L'Évangile selon saint Matthieu

Le premier Évangile, attribué à Matthieu le publicain devenu apôtre : sa place dans le canon, sa datation haute, les témoins anciens, son plan en cinq discours, sa théologie de l'accomplissement et le débat avec l'exégèse moderne.

Ignispedia

L'Évangile selon saint Matthieu est, dans l'ordre reçu par l'Église, le premier livre du Nouveau Testament : vingt-huit chapitres qui présentent Jésus de Nazareth comme le Messie annoncé par les prophètes, le nouveau Moïse et l'Emmanuel, Dieu avec nous. La tradition l'attribue à saint Matthieu, l'apôtre publicain appelé par Jésus à son bureau des impôts, qui l'aurait écrit d'abord pour les chrétiens venus du judaïsme, dans les années 50 à 60, avant la ruine de Jérusalem. C'est l'évangile le plus cité par les Pères, le plus lu à la messe, celui du Sermon sur la montagne, des Béatitudes, du Notre Père, de la confession de Pierre et de la Grande Mission qui envoie les apôtres vers toutes les nations.

Son plan est unique : cinq grands discours de Jésus, chacun clos par la même formule, qui font de lui comme un nouveau Pentateuque. Sa théologie tient en un mot, l'accomplissement : une soixantaine de citations de l'Ancien Testament montrent que tout ce qui arrive à Jésus avait été dit par les prophètes. L'article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur, sa datation, ses témoins anciens, son texte, son plan, sa théologie, son accomplissement dans le Christ et l'Église, sa présence dans la liturgie, puis le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. La synthèse des vingt-sept livres se lit dans Le Nouveau Testament, et la vie de l'évangéliste dans Saint Matthieu l'Évangéliste.

La place de Matthieu dans le canon des Écritures

Le premier livre du Nouveau Testament

Matthieu ouvre le Nouveau Testament dans toutes les Bibles catholiques, avant Marc, Luc et Jean[1]. Cette première place n'est pas un hasard de classement : elle reflète la conviction ancienne que cet évangile est le plus ancien et le plus juif des quatre, le pont naturel entre l'Ancien Testament qui s'achève sur l'annonce et le Nouveau qui s'ouvre sur l'accomplissement. Il commence par une généalogie qui repart d'Abraham et de David, comme si le récit reprenait exactement là où les prophètes l'avaient laissé[2].

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Le Catéchisme appelle les évangiles le cœur de toutes les Écritures, parce qu'ils sont la principale source de la vie et de l'enseignement du Verbe incarné[3]. Et le concile Vatican II rappelle que l'Église a toujours tenu l'origine apostolique des quatre Évangiles, Matthieu en tête[4]. Le lecteur qui veut la vue d'ensemble des vingt-sept livres, leur formation et leur liste complète la trouvera dans Le Nouveau Testament et dans Le canon du Nouveau Testament.

Matthieu dans la liste des 27 livres

Le tableau suivant résume les grandes étapes par lesquelles l'Église a reconnu les vingt-sept livres, avec la place constante de Matthieu en tête des évangiles.

ÉtapeDateCe qui est attesté pour Matthieu
Saint Athanase, 39e lettre festalePâques 367Première liste complète des 27, dont les quatre évangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean[5]
Concile d'Hippone, canon 36393Catalogue des Écritures lues à l'église, quatre évangiles inclus[6]
IIIe concile de Carthage, canon 47397Même catalogue pour l'Afrique, avec consultation de l'Église d'outre-mer[7]
Concile de Florence, bulle Cantate Domino1442Liste des livres reçus, confirmée pour les Jacobites[8]
Concile de Trente, session IV8 avril 1546Définition solennelle du canon avec anathème, les quatre évangiles en tête[9]

Aucune de ces listes ne discute Matthieu : les hésitations anciennes n'ont jamais porté que sur quelques brèves lettres, jamais sur les évangiles[10]. Le premier évangile appartient au donné stable, celui que les Églises lisent à la messe depuis le milieu du IIe siècle, quand saint Justin décrit déjà les mémoires des apôtres lus chaque dimanche au même titre que les prophètes[11].

L'auteur reçu par l'Église : Matthieu le publicain

L'appel au bureau des impôts

L'évangile raconte lui-même l'appel de son auteur en deux versets d'une brièveté foudroyante. Jésus passe, voit un homme assis à son bureau de collecteur d'impôts, et l'appelle. L'homme se lève et le suit[12].

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« Jésus partit de là et vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de collecteur d'impôts. Il lui dit : Suis-moi. L'homme se leva et le suivit. » (Évangile selon saint Matthieu, 9, 9 , AELF) [13]

Le récit continue par le repas chez Matthieu, entouré de publicains et de pécheurs, et par la parole qui deviendra la signature de la miséricorde : je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs[14]. Seul cet évangile nomme l'appelé Matthieu : Marc et Luc racontent la même scène sous le nom de Lévi[15]. La tradition, avec saint Jérôme, identifie les deux noms au même homme, Matthieu aussi appelé Lévi, d'abord publicain puis apôtre[16].

Lévi, fils d'Alphée, l'un des Douze

Matthieu figure dans les quatre listes des Douze, et sa propre liste ajoute une précision que les autres taisent : Matthieu le publicain[17]. Ce détail a valeur de signature : l'évangéliste se désigne par le métier méprisé dont le Christ l'a tiré, comme Paul se dira le premier des pécheurs. Fils d'Alphée selon Marc, Galiléen de Capharnaüm selon le cadre du récit, il appartient au cercle des témoins oculaires, condition que Luc pose lui-même au début de son évangile pour distinguer les récits fondés des fables[18].

La vie de l'homme, sa prédication, son martyre en pays de mission selon la tradition, ses reliques conservées à Salerne depuis le Xe siècle et sa fête au 21 septembre appartiennent à l'article dédié Saint Matthieu l'Évangéliste. Ici, c'est le livre qui est en cause, et la question qui compte est celle-ci : l'apôtre publicain est-il vraiment celui qui l'a écrit, et quand.

Pourquoi un apôtre comme auteur change tout

Vatican II lie l'autorité des évangiles à leur origine : ce sont les Apôtres, ou des hommes de leur entourage, qui ont consigné par écrit le message du salut[19]. Un évangile d'apôtre est un témoignage direct, celui d'un homme qui a vu, entendu et touché, selon le prologue de la première lettre de Jean[20]. Matthieu, s'il est bien l'auteur, écrit en témoin : percepteur habitué aux registres et aux chiffres, il compose l'évangile le plus ordonné, le plus chiffré, le plus construit des quatre, avec ses généalogies comptées, ses paraboles groupées par sept ou par dix, ses discours clos un par un[21].

La datation traditionnelle : un évangile très ancien

Irénée : au temps de Pierre et Paul à Rome

Le plus ancien tableau complet des quatre évangiles est celui de saint Irénée de Lyon, vers 180. Il écrit que Matthieu publia son évangile chez les Hébreux, dans leur propre langue, pendant que Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église[22].

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« Matthieu publia son Évangile chez les Hébreux, dans leur propre langue, pendant que Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église. » (Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1) [23]

Pierre et Paul meurent martyrs à Rome sous Néron, vers 64 à 67[24]. Si Matthieu écrit pendant leur prédication romaine, son évangile appartient aux années 50 à 60, une génération après la Croix, du vivant des témoins. Eusèbe de Césarée reprend cette chronologie au IVe siècle : Matthieu, après avoir d'abord prêché aux Hébreux, mit son évangile par écrit dans sa langue maternelle au moment de partir vers d'autres peuples[25].

Avant la ruine de Jérusalem : trois indices internes

Rien dans le texte ne suppose le Temple détruit, et tout y respire une Judée encore debout. Trois indices portent la datation haute.

D'abord le silence sur la ruine comme fait accompli. Jésus annonce la destruction du Temple en termes précis[26], mais aucun passage ne dit : cela est arrivé comme il l'avait annoncé. Or un auteur écrivant après 70 aurait eu tout intérêt à souligner l'accomplissement, comme les Pères le feront ensuite sans se priver[27]. Ensuite la polémique avec un pharisaïsme d'avant 70 : débats sur le Temple, le tribut à César, le sabbat, les ablutions, qui collent à la Judée d'avant la guerre, non à la situation des synagogues après Jamnia[28]. Enfin l'arrêt des Actes des Apôtres avant la mort de Paul, vers 64, sans mentionner ni sa mort ni la ruine de Jérusalem, ce qui tire tout le corpus apostolique vers le haut[29].

