Saint Anselme de Cantorbéry est l'une des plus grandes intelligences de l'Église latine et le père de la théologie scolastique. Moine puis abbé de la célèbre abbaye du Bec, en Normandie, il devint malgré lui archevêque de Cantorbéry et passa les seize dernières années de sa vie à défendre la liberté de l'Église contre deux rois d'Angleterre, au prix de deux exils. Mais c'est d'abord par sa pensée qu'il a marqué l'histoire : avant Abélard, avant saint Thomas d'Aquin, il a forgé le programme qui allait dominer mille ans de théologie — la foi qui cherche l'intelligence, fides quaerens intellectum.[1][2]
« Je ne cherche pas, en effet, à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre. » — Saint Anselme, Proslogion, ch. 1[3]
On lui doit l'argument ontologique — la fameuse preuve de l'existence de Dieu par l'idée de « ce dont rien de plus grand ne peut être pensé » —, mais aussi la grande synthèse sur la Rédemption qu'est le Cur Deus Homo (« Pourquoi Dieu s'est fait homme »), qui a façonné pour des siècles la manière dont l'Occident comprend la Croix. Surnommé le Docteur magnifique et le Docteur marial, canonisé puis proclamé Docteur de l'Église par Clément XI en 1720, il unit en une seule figure le moine, le mystique, le penseur et le pasteur courageux.[4][5]
Cet article retrace sa vie — Aoste, le Bec, Cantorbéry —, expose sa méthode théologique et résume son argument ontologique (qui a son propre article détaillé), présente le Cur Deus Homo, sa spiritualité et sa doctrine mariale, son combat pour la liberté de l'Église, enfin sa mort, son culte et son doctorat. Il ne refait pas l'exposé technique de l'argument ontologique, ni l'histoire générale de la querelle des investitures et de la réforme grégorienne, auxquels il renvoie.
D'Aoste au Bec : la formation d'un moine (vers 1033-1078)
L'enfant d'Aoste et l'appel contrarié
Anselme naît vers 1033 ou 1034 à Aoste, ville alpine alors rattachée au royaume de Bourgogne, dans une famille noble d'origine lombarde. Son père Gundulf est un homme du monde, dur et dissipé ; sa mère Ermenberge, pieuse, donne à l'enfant sa première éducation chrétienne.[6][7] Très jeune, raconte son biographe Eadmer, Anselme se représente Dieu comme un grand roi habitant au sommet des montagnes qui dominent Aoste, et rêve d'y monter pour entrer à son service.[8]
À l'adolescence, il veut entrer au monastère, mais l'abbé local refuse de l'accueillir par crainte de son père. Vient alors une période de relâchement : la mort de sa mère, les heurts avec Gundulf, le goût du monde. Vers 1056, en rupture avec son père, Anselme quitte Aoste, franchit les Alpes et erre quelques années à travers la Bourgogne et la France, jusqu'à entendre parler d'un maître dont la réputation rayonne sur toute la chrétienté : Lanfranc, prieur de l'abbaye du Bec.[9][10]
Lanfranc et l'école du Bec
Vers 1059-1060, Anselme arrive à l'abbaye Notre-Dame du Bec, en Normandie, attiré par l'enseignement de Lanfranc de Pavie, l'un des esprits les plus brillants de son temps. Il y trouve sa vocation. Hésitant entre la vie d'ermite, l'héritage paternel et le cloître, il s'en remet à l'archevêque de Rouen, qui tranche pour le monastère. En 1060, à environ vingt-sept ans, Anselme prend l'habit bénédictin au Bec.[11][12]
Son ascension est rapide, non par ambition mais par évidence : quand Lanfranc part en 1063 diriger l'abbaye Saint-Étienne de Caen, Anselme lui succède comme prieur du Bec, malgré la jalousie de moines plus anciens qu'il finit par gagner par sa douceur. À la mort de l'abbé Herluin, fondateur du monastère, Anselme est élu abbé en 1078.[13][14] Ce sont les années les plus fécondes de sa vie intellectuelle : c'est au Bec, dans le silence du cloître et la prière, qu'il écrit ses premiers chefs-d'œuvre.
Le maître spirituel et l'ami
Avant d'être l'archevêque combattant, Anselme fut un maître spirituel d'une rare humanité. Sa correspondance, l'une des plus riches du Moyen Âge, témoigne d'une amitié ardente pour ses moines et ses disciples. Il dirige les âmes avec une tendresse que ses contemporains n'attendaient pas d'un supérieur ; il préfère persuader plutôt que contraindre, convaincu que la vertu imposée par la force n'est pas la vertu.[15][16]
« Anselme n'aimait pas les méthodes autoritaires : il aimait conduire les âmes par la persuasion plutôt que par la contrainte. » — Benoît XVI, audience générale du 23 septembre 2009, sur le gouvernement spirituel d'Anselme[17]
Cette douceur n'était pas mollesse : elle reposait sur une conviction profonde de la liberté de la personne et de la primauté de l'amour. Le même homme saura, à Cantorbéry, tenir tête à deux rois sans jamais céder sur l'essentiel.
