Saint Grégoire de Nysse (335-395)

Saint Grégoire de Nysse, frère de saint Basile le Grand, fut le plus mystique des Pères de l'Église grecque. Évêque de Nysse, exilé par les ariens, colonne du concile de Constantinople (381), il enseigna que Dieu est infini : l'âme ne cesse jamais de progresser vers lui (l'épectase). Le IIe concile de Nicée l'a salué « père des pères ».

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Saint Grégoire de Nysse (vers 335 – vers 394/395) est l'un des trois grands Pères cappadociens, avec son frère aîné saint Basile le Grand et leur ami saint Grégoire de Nazianze. Théologien le plus spéculatif et le plus mystique des Pères grecs, il a donné au dogme de la Trinité sa formulation classique et a posé les fondations de toute la théologie mystique chrétienne[1][2].

D'abord rhéteur marié, attiré par les lettres profanes contre l'avis de son frère Basile, il se retire ensuite dans la vie ascétique, puis devient en 372 évêque de Nysse, une petite cité de Cappadoce. Son épiscopat est aussitôt pris dans la tourmente : accusé par les ariens, déposé par un synode et exilé de 376 à 378 sous l'empereur Valens, il ne retrouve son siège qu'à la mort du persécuteur. Au concile de Constantinople de 381, il est l'une des grandes voix qui scellent la victoire de la foi de Nicée et la divinité du Saint-Esprit[3][4].

Mais sa vraie grandeur est ailleurs. Grégoire est le penseur de l'infini de Dieu : puisque Dieu est sans limite, jamais l'âme ne peut l'épuiser, et la perfection consiste précisément à ne jamais s'arrêter de progresser vers lui. Cette doctrine, qu'on appelle l'épectase, fait de toute vie spirituelle une ascension sans terme, où « voir Dieu, c'est ne jamais se rassasier du désir de le voir »[5].

Cet article présente le saint lui-même : sa famille de saints, sa vocation tardive, son épiscopat persécuté, son œuvre théologique et surtout mystique, la question débattue de l'apocatastase, sa mort et son culte, jusqu'au titre que lui décerna le IIe concile de Nicée (787) : « père des pères »[6]. Pour le concile dont il fut un héraut, voir le premier concile de Constantinople (381) ; pour le dogme qu'il a contribué à formuler, voir le dogme de la Trinité.

Qui est saint Grégoire de Nysse ?

Le plus spéculatif des Pères grecs

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Au IVᵉ siècle, l'Église grecque produit une floraison théologique sans équivalent. Trois figures dominent, qu'on regroupe sous le nom de Pères cappadociens : Basile de Césarée, dit le Grand ; Grégoire de Nazianze, le « Théologien » ; et Grégoire de Nysse. Si Basile fut surtout l'organisateur et le pasteur, et Nazianze le poète et l'orateur, Grégoire de Nysse fut le spéculatif, le métaphysicien, celui qui poussa le plus loin la réflexion sur Dieu, sur l'homme et sur l'au-delà[7][8].

La tradition postérieure l'a parfois jugé moins « sûr » que ses aînés, parce qu'il osa des hypothèses audacieuses ; mais elle l'a aussi reconnu comme le plus profond. Le théologien Jean Daniélou, qui contribua à sa redécouverte au XXᵉ siècle, voyait en lui le véritable fondateur de la théologie mystique chrétienne[9].

Le cadet d'une famille de saints

Grégoire appartient à l'une des familles les plus extraordinaires de l'histoire chrétienne : un foyer qui a donné plusieurs saints en une seule génération. Sa grand-mère paternelle, sainte Macrine l'Ancienne, fut formée par les disciples de saint Grégoire le Thaumaturge ; son père et sa mère, Emmélie, eurent dix enfants. Parmi eux : Macrine la Jeune, l'aînée, modèle de virginité consacrée ; Basile, l'évêque de Césarée ; Pierre, futur évêque de Sébaste ; et Grégoire lui-même[10][11].

Cette parenté n'est pas un détail biographique : elle est au cœur de sa spiritualité. C'est sa sœur Macrine qui sera, dans ses écrits, la maîtresse de sagesse — il la met en scène sur son lit de mort comme une nouvelle Socrate chrétienne, enseignant l'âme et la résurrection. C'est son frère Basile qui sera, après sa mort, l'objet d'un éloge admiratif. Grégoire est le dernier survivant de cette fratrie, le témoin et le mémorialiste d'une sainteté familiale.