Les tenants modernes d'une date haute

La datation haute n'est pas une nostalgie pieuse : elle compte des défenseurs savants, dont un anglican peu suspect de traditionalisme.

AuteurOuvrageDate proposée pour Matthieu
John A. T. RobinsonRedating the New Testament, SCM Press, 1976Entre 40 et le début des années 60[30]
John WenhamRedating Matthew, Mark and Luke, Hodder, 1991Dès les années 40, premier des synoptiques[31]
D. A. Carson et Douglas MooAn Introduction to the New Testament, Zondervan, 1992 et 2005Années 50 à 60 défendables, indices du Temple encore debout[32]
R. T. FranceCommentaires Tyndale (1985) et NICNT (2007)Datation haute, ecclésiologie primitive[33]
Craig BlombergMatthew, New American Commentary, 1992Toute date entre 40 et 100 compatible, préférence pour les années 60[34]
John NollandThe Gospel of Matthew, NIGTC, Eerdmans, 2005Date haute avec arguments nouveaux, grande fidélité historique[35]

Robinson formule l'argument maître : aucun écrit du Nouveau Testament ne parle de la ruine de Jérusalem comme d'un fait accompli, alors que c'était la catastrophe centrale du judaïsme du siècle. Si les textes étaient postérieurs, ce silence serait inexplicable[36].

Les témoins anciens de Matthieu

Papias : les logia en langue hébraïque

Le plus ancien témoin est Papias, évêque d'Hiérapolis dans la première moitié du IIe siècle, auditeur de la génération apostolique selon Irénée[37]. Eusèbe cite de lui cette phrase, la plus ancienne notice conservée sur l'origine d'un évangile.

« Matthieu composa les logia en langue hébraïque, et chacun les traduisait comme il en était capable. » (Papias, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39, 16) [38]

Le mot logia, oracles, désigne dans la langue antique un recueil vénérable, et le titre même de l'ouvrage de Papias, Explications des logia du Seigneur, en cinq livres, montre qu'il commentait les évangiles reçus, non un tract inconnu[39]. Que chacun les traduisît comme il pouvait suppose un original sémitique circulant parmi des Églises de langue grecque, exactement ce que la tradition dira ensuite du Matthieu hébreu.

Eusèbe : écrit dans sa langue maternelle

Eusèbe, premier historien de l'Église, résume au IVe siècle la tradition reçue sur l'ordre des évangiles, avec une notice Matthieu qui recoupe Papias et Irénée.

« Matthieu, qui avait d'abord prêché aux Hébreux, au moment de partir vers d'autres peuples, confia son Évangile à l'écrit dans sa langue maternelle, compensant ainsi par cet écrit l'absence dont il allait les priver. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 24) [40]

Matthieu écrit donc, selon Eusèbe, avant de quitter les Hébreux, pour que les convertis du judaïsme gardent par écrit ce qu'ils perdent en présence. Le motif pastoral explique le caractère de l'œuvre : un évangile de la continuité, qui prouve aux Juifs que Jésus est celui que Moïse et les prophètes annonçaient.

Origène, Clément, Tertullien : l'ordre reçu

Au IIIe siècle, Origène donne l'ordre Matthieu, Marc, Luc, Jean : Matthieu, d'abord publicain devenu apôtre, écrivit pour les convertis du judaïsme, Marc selon les directives de Pierre, Luc selon Paul, Jean en dernier[41]. Clément d'Alexandrie rapporte la tradition des presbytres : les évangiles à généalogies, Matthieu et Luc, furent écrits les premiers, Marc ensuite à Rome à la demande des auditeurs de Pierre[42]. Tertullien, face à Marcion qui ne retient qu'un Luc mutilé, pose le principe qui tranche : l'autorité appartient à ce qui est le plus ancien[43]. Trois milieux différents, Alexandrie, Rome, Carthage, tiennent la même antériorité de Matthieu.

Jérôme : le Matthieu hébreu de Césarée

Saint Jérôme, qui a manié l'hébreu mieux que tout Latin de son temps, écrit en 393 que Matthieu composa en Judée, en hébreu, pour les circoncis devenus croyants, et que l'original se conservait encore de son temps à Césarée, dans la bibliothèque de Pamphile[44].

« Matthieu, aussi appelé Lévi, apôtre et d'abord publicain, composa en Judée, en hébreu, pour ceux de la circoncision qui avaient cru, l'Évangile du Christ. L'original hébreu s'est conservé jusqu'à ce jour dans la bibliothèque de Césarée que Pamphile rassembla avec tant de soin. » (Saint Jérôme, Des hommes illustres, 3) [45]

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Jérôme ajoute que les Nazaréens de Bérée lui ont fait connaître ce volume, et qu'il l'a traduit[46]. Le témoignage est de première main : Jérôme dit avoir vu et touché l'objet, non répéter une rumeur.

Pantène et l'exemplaire venu de l'Inde

Eusèbe rapporte que Pantène, chef de l'école catéchétique d'Alexandrie vers 180, poussé par son zèle jusqu'en Inde, y trouva des chrétiens possédant l'évangile de Matthieu en caractères hébreux, laissé là par l'apôtre Barthélemy qui leur avait prêché[47]. L'identification exacte de cette Inde, peut-être l'Arabie du Sud, reste débattue[48]. Mais le fait brut compte : à la fin du IIe siècle, un exemplaire sémitique de Matthieu circule jusqu'aux confins du monde connu, attribué à la prédication d'un apôtre.

L'Évangile aux Hébreux et les Nazaréens

Les Pères connaissent un évangile sémitique en usage chez les judéo-chrétiens, cité sous les noms d'Évangile selon les Hébreux, des Nazaréens ou des Ébionites. Jérôme rapporte que les Nazaréens tiennent leur évangile hébreu pour l'original de Matthieu, tandis qu'Irénée et Épiphane y voient une forme remaniée du Matthieu canonique[49]. Les fragments conservés par les citations patristiques ne permettent pas de trancher l'identification complète, et la recherche moderne distingue trois textes là où les anciens en voyaient parfois un seul[50]. Une chose reste assurée : l'existence d'une tradition matthéenne sémitique vivante en Syrie au IVe siècle, que Jérôme atteste de visu.

  1. années 50 à 60
    Rédaction de Matthieu
    pour les Hébreux, dans leur langue

    Matthieu met par écrit son évangile avant de quitter les Hébreux, au temps où Pierre et Paul évangélisent Rome[51].

  2. première moitié du IIe siècle
    Papias et les logia
    le plus ancien témoin conservé

    Papias atteste le Matthieu en langue hébraïque, que chacun traduisait comme il pouvait[52].

  3. vers 150 à 160
    Justin et la messe du dimanche
    les mémoires des apôtres déjà Écriture en acte

    Les évangiles sont lus à l'assemblée dominicale au même titre que les prophètes[53].

  4. vers 180
    Irénée et Pantène
    le tableau des quatre et l'exemplaire de l'Inde

    Irénée fixe les quatre évangiles et leurs auteurs, Pantène trouve le Matthieu hébreu aux confins de l'Orient[54].

  5. IIIe au IVe siècle
    Origène, Eusèbe, Jérôme
    l'ordre reçu et l'original de Césarée

    Alexandrie, Césarée et Bethléem transmettent la même tradition : Matthieu premier, d'abord en sémitique[55].

  6. 367 à 1546
    Le canon qui reçoit Matthieu
    d'Athanase à Trente

    La liste des 27 livres, fixée en Afrique puis confirmée à Florence, est définie solennellement à Trente, Matthieu en tête[56].

Le texte : langue, manuscrits et transmission

Le grec reçu et l'original sémitique

Le texte de Matthieu que possèdent les manuscrits est en grec de la koinè, soigné et structuré, et ses citations de l'Ancien Testament suivent normalement la Septante[57]. C'est un fait, et il faut le dire sans détour. Mais il ne contredit pas les Pères : entre un premier écrit sémitique et le texte grec reçu, il y a place pour une traduction d'auteur, éventuellement du même apôtre écrivant ensuite en grec pour un public élargi. Même Davies et Allison, tenants de la priorité de Marc, jugent difficile d'écarter le témoignage unanime des Pères et envisagent un Matthieu araméen premier, traduit en grec puis augmenté[58]. La position catholique tient les deux bouts : le grec reçu est l'Écriture inspirée que l'Église lit, et la tradition d'un original sémitique reste l'explication la plus naturelle de l'unanimité patristique.

