Pape Léon V (Leo V) occupe le Siège apostolique pendant environ trente jours, entre juillet ou août et septembre 903. Le Saint-Siège le présente comme le 118e pape de l'Église catholique, né à Ardea — précisément, selon la tradition manuscrite, dans un petit village appelé Priapi — et succédant à Benoît IV mort le 30 juillet 903.[1] [2] [3] Sa biographie tient en quelques lignes ; sa fin, en trois hypothèses concurrentes. C'est l'un des pontificats les plus brefs et les plus opaques de l'histoire pontificale, immédiatement antérieur au saeculum obscurum, la « période obscure » de la papauté que désignera ainsi le cardinal Baronius au XVIᵉ siècle.[4] La durée exacte du pontificat varie selon les catalogues : Auxilius parle de trente jours et la Catholic Encyclopedia d'« un peu plus d'un mois », tandis que certaines listes modernes prolongent jusqu'en décembre 903, soit 124 jours.[5] [6] [7]
Le pontificat de Léon V se déroule au cœur de la crise post-formosienne : depuis le synode du cadavre de janvier 897, où le pape Étienne VI fit exhumer et juger le cadavre du pape Formose († 896), Rome est déchirée entre deux factions cléricales — les Formosiens, qui défendent la mémoire et les ordinations du pape mort, et les anti-Formosiens, qui considèrent ses actes comme nuls. En sept ans (896-903), huit pontificats se succèdent : Formose, Boniface VI, Étienne VI, Romain, Théodore II, Jean IX, Benoît IV, Léon V — puis l'antipape Christophore, puis Sergius III. Léon V est l'avant-dernière borne posée avant ce que les théologiens protestants allemands du XIXᵉ siècle appelleront la « pornocratie » (allemand Pornokratie).[8] [9] [10]
L'élection de Léon V est un compromis improbable. Il n'appartient pas au clergé romain — un cas exceptionnel pour le IXᵉ et le Xᵉ siècle, où la coutume voulait qu'on élût pape un cardinal-prêtre, un cardinal-diacre ou un évêque suburbicaire de la familia romaine. Il est qualifié dans les sources de presbiter forensis, c'est-à-dire prêtre « étranger » à la cléricature urbaine, attaché à une église de la campagne romaine.[11] [12] Le contemporain Auxilius de Naples, clerc franc ordonné à Rome par Formose — prêtre, ou peut-être seulement diacre —, écrit de lui — dans son apologie de Formose composée vers 908-911[13] — qu'il fut « un homme de Dieu, de vie et de sainteté louables », et qu'il tint « le gouvernail de la sainte Église romaine pendant trente jours ».[14] C'est la seule appréciation contemporaine connue, et la plus chaleureuse jamais portée sur ce pape.
Au bout d'un mois — peut-être un peu plus —, Léon V est arrêté par Christophore, cardinal-prêtre du titre de Saint-Damase, qui s'empare du Latran, déclare le pape déposé et se fait lui-même consacrer.[15] [16] Léon V est jeté en prison. Il n'en sortira pas vivant. Les récits postérieurs hésitent sur la cause de sa mort : assassiné par Christophore, étranglé sur l'ordre du prochain pape Sergius III en début 904, ou mort de mauvais traitements en prison ou dans un monastère. L'historiographie moderne, par prudence, retient surtout le fait : il n'a pas survécu à sa déposition.[17] [18]
Pourquoi Léon V compte-t-il ?
