers 1050 à Bieda di Galeata, moine puis cardinal sous Grégoire VII, légat en Espagne sous Urbain II, élu le 13 août 1099, pontificat dominé par la querelle des investitures, accord de Sutri de février 1111, captivité, concession de l'investiture par crosse et anneau, couronnement d'Henri V le 13 avril 1111, révocation du privilège en 1112, renouvellement des condamnations en 1116, mort le 21 janvier 1118 à Rome. URL : https://www.britannica.com/biography/Paschal-II.
7 9 37Pour la séquence : Wikipedia en anglais, article « Henry V, Holy Roman Emperor » : assemblée d'août 1110, accord du 4 février 1111 à Sutri, pacte du 9 février, tumulte du 12 février à Saint-Pierre, captivité du pape, traité de Ponte Mammolo du 12 avril 1111, couronnement impérial du 13 avril, bannissement par le cardinal-légat Cuno de Préneste à un synode de Jérusalem à l'été 1111, concile bourguignon de Vienne du 15 septembre 1112 sous Guy de Bourgogne, annulation du privilège au Latran 1112, mort de Pascal II le 21 janvier 1118 et règlement final au Concordat de Worms en 1122. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Henry_V,_Holy_Roman_Emperor. Pour Vienne, voir la note [^vienne-1112] (Mansi, XXI) : l'ancienne datation à octobre 1111 et la prétendue confirmation du 20 octobre 1112, reprises de notices secondaires, sont abandonnées.
8 17 88 89 92 94 101 109 124 152 155R. Somerville, « Paschal II, Pope », New Catholic Encyclopedia (2003), repris sur Encyclopedia.com (notice en ligne non paginée). Sections utilisées : naissance de Raniero à Bieda, correction vallombrosaine de la tradition clunisienne, cardinalat de San Clemente sous Grégoire VII, légation en Espagne sous Urbain II, antipapes, durée de la captivité de 1111, Privilegium de Ponte Mammolo du 12 avril 1111, répudiation de 1112 et anathème de 1116, fuite de 1116-1117, mort le 21 janvier 1118 à Rome. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/paschal-ii-pope.
10 24 29 36 50 53 71 73 77 93 98 102 107 123 154 163Concordat of Worms, 23 septembre 1122, texte latin et anglais reproduit par The Avalon Project, Yale Law School : Henri V renonce à l'investiture par anneau et crosse, élections canoniques libres, restitution des biens d'Église, remise des régales par le sceptre. URL : https://avalon.law.yale.edu/medieval/inv16.asp.
11 19 86 166Gerhoh de Reichersberg, De aedificio Dei (éd. B. Pez, Thesaurus anecdotorum novissimus, t. II, 2e partie, p. vii), fragment contemporain reproduit dans J. D. Mansi (éd.), Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXI, Venise, Zatta, 1776, col. 151-152 : synode tenu dans l'église du Latran sous la présidence de Pascal II le 6 mars 1116 (II nonas Martii). Déclaration pontificale, en latin : « confiteor Deo patri omnipotenti et vobis, quod poenitet istud privilegium, potius pravilegium in tentoriis a nobis extortum, unquam alicui datum esse. Contra decreta antecessorum nostrorum consensimus ; et in hac synodo, sicut in priori, illud et omnes, qui pro privilegio habere volunt, excommunicamus. » (suit la promesse de ne plus rien consentir contre les décrets des pères, puis : « precor vos, ut oretis pro me misero peccatore »). Les passages français cités dans le corps en sont une traduction fidèle, vérifiée mot à mot en session. Précisions éditoriales : Mansi imprime « Anno Dominicae Incarnationis MCX » avec la correction « (mendose, legendum enim MCXVI) » et date le synode « II nonas martii » (6 mars 1116) ; Labbe n'en aurait donné que le sens, le texte même venant de Gerhoh via Pez. Numérisation consultée : tomus vigesimus primus sur archive.org, feuillet 90. URL : https://archive.org/details/sacrorumconcilio0021joan.
12 32 114 116 117Joseph F. Loughlin, « Conflict of Investitures », The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910, transcrit par New Advent : synthèse de la crise des investitures, rôle de Pascal II, captivité, Privilegium, Concordat de Worms. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08084c.htm.