Les plus anciens manuscrits de Matthieu

TémoinContenu matthéenDatation admise
Papyrus 104Fragment du chapitre 21Vers 150, parmi les plus anciens[59]
Papyrus 64 et 67Chapitres 3, 5 et 26, même codexVers 170 à 200 selon le consensus[60]
Papyrus 45Les quatre évangiles et les Actes, en partieIIIe siècle[61]
Codex VaticanusBible grecque presque complèteIVe siècle[62]
Codex SinaiticusBible grecque complèteIVe siècle[63]
Codex WashingtonianusLes quatre évangilesVe siècle[64]
Papyrus 104 : fragment de Mt 21, 34 à 37, vers 150, bibliothèque Sackler, Oxford. Photo : Wikimedia Commons, domaine public.

La datation très haute jadis proposée pour le papyrus 64, entre 70 et 100, n'a pas été retenue par la majorité après la réponse de Peter Head en 1995[65]. Inutile de forcer les dates : le dossier se tient sans cela. Une vingtaine de papyrus au total conservent des portions de Matthieu, et la liste complète se vérifie dans le répertoire de Nestle-Aland[66].

Les versions anciennes

Dès le IIe siècle, le grec est traduit : la Vieille Latine en Occident, la Peshitta syriaque en Orient, les versions coptes en Égypte[67]. Vers 382 à 384, le pape Damase commande à Jérôme la révision des évangiles latins, qui donnera la Vulgate, Bible de l'Occident pour plus d'un millénaire[68]. La diffusion des versions prouve l'usage : on ne traduit pas avec un tel empressement un livre confidentiel. L'article La Vulgate raconte cette histoire, et Les manuscrits de la Bible donne la vue d'ensemble des témoins.

Avant même ces traductions, vers 160 à 175, le Syrien Tatien avait cousu les quatre évangiles en un récit continu, le Diatessaron, qui s'ouvre sur le prologue de Jean et donne à Matthieu une place éminente[69]. L'ouvrage devint l'évangile de fait des Églises de langue syriaque pour près de deux siècles : au milieu du IIe siècle, les quatre récits, Matthieu en tête, circulaient donc déjà ensemble comme Écriture.

Le texte antique le mieux attesté

Le Nouveau Testament est de très loin le texte antique le mieux conservé : environ 5 800 manuscrits grecs recensés selon les inventaires Aland, 10 000 latins, plus de 24 000 témoins en toutes langues[70]. À côté, l'Iliade d'Homère, le mieux loti des classiques, aligne environ 640 manuscrits grecs[71]. Et l'intervalle entre la composition et les plus anciens témoins se compte en décennies pour le Nouveau Testament, contre plusieurs siècles pour Tacite ou Platon[72]. La critique textuelle, science née pour traquer les fautes de copie, aboutit ici à un constat de solidité : le texte de Matthieu que lit la messe est, à des variantes mineures près, celui des premiers siècles[73].

Plan du livre : vingt-huit chapitres en cinq discours

Le tableau suivant donne l'ossature reçue du livre, du prologue aux cinq discours alternant récits et paroles, jusqu'à la Passion et à l'envoi final.

Partie du livreChapitresContenu
Prologue : les origines1 à 2Généalogie, naissance virginale, mages, fuite en Égypte, retour à Nazareth
Le Royaume annoncé en Galilée3 à 4Jean-Baptiste, baptême, tentation, appel des premiers disciples
Premier discours : la justice du Royaume5 à 7Sermon sur la montagne, Béatitudes, Notre Père, règle d'or
Récits et second discours8 à 10Dix miracles, envoi des Douze en mission
Troisième discours : les paraboles11 à 13Le Royaume en paraboles, l'ivraie, le trésor, la perle, le filet
Récits et quatrième discours14 à 18Multiplication des pains, confession de Césarée, Transfiguration, vie de la communauté
Montée à Jérusalem19 à 23Enseignements en route, entrée messianique, controverses au Temple
Cinquième discours : les fins dernières24 à 25Ruine du Temple annoncée, paraboles de la vigilance, jugement des nations
Passion et Résurrection26 à 28Cène, Gethsémani, Croix, tombeau gardé, apparitions, Grande Mission

La généalogie en trois fois quatorze

Le livre s'ouvre sur un registre de famille qui va d'Abraham à Joseph, en trois séries de quatorze générations : d'Abraham à David, de David à l'exil de Babylone, de l'exil au Christ[74].

« Le nombre total des générations est donc : depuis Abraham jusqu'à David, quatorze générations ; depuis David jusqu'à l'exil à Babylone, quatorze générations ; depuis l'exil à Babylone jusqu'au Christ, quatorze générations. » (Évangile selon saint Matthieu, 1, 17 , AELF) [75]

Le découpage suppose des omissions volontaires entre Joram et Ozias, et les commentateurs y lisent la valeur symbolique du quatorze, nombre de David en gématrie hébraïque[76]. Quatre femmes y figurent contre l'usage des généalogies juives, Thamar, Rahab, Ruth et Bethsabée, toutes à l'histoire irrégulière, comme pour annoncer que le salut passe par les chemins que la respectabilité n'attend pas[77].

Les cinq discours et leur formule de clôture

Chaque discours se termine par la même phrase de transition, quand Jésus eut achevé, qui scande le livre comme les cinq livres de la Torah scandent la Loi[78].

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« Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule fut frappée de sa doctrine. » (Évangile selon saint Matthieu, 7, 28 , LSG) [79]

Le tableau suivant donne les cinq discours, leurs chapitres et leur verset de clôture.

DiscoursChapitresClôture : quand Jésus eut achevé
Sermon sur la montagne5 à 77, 28
Envoi des Douze en mission1011, 1
Paraboles du Royaume1313, 53
Vie de la communauté1819, 1
Fins dernières et jugement des nations24 à 2526, 1

Depuis Benjamin Bacon en 1918 et 1930, on lit volontiers ces cinq livres comme un nouveau Pentateuque, avec Jésus en nouveau Moïse enseignant depuis la montagne[80]. La lecture éclaire, à condition de ne pas la rendre rigide : d'autres plans en trois parties restent défendus, et le livre respire aussi par ses récits[81]. Ce qui demeure, c'est l'intention : Matthieu est l'évangéliste enseignant, celui des catéchistes, dont les discours se mémorisent et se prêchent.

L'enfance selon Matthieu

Seul Matthieu raconte la visite des mages venus d'Orient suivre l'étoile jusqu'à Bethléem, la fuite en Égypte devant Hérode, le massacre des Innocents et le retour par Nazareth[82]. Chaque épisode s'achève sur une citation d'accomplissement : l'Égypte rappelle Osée, les pleurs de Rama rappellent Jérémie, Nazareth accomplit ce qui avait été dit par les prophètes[83]. Luc donne une autre enfance, l'annonce à Marie, la crèche, les bergers, sans ces épisodes : les deux récits se complètent sans se répéter, l'un regardant vers les Juifs, l'autre vers les humbles et les nations[84].

La Passion et la Résurrection : la garde au tombeau

Matthieu suit Marc dans le récit de la Passion, mais ajoute un épisode qui n'appartient qu'à lui : à la demande des chefs juifs, Pilate fait garder le tombeau et sceller la pierre, de peur que les disciples ne volent le corps[85]. Après la Résurrection, les gardes, soudoyés, répandent la rumeur du vol pendant le sommeil, rumeur que Matthieu dit encore courante chez les Juifs au moment où il écrit[86]. Le détail a une portée apologétique que Chrysostome relève : les adversaires eux-mêmes fournissent la garde qui rendra le tombeau vide inexplicable sans Résurrection[87].

