Le Notre Père, que la tradition appelle aussi l'oraison dominicale — c'est-à-dire la « prière du Seigneur » —, est la prière que Jésus lui-même a enseignée à ses disciples. Un jour, voyant le Christ prier, l'un d'eux lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier »[1]. La réponse de Jésus fut ces quelques lignes que des milliards de chrétiens répètent depuis vingt siècles, dans toutes les langues de la terre.
Deux évangélistes en rapportent le texte : saint Matthieu, qui la place au cœur du Sermon sur la montagne et en donne sept demandes, et saint Luc, qui en transmet une forme plus brève de cinq demandes[2]. C'est la version de Matthieu que la liturgie de l'Église a retenue. La prière s'ouvre par une invocation — « Notre Père qui es aux cieux » — puis enchaîne trois demandes tournées vers Dieu (son Nom, son Règne, sa Volonté) et quatre demandes tournées vers nous (le pain, le pardon, la tentation, le mal).
Dès le début du IIIᵉ siècle, le théologien africain Tertullien la définit d'une formule restée célèbre : l'oraison dominicale est « le résumé de tout l'Évangile »[3]. Toute la foi chrétienne y tient en quelques mots : Dieu est un Père, son Royaume vient, l'homme est un fils qui dépend de lui pour son pain, son pardon et son salut. Saint Thomas d'Aquin ira plus loin encore : c'est, dit-il, la plus parfaite des prières[4].
Cet article présente d'où vient le Notre Père, son texte et son sens demande par demande, ce que la grande tradition — des Pères de l'Église au Catéchisme — en a dit, pourquoi la traduction française a changé en 2017, et comment cette prière demeure, aujourd'hui encore, l'école de la confiance filiale et le cœur de la liturgie catholique.
La prière que Jésus a enseignée
« Seigneur, apprends-nous à prier »
Le Notre Père n'est pas né d'une réflexion humaine sur la prière : il a été donné. Saint Luc en conserve le cadre précis. Jésus priait « en un certain lieu » ; quand il eut fini, un disciple s'approcha : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste a appris à prier à ses disciples »[5]. La demande est révélatrice. Les groupes religieux du judaïsme du Iᵉʳ siècle — pharisiens, esséniens, disciples de Jean — avaient leurs prières propres, qui les identifiaient. En réclamant « leur » prière, les disciples demandaient à Jésus de leur donner une identité.
La réponse du Christ est d'une sobriété saisissante. Là où la piété de l'époque multipliait souvent les formules, Jésus avait justement averti, quelques versets plus haut chez Matthieu, de ne pas imiter les païens qui « rabâchent » en pensant être exaucés « à force de paroles »[6]. Le Père « sait ce dont vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez »[7]. Le Notre Père est donc l'anti-bavardage par excellence : une prière courte, ordonnée, où chaque mot porte.
« Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es aux cieux… » — Évangile selon saint Matthieu 6, 9[8]
Le Catéchisme souligne que Jésus « ne nous laisse pas une formule à répéter machinalement », mais qu'à travers ces paroles l'Esprit Saint apprend aux fils de Dieu à prier leur Père[9]. Réciter le Notre Père, ce n'est pas actionner une formule : c'est entrer dans la prière même du Fils.
Deux versions : Matthieu et Luc
Les deux textes que nous possédons ne sont pas identiques, et l'Église n'a jamais cherché à dissimuler cette différence. Matthieu, qui écrit pour des chrétiens venus du judaïsme, donne une forme ample et liturgique de sept demandes. Luc, qui s'adresse à des communautés de culture grecque, transmet une forme resserrée de cinq demandes. Pour expliquer les passages que Matthieu et Luc ont en commun sans qu'on les trouve chez Marc, une partie de l'exégèse contemporaine propose l'hypothèse dite de la « double tradition » : en mots simples, les deux évangélistes auraient puisé à une source commune aujourd'hui perdue, dite « source Q » (de l'allemand Quelle, « source »). Cette reconstruction reste une hypothèse : aucun manuscrit de cette source n'a jamais été retrouvé, et elle suppose d'écarter d'autres explications — un contact direct entre évangélistes, ou leur fidélité commune à la prédication apostolique. On étudie ce dossier dans l'article sur les évangiles synoptiques.
| Élément | Matthieu 6, 9-13 | Luc 11, 2-4 |
|---|---|---|
| Invocation | « Notre Père qui es aux cieux » | « Père » |
| Le Nom | « que ton nom soit sanctifié » | « que ton nom soit sanctifié » |
| Le Règne | « que ton règne vienne » | « que ton règne vienne » |
| La Volonté | « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » | (absente) |
| Le pain | « donne-nous… notre pain de ce jour » | « donne-nous chaque jour notre pain » |
| Le pardon | « remets-nous nos dettes… » | « pardonne-nous nos péchés… » |
| La tentation | « ne nous laisse pas entrer en tentation » | « ne nous laisse pas entrer en tentation » |
| Le mal | « mais délivre-nous du Mal » | (absente) |
Loin d'être un problème, cette double transmission est une chance : elle montre que l'Église n'a pas reçu une formule magique figée, mais une prière vivante, déjà adaptée à deux publics dès l'âge apostolique. « C'est le texte de saint Matthieu que la tradition liturgique de l'Église a retenu »[10], parce qu'il est le plus complet ; mais la forme brève de Luc rappelle que l'essentiel tient en quelques mots.
Une prière juive et radicalement nouvelle
Chaque demande du Notre Père plonge ses racines dans l'Ancien Testament et la prière d'Israël. Les commentateurs rapprochent l'ouverture — « que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne » — du Kaddish, la prière araméenne de la synagogue qui proclame « que son grand Nom soit magnifié et sanctifié… et qu'il établisse son règne »[11] ; la demande du pain rappelle la manne donnée au désert (Ex 16)[12] ; le pardon des « dettes » évoque la remise de l'année jubilaire (Lv 25)[13]. Ce sont des rapprochements, non des citations : le Notre Père est profondément enraciné dans la prière juive, et l'Église catholique tient que les Écritures d'Israël y sont « accomplies », non abolies[14].
