Saint Édouard le Confesseur (vers 1003-1066) fut roi d'Angleterre de 1042 à 1066 et le dernier grand souverain de la maison anglo-saxonne de Wessex. Fils du roi Æthelred II et d'Emma de Normandie, il grandit en exil pendant que les Danois régnaient sur son royaume, puis monta sur le trône dans la liesse populaire après un quart de siècle d'attente.
Son surnom de « Confesseur » — titre réservé aux saints qui ont rendu à Dieu un témoignage héroïque sans verser leur sang dans le martyre — dit tout de sa réputation : celle d'un roi doux, juste et chaste, plus attaché à la prière et à la charité qu'aux fastes du pouvoir. La tradition lui prête un mariage virginal avec la reine Édith, le don de guérir les malades par son toucher, et plusieurs visions prophétiques, dont la célèbre prophétie de l'arbre vert annonçant la fin du monde anglo-saxon.
Sa grande œuvre fut la reconstruction de l'abbaye de Westminster, consacrée quelques jours avant sa mort, où il repose encore. Il expira dans la nuit du 4 au 5 janvier 1066 ; l'année même de sa mort, la conquête normande bouleversa l'Angleterre. Vénéré aussitôt comme un saint, il fut canonisé par le pape Alexandre III en 1161, et demeura le saint patron de l'Angleterre jusqu'à ce que saint Georges lui succède dans ce rôle au XIVᵉ siècle.
Saint Édouard en quelques dates
- v. 1003-1005Naissance à Islip
Naissance dans l'Oxfordshire, fils du roi Æthelred II et d'Emma de Normandie, en pleine tourmente des invasions vikings.
- 1013Fuite en Normandie
Devant la conquête danoise, l'enfant est envoyé à la cour de son oncle le duc de Normandie, où il passera environ vingt-cinq ans d'exil.
- 1041Le retour
Rappelé en Angleterre par son demi-frère le roi danois Harthacnut, vraisemblablement comme héritier.
- 8 juin 1042Accession au trône
À la mort subite de Harthacnut, Édouard est porté au trône par l'acclamation populaire.
- 3 avril 1043Couronnement à Winchester
Sacré roi le dimanche de Pâques en la cathédrale de Winchester, ancien siège des rois de Wessex.
- 23 janvier 1045Mariage avec Édith
Union avec Édith de Wessex, fille du puissant comte Godwin ; le mariage restera sans descendance.
- 1051-1052La crise des Godwin
Exil puis retour en force de la maison de Godwin ; abolition du heregeld, l'impôt d'armée.
- 28 décembre 1065Consécration de Westminster
Dédicace de l'abbaye reconstruite ; le roi, malade, ne peut y assister.
- 4-5 janvier 1066Mort du Confesseur
Édouard s'éteint au palais de Westminster ; il est inhumé le lendemain devant le maître-autel de son abbaye.
- 14 octobre 1066Hastings
Neuf mois après sa mort, la conquête normande de Guillaume renverse le royaume anglo-saxon.
- 7 février 1161Canonisation
Le pape Alexandre III inscrit Édouard au nombre des saints.
- 13 octobre 1163Translation des reliques
Saint Thomas Becket transfère solennellement le corps du saint dans une châsse neuve.
- 13 octobre 1269La châsse d'Henri III
Henri III porte lui-même le cercueil vers la somptueuse châsse gothique où le saint repose toujours.
Un roi né dans la tourmente danoise
Édouard vient au monde dans l'une des périodes les plus sombres de l'histoire anglaise : celle où le royaume anglo-saxon, épuisé par les raids vikings, va tomber tout entier aux mains des rois danois. Sa vie commence sous le signe de la fuite, et il faudra près de quarante ans avant qu'il puisse régner sur la terre de ses pères.
Fils d'Æthelred et d'Emma de Normandie
Édouard naît à Islip, dans l'Oxfordshire, à une date que les sources ne permettent pas de fixer précisément : les historiens la situent entre 1002 et 1005, faute de document contemporain enregistrant l'événement[1][2]. Il est le fils du roi Æthelred II, resté célèbre sous le surnom d'« Unready » — que le français rend par « le Malavisé » (le vieil-anglais unræd signifie « mauvais conseil », par jeu de mots sur Æthelred, « noble conseil »)[3]. Sa mère est Emma de Normandie, seconde épouse d'Æthelred et fille du duc Richard Iᵉʳ de Normandie[4].
Cette ascendance normande, par sa mère, est la clé de tout son destin : elle explique son long exil au-delà de la Manche, l'orientation pro-normande de son règne, et jusqu'à la revendication que le duc Guillaume fera valoir sur son trône. Fils tardif d'Æthelred, Édouard a un frère germain, Alfred, et une sœur, Godgifu[5] ; du premier mariage de son père lui viennent plusieurs demi-frères aînés, dont Edmond Côtes-de-Fer (Edmund Ironside).
Le long exil normand
L'enfance d'Édouard coïncide avec l'effondrement du royaume sous les coups des Vikings de Sven à la Barbe fourchue puis de son fils Knut le Grand (Cnut). En 1013, Sven s'empare du trône ; Emma s'enfuit en Normandie, suivie de ses jeunes fils Édouard et Alfred[6]. La tradition hagiographique retient qu'Édouard avait « à peine dix ans » lorsqu'il fut envoyé à la cour de son oncle, le duc Richard II de Normandie, pour y être élevé[7][8].