La théologie de Matthieu : le Royaume annoncé à Israël

L'accomplissement des Écritures

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Le mot qui résume Matthieu est l'accomplissement. Une dizaine de fois, le récit s'interrompt pour noter que tout cela arriva afin que s'accomplît ce qui avait été dit par le prophète : la naissance virginale, la fuite en Égypte, le retour de l'exil intérieur, la prédication en Galilée, les guérisons, l'entrée à Jérusalem[88]. Au-delà de ces citations réflexives, on compte au moins soixante citations directes de l'Ancien Testament, contre vingt-trois chez Marc et vingt-cinq chez Luc, sans parler des allusions[89]. Matthieu ne prouve pas Jésus par l'Écriture comme par un argument extérieur : il montre que l'Écriture, lue jusqu'au bout, réclame Jésus.

Le Royaume des Cieux, trente-deux fois

L'expression Royaume des Cieux apparaît trente-deux fois, et seulement chez Matthieu, qui emploie par ailleurs Royaume de Dieu à quelques reprises[90]. Le parallélisme avec Marc confirme le sens : là où Marc écrit Royaume de Dieu, Matthieu écrit Royaume des Cieux[91]. L'explication reçue y voit le respect juif du Nom divin, qui évite de prononcer Dieu : un indice de plus du milieu d'origine, des chrétiens venus du judaïsme pour qui le Ciel nomme Dieu sans le nommer[92].

Emmanuel, Dieu avec nous, du premier au dernier chapitre

Le premier accomplissement cité donne le programme : l'enfant de la Vierge s'appellera Emmanuel, Dieu avec nous[93].

« Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : Dieu-avec-nous. » (Évangile selon saint Matthieu, 1, 23 , AELF) [94]

Et la dernière parole du Ressuscité répond à la première : je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde[95]. L'évangile s'ouvre sur Dieu avec nous dans un nouveau-né et se ferme sur Dieu avec nous dans l'Église en mission : cette inclusion, relevée par les grands commentaires, fait de Matthieu l'évangile de la présence continue[96].

La seule Église nommée des évangiles

Le mot ekklèsia, Église, n'apparaît dans aucun autre évangile, et deux fois chez Matthieu : en 16, 18, au sens universel de l'Église bâtie sur Pierre, et en 18, 17, au sens communautaire de la correction fraternelle[97]. Matthieu est ainsi, paradoxalement, l'évangile le plus juif et le plus ecclésial : c'est lui qui donne à l'Église des nations sa charte, la discipline du pardon sans limite, le pouvoir de lier et de délier, la présence du Christ là où deux ou trois sont rassemblés en son nom[98].

L'accomplissement chrétien : Pierre, la montagne, les nations

Tu es Pierre, et sur cette pierre

À Césarée de Philippe, Simon confesse : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus répond par la parole fondatrice que seul Matthieu rapporte, fondement scripturaire de la primauté pétrinienne en lecture catholique[99].

« Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Évangile selon saint Matthieu, 16, 18-19 , AELF) [100]

La vie de celui qui reçut ces clés se lit dans Saint Pierre, et l'extension de sa charge dans Saint Paul, l'apôtre des nations que Matthieu, paradoxalement, prépare déjà en ouvrant son récit aux mages païens.

Le Sermon sur la montagne, les Béatitudes, le Notre Père

Le premier discours, chapitres 5 à 7, est le texte le plus médité du christianisme : les Béatitudes qui retournent les valeurs du monde, l'accomplissement de la Loi portée à sa perfection intérieure, le Notre Père dans sa version longue, la règle d'or[101].

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » (Évangile selon saint Matthieu, 5, 3 , AELF) [102]

« Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. » (Évangile selon saint Matthieu, 6, 9-11 , AELF) [103]

Sept demandes contre la version courte de Luc : le Matthieu enseignant donne la prière complète, que l'Église récite à chaque messe et à chaque heure[104].

La Grande Mission vers toutes les nations

L'évangile écrit pour les Juifs s'achève sur l'envoi universel, sur une montagne de Galilée. Le Ressuscité donne tout pouvoir, ordonne de faire des disciples de toutes les nations en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et promet sa présence jusqu'à la fin du monde[105].

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » (Évangile selon saint Matthieu, 28, 19-20 , AELF) [106]

La formule trinitaire du baptême, que seule Matthieu énonce ainsi, est entrée dans le rituel de l'Église pour toujours[107]. Et la dernière phrase boucle l'inclusion ouverte à Bethléem : l'Emmanuel du commencement est le compagnon de la mission jusqu'à la fin.

Matthieu dans la prière de l'Église, les arts et le magistère

L'évangile de l'année A

Matthieu est l'évangile le plus représenté sur l'ensemble du lectionnaire : il porte l'année A du cycle dominical de trois ans, et fournit une grande part des lectures des fêtes fixes[108]. Noël entend la généalogie et l'enfance selon Matthieu, l'Épiphanie les mages, le premier dimanche de Carême la tentation au désert, la Transfiguration le récit du Thabor en année A, la Toussaint les Béatitudes[109]. Jean domine le Carême et le Temps pascal, mais sur l'année entière, aucun évangéliste n'est autant entendu à la messe que Matthieu[110].

Les grands commentateurs

CommentateurŒuvre sur MatthieuRepère
OrigèneCommentaire sur Matthieu, en grec, partiellement conservéIIIe siècle[111]
Saint Hilaire de PoitiersCommentaire sur Matthieu, en latinVers 355[112]
Saint Jean Chrysostome90 homélies sur Matthieu, prêchées à AntiocheVers 386 à 388[113]
Saint JérômeCommentaire sur Matthieu398[114]
Saint AugustinDe l'accord des évangélistesVers 400[115]
Saint Thomas d'AquinChaîne d'or sur Matthieu, compilation des PèresVers 1262 à 1264[116]

Les 90 homélies de Chrysostome restent le plus vaste commentaire patristique d'un évangile, et la Chaîne d'or de Thomas, demandée par Urbain IV, coud ensemble les explications des Pères verset par verset[117].

L'homme ailé du tétramorphe

Irénée est le premier à lier les quatre Vivants aux quatre évangiles, avec une répartition différente de celle qui prévaudra[118]. C'est la forme fixée par Jérôme que l'Occident retient : l'homme pour Matthieu, le lion pour Marc, le bœuf pour Luc, l'aigle pour Jean[119]. Le motif, selon le prologue de Jérôme à son Commentaire, tient à l'ouverture du livre : Matthieu commence par la génération humaine du Christ, il lui revient la figure humaine[120]. Depuis, l'homme ailé signe Matthieu dans les mosaïques, les enluminures et les portails, et l'article Saint Matthieu l'Évangéliste montre ses représentations.

Matthieu en peinture : l'Appel de Caravage

Le Caravage, L'Appel de saint Matthieu, 1599 et 1600, église Saint-Louis-des-Français, Rome. Photo : Wikimedia Commons, domaine public.

Aucun peintre n'a fixé l'évangéliste dans la mémoire des hommes comme Le Caravage. Pour la chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français, à Rome, il peint en 1599 et 1600 trois toiles : l'Appel de saint Matthieu, le Martyre et Saint Matthieu et l'ange[121]. L'Appel transpose le bureau des impôts en taverne romaine : le Christ entre, tend la main comme le Créateur de la Sixtine, et Matthieu, stupéfait, se désigne lui-même du doigt, comme pour demander si c'est bien lui que Dieu appelle. Trois siècles de catéchisme par l'image tiennent dans ce geste.

Le magistère : Dei Verbum et le Catéchisme

Vatican II a fixé la doctrine sur les évangiles en deux paragraphes décisifs. D'abord l'origine : l'Église tient l'origine apostolique des quatre Évangiles, dont le quadriforme selon Matthieu, Marc, Luc et Jean[122].

« Toujours et partout l'Église a tenu et tient l'origine apostolique des quatre Évangiles. » (Concile Vatican II, Dei Verbum, 18) [123]

Ensuite la vérité : l'Église affirme sans hésiter leur historicité, car ils transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné, à partir de la mémoire des Apôtres ou du témoignage des témoins oculaires[124].

« La sainte Mère Église a tenu et tient fermement que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel. » (Concile Vatican II, Dei Verbum, 19) [125]

Le Catéchisme déploie la formation des évangiles en trois étapes, la vie de Jésus, la prédication apostolique orale, puis la mise par écrit par les auteurs sacrés gardant la forme d'une prédication[126]. Pie XII, dès 1943, avait encouragé les études bibliques et le retour aux langues originales[127], et la Commission biblique pontificale, en 1964, a précisé la méthode : accueillir les genres littéraires sans dissoudre la vérité historique des évangiles[128]. Benoît XVI, dans son Jésus de Nazareth en trois volumes, lira Matthieu en croyant qui pense, montrant qu'exégèse et foi se portent l'une l'autre[129].