« Père des Pères »

Quatre siècles après sa mort, lorsque le IIe concile de Nicée (787) se réunit pour rétablir le culte des saintes images contre l'iconoclasme, les Pères conciliaires invoquent l'autorité des grands docteurs anciens. C'est là que Grégoire de Nysse reçoit, de la bouche d'Épiphane le Diacre, le titre solennel de « père des pères » (patèr patérôn)[12]. L'expression dit la place unique qu'il avait conquise : non pas un Père parmi d'autres, mais une source à laquelle les Pères eux-mêmes avaient bu.

Voir le deuxième concile de Nicée (787) pour le contexte de cette acclamation, et les Docteurs de l'Église dans l'histoire pour la postérité doctrinale des Cappadociens.

Une famille de saints en Cappadoce

Emmélie, Macrine et la maison de Dieu

Saint Basile, mosaïque de Sainte-Sophie de Kyiv, XIe siècle. Auteur inconnu — Wikimedia Commons, domaine public.

La formation de Grégoire ne vient pas d'abord des écoles, mais de sa maison. Après la mort du père, sa mère Emmélie et sa sœur Macrine transforment le domaine familial d'Annisa, au bord de l'Iris (Pont), en une véritable communauté ascétique, mêlant la maîtresse et les servantes dans une même vie de prière[13]. Macrine y règne par la douceur et la science des Écritures.

Grégoire lui doit tout, et il le dit. Dans sa Vie de Macrine, il fait d'elle le modèle achevé de la philosophie chrétienne — la vie selon l'Évangile vécue comme la plus haute des sagesses :

« Elle s'éleva jusqu'au sommet même de la vertu humaine par la philosophie, et il n'est pas possible de dire en paroles avec quelle clarté de raison elle s'avançait vers le but. » — Grégoire de Nysse, Vie de Macrine[14]

Basile, le frère aîné et le maître

Le rapport de Grégoire à Basile fut celui d'un cadet à un aîné dominateur et génial. Basile, revenu d'Athènes où il avait étudié avec Grégoire de Nazianze, devint le grand homme de la famille : moine organisateur, théologien, puis archevêque de Césarée. C'est lui qui, contre les résistances de Grégoire, le tira de la vie profane et l'orienta vers l'Église[15][16].

Grégoire reconnaîtra toujours en Basile son maître. Une partie de son œuvre prolonge directement celle de son frère : il achève le combat de Basile contre l'arien Eunome, complète son Hexaéméron par un traité Sur la création de l'homme, et défend sa mémoire. Mais l'élève dépassa le maître en profondeur spéculative.

Le rhéteur marié devenu moine

Contrairement à Basile, qui choisit très tôt l'ascèse, Grégoire commença par le monde. Doué pour les lettres, il devint rhéteur (professeur d'éloquence) et se maria — fait rare chez les grands Pères, mais nullement scandaleux : le mariage du clergé n'était pas encore interdit en Orient[17][18]. Le nom de son épouse ne nous est pas parvenu avec certitude : on l'identifie parfois à Théosébie, à qui Grégoire de Nazianze adressa une lettre de condoléances après sa mort ; mais cette même lettre la dit à la fois « vraiment sainte, vraiment compagne d'un prêtre » et « sœur », si bien que les historiens restent partagés — épouse ou sœur — sur qui était Théosébie[19].

Cette première vocation manquée donne à Grégoire une sensibilité particulière : il sait ce qu'est le retour, la conversion seconde, l'arrachement aux séductions de l'éloquence profane. Quand il écrira sur l'ascension de l'âme, ce ne sera pas la théorie d'un homme qui n'a jamais connu le bas : ce sera l'expérience d'un converti.

L'évêque de Nysse dans la tourmente arienne

Une petite ville, un grand combat

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En 372, Basile, devenu archevêque de Césarée, livre un bras de fer avec le pouvoir impérial arien pour le contrôle des sièges épiscopaux de Cappadoce. Il multiplie les ordinations de fidèles sûrs. C'est ainsi qu'il fait de son frère cadet l'évêque de Nysse, bourgade modeste sur la route de l'Halys[20][21].

Grégoire n'avait ni le tempérament administratif de Basile, ni son habileté politique. Basile lui-même se plaignit de sa naïveté en affaires. Mais ce que Nysse perdait en gouvernement, l'Église universelle le gagnait en théologie : c'est de ce petit siège que sortit l'une des œuvres doctrinales les plus puissantes du siècle.

Déposition et exil (376-378)

L'arianisme, qui niait la pleine divinité du Fils, n'était pas une querelle d'école : il était soutenu par l'empereur Valens, qui persécutait les évêques nicéens. Grégoire fut une cible facile. Accusé de malversations dans la gestion des biens de l'Église et d'irrégularités dans son élection, il fut arrêté par le gouverneur, puis déposé par un synode arien réuni à Nysse en 376, et contraint d'errer de ville en ville[22][23].