Édouard passera environ un quart de siècle en exil, principalement en Normandie[9]. Il y reçoit une éducation soignée, se lie au clergé et aux abbés normands — en particulier à Robert de Jumièges, qu'il retrouvera plus tard —, et n'abandonne jamais sa prétention au trône : dans les années 1030, il souscrit quatre chartes en Normandie, en signant deux d'entre elles « roi d'Angleterre », alors même qu'il n'a aucun pouvoir effectif[10]. C'est dans ce climat d'attente, de dépossession et de prière que se forge le tempérament du futur saint.
L'épisode le plus tragique de l'exil survient en 1036. À la mort de Knut, ses deux fils se disputent l'Angleterre. Édouard et son frère Alfred tentent séparément de rentrer. Édouard aborde à Southampton avec une flotte normande d'environ quarante navires, mais, repoussé, regagne aussitôt la Normandie[11]. Alfred, lui, est capturé par le comte Godwin de Wessex, livré à Harold Pied-de-Lièvre, aveuglé par des tisonniers rougis au feu, et meurt de ses blessures[12][13]. Ce meurtre atroce nourrira une inimitié durable entre Édouard et la puissante maison de Godwin — inimitié dont le règne portera longtemps la marque.
Le retour et le sacre de Winchester
En 1041, le roi danois Harthacnut (Hardeknut), demi-frère maternel d'Édouard, le rappelle en Angleterre, vraisemblablement comme héritier[14]. À la mort subite de Harthacnut, le 8 juin 1042, Édouard accède au trône, porté par l'acclamation populaire et soutenu par le plus puissant des comtes, Godwin de Wessex lui-même[15][16]. La Chronique anglo-saxonne note qu'« avant même que Harthacnut fût enterré, tout le peuple choisit Édouard pour roi »[17].
Il est solennellement couronné le dimanche de Pâques 3 avril 1043, en la vieille cathédrale de Winchester, siège royal des Saxons de l'Ouest, par les archevêques de Cantorbéry et d'York[18]. Il a alors une quarantaine d'années[19]. On distingue donc soigneusement l'accession (juin 1042, qui fonde les années de règne) et le sacre (avril 1043) ; certaines sources, y compris l'abbaye de Westminster, amalgament les deux et datent par erreur le couronnement de 1042[20].
Un règne de paix et de justice
Le règne d'Édouard, long de près d'un quart de siècle, fut marqué, selon les hagiographes, par une paix presque ininterrompue — chose rare dans l'Angleterre du XIᵉ siècle — et par une réputation de justice et de mansuétude qui contribua autant que sa piété à sa gloire posthume[21].
Le mariage avec Édith et le vœu de chasteté
Le 23 janvier 1045, Édouard épouse Édith de Wessex, fille du comte Godwin et de son épouse danoise Gytha ; l'un des frères de la reine n'est autre que Harold Godwinson, le futur roi Harold II[22]. Le mariage scelle une réconciliation politique avec la maison la plus puissante du royaume — celle-là même qui avait trempé dans la mort d'Alfred.
De ce mariage ne naîtra aucun enfant. La tradition catholique y voit le fruit d'un vœu de chasteté : le roi aurait demandé à son épouse de vivre auprès de lui comme une sœur.
« Ayant fait vœu de chasteté, il requit d'abord son consentement pour ne vivre avec elle que comme avec une sœur. » — Catholic Encyclopedia, article « Saint Édouard le Confesseur »[23]
Les leçons de l'office traditionnel abondent dans le même sens : « de concert avec son épouse, il garda la virginité »[24]. Les historiens modernes, tel Frank Barlow, invitent à la prudence : l'absence d'héritier peut aussi s'expliquer par les tensions politiques avec les Godwin et n'a pas de preuve documentaire contemporaine de chasteté volontaire[25]. Reste que cette réputation de pureté, attestée dès la génération suivante, est au cœur du titre de « Confesseur » et du culte qui s'ensuivit.
La crise des Godwin
La tension entre le roi et son beau-père éclate en 1051. Édouard écarte le candidat de Godwin pour le siège archiépiscopal de Cantorbéry et y nomme son ami normand Robert de Jumièges[26]. Peu après, une rixe sanglante éclate à Douvres entre les habitants et la suite d'Eustache II de Boulogne, beau-frère du roi. Édouard ordonne à Godwin de châtier la ville ; celui-ci prend le parti des bourgeois et refuse[27].
Soutenu par les comtes Léofric de Mercie et Siward de Northumbrie, le roi l'emporte : accusés de comploter contre le souverain, Godwin et ses fils s'enfuient, les uns en Flandre, les autres en Irlande, à l'automne 1051 ; la reine Édith elle-même est un temps répudiée et envoyée au couvent[28]. Mais dès l'année suivante, en 1052, Godwin revient en force avec une flotte, rallie un large soutien et contraint le roi à céder : les Godwin sont rétablis dans leurs comtés, Édith reprend son rang, et Robert de Jumièges est chassé[29]. La crise révèle la fragilité du pouvoir royal face aux grands comtes — et l'impossibilité, pour Édouard, de gouverner sans la maison qu'il détestait.
