Pape Alexandre III (1159-1181)

Canoniste devenu pape au terme d'une élection contestée, Alexandre III affronte, face à l'empereur Frédéric Barberousse, près de dix-neuf ans de schisme impérial (trois antipapes), prolongé jusqu'en 1180 par un quatrième, canonise Thomas Becket et fixe au concile de Latran III la règle des deux tiers qui, dans son principe précisé par le droit postérieur, régit encore le conclave.

Ignispedia

Alexandre III (Alexander III), traditionnellement appelé Rolando Bandinelli — le nom de famille étant une attribution tardive[1] —, fut pape de 1159 à 1181. Maître réputé de droit canonique, cardinal puis chancelier de l'Église romaine, il monte sur le Siège de Pierre au terme d'une élection contestée qui ouvre l'un des plus longs schismes de l'histoire de la papauté : de 1159 à 1178 — près de dix-neuf ans — pour le schisme impérial proprement dit, prolongé par un ultime sursaut romain jusqu'en 1180 —, quatre antipapes successifs — les trois premiers soutenus par l'empereur Frédéric Barberousse, le dernier, l'antipape Innocent III (Lando de Sezze, sept. 1179–janv. 1180, à ne pas confondre avec le pape Innocent III, 1198–1216), par une faction romaine — lui disputent la légitimité.[2][3]

Son pontificat est dominé par un bras de fer avec l'Empire. Barberousse rêve d'une chrétienté où le pape serait un fonctionnaire impérial ; Alexandre III défend la liberté de l'Église (libertas Ecclesiae) contre cette tutelle. Chassé de Rome, réfugié en France, excommuniant l'empereur, il finit par triompher grâce à l'alliance des villes lombardes : la bataille de Legnano (1176) brise l'armée impériale et débouche sur la spectaculaire paix de Venise (1177), où Barberousse reconnaît enfin sa légitimité.[4][5]

Alexandre III est aussi le pape de Thomas Becket : il soutient l'archevêque de Cantorbéry contre le roi Henri II d'Angleterre, puis canonise le martyr deux ans après son assassinat (1173). Surtout, il préside le concile de Latran III (1179), qui clôt le schisme et promulgue la règle — dans son principe, précisée ensuite par le droit postérieur — exigeant la majorité des deux tiers des cardinaux pour une élection pontificale valide — le fondement durable de la règle des deux tiers, précisée ensuite par le droit postérieur, notamment le conclave enfermé (Ubi periculum, 1274).[6][7]

Canoniste de génie, il laisse une œuvre législative immense : des centaines de décrétales — ses lettres officielles répondant aux questions de droit venues de toute l'Europe — qui nourriront le droit de l'Église, et un premier pas décisif sur la voie qui conduira à réserver au Saint-Siège la proclamation des saints — réserve que le droit postérieur achèvera de fixer. Son cas illustre une leçon majeure : une élection peut être disputée, violente, contredite par des antipapes, et néanmoins pleinement légitime — ce que confirme sa réception durable par l'Église universelle.[8][9]

Pourquoi Alexandre III compte-t-il ?

Le pape du scrutin aux deux tiers, socle durable de l'élection moderne

La règle qui, dans son principe précisé par le droit postérieur, gouverne encore aujourd'hui l'élection du pape — la majorité des deux tiers des cardinaux — date d'Alexandre III. Avant lui, le décret de 1059 avait réservé l'élection aux cardinaux, mais sans fixer le quorum requis : l'élection contestée de 1159, où une minorité put proclamer un antipape, montra la faille.[10] Le premier canon du Latran III y répond définitivement : nul n'est pape sans les deux tiers des voix, sans distinction entre les ordres de cardinaux (les trois rangs : cardinaux-évêques, cardinaux-prêtres et cardinaux-diacres).[11] La règle des deux tiers, complétée plus tard par le conclave enfermé (cum clave, Ubi periculum, 1274) et par le droit postérieur, reste depuis lors le socle de l'élection pontificale moderne.

Le pape de la liberté de l'Église contre César

Le grand enjeu du pontificat n'est pas une querelle de personnes mais une question de principe : l'Église se gouverne-t-elle elle-même, ou l'empereur dispose-t-il du pape comme d'un évêque de sa cour ? Barberousse veut restaurer un ordre où le sacerdotium sert l'imperium. Alexandre III incarne le refus de cette subordination.[12] Sa victoire, arrachée après près de dix-neuf ans d'exil et de combats, fixe pour des siècles l'indépendance du Siège apostolique.