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Depuis deux siècles, une partie de l'exégèse contemporaine propose des datations tardives et des attributions différentes de celles de la tradition. Il faut les exposer loyalement, puis montrer pourquoi les positions traditionnelles restent défendables.

La question synoptique : quatre hypothèses

Pour expliquer les ressemblances entre Matthieu, Marc et Luc, quatre solutions se partagent la recherche.

HypothèseOrdre proposéJalons
Priorité de Marc, deux sourcesMarc, puis Matthieu et Luc avec QWeisse et Wilke 1838, Holtzmann 1863[130]
Quatre sourcesMarc, Q, M propre à Matthieu, L propre à LucStreeter, The Four Gospels, 1925[131]
Griesbach, deux évangilesMatthieu, puis Luc, puis Marc abréviateurGriesbach 1789, relancée par Farmer 1964[132]
AugustinienneMatthieu, puis Marc, puis Luc, l'ordre canoniqueButler 1951, Orchard, Wenham 1991[133]

La première hypothèse est aujourd'hui dominante à l'université, et il serait malhonnête de le taire[134]. Mais dominante ne veut pas dire démontrée : les trois autres comptent des défenseurs savants, et toutes s'accordent à reconnaître que la question n'est pas tranchée par les manuscrits, qui donnent unanimement l'ordre Matthieu, Marc, Luc[135].

La source Q : un document sans manuscrit

La pièce maîtresse de l'hypothèse dominante s'appelle Q, de l'allemand Quelle, source : un recueil de paroles de Jésus, en grec, sans récit de passion, qu'auraient utilisé indépendamment Matthieu et Luc pour leurs quelque deux cents versets communs absents de Marc[136]. L'hypothèse est ingénieuse, mais Q n'existe dans aucun manuscrit, aucun catalogue, aucune citation des Pères : c'est un document reconstruit, dont le contenu varie selon les reconstructions[137].

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Mark Goodacre, lui-même tenant de la priorité de Marc, a instruit le procès dans The Case Against Q en 2002 : les accords mineurs de Matthieu et Luc contre Marc montrent que Luc connaît Matthieu, et toute la construction Q repose sur le postulat que Luc ne le connaît pas[138].

« Les accords mineurs montrent que Luc connaissait Matthieu. » (Mark Goodacre, The Case Against Q, 2002) [139]

Autrement dit, le document le plus cité du dossier synoptique est aussi le seul dont on ne possède aucune trace matérielle, tandis que les témoins nommés, Papias, Irénée, Origène, sont écartés comme tardifs ou crédules[140].

Les datations tardives et leurs arguments

Dans la chronologie dominante, Marc écrit vers 70, Matthieu et Luc vers 80 à 85 : Raymond Brown propose pour Matthieu 80 à 90, Davies et Allison le placent après 70, souvent à Antioche de Syrie[141]. Trois arguments portent cette datation : Mt 22, 7 et 24, 2 refléteraient la ruine de 70 comme un souvenir, si Matthieu utilise Marc daté de 70 il est nécessairement postérieur, et l'organisation ecclésiale reflétée supposerait une Église de deuxième génération[142].

Chacun se discute. Que Jésus ait annoncé la ruine du Temple avec précision n'oblige à dater après coup que si l'on exclut par principe la prophétie : Leighton Pullan notait déjà que l'argument repose sur la supposition que le Seigneur n'a pas pu prévoir l'événement prédit[143]. Que Matthieu utilise Marc n'est vrai que dans l'hypothèse dont on débat, et l'Église décrite, Douze itinérants, discipline fraternelle, scribes devenus disciples, ressemble à une communauté naissante bien plus qu'à une institution installée[144].

Les deux généalogies : Matthieu et Luc

L'objection la plus ancienne contre l'historicité de Matthieu porte sur sa première page. La généalogie de Mt 1 va d'Abraham à Joseph par Salomon et les rois de Juda, tandis que celle de Lc 3 remonte de Joseph à Adam par Nathan, un autre fils de David : entre David et Joseph, les noms divergent presque entièrement[145]. Les païens Celse puis Porphyre en firent déjà un argument, et elle reste l'objection favorite des manuels sceptiques.

La réponse catholique est elle-même très ancienne. Jules l'Africain, dès le début du IIIe siècle, expliquait dans sa Lettre à Aristide, conservée par Eusèbe, que Joseph a deux pères : Jacob son père naturel selon Matthieu, Héli son père légal selon Luc, devenu père par le mariage léviratique qui donnait un fils au frère défunt[146]. Saint Augustin reprend l'explication : les deux listes sont celles de Joseph, l'une selon la nature, l'autre selon la loi, et leur divergence même prouve l'indépendance des témoins plutôt que leur concertation[147]. D'autres lisent la liste de Luc comme celle de Marie, Héli étant le beau-père de Joseph : hypothèse permise, que l'Église n'a pas tranchée, mais qui n'est pas nécessaire pour lever la contradiction.

Le sens de logia chez Papias

Le débat sur un mot illustre la méthode. Quand Papias dit que Matthieu composa les logia en hébreu, trois lectures s'affrontent : les logia seraient l'évangile complet, oracles au sens noble du grec antique, comme en Rm 3, 2 où le mot désigne tout l'Ancien Testament[148] ; ou un simple recueil de paroles, ancêtre du Q hypothétique, lecture popularisée au XIXe siècle[149] ; ou l'ensemble des faits et paroles, sens imposé par le parallélisme avec la notice sur Marc qui mêle dits et gestes[150]. La lecture restrictive est celle des manuels critiques, mais le sens antique normal et le titre même de l'ouvrage de Papias favorisent les deux autres : Eusèbe, Origène, Clément, Irénée, tous, ont compris que Papias parlait de l'évangile[151].

Les présupposés en cause

La critique radicale naît à Tübingen avec Baur, qui loge les écrits dans un schéma de conflit primitif entre judéo-chrétiens et pagano-chrétiens[152]. Strauss, en 1835, fait des récits évangéliques des mythes nés de la foi, sans valeur historique fiable[153]. Renan, en 1863, en fait la vie d'un sage galiléen dépouillé du surnaturel[154]. Bultmann, en 1941, propose de démythologiser le Nouveau Testament, miracles et résurrection devenus langage d'une expérience existentielle[155]. On peut suivre la chronologie reçue sans partager cette philosophie, et beaucoup d'exégètes le font : la critique vise la méthode héritée, non chaque savant pris isolément[156].

Trois fragilités reviennent pourtant dès qu'on serre les arguments : le présupposé anti-prophétique, qui date un texte après l'événement qu'il annonce avec précision, puis prouve qu'il n'annonçait rien parce qu'il est tardif ; l'argument du silence, qui fait dire aux absences du texte ce qu'aucun témoin ne dit ; les datations circulaires, où la date suppose l'hypothèse que la date est censée prouver[157]. Aucune n'est une réfutation magique, chacune invite à rouvrir le dossier au lieu de le clore.

Pourquoi la position traditionnelle reste défendable

Le dossier tient en six pièces : le témoignage unanime des Pères pour l'apostolicité et l'ancienneté de Matthieu, que même Davies et Allison hésitent à balayer[158] ; le silence du Nouveau Testament sur la ruine de 70 comme fait accompli, inexplicable si les textes étaient postérieurs, argument de Robinson que personne n'a réfuté sur le fond[159] ; la polémique avec un pharisaïsme d'avant 70, qui colle à la Judée d'avant la guerre[160] ; l'arrêt des Actes avant la mort de Paul, qui tire le corpus vers le haut[161] ; l'absence totale de trace de Q contre des témoins nommés[162] ; et la solidité matérielle de la transmission, qui rend vaine l'idée d'un texte recomposé sans témoin[163]. La recherche actuelle n'a rien démontré qui oblige à abandonner la tradition : une partie de l'exégèse contemporaine propose, la tradition atteste, et le lecteur sait désormais pourquoi l'attestation pèse lourd.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Matthieu premier dans l'ordre canonique reçu de toutes les Bibles catholiques. Traduction œcuménique de la Bible (TOB), Cerf, 2010, introduction au Nouveau Testament.