La foi qui cherche l'intelligence
« Credo ut intelligam »
La grande intuition d'Anselme tient en une formule devenue le programme de toute la scolastique : fides quaerens intellectum, « la foi cherchant l'intelligence ». Loin d'opposer la raison et la foi, Anselme les ordonne. La foi est première : elle est le point de départ, le sol sur lequel l'intelligence peut ensuite s'élever. Mais la foi ne dispense pas de penser — au contraire, elle pousse l'intelligence à chercher, à comprendre, à goûter ce qu'elle croit.[18][19]
« Je ne tente pas, Seigneur, de pénétrer ta profondeur, car je ne puis en aucune façon lui comparer mon intelligence ; mais je désire comprendre en quelque manière ta vérité, que mon cœur croit et aime. Car je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre. » — Saint Anselme, Proslogion, ch. 1[20]
Cette phrase, credo ut intelligam, est l'exact renversement du rationalisme. Anselme ne demande pas à la raison de fonder la foi ; il demande à la foi déjà reçue d'éclairer la raison. Benoît XVI verra en lui le théologien qui montre que la foi est raisonnable et que l'intelligence, loin de menacer la foi, en est le fruit naturel quand elle est habitée par l'amour.[21] C'est cette méthode — partir du donné révélé, puis chercher les raisons nécessaires — qui fait d'Anselme le père de la scolastique, l'ancêtre lointain de saint Thomas d'Aquin et de saint Bonaventure.
Le Monologion : Dieu cherché par la seule raison
Vers 1075-1076, à la demande de ses moines, Anselme compose le Monologion (« soliloque »). Le défi qu'il se donne est audacieux : prouver l'existence et les attributs de Dieu sans recourir à l'autorité de l'Écriture, par les seules ressources de la raison. Partant des degrés du bien que nous observons dans les choses, il remonte à un Bien suprême, source de tout bien, qui est Dieu.[22][23]
Le procédé est inédit pour son temps : Anselme ne cite presque pas les Pères, il raisonne. Mais ce n'est pas le rationalisme d'un incroyant : c'est un moine en prière qui cherche à comprendre ce qu'il croit déjà. Le Monologion reste pourtant à ses yeux trop long, trop dispersé. Anselme rêve d'un argument unique qui prouverait tout à lui seul.
Le Proslogion et l'« unique argument »
Cet argument unique, Anselme le cherche jusqu'à l'obsession, au point d'en perdre le sommeil et l'appétit ; il le croit d'abord une tentation du démon, puis le reçoit comme une grâce, au cœur de l'office de nuit. Il l'expose dans le Proslogion (« allocution »), vers 1077-1078.[24][25] L'œuvre, écrite comme une prière adressée à Dieu, contient au chapitre II la formule la plus célèbre de toute la philosophie médiévale : Dieu est « ce dont on ne peut rien penser de plus grand » (id quo nihil maius cogitari possit). Or, soutient Anselme, un tel être ne peut exister dans la seule pensée : s'il n'existait que dans l'esprit, on pourrait en concevoir un plus grand — celui qui existe aussi dans la réalité. Donc Dieu existe nécessairement.[26]
« Sans aucun doute, cela même dont on ne peut rien penser de plus grand ne peut exister dans la seule intelligence. Car s'il existe ne serait-ce que dans l'intelligence, on peut penser qu'il existe aussi dans la réalité — ce qui est plus grand. » — Saint Anselme, Proslogion, ch. 2[27]
Cette preuve a traversé toute l'histoire de la pensée : reprise par Descartes, contestée par Kant, reformulée en logique modale par Alvin Plantinga au XXᵉ siècle. Son exposé technique, ses objections et ses défenses font l'objet d'un article séparé sur Ignispedia : L'argument ontologique (Anselme, Descartes, Kant, Plantinga). Face à l'objection kantienne — l'existence n'est pas un prédicat que l'on ajoute à un concept —, les défenseurs d'Anselme répondent que l'argument ne porte pas sur un concept parmi d'autres, mais sur l'être même dont l'essence est d'exister nécessairement.[28] On se contente ici de souligner ce que la postérité oublie souvent : pour Anselme, ce raisonnement n'est pas un exercice d'école, mais un acte de prière — il s'ouvre et se ferme par une supplication.