Cet exil dura jusqu'à un retournement décisif : en 378, Valens périt à la bataille d'Andrinople contre les Goths, et l'édit de tolérance de Gratien rendit leurs sièges aux évêques nicéens. Grégoire rentra triomphalement à Nysse, accueilli par son peuple. L'épreuve l'avait mûri : c'est dans les années qui suivent que son génie théologique s'épanouit pleinement.

Le triomphe de Nicée à Constantinople (381)

La mort de Basile, au début de 379, fait de Grégoire l'héritier du combat cappadocien. En 381, l'empereur Théodose convoque à Constantinople le concile qui deviendra le deuxième concile œcuménique. Grégoire y joue un rôle de premier plan : il y est reconnu comme une colonne de l'orthodoxie, chargé même de prononcer des discours officiels, et il défend la divinité du Saint-Esprit que le concile va proclamer[24][25].

Le concile de 381 complète Nicée : il affirme que l'Esprit Saint, « Seigneur qui donne la vie », est lui aussi pleinement Dieu, adoré et glorifié avec le Père et le Fils. C'est l'aboutissement de l'œuvre des trois Cappadociens. Grégoire en est, après la mort de Basile, le grand témoin survivant.

« Il ne s'agit pas de connaître quelque chose de Dieu, mais d'avoir Dieu en soi. » — résumé que Benoît XVI donnait de la théologie de Grégoire[26]

Pour le détail de ce concile et de ses canons, voir le premier concile de Constantinople (381).

L'œuvre théologique

Contre Eunome : la défense de la Trinité

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Le grand adversaire doctrinal de Grégoire fut Eunome, chef des ariens radicaux (« anoméens »), qui prétendait que l'on pouvait définir l'essence de Dieu par un mot — l'« inengendré » — et que le Fils, étant engendré, était d'une autre nature que le Père. Contre lui, Grégoire écrit son immense Contre Eunome, en plusieurs livres[27].

Sa réponse est double. Sur la Trinité, il fixe la formule devenue classique : une seule essence (ousia) en trois personnes (hypostases), le Père, le Fils et l'Esprit partageant pleinement et également la divinité. Sur la connaissance de Dieu, il pose un principe révolutionnaire : aucun nom, aucun concept ne peut enfermer l'essence divine, car Dieu est infini. La prétention d'Eunome à définir Dieu n'est pas seulement fausse : elle est une idolâtrie intellectuelle.

Le Grand Discours catéchétique

Le Grand Discours catéchétique (Oratio catechetica magna) est le grand manuel de théologie de Grégoire : une défense argumentée, en une quarantaine de chapitres, de la foi catholique face aux juifs, aux païens et aux hérétiques[28]. Il y expose la création, la chute, l'Incarnation, la Rédemption et les sacrements avec une cohérence rare.

On y trouve sa fameuse image de l'Incarnation comme un hameçon : la divinité du Christ, cachée sous l'« appât » de sa chair, est mordue par la mort, qui se trouve prise au piège — saisissant un mortel apparent, elle découvre trop tard qu'elle a happé Dieu lui-même, et en meurt. L'audace de l'image dit l'optimisme de la sotériologie grecque : le Christ ne rachète pas seulement, il divinise.

L'homme, image de Dieu

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Dans son traité Sur la création de l'homme (De hominis opificio), écrit pour compléter l'Hexaéméron de Basile, Grégoire développe une anthropologie lumineuse[29]. L'homme est créé à l'image de Dieu : non par son corps, mais par son âme spirituelle, sa liberté et sa capacité d'aimer. Cette dignité est, selon Benoît XVI commentant Grégoire, « le grand don que Dieu a fait à notre nature au moment même de notre naissance »[30].

« L'homme fut créé à l'image de Dieu : c'est par la liberté qu'il lui ressemble, car la vertu est sans maître, elle est volontaire et libre de toute contrainte. » — d'après Grégoire de Nysse, Sur la création de l'homme[31]

Le péché a terni cette image comme la rouille ternit un miroir ; toute la vie spirituelle consiste à polir le miroir pour qu'il reflète de nouveau le visage de Dieu. Cette idée — la divinisation (theosis) par la purification et la grâce — relie Grégoire à saint Athanase d'Alexandrie, grand docteur de la divinisation.

