Concile de Nicée II (787)

Le concile de Nicée II, réuni en 787, met fin à la première crise iconoclaste byzantine et définit pourquoi les icônes peuvent être vénérées sans être adorées.

Ignispedia

Le concile de Nicée II est le septième concile œcuménique de l'Église. Réuni à Nicée de Bithynie du 24 septembre au 13 octobre 787 (sessions 1 à 7), avec une 8ᵉ session, selon les actes reçus, le 23 octobre à Constantinople, il condamne l'iconoclasme byzantin et définit que les images du Christ, de la Mère de Dieu, des anges et des saints peuvent recevoir une vénération respectueuse, sans jamais recevoir l'adoration qui revient à Dieu seul.[1]

Son enjeu est plus profond qu'une querelle esthétique. L'iconoclasme ne touche pas seulement les peintures ou les mosaïques : il interroge la visibilité même du salut. Si le Verbe s'est vraiment fait chair, alors Dieu a assumé un visage humain, une histoire visible, un corps représentable. Nicée II ne prétend donc pas que le bois ou la couleur soient sacrés par eux-mêmes ; il affirme que l'image chrétienne renvoie à la personne représentée, et que l'honneur ne s'arrête pas au support matériel.[2]

De l'édit iconoclaste de Léon III à la définition de Nicée II : cinq étapes pour comprendre pourquoi l'assemblée de 787 fut nécessaire. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ce concile clôt la série des sept premiers conciles œcuméniques reçus en commun par l'Église catholique et les Églises orthodoxes. Il demeure aujourd'hui la référence doctrinale majeure sur les icônes, les statues, les crucifix, les images liturgiques et la distinction entre adoration et vénération.[3]

Pourquoi ce concile était-il nécessaire ?

La crise iconoclaste commence dans l'Empire byzantin

La crise iconoclaste éclate dans l'Empire byzantin au VIIIᵉ siècle. L'empereur Léon III l'Isaurien prend position contre les images sacrées autour de 726-730 ; son fils Constantin V durcit ensuite la politique impériale, réunit le synode de Hiéreia en 754 et présente l'opposition aux icônes comme une défense de la pureté biblique contre l'idolâtrie.[4]

L'argument iconoclaste paraît d'abord simple : le Décalogue interdit les idoles ; les chrétiens ne devraient donc pas se prosterner devant des images. Mais la réponse catholique et orientale distingue deux réalités que l'objection mélange : fabriquer une idole pour l'adorer comme un dieu, et honorer une image qui renvoie à la personne représentée. L'Écriture elle-même connaît des images liturgiques ordonnées par Dieu, notamment les chérubins de l'Arche d'alliance.[5]

Une persécution contre les moines, les icônes et les reliques

L'iconoclasme byzantin n'est pas resté une discussion académique. Les images sont retirées, détruites ou cachées ; des moines défenseurs des icônes sont exilés ; des reliques et sanctuaires sont visés. La Catholic Encyclopedia rappelle que les régions hors de portée effective du pouvoir impérial, notamment Rome et plusieurs patriarcats orientaux, gardent l'ancienne pratique et rompent avec les hiérarchies soumises à l'iconoclasme.[6]

Miniature du Psautier Chludov (folio 67r), milieu du IXᵉ siècle : les iconoclastes y sont assimilés aux soldats qui humilient le Christ pendant la Passion. L'image est polémique, mais elle montre la violence mémorielle laissée par la crise iconoclaste. Domaine public, Wikimedia Commons.

Au folio 67r du Psautier Chludov, manuscrit byzantin du milieu du IXᵉ siècle illustrant le Psaume 68 (numérotation grecque et latine, 69 dans la numérotation hébraïque), la Crucifixion surmonte deux iconoclastes en train d'effacer une image du Christ : détruire l'image du Christ revient symboliquement à refuser le Christ visible.[7] La polémique est forte, mais elle révèle le cœur du débat. Pour les défenseurs des images, l'icône n'est pas une concession au paganisme ; elle est une conséquence de l'Incarnation.