Le roi qui remit l'impôt
Au registre de la bonté royale, les hagiographes retiennent un geste éclatant : l'abolition du heregeld, le lourd « impôt de l'armée » (une forme du Danegeld) levé depuis Æthelred pour financer les mercenaires danois. Édouard le supprime en 1051[30]. La tradition va plus loin : le roi aurait pris en horreur cet argent extorqué au peuple.
« Il remit l'odieux Danegeld, que l'on avait continué de lever sans nécessité ; et bien que prodigue en aumônes envers les pauvres et pour les œuvres religieuses, il fit suffire son propre patrimoine royal sans imposer de taxes. » — Catholic Encyclopedia[31]
Cette réputation de roi qui finance l'État sur son propre train de vie plutôt que par de nouvelles taxes fera d'Édouard, dans la mémoire médiévale, le modèle du souverain juste. Le souvenir de ses lois deviendra même un idéal réclamé par les générations suivantes chaque fois qu'elles se sentiront opprimées.
« Tel était le contentement causé par les bonnes lois de saint Édouard, que leur rétablissement fut réclamé à plusieurs reprises par les générations suivantes, lorsqu'elles se sentaient opprimées. » — Catholic Encyclopedia[32]
De fait, les « Lois d'Édouard le Confesseur » (Leges Edwardi Confessoris) — non pas un code réellement promulgué par le roi, mais une compilation privée rédigée vers 1130-1135, après la Conquête — feront de son nom le mot d'ordre de la « bonne vieille loi » anglaise, invoqué dès la charte de couronnement d'Henri Iᵉʳ (1100) et jusqu'à la Grande Charte de 1215[33].
« Le père des orphelins » : la charité royale
La piété d'Édouard n'était pas repli mais débordement de charité. Assidu à la messe et aux offices, il aimait les pauvres d'un amour qui frappa ses contemporains.
« Sa charité, qu'on pourrait presque appeler prodigue, le faisait nommer le père des orphelins. » — Leçons de l'office de saint Édouard, roi et confesseur[34]
L'anonyme de la Vita Ædwardi Regis laisse de lui un portrait resté célèbre, celui d'un roi à la beauté presque diaphane, tout entier tourné vers Dieu :
« C'était un très bel homme, d'une taille remarquable, distingué par ses cheveux et sa barbe d'un blanc laiteux, son visage plein et ses joues rosées, ses mains blanches et fines, et ses longs doigts translucides. » — Vita Ædwardi Regis, anonyme, vers 1065-1067[35]
L'abbaye de Westminster, offrande d'une vie
Si un monument résume la vie d'Édouard, c'est l'abbaye de Westminster. Le roi y engloutit une part immense de ses ressources, en fit le lieu de son tombeau, et lui donna la dignité qui la destinerait à devenir, pour mille ans, l'église du sacre et de la sépulture des rois d'Angleterre.
Un vœu de pèlerinage à Rome commué par le pape
La tradition raconte qu'Édouard avait fait le vœu d'un pèlerinage à Rome. Retenu par les devoirs de sa charge et par les troubles du royaume, il obtint du pape que ce vœu fût commué : au lieu de partir pour Rome, il consacrerait ses biens à reconstruire, en l'honneur de saint Pierre, l'abbaye de Westminster[36]. Le roi choisit d'y bâtir à la manière nouvelle venue de Normandie : l'église d'Édouard fut la première grande église romane de style normand élevée en Angleterre, annonçant l'art qui allait, après 1066, transformer tout le pays[37].
La consécration du 28 décembre 1065
L'abbaye fut consacrée le jour des saints Innocents, le 28 décembre 1065. Mais le roi, déjà miné par la maladie, fut trop faible pour assister à la dédicace de l'église où il allait bientôt reposer[38][39]. Quelques jours seulement séparent ainsi l'achèvement de sa grande œuvre de sa propre mort : comme si sa vie n'avait été qu'une longue préparation à cette offrande, et que Dieu l'eût laissé achever son église avant de le rappeler.
Le roi thaumaturge et visionnaire
Plus encore que par ses vertus, Édouard frappa la postérité par les signes surnaturels qui accompagnèrent sa vie. La tradition lui attribue le don de guérison, des visions prophétiques, et le célèbre miracle de l'anneau — autant de traits qui firent de lui, aux yeux du Moyen Âge, un authentique roi-saint.
Le « toucher royal » et la guérison des écrouelles
Édouard est, dans la mémoire anglaise, le premier roi à avoir guéri les écrouelles (la scrofule, ou « mal du roi », king's evil, une forme de tuberculose ganglionnaire) par l'imposition des mains. De ce geste naîtra la coutume durable du « toucher royal », pratiquée par les rois d'Angleterre et de France pendant des siècles.
« Saint Édouard fut le premier roi d'Angleterre à toucher pour le mal du roi ; beaucoup de malades atteints de cette affection furent guéris par lui. » — Catholic Encyclopedia[40]
La Vita Ædwardi rapporte plusieurs guérisons obtenues par le roi de son vivant — d'aveugles, d'infirmes, de malades —, présentées non comme un pouvoir magique attaché à sa fonction, mais comme le fruit de sa sainteté personnelle et de sa prière[41]. Le cas le plus célèbre est celui d'une jeune femme rongée d'écrouelles au cou et par ailleurs stérile : le roi lava d'eau les parties malades et les marqua du signe de la croix ; les chairs infectées se détachèrent, et l'année suivante la femme, guérie, mit au monde des jumeaux[42]. Les historiens de la médecine notent que la Vita présente ce geste comme un miracle personnel, la coutume héréditaire du toucher royal ne s'étant fixée que plus tard, en le rattachant rétrospectivement au saint roi[43].