Et pourtant, un mot fait tout basculer : « Père ». Jésus n'enseigne pas à dire « Père » comme une métaphore lointaine de la transcendance divine ; il fait participer ses disciples à sa propre relation au Père. Dans sa propre prière, il emploie l'araméen Abba — le mot par lequel l'enfant s'adresse à son père avec une confiance intime, que l'on rend souvent, faute de mieux, par « papa » — au jardin de Gethsémani, où saint Marc conserve le mot araméen lui-même : « Abba… Père »[15]. Saint Paul atteste que l'Esprit du Fils met ce même cri sur les lèvres des baptisés :
« Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c'est en lui que nous crions « Abba ! », c'est-à-dire : Père ! » — Saint Paul, Lettre aux Romains 8, 15[16]
Oser appeler Dieu « notre Père », ce n'est donc pas une politesse : c'est, dit le Catéchisme, « un don gratuit » de l'adoption qui « nous révèle à nous-mêmes » comme enfants de Dieu[17]. Là est la nouveauté absolue : aucune religion n'avait osé apprendre à l'homme à parler à Dieu avec cette familiarité d'enfant.
Le texte et le nom de la prière
« Oraison dominicale » : la prière qui vient du Seigneur
L'expression traditionnelle oraison dominicale signifie littéralement « prière du Seigneur » (en latin oratio dominica) : on l'appelle ainsi « parce qu'elle nous vient du Seigneur Jésus, maître et modèle de notre prière »[18]. C'est la seule prière dont l'auteur est le Christ en personne. De là vient son autorité unique : elle n'est pas une prière sur Jésus, mais la prière de Jésus, confiée à son Église.
Le Catéchisme la présente comme « la prière de l'Église par excellence »[19]. On la transmet aux catéchumènes au cours de leur préparation au baptême, dans un rite ancien appelé traditio orationis dominicae — la « remise » de l'oraison dominicale[20]. La prière du Seigneur fait ainsi partie, avec le Symbole de la foi, du dépôt que l'on confie solennellement aux futurs chrétiens : croire et prier vont ensemble.
Les sept demandes en un regard
La structure du Notre Père chez Matthieu est limpide, et les Pères de l'Église l'ont très tôt mise en évidence. Après l'invocation « Notre Père qui es aux cieux », viennent deux séries de demandes. La première — trois demandes — est tout entière tournée vers Dieu : « ton » Nom, « ton » Règne, « ta » Volonté. La seconde — quatre demandes — présente à Dieu les besoins des hommes : « notre » pain, « nos » offenses, la tentation, le mal[21].
| # | Demande | Pour qui ? | Ce qu'elle implore |
|---|---|---|---|
| 1 | Que ton nom soit sanctifié | Dieu | Que sa sainteté soit reconnue et glorifiée |
| 2 | Que ton règne vienne | Dieu | La venue définitive du Royaume |
| 3 | Que ta volonté soit faite | Dieu | L'accomplissement de son dessein de salut |
| 4 | Donne-nous notre pain de ce jour | Nous | Le nécessaire du corps et le Pain de Vie |
| 5 | Pardonne-nous nos offenses | Nous | La miséricorde, liée à notre propre pardon |
| 6 | Ne nous laisse pas entrer en tentation | Nous | La force et le discernement dans le combat |
| 7 | Délivre-nous du Mal | Nous | La victoire sur le Mauvais et tout mal |
Le Catéchisme résume : les trois premières demandes « ont pour objet la Gloire du Père », les quatre dernières « lui présentent nos désirs »[22]. Cet ordre n'est pas indifférent : Jésus apprend à chercher « d'abord le Royaume de Dieu et sa justice »[23] avant de présenter ses propres besoins. La prière chrétienne commence par l'adoration, non par la requête.
« Le résumé de tout l'Évangile »
Tertullien, Cyprien, Origène : les premiers commentaires
Aucune prière n'a été autant commentée. Au début du IIIᵉ siècle, Tertullien consacre au Notre Père le premier traité chrétien sur la prière, le De oratione. C'est lui qui forge la formule reprise depuis par toute la tradition : l'oraison dominicale est le breviarium totius Evangelii, « l'abrégé de tout l'Évangile »[24]. En quelques demandes, dit-il, se trouve concentré tout l'enseignement du Seigneur.
« L'oraison dominicale est vraiment le résumé de tout l'Évangile. » — Tertullien, De oratione, ch. 1, vers 200[25]
Une génération plus tard, saint Cyprien de Carthage prolonge cette méditation dans son De dominica oratione (vers 250), où il insiste sur la dimension communautaire : nous disons « notre » Père, jamais « mon » Père, parce que la prière chrétienne est celle de tout un peuple[26]. En Orient, Origène compose lui aussi un grand traité Sur la prière qui éclaire en particulier la demande sur la tentation[27]. Ces trois œuvres fondent une tradition ininterrompue : presque tous les grands docteurs — Cyrille de Jérusalem, Grégoire de Nysse, Augustin, Maxime le Confesseur, Thomas d'Aquin — laisseront leur commentaire du Notre Père.
Saint Thomas d'Aquin : la plus parfaite des prières
Au XIIIᵉ siècle, saint Thomas d'Aquin pose une thèse forte : de toutes les prières, l'oraison dominicale est « la plus parfaite ». Sa raison est lumineuse. Prier, c'est exprimer devant Dieu nos désirs ; or il n'est juste de désirer que ce qu'il est juste de demander. Comme le Notre Père contient exactement tout ce qu'il est bon de désirer, et dans le bon ordre, il règle non seulement nos demandes mais nos désirs eux-mêmes[28]. Thomas s'appuie ici sur une parole de saint Augustin à la veuve Proba :
« Quoi que nous disions par ailleurs, nous ne disons rien d'autre que ce qui est contenu dans cette prière du Seigneur, si nous prions comme il faut et convenablement. » — Saint Augustin, Lettre 130 à Proba, vers 412[29]
Autrement dit, toute prière chrétienne authentique est une variation du Notre Père. On peut demander mille choses selon ses besoins, « mais à condition de commencer par la Prière du Seigneur, qui demeure le fondement de tout autre désir »[30].