Le synode de Hiéreia (754) : un faux concile œcuménique

En 754, Constantin V réunit à Hiéreia un synode iconoclaste qui condamne les images. Nicée II rejettera ce synode, notamment parce qu'il n'a ni la participation du pape, ni celle des patriarcats orientaux empêchés, ni la réception de l'Église universelle. New Advent résume la sixième session de Nicée II : le synode de 754 voit sa prétention à être un concile général refusée et son décret réfuté point par point.[8]

Ce point est décisif pour l'histoire des conciles. Une assemblée nombreuse, soutenue par l'empereur, ne suffit pas à faire un concile œcuménique. Il faut une réception ecclésiale réelle, en communion avec les sièges apostoliques et avec la foi transmise. Nicée II ne répond donc pas seulement à une erreur doctrinale ; il corrige aussi une usurpation conciliaire.

Où et quand le concile s'est-il réuni ?

Un premier essai interrompu à Constantinople

Après la mort de Léon IV en 780, l'impératrice Irène devient régente pour son fils Constantin VI. Elle remplace progressivement les soutiens iconoclastes, rétablit des moines et cherche à restaurer la communion avec Rome. Le patriarche Paul IV se retire, confessant sa faiblesse devant la politique iconoclaste ; Taraise, alors haut fonctionnaire, devient patriarche de Constantinople et soutient la convocation d'un concile.[9]

Un premier synode s'ouvre à Constantinople en 786, dans l'église des Saints-Apôtres. Il est immédiatement dispersé par des soldats iconoclastes. Irène fait alors éloigner les troupes hostiles et transfère l'assemblée à Nicée, ville déjà chargée de mémoire par le premier concile œcuménique de 325.[10]

Nicée, 24 septembre - 13 octobre 787 (puis Constantinople, 23 octobre, selon les actes reçus)

Ancienne basilique Sainte-Sophie de Nicée, à İznik. Le concile de 787 s'est réuni à Nicée, dans la ville du premier concile œcuménique. Photo : Wikimedia Commons.

Le concile se réunit finalement à Nicée du 24 septembre au 13 octobre 787 pour ses sept premières sessions ; la huitième et dernière session, selon les actes reçus, se tient le 23 octobre à Constantinople, en présence d'Irène et de Constantin VI.[11] Fortescue résume la participation à environ 300 évêques ; Leclercq précise que les historiens anciens donnent entre 330 et 367 évêques ou représentants d'évêques, et que les Actes conservés en montrent au moins 308.[12][13] Les actes mentionnent la présence des légats romains, de Taraise, de deux moines orientaux — Thomas, abbé d'un monastère d'Égypte, et Jean, syncelle (secrétaire et homme de confiance du patriarche) d'Antioche — agissant en quelque sorte comme représentants des sièges d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, dont les patriarches, sous domination musulmane, n'avaient pas même reçu les lettres de Taraise, et de nombreux évêques revenus de l'iconoclasme.[14][15]

Le choix de Nicée a une force symbolique. En 325, Nicée I avait protégé la divinité du Fils contre l'arianisme ; en 787, Nicée II protège la conséquence visible de l'Incarnation. Les deux conciles ne traitent pas la même controverse, mais ils défendent le même centre : Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme.

Qui sont les acteurs principaux ?

Irène et Constantin VI

L'impératrice Irène l'Athénienne est l'actrice politique décisive. Elle ne rédige pas la doctrine, mais elle rend possible l'assemblée après plusieurs décennies de pression iconoclaste. New Advent souligne qu'elle remplace les troupes mutines, rappelle les légats pontificaux et permet la convocation effective de Nicée.[16]

Cette intervention impériale doit être lue avec précision. Irène n'est pas une théologienne définissant la foi à la place de l'Église ; elle utilise son autorité pour que les évêques puissent juger sans intimidation militaire. Dans le monde byzantin, où l'empereur pèse lourdement sur l'Église, cette distinction entre protection politique et définition doctrinale est essentielle.