    1
  2. Mt 1, 1 : livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham. AELF.

    2
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 125 : les Évangiles, cœur de toutes les Écritures. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    3
  4. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, § 18, 18 novembre 1965 : l'origine apostolique des quatre Évangiles. Texte français sur vatican.va.

    4
  5. Saint Athanase, 39e lettre festale, Pâques 367 : les quatre évangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean. Monergism.

    5
  6. Concile d'Hippone, 393, canon 36 : catalogue des Écritures. Schaff, History, vol. III.

    6
  7. IIIe concile de Carthage, 28 août 397, canon 47 : même catalogue. Schaff, History, vol. III.

    7
  8. Concile de Florence, bulle Cantate Domino, 4 février 1442 : liste des livres reçus. Denzinger.

    8
  9. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546, décret De canonicis Scripturis : définition solennelle avec anathème. Denzinger.

    9
  10. Eusèbe distingue livres reconnus, discutés et rejetés : les hésitations ne portent que sur sept brèves lettres. Histoire ecclésiastique, III, 25. Sources Chrétiennes n. 31.

    10
  11. Saint Justin, Première Apologie, 67 : les mémoires des apôtres lus le dimanche avec les prophètes. Sources Chrétiennes n. 507.

    11
  12. Mt 9, 9 à 13 : appel, repas chez Matthieu, parole sur les pécheurs. AELF.

    12
  13. Mt 9, 9, traduction liturgique : Jésus voit Matthieu à son bureau de collecteur d'impôts. AELF, aelf.org.

    13
  14. Mt 9, 13 : je veux la miséricorde, non le sacrifice ; je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. AELF.

    14
  15. Mc 2, 14 : Lévi, fils d'Alphée, assis au bureau des impôts. AELF ; Lc 5, 27 : Lévi. AELF.

    15
  16. Saint Jérôme, Des hommes illustres, 3 : Matthieu aussi appelé Lévi, apôtre et d'abord publicain. New Advent, Fathers.

    16
  17. Mt 10, 3 : Matthieu le publicain, dans la liste des Douze. AELF.

    17
  18. Lc 1, 2 : ceux qui furent dès le début témoins oculaires. AELF.

    18
  19. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, § 19, 18 novembre 1965 : Apôtres et hommes de leur entourage, auteurs des évangiles. Texte français sur vatican.va.

    19
  20. 1 Jn 1, 1 à 3 : ce que nous avons vu et entendu, ce que nos mains ont touché. AELF.

    20
  21. L'ordre matthéen : généalogies comptées, discours clos un par un, groupements numériques. Commentaires Davies et Allison, vol. 1, T. et T. Clark, 1988.

    21
  22. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Matthieu au temps de Pierre et Paul à Rome. Sources Chrétiennes n. 211, Cerf, 1974.

    22
  23. Même passage, traduction anglaise Roberts-Rambaud : Matthew also issued a written Gospel among the Hebrews in their own dialect, while Peter and Paul were preaching at Rome, and laying the foundations of the Church. New Advent, Fathers.

    23
  24. Martyre de Pierre et de Paul à Rome sous Néron, vers 64 à 67. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 25. Sources Chrétiennes n. 31, Cerf, 1952.

    24
  25. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 24 : Matthieu prêcha d'abord aux Hébreux, puis mit son évangile par écrit dans sa langue maternelle. Sources Chrétiennes n. 31, Cerf, 1952.

    25
  26. Mt 24, 2 : il ne restera pas ici pierre sur pierre. AELF.

    26
  27. Aucun écrit du Nouveau Testament ne mentionne la ruine de 70 comme accomplie. Robinson, Redating the New Testament, SCM Press, 1976.

    27
  28. Débats sur le Temple, le tribut, le sabbat, les ablutions : cadre de la Judée d'avant la guerre. France, The Gospel of Matthew, Eerdmans, 2007.

    28
  29. Ac s'achève sur Paul à Rome, sans mentionner sa mort ni la ruine de Jérusalem. Robinson, Redating the New Testament, SCM Press, 1976.

    29
  30. John A. T. Robinson, Redating the New Testament, Londres, SCM Press, 1976 : Matthieu entre 40 et le début des années 60.

    30
  31. John W. Wenham, Redating Matthew, Mark and Luke, Londres, Hodder and Stoughton, 1991, 319 p. : Matthieu premier, dès les années 40.

    31
  32. D. A. Carson et Douglas J. Moo, An Introduction to the New Testament, Grand Rapids, Zondervan, 1992, 2e éd. 2005 : années 50 à 60 défendables, Temple encore debout.

    32
  33. R. T. France, Matthew, Tyndale, 1985, et The Gospel of Matthew, Eerdmans, 2007 : datation haute, ecclésiologie primitive.

    33
  34. Craig L. Blomberg, Matthew, New American Commentary, Broadman, 1992, p. 41 : toute date entre 40 et 100 compatible, préférence pour les années 60.

    34
  35. John Nolland, The Gospel of Matthew, NIGTC, Eerdmans, 2005 : date haute, grande fidélité historique au ministère de Jésus.

    35
  36. Robinson, Redating the New Testament, SCM Press, 1976 : aucun écrit ne parle de la ruine comme d'un fait accompli, alors que c'était la catastrophe centrale du judaïsme du siècle.

    36
  37. Papias, évêque d'Hiérapolis, première moitié du IIe siècle, auditeur des presbytres apostoliques selon Irénée, Contre les hérésies, V, 33, 4. Sources Chrétiennes.

    37
  38. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39, 16, citant Papias. Texte anglais : So then Matthew wrote the oracles in the Hebrew language, and every one interpreted them as he was able. New Advent, Fathers.

    38
  39. Logia, oracles : sens antique normal ; titre de l'ouvrage de Papias, Explications des logia du Seigneur, en cinq livres. Hastings Dictionary of the Bible, 1909.

    39
  40. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 24. Texte anglais : Matthew, who had at first preached to the Hebrews, when he was about to go to other peoples, committed his Gospel to writing in his native tongue. New Advent, Fathers.

    40
  41. Origène, Commentaire sur Matthieu, livre I, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 25 : Matthieu pour les convertis du judaïsme, puis Marc, Luc, Jean. Ante-Nicene Fathers, vol. IX.

    41
  42. Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : les évangiles à généalogies écrits les premiers. Sources Chrétiennes.

    42
  43. Tertullien, Contre Marcion, IV, 2, vers 208 : l'autorité appartient à ce qui est le plus ancien. Sources Chrétiennes.

    43
  44. Saint Jérôme, Des hommes illustres, 3, en 393 : Matthieu composa en Judée, en hébreu. New Advent, Fathers.

    44
  45. Même passage. Texte anglais : Matthew, also called Levi, apostle and aforetimes publican, composed a gospel of Christ at first published in Judea in Hebrew for the sake of those of the circumcision who believed. The Hebrew itself has been preserved until the present day in the library at Caesarea which Pamphilus so diligently gathered. New Advent, Fathers.

    45
  46. Jérôme dit avoir eu le volume entre les mains par les Nazaréens de Bérée, et l'avoir traduit. Des hommes illustres, 3. New Advent, Fathers.

    46
  47. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 10 : Pantène trouve en Inde des chrétiens possédant l'évangile de Matthieu en caractères hébreux, laissé par Barthélemy. Sources Chrétiennes.

    47
  48. L'Inde de Pantène, Inde véritable ou Arabie du Sud : débattu. Catholic Encyclopedia, entrée Pantaenus, 1913.

    48
  49. Jérôme sur les Nazaréens tenant leur évangile hébreu pour l'original de Matthieu ; Irénée et Épiphane, Panarion 30, y voyant une forme remaniée du canonique. Synthèse patristique.

    49
  50. La recherche distingue Évangile selon les Hébreux, des Nazaréens et des Ébionites, ce dernier connu par sept citations d'Épiphane. Gregory, Oxford Early Christian Gospel Texts.

    50
  51. Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1 ; Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 24. Sources Chrétiennes.

    51
  52. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39, 16. Sources Chrétiennes n. 31.