Une prière qui structure toute la vie chrétienne
Cette centralité n'est pas seulement théorique. Le Notre Père est devenu l'ossature de la catéchèse catholique. Le Catéchisme romain de 1566, puis le Catéchisme de l'Église catholique de 1992, sont bâtis sur quatre piliers : ce que l'Église croit (le Credo), célèbre (les sacrements), vit (les commandements) et prie — et c'est précisément le Notre Père, commenté demande par demande, qui clôt l'ensemble[31]. La quatrième partie du Catéchisme, souvent jugée la plus belle, n'est rien d'autre qu'un long commentaire de cette prière.
Le Sermon sur la montagne et l'oraison dominicale se répondent comme la doctrine et la prière : « Le Sermon sur la montagne est doctrine de vie, l'oraison dominicale est prière, mais dans l'un et l'autre l'Esprit du Seigneur donne forme nouvelle à nos désirs »[32]. Qui veut savoir ce que le christianisme demande de croire et de vivre n'a qu'à méditer ces sept demandes.
Les trois premières demandes : pour la gloire du Père
« Notre Père qui es aux cieux »
Tout commence par une relation. Nous pouvons invoquer Dieu comme « Père » uniquement « parce qu'il nous est révélé par son Fils » et que l'Esprit nous le fait connaître[33]. Le mot « notre » n'exprime pas une possession, mais une appartenance mutuelle et une communion : en disant « notre », le chrétien sort de l'individualisme, car il ne peut pas prier le Père sans porter devant lui tous ses frères[34]. C'est aussi la prière qui, « malgré les divisions des chrétiens, demeure le bien commun » de tous les baptisés[35].
Quant à l'expression « qui es aux cieux », elle ne désigne pas un lieu mais « une manière d'être » : non pas un Dieu éloigné dans l'espace, mais un Dieu « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes », dont la majesté dépasse toute représentation[36]. Les « cieux » sont le mystère de Dieu, et le cœur du juste où il habite.
« Que ton nom soit sanctifié »
La première demande surprend : comment l'homme pourrait-il « sanctifier » le Nom de Dieu, qui est la sainteté même ? Le verbe, ici, n'a pas d'abord un sens causatif (comme si nous rendions Dieu saint) mais un sens de reconnaissance : nous demandons que le Nom de Dieu soit reconnu pour saint, traité comme saint, glorifié[37]. Et cette sanctification dépend, « inséparablement, de notre vie et de notre prière » : selon que les chrétiens vivent saintement ou non, le Nom de Dieu est béni ou blasphémé parmi les nations[38].
C'est donc une demande exigeante. En priant « que ton nom soit sanctifié », le croyant s'engage à ce que sa propre vie ne déshonore pas le Dieu qu'il confesse. La sainteté demandée pour le Nom devient sainteté demandée pour soi.
« Que ton règne vienne »
La deuxième demande est un cri d'espérance. Le Royaume dont il s'agit n'est pas d'abord une organisation terrestre, mais le règne de Dieu inauguré par le Christ et attendu dans sa plénitude. L'Église y voit « principalement la venue finale du Règne de Dieu » par le retour du Christ[39]. Cette demande est, dit le Catéchisme, le cri de l'Esprit et de l'Épouse — le « Marana tha » des premiers chrétiens : « Viens, Seigneur Jésus ! »[40].
Mais le Royaume « vient » aussi dès aujourd'hui, chaque fois qu'un cœur se laisse saisir par Dieu. Prier « que ton règne vienne », c'est demander à la fois la transformation finale du monde et la croissance silencieuse de la grâce dans le présent.
« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »
La troisième demande est le sommet de la première série, et sans doute la plus engageante. « C'est la volonté de notre Père que tous les hommes soient sauvés »[41] : demander que sa volonté soit faite, ce n'est pas se résigner à un destin, c'est s'unir au dessein de salut que Dieu poursuit sur l'humanité. Le modèle en est le Christ lui-même qui, à Gethsémani, remet sa volonté humaine entre les mains du Père :
« Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » — Évangile selon saint Matthieu 26, 39[42]
Le Catéchisme commente : c'est « dans le Christ, et par sa volonté humaine, que la volonté du Père a été parfaitement accomplie »[43]. Prier « que ta volonté soit faite », c'est demander que nos volontés s'unissent à la sienne « pour accomplir son dessein de salut dans la vie du monde »[44].
Cette demande est le germe de toute une tradition spirituelle. Le Catéchisme y lit l'union de notre volonté à celle du Fils « pour accomplir son dessein de salut dans la vie du monde »[45] : c'est faire la volonté de Dieu — deux volontés, la nôtre soumise à la sienne, par obéissance. La spiritualité de la Divine Volonté, reçue par la servante de Dieu Luisa Piccarreta dans le Livre du Ciel, y voit un pas de plus : non plus seulement faire la volonté de Dieu, mais vivre dans la Divine Volonté — une seule volonté, la sienne agissant en nous comme elle règne au Ciel[46]. Le Notre Père porte ainsi, dans sa troisième demande, le programme le plus haut de la sainteté chrétienne.
Les quatre dernières demandes : pour nos besoins
« Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour »
Avec la quatrième demande, la prière se tourne vers les hommes. « Donne-nous » : c'est, dit le Catéchisme, « la belle confiance des enfants qui attendent tout de leur Père »[47]. La demande est concrète — elle vise d'abord « la nourriture terrestre nécessaire à la subsistance de tous »[48] — et elle engage une responsabilité : « la présence de ceux qui ont faim par manque de pain révèle une autre profondeur de cette demande »[49]. On ne peut prier sincèrement pour « notre » pain en ignorant la faim du frère.