Adrien Iᵉʳ et les légats romains

Le pape Adrien Iᵉʳ approuve la convocation et envoie deux légats, l'archiprêtre Pierre et l'abbé Pierre de Saint-Sabas. Les actes les placent en tête des membres ecclésiastiques, même si Taraise conduit pratiquement les sessions — les légats, semble-t-il, ne parlant pas grec.[17]

Adrien soutient la vénération des images, mais il formule aussi des réserves romaines : il critique l'élévation rapide de Taraise, conteste le titre de patriarche œcuménique et réclame la restitution de patrimoines romains confisqués. Ces points montrent que l'accord sur la foi n'efface pas les différends entre Rome et Constantinople sur le gouvernement de l'Église : titres des patriarches, nominations d'évêques, biens contestés.[18]

Taraise, Germanus et Jean Damascène

Saint Jean Damascène (vers 675-749), grand défenseur des icônes avant Nicée II. Sa théologie de l'image prépare la définition conciliaire de 787. Icône d'Emmanouel Tzanes, Wikimedia Commons.

Le patriarche Taraise préside effectivement les discussions et organise la réception des évêques revenus de l'iconoclasme. Le concile honore aussi les grandes figures déjà éprouvées par la crise : Germanus de Constantinople, Jean Damascène et Georges de Chypre.[19]

Jean Damascène occupe une place majeure, même s'il est mort avant le concile. Vivant sous domination musulmane, hors de portée directe de l'empereur byzantin, il peut répondre librement aux iconoclastes. Sa défense tient en une idée simple : autrefois Dieu invisible ne pouvait être représenté ; depuis que le Verbe s'est fait chair, le Christ peut être représenté selon son humanité visible.[20]

Que définit le concile ?

Les saintes images peuvent être exposées et vénérées

La septième session, le 13 octobre 787, promulgue la définition dogmatique. Le concile décide que les images du Christ, de la Mère de Dieu, des anges et des saints peuvent être placées dans les églises, sur les objets sacrés, les vêtements, les murs, les tableaux, les maisons et les chemins.[21]

La définition décrète que les vénérables et saintes images soient placées dans les églises et les lieux de la vie chrétienne. — Nicée II, teneur de la définition dogmatique, DS 600[22]

La formule est volontairement large : peinture, mosaïque ou autre matière convenable. Nicée II ne canonise pas un style artistique unique. Il pose une doctrine : l'image sacrée a droit de cité dans la vie chrétienne parce qu'elle renvoie au mystère représenté.

Vénération relative, non adoration divine

La distinction centrale est celle de la vénération relative et de la vraie adoration. Le concile autorise les salutations, les lumières, l'encens et la prosternation respectueuse devant les images ; mais il exclut l'adoration proprement dite, qui convient à la nature divine seule.[23]

Nicée II distingue le support visible, la personne représentée et l'adoration due à Dieu seul. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette distinction répond directement à l'accusation d'idolâtrie. L'idole reçoit un culte comme si elle était divine ; l'icône chrétienne reçoit un honneur qui traverse l'image vers son prototype. Le Catéchisme reprend exactement cette logique : le culte chrétien des images n'est pas contraire au premier commandement, car il ne s'arrête pas à l'objet matériel.[24]

« L'honneur rendu à une image remonte au modèle original. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2132, citant saint Basile (De Spiritu Sancto, 18, 45) avec le renvoi « Cc. Nicée II : DS 601 »[25]

Le fondement christologique : le Verbe incarné

Le Catéchisme donne la clé doctrinale : le septième concile œcuménique justifie les saintes images en se fondant sur le mystère du Verbe incarné. L'Incarnation inaugure une nouvelle économie des images : Dieu, qui demeure invisible dans sa nature divine, s'est rendu visible dans le Fils fait homme.[26]

Ce fondement empêche deux erreurs opposées. D'un côté, l'image n'est pas Dieu : elle ne reçoit pas l'adoration. De l'autre, le refus absolu de représenter le Christ risque de faire comme si son humanité visible n'était qu'une apparence. Nicée II protège donc la foi de Chalcédoine dans un autre registre : le Christ est vraiment représentable parce qu'il est vraiment homme.