La légende de l'anneau et saint Jean l'Évangéliste
Le plus célèbre récit attaché à Édouard est celui de l'anneau. Le roi avait une dévotion particulière envers saint Jean l'Évangéliste et s'était fait une règle de ne rien refuser à quiconque le lui demandait en son nom.
« Saint Jean l'Évangéliste, déguisé en pauvre sous des haillons, lui ayant un jour demandé l'aumône, le roi, n'ayant pas d'argent sur lui, ôta l'anneau qu'il portait au doigt et le lui donna. » — Tradition hagiographique de saint Édouard[44]
Des années plus tard, deux pèlerins anglais égarés en Terre sainte auraient été secourus par un vieillard rayonnant, qui leur remit l'anneau en se faisant reconnaître comme saint Jean l'Évangéliste, avec un message pour le roi : il le remerciait de son aumône, et l'avertissait qu'ils se reverraient au Paradis dans six mois[45][46]. L'anneau et l'annonce de la mort prochaine devinrent l'attribut iconographique d'Édouard : on le représente presque toujours couronné, tenant un anneau. Cette dévotion à saint Jean et le motif de l'anneau demeureront un thème constant du culte médiéval du saint roi.
Les visions prophétiques
La tradition prête encore à Édouard le don de prophétie. Rempli de l'esprit prophétique, il aurait prévu plusieurs événements touchant l'Angleterre[47]. Le plus fameux de ces prodiges est la vision, reçue au moment même où le fait s'accomplissait, de la mort du roi des Danois, Suénon (Sven), noyé en mer alors qu'il s'embarquait pour envahir l'Angleterre[48][49].
Une autre vision, rapportée plus tard, met en scène les Sept Dormants d'Éphèse : au cours d'un banquet, le roi éclata de rire ; interrogé, il révéla avoir vu en esprit les sept saints endormis dans leur caverne se retourner sur leur autre côté, présage de longues années d'épreuves pour la chrétienté[50]. Ces récits, dont certains ne s'attachèrent à Édouard qu'après sa mort, disent la manière dont le Moyen Âge percevait ce roi : un homme dont le regard portait au-delà du visible. L'honnêteté commande de préciser que le détail exact de la vision danoise soulève des difficultés chronologiques — le roi Sven de Danemark auquel on l'a parfois rattachée mourut après Édouard lui-même —, ce qui invite à recevoir ces prodiges comme des récits édifiants transmis par les hagiographes plutôt que comme des chroniques vérifiables[51].
La prophétie de l'arbre vert
Sur son lit de mort, selon Aelred de Rievaulx, Édouard fut saisi d'une dernière et solennelle vision. Deux moines qu'il avait connus en Normandie lui apparurent et lui révélèrent le châtiment qui allait fondre sur l'Angleterre coupable, sous l'image d'un arbre vert tranché de son tronc.
« Dieu, à cause des péchés grandissants de cette nation, a livré son royaume aux mains de l'ennemi ; des esprits mauvais parcourront tout ce pays. […] Ces maux ne cesseront que lorsqu'un arbre vert, coupé au milieu de son tronc et transporté à la distance de trois arpents, reviendra de lui-même, sans main d'homme, se rejoindre à sa racine, reverdira et portera du fruit. » — d'après Aelred de Rievaulx, Vie de saint Édouard, vers 1163[52]
Cette prophétie de l'arbre vert fut aussitôt lue comme l'annonce de la conquête normande et de la longue nuit qui allait s'abattre sur l'Angleterre anglo-saxonne ; les commentateurs médiévaux y virent la séparation de la nation d'avec sa racine, et l'espérance lointaine d'une réunion[53]. Prononcée quelques heures avant la mort du roi et quelques mois avant Hastings, elle scella la réputation prophétique d'Édouard.
La mort du Confesseur
Les derniers jours à Westminster
Épuisé, incapable d'assister à la consécration de son abbaye, Édouard s'éteignit dans la nuit du 4 au 5 janvier 1066, au palais de Westminster[54][55]. La chronique de Jean de Worcester situe précisément la mort dans cette nuit et l'inhumation au matin du 6 janvier[56] ; certaines sources datent le décès du 4, d'autres du 5, selon qu'elles comptent la soirée ou le petit matin. La tradition retient la date du 5 janvier, jour que — selon le récit de l'anneau — saint Jean l'Évangéliste lui avait annoncé.
« Il mourut très pieusement, au jour que l'Évangéliste avait marqué, le 5 janvier de l'an du salut 1066. » — Leçons de l'office de saint Édouard[57]
La Chronique anglo-saxonne, presque contemporaine, salua sa mort dans un poème d'une grande noblesse, où le roi défunt est déjà tenu pour un saint que les anges emportent au ciel :
« Le roi élu de Dieu, Édouard le noble, défendit sa patrie, son pays et son peuple, jusqu'à ce que la mort amère vînt le saisir ; et les anges emportèrent son âme fidèle dans la lumière du Ciel. » — La Mort d'Édouard, poème inséré dans la Chronique anglo-saxonne, vers 1066[58]
Il fut inhumé dès le lendemain, 6 janvier 1066, jour de l'Épiphanie, devant le maître-autel de son abbaye de Westminster — le premier roi à y reposer, le premier d'une longue lignée[59].