« Apprends-moi à te chercher, et montre-toi à qui te cherche ; car je ne puis te chercher si tu ne m'enseignes, ni te trouver si tu ne te montres. Que je te cherche en te désirant, que je te désire en te cherchant ; que je te trouve en t'aimant, que je t'aime en te trouvant. » — Saint Anselme, Proslogion, ch. 1[29]
Gaunilon et la réponse au « fou »
Du vivant même d'Anselme, un moine de Marmoutier, Gaunilon, rédige une objection restée célèbre : le Liber pro insipiente (« Au nom du fou »). De ce que je conçois une île parfaite, écrit-il en substance, il ne suit pas qu'elle existe ; pourquoi en irait-il autrement de Dieu ? Anselme répond par un Liber apologeticus où il maintient que son argument ne vaut que pour l'être suprême — celui dont l'inexistence est proprement impensable —, et non pour une chose finie comme une île.[30] Loin de cacher l'objection, Anselme tient à ce qu'elle soit copiée à la suite de son livre : marque d'un théologien qui ne craint pas la contradiction et cherche la vérité, non la victoire.[31]
Archevêque malgré lui : le combat pour la liberté de l'Église (1093-1109)
Une nomination arrachée
En 1093, le roi d'Angleterre Guillaume II le Roux (William Rufus), fils du Conquérant, laissait depuis des années le siège de Cantorbéry vacant pour en percevoir les revenus — abus typique que la réforme grégorienne combattait. Tombé gravement malade et craignant la mort, le roi, dans un accès de remords, désigne Anselme, alors de passage en Angleterre. Le vieil abbé refuse de toutes ses forces : il a près de soixante ans, il aime le silence du Bec, et il pressent le conflit. On dut, raconte Eadmer, lui ouvrir de force la main pour y glisser la crosse pastorale.[32][33]
« Vous attelez ensemble, sous une même charrue, un taureau indompté et une vieille brebis. » — Image qu'Anselme aurait employée pour décrire son attelage forcé avec le roi Guillaume le Roux[34]
Anselme est consacré archevêque de Cantorbéry le 4 décembre 1093. Il y posait d'emblée ses conditions : reconnaître Urbain II comme pape légitime (contre l'antipape impérial), récupérer les biens de l'Église et garder sa liberté de conscience. Le règne d'un pasteur dans la tempête commençait.[35][36]
Le premier exil sous Guillaume le Roux (1097-1100)
Le conflit éclate vite. Anselme veut tenir des conciles pour réformer les mœurs du clergé et de la cour ; il veut aller à Rome chercher le pallium des mains du pape. Guillaume, jaloux de son autorité, multiplie les obstacles : il prétend interdire tout contact avec Rome sans son accord. En 1097, lassé et privé des moyens d'exercer sa charge, Anselme quitte l'Angleterre pour l'exil.[37][38]
Il gagne Rome, où Urbain II l'accueille avec honneur, puis se retire dans le sud de l'Italie. C'est l'enjeu profond de la querelle des investitures qui se joue : le roi peut-il disposer de l'Église comme d'un département de l'État ? Anselme répond non — non par goût du pouvoir, mais parce que l'Église, épouse du Christ, n'appartient à aucun prince.
Le concile de Bari (1098) et la défense du Filioque
C'est durant cet exil que se place l'un de ses plus beaux moments. En octobre 1098, le pape Urbain II réunit à Bari, en Italie du Sud, un concile destiné à rapprocher Latins et Grecs, alors divisés notamment sur le Filioque — la procession du Saint-Esprit « du Père et du Fils ». Devant quelque cent quatre-vingts évêques, le pape appelle Anselme à exposer la doctrine latine. L'archevêque exilé se lève et, dit-on, retourne par la seule force de son argumentation les objections des Grecs.[39][40]
De cette intervention naîtra son traité De processione Spiritus Sancti (« La procession du Saint-Esprit », vers 1101-1102), défense raisonnée et sereine de la foi catholique sur la Trinité, sans mépris pour les Orientaux mais sans concession sur le dogme.[41] L'épisode montre un Anselme au service de l'unité de l'Église universelle, bien au-delà de ses querelles anglaises.
Le second conflit avec Henri Ier et le compromis de 1107
À la mort de Guillaume le Roux (tué à la chasse en août 1100), son frère Henri Ier Beauclerc rappelle Anselme. Mais le nouveau roi exige que l'archevêque reçoive de ses mains royales l'investiture de sa charge et lui prête hommage — exactement ce que la réforme grégorienne venait d'interdire au synode de Rome. Anselme refuse de recevoir d'un laïc les insignes spirituels : l'anneau et la crosse signifient le mariage avec l'Église et la charge des âmes, non un fief tenu du roi.[42][43]
Un second exil (1103-1106) s'ensuit. Mais Anselme, ferme sur le principe, sait être souple sur les modalités. Un compromis est trouvé, scellé en 1107 (le « concordat de Londres ») : le roi renonce à l'investiture par la crosse et l'anneau — donc au geste qui usurpe le spirituel —, tandis que l'évêque continue de lui rendre l'hommage pour les biens temporels attachés à sa charge. Cette solution, qui distingue le spirituel du temporel, préfigure le concordat de Worms (1122) qui réglera la querelle pour tout l'Empire.[44][45] Anselme avait gagné l'essentiel : la liberté de l'Église dans la collation des charges spirituelles.