Quels canons le concile promulgue-t-il ?

Vingt-deux canons disciplinaires

Nicée II promulgue 22 canons. Ils ne se limitent pas aux images : ils traitent de discipline épiscopale, de formation du clergé, de vie monastique, de simonie (l'achat d'une ordination, d'une charge ou d'une entrée en religion), de gestion des biens ecclésiastiques et de la régularité des élections.[27]

DomaineCanonsSens pastoral
Règles reçuesCanon 1Le concile confirme les canons des Apôtres, des six conciles œcuméniques, des synodes locaux et des Pères
Évêques et clergéCanons 2, 3, 6, 10, 14, 15, 16Psautier su par cœur et examen sur les Écritures avant l'ordination épiscopale (c. 2) ; élections libres de toute pression séculière (c. 3) ; synodes réguliers (c. 6) ; résidence, lecteurs, service et tenue (c. 10, 14-16)
Argent et simonieCanons 4, 5, 19Ni extorsion par les évêques (c. 4), ni avancement acheté (c. 5), ni ordination ou entrée en religion monnayée (c. 19)
Biens et administrationCanons 7, 11, 12, 13Reliques dans les églises consacrées sans elles (c. 7) ; économes (c. 11) ; nullité des aliénations de biens diocésains ou monastiques (c. 12-13)
ConvertisCanon 8N'accueillir que les conversions manifestement sincères
Vie monastiqueCanons 17, 18, 20, 21, 22Ne pas bâtir sans moyens d'achever (c. 17) ; séparation des sexes et prévention du scandale (c. 18, 20, 22) ; stabilité : ne pas quitter sa maison contre la volonté du supérieur (c. 21)
Images et écrits iconoclastesCanon 9 et définition dogmatiqueCondamner la dissimulation d'écrits contre les images ; replacer l'art sacré dans la tradition de l'Église

Cette discipline révèle que le concile ne restaure pas simplement des icônes dans les églises. Il restaure un ordre ecclésial abîmé par des décennies d'intervention impériale, de nominations opportunistes et de conflits entre évêques, moines et pouvoir civil.

Les canons comme réforme après la tempête

L'historien Adolf von Harnack, cité en note de l'édition anglaise des actes après le canon I, rapproche ces vingt-deux canons des décrets de réforme du concile de Trente : les évêques sont invités à étudier, à vivre simplement et à prendre soin des âmes ; les moines, à garder l'ordre et le décorum.[28] C'est son appréciation d'historien, non une prescription du concile lui-même.

Le point est important pour éviter une lecture trop réduite de Nicée II. Le concile défend les images, mais il sait que l'image sacrée peut être déshonorée par une vie ecclésiale corrompue. La beauté visible de l'Église doit être accompagnée par la sainteté de ceux qui la servent.

Comment le concile a-t-il été reçu ?

Réception romaine et réception orientale

Solidus byzantin de l'impératrice Irène. La restauration des images en 787 suppose une décision doctrinale des évêques, mais aussi la protection politique de la régente après des décennies d'iconoclasme impérial. Wikimedia Commons.

Après l'assemblée, Taraise envoie les actes à Adrien Iᵉʳ. New Advent rapporte que le pape approuve les actes et les fait traduire en latin, même si des tensions politiques demeurent avec Constantinople au sujet des propriétés pontificales du sud de l'Italie et des relations avec les Francs.[29]

En Orient, la réception n'efface pas immédiatement l'iconoclasme. Une seconde persécution éclate au IXᵉ siècle sous Léon V l'Arménien, Michel II et Théophile. La restauration définitive des icônes aura lieu en 843, sous l'impératrice Théodora : l'Orthodoxie byzantine en garde la mémoire liturgique dans le Dimanche du Triomphe de l'Orthodoxie.[30]