1066 : la succession et la conquête normande
La mort d'Édouard sans héritier ouvrit aussitôt la plus célèbre crise de succession de l'histoire anglaise. Le jour même de ses funérailles, son beau-frère Harold Godwinson fut couronné roi[60]. Mais le duc Guillaume de Normandie revendiquait le trône, affirmant qu'Édouard le lui avait promis. À l'automne, Harold tomba à la bataille de Hastings, le 14 octobre 1066 ; Guillaume, désormais « le Conquérant », s'empara du royaume. La Tapisserie de Bayeux, qui s'ouvre sur Édouard trônant et montre ses funérailles à Westminster, fait de la mort du Confesseur le point de départ de toute l'épopée normande. En quelques mois, la prophétie de l'arbre vert semblait s'accomplir sous les yeux des Anglais.
Le procès en canonisation
Vénéré comme un saint dès sa mort, Édouard ne fut pourtant élevé aux autels que près d'un siècle plus tard, au terme d'un dossier hagiographique patiemment construit par les moines de Westminster, qui trouvaient dans le culte de leur royal fondateur un titre de gloire et de prestige.
Les premières Vies : de la reine Édith à Osbert de Clare
La toute première biographie, la Vita Ædwardi Regis, fut composée dès 1065-1067, à la demande de la reine Édith, veuve du roi. Ce texte, d'abord centré sur la maison de Godwin et sur la gloire du couple royal, n'était pas encore une véritable « vie de saint »[61][62]. C'est le moine Osbert de Clare, prieur de Westminster, qui, vers 1138, la transforma en une hagiographie en règle, rassemblant les miracles et menant une première campagne — d'abord infructueuse, le pape Innocent II ajournant la cause en 1139 faute de témoignages suffisants — pour obtenir de Rome la canonisation[63][64].
Voici les trois grandes Vies qui fondèrent le culte d'Édouard :
| Œuvre | Auteur | Date | Fonction |
|---|---|---|---|
| Vita Ædwardi Regis | Anonyme (moine de Saint-Bertin ?) | v. 1065-1067 | Éloge royal commandé par la reine Édith |
| Vita beati Eadwardi | Osbert de Clare | v. 1138 | Premier dossier de canonisation |
| Vita sancti Edwardi regis | Aelred de Rievaulx | v. 1163 | Vie officielle après la canonisation |
Aelred de Rievaulx et la bulle d'Alexandre III
La cause aboutit sous le roi Henri II et grâce à l'appui de l'abbé cistercien Aelred de Rievaulx. Le pape Alexandre III, dont l'autorité venait d'être renforcée, signa la bulle de canonisation le 7 février 1161, inscrivant Édouard au nombre des saints[65][66]. Pour la fête, Aelred rédigea vers 1163 la grande Vita sancti Edwardi regis et confessoris, qui devint le récit officiel de la sainteté du roi — c'est de cette Vie que provient la forme classique de la prophétie de l'arbre vert[67].
Les historiens modernes soulignent la dimension politique de cette canonisation, portée par les intérêts de l'abbaye de Westminster et de la monarchie ; mais la reconnaissance d'un culte populaire ancien, la réputation de chasteté et les miracles rapportés en constituaient le fondement religieux réel[68].
La translation par saint Thomas Becket
Le 13 octobre 1163, en présence du roi Henri II, le corps du saint fut solennellement transféré dans une châsse neuve par l'archevêque de Cantorbéry, saint Thomas Becket lui-même[69]. C'est à cette occasion que le fameux anneau aurait été retiré du doigt du roi[70]. La date du 13 octobre devint dès lors la fête principale de saint Édouard, celle sous laquelle l'Église l'honore encore.
Un saint pour l'Angleterre
Patron du royaume avant saint Georges
Pendant près de trois siècles, saint Édouard fut, avec saint Edmond le Martyr, le saint patron de l'Angleterre. Ce n'est qu'au milieu du XIVᵉ siècle que le roi Édouard III, en fondant l'ordre de la Jarretière, plaça son royaume et sa chevalerie sous le patronage de saint Georges, qui supplanta peu à peu le roi confesseur dans ce rôle national[71]. Aujourd'hui encore, saint Édouard demeure l'un des saints anglais les plus vénérés, patron des rois et invoqué pour les mariages difficiles.
Henri III et la châsse de Westminster
Aucun roi ne vénéra Édouard comme Henri III. Par dévotion pour le saint fondateur de Westminster, il entreprit à partir de 1245 de reconstruire entièrement l'abbaye dans le style gothique que l'on admire encore. Il fit élever une somptueuse châsse ornée de mosaïques Cosmatesques, achevée en 1269, vers laquelle, le 13 octobre 1269, il porta lui-même sur ses épaules, avec son frère et ses fils, le cercueil du saint[72]. Henri III alla jusqu'à prénommer son propre fils et héritier Édouard, en l'honneur du Confesseur — inaugurant la longue série des rois d'Angleterre de ce nom.