Le pape de Thomas Becket et du droit

Enfin, Alexandre III est le pape d'un des plus célèbres martyrs de la liberté de l'Église, Thomas Becket, et l'un des plus grands législateurs de l'histoire pontificale. Sous lui, la papauté devient le tribunal suprême de la chrétienté : on lui adresse de toute l'Europe des questions de droit, auxquelles il répond par des décrétales — ses lettres officielles qui, en tranchant un cas précis, fixent le droit pour toute l'Église — et qui font ainsi jurisprudence. Coincé entre la figure tonitruante de Grégoire VII et celle d'Innocent III, il reste sous-estimé ; pourtant, c'est sous lui que se met en place la monarchie pontificale classique — ce gouvernement centralisé où le pape, entouré de ses juristes, tranche en dernier ressort pour toute la chrétienté.[13]

Rolando Bandinelli avant la tiare

Une formation de canoniste à Bologne

Rolando naît à Sienne, vers 1100-1105, dans une famille notable de la cité toscane.[14][15] Il se forme au droit canonique, la science alors en pleine expansion depuis que le moine Gratien a composé à Bologne, vers 1140, sa Concordia discordantium canonum (« l'Accord des canons qui se contredisent ») — le futur Décret de Gratien, manuel fondateur du droit de l'Église. Rolando enseigne et acquiert la réputation d'un maître estimé.[16]

Cette formation est la clé du personnage. Alexandre III ne sera pas d'abord un moine ou un guerrier, mais un juriste : il pense l'autorité de l'Église en termes de droit, de procédure, de compétence. C'est ce qui explique à la fois sa patience dans l'épreuve et l'extraordinaire fécondité législative de son pontificat.

La question du décrétiste Rolandus

Une tradition ancienne identifie le futur pape au célèbre décrétiste Rolandus — un décrétiste est un maître qui commente le Décret de Gratien, le manuel du droit de l'Église —, auteur d'une Summa sur ce Décret et de Sentences théologiques. La prudence historique s'impose pourtant : des travaux modernes, notamment ceux de John T. Noonan et de Rudolf Weigand, ont montré que le décrétiste Rolandus et le pape Alexandre III sont probablement deux personnes distinctes.[17] L'attribution traditionnelle des œuvres scolaires au pape n'est donc plus tenue pour assurée.

Cette correction ne diminue en rien la stature d'Alexandre III : qu'il ait ou non écrit la Summa Rolandi, son pontificat prouve une maîtrise juridique de premier ordre. La leçon est aussi méthodologique : une encyclopédie sérieuse signale ce que la recherche a révisé, sans céder à la facilité des manuels anciens.

Cardinal et chancelier de l'Église romaine

Le pape Eugène III appelle Rolando à Rome et le crée cardinal-diacre en octobre 1150, puis cardinal-prêtre du titre de Saint-Marc.[18][19] Sous le pape anglais Adrien IV (1154-1159), il est chancelier de l'Église romaine — charge occupée depuis 1153, la plus haute de la curie après le pape. À ce poste, il dirige la diplomatie pontificale et se trouve au cœur du conflit qui monte avec l'Empire.

L'incident de Besançon (1157)

L'épisode qui révèle l'homme se déroule à la diète de Besançon, en octobre 1157. Le chancelier Rolando y lit une lettre du pape Adrien IV où figure le mot beneficium : l'Empire y est présenté comme un « bienfait » du Siège apostolique. Devant les princes germaniques furieux qui y voient l'aveu d'une vassalité de l'empereur envers le pape, l'incident dégénère : le récit qu'en donne Rahewin, continuateur d'Otton de Freising dans les Gesta Friderici, prête au chancelier Rolando une réplique cinglante — de qui l'empereur tiendrait-il l'Empire, sinon du pape ? — qui faillit lui valoir d'être frappé par les princes. La formulation exacte varie selon les récits postérieurs ; on la rapporte donc ici en substance, comme une parole attribuée par la tradition chronique, non comme un verbatim établi.[20][21][22]

L'affaire de Besançon n'est pas une anecdote : elle annonce tout le pontificat. Deux conceptions de l'ordre du monde s'affrontent déjà, et l'homme qui les porte au nom de Rome est précisément celui que les cardinaux choisiront deux ans plus tard.

L'élection contestée de 1159

La double élection du 7 septembre

À la mort d'Adrien IV, le 7 septembre 1159, les cardinaux se divisent. La très grande majorité — toutes les sources concordent : tous sauf trois sur une vingtaine de cardinaux — élit le chancelier Rolando, qui prend le nom d'Alexandre III.[23][24] Mais la minorité pro-impériale, conduite par le cardinal Octavien de Monticelli, refuse le verdict et proclame Octavien pape sous le nom de Victor IV. Selon les récits, Octavien aurait arraché le manteau pontifical pour s'en revêtir lui-même dans une scène de tumulte.

L'enjeu est limpide : Octavien est le candidat de l'empereur, Alexandre celui de l'indépendance romaine. Le schisme qui s'ouvre n'est pas un accident de procédure, mais la traduction ecclésiale du conflit entre le sacerdotium et l'imperium.

La consécration à Ninfa

Le parti impérial tenant alors la Ville, Alexandre III ne peut être sacré à Rome. Il l'est le 20 septembre 1159, hors les murs, dans la petite localité de Ninfa, au sud de Rome.[25] Cette consécration dans la précarité est un symbole : le vrai pape commence son règne en fugitif, tandis que l'antipape jouit de la faveur du plus puissant prince d'Occident. Toute l'histoire de la légitimité d'Alexandre III tient dans ce contraste entre la force apparente de l'usurpateur et la vérité du droit.