Le problème franc et les Libri Carolini

La réception occidentale connaît une difficulté particulière dans le monde carolingien. Des traductions latines imparfaites des actes font croire que Nicée II enseigne l'adoration des images. La cour de Charlemagne réagit par les Libri Carolini, qui critiquent le concile tout en refusant l'iconoclasme strict.[31]

Cette controverse montre combien la précision des mots importe. En grec, le concile distingue la vénération respectueuse et la vraie adoration. Si cette distinction est mal traduite, l'enseignement paraît idolâtre. La doctrine catholique reçue retiendra la ligne de Nicée II : images honorées, Dieu seul adoré.

  1. 726-730
    Premières mesures iconoclastes
    Léon III

    Le pouvoir impérial byzantin s'oppose progressivement aux images sacrées et provoque la réaction de Rome et des défenseurs des icônes.

  2. 754
    Synode de Hiéreia
    Constantin V

    L'assemblée iconoclaste condamne les images, mais sera rejetée par Nicée II comme faux concile œcuménique.

  3. 786
    Échec à Constantinople
    soldats iconoclastes

    Le premier essai conciliaire est interrompu par l'armée, ce qui oblige Irène à transférer l'assemblée à Nicée.

  4. 24 septembre 787
    Ouverture à Nicée
    VIIᵉ concile œcuménique

    Les évêques se réunissent avec les légats romains, Taraise et les représentants orientaux.

  5. 13 octobre 787
    Définition dogmatique
    images et prototype

    Le concile affirme la vénération des images et réserve l'adoration à Dieu seul.

  6. 843
    Triomphe de l'Orthodoxie
    restauration définitive

    Après une seconde crise iconoclaste, les images sont définitivement restaurées dans l'Empire byzantin.

Que reste-t-il aujourd'hui de Nicée II ?

La réponse catholique à l'accusation d'idolâtrie

Nicée II demeure la réponse de fond à l'objection selon laquelle crucifix, icônes, statues et images mariales seraient des idoles. La réponse ne consiste pas à minimiser l'interdit biblique : l'idolâtrie est réellement condamnée. Elle consiste à montrer que l'Église ne rend pas à l'image l'adoration due à Dieu seul.[32]

La règle est donc simple : Dieu seul est adoré ; les saints sont vénérés ; les images sont honorées en tant qu'elles renvoient aux personnes représentées. Cette précision permet de comprendre la pratique catholique ordinaire : s'agenouiller devant un crucifix, embrasser une icône, encenser l'Évangéliaire ou fleurir une statue ne signifie pas prendre l'objet pour Dieu.

Une théologie de la mémoire visible

Nicée II enseigne aussi que le christianisme n'est pas une religion de pure abstraction. Le Verbe a pris chair, l'Évangile a été vu, touché, entendu ; les saints ont vécu dans des lieux, des corps, des gestes et des visages. L'image chrétienne sert cette mémoire visible : elle instruit, rappelle, oriente la prière et rend présent à l'esprit ce que la foi confesse.

Cette fonction pédagogique ne remplace pas la liturgie ni la Parole de Dieu. Elle les accompagne. Une icône du Christ n'est pas un second Christ ; elle aide le regard à se tourner vers le Christ vivant. Une image de Marie n'est pas une déesse ; elle renvoie à la Mère du Verbe incarné. Une image d'un saint n'est pas une puissance autonome ; elle rappelle la victoire de la grâce dans une vie humaine.

Le dernier des sept conciles communs

Nicée II est souvent appelé le dernier des sept conciles œcuméniques indivis. Catholiques et orthodoxes le reçoivent comme dogmatique ; dans les traditions issues de la Réforme, sa réception reste discutée : là où la vénération des images est rejetée — position classique de la théologie réformée (voir Calvin, Institution de la religion chrétienne, I, XI, contre les images dans le culte) — Nicée II ne peut être reçu au même titre que les conciles christologiques.[33] Cette réserve révèle une question plus large : jusqu'où reçoit-on la Tradition conciliaire de l'Église ancienne ?