Cur Deus Homo : pourquoi Dieu s'est fait homme
La logique de la satisfaction
L'œuvre théologique la plus influente d'Anselme est le Cur Deus Homo (« Pourquoi Dieu s'est fait homme »), commencé pendant son exil et achevé vers 1098. Anselme s'y pose une question redoutable : pourquoi Dieu a-t-il choisi de nous sauver précisément par l'Incarnation et la Croix ? N'aurait-il pas pu pardonner d'un seul mot ? Sa réponse est la théologie de la satisfaction, qui structurera la pensée occidentale sur la Rédemption pendant près de mille ans.[46][47]
Le raisonnement est d'une rigueur quasi géométrique. Le péché est un refus de rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû ; or, l'offense se mesure à la dignité de l'offensé, et Dieu est de dignité infinie. Le péché de l'homme crée donc une dette infinie. Mais l'homme, créature finie, ne peut jamais réparer une offense infinie : tout ce qu'il pourrait offrir, il le doit déjà à Dieu. Il faut donc une satisfaction infinie, que seul Dieu peut offrir — mais que seul l'homme doit offrir, puisque c'est l'homme qui a péché.[48]
« Si donc nul ne peut faire cette satisfaction sinon Dieu, et nul ne le doit sinon l'homme, il est nécessaire qu'un Dieu-homme la fasse. » — Saint Anselme, Cur Deus Homo, livre II[49]
La conclusion s'impose : il fallait un Dieu fait homme, le Christ, à la fois capable (comme Dieu) d'une offrande de valeur infinie et tenu (comme homme) de la présenter. La Croix n'est donc ni un caprice ni une cruauté : elle est la rencontre, en une seule personne, de la justice et de la miséricorde.
Une œuvre qui a façonné la théologie de la Rédemption
Le Cur Deus Homo a été critiqué — on lui a reproché un cadre trop juridique, hérité du droit féodal — mais son intuition centrale est restée : le Christ répare réellement, il ne fait pas seulement semblant ; le salut a un coût, et ce coût est l'amour de Dieu jusqu'au don total. Saint Thomas d'Aquin reprendra et corrigera Anselme en insistant sur la convenance plutôt que sur la stricte nécessité ; la spiritualité catholique de la réparation — jusqu'aux âmes victimes et à la dévotion au Sacré-Cœur — en descend directement.[50][51] Pour une présentation accessible du mystère, voir aussi comment expliquer la Rédemption simplement et comment expliquer l'Incarnation simplement.
| Œuvre | Date | Objet |
|---|---|---|
| Monologion | 1075-1076 | Existence et attributs de Dieu par la raison seule |
| Proslogion | 1077-1078 | L'« unique argument » (argument ontologique) |
| De grammatico | v. 1060-1063 | Logique et dialectique |
| De veritate | v. 1080-1085 | La vérité comme rectitude |
| De libertate arbitrii | v. 1080-1085 | Le libre arbitre |
| De casu diaboli | v. 1085-1090 | La chute des anges et l'origine du mal |
| Epistola de incarnatione Verbi | v. 1094 | La Trinité, contre Roscelin |
| Cur Deus Homo | 1095-1098 | La Rédemption (théologie de la satisfaction) |
| De conceptu virginali | v. 1099-1100 | Le péché originel et la conception virginale |
| De processione Spiritus Sancti | v. 1101-1102 | Le Filioque, contre les Grecs |
| De concordia | v. 1107-1108 | Accord entre grâce, prescience et libre arbitre |
La spiritualité de saint Anselme
Le moine avant le docteur
On réduit souvent Anselme à un logicien. C'est un contresens : avant d'être un penseur, il est un moine, un homme de prière et de componction. Toute sa théologie naît de la prière et y retourne. Le Proslogion, qui contient l'argument le plus abstrait de la philosophie, est rédigé comme une oraison continue, adressée à Dieu à la deuxième personne. Pour Anselme, on ne pense pas Dieu de l'extérieur : on le cherche en l'aimant.[52][53]
« Et maintenant, homme de rien, fuis un moment tes occupations, cache-toi quelque peu de tes pensées tumultueuses. Rejette à présent tes lourds soucis et remets à plus tard tes labeurs pénibles. Entre dans la chambre de ton âme ; exclus tout, hormis Dieu et ce qui t'aide à le chercher, et, la porte fermée, cherche-le. » — Saint Anselme, Proslogion, ch. 1 (invitation à la prière)[54]
Les Prières et Méditations
Le sommet de sa vie intérieure se lit dans ses Orationes sive Meditationes (« Prières et Méditations »), un recueil qui eut une influence considérable sur la dévotion médiévale. Anselme y rompt avec la prière liturgique impersonnelle pour une adresse affective, brûlante, intime, au Christ, à la Vierge, aux saints. Ces prières, copiées et imitées dans toute l'Europe, ont contribué à la naissance d'une piété personnelle qui culminera chez saint Bernard de Clairvaux et les mystiques du XIIᵉ siècle.[55][56]
« Mon âme, langoureuse, se réveille ; et toi, pécheur, regarde quel est celui qui meurt sur la croix, et avec lui meurs au péché. » — Saint Anselme, Méditation sur la Rédemption humaine[57]
Docteur marial
Anselme tient une place de premier plan dans l'histoire de la doctrine mariale — d'où son surnom de Doctor Marianus. Ses prières à la Vierge comptent parmi les plus belles du Moyen Âge. Surtout, son traité De conceptu virginali et de originali peccato approfondit la question du péché originel et de la pureté de Marie, préparant les développements ultérieurs sur l'Immaculée Conception. Si Anselme lui-même n'a pas affirmé l'Immaculée Conception au sens où l'Église la définira en 1854, sa réflexion sur la convenance de la pureté de la Mère du Sauveur — « il convenait que la Vierge brillât d'une pureté telle qu'on n'en pût concevoir de plus grande sous Dieu » — a nourri la tradition qui y conduira.[58][59] Pour la logique du dogme, voir pourquoi l'Immaculée Conception est-elle logique.