Le concile de Pavie (1160) et la rupture

Barberousse, se posant en arbitre de l'Église comme jadis les empereurs ottoniens, convoque un concile à Pavie en février 1160. Sans surprise, l'assemblée, dominée par les évêques impériaux, reconnaît Victor IV et condamne Alexandre III.[26][27] Mais le vrai pape refuse de comparaître : il ne reconnaît pas à l'empereur le droit de juger le Siège apostolique.

C'est l'application du vieux principe canonique Prima sedes a nemine iudicatur — le Siège romain n'est jugé par personne — rappelé ici comme le fondement du refus pontifical, non comme une citation littérale d'Alexandre III, dont aucune lettre conservée ne livre le libellé exact à cette occasion.[28]

Le 24 mars 1160, Alexandre III tranche : il excommunie solennellement l'empereur Frédéric Barberousse et l'antipape Victor IV.[29] La rupture est totale. Le pape juriste vient d'opposer au glaive impérial l'arme spirituelle de l'anathème.

Le grand schisme impérial

Le rêve d'une Église impériale

Infographie originale Ignispedia — le grand schisme impérial : Alexandre III, élu en 1159, face aux quatre antipapes Victor IV, Pascal III, Calixte III et Innocent III, jusqu'à la paix de Venise (1177) et la clôture au Latran III (1179). Créée par IA.

Pour comprendre l'acharnement de Barberousse, il faut saisir son projet. L'empereur veut restaurer la Renovatio imperii, un Empire chrétien universel où l'autorité spirituelle elle-même rentrerait dans l'ordre impérial.[30] Un pape soumis lui est indispensable. Voilà pourquoi, à la mort de chaque antipape, il en suscite aussitôt un autre, au mépris du droit et de l'évidence : la cause n'est pas Octavien ou tel cardinal, mais le principe d'une papauté à sa main.

Quatre antipapes : le schisme de 1159 à 1180

Le schisme impérial dure de 1159 à la soumission de Calixte III, le 29 août 1178 — près de dix-neuf ans —, avec un ultime sursaut romain, Innocent III (1179-1180), qui porte la durée totale à vingt ans ; il aligne quatre antipapes successifs, les trois premiers soutenus par l'empereur, le dernier par une faction romaine :

  • Victor IV (Octavien de Monticelli), 1159-1164 ;
  • Pascal III (Guy de Crème), 1164-1168 — c'est lui qui, pour complaire à Barberousse, « canonise » Charlemagne en 1165, canonisation sans valeur ;
  • Calixte III (Jean de Strumi), 1168-1178, qui finit par se soumettre à Alexandre III le 29 août 1178 ;
  • Innocent III (Lando de Sezze), septembre 1179–janvier 1180, ultime sursaut d'une faction de la noblesse romaine, vite réduit — à ne pas confondre avec le pape Innocent III (1198–1216).[31][32]

Aucun de ces hommes n'a jamais été reconnu par l'Église universelle. La numérotation pontificale elle-même en porte la trace : les noms d'Innocent et de Calixte seront repris plus tard par des papes légitimes — Innocent III (1198–1216), Calixte III (1455–1458) —, tandis que Victor IV et Pascal III demeurent à jamais des noms d'antipapes : comme si la mémoire de l'Église effaçait les usurpateurs.

L'exil en France (1162-1165)

Incapable de tenir Rome, Alexandre III se réfugie en France de 1162 à 1165, résidant notamment à Sens.[33] Loin d'être une déroute, l'exil français est un triomphe diplomatique : les rois Louis VII de France et Henri II d'Angleterre le reconnaissent, comme la plupart des souverains d'Occident. L'antipape règne sur Rome ; le vrai pape règne sur les consciences de la chrétienté.

Marcel Pacaut a montré comment Alexandre III a su, depuis la France, tisser le réseau d'alliances qui finira par isoler l'empereur.[34] La leçon est constante dans l'histoire de l'Église : la légitimité ne se mesure pas à la possession d'un palais, mais à la communion des évêques et des fidèles.

  1. 7 septembre 1159
    Double élection

    Les cardinaux élisent Rolando (Alexandre III) ; la minorité impériale proclame l'antipape Victor IV.

  2. Février 1160
    Concile de Pavie

    Barberousse fait reconnaître Victor IV ; Alexandre refuse de comparaître.

  3. 24 mars 1160
    Excommunication de l'empereur

    Alexandre III anathématise Frédéric Barberousse et l'antipape Victor IV.

  4. 1162-1165
    Exil en France

    Réfugié à Sens, Alexandre est reconnu par la France, l'Angleterre et la plupart des royaumes.

  5. 29 mai 1176
    Bataille de Legnano

    La Ligue lombarde écrase l'armée impériale au nord de Milan.

  6. 24 juillet 1177
    Paix de Venise

    Barberousse reconnaît Alexandre III comme seul pape légitime.

  7. Mars 1179
    Concile de Latran III

    Le schisme est clos ; la règle des deux tiers fixe l'élection pontificale.