Que reste-t-il aujourd'hui de saint Édouard ?
Fait presque unique en Angleterre, la châsse de saint Édouard a survécu à la Réforme. Démantelée sous Henri VIII lors de la dissolution des monastères, elle fut restaurée sous la reine Marie Iʳᵉ vers 1557, et le saint y repose toujours, au cœur de l'abbaye de Westminster — l'une des rares châsses médiévales encore debout sur son sol d'origine dans tout le pays[73]. Chaque 13 octobre, un office solennel y est encore célébré en son honneur.
Ainsi, mille ans après sa naissance, le dernier roi de la maison de Wessex demeure présent au centre même du sanctuaire national de l'Angleterre, là où continuent de se couronner ses successeurs.
Ce que saint Édouard enseigne
Par-delà les légendes qui ont fleuri autour de son nom, la figure d'Édouard porte une leçon spirituelle durable, que la tradition catholique a discernée sous le titre de « Confesseur » : celle d'un pouvoir vécu comme un service, et d'une couronne portée comme une croix.
Il enseigne d'abord la primauté de Dieu sur le monde. Roi comblé, il traversa les fastes du trône en homme intérieurement libre, assidu à la prière, détaché des richesses, refusant d'accabler son peuple d'impôts. Sa vie illustre à sa manière la parole de l'Évangile :
« Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. » — Évangile selon saint Matthieu (Mt 6, 33)
Il enseigne ensuite la fécondité de la pureté. Sans descendance charnelle, ce roi « stérile » devint le père spirituel d'une nation, « le père des orphelins », et le patron de ceux qui n'ont pas d'enfants ou traversent des mariages éprouvés. Sa chasteté ne fut pas repli, mais disponibilité totale à Dieu et aux pauvres.
Il enseigne enfin la charité concrète du souverain. Sa sainteté ne s'est pas dépensée en discours, mais en aumônes, en guérisons, en pierres offertes à Dieu — l'abbaye de Westminster restant à jamais le signe visible d'une vie donnée. Aux dirigeants de tous les temps, il rappelle que l'autorité n'est légitime que lorsqu'elle se fait, à l'imitation du Christ, service des plus petits.
« Il gouverna son peuple non en maître, mais en père, et fut plus aimé que craint. » — d'après Aelred de Rievaulx, Vie de saint Édouard[74]
Pour aller plus loin
- Saint Étienne de Hongrie (v. 975-1038) — autre grand roi-saint du XIᵉ siècle, fondateur chrétien de son royaume, presque exact contemporain d'Édouard.
- Saint Henri II (973-1024) — empereur du Saint-Empire, autre souverain canonisé réputé pour un mariage virginal, figure jumelle d'Édouard parmi les rois-saints.
- Saint Wulfstan (v. 1008-1095) — évêque de Worcester consacré sous le règne d'Édouard, dernier grand saint anglo-saxon, témoin de la Conquête.
- Saint Vladimir de Kiev (956-1015) — prince baptiseur de la Rus', autre souverain saint du haut Moyen Âge.
- Saint Venceslas (903-935) — duc de Bohême, roi-martyr et patron national, autre modèle du prince chrétien.
- Saint Grégoire VII (v. 1015-1085) — le pape de la grande réforme, contemporain d'Édouard, dont le pontificat transforma le rapport entre l'Église et les rois.
- Saint Bernard de Menthon (1020-1081) — l'apôtre des Alpes, autre grande figure de sainteté du XIᵉ siècle.
Notes et références
Edward the Confessor, notice en.wikipedia.org/wiki/Edward_the_Confessor (article de qualité largement fondé sur Frank Barlow, Edward the Confessor, 1970, et l'Oxford Dictionary of National Biography) : né « between 1003 and 1005 in Islip, Oxfordshire », septième fils d'Æthelred et premier d'Emma de Normandie ; frère germain Alfred, sœur Godgifu ; fuite en Normandie en 1013 à la suite de la prise du trône par Sven ; « spent a quarter of a century in exile, probably mainly in Normandy » ; souscription de quatre chartes en Normandie dans les années 1030, dont deux signées « king of England » ; tentative de 1036 (flotte d'environ quarante navires repoussée à Southampton) et mort d'Alfred, capturé par Godwin, aveuglé et mort de ses blessures ; rappel par Harthacnut en 1041 ; accession à la mort de Harthacnut le 8 juin 1042 ; couronnement « on Easter Sunday, 3 April 1043 » à Winchester ; mariage avec Édith le 23 janvier 1045 ; abolition du heregeld en 1051 ; crise de 1051-1052 (Robert de Jumièges à Cantorbéry, affaire de Douvres, exil puis retour des Godwin) ; abbaye de Westminster, « the first Norman Romanesque church in England », consacrée le 28 décembre 1065 ; mort dans la nuit du 4 au 5 janvier 1066 ; succession de Harold Godwinson et conquête normande ; canonisation « on 7 February 1161 » par Alexandre III ; saint Édouard patron de l'Angleterre jusqu'à l'adoption de saint Georges par Édouard III au XIVᵉ siècle.