    52
  53. Saint Justin, Première Apologie, 67, vers 150 à 160 : les mémoires des apôtres lus le dimanche. Sources Chrétiennes n. 507, Cerf, 2006.

    53
  54. Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1 ; Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 10. Sources Chrétiennes.

    54
  55. Origène, Eusèbe, Jérôme : ordre Matthieu, Marc, Luc, Jean. Ante-Nicene Fathers, vol. IX ; Sources Chrétiennes.

    55
  56. Athanase, 39e lettre festale, Pâques 367 ; Trente, session IV, 8 avril 1546. Denzinger, Enchiridion.

    56
  57. Le texte reçu est en grec de la koinè, citations suivant normalement la Septante. Encyclopedia.com, Gospel According to Matthew.

    57
  58. W. D. Davies et Dale C. Allison, Commentary on Matthew, vol. 1, T. et T. Clark, 1988, p. 12 : un Matthieu araméen premier, traduit en grec puis augmenté, n'est pas à exclure.

    58
  59. Papyrus 104, Mt 21, Ashmolean Museum, vers 150. Conservapedia, Bible manuscript evidence.

    59
  60. Papyrus 64 et 67, Mt 3, 5 et 26, vers 170 à 200 selon le consensus. Head, Tyndale Bulletin.

    60
  61. Papyrus 45, évangiles et Actes, IIIe siècle. Nestle-Aland, Verzeichnis.

    61
  62. Codex Vaticanus, IVe siècle. Bibliothèque apostolique vaticane.

    62
  63. Codex Sinaiticus, IVe siècle. British Library.

    63
  64. Codex Washingtonianus, Ve siècle. Freer Gallery, Washington.

    64
  65. Thiede proposait 70 à 100 pour P64 ; réponse de Head, 1995, suivie par la majorité. Tyndale Bulletin.

    65
  66. Une vingtaine de papyrus conservent des portions de Matthieu. Nestle-Aland, 28e édition, 2012, Verzeichnis.

    66
  67. Vieille Latine dès le IIe siècle, Peshitta syriaque, versions coptes. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Oxford, 1977.

    67
  68. Jérôme révise les évangiles latins vers 382 à 384 sur commande de Damase Ier. EWTN ; Christianity Knowledge Base.

    68
  69. Tatien, Diatessaron, vers 160 à 175 : récit continu cousu des quatre évangiles, ouvert sur le prologue de Jean. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, IV, 29. Catholic Encyclopedia, entrée Diatessaron, 1908.

    69
  70. Environ 5 800 manuscrits grecs, 10 000 latins, plus de 24 000 témoins en toutes langues. Aland, inventaires de Münster ; Metzger, The Text of the New Testament, Oxford, 1964, 4e éd. 2005.

    70
  71. L'Iliade, environ 640 manuscrits grecs, le mieux loti des classiques. Décomptes usuels des manuels de critique textuelle.

    71
  72. Pour le Nouveau Testament, l'écart entre composition et plus anciens témoins se compte en décennies, contre des siècles pour les classiques. Test bibliographique, manuels Aland et Metzger.

    72
  73. Bruce M. Metzger, The Text of the New Testament, Oxford, 1964 ; avec Ehrman, 4e éd. 2005 : stabilité du texte à variantes mineures près.

    73
  74. Mt 1, 17 : trois séries de quatorze générations. AELF.

    74
  75. Même verset, traduction liturgique : depuis Abraham jusqu'à David, quatorze générations, et ainsi de suite. AELF, aelf.org.

    75
  76. Quatorze, valeur numérique de David en hébreu. Commentateurs, voir Davies et Allison, vol. 1, T. et T. Clark, 1988.

    76
  77. Thamar, Rahab, Ruth, Bethsabée : quatre femmes contre l'usage. Mt 1, 3 à 6. AELF.

    77
  78. Mt 7, 28 ; 11, 1 ; 13, 53 ; 19, 1 ; 26, 1 : quand Jésus eut achevé. AELF et LSG.

    78
  79. Mt 7, 28, Segond : Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule fut frappée de sa doctrine. BibleGateway.

    79
  80. B. W. Bacon, The Five Books of Matthew Against the Jews, The Expositor, 1918, puis Studies in Matthew, Constable, 1930 : Matthieu comme nouveau Pentateuque.

    80
  81. Plans en trois parties défendus par Kingsbury, Blomberg et d'autres contre la rigidité du schéma. In die Skriflig, The Torah in Matthew.

    81
  82. Mt 2, 1 à 23 : mages, fuite en Égypte, massacre des Innocents, retour par Nazareth, propres à Matthieu. AELF.

    82
  83. Mt 2, 15 d'après Osée ; 2, 18 d'après Jérémie ; 2, 23 d'après les prophètes. AELF.

    83
  84. Luc 1 à 2 : annonce, crèche, bergers, sans les épisodes matthéens. Les deux récits se complètent. AELF.

    84
  85. Mt 27, 62 à 66 : la garde au tombeau, le sceau sur la pierre. AELF.

    85
  86. Mt 28, 11 à 15 : les gardes soudoyés, la rumeur du vol encore courante. AELF.

    86
  87. Saint Jean Chrysostome, 90e homélie sur Matthieu, sur Mt 28, 11 à 20. EWTN, Library.

    87
  88. Mt 1, 22 ; 2, 15 ; 2, 17 ; 2, 23 ; 4, 14 ; 8, 17 ; 12, 17 ; 13, 35 ; 21, 4 ; 27, 9, plus 26, 56. AELF.

    88
  89. Au moins soixante citations directes chez Matthieu, contre vingt-trois chez Marc et vingt-cinq chez Luc. Encyclopedia.com, Gospel According to Matthew.

    89
  90. Royaume des Cieux, trente-deux fois, seulement chez Matthieu. Concordia Seminary ; GotQuestions.

    90
  91. Mt 19, 23, Royaume des Cieux, parallèle à Mc 10, 23, Royaume de Dieu. AELF.

    91
  92. Le respect juif du Nom divin comme explication reçue, avec les parallèles synoptiques. Commentaires.

    92
  93. Mt 1, 23 citant Is 7, 14 : Emmanuel, Dieu avec nous. AELF.

    93
  94. Même verset, traduction liturgique : Voici que la Vierge concevra, Dieu-avec-nous. AELF, aelf.org.

    94
  95. Mt 28, 20 : je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. AELF.

    95
  96. L'inclusion 1, 23 et 28, 20, relevée par les grands commentaires, Luz, Davies et Allison. Commentaires.

    96
  97. Ekklèsia en Mt 16, 18 et 18, 17, nulle part ailleurs dans les évangiles. StudyLight, commentaire de Mt 18, 17.

    97
  98. Mt 18, 15 à 20 : correction fraternelle, lier et délier, deux ou trois rassemblés. AELF.

    98
  99. Mt 16, 16 à 19, fondement scripturaire de la primauté en lecture catholique. Bible de Jérusalem, Cerf, 2000.

    99
  100. Même passage, traduction liturgique : Tu es Pierre, les clés du royaume des Cieux. AELF, aelf.org.

    100
  101. Mt 5 à 7 : Béatitudes, accomplissement de la Loi, Notre Père, règle d'or. AELF.

    101
  102. Mt 5, 3, traduction liturgique : Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. AELF, aelf.org.

    102
  103. Mt 6, 9 à 11, traduction liturgique : Notre Père, qui es aux cieux. AELF, aelf.org.

    103
  104. Sept demandes chez Matthieu contre la version courte de Lc 11, 2 à 4. AELF.

    104
  105. Mt 28, 16 à 20 : l'envoi sur la montagne de Galilée, le baptême trinitaire, la promesse. AELF.

    105
  106. Même passage, traduction liturgique : De toutes les nations faites des disciples. AELF, aelf.org.

    106
  107. La formule baptismale au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, propre à Matthieu sous cette forme. Mt 28, 19. AELF.

    107
  108. Lectionnaire dominical : année A principalement Matthieu, année B Marc, année C Luc. Présentations du lectionnaire.

    108
  109. Noël Mt 1 à 2, Épiphanie Mt 2, 1 à 12, Transfiguration Mt 17, 1 à 9 en année A, Toussaint Mt 5, 1 à 12. CatholicIreland ; Melbourne Anglican, Year A.

    109
  110. Jean domine le Carême et le Temps pascal. Lectionnaire romain.