L'âme et la résurrection : le dialogue avec Macrine

Peu après la mort de Basile, Grégoire se rend au chevet de sa sœur Macrine mourante. De cette visite il tire un chef-d'œuvre : Sur l'âme et la résurrection (De anima et resurrectione), dialogue où Macrine, comme un Socrate chrétien, enseigne à son frère bouleversé l'immortalité de l'âme, la résurrection des corps et la fin dernière de l'homme[32].

L'œuvre est un sommet de la littérature patristique : la rigueur philosophique y épouse la tendresse fraternelle, et la mort d'une sainte y devient une leçon de vie éternelle. C'est aussi l'un des textes où affleure l'espérance de Grégoire en une restauration finale de toute la création — la question délicate de l'apocatastase, que nous abordons plus bas.

La mystique de Grégoire : l'ascension sans fin

C'est ici que Grégoire est le plus original. Avant lui, on cherchait à « voir » Dieu comme un terme à atteindre. Grégoire renverse tout : puisque Dieu est infini, il n'y a pas de terme. La béatitude n'est pas un arrêt mais une course éternelle, un bonheur toujours croissant. Cette intuition fait de lui le père de la mystique chrétienne.

L'épectase : le désir qui ne se rassasie jamais

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Le mot épectase vient de saint Paul : « oubliant ce qui est derrière, je m'élance (epekteinomenos) vers ce qui est devant » (Philippiens 3, 13)[33]. Grégoire en fait la loi de toute la vie spirituelle. L'âme qui s'approche de Dieu ne sature jamais son désir : plus elle reçoit, plus elle est capable de recevoir, dans un élan sans fin.

« Telle est la vraie vision de Dieu : ne jamais se rassasier du désir de le voir. Mais toujours, regardant ce qu'on peut voir, on doit raviver le désir d'en voir davantage. » — Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, II, 239[34]

Cette doctrine résout une vieille angoisse : ne risque-t-on pas de s'ennuyer au Ciel, une fois tout obtenu ? Pour Grégoire, jamais : le Ciel est une découverte sans fin d'un Dieu inépuisable. La béatitude est un perpétuel commencement.

Les trois théophanies de Moïse : lumière, nuée, ténèbre

Dans la Vie de Moïse, son testament spirituel, Grégoire lit la montée du prophète vers Dieu comme l'itinéraire de toute âme. Cette ascension passe par trois étapes, marquées par trois rencontres de Dieu[35] :

  • d'abord la lumière du buisson ardent, quand Dieu se révèle à qui sort des ténèbres de l'ignorance ;
  • puis la nuée, quand l'âme apprend que Dieu dépasse les apparences sensibles ;
  • enfin la ténèbre du Sinaï, où Moïse entre dans la « nuée obscure » pour y rencontrer Dieu au-delà de toute image et de tout concept.

Ce paradoxe de la ténèbre lumineuse — voir Dieu dans le non-voir, le connaître comme inconnaissable — fait de Grégoire l'ancêtre de toute la mystique apophatique, du Pseudo-Denys à saint Jean de la Croix et sa « nuit obscure ».

Dieu infini et incompréhensible

Le fond de toute cette mystique est une thèse métaphysique que Grégoire fut l'un des premiers à formuler clairement : Dieu est infini. Or l'infini, par définition, ne peut être circonscrit, ni par l'esprit, ni par le langage. Toute connaissance vraie de Dieu commence donc par l'aveu de son incompréhensibilité[36][37].

Loin d'être un agnosticisme, cette « docte ignorance » est la condition de l'amour. On ne possède pas l'infini comme un objet : on s'y abandonne. C'est pourquoi, chez Grégoire, la théologie ne s'achève jamais en système : elle débouche sur l'adoration.

La perfection sans limite

De l'infini de Dieu, Grégoire tire une conséquence pratique sur la perfection chrétienne. On croit d'ordinaire que la perfection a un sommet où l'on s'installe. Grégoire répond : non, car le bien auquel l'âme participe est sans limite, donc la participation elle-même est sans terme.

« La perfection n'est bornée par aucune limite. La seule limite de la vertu, c'est de n'en pas avoir. » — d'après Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, I[38]

Cette parole libère le chrétien de deux pièges : le découragement (« je n'y arriverai jamais ») et la suffisance (« j'y suis arrivé »). La sainteté n'est pas un état, mais un mouvement : être saint, c'est ne jamais cesser de le devenir davantage.