13Wikipedia en anglais, article « Pie Postulatio Voluntatis » : bulle de Pascal II du 15 février 1113, reconnaissance de l'Ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem sous le bienheureux Gérard, droit d'élection libre des grands maîtres, vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, base juridique de l'indépendance future de l'Ordre Souverain Militaire de Malte ; original conservé à la Bibliothèque nationale de Malte à La Valette. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pie_Postulatio_Voluntatis.
15 78 79 80 160Encyclopaedia Britannica, « Saint Bernard of Clairvaux » : entrée dans la communauté de Cîteaux en 1112, sous l'abbatiat d'Étienne Harding ; envoyé fonder Clairvaux en 1115. URL : https://www.britannica.com/biography/Saint-Bernard-de-Clairvaux.
16Wikipedia en anglais, article « Urban II » : pontife « usually kept away from Rome », en tournée en Italie du Nord et en France, avec des synodes tenus à Rome, Amalfi, Bénévent et Troia ; l'antipape Clément III est définitivement chassé de Rome en 1097 ; Urbain II meurt à Rome le 29 juillet 1099. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Urban_II.
20 69Saint-Siège, index chronologique officiel des papes : de Silvestre II (999) à Urbain II (1099), vingt et un pontificats en un siècle (Benoît IX compté trois fois : 1032-1044, 1045, 1047-1048), soit une durée moyenne d'environ quatre à cinq ans ; seuls cinq pontificats dépassent dix ans — Benoît VIII (1012-1024), Benoît IX (premier pontificat, 1032-1044), Alexandre II (1061-1073), Grégoire VII (1073-1085) et Urbain II (1088-1099). Calcul reproduit d'après les dates de l'index officiel. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/fr/holy-father.index.html.
22Bénévent 1108. Article « Roman Catholic Archdiocese of Benevento » : « In 1102 and 1108 Pope Paschal II held synods at Benevento » ; le synode de 1108 y renouvelle les objections à l'investiture laïque et Pascal II y consacre Landolfo archevêque de Bénévent. Article « Landulf II (archbishop of Benevento) » : consacré par Pascal II lui-même pendant le synode de Bénévent d'octobre-novembre 1108. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Roman_Catholic_Archdiocese_of_Benevento.
25Wikipedia en anglais, article « Pope Paschal II » (consulté juin 2026 ; article en ligne non paginé). Sections utilisées : naissance à Bleda près de Forlì, légation en Espagne 1089-1090 (infobox : « Legate to France and Spain (1089–90) »), croisade pénitentielle de 1101, consécration de l'église Notre-Dame de La Charité-sur-Loire en 1107, bulle Pie postulatio voluntatis du 15 février 1113 pour les Hospitaliers, négociations avec Alexis Iᵉʳ Comnène en 1112, bulle de croisade pour Tarragone en 1116, reconstruction de Santi Quattro Coronati, mort à Rome le 21 janvier 1118 après le retrait d'Henri V au début de l'année, sépulture au Latran. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Paschal_II.
26 47 54 56 74 87 130 133 135 141J. D. Mansi (éd.), Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXI, Venise, Zatta, 1776, col. 151-152 : intervention de Bruno, évêque de Segni, au synode du Latran de mars 1116, à la suite de la confession publique de Pascal II. Texte latin : « Deum laudemus, et gratias sibi agamus ; quod dominum nostrum, et caput nostrum illam haeresim dedisse poenitet. » Le français cité dans le corps en est une traduction. L'épisode est également relayé, d'après Mansi, par l'article anglophone « Bruno (bishop of Segni) ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Bruno_(bishop_of_Segni). Pour la chronologie montcassine, d'après le même article (qui suit ici la Chronica monasterii Casinensis de Pierre le Diacre) : Bruno, abbé du Mont-Cassin 1107-1111, quitte le monastère le 13 octobre 1111 et l'abbé Gérard lui succède le 17 octobre 1111 ; la liste des abbés donne Bruno 1107-1111, Gérard 1111-1123.