Barberousse, la Ligue lombarde et Legnano

Une ville nommée Alexandrie (1168)

La résistance décisive ne vient pas de Rome, mais des communes d'Italie du Nord, étouffées par la fiscalité impériale. En 1167 se forme la Ligue lombarde, coalition de cités qui refusent la domination de Barberousse. En 1168, ces villes fondent une place forte à la confluence du Tanaro et de la Bormida, et lui donnent le nom du pape : Alexandrie (Alessandria), en l'honneur d'Alexandre III, symbole vivant de l'alliance entre le Saint-Siège et les libertés communales.[35]

L'alliance est aussi le fruit d'un calcul juridique d'Alexandre III : faire de la cause de l'Église celle des libertés concrètes des peuples contre l'absolutisme impérial. Le pape juriste sait que le droit, pour vaincre, doit s'incarner dans des forces réelles.

La bataille de Legnano (29 mai 1176)

Frédéric Ier Barberousse, empereur du Saint-Empire — l'adversaire d'Alexandre III pendant dix-huit ans de schisme. Buste-reliquaire de Cappenberg, souvent interprété comme un portrait contemporain de l'empereur. Wikimedia Commons, domaine public.

Le 29 mai 1176, à Legnano, au nord de Milan, l'armée de la Ligue lombarde affronte celle de Barberousse. Autour du Carroccio — le char sacré portant la croix, cœur symbolique des communes —, l'infanterie lombarde tient et brise la cavalerie impériale. Le cheval de l'empereur est tué, Frédéric disparaît dans la mêlée et l'on croit un temps qu'il est mort ; il ne doit son salut qu'à une fuite éperdue jusqu'à Pavie.[36][37]

Legnano est l'une des batailles fondatrices de la conscience italienne : pour la première fois, des milices urbaines défont l'armée du plus grand souverain d'Occident. Et la victoire est celle du pape autant que des villes : c'est sa légitimité qui sort triomphante de la mêlée.

La paix de Venise (1177)

Vaincu, Barberousse cède. Au terme de longues négociations menées à Anagni puis à Venise, l'empereur reconnaît enfin Alexandre III comme seul pape légitime. Le 24 juillet 1177, à Venise, devant la basilique Saint-Marc, a lieu la réconciliation : l'excommunication est levée, l'empereur abandonne son antipape Calixte III, et une trêve de six ans est conclue avec la Ligue lombarde.[38][39] La tradition a immortalisé la scène où l'empereur s'incline devant le pape sur le parvis de Saint-Marc.

Les récits médiévaux de la réconciliation rapportent que, parvenu devant Saint-Marc, l'empereur ôta son manteau, se prosterna et baisa les pieds du pontife ; la mise en scène exacte variant selon les chroniqueurs, l'épisode se lit en substance, comme une image transmise par la tradition, non comme un procès-verbal.[40]

La paix de Venise est l'apogée du pontificat. Dix-huit ans après une consécration de fugitif à Ninfa, le pape juriste a vaincu l'empereur non par les armes, mais par la patience, le droit et la fidélité de l'Église. La paix de Constance (1183) confirmera ensuite les libertés des villes lombardes.

Thomas Becket et la liberté de l'Église

Le conflit d'Henri II et de son archevêque

Pendant qu'il combat Barberousse, Alexandre III doit arbitrer un autre conflit entre le sacerdoce et l'État : en Angleterre, le roi Henri II veut soumettre l'Église à sa loi par les Constitutions de Clarendon (1164), notamment en jugeant les clercs devant ses tribunaux. Son ancien chancelier devenu archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket, s'y oppose au nom de la liberté de l'Église, et doit s'exiler en France.[41]

La position d'Alexandre III est délicate : il a besoin du soutien d'Henri II contre l'empereur, mais il ne peut abandonner le principe défendu par Becket. Il temporise, négocie, retient les sanctions — exactement la prudence du juriste qui pèse les forces sans céder sur le fond.

Le martyre de Cantorbéry (1170)

Le martyre de Thomas Becket à Cantorbéry (29 décembre 1170), enluminure du XIIIe siècle conservée dans le psautier Harley MS 5102. Wikimedia Commons / British Library, domaine public.

Le 29 décembre 1170, quatre chevaliers du roi assassinent Becket dans sa propre cathédrale de Cantorbéry, au pied de l'autel.[42] Le meurtre d'un archevêque dans son église, en pleine célébration, bouleverse toute la chrétienté. Le martyr devient aussitôt le symbole de l'Église qui résiste au pouvoir temporel jusqu'au sang.

Canonisation et pénitence royale

Alexandre III agit avec une rapidité significative : le 21 février 1173, à peine plus de deux ans après le meurtre, il canonise Thomas Becket dans l'église Saint-Pierre de Segni.[43] La canonisation transforme la défaite apparente en victoire éclatante de la liberté de l'Église. Henri II, lui, doit faire pénitence publique : le 12 juillet 1174, il se présente en pénitent au tombeau de Becket à Cantorbéry et se laisse flageller par les moines.

Les récits de la pénitence rapportent que le roi, qui avait voulu plier l'Église à sa loi, vint pieds nus demander pardon sur le tombeau de Becket et s'y laissa flageller ; on le rapporte ici en substance, les chroniqueurs variant sur le détail du rituel.[44]

Sans avoir lancé contre lui ni interdit ni anathème solennel, Alexandre III obtient du roi pénitent l'abandon de l'essentiel des prétentions de Clarendon. La fermeté du martyr et la patience du pape ont eu raison de l'orgueil royal : c'est l'une des plus belles illustrations médiévales de la victoire spirituelle sur la force.