Douceur et fermeté
Le trait le plus frappant de sa sainteté est l'alliance d'une douceur rare et d'une fermeté inflexible. Doux avec les personnes — il aimait les enfants, les pauvres, les animaux, et corrigeait ses moines par la persuasion —, il fut intraitable sur les principes : ni Guillaume le Roux ni Henri Ier ne purent jamais lui faire trahir la liberté de l'Église. Cette sainteté équilibrée — un grand intellectuel qui reste un humble moine, un pasteur tendre qui ne plie pas devant les rois — explique l'admiration durable dont il a été l'objet.[60][61]
Mort, canonisation et postérité
La mort à Cantorbéry (21 avril 1109)
Rentré de son second exil, Anselme passe ses dernières années à Cantorbéry, vieilli et malade, encore occupé à écrire et à gouverner son Église. Au matin du Mercredi saint, 21 avril 1109, entouré de ses moines qui lui lisaient le récit de la Passion selon saint Luc, il rend l'âme, doucement, à l'âge d'environ soixante-seize ans. Eadmer, son compagnon fidèle, qui a recueilli ses paroles pendant des années, rapporte qu'il aurait souhaité vivre encore un peu pour résoudre une dernière question, celle de l'origine de l'âme — touchant détail d'un homme dont la pensée ne s'arrêta qu'avec le souffle.[62][63]
Le culte et la canonisation
Le culte d'Anselme s'établit aussitôt à Cantorbéry, où son successeur Thomas Becket — autre archevêque martyr — aurait demandé sa canonisation au pape Alexandre III lors du concile de Tours (1163). Les sources d'une canonisation formelle au XIIᵉ siècle ne nous sont pas parvenues, mais Anselme fut très tôt honoré comme saint à Cantorbéry et au-delà. La canonisation est généralement rapportée au pape Alexandre VI, vers 1494, à la demande de l'archevêque Morton.[64][65] Sa fête est fixée au 21 avril, jour de sa mort.
Docteur de l'Église (1720)
Le 3 février 1720, le pape Clément XI proclame Anselme Docteur de l'Église universelle, consacrant officiellement l'autorité doctrinale qu'on lui reconnaissait depuis six siècles. La tradition lui a donné deux surnoms qui résument son génie : le Doctor magnificus, le « Docteur magnifique », pour l'ampleur de sa pensée, et le Doctor Marianus, le « Docteur marial », pour sa dévotion à la Vierge.[66][67]
Le père de la scolastique
L'héritage d'Anselme est immense. En méthode, il a inauguré la théologie comme science : un effort rationnel et ordonné pour comprendre la foi, qui culminera un siècle et demi plus tard dans la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin. En doctrine, il a légué deux monuments : l'argument ontologique, indéfiniment discuté depuis neuf siècles, et la théologie de la satisfaction, qui a façonné la manière occidentale de comprendre la Croix. En spiritualité, ses Prières et Méditations ont nourri la piété affective de tout le Moyen Âge.[68][69] À ce triple titre — penseur, théologien, priant —, saint Anselme demeure l'une des sources vives de l'intelligence catholique.
« Toute la théologie d'Anselme tient dans ce mouvement : croire pour comprendre, et comprendre pour aimer davantage celui que l'on croit. » — Synthèse de la méthode anselmienne d'après Benoît XVI, audience du 23 septembre 2009[70]
Chronologie de la vie de saint Anselme
- vers 1033-1034Naissance à Aoste
Anselme naît à Aoste, dans une famille noble lombarde ; sa mère Ermenberge lui donne une éducation chrétienne[71].