27 118 119 162Geoffroy de Vendôme, lettres critiques contre le Privilegium de 1111, éditées dans Migne, Patrologia Latina, t. 157, et plus récemment par Geneviève Giordanengo, Geoffroy de Vendôme, Œuvres, Brepols, Sources d'histoire médiévale, 1996 (lettres des années 1111-1112 relatives à la crise du Privilegium).
28 104R. Somerville, « Paschal II, Pope », New Catholic Encyclopedia, bibliographie : Liber Pontificalis, Vita Paschalis attribuée à Pierre le Diacre, Patrologia Latina tomes 163-164, Regesta Pontificum Romanorum de Jaffé, Italia Pontificia de Kehr, U.-R. Blumenthal, The Early Councils of Pope Paschal II (Toronto, 1978), C. Servatius, Paschalis II (Stuttgart, 1979).
34Jacques-Paul Migne (éd.), Patrologia Latina, t. 163, Paschalis II Pontificis Romani opera omnia, Paris, 1854 (bulles et lettres du pontificat 1099-1118, consultées par pièces) ; et t. 164, Paschalis II Bullae, lettres, privilèges et décrets complémentaires.
39Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ édition revue par S. Loewenfeld, Leipzig, 1885-1888, t. 1 : regestes des actes de Pascal II, années 1099-1118 (consultés par numéros de regeste) ; et Paul Fridolin Kehr, Regesta Pontificum Romanorum — Italia Pontificia, Berlin, 1906-1935, pour les bulles localisées par diocèse italien.
40Ekkehard d'Aura, Chronicon universale, continuation de Frutolf de Michelsberg, édité dans Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, t. 6, p. 33-265 ; passages des années 1111-1112 relatifs à la captivité de Pascal II, au Privilegium et à la rétractation.
41Donizo de Canossa, Vita Mathildis, vers 1115, édité dans Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, tome 12, et dans l'édition critique de Luigi Simeoni, Bologne, 1931 ; rapporte les relations entre Mathilde et la papauté pascalienne.
42Suger de Saint-Denis, Vita Ludovici VI Grossi Regis, édité par Henri Waquet, Paris, Les Belles Lettres, Classiques de l'histoire de France au Moyen Âge n° 11, 1929, rééd. 1964 : récit du voyage de Pascal II en France en 1106-1107 et consécration de La Charité-sur-Loire.
43 75Saint Bruno de Segni, lettres critiques contre le Privilegium (1111-1112) adressées à Pascal II et à divers évêques, dont l'Epistola IV (« Primum autem hoc sciatis… »), éditée dans Migne, Patrologia Latina, t. 165, col. 1140-1142 ; autres lettres dans les t. 163-165, et dans les Libelli de lite imperatorum et pontificum, Monumenta Germaniae Historica, t. 2.
44 103Monumenta Germaniae Historica, Libelli de lite imperatorum et pontificum saeculis XI et XII conscripti, Hanovre, 3 tomes, 1891-1897 : recueil des libelles polémiques en faveur ou contre la papauté pendant la querelle des investitures, incluant Pétrus Crassus, Manegold de Lautenbach, Bonizon de Sutri, Bernold de Constance, Placide de Nonantola, Geoffroy de Vendôme et plusieurs anonymes impérialistes.
45Joseph F. O'Callaghan, Reconquest and Crusade in Medieval Spain, University of Pennsylvania Press, 2003 : à la demande de Raymond Bérenger III, Pascal II accorde une indulgence de croisade pour l'expédition de Tarragone ; la bulle elle-même n'est plus conservée, et le pape charge le cardinal Boson, comme légat, de prêcher la croisade.
57 134Wikipedia en anglais, article « San Clemente al Laterano » : élection de Pascal II dans la basilique inférieure de Saint-Clément en 1099 ; reconstruction de la basilique supérieure entre environ 1099 et 1120 sous le cardinal Anastase ; les fresques de la basilique inférieure et la mosaïque absidiale supérieure datent de cette période pontificale. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/San_Clemente_al_Laterano.
59 129Wikipedia en anglais, article « Antipope Clement III » : Guibert de Ravenne, élu antipape au synode de Brixen en 1080, opposé à Grégoire VII, Victor III, Urbain II et Pascal II ; mort à Civita Castellana le 8 septembre 1100 ; succession éphémère de Théodoric. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Antipope_Clement_III.