Le concile de Latran III (1179)

Clore le schisme, refonder l'élection

Une fois la paix faite avec l'Empire et l'antipape Calixte III soumis, Alexandre III convoque un grand concile œcuménique — le onzième de l'histoire de l'Église — au palais du Latran, en mars 1179. Réuni en trois sessions (5, 14 et 19 mars), il rassemble environ 302 évêques venus de tout l'Occident.[45][46] Sa première mission est de clore définitivement le schisme : le concile annule les ordinations conférées par les antipapes Victor IV, Pascal III et Calixte III.

📖 Voir l'article détaillé : Concile du Latran III (1179)

La règle des deux tiers

Infographie originale Ignispedia — la règle des deux tiers (canon Licet de vitanda, Latran III, 1179) : du décret de 1059 réservant l'élection aux cardinaux à la majorité qualifiée qui fonde le conclave moderne. Créée par IA.

Le premier canon, Licet de vitanda, est le plus durable de tout le Moyen Âge pontifical. Tirant la leçon du schisme de 1159, il décide que nul ne peut être tenu pour pape s'il n'a les deux tiers des voix des cardinaux, sans plus distinguer entre cardinaux-évêques, cardinaux-prêtres et cardinaux-diacres : tous votent désormais à égalité.[47][48]

En substance, le canon dispose que si les deux tiers des cardinaux s'accordent sur un nom, celui-ci doit être tenu pour pape, et que quiconque s'arrogerait le pontificat contre cette élection, avec ses partisans, encourt l'excommunication — Concile de Latran III, canon 1 (Licet de vitanda), 1179, résumé d'après l'édition Tanner ; le libellé latin exact s'y lit dans toute son ampleur procédurale.[49]

Cette règle, conçue pour empêcher la répétition d'une double élection, demeure le socle du conclave : précisée par le droit postérieur, notamment le conclave enfermé de 1274, la majorité des deux tiers gouverne toujours l'élection du pape — plus de huit siècles après la mesure fixée sous Alexandre III.

Réforme du clergé et des mœurs

Les vingt-sept canons de Latran III forment un vaste programme de réforme. Le tableau ci-dessous récapitule les dispositions les plus marquantes.

CanonObjetDisposition
1Élection du papeMajorité des deux tiers des cardinaux requise
2SchismeAnnulation des ordinations des antipapes
3Âge des clercs30 ans minimum pour l'épiscopat, 25 ans pour la charge d'âmes
5Titre d'ordinationAucune ordination sans titre garantissant la subsistance du clerc
7SacrementsInterdiction de faire payer sacrements et sépultures (simonie)
11Mœurs du clergéSanctions contre le concubinage et les fautes graves des clercs
18ÉcolesObligation d'un maître gratuit par cathédrale pour instruire pauvres et clercs
23CharitéProtection et soin des lépreux
25UsureUsuriers notoires exclus de la communion et de la sépulture chrétienne
27HérésieCondamnation des hérétiques du Midi et des bandes de mercenaires

Le canon 18, qui impose à chaque cathédrale d'entretenir un maître enseignant gratuitement, est l'un des grands actes fondateurs de l'école médiévale et, à terme, de l'université. Le pape juriste sait que la réforme passe par le savoir.[50]

La lutte contre l'hérésie

Le canon 27 vise les mouvements hérétiques qui se répandent dans le Midi de la France — Cathares, Patarins, Publicains désignés sous divers noms — ainsi que les bandes de mercenaires (Brabançons, routiers) qui ravageaient les campagnes.[51] Le concile appelle les princes chrétiens à les réprimer. C'est une étape importante de la réaction de l'Église face au catharisme, encore mesurée sous Alexandre III, qui privilégie la prédication et la discipline avant les mesures plus dures du siècle suivant.

Un grand pape législateur

Le premier fondement de la réservation au Saint-Siège

L'une des décisions les plus lourdes de conséquences d'Alexandre III concerne la canonisation des saints. Jusque-là, des cultes locaux pouvaient surgir et se développer sous l'autorité des évêques. À l'occasion du cas d'un personnage vénéré en Suède sans procédure régulière, Alexandre III affirme qu'on ne doit pas honorer quelqu'un comme saint sans l'autorité de l'Église romaine.[52]

En substance, la décrétale répond qu'on ne doit pas vénérer publiquement comme saint un homme sans l'autorité de l'Église romaine, quand bien même des miracles s'opéreraient par lui — Alexandre III, décrétale Audivimus, vers 1171-1172, passée dans les Décrétales de Grégoire IX (X 3.45.1) ; sens résumé d'après l'étude Kemp, le texte latin exact s'y trouvant cité et discuté.[53]

Reprise au siècle suivant dans les Décrétales de Grégoire IX, cette décision devient le premier fondement du droit des canonisations : elle ouvre la voie par laquelle proclamer un saint relèvera du Siège apostolique, réserve exclusive que le droit postérieur achèvera de fixer. L'historien Eric Kemp en a fait l'étude classique.[54] Loin d'être une bureaucratisation, c'est une garantie de vérité : le discernement de la sainteté est soustrait à l'enthousiasme local pour être confié au jugement le plus universel de l'Église.