1 5 6 9 10 11 12 14 15 18 26 27 28 29 30 37 39 55 60 64 65 71Westminster Abbey, notice officielle « Edward the Confessor and Edith » (westminster-abbey.org) : « born at Islip in Oxfordshire between 1002 and 1005, the son of King Ethelred 'the Unready' and Emma » ; mariage avec Édith « daughter of Godwin(e), Earl of Wessex and his Danish wife Gytha, on 23rd January 1045 » ; l'un des frères d'Édith est Harold Godwinson, successeur d'Édouard ; abbaye « consecrated on Holy Innocents' Day, 28th December 1065 », le roi malade ne pouvant y assister ; mort « on the night of January 4-5, 1066 », inhumation le 6 janvier, jour de l'Épiphanie, devant le maître-autel ; translation « on 13th October 1163 » dans une châsse préparée, retrait de l'anneau à cette occasion ; nouvelle châsse d'Henri III aux mosaïques Cosmatesques « finished in 1269 », translation solennelle le 13 octobre 1269 (le roi et ses proches portant le cercueil sur leurs épaules) ; châsse ayant survécu à la dissolution de 1540, restaurée sous Marie Iʳᵉ vers 1557 ; office annuel le 13 octobre ; Édith morte le 19 décembre 1075.
2 20 22 38 54 59 69 70 72 73Frank Barlow, Edward the Confessor, Yale University Press, coll. « English Monarchs », éd. révisée 1997 (1ʳᵉ éd. Eyre & Spottiswoode, 1970) — biographie académique de référence : discute la localisation incertaine de l'exil, l'interprétation de l'absence d'héritier et la dimension politique de la canonisation. Sur la chasteté, Barlow juge sévèrement la lecture ascétique (« The theory that Edward's childlessness was due to deliberate abstention from sexual relations lacks authority, plausibility and diagnostic value » — la thèse d'une abstinence délibérée « manque d'autorité, de vraisemblance et de valeur diagnostique »), le motif de la continence volontaire ayant été explicitement forgé par Osbert de Clare vers 1138 pour les besoins de la canonisation.
3 25 62 68Catholic Encyclopedia (1909), article « St. Edward the Confessor » (newadvent.org/cathen/05322a.htm) : « son of Ethelred II and Emma, daughter of Duke Richard of Normandy » ; « when hardly ten years old he was sent with his brother Alfred into Normandy to be brought up at the court of the duke his uncle » ; appelé au trône par acclamation « at the age of about forty » en 1042 ; règne d'« almost unbroken peace », remise du « Danegelt » et charges publiques financées par sa propre parcimonie ; « having made a vow of chastity, he first required her agreement to live with him only as a sister » ; « St. Edward was the first King of England to touch for the 'king's evil', many sufferers from the disease were cured by him » ; vœu de pèlerinage à Rome commué par le pape en reconstruction de l'abbaye Saint-Pierre de Westminster ; canonisé par Alexandre III en 1161, fête le 13 octobre, translation solennelle des reliques en 1163 par saint Thomas de Cantorbéry.
4 7 16 19 21 23 31 32 36 40 66Leçons des Matines de la fête de saint Édouard, roi et confesseur (13 octobre), hagiographie traditionnelle reprise du bréviaire romain (reproduite notamment sur jesus-passion.com) : enfance et exil (« à peine âgé de dix ans, il fut recherché par les Danois ») ; « il aimerait mieux ne jamais être roi que de le devenir au prix du sang répandu » ; « de concert avec son épouse, il garda la virginité » ; « sa charité, qu'on pourrait presque appeler prodigue, le faisait nommer le père des orphelins » ; légende de l'anneau donné à saint Jean l'Évangéliste déguisé en pauvre, puis rapporté par des pèlerins avec l'annonce de la mort prochaine ; don de prophétie (mort du roi des Danois Suénon noyé en mer) ; mort « au jour que l'Évangéliste avait marqué, le 5 janvier de l'an du salut 1066 » ; canonisation par Alexandre III.
8 24 34 44 47 48 57Édouard le Confesseur, notice fr.wikipedia.org/wiki/Édouard_le_Confesseur : exil auprès de son oncle Richard II de Normandie à partir de 1013, « environ 25 ans à la cour normande » ; accession « à la mort de Hardeknut le 8 juin 1042 » ; couronnement « à la cathédrale de Winchester le 3 avril 1043 » ; mort d'Alfred en 1036 « par la trahison du comte Godwin de Wessex ».
13Chronique anglo-saxonne (The Anglo-Saxon Chronicle), versions C, D et E — source primaire quasi contemporaine du règne : élection d'Édouard par le peuple à la mort de Harthacnut (« before he was buried, all the people chose Edward as king »), récit de la crise des Godwin de 1051-1052. La mort du roi (annale 1065-1066, manuscrits C et D) est célébrée par un poème vieil-anglais de trente-quatre vers, La Mort d'Édouard (« The Death of Edward »), éd. E. V. K. Dobbie, The Anglo-Saxon Minor Poems, ASPR VI ; le poème loue le roi « chosen by God », défenseur de sa patrie durant ses vingt-quatre ans de règne, dont « angels ferried that truth-fast soul into the heaven's light » (les anges emportèrent son âme fidèle dans la lumière du ciel), et rapporte qu'il « commended the realm unto a high-ranking man, Harold himself ».