    110
  111. Origène, Commentaire sur Matthieu, en grec, IIIe siècle, partiellement conservé. Sources Chrétiennes.

    111
  112. Saint Hilaire de Poitiers, Commentaire sur Matthieu, vers 355, en latin. Sources Chrétiennes n. 254 et 258, Cerf.

    112
  113. Saint Jean Chrysostome, 90 homélies sur Matthieu, prêchées vers 386 à 388 à Antioche. EWTN, Library ; SermonIndex.

    113
  114. Saint Jérôme, Commentaire sur Matthieu, 398. Sources Chrétiennes n. 242, Cerf, 1977.

    114
  115. Saint Augustin, De l'accord des évangélistes, vers 400 : ordre Matthieu, Marc, Luc, Jean. Bibliothèque augustinienne.

    115
  116. Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or sur Matthieu, vers 1262 à 1264, compilation demandée par Urbain IV. Éditions Marietti.

    116
  117. La Chaîne d'or coud les explications des Pères verset par verset. Goodreads ; CCEL.

    117
  118. Irénée, Contre les hérésies, III, 11, 8 : les quatre Vivants et les quatre évangiles, dans un ordre différent. Sources Chrétiennes.

    118
  119. Forme fixée par Jérôme : l'homme pour Matthieu, le lion pour Marc, le bœuf pour Luc, l'aigle pour Jean. MysticTye, synthèse.

    119
  120. Prologue de Jérôme à son Commentaire sur Matthieu : Matthieu commence par la génération humaine. Sources Chrétiennes n. 242.

    120
  121. Le Caravage, cycle de saint Matthieu, chapelle Contarelli, église Saint-Louis-des-Français, Rome, 1599 et 1600 : l'Appel, le Martyre, Saint Matthieu et l'ange.

    121
  122. Dei Verbum, § 18 : Toujours et partout l'Église a tenu et tient l'origine apostolique des quatre Évangiles. Texte français sur vatican.va.

    122
  123. Même paragraphe, texte officiel français vérifié sur vatican.va le 8 octobre 2026.

    123
  124. Dei Verbum, § 19 : les auteurs sacrés, choisissant et rédigeant en fonction des Églises, livrent sur Jésus des choses vraies et sincères. Texte français sur vatican.va.

    124
  125. Même paragraphe, texte officiel français vérifié sur vatican.va le 8 octobre 2026.

    125
  126. Catéchisme de l'Église catholique, § 126 : les trois étapes de la formation des évangiles. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    126
  127. Pie XII, Divino Afflante Spiritu, 30 septembre 1943 : retour aux langues originales, encouragement aux études bibliques. AAS 35.

    127
  128. Commission biblique pontificale, instruction sur la vérité historique des évangiles, 21 avril 1964. MDPI ; Catholic Herald.

    128
  129. Benoît XVI, Jésus de Nazareth, 3 volumes, 2007, 2011, 2012. Flammarion pour le français.

    129
  130. Wilke, Der Urevangelist, 1838 ; Weisse, Die evangelische Geschichte, 1838 ; Holtzmann, Die synoptischen Evangelien, 1863. Notices encyclopédiques.

    130
  131. B. H. Streeter, The Four Gospels : A Study of Origins, Macmillan, Londres, 1925 : quatre sources, Marc, Q, M, L.

    131
  132. Griesbach, Commentatio, 1789 : Matthieu, Luc, Marc ; relancée par Farmer, The Synoptic Problem, Macmillan, 1964.

    132
  133. Butler, The Originality of St Matthew, Cambridge, 1951 ; Orchard et Riley, The Order of the Synoptics, 1987 ; Wenham, 1991.

    133
  134. La priorité de Marc reste l'hypothèse dominante à l'université depuis Holtzmann. Notices encyclopédiques.

    134
  135. Les manuscrits donnent unanimement l'ordre Matthieu, Marc, Luc. Nestle-Aland, 28e édition, 2012.

    135
  136. Q, recueil de paroles en grec, sans récit de passion, expliquant la double tradition d'environ deux cents versets. Conservapedia, Q Document.

    136
  137. Aucun manuscrit, aucun catalogue, aucune citation patristique de Q ; contenu variable selon les reconstructions. Questioning Q ; Medium, 2024.

    137
  138. Mark Goodacre, The Case Against Q, Trinity Press, 2002 : les accords mineurs montrent que Luc connaît Matthieu.

    138
  139. Recension RBL 2002 : The minor agreements show that Luke knew Matthew. CORE.

    139
  140. Papias, Irénée, Origène écartés comme tardifs ou crédules par une partie de la critique, contre Davies et Allison eux-mêmes. Sim, réponse à Gundry, ACU.

    140
  141. Raymond E. Brown, An Introduction to the New Testament, Doubleday, 1997, p. 172 : Matthieu vers 80 à 90.

    141
  142. Mt 22, 7 et 24, 2 comme souvenirs de 70, dépendance envers Marc, Église de deuxième génération. Nolland, NIGTC, résumé.

    142
  143. Leighton Pullan, The Books of the New Testament : l'argument repose sur la supposition que le Seigneur n'a pas pu prévoir l'événement prédit. SermonIndex.

    143
  144. Douze itinérants, discipline fraternelle, scribes devenus disciples : communauté naissante. Mt 10, Mt 18, Mt 13, 52. AELF.

    144
  145. Mt 1, 1 à 17 : d'Abraham à Joseph par Salomon ; Lc 3, 23 à 38 : de Joseph à Adam par Nathan. AELF.

    145
  146. Jules l'Africain, Lettre à Aristide, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, I, 7 : Jacob père naturel de Joseph, Héli père légal par mariage léviratique. Sources Chrétiennes n. 31, Cerf, 1952.

    146
  147. Saint Augustin, De l'accord des évangélistes, II : Matthieu suit la ligne royale par Salomon, Luc une autre branche davidique par Nathan ; les deux listes sont celles de Joseph, l'une naturelle, l'autre légale. Bibliothèque augustinienne.

    147
  148. Logia, oracles au sens noble, comme en Rm 3, 2 pour tout l'Ancien Testament : l'évangile complet. Westcott, Lightfoot, Hastings Dictionary, 1909.

    148
  149. Logia, simples paroles, recueil pré-matthéen ancêtre de Q : lecture popularisée au XIXe siècle. Catholic Encyclopedia, 1907-1912.

    149
  150. Faits et dits mêlés, sens imposé par le parallélisme avec la notice sur Marc. Notices sur Papias.

    150
  151. Eusèbe, Origène, Clément, Irénée ont compris Papias de l'évangile. StudyLight, Aramaic Thoughts.

    151
  152. F. C. Baur, Tübingen : conflit primitif et datations basses. Britannica 1911.

    152
  153. D. F. Strauss, Das Leben Jesu, 1835-1836 : les récits comme mythes nés de la foi. Zachhuber, Oxford.

    153
  154. Ernest Renan, Vie de Jésus, Michel Lévy, 1863 : le sage galiléen dépouillé du surnaturel. Notices.

    154
  155. Rudolf Bultmann, Neues Testament und Mythologie, 1941 : programme de démythologisation. Notices.

    155
  156. Beaucoup d'exégètes suivent la chronologie reçue sans en partager la philosophie : la critique vise la méthode héritée. Rapport de recherche.

    156
  157. Présupposé anti-prophétique, argument du silence, datations circulaires : les trois fragilités récurrentes. Goodacre, p. 165 à 168, exemple de pétition de principe.

    157
  158. Davies et Allison, vol. 1, p. 12 : difficile d'écarter le témoignage unanime des Pères pour un Matthieu sémitique premier. Sim, ACU.

    158
  159. Robinson, Redating the New Testament, SCM Press, 1976 : le silence sur 70 comme fait accompli, inexplicable après coup.

    159
  160. Polémique avec un pharisaïsme d'avant 70. France, The Gospel of Matthew, Eerdmans, 2007.

    160
  161. Les Actes s'arrêtent avant la mort de Paul, vers 64. Robinson, 1976.

    161
  162. Q sans manuscrit ni catalogue ni citation, contre des témoins nommés. Questioning Q.

    162
  163. 5 800 manuscrits grecs, intervalles en décennies : un texte recomposé sans témoin est invraisemblable. Aland ; Metzger.

    163