Mais un mot grec a intrigué tous les commentateurs : epiousios, traduit en français par « de ce jour ». Ce terme n'existe nulle part ailleurs dans toute la littérature grecque connue avant le Notre Père : il a probablement été forgé pour traduire une expression de Jésus[50]. D'où une richesse de sens que la tradition n'a jamais voulu réduire.
| Lecture de epiousios | Sens | Portée |
|---|---|---|
| Sens temporel | « pour aujourd'hui » | Confiance sans réserve, jour après jour |
| Sens qualitatif | « le nécessaire à la vie » | Tout bien suffisant pour subsister |
| Sens littéral | « sur-essentiel » | Le Pain de Vie, l'Eucharistie, le Corps du Christ |
| Sens céleste | « le pain du Jour qui vient » | Anticipation du festin du Royaume |
Saint Jérôme avait si bien perçu cette densité qu'il traduisit le même mot différemment selon l'évangile : « quotidien » (quotidianum) chez Luc, mais « supersubstantiel » (supersubstantialem) chez Matthieu[51]. Les Pères y ont vu une allusion directe à l'Eucharistie, « remède d'immortalité » selon le mot de saint Ignace d'Antioche[52]. Le Catéchisme résume cette lecture, en s'appuyant sur saint Augustin :
« L'Eucharistie est notre pain quotidien. La vertu propre à ce divin aliment est une force d'union : elle nous unit au Corps du Sauveur et fait de nous ses membres afin que nous devenions ce que nous recevons. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 2837, d'après saint Augustin, Sermon 57[53]
« Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons… »
La cinquième demande est, selon le Catéchisme, « étonnante ». Elle pose une condition redoutable : le flot de la miséricorde divine « ne peut pénétrer notre cœur tant que nous n'avons pas pardonné à ceux qui nous ont offensés »[54]. Le petit mot « comme » relie inséparablement le pardon reçu et le pardon donné. C'est la seule demande du Notre Père sur laquelle Jésus revient aussitôt après l'avoir enseignée, dans le Sermon sur la montagne : « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi »[55].
Cette exigence dépasse les forces humaines — « impossible pour l'homme », mais « tout est possible à Dieu »[56]. Le pardon n'est pas un oubli forcé ; c'est l'œuvre de l'Esprit qui « retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l'offense en intercession »[57]. Saint Cyprien rappelait déjà que Dieu « n'accepte pas le sacrifice des fauteurs de désunion » et renvoie de l'autel celui qui n'est pas réconcilié avec son frère[58].
« Ne nous laisse pas entrer en tentation »
La sixième demande touche la racine du péché, car nos fautes naissent du consentement à la tentation. Il faut ici distinguer soigneusement, avec le Catéchisme, deux réalités que le français confond : l'épreuve, qui fait grandir l'homme intérieur, et la tentation, qui conduit au péché et à la mort[59]. « Dieu n'éprouve pas le mal et n'éprouve personne »[60] : il ne pousse jamais au péché. La demande implore donc « l'Esprit de discernement et de force »[61], la grâce de ne pas s'engager sur le chemin qui mène à la chute.
« Dieu ne veut pas imposer le bien, il veut des êtres libres. […] À quelque chose la tentation est bonne. Tous, sauf Dieu, ignorent ce que notre âme a reçu de Dieu, même nous. Mais la tentation le manifeste, pour nous apprendre à nous connaître, et par là nous découvrir notre misère, et nous obliger à rendre grâce pour les biens que la tentation nous a manifestés. » — Origène, Sur la prière, ch. 29, cité par le Catéchisme de l'Église catholique, n° 2847[62]
Cette demande prend tout son relief à la lumière des tentations de Jésus au désert et de son agonie : c'est « par sa prière que Jésus est vainqueur du Tentateur »[63]. Au jardin des Oliviers, il avertit ses disciples : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation »[64]. Le Notre Père nous unit à ce combat même du Christ.
« Mais délivre-nous du mal »
La septième et dernière demande couronne la prière. Dans le texte grec, « le mal » n'est pas une abstraction : il désigne une personne, ho ponêros, le Mauvais, « Satan, l'ange qui s'oppose à Dieu »[65]. La demande fait écho à la prière même de Jésus pour ses disciples : « Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mauvais »[66]. La victoire est déjà acquise — « le prince de ce monde est jeté dehors »[67] — mais elle doit encore se déployer jusqu'à la fin des temps.
En demandant d'être délivrés du Mauvais, « nous prions aussi pour être libérés de tous les maux, présents, passés et futurs, dont il est l'auteur ou l'instigateur »[68]. C'est pourquoi, à la messe, le prêtre prolonge cette demande par une prière appelée embolisme : « Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps… »[69], dans l'attente « de la bienheureuse espérance et de l'avènement de notre Sauveur Jésus-Christ ».
« Ne nous laisse pas entrer en tentation » : la traduction de 2017
Ce qui a changé et pourquoi
Pendant un demi-siècle, les catholiques francophones ont prié : « Ne nous soumets pas à la tentation ». Cette formule, en usage depuis 1966, posait une difficulté théologique réelle : prise à la lettre, elle pouvait laisser entendre que Dieu lui-même soumettrait l'homme à la tentation, ce que l'Écriture nie expressément — « Dieu ne tente personne » (Jacques 1, 13). Le verbe grec εἰσενέγκῃς (eisenegkês, « faire entrer, mener dans ») signifie plutôt « ne nous fais pas entrer, ne nous laisse pas entrer » : il s'agit de demander à Dieu de ne pas nous abandonner à l'épreuve où nous succomberions[70].
| Avant (1966-2017) | Depuis le 3 décembre 2017 |
|---|---|
| « Ne nous soumets pas à la tentation » | « Ne nous laisse pas entrer en tentation » |
| Suggère une action de Dieu vers le mal | Souligne la protection et l'accompagnement de Dieu |
| Difficulté avec Jacques 1, 13 | Conforme au sens du verbe grec et à la doctrine |
La nouvelle formule a été établie dans le cadre de la traduction liturgique intégrale de la Bible, reçue par Rome et publiée en 2013, puis introduite dans le Missel. Elle dit la même vérité que le Catéchisme exprimait déjà : nous demandons à Dieu de « ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché »[71].