Pour l'Église catholique, la réponse est nette : Nicée II n'ajoute pas une superstition médiévale à la foi primitive. Il applique au domaine visible la logique de l'Incarnation et protège la distinction biblique entre le Créateur et les créatures. C'est pourquoi le Catéchisme le cite encore dans le commentaire du premier commandement, au moment précis où il répond à l'accusation d'idolâtrie.[34]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Henri Leclercq, "The Second Council of Nicaea", The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911, en ligne sur New Advent. L'article résume la convocation, le rôle d'Irène, des légats pontificaux, de Taraise et la tenue de l'assemblée à Nicée ; il précise que le horos (décision dogmatique) est lu à la session du 13 octobre et que la huitième et dernière session se tient au palais de Magnaure, à Constantinople, le 23 octobre. Sur les effectifs, il donne 330 à 367 évêques ou représentants d'évêques selon les historiens anciens, et au moins 308 d'après les Actes conservés. Sur Jean et Thomas, il précise qu'ils déclaraient représenter les patriarches orientaux, mais que ceux-ci ignoraient la convocation : envoyés non par les patriarches mais par les moines et prêtres de rang supérieur, ils n'ont souscrit qu'au nom des sièges apostoliques d'Orient, non comme vicaires des patriarches.

    1 10 13 15 16
  2. VIIᵉ concile œcuménique de Nicée II, définition dogmatique de la 7ᵉ session, 13 octobre 787, §§ 600-603 : traduction française Symboles et définitions de la foi catholique (numérotation Denzinger-Schönmetzer), consultée dans la compilation numérique de la bibliothèque (fichier issu de JesusMarie.com, capture web d'août 2006 réalisée d'après Documenta Catholica Omnia). Cette copie composite mêle la traduction à des notices postérieures (réponse du Saint-Office de 1959, Vatican II, Jean-Paul II) : elle ne peut donc être citée comme une « édition française de 1957 ». Le § 601 y distingue la vénération respectueuse de l'adoration réservée à Dieu seul ; la formule de saint Basile (De Spiritu Sancto, 18, 45) s'y lit « l'honneur rendu à l'image s'en va au modèle original », libellé distinct du français du CEC 2132 (« remonte au modèle original ») cité ci-dessus.

    2 21 22 23
  3. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2131-2132, citant Nicée II et saint Basile : édition française consultée sur vatican.va (section « Tu ne te feras aucune image sculptée... »). Le CEC fonde la vénération des images sur le mystère du Verbe incarné et distingue la vénération de l'adoration.

    3 24 25 26 32 34
  4. Adrian Fortescue, "Iconoclasm", The Catholic Encyclopedia, vol. 7, Robert Appleton Company, New York, 1910, en ligne sur New Advent, sections sur Léon III, Constantin V, Léon IV et Irène.

    4 6
  5. A. Fortescue, "Iconoclasm", Catholic Encyclopedia, section "The second general council (Nicæa II, 787)", New Advent. La quatrième session de Nicée II y est résumée comme fondant la licéité des images sur l'Ancien Testament et sur de nombreux témoignages patristiques.

    5
  6. Psautier Chludov, Musée historique d'État de Moscou, ms. D. 129, fol. 67r, vers 850-875 : en regard du Psaume 68, 22 (numérotation grecque et latine ; 69, 22 hébraïque) — « ils me donnèrent du vinaigre à boire » — la Crucifixion surmonte des iconoclastes effaçant une image du Christ, leur éponge pendant à celle qui abreuva le Christ de vinaigre. Cote, folio et datation vérifiés sur la notice du fichier Wikimedia Commons (« Chludov Psalter (Moscow State Historical Museum MS. D.129), folio 67r, c. 850–875 », domaine public) ; le motif — l'illustration du verset sur le vinaigre, avec l'effacement d'une peinture du Christ — est décrit dans l'article « Chludov Psalter ».