La question de l'apocatastase

L'espérance du « Dieu tout en tous »

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Grégoire, héritier d'Origène, a nourri une espérance audacieuse : celle d'une restauration finale (apokatastasis) de toute la création, où le mal serait entièrement vaincu et où Dieu serait, selon la parole de saint Paul, « tout en tous » (1 Corinthiens 15, 28)[39]. Dans cette perspective, les peines de l'enfer seraient purificatrices et temporaires, ordonnées à la guérison ultime des âmes plutôt qu'à un châtiment sans fin.

Il faut comprendre le ressort de cette espérance : pour Grégoire, le mal n'a pas de substance propre ; il est une privation, une absence de bien, qui ne peut donc pas subsister éternellement face à un Dieu infiniment bon. Sa pensée n'est pas un laxisme, mais l'expression poussée à l'extrême de la bonté toute-puissante de Dieu.

Ce que l'Église retient — et ce qu'elle a écarté

Sur ce point, l'honnêteté impose une distinction nette. L'Église n'a jamais condamné Grégoire de Nysse : il demeure un saint, un Père et le « père des pères ». Mais elle a écarté la doctrine de l'apocatastase dans sa forme rigide, héritée d'Origène, qui affirmait le salut nécessaire de tous, y compris des démons. L'origénisme fut anathématisé au VIᵉ siècle, dans l'entourage du deuxième concile de Constantinople (553)[40].

Comment concilier les deux ? De plusieurs façons que les théologiens distinguent soigneusement :

  • l'espérance de Grégoire n'est pas exactement le système d'Origène : elle reste subordonnée à l'Écriture et à la liberté, et ne nie pas la réalité de l'enfer ;
  • l'Église maintient fermement la possibilité réelle de la damnation éternelle, parce que Dieu respecte la liberté de l'homme qui peut le refuser jusqu'au bout (cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1035) ;
  • mais elle permet l'espérance comme disposition du cœur — pleurer la perte possible des âmes et désirer leur retour — sans jamais en faire une certitude doctrinale ;

Grégoire reste donc précieux comme un témoin de l'espérance chrétienne portée à son incandescence, à condition de ne pas durcir son intuition en une thèse qui supprimerait la liberté et viderait l'avertissement du Christ. La sagesse de l'Église a été de vénérer le saint sans canoniser toutes ses hypothèses — ce qui est la marque même d'une tradition vivante, capable de distinguer l'or du génie de ses scories.

Virginité, prière et divinisation

L'éloge de la virginité

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L'un des premiers écrits de Grégoire, Sur la virginité (vers 371), chante la vie consacrée comme une anticipation de la vie des anges et un chemin privilégié vers Dieu[41]. Détail savoureux et tout grégorien : lui qui était marié recommande la virginité non par mépris du mariage, mais comme la voie la plus directe vers l'union à l'infini.

La prière, présence à Dieu

Pour Grégoire, la prière n'est pas d'abord une demande, mais une présence. Dans ses homélies Sur le Notre Père, il enseigne que prier, c'est se tenir avec Dieu — et celui qui se tient avec Dieu est, par le fait même, loin du mal :

« Par la prière, nous parvenons à être avec Dieu. Or celui qui est avec Dieu est loin de l'ennemi. » — d'après Grégoire de Nysse[42]

Contre l'esclavage

Fait remarquable pour son époque, Grégoire est l'une des premières voix de l'Antiquité à condamner l'esclavage en lui-même comme contraire à la dignité de l'homme image de Dieu. Dans son homélie sur l'Ecclésiaste, il dénonce la prétention d'un homme à posséder un autre homme, créé libre par Dieu[43]. Cette intuition, isolée dans son temps, montre la fécondité éthique de son anthropologie de l'image divine.

Mort, culte et postérité

Une œuvre couronnée

Discours catéchétique, texte et traduction de Louis Méridier, Paris, Picard, 1908 : page de titre. Fac-similé Wikimedia Commons, domaine public.

Les dernières années de Grégoire sont consacrées à l'écriture et au service de l'Église. Il revient à Constantinople en 383 et vers 385-386, encore consulté comme une autorité théologique de l'Empire d'Orient. Il meurt à Nysse vers 394-395, ayant survécu à tous les siens — le dernier témoin de la grande génération cappadocienne[44].

Docteur et « père des pères »

Le culte de Grégoire s'est imposé sans éclat de procès, par la vénération continue de l'Orient et de l'Occident. Sa fête est célébrée le 10 janvier dans les Églises de tradition byzantine et le 9 mars au martyrologe romain. Surtout, son autorité doctrinale fut consacrée par le IIe concile de Nicée (787), qui lui décerna le titre de « père des pères »[45][46].