Le calendrier d'application
Le changement est entré en vigueur de façon échelonnée dans la francophonie catholique. En France, les évêques l'ont fixé au premier dimanche de l'Avent, le 3 décembre 2017[72]. En Belgique et au Bénin, la nouvelle traduction avait déjà été introduite à la Pentecôte 2017[73]. En Suisse, où l'introduction était d'abord prévue pour l'Avent 2017 comme en France, elle a été reportée à Pâques 2018, afin de permettre une adoption commune avec les Églises réformées romandes et le Réseau évangélique[74]. Les protestants francophones ont eux aussi préparé ce passage : dès 2015, la Communion protestante luthéro-réformée a fait étudier la question, suivie par les synodes de 2017[75]. Le Notre Père demeure ainsi, selon le mot du Catéchisme, le bien commun des baptisés[76].
La doxologie : « car c'est à toi qu'appartiennent le règne… »
Une finale liturgique très ancienne
Beaucoup de chrétiens concluent le Notre Père par une doxologie — une formule de louange : « Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles. » Cette finale n'est pas une invention tardive : on la trouve déjà, sous une forme proche, dans la Didachè (vers 100), le plus ancien manuel de la vie chrétienne, qui prescrit de réciter le Notre Père « trois fois par jour » et le conclut ainsi : « Car à toi sont la puissance et la gloire dans les siècles »[77]. Les Constitutions apostoliques y ajouteront « le règne », donnant la forme reçue aujourd'hui[78].
« Ne priez pas comme les hypocrites… mais comme l'a prescrit le Seigneur dans son Évangile, priez ainsi : Notre Père qui es aux cieux… Trois fois par jour, priez de la sorte. » — Didachè, ch. 8, vers 100[79]
Le Catéchisme explique le sens de cette louange : elle « reprend, par inclusion, les trois premières demandes » — le Nom, le Règne, la Volonté — mais cette fois « sous forme d'adoration et d'action de grâces ». Le prince de ce monde s'était attribué mensongèrement « la royauté, la puissance et la gloire » ; le Christ les restitue au Père[80].
Pourquoi elle ne fait pas partie du texte évangélique
La doxologie ne figure pas dans les plus anciens manuscrits de l'évangile de Matthieu : elle est d'origine liturgique, ajoutée très tôt par la prière de l'Église, non par les évangélistes. C'est pourquoi, dans le rite catholique, elle est légèrement séparée du corps de la prière : à la messe, l'assemblée ne l'enchaîne qu'après l'embolisme du prêtre. Le Notre Père « proprement dit » s'achève sur « délivre-nous du Mal » ; la doxologie est la réponse de l'Église qui, ayant tout demandé, rend tout à Dieu. Le dernier mot reste l'Amen — « notre fiat aux sept demandes »[81], comme l'expliquait déjà saint Cyrille de Jérusalem aux nouveaux baptisés[82].
Le Notre Père dans la vie de l'Église
Au cœur de la messe
Le Notre Père occupe une place stratégique dans la liturgie eucharistique. Il est récité après la prière eucharistique et avant la communion, comme une préparation immédiate à recevoir le Corps du Christ. Sa place y est doublement justifiée, note le Catéchisme : la demande du pain « de ce jour » y prend son sens eucharistique le plus plein, et la demande du pardon dispose les fidèles à s'approcher des « choses saintes » le cœur réconcilié[83]. Prié par toute l'assemblée d'une seule voix, il manifeste que l'Église est un seul corps qui s'adresse à un seul Père.
Prier trois fois par jour : une habitude apostolique
Le Didachè demandait de réciter le Notre Père trois fois par jour[84] — un rythme hérité de la prière juive et repris par les premières communautés. Cette habitude n'a jamais disparu : on retrouve le Notre Père dans la liturgie des Heures (laudes et vêpres), au chapelet, dans la prière du matin et du soir, à l'agonie des mourants. Il est la prière que tout chrétien sait par cœur, celle que l'on transmet aux enfants et que l'on murmure quand on ne sait plus prier autrement.
L'église du Pater Noster à Jérusalem
Sur le mont des Oliviers, à l'endroit où une tradition place l'enseignement de cette prière par Jésus, s'élève l'église du Pater Noster. Ses cloîtres sont célèbres : le Notre Père y est gravé sur des panneaux de céramique dans un très grand nombre de langues — du français au chinois, de l'araméen au braille. Ce lieu dit visuellement ce que la prière est devenue : le bien commun de toute l'humanité rachetée, une seule prière montée vers un seul Père dans toutes les langues de la terre.
Ne pas « rabâcher » : une prière à habiter
Le danger de la prière la plus connue est de devenir machinale. Jésus avait prévenu : ne pas « rabâcher »[85]. Les maîtres spirituels ont sans cesse rappelé qu'il vaut mieux dire un seul Notre Père avec attention que cent distraitement. Sainte Thérèse d'Avila décrit ces contemplatifs si proches de leur Roi qu'« une heure se passe à dire le Pater une seule fois »[86]. Le Notre Père n'est pas une formule à expédier, mais une demeure à habiter : chaque demande peut nourrir une vie entière d'oraison.