63 143New Catholic Encyclopedia, « Theodoric, Antipope » (Encyclopedia.com) : pontificat septembre 1100 – janvier 1101, mort en 1102. Andrea Piazza, « Alberto, antipapa », Enciclopedia dei Papi, Treccani, 2000 (repris par l'article « Antipope Adalbert ») : Adalbert élu, consacré et intronisé dans les jours qui suivent la capture de Théodoric en février 1101 — la datation à 1102, reprise par l'ancienne Catholic Encyclopedia (« Aleric (1102) »), est explicitement dite erronée ; pontificat de 105 jours (février–mai 1101) d'après les Annales Romani et la biographie pascalienne du Liber Pontificalis ; I. S. Robinson, Henry IV of Germany 1056–1106 (Cambridge UP, 2000), p. 309 ; S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, « ALBERTO, O.S.B. ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Antipope_Adalbert.
64 65Wikipedia en anglais, article « Antipope Sylvester IV » : Maginulf, archiprêtre de Sainte-Marie-en-Pescheria, élu antipape au Panthéon en novembre 1105 contre Pascal II, soutenu par le margrave Werner, consacré le 18 novembre 1105, retraite à Tivoli puis Osimo, renonciation forcée à Ponte Mammolo le 12 ou 13 avril 1111 imposée par Henri V. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Antipope_Sylvester_IV.
66 67 99 147Wikipedia en anglais, article « Anselm of Canterbury » : conflit avec Henri Iᵉʳ d'Angleterre sur l'investiture par anneau et crosse, exil d'Anselme dès 1103, excommunication des évêques par Pascal II le 26 mars 1105, accord de L'Aigle du 22 juillet 1105, acceptation pontificale du 23 mars 1106, retour d'Anselme et accord de Bec le 15 août 1106, formalisation au Concile de Londres en 1107 : renonciation royale à l'investiture spirituelle, hommage féodal des clercs pour les terres temporelles. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Anselm_of_Canterbury.
81 82 85 149 151Encyclopaedia Britannica, 11ᵉ édition (1911), article « Anselm » : en 1105, Pascal II excommunie les contrevenants à la règle des investitures (à l'exception d'Henri lui-même) et Anselme menace à son tour le roi ; entrevue de L'Aigle entre Henri Iᵉʳ et Anselme. URL : https://en.wikisource.org/wiki/1911_Encyclop%C3%A6dia_Britannica/Anselm. Alban Butler, Lives of the Saints, notice « St. Anselm » (éd. en ligne Bartleby) : accord rédigé à Bec en 1106 entre le roi et l'archevêque, confirmé ensuite par le pape. URL : https://www.bartleby.com/lit-hub/lives-of-the-saints/volume-iv-april/st-anselm-archbishop-of-canterbury-confessor/. Les jours précis (26 mars 1105, 22 juillet 1105, 15 août 1106) suivent la chronologie communément retenue.
83 84J. D. Mansi (éd.), Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXI, Venise, Zatta, 1776 : annotatio de Pagi ad ann. 1112 — le synode du Latran qui révoqua le Privilegium fut célébré en 1112, non « V Kalendas Aprilis » (28 mars) comme le portent par erreur de copiste les Actes édités par le cardinal d'Aragon, mais « decimo quinto Kalendas Aprilis » (18 mars), un lundi, jour où les conciles s'ouvraient ordinairement, selon Ekkehard d'Ursperg (Chronicon) et Siméon de Durham (Historia de gestis regum Anglorum) : « Romae apud S. Ioannem Lateranensem in medio mensis Martii, Concilium 325 Episcoporum ». Treccani (Cantarella, 2000) donne pour sa part « concilio Lateranense del 3-8 marzo 1112 ».