    7
  7. A. Fortescue, "Iconoclasm", New Advent, lignes sur les sessions de Nicée II : interruption de 786, déroulement entre le 24 septembre et le 23 octobre 787 (sessions à Nicée, dernière session à Constantinople), rejet du synode de 754 et rédaction de la définition (horos) à la septième session.

    8 12 14
  8. A. Fortescue, "Iconoclasm", New Advent, section "The second general council (Nicæa II, 787)" : rôle d'Irène, démission de Paul IV, élection de Taraise, lettres au pape Adrien Iᵉʳ et envoi des légats romains. Fortescue note aussi que Taraise conduit les débats, apparemment parce que les légats ne pouvaient parler grec (« apparently because the legates could not speak Greek »).

    9 17 18
  9. A. Fortescue, "Iconoclasm", New Advent : huitième session du 23 octobre 787 à Constantinople, signature par Irène et Constantin VI, envoi des actes à Adrien Iᵉʳ et approbation romaine. Débat critique : Erich Lamberz, éditeur moderne des Actes, tient les actes de cette 8ᵉ session pour un faux du IXᵉ siècle destiné à donner aux empereurs leur place habituelle (voir Richard Price, The Acts of the Second Council of Nicaea, p. 655-656) ; le récit suivi ci-dessus reste celui de la Catholic Encyclopedia (Leclercq, Fortescue).

    11 29
  10. A. Fortescue, "Iconoclasm", New Advent : résumé de la septième session, distinction entre proskynesis et latreia, anathèmes contre les chefs iconoclastes et éloge de Germanus, Jean Damascène et Georges de Chypre.

    19
  11. Saint Jean Damascène, Premier discours contre ceux qui rejettent les saintes images (Contra imaginum calumniatores, Oratio I), § 16, éd. critique B. Kotter, Die Schriften des Johannes von Damaskos III (PTS 17), p. 89-90 : « Autrefois, Dieu, qui n'a ni corps ni visage, ne pouvait absolument pas être représenté par une image. Mais maintenant qu'il s'est fait voir dans la chair… je peux faire une image de ce que j'ai vu de Dieu » — passage repris par Benoît XVI, Audience générale du 6 mai 2009 (catéchèse sur saint Jean Damascène). Pour le contexte et la réception conciliaire, voir aussi A. Fortescue, "Iconoclasm", New Advent, et la notice "John Damascene", Catholic Encyclopedia.

    20
  12. Henry R. Percival (éd. angl.), The Seven Ecumenical Councils, dans Nicene and Post-Nicene Fathers, série 2, vol. 14, 1900, texte repris par le Medieval Sourcebook de Fordham, section sur les 22 canons de Nicée II.

    27
  13. Adolf von Harnack, History of Dogma, traduction anglaise, vol. V, p. 327, cité en note après l'épitomé du canon I de Nicée II dans H. R. Percival (éd.), The Seven Ecumenical Councils (Nicene and Post-Nicene Fathers, 2ᵉ série, vol. 14, 1900), page reprise par le Medieval Sourcebook de Fordham : « Just as at Trent, in addition to the restoration of mediaeval doctrine, a series of reforming decrees was published, so this Synod promulgated twenty-two canons… The bishops were enjoined to study, to live simply… » — appréciation de l'historien, distincte des prescriptions conciliaires.

    28
  14. A. Fortescue, "Iconoclasm", New Advent, section "The second Iconoclast persecution" : reprise de l'iconoclasme sous Léon V, Michel II et Théophile, puis restauration définitive des images sous Théodora en 843.

    30
  15. Henry R. Percival, The Seven Ecumenical Councils, introduction à Nicée II, Fordham Medieval Sourcebook ; voir aussi la discussion sur la réception franque et les Libri Carolini dans les notes historiques de l'édition NPNF.

    31
  16. Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, livre I, chapitre XI : chapitre contre l'attribution à Dieu d'une figure visible et contre les images dans le culte. C'est cette position réformée classique qui fonde les réserves d'une partie des traditions protestantes devant Nicée II.

    33