Sa redécouverte au XXᵉ siècle

Longtemps moins lu que Basile ou Nazianze, Grégoire a connu une renaissance spectaculaire au XXᵉ siècle. Les travaux de Jean Daniélou (Platonisme et théologie mystique, 1944) puis de Hans Urs von Balthasar (Présence et pensée, 1942) en ont fait redécouvrir la profondeur, au point qu'on a pu parler d'une véritable « renaissance grégorienne »[47]. Benoît XVI lui a consacré deux catéchèses en 2007, saluant en lui un maître de la dignité humaine et de la vie mystique[48][49].

  1. vers 335
    Naissance en Cappadoce
    Une famille de saints

    Grégoire naît dans la famille d'Emmélie, cadet de Macrine la Jeune, Basile le Grand et Pierre de Sébaste.[50]

  2. vers 371
    « Sur la virginité »
    Premier grand écrit

    Rhéteur converti à la vie ascétique, il compose son éloge de la virginité comme chemin vers Dieu.[51]

  3. 372
    Évêque de Nysse
    Ordonné par son frère Basile

    Basile, archevêque de Césarée, le fait évêque de la petite cité de Nysse en pleine crise arienne.[52]

  4. 376-378
    Déposition et exil
    Sous l'empereur arien Valens

    Déposé par un synode arien, Grégoire erre de ville en ville jusqu'à la mort de Valens (378).[53]

  5. 379
    Mort de Basile
    Grégoire, héritier du combat

    À la mort de son frère, il devient le grand témoin survivant de la cause nicéenne.[54]

  6. 381
    Concile de Constantinople
    Colonne de l'orthodoxie

    Il y défend la divinité du Saint-Esprit que proclame le deuxième concile œcuménique.[55]

  7. vers 390-392
    La « Vie de Moïse »
    Testament mystique

    Il livre sa synthèse de l'ascension de l'âme : épectase, ténèbre divine, perfection sans limite.[56]

  8. vers 394-395
    Mort à Nysse
    Le dernier des Cappadociens

    Grégoire meurt après ses frères et sa sœur ; en 787, Nicée II le proclamera « père des pères ».[57]

Pourquoi lire saint Grégoire de Nysse aujourd'hui ?

À seize siècles de distance, Grégoire parle à l'homme moderne avec une étonnante fraîcheur. Il offre d'abord une réponse à la peur de l'infini et à l'angoisse de l'ennui : si Dieu est sans limite, l'éternité n'est pas une immobilité figée, mais une aventure sans fin. La béatitude promise n'est pas la fin du désir, mais son accomplissement perpétuel.

Il enseigne ensuite une humilité intellectuelle dont notre temps a besoin : Dieu ne se laisse enfermer dans aucune formule, aucune idéologie, aucune image. Toute prétention à « tenir » Dieu — qu'elle soit fanatique ou rationaliste — est une idolâtrie. Le vrai croyant n'est pas celui qui possède Dieu, mais celui qui se laisse saisir par lui.

Il rappelle enfin la dignité inviolable de tout homme, image de Dieu : c'est de cette intuition que Grégoire tirait sa condamnation de l'esclavage, bien avant que l'humanité ne la formule comme un droit. Le penseur le plus mystique des Pères grecs fut aussi l'un des plus humains.

« Telle est la vraie vision de Dieu : ne jamais se rassasier du désir de le voir. » — Cette parole, gravée comme une devise, dit assez pourquoi l'Église n'a jamais cessé de lire Grégoire de Nysse : il est le docteur de l'espérance qui ne finit pas.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, article « St. Gregory of Nyssa » (newadvent.org/cathen/07016a.htm) : Grégoire, frère de Basile et de Macrine, membre des Pères cappadociens ; rhéteur marié avant l'épiscopat ; consacré évêque de Nysse par Basile vers 371-372 ; « a Synod of Nyssa (376) deposed him, and he was reduced to wander from town to town, until the death of Valens in 378 » ; participation au concile de Constantinople (381) avec discours officiels ; voyages à Constantinople (383, 385-386) ; liste des œuvres exégétiques, théologiques et ascétiques. Mort après 385-386 (datation prudente de l'encyclopédie ; les études récentes situent la mort vers 394-395).

    1 8 10 13 15 17 20 22 44 46 50 52 54
  2. Benoît XVI, catéchèse sur Grégoire de Nysse, audience générale du 29 août 2007 (vatican.va) : Grégoire « né vers 335 », éduqué sous la conduite de son frère Basile et de sa sœur Macrine ; « il se consacra d'abord à l'enseignement et se maria », puis « se voua entièrement à la vie ascétique » ; « colonne de l'orthodoxie » jouant « un rôle de premier plan au concile de Constantinople de 381, qui définit la divinité de l'Esprit Saint » ; sa théologie « n'est pas une réflexion académique » mais « l'expression de la vie spirituelle ».