105 157Concile de Vienne, à la page exacte. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXI (Venise, Zatta, 1776), section du concile de Vienne : « Quo Henricus imperator quintus ob extortas investituras excommunicatus est anno domini MCXII » ; le concile est célébré « decimo septimo Kalendas Octobris » — « Anno ab incarnatione domini 1112, indictione quinta, decimo septimo Kalendas Octobris, concilium hoc Viennense celebratum est » (15 septembre 1112). Lettre synodale de Guy de Vienne à Pascal II : l'investiture de tout bien d'Église par main laïque est jugée hérésie (« investituram omnem rei ecclesiasticae de manu laica haeresim esse judicavimus »), l'écrit arraché est damné (« Scriptum illud, quod rex a vestra simplicitate extorsit, damnavimus »), et l'anathème est jeté nominativement contre le roi. Note éditoriale de Mansi : « Paschalis papa confirmare distulit ; vixque impulsu Cononis Praenestini... anno 1116, in Lateranensi concilio confirmavit omnia quae per legatos gesta essent, nominatim vero per... archiepiscopum Viennensem ». Corroboré par P. Schaff, History of the Christian Church, vol. V : « A French Synod of Vienne, Sept. 16, 1112, passed three decrees » (investiture laïque = hérésie ; pacte extorqué nul ; Henri retranché de l'Église). Vérifié sur la numérisation archive.org du t. XXI. URL : https://archive.org/details/sacrorumconcilio0021joan et https://www.ccel.org/ccel/schaff/hcc5.ii.v.ii.html. Sur le mot pravilegium, déjà en circulation en 1111 : lettre de Frédéric, évêque de Liège, à l'Église de Malines (Martène, t. I, col. 653), reproduite dans la même section de Mansi — d'où la formulation du corps (« circule déjà dès 1111 »).
110 112 113 159Wikipedia en anglais, article « Cuno of Praeneste » : d'après le Chronicon de Pierre le Diacre du Mont-Cassin, Cuno prononce en 1111, lors d'un concile à Jérusalem, l'excommunication de l'empereur Henri V, sans l'accord du pape ; à la sixième session du synode du Latran, le 23 mars 1112, le cardinal Cuno exige même que le pape couvre les actes de son légat. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Cuno_of_Praeneste. Corroboré par l'article « Henry V, Holy Roman Emperor » : banni par le cardinal-légat Cuno de Préneste à un synode de Jérusalem à l'été 1111. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Henry_V,_Holy_Roman_Emperor.
111 156Wikipedia en anglais, article « Matilda of Tuscany » : donation des terres allodiales matildines au Saint-Siège le 17 novembre 1102 à Canossa devant le légat Bernard de San Crisogono, mort de Mathilde le 24 juillet 1115 à Bondeno di Roncore, extinction de la maison de Canossa, contestation impériale ultérieure de la donation par Henri V. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Matilda_of_Tuscany.
120 121 122 146 161Stefano Riccioni, « Sacred Scripture / Sacred Space : From Shadow to Light » (2019) : sous le pontificat de Pascal II, San Adriano al Foro, Santi Quattro Coronati, San Clemente, San Lorenzo in Lucina et San Bartolomeo all'Isola sont restaurés ou entièrement reconstruits. URL : https://iris.unive.it/bitstream/10278/3709994/1/Riccioni_Sacred%20Scripture%20%20Sacred%20Space_From%20Shadow%20to%20Light_2019.pdf. La nouvelle église est restaurée et consacrée en 1116.
131Wikipedia en anglais, article « Crusade of 1101 » : croisade dite « pénitentielle » prêchée par Pascal II à la suite du succès de la première croisade, visant les croisés ayant pris la croix sans partir ou ayant fait défection, départ du contingent lombard de Milan en septembre 1100, défaite face aux Seldjoukides à l'été 1101. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Crusade_of_1101.
132New Catholic Encyclopedia, article « Alexius I Comnenus, Byzantine Emperor » (repris sur Encyclopedia.com) : Alexis Iᵉʳ cherche à guérir le schisme de 1054, mais Pascal II repousse les Byzantins en exigeant la reconnaissance préalable de la primauté romaine. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/alexius-i-comnenus-byzantine-emperor. Voir aussi les négociations d'union de 1112 mentionnées à propos du traité de Devol (A. Jotischky, Crusading and the Crusader States).
136Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternus du 18 juillet 1870, ch. 4 : définition de l'infaillibilité du pontife romain lorsqu'il parle ex cathedra (Denzinger-Hünermann, Enchiridion symbolorum, n. 3074).
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