Pour aller plus loin
Le Notre Père est inséparable des autres pages de la vie de Jésus et de son enseignement. Pour le situer et l'approfondir :
- Le Sermon sur la montagne — le grand discours où Matthieu place la prière du Seigneur.
- Les Béatitudes — l'ouverture du Sermon, doctrine de vie qui répond à l'oraison.
- Les évangiles synoptiques — pour comprendre le dossier synoptique de Matthieu et Luc.
- L'agonie de Jésus à Gethsémani — où le Christ vit jusqu'au bout son « que ta volonté soit faite ».
- Les tentations de Jésus au désert — l'arrière-plan de la demande « ne nous laisse pas entrer en tentation ».
- La Divine Volonté et Luisa Piccarreta — l'approfondissement spirituel du « sur la terre comme au ciel ».
- Le Catéchisme de l'Église catholique — dont la quatrième partie (n° 2759-2865) commente le Notre Père demande par demande.
Notes et références
Évangile selon saint Luc 11, 1-4 (traduction liturgique officielle, AELF). La demande d'un disciple — « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste l'a appris à ses disciples » — donne le cadre de la transmission de la prière. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 2759.
1 5Catéchisme de l'Église catholique, n° 2759 : saint Luc donne un texte bref de cinq demandes, saint Matthieu une version de sept demandes ; « c'est le texte de saint Matthieu que la tradition liturgique de l'Église a retenu ». Texte officiel sur vatican.va.
2 10Catéchisme de l'Église catholique, n° 2761, citant Tertullien, De oratione, 1 : « L'oraison dominicale est vraiment le résumé de tout l'Évangile. »
3 25Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, question 83, article 9 : l'oraison dominicale est « la plus parfaite des prières » car « en elle nous demandons non seulement tout ce que nous pouvons désirer avec droiture, mais encore dans l'ordre où il convient de le désirer ».
4 28Évangile selon saint Matthieu 6, 7 : « Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. » Traduction liturgique AELF.
6 85Évangile selon saint Matthieu 6, 8 : « Ne leur ressemblez pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l'ayez demandé. » Traduction liturgique AELF.
7Évangile selon saint Matthieu 6, 9-13 (traduction liturgique officielle de la Bible, AELF, 2013 ; formule du Notre Père révisée au 3 décembre 2017). Version retenue par la tradition liturgique de l'Église.
8Catéchisme de l'Église catholique, n° 2766 : Jésus ne nous laisse pas une formule à répéter machinalement ; comme pour toute prière vocale, c'est par la Parole de Dieu que l'Esprit Saint apprend aux enfants de Dieu à prier leur Père.
9Kaddish, prière en araméen de la liturgie synagogale, qui proclame « que son grand Nom soit magnifié et sanctifié… et qu'il établisse son règne ». Le rapprochement avec l'ouverture du Notre Père est celui des commentateurs, à titre d'écho, non de source citée.
11Livre de l'Exode, ch. 16 : la manne donnée chaque jour au désert. Rapprochement traditionnel des commentateurs pour la demande du pain, à titre d'écho, non de citation.
12Livre du Lévitique, ch. 25 : l'année jubilaire, avec remise des dettes et libération. Rapprochement proposé par des commentateurs pour la demande du pardon des « dettes », à titre d'écho, non de citation.
13Catéchisme de l'Église catholique, n° 2763 : toutes les Écritures (la Loi, les Prophètes et les Psaumes) sont accomplies dans le Christ ; l'Évangile en est la « Bonne Nouvelle », dont l'oraison dominicale est le résumé.
14Évangile selon saint Marc 14, 36 : à Gethsémani, Jésus prie « Abba, Père » — l'araméen Abba exprimant une intimité filiale unique. Traduction liturgique AELF.
15Saint Paul, Lettre aux Romains 8, 15 : « Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c'est en lui que nous crions « Abba ! », c'est-à-dire : Père ! » Cf. aussi Galates 4, 6. Traduction liturgique AELF.
16Catéchisme de l'Église catholique, n° 2783-2784 : par la Prière du Seigneur, nous sommes révélés à nous-mêmes en même temps que le Père nous est révélé ; ce don gratuit de l'adoption exige une conversion continuelle.
17Catéchisme de l'Église catholique, n° 2775 : elle est appelée « oraison dominicale » parce qu'elle nous vient du Seigneur Jésus, maître et modèle de notre prière.
18Catéchisme de l'Église catholique, n° 2776 : l'oraison dominicale est « la prière de l'Église par excellence » ; elle fait partie intégrante des grandes heures de l'office et des sacrements de l'initiation chrétienne.
19Catéchisme de l'Église catholique, n° 2769 : dans le Baptême et la Confirmation, la traditio (remise) de la Prière du Seigneur signifie la nouvelle naissance à la vie divine.
20Catéchisme de l'Église catholique, n° 2803-2804 : après l'invocation, deux séries de demandes — la première vers Dieu (« ton » Nom, Règne, Volonté), la seconde présentant nos besoins (« notre » pain, offenses, tentation, mal).
21Catéchisme de l'Église catholique, n° 2857 : les trois premières demandes ont pour objet la gloire du Père ; les quatre autres lui présentent nos désirs, pour nourrir ou guérir notre vie.
22Évangile selon saint Matthieu 6, 33 : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. » Traduction liturgique AELF.
23Tertullien, De oratione (Sur la prière), ch. 1, début du IIIᵉ siècle (vers 200) : premier traité chrétien sur la prière, où le Notre Père est défini par la formule latine breviarium totius Evangelii, « l'abrégé de tout l'Évangile » — formule reprise par le Catéchisme de l'Église catholique, n° 2761. Aucune datation plus précise n'est établie ; le « vers 200 » est la datation habituellement retenue.
24Saint Cyprien de Carthage, De dominica oratione (Sur la prière du Seigneur), vers 250 : grand commentaire patristique du Notre Père insistant sur sa dimension communautaire (« notre » Père et non « mon » Père).