    2 3 7 16 18 21 24 48
  3. Premier concile de Constantinople (381), deuxième concile œcuménique, convoqué par Théodose : il complète le symbole de Nicée en proclamant la divinité du Saint-Esprit (« Seigneur qui donne la vie, qui procède du Père »). Grégoire de Nysse y joue un rôle de premier plan. Cf. Denzinger n° 150 ; Catholic Encyclopedia, « First Council of Constantinople ». Voir le premier concile de Constantinople (381).

    4 25 55
  4. Grégoire de Nysse, Vie de Moïse (De vita Moysis), II, 239 : « This truly is the vision of God: never to be satisfied in the desire to see him. But one must always, by looking at what he can see, rekindle his desire to see more. » Trad. anglaise de référence A. J. Malherbe & E. Ferguson, Gregory of Nyssa: The Life of Moses, Classics of Western Spirituality, Paulist Press, 1978 ; éd. critique grecque Sources chrétiennes n° 1 bis (J. Daniélou). Énoncé classique de l'épectase.

    5 34 56
  5. Deuxième concile de Nicée (787), septième concile œcuménique : lors de la restauration du culte des images, Grégoire de Nysse est acclamé par Épiphane le Diacre du titre de « père des pères » (patèr patérôn), aux côtés des grands docteurs. Cf. actes conciliaires ; Wikipedia, « Second Council of Nicaea » ; études patristiques sur la réception de Grégoire. Voir le deuxième concile de Nicée (787).

    6 12 45 57
  6. Jean Daniélou, Platonisme et théologie mystique. Doctrine spirituelle de saint Grégoire de Nysse (Aubier, 1944) : ouvrage qui relança les études grégoriennes et présenta Grégoire comme un fondateur de la théologie mystique chrétienne, notamment par la doctrine de l'épectase. Cf. aussi Hans Urs von Balthasar, Présence et pensée. Essai sur la philosophie religieuse de Grégoire de Nysse (Beauchesne, 1942).

    9 37 47
  7. Encyclopædia Britannica, « Saint Gregory of Nyssa » : famille — mère Emmélie ; frères Basile de Césarée (évêque) et Pierre de Sébaste (évêque) ; sœur Macrine la Jeune, honorée comme sainte ; grand-mère Macrine l'Ancienne, formée dans la tradition de Grégoire le Thaumaturge.

    11
  8. Grégoire de Nysse, Vie de Macrine (Vita Macrinae) : biographie spirituelle de sa sœur aînée présentée comme le modèle achevé de la « philosophie » chrétienne (la vie selon l'Évangile). Éd. critique SC 178 (P. Maraval) ; trad. dans NPNF2-05.

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  9. Grégoire de Nazianze, Lettre CXCVII à Grégoire de Nysse, condoléances pour la mort de Théosébie (NPNF2-07 ; newadvent.org/fathers/3103c.htm) : la lettre l'appelle « your holy and blessed sister », puis « truly sacred, truly consort of a priest » ; la note critique de l'édition rappelle que l'identification à l'épouse de Grégoire de Nysse ne repose sur aucune preuve au-delà de cette expression ambiguë, Théosébie étant par ailleurs « expressly called his Sister ». L'identité — épouse ou sœur — reste donc disputée entre historiens ; les éditeurs bénédictins y voyaient une diaconesse de l'Église de Nysse.

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  10. Chronologie de l'exil : accusé de malversations financières et d'irrégularité d'élection, arrêté par le gouverneur Démosthène, Grégoire est déposé par un synode arien réuni à Nysse en 376 puis contraint d'errer de cité en cité ; il est rétabli sur son siège après la mort de l'empereur arien Valens à Andrinople (378) et l'édit de tolérance de Gratien. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Gregory of Nyssa ».

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  11. Benoît XVI, deuxième catéchèse sur Grégoire de Nysse, audience générale du 5 septembre 2007 (vatican.va) : sur la perfection comme cheminement perpétuel (« nous ne parvenons jamais à une ressemblance parfaite avec Dieu ; nous sommes toujours en chemin ») ; « l'histoire de chaque âme est celle d'un amour... Dieu dilate continuellement les possibilités de l'âme » ; la ressemblance à Dieu comme « le grand don que Dieu a fait à notre nature au moment même de notre naissance » ; « il ne s'agit pas de connaître quelque chose de Dieu, mais d'avoir Dieu en soi » ; sur la prière : « celui qui est avec Dieu est loin de l'ennemi ».