- vers 1056Départ d'Aoste
En rupture avec son père Gundulf, il franchit les Alpes et erre quelques années en Bourgogne et en France[72].
- 1059-1060Entrée à l'abbaye du Bec
Attiré par l'enseignement de Lanfranc, Anselme prend l'habit bénédictin au Bec, en Normandie[73].
- 1063Prieur du Bec
Au départ de Lanfranc pour Caen, Anselme lui succède comme prieur du monastère[74].
- 1075-1078Monologion et Proslogion
Anselme compose ses deux premiers chefs-d'œuvre, dont le Proslogion et l'« unique argument »[75].
- 1078Abbé du Bec
À la mort d'Herluin, fondateur du monastère, Anselme est élu abbé du Bec[76].
- 4 décembre 1093Archevêque de Cantorbéry
Désigné malgré lui par Guillaume le Roux, il est consacré primat d'Angleterre[77].
- 1097-1100Premier exil
En conflit avec Guillaume le Roux sur la liberté de l'Église, Anselme s'exile à Rome[78].
- octobre 1098Concile de Bari
- 1103-1106Second exil
Nouveau conflit, avec Henri Ier cette fois, sur l'investiture laïque ; second exil de l'archevêque[80].
- 1107Compromis de Londres
Le roi renonce à l'investiture par la crosse et l'anneau ; l'Église garde la liberté du spirituel[81].
- 21 avril 1109Mort à Cantorbéry
Anselme meurt le Mercredi saint, entouré de ses moines, pendant la lecture de la Passion[82].
- vers 1494Canonisation
Après un culte ancien, sa canonisation est rapportée au pape Alexandre VI[83].
- 3 février 1720Docteur de l'Église
Le pape Clément XI proclame Anselme Docteur de l'Église universelle[84].
Pour aller plus loin
- Source biographique principale : Eadmer de Cantorbéry, Vita sancti Anselmi (« Vie de saint Anselme ») et Historia Novorum in Anglia — récits d'un témoin direct, secrétaire et compagnon d'Anselme. Édition de référence : R. W. Southern (éd. et trad.), The Life of St Anselm, Archbishop of Canterbury, by Eadmer, Oxford Medieval Texts, Clarendon Press, 1962.
- Œuvres d'Anselme : édition critique latine S. Anselmi Cantuariensis archiepiscopi opera omnia, éd. F. S. Schmitt, 6 vol., Édimbourg, 1946-1961. En français : Proslogion, trad. M. Corbin ou A. Koyré ; Cur Deus Homo / Pourquoi Dieu s'est fait homme, Sources Chrétiennes nᵒ 91, trad. R. Roques, Cerf, 1963.
- Étude de référence : R. W. Southern, Saint Anselm: A Portrait in a Landscape, Cambridge University Press, 1990 — biographie magistrale qui replace l'homme dans son temps.
- Magistère récent : Benoît XVI, audience générale du 23 septembre 2009, consacrée à saint Anselme (vatican.va).
- Articles liés sur Ignispedia : l'argument ontologique (exposé détaillé) ; la querelle des investitures ; la réforme grégorienne ; les âmes victimes et la théologie de la réparation ; saint Thomas d'Aquin ; saint Bernard de Clairvaux ; saint Thomas Becket, son lointain successeur à Cantorbéry.
Notes et références
R. W. Southern, Saint Anselm: A Portrait in a Landscape, Cambridge University Press, Cambridge, 1990 : biographie de référence en langue anglaise, qui fait la synthèse des sources médiévales (Eadmer surtout) et de l'œuvre d'Anselme. Voir aussi du même auteur Saint Anselm and his Biographer, Cambridge, 1963.
1 7 9 12 24 31 33 35 37 40 42 44 51 56 61 63 68 72 77 78 80Benoît XVI, Audience générale du 23 septembre 2009 (saint Anselme d'Aoste), Vatican, texte sur vatican.va : le pape présente Anselme comme « l'âme mystique de ce grand saint de l'époque médiévale, fondateur de la théologie scolastique », expose la méthode fides quaerens intellectum et souligne sa douceur de gouvernement (« il n'aimait pas les méthodes autoritaires »).
2 4 16 17 18 21 52 60 69 70Saint Anselme de Cantorbéry, Proslogion seu Alloquium de Dei existentia, abbaye du Bec, v. 1077-1078, ch. 1 : « Neque enim quaero intelligere ut credam, sed credo ut intelligam » (« Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre »). Édition latine : S. Anselmi opera omnia, éd. F. S. Schmitt, Édimbourg, 1946-1961, vol. I. Trad. fr. M. Corbin, Cerf, 1986.