26Origène, Sur la prière (Peri Euchês), ch. 29 (vers 233) : traité majeur de la prière chrétienne. La traduction française citée dans l'article est celle qu'en donne le Catéchisme de l'Église catholique, n° 2847, sur l'utilité de la tentation pour la connaissance de soi.
27 62Saint Augustin, Lettre 130 à Proba, ch. 12, § 22 (vers 412) : « Quamlibet alia verba dicamus… nihil aliud dicimus quam quod in ista dominica oratione positum est, si recte et congruenter oramus » (« quoi que nous disions par ailleurs, nous ne disons rien d'autre que ce qui est contenu dans cette prière du Seigneur, si nous prions comme il faut et convenablement »). Saint Thomas d'Aquin reprend ce passage sous une forme libre : « nous ne pouvons rien dire d'autre » (Somme théologique, IIa-IIae, q. 83, a. 9).
29Catéchisme de l'Église catholique, n° 2762 : après nous avoir légué cette formule, le Seigneur ajoute « Demandez et vous recevrez » (Lc 11, 9) ; chacun peut prier selon ses besoins, mais en commençant toujours par la Prière du Seigneur.
30Catéchisme de l'Église catholique, n° 2761 et structure générale en quatre parties (Credo, sacrements, commandements, prière), héritée du Catéchisme romain (1566). La quatrième partie (n° 2558-2865) culmine dans le commentaire du Notre Père.
31Catéchisme de l'Église catholique, n° 2764 : « Le Sermon sur la montagne est doctrine de vie, l'oraison dominicale est prière. »
32Catéchisme de l'Église catholique, n° 2780 : nous pouvons invoquer Dieu comme « Père » parce qu'il nous est révélé par son Fils devenu homme et que son Esprit nous le fait connaître.
33Catéchisme de l'Église catholique, n° 2792 : en priant en vérité « Notre Père », nous sortons de l'individualisme, car l'amour reçu nous en libère.
34Catéchisme de l'Église catholique, n° 2791 : malgré les divisions des chrétiens, la prière au « notre » Père demeure leur bien commun et un appel pressant à l'unité.
35 76Catéchisme de l'Église catholique, n° 2794-2795 : « qui es aux cieux » ne désigne pas un lieu mais une manière d'être ; Dieu n'est pas loin, il est « au-delà de tout » et présent au cœur du juste.
36Catéchisme de l'Église catholique, n° 2807 : le terme « sanctifier » s'entend ici non d'abord dans son sens causatif (Dieu seul sanctifie), mais dans un sens d'estimation : reconnaître pour saint, traiter d'une manière sainte.
37Catéchisme de l'Église catholique, n° 2814 : il dépend inséparablement de notre vie et de notre prière que le Nom de Dieu soit sanctifié parmi les nations.
38Catéchisme de l'Église catholique, n° 2818 : dans la Prière du Seigneur, il s'agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le retour du Christ, sans exclure la croissance du Royaume dans l'« aujourd'hui » de nos vies.
39Catéchisme de l'Église catholique, n° 2817 : cette demande est le « Marana Tha », le cri de l'Esprit et de l'Épouse : « Viens, Seigneur Jésus. »
40Catéchisme de l'Église catholique, n° 2822 (citant 1 Tm 2, 3-4) : « C'est la volonté de notre Père que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »
41Évangile selon saint Matthieu 26, 39 : prière de Jésus à Gethsémani — « non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux ». Cf. Luc 22, 42. Traduction liturgique AELF.
42Catéchisme de l'Église catholique, n° 2824 : c'est dans le Christ, et par sa volonté humaine, que la volonté du Père a été parfaitement accomplie une fois pour toutes.
43Catéchisme de l'Église catholique, n° 2860 : dans la troisième demande, nous prions notre Père d'unir notre volonté à celle de son Fils pour accomplir son dessein de salut dans la vie du monde.
44 45Livre du Ciel, écrits de Luisa Piccarreta (1865-1947), laïque de Corato (Pouilles), en 36 volumes : Jésus y distingue la sainteté humaine du faire la volonté de Dieu et la vie dans la Divine Volonté, où la Volonté divine elle-même agit dans la créature. Révélation privée reçue avec discernement, à ne pas confondre avec l'enseignement du magistère rappelé dans le corps du texte.
46Catéchisme de l'Église catholique, n° 2828 : « Donne-nous » exprime « la belle confiance des enfants qui attendent tout de leur Père ».
47Catéchisme de l'Église catholique, n° 2861 : « notre pain » désigne la nourriture terrestre nécessaire à la subsistance de tous et signifie aussi le Pain de Vie : Parole de Dieu et Corps du Christ.
48Catéchisme de l'Église catholique, n° 2831 : la présence de ceux qui ont faim par manque de pain révèle une autre profondeur de cette demande et engage la responsabilité des chrétiens.
49Catéchisme de l'Église catholique, n° 2837 : le mot epiousios n'a pas d'autre emploi dans le Nouveau Testament ; pris à la lettre (« sur-essentiel »), il désigne le Pain de Vie, le Corps du Christ, « remède d'immortalité » (saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Éphésiens, 20, 2).
50 52Saint Jérôme, Vulgate (vers 390-405) : traduit epiousios par supersubstantialem (« supersubstantiel ») en Matthieu 6, 11 — « Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie » —, mais par quotidianum (« quotidien ») en Luc 11, 3 — « Panem nostrum quotidianum da nobis cotidie » —, signalant la richesse irréductible du terme grec.
51Saint Augustin, Sermon 57, 7 (PL 38, 389), vers 410, sur le pain quotidien entendu de l'Eucharistie. La formulation citée dans l'article est celle du Catéchisme de l'Église catholique, n° 2837, qui s'appuie sur ce sermon : « force d'union » qui nous unit au Corps du Sauveur, « afin que nous devenions ce que nous recevons ».