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  12. Grégoire de Nysse, Contre Eunome (Contra Eunomium), en plusieurs livres, achevant le combat de Basile contre l'arien radical Eunome : réfutation de la prétention à définir l'essence divine par le terme « inengendré », et exposé de la consubstantialité du Fils. Énoncé de la formule trinitaire « une seule essence (ousia), trois personnes (hypostases) ». Texte dans NPNF2-05 ; éd. critique W. Jaeger, Gregorii Nysseni Opera.

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  13. Grégoire de Nysse, Grand Discours catéchétique (Oratio catechetica magna), env. 40 chapitres : « an argumentative defence... of Catholic teaching as against Jews, heathens, and heretics » (Catholic Encyclopedia). Exposé de la création, de la chute, de l'Incarnation rédemptrice (image de l'« hameçon » divin happé par la mort), des sacrements du baptême et de l'eucharistie. Texte dans NPNF2-05.

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  14. Grégoire de Nysse, Sur la création de l'homme (De hominis opificio), écrit pour compléter l'Hexaéméron de Basile : l'homme créé à l'image de Dieu par son âme spirituelle, sa liberté et sa raison ; doctrine de la divinisation par la purification (l'image divine comparée à un miroir à polir). Traduit en latin par Denys le Petit. Texte dans NPNF2-05 ; cf. Benoît XVI, audience du 5 sept. 2007.

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  15. Grégoire de Nysse, Sur l'âme et la résurrection (De anima et resurrectione) : dialogue avec sa sœur Macrine mourante (« le Macrinia », nouvelle figure de Socrate chrétien) sur la mort, l'immortalité de l'âme, la résurrection des corps et la fin dernière de l'homme. Texte dans NPNF2-05.

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  16. Saint Paul, Épître aux Philippiens 3, 13 : « oubliant ce qui est en arrière et me portant de tout mon être (epekteinomenos) vers ce qui est en avant ». Verbe grec dont Grégoire de Nysse tire le concept d'épectase, le « tension vers l'avant » sans fin de l'âme vers Dieu.

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  17. Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, II (env. 162-169) : les trois théophanies marquant l'ascension de l'âme — la lumière (buisson ardent), la nuée, puis la « ténèbre » (gnophos) du Sinaï où Moïse rencontre Dieu au-delà de toute image et de tout concept. Origine de la mystique apophatique de la « ténèbre lumineuse », reprise par le Pseudo-Denys puis saint Jean de la Croix. Trad. Malherbe-Ferguson ; SC 1 bis.

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  18. Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, I (prologue, env. 5-10) : la perfection de la vertu n'est bornée par aucune limite, car le bien participé est infini — « the one limit of virtue is the absence of a limit » (trad. Malherbe-Ferguson). La perfection chrétienne est ainsi un progrès sans terme et non un état acquis.

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  19. Sur l'apocatastase chez Grégoire : espérance d'une restauration finale de toute la création où Dieu serait « tout en tous » (1 Co 15, 28), avec des peines de l'enfer comprises comme purificatrices ; fondée sur la doctrine du mal comme privation (non-substance) qui ne peut subsister éternellement. Cf. De anima et resurrectione ; Oratio catechetica ; études patristiques (J. Daniélou ; B. E. Daley, The Hope of the Early Church). À distinguer du système origénien rigide (salut nécessaire de tous, y compris les démons), écarté par l'Église.

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  20. Deuxième concile de Constantinople (553) et synode de 543 sous Justinien : condamnation de l'origénisme, dont la thèse de l'apocatastase entendue comme salut nécessaire et universel (y compris des démons) et négation de l'éternité de l'enfer. L'Église n'a jamais condamné Grégoire de Nysse lui-même, demeuré saint et Père. Sur la possibilité réelle de la damnation, cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1035. Voir le deuxième concile de Constantinople (553).

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  21. Grégoire de Nysse, Sur la virginité (De virginitate), vers 371 : éloge de la vie consacrée comme anticipation de la vie angélique et voie privilégiée d'union à Dieu, écrit par Grégoire lui-même marié. Éd. critique SC 119 (M. Aubineau) ; trad. dans NPNF2-05.

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  22. Grégoire de Nysse, Homélies sur l'Ecclésiaste, IV : dénonciation de la prétention d'un homme à posséder un autre homme, créé libre et à l'image de Dieu — l'un des plus anciens textes condamnant l'esclavage en lui-même, et non seulement ses abus. Cf. études patristiques sur Grégoire et l'esclavage (notamment travaux de I. Ramelli) ; trad. SC 416.

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