L'âge d'or des décrétales

Sous Alexandre III, la papauté devient le tribunal suprême de la chrétienté. De toute l'Europe, évêques et juges adressent à Rome des questions de droit ; le pape répond par des lettres, les décrétales, qui valent jurisprudence.[55] On en a conservé des centaines sous son nom. Ces réponses, compilées peu après, formeront la matière première du grand droit canonique classique, jusqu'au Liber Extra de 1234.

C'est là, sans doute, l'héritage le plus profond du pape juriste : il a fait de la papauté non seulement une autorité spirituelle, mais l'instance régulatrice du droit de toute la chrétienté latine.

Canonisations et missions

Alexandre III canonise plusieurs grandes figures : Édouard le Confesseur, roi d'Angleterre, en 1161 ; saint Bernard de Clairvaux, le plus grand prédicateur du siècle, en 1174 ; et bien sûr Thomas Becket en 1173. Il soutient l'évangélisation du Nord en érigeant l'archevêché d'Uppsala (1164) pour la Suède, et reconnaît par la bulle Manifestis Probatum (1179) le royaume de Portugal et son roi Afonso Henriques.[56][57] Sous lui, la voix de Rome se fait entendre des confins baltes aux rivages de l'Atlantique.

Mort et héritage

30 août 1181

Alexandre III meurt à Civita Castellana, dans le Latium, le 30 août 1181, et est inhumé dans la basilique Saint-Jean-de-Latran.[58][59] Son pontificat aura duré près de vingt-deux ans. Il a créé soixante-huit cardinaux, dont le futur Clément III (Paolo Scolari, créé cardinal en 1179), assurant la continuité de son œuvre.[60]

Un pontificat décisif et sous-estimé

La fin de sa vie n'est pas un triomphe paisible : la noblesse romaine, jamais soumise, le contraint à de nouveaux exils, et il meurt loin de la Ville. Mais l'essentiel est acquis. Alexandre III laisse une Église qui a vaincu l'Empire sur le terrain du principe, qui s'est dotée de la règle électorale des deux tiers — socle durable du conclave moderne —, qui a fait d'un martyr le héraut de sa liberté, et qui règne sur le droit de la chrétienté.

Comparé à Grégoire VII ou à Innocent III, il a pâti de son tempérament de juriste prudent, peu fait pour la légende. Pourtant, la recherche récente — dont le volume collectif dirigé par Anne Duggan, au titre éloquent L'art de survivre — a réévalué ce pontificat comme l'un des plus structurants du Moyen Âge.[61]

Ce que révèle ce pontificat

La légitimité par la réception, non par la force

Le cas d'Alexandre III est, avec celui d'Alexandre II, une grande illustration médiévale de cette leçon : une élection peut être contestée, disputée par des antipapes, privée de Rome et de l'appui impérial, et néanmoins pleinement légitime — ce que confirme sa réception par l'Église universelle. Aucun successeur n'a jamais douté qu'Alexandre III fût le vrai pape et Octavien l'usurpateur. La numérotation pontificale elle-même a effacé les quatre antipapes. Contre les lectures schismatiques qui voudraient invalider tel pape pour une irrégularité ou une contestation, l'histoire d'Alexandre III suggère que la réception ecclésiale durable confirme la légitimité reconnue, sans être à elle seule érigée en critère dogmatique de validité.

La liberté de l'Église, principe non négociable

Tout le pontificat se ramène à un principe : l'Église ne peut être l'instrument d'aucun pouvoir temporel, fût-il celui de l'empereur du Saint-Empire. Face à Barberousse comme face à Henri II, Alexandre III a tenu, au prix de l'exil et du sang d'un martyr. La paix de Venise et la pénitence de Cantorbéry sont les deux faces d'une même victoire : celle de la libertas Ecclesiae. C'est un enseignement que l'Église rappellera dans tous les siècles où l'État voudra la domestiquer.

Le droit au service de la vérité

Enfin, Alexandre III montre que le droit n'est pas l'ennemi de la vie spirituelle, mais son serviteur. En fixant la règle des deux tiers, en posant le premier fondement de la réserve de la canonisation au Saint-Siège, en répondant aux questions de toute la chrétienté, il a donné à l'Église des structures de vérité : des procédures qui protègent contre l'arbitraire, l'enthousiasme aveugle et la mainmise des puissants. Sous le juriste se cache un pasteur qui sait que les âmes ont besoin d'un ordre juste.