53Catéchisme de l'Église catholique, n° 2840 : ce flot de miséricorde ne peut pénétrer notre cœur tant que nous n'avons pas pardonné à ceux qui nous ont offensés.
54Évangile selon saint Matthieu 6, 14-15 : « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. » Seule demande du Notre Père sur laquelle Jésus revient immédiatement. Traduction liturgique AELF.
55Catéchisme de l'Église catholique, n° 2841 : cette demande est si importante qu'elle est la seule sur laquelle le Seigneur revient et qu'il développe (Mt 6, 14-15) ; impossible à l'homme, « tout est possible à Dieu ».
56Catéchisme de l'Église catholique, n° 2843 : le cœur offert à l'Esprit Saint « retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l'offense en intercession ».
57Catéchisme de l'Église catholique, n° 2845, citant saint Cyprien, De dominica oratione, 23 : Dieu n'accepte pas le sacrifice des fauteurs de désunion et les renvoie de l'autel pour qu'ils se réconcilient d'abord.
58Catéchisme de l'Église catholique, n° 2847 : l'Esprit Saint nous fait discerner entre l'épreuve, nécessaire à la croissance de l'homme intérieur, et la tentation, qui conduit au péché et à la mort.
59Lettre de saint Jacques 1, 13 : « Dans l'épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. » Traduction liturgique AELF.
60Catéchisme de l'Église catholique, n° 2846 : le terme grec signifie à la fois « ne permets pas d'entrer dans » et « ne nous laisse pas succomber à la tentation » ; Dieu veut nous libérer du mal, non nous y conduire.
61 70 71Catéchisme de l'Église catholique, n° 2849 : c'est par sa prière que Jésus est vainqueur du Tentateur, dès le désert et jusqu'à l'agonie ; le Christ nous unit à ce combat.
63Évangile selon saint Matthieu 26, 41 : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » Traduction liturgique AELF.
64Catéchisme de l'Église catholique, n° 2851 : dans cette demande, le Mal n'est pas une abstraction mais désigne une personne, Satan, le Mauvais, l'ange qui s'oppose à Dieu.
65Évangile selon saint Jean 17, 15 : prière sacerdotale de Jésus — « Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mauvais. » Traduction liturgique AELF. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 2850.
66Catéchisme de l'Église catholique, n° 2853 : la victoire sur le « prince de ce monde » est acquise une fois pour toutes à l'Heure où Jésus se livre librement à la mort.
67Catéchisme de l'Église catholique, n° 2854 : en demandant d'être délivrés du Mauvais, nous prions aussi pour être libérés de tous les maux dont il est l'auteur ou l'instigateur ; l'embolisme du Missel romain (« Délivre-nous de tout mal, Seigneur… ») développe cette demande.
68 69Conférence des évêques de France, décision de l'assemblée plénière de printemps 2017 : entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Notre Père (« Ne nous laisse pas entrer en tentation ») le premier dimanche de l'Avent, 3 décembre 2017, dans le cadre de la traduction liturgique de la Bible reçue par Rome en 2013. Source : communiqués et dossier de presse de la CEF (eglise.catholique.fr, décembre 2017).
72National Catholic Reporter, novembre 2017 (Tom Heneghan) : les évêques de Belgique et du Bénin ont introduit la nouvelle formulation du Notre Père dès la Pentecôte 2017 (« introduced the new Our Father wording at Pentecost »). La Pentecôte 2017 tombait le 4 juin 2017.
73Conférence des évêques suisses (COR romande), communiqué à l'issue de la séance du 16 mars 2018 (eveques.ch) : un feuillet de présentation de la nouvelle formule, édité conjointement avec la Conférence des Églises réformées de Suisse romande, est diffusé dans les vicariats — adoption coordonnée avec les réformés. National Catholic Reporter, novembre 2017 (Tom Heneghan) : les francophones de Suisse commencent à l'utiliser à Pâques 2018 (« will start using it next Easter »).
74Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL), assemblée du 18 novembre 2017 à Strasbourg, rapport « À propos du Notre-Père » : dès juin 2015, la Communion protestante luthéro-réformée (CPLR) a fait étudier la nouvelle formulation par deux théologiens en vue d'une adoption coordonnée.
75Didachè (Doctrine des douze apôtres), ch. 8, 2-3, vers 100 : plus ancien manuel de la vie chrétienne ; il prescrit de réciter le Notre Père « trois fois par jour » et le conclut par la doxologie « Car à toi est la puissance et la gloire dans les siècles ». Cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 2760.
77 79 84Catéchisme de l'Église catholique, n° 2760 : très tôt l'usage liturgique a conclu la Prière du Seigneur par une doxologie ; la Didachè (8, 2) porte « Car c'est à toi qu'appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles », les Constitutions apostoliques (7, 24, 1) ajoutant « le règne ».
78Catéchisme de l'Église catholique, n° 2855 : la doxologie finale reprend par inclusion les trois premières demandes, sous forme d'adoration et d'action de grâces ; le Christ restitue au Père la royauté, la puissance et la gloire.
80Catéchisme de l'Église catholique, n° 2865 : par l'« Amen » final, nous exprimons notre « fiat » concernant les sept demandes — « Qu'il en soit ainsi. »
81Catéchisme de l'Église catholique, n° 2856, citant saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques, 5, 18 : par l'« Amen » final, « tu contresignes ce que contient la prière que Dieu nous a enseignée ».
82Catéchisme de l'Église catholique, n° 2770-2771 : dans la liturgie eucharistique, la Prière du Seigneur apparaît comme la prière de toute l'Église et y dévoile son sens plénier, eschatologique et eucharistique.
83Sainte Thérèse d'Avila, Le Chemin de la perfection, ch. XXXI, au sein de son commentaire du Notre Père (ch. XXVII-XLII selon les éditions, vers 1566) : décrivant les contemplatifs proches de leur Roi, elle écrit qu'« une heure se passe à dire le Pater une seule fois ».
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