3 19 20 25 53Catholic Encyclopedia, art. « St. Anselm », New Advent (newadvent.org/cathen/01546a.htm) : notice catholique classique sur la vie, les œuvres, la doctrine (argument ontologique, satisfaction, mariologie), la canonisation et le titre de Docteur de l'Église de saint Anselme.
5 36 43 59 65 67Eadmer de Cantorbéry, Vita sancti Anselmi : biographie composée par le moine qui fut le secrétaire et le compagnon d'Anselme pendant des années — source primaire de premier ordre sur l'enfance à Aoste, l'entrée au Bec, le caractère et les paroles du saint. Éd. et trad. R. W. Southern, The Life of St Anselm by Eadmer, Oxford Medieval Texts, 1962.
6 11 13 15 71 73 74Eadmer, Vita sancti Anselmi, livre I : épisode de l'enfance d'Anselme se représentant la cour de Dieu au sommet des montagnes d'Aoste et rêvant d'y monter — anecdote rapportée par le saint lui-même à son biographe. Cf. R. W. Southern, Saint Anselm: A Portrait in a Landscape, op. cit.
8Encyclopædia Universalis, art. « Anselme de Cantorbéry (1033/34-1109) » : notice de synthèse sur la biographie (Aoste, le Bec, Cantorbéry), les œuvres et leur datation, la querelle de l'investiture et le compromis de 1107. Cf. aussi Dictionnaire de théologie catholique, art. « Anselme de Cantorbéry », et Encyclopædia Britannica, art. « Saint Anselm of Canterbury ».
10 14 23 38 45 47 76 81Saint Anselme, Monologion de divinitate, v. 1075-1076 : traité où Anselme entreprend de prouver l'existence et les attributs de Dieu sola ratione, à partir des degrés du bien observés dans les créatures, sans recourir à l'autorité scripturaire. Édition : Schmitt, Opera omnia, vol. I.
22Saint Anselme, Proslogion, ch. 2 : Dieu défini comme « id quo nihil maius cogitari possit » (« ce dont on ne peut rien penser de plus grand »), qui ne peut exister dans la seule intelligence sans contradiction. Exposé détaillé, objections (Gaunilon, Kant) et reformulations modernes (Descartes, Plantinga) dans l'article Ignispedia L'argument ontologique.
26 27 75Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Dialectique transcendantale, livre II, chap. III, 4ᵉ section (« De l'impossibilité d'une preuve ontologique de l'existence de Dieu ») : « Sein ist offenbar kein reales Prädikat » (« l'être n'est manifestement pas un prédicat réel », A598/B626) — l'existence ne s'ajoute pas à un concept comme une perfection de plus. Les défenseurs de l'argument anselmien répondent que cette critique ne touche qu'un Dieu conçu comme un concept contingent, non l'être nécessaire dont parle Anselme. Exposé complet, objections et défenses dans l'article Ignispedia L'argument ontologique.
28Saint Anselme, Proslogion, ch. 1 : prière finale d'introduction (« Doce me quaerere te… quaeram te desiderando, desiderem quaerendo »), montrant que l'argument ontologique est tout entier porté par une démarche de prière et de désir de Dieu. Trad. fr. d'après l'édition Vatican (press.vatican.va) et M. Corbin (Cerf, 1986).
29Gaunilon de Marmoutier, Liber pro insipiente (« Au nom du fou »), et la réponse d'Anselme, Liber apologeticus contra Gaunilonem : Gaunilon objecte qu'on ne peut tirer l'existence d'une chose (telle une île parfaite) de sa seule conception ; Anselme répond que l'argument ne vaut que pour l'être suprême, dont l'inexistence est impensable. Textes souvent édités à la suite du Proslogion (cf. éd. A. Koyré, Fides quaerens intellectum).
30Eadmer, Historia Novorum in Anglia (« Histoire des temps nouveaux en Angleterre ») : récit, par le même témoin, du gouvernement d'Anselme à Cantorbéry, de ses conflits avec Guillaume le Roux puis Henri Ier, et de ses deux exils. Éd. M. Rule, Rolls Series, Londres, 1884 ; cf. R. W. Southern, Saint Anselm, op. cit.
32Parole rapportée par Eadmer : lors de sa désignation forcée en 1093, Anselme, se tournant vers les évêques, déclare qu'on attelle sous la même charrue de l'Église un « taureau indompté » (le roi) et une « vieille brebis » (lui-même). Locus : Eadmer, Historia Novorum in Anglia, livre I, ch. 18-19 (éd. M. Rule, Rolls Series, Londres, 1884), et Vita sancti Anselmi, livre II, ch. 1-2 — double référence relevée par le Dictionary of National Biography, art. « Anselm » (vol. 2). Cf. R. W. Southern, Saint Anselm: A Portrait in a Landscape, op. cit.