Sources

Sources primaires et corpus médiévaux

  • Décrétales d'Alexandre III — recensées dans Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, et éditées au fil des collections canoniques (notamment les Quinque compilationes antiquae) ; matière première du droit canonique classique.[62]
  • Canons du concile de Latran III (1179) — édition critique de référence dans Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Sheed & Ward / Georgetown University Press, 1990, d'après Mansi.[63]
  • Décrétale Audivimus (vers 1171-1172), passée dans les Décrétales de Grégoire IX (X 3.45.1) — fondement du droit des canonisations.[64]
  • Sources de la querelle Becket — correspondances et Vitae de Thomas Becket, rassemblées dans les Materials for the History of Thomas Becket (Rolls Series).[65]

Sources savantes modernes

AuteurRéférenceApport
Marcel PacautAlexandre III. Étude sur la conception du pouvoir pontifical dans sa pensée et dans son œuvre, Paris, Vrin, 1956Monographie française de référence
Marcel Pacaut"Louis VII et Alexandre III (1159-1180)", Revue d'histoire de l'Église de France, 1953L'alliance française et l'exil
Anne J. Duggan (dir.)Pope Alexander III (1159-81): The Art of Survival, Ashgate, 2012Réévaluation collective du pontificat
Filippo Liotta (dir.)Miscellanea Rolando Bandinelli Papa Alessandro III, Sienne, 1986Études sur le canoniste et le pape
I. S. RobinsonThe Papacy 1073-1198. Continuity and Innovation, Cambridge, 1990Cadre institutionnel et schisme impérial
Eric W. KempCanonization and Authority in the Western Church, Oxford, 1948Réservation de la canonisation
Frank BarlowThomas Becket, Londres, 1986Affaire Becket, martyre et canonisation
John T. Noonan"Who was Rolandus?", dans Law, Church and Society, 1977Débat sur l'identité du décrétiste

Sources encyclopédiques et de référence

Les notices encyclopédiques croisées — Catholic Encyclopedia (1907), Enciclopedia dei Papi (Treccani), Encyclopædia Britannica — fournissent le cadre factuel et chronologique de base, à confronter systématiquement aux sources primaires et aux monographies.[66][67][68]

Chronologie

DateÉvénementPortée
vers 1100-1105Naissance de Rolando à SienneFutur maître de droit canonique
Octobre 1150Création comme cardinal par Eugène IIIEntrée à la curie
1153-1159Chancelier de l'Église romaineBras droit d'Adrien IV
Octobre 1157Incident de BesançonTension avec l'Empire
7 septembre 1159Élection contestéeSchisme avec l'antipape Victor IV
20 septembre 1159Consécration à NinfaPontificat commencé en fugitif
24 mars 1160Excommunication de BarberousseRupture avec l'Empire
1162-1165Exil en France (Sens)Reconnaissance des royaumes
1168Fondation d'AlexandrieVille nommée en son honneur
29 décembre 1170Martyre de Thomas BecketSymbole de la liberté de l'Église
21 février 1173Canonisation de BecketVictoire spirituelle sur Henri II
29 mai 1176Bataille de LegnanoDéfaite de Barberousse
24 juillet 1177Paix de VeniseReconnaissance d'Alexandre III
Mars 1179Concile de Latran IIIRègle des deux tiers, fin du schisme
30 août 1181Mort à Civita CastellanaFin d'un pontificat de près de vingt-deux ans

Pour aller plus loin

  • Pape Alexandre II (1061-1073) — autre cas de légitimité reçue a posteriori face à un antipape impérial.
  • Concile du Latran III (1179) — le concile d'Alexandre III et la règle des deux tiers.
  • Saint Thomas Becket — l'archevêque martyr de Cantorbéry, canonisé par Alexandre III.
  • Frédéric Ier Barberousse — l'empereur adversaire d'Alexandre III.
  • Pape Adrien IV — le pape anglais dont Rolando fut le chancelier.
  • Saint Grégoire VII (1073-1085) — le grand pape de la liberté de l'Église avant Alexandre III.
  • La réforme grégorienne — le mouvement dont Alexandre III prolonge l'esprit.
  • La querelle des Investitures — le conflit du sacerdoce et de l'Empire dont le schisme de 1159 est un prolongement.

Notes et références

  1. New Catholic Encyclopedia, « Alexander III, Pope » (repris par encyclopedia.com) : né Rolandus, fils de Ranutius, à Sienne vers 1100-1105 — « Bandinelli is a late attribution » (le nom de famille est une attribution tardive) ; pontificat du 7 septembre 1159 (sacre à Ninfa le 20 septembre) au 30 août 1181, mort à Civita Castellana, sépulture au Latran. URL : http://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/alexander-iii-pope.

    1
  2. J. P. Kirsch (et auteurs associés), "Pope Alexander III", The Catholic Encyclopedia, vol. 1, Robert Appleton Company, New York, 1907, repris par New Advent : Orlando Bandinelli, famille siennoise, professeur de droit canonique à Bologne et auteur supposé de la Summa Magistri Rolandi, cardinal puis chancelier, élection du 7 septembre 1159 (tous les cardinaux sauf trois), antipape Victor IV (Octavien), schisme de dix-sept ans, Legnano (1176), soumission de Barberousse à Venise (1177), affaire Becket, concile de Latran III (1179) avec la règle des deux tiers, mort le 30 août 1181. URL : https://www.newadvent.org/cathen/01287a.htm.