17 58Bruce R. O'Brien, God's Peace and King's Peace: The Laws of Edward the Confessor, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 1999. Les Leges Edwardi Confessoris sont une compilation privée rédigée vers 1130-1135, après la Conquête, apocryphe — elles ne transcrivent aucune loi réellement promulguée par le roi Édouard — dont la valeur tient à leur influence sur les perceptions post-Conquête de la « bonne loi » anglaise, non à l'historicité de leur contenu. O'Brien y retrace la source du slogan de la « bonne vieille loi », repris dès la charte de couronnement d'Henri Iᵉʳ (5 août 1100, qui promet de restaurer la « laga Eadwardi ») jusqu'à la Magna Carta (1215).
33Vita Ædwardi Regis qui apud Westmonasterium requiescit (Vie du roi Édouard qui repose à Westminster), anonyme (attribué à un moine de Saint-Bertin), composée vers 1065-1067 à la demande de la reine Édith ; éd. et trad. Frank Barlow, The Life of King Edward who rests at Westminster, Oxford Medieval Texts, 2ᵉ éd., Clarendon Press, 1992. Portrait du roi (texte original anglais de la traduction Barlow) : « he was a very proper figure of a man — of outstanding height, and distinguished by his milky white hair and beard, full face and rosy cheeks, thin white hands, and long translucent fingers ». Récit de guérisons opérées par le roi de son vivant.
35 41 61Royal touch (notice en.wikipedia.org/wiki/Royal_touch) et littérature médico-historique reprenant la Vita Ædwardi Regis (cf. Emerging Infectious Diseases, CDC, vol. 28, 2022 ; RCP Museum, « Touching for the King's evil ») : Édouard est le premier monarque anglais crédité de la guérison des écrouelles (scrofule) par le toucher ; récit de la femme atteinte au cou et stérile, lavée d'eau et marquée du signe de croix par le roi, dont les chairs malades se détachèrent et qui enfanta des jumeaux l'année suivante. Les historiens soulignent que la Vita présente le fait comme un miracle personnel de sainteté, l'institution héréditaire du rite ayant été rattachée rétrospectivement à Édouard.
42 43Aelred de Rievaulx, Vita sancti Edwardi regis et confessoris (Vie de saint Édouard, roi et confesseur), vers 1161-1163, Patrologia Latina, t. 195, col. 737-790 ; rédigée pour la fête de la translation à la demande de l'abbé Laurence de Westminster et dédiée au roi Henri II, elle devint la Vie la plus diffusée (vingt-neuf manuscrits conservés). Aelred n'a pas inventé la prophétie de l'arbre vert : elle figure déjà, sous forme resserrée, dans la Vita Ædwardi Regis (v. 1067) ; il en donne la forme classique développée, mise en scène comme une extase du roi mourant devant la reine Édith, l'archevêque Stigand et Harold. Texte (d'après la traduction anglaise courante d'Aelred) : « When malice shall have reached the fullness of its measure, God will, in His wrath, send to the English people wicked spirits, who will punish and afflict them with great severity, by separating the green tree from its parent stem the length of three furlongs. But at last this same tree, through the compassionate mercy of God, and without any national assistance, shall return to its original root, reflourish and bear abundant fruit. » L'arbre coupé et transporté à trois arpents, revenant sans main d'homme se rejoindre à sa racine pour reverdir et porter du fruit, fut lu comme l'annonce de la conquête normande et de la séparation de la nation d'avec sa racine.
45 52 53 67 74The National Archives (Royaume-Uni), ressource pédagogique « Edward the Confessor » (nationalarchives.gov.uk/education/resources/edward-the-confessor), d'après les sources hagiographiques médiévales : légende de l'anneau donné à saint Jean l'Évangéliste déguisé en pèlerin (à Havering) et rapporté par deux pèlerins anglais en Terre sainte avec l'annonce que, « dans six mois, le roi viendrait vivre avec lui » ; visions attribuées au roi (mort du roi de Danemark ; Sept Dormants d'Éphèse). Les Archives signalent explicitement que la vision de la mort du roi danois est historiquement douteuse, Sven de Danemark étant mort après Édouard — indice que ces récits relèvent du genre édifiant.
46 51Guillaume de Malmesbury, Gesta regum Anglorum (Histoire des rois d'Angleterre), vers 1125 — rapporte les visions prophétiques attribuées à Édouard, dont la vision des Sept Dormants d'Éphèse se retournant sur leur autre côté et la connaissance surnaturelle de la mort du roi danois.
49 50Jean de Worcester, Chronicon ex chronicis (vers 1140), éd. R. R. Darlington, P. McGurk & J. Bray, The Chronicle of John of Worcester, Oxford Medieval Texts, vol. II (annales 450-1066), Oxford, 1995 — chronique latine reprenant la Chronique anglo-saxonne : mort d'Édouard dans la nuit du 4 au 5 janvier 1066, inhumation à Westminster le 6 janvier (Épiphanie) devant le maître-autel, élection et sacre de Harold le lendemain.
56Osbert de Clare, prieur de Westminster, Vita beati Eadwardi regis Anglorum, vers 1138 : transformation de la Vita Ædwardi en hagiographie en règle et premier dossier — d'abord infructueux — présenté à Rome pour la canonisation d'Édouard.
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