34Concile de Bari (octobre 1098), réuni par le pape Urbain II dans la basilique Saint-Nicolas : les actes officiels du concile sont perdus et l'effectif varie selon les récits ; on retient ici le chiffre de 185 évêques, latins et grecs, donné par B. J. Kidd, Churches of Eastern Christendom, Londres, 1927, pp. 252-253. Anselme, exilé, y est appelé à exposer la doctrine latine du Filioque. Cf. R. W. Southern, Saint Anselm, op. cit. ; sur la portée de l'épisode, G. E. M. Gasper et al., From author to authority: Anselm's public reputation and the Council of Bari, Journal of Medieval History, 49/1, 2023.
39 79Saint Anselme, De processione Spiritus Sancti contra Graecos (« La procession du Saint-Esprit, contre les Grecs »), v. 1101-1102 : développement du traité issu de l'intervention de Bari, défense raisonnée du Filioque (procession du Saint-Esprit « du Père et du Fils »). Édition : Schmitt, Opera omnia, vol. II.
41Saint Anselme de Cantorbéry, Cur Deus Homo (« Pourquoi Dieu s'est fait homme »), commencé en exil et achevé v. 1098 : exposé de la théologie dite « de la satisfaction », expliquant la nécessité de l'Incarnation et de la Croix pour réparer l'offense infinie du péché. Édition critique latine : Schmitt, Opera omnia, vol. II. Trad. fr. : Sources Chrétiennes nᵒ 91, Pourquoi Dieu s'est fait homme, R. Roques, Cerf, Paris, 1963, ISBN 978-2-204-04140-4.
46 48 50Saint Anselme, Cur Deus Homo, livre II, ch. 6 : « Si ergo, sicut constat, necesse est ut de hominibus perficiatur illa superna civitas, nec hoc esse valet nisi fiat praedicta satisfactio, quam nec potest facere nisi Deus nec debet nisi homo : necesse est ut eam faciat Deus-homo » — « il est nécessaire qu'un Dieu-homme fasse cette satisfaction » (traduction française dans le corps). Cf. SC nᵒ 91, op. cit.
49Saint Anselme, Proslogion, ch. 1, invitation initiale : « Eia nunc, homuncio, fuge paululum occupationes tuas… intra in cubiculum mentis tuae, exclude omnia praeter Deum… et clauso ostio quaere eum » (« Et maintenant, homme de rien, fuis un moment tes occupations… entre dans la chambre de ton âme, exclus tout hormis Dieu… et, la porte fermée, cherche-le »). Trad. fr. d'après l'édition Vatican (press.vatican.va, Proslogion, 1).
54Saint Anselme, Orationes sive Meditationes (« Prières et Méditations ») : recueil de prières affectives au Christ, à la Vierge et aux saints, qui exerça une influence majeure sur la dévotion personnelle du Moyen Âge. Édition : Schmitt, Opera omnia, vol. III ; trad. anglaise B. Ward, The Prayers and Meditations of St Anselm, Penguin Classics, 1973.
55Saint Anselme, Meditatio redemptionis humanae (« Méditation sur la Rédemption humaine »), incluse dans les Orationes sive Meditationes : méditation affective sur la Croix invitant l'âme à « mourir au péché » avec le Christ. Cf. Schmitt, Opera omnia, vol. III ; trad. B. Ward, op. cit.
57Saint Anselme, De conceptu virginali et de originali peccato (« La conception virginale et le péché originel »), v. 1099-1100 : réflexion sur la transmission du péché originel et la pureté requise pour la Mère du Sauveur. Anselme n'affirme pas l'Immaculée Conception au sens du dogme de 1854, mais sa doctrine de la « convenance » de la pureté mariale a préparé son développement. Édition : Schmitt, Opera omnia, vol. II. Cf. Catholic Encyclopedia, art. « St. Anselm ».
58Eadmer, Vita sancti Anselmi, livre II : récit de la mort d'Anselme au matin du Mercredi saint 21 avril 1109, pendant la lecture de la Passion selon saint Luc ; il aurait exprimé le désir de vivre encore pour résoudre la question de l'origine de l'âme. Cf. R. W. Southern, Saint Anselm: A Portrait in a Landscape, op. cit.
62 82La canonisation d'Anselme est complexe : son culte est ancien (Cantorbéry), et Thomas Becket aurait demandé sa canonisation à Alexandre III au concile de Tours (1163) ; aucun acte formel du XIIᵉ s. ne subsiste. La canonisation est généralement rapportée au pape Alexandre VI, vers 1494, à la demande de l'archevêque Morton. Cf. Catholic Encyclopedia, art. « St. Anselm » ; Encyclopædia Britannica, art. cité.
64 83Le pape Clément XI proclame Anselme Docteur de l'Église par le bref du 3 février 1720. La tradition lui donne les surnoms de Doctor magnificus (« Docteur magnifique ») et Doctor Marianus (« Docteur marial »). Cf. Catholic Encyclopedia, art. « St. Anselm » ; Benoît XVI, audience du 23 septembre 2009.
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