    2 16 18 23 32 46 56 59 66
  3. Treccani, "Alessandro III", Enciclopedia dei Papi (2000) et Enciclopedia on line : Rolando Bandinelli, né à Sienne vers 1100-1105, canoniste, cardinal-diacre (1150) puis cardinal-prêtre de Saint-Marc et chancelier sous Adrien IV, élection du 7 septembre 1159, consécration à Ninfa le 20 septembre, excommunication de Frédéric Barberousse (24 mars 1160), exil, paix de Venise (1177), concile de Latran III (1179), bulle Manifestis Probatum pour le Portugal, mort à Civita Castellana le 30 août 1181, sépulture au Latran. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/alessandro-iii_(Enciclopedia-dei-Papi)/.

    3 14 19 24 25 29 57 58 67
  4. Marcel Pacaut, Alexandre III. Étude sur la conception du pouvoir pontifical dans sa pensée et dans son œuvre, Bibliothèque thomiste 29, Paris, J. Vrin, 1956 : monographie de référence sur la doctrine du pouvoir pontifical d'Alexandre III, l'incident de Besançon (1157), le concile de Pavie, le conflit avec l'Empire, Legnano et la paix de Venise. Voir aussi le compte rendu de Georges Duby, "Les conceptions politiques du pape Alexandre III", Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1958.

    4 12 20 27 28 36 39
  5. Ian Stuart Robinson, The Papacy 1073-1198. Continuity and Innovation, Cambridge University Press, Cambridge, 1990 : cadre institutionnel de la papauté réformatrice, déroulement du schisme impérial de 1159-1180 et de la succession des antipapes, Ligue lombarde, bataille de Legnano (1176), paix de Venise (1177) et canon électoral du Latran III.

    5 10 21 26 30 31 35 37 38 40 48
  6. Frank Barlow, Thomas Becket, Weidenfeld & Nicolson, Londres, 1986 : biographie de référence — Constitutions de Clarendon (1164), exil de Becket, médiation prudente d'Alexandre III, martyre du 29 décembre 1170 à Cantorbéry, canonisation du 21 février 1173 à Segni, pénitence d'Henri II le 12 juillet 1174.

    6 41 42 43 44 65
  7. Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Nicaea I to Lateran V, Sheed & Ward / Georgetown University Press, Londres-Washington, 1990 : texte critique et traduction des vingt-sept canons du concile de Latran III (1179), dont le canon 1 Licet de vitanda (majorité des deux tiers des cardinaux), le canon 18 (maître gratuit par cathédrale) et le canon 27 (hérétiques et mercenaires).

    7 11 45 47 49 50 51 63
  8. Eric Waldram Kemp, Canonization and Authority in the Western Church, Oxford University Press, Oxford, 1948 : étude classique sur la réservation progressive de la canonisation au Siège apostolique, et notamment sur la décrétale Audivimus d'Alexandre III (vers 1171-1172) passée dans les Décrétales de Grégoire IX (X 3.45.1).

    8 52 53 54 64
  9. Anne J. Duggan (dir.), Pope Alexander III (1159-81): The Art of Survival, Church, Faith and Culture in the Medieval West, Ashgate, Farnham, 2012 : volume collectif réévaluant le pontificat, la production des décrétales, la diplomatie du schisme et la stature de législateur d'Alexandre III.

    9 13 55 61 62
  10. Encyclopædia Britannica, "Alexander III (pope)" : naissance à Sienne vers 1105, formation et enseignement du droit canonique à Bologne, cardinal et chancelier, élection contestée de 1159, antipape Victor IV, long conflit avec Frédéric Barberousse, défaite impériale et reconnaissance d'Alexandre III, concile de Latran III instituant la majorité des deux tiers pour l'élection pontificale, mort le 30 août 1181. URL : https://www.britannica.com/biography/Alexander-III-pope.

    15 68
  11. John T. Noonan Jr., "Who was Rolandus?", dans Kenneth Pennington et Robert Somerville (dir.), Law, Church, and Society. Essays in Honor of Stephan Kuttner, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 1977, p. 21-48 : démonstration que le décrétiste Rolandus, auteur de la Summa sur le Décret de Gratien, n'est probablement pas le pape Alexandre III ; thèse confirmée par les travaux de Rudolf Weigand.

    17
  12. Rahewin, Gesta Friderici I imperatoris, livre III (continuation de l'œuvre d'Otton de Freising) : récit de la diète de Besançon (octobre 1157), de la querelle du beneficium et de la réplique attribuée au chancelier Rolando sur l'origine impériale de l'Empire ; source primaire du récit, dont les formulations postérieures varient.

    22
  13. Marcel Pacaut, "Louis VII et Alexandre III (1159-1180)", Revue d'histoire de l'Église de France 39, n° 132, 1953, p. 5-45 : étude de l'alliance entre le roi de France et le pape pendant le schisme, de l'exil français (Sens, 1162-1165) et de la reconnaissance d'Alexandre III par les royaumes d'Occident.

    33 34
  14. Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, Florida International University, « Consistories for the creation of Cardinals, 12th Century (1099-1198) » : le sommaire attribue à Alexandre III (1159-1181) 68 cardinaux créés, et la liste du consistoire de mars 1179 (XIV) nomme Paolo Scolari, chanoine de Sainte-Marie-Majeure, à la diaconie des Saints-Serge-et-Bacchus — élu pape sous le nom de Clément III le 19 décembre 1187. URL : https://cardinals.fiu.edu/consistories-xii.htm.

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