Un pape de transition au seuil du saeculum obscurum
Léon V n'a ni promulgué de décret doctrinal, ni livré de bataille théologique, ni laissé d'œuvre canonique. Son pontificat est, matériellement, presque vide d'archives. Pourquoi, dès lors, lui consacrer une notice ? Parce qu'il occupe une position chronologiquement décisive : il est le dernier pape légitime avant l'entrée pleine et entière de la papauté dans le saeculum obscurum, cette période de soixante ans (904-964) que le cardinal César Baronius désignera, dans ses Annales Ecclesiastici du XVIᵉ siècle, comme le « siècle obscur » (saeculum obscurum).[19]
Le successeur immédiat de Léon V, Sergius III, accédera au siège romain avec l'appui décisif du comte Théophylacte de Tusculum — selon la reconstruction historiographique courante, dérivée du récit de Liutprand de Crémone, source discutée — et inaugurera la longue séquence des pontificats sous tutelle de l'aristocratie romaine — Théophylacte, sa femme Théodora, leurs filles Marozia et Théodora la Jeune. Avec Sergius III commence le mécanisme politique que les théologiens protestants allemands du XIXᵉ siècle qualifieront, non sans excès, de pornocratie.[20] Léon V appartient encore au monde d'avant : il est élu, semble-t-il, par compromis ecclésial, non par décision de famille aristocratique ; il est destitué, certes, par un coup de force — mais ce coup de force est encore un acte de cardinal-prêtre, non d'aristocrate laïc.
Sa déposition et sa mort marquent ainsi un basculement. C'est à partir de Christophore et de Sergius III que les fauteurs de désordre à Rome cessent d'être seulement des clercs ambitieux pour devenir des familles entières, opérant sur plusieurs générations.
Le seul témoignage contemporain : un homme de Dieu
Le deuxième intérêt de Léon V est d'avoir reçu, malgré son obscurité, un témoignage personnel très favorable de la part d'un contemporain de premier plan. Auxilius de Naples, clerc franc ordonné à Rome par Formose lui-même — prêtre, ou peut-être seulement diacre —, composa entre 908 et 911 une longue défense des ordinations formosiennes contre Sergius III — défense dont les pièces ont été éditées au XIXᵉ siècle par Ernst Dümmler à partir d'un manuscrit de Bamberg.[21] [22] Dans ces opuscules, Auxilius n'a aucune raison d'être complaisant : il écrit pour exposer la vérité contre un pape qu'il combat. Or, lorsqu'il évoque la succession des papes entre Formose et Sergius III, il qualifie Léon V de :
« Un homme de Dieu, de vie et de sainteté louables, qui tint le gouvernail de la sainte Église romaine pendant trente jours. » — Auxilius de Naples, In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi[23]
Ce témoignage est précieux pour trois raisons. D'abord, il provient d'un homme qui connaissait personnellement Rome à cette époque et qui était lui-même un témoin direct de la crise post-formosienne. Ensuite, il provient d'un opposant à Sergius III — donc d'un homme qui avait intérêt à dévaloriser les ennemis de Léon V, ce qui rend son éloge d'autant plus crédible. Enfin, il fixe deux chiffres concrets : « trente jours » de pontificat et l'épithète de sainteté.[24] La majorité des notices modernes s'appuient explicitement sur cette ligne d'Auxilius — « a man of God and of praiseworthy life and holiness » — pour caractériser Léon V.[25] [26] [27]
Une victime fragile de la violence politique romaine
Le troisième intérêt de Léon V est spirituel. Il rappelle que la violence politique ne s'arrête pas aux portes du Siège apostolique. Comme avant lui Étienne VI, étranglé en prison en 897, comme après lui Christophore lui-même, déposé et probablement éliminé en 904, Léon V est un pape vaincu, dépouillé, et qui meurt enfermé. C'est dans cette série noire que la mémoire chrétienne du Xᵉ siècle a inscrit son nom, sans procès doctrinal, sans condamnation conciliaire — uniquement par la force du nombre et de l'épée.
Le geste d'Auxilius — préserver son nom et sa réputation dans un opuscule daté de quelques années plus tard — est, à proprement parler, un acte de piété historique catholique. C'est lui qui empêche Léon V de tomber entièrement dans l'oubli.
L'héritage empoisonné du synode du cadavre
Le procès posthume de Formose (janvier 897)
Pour comprendre la brièveté du pontificat de Léon V, il faut remonter de six ans avant son élection — au mois de janvier 897, et au geste le plus inouï de l'histoire pontificale médiévale. Le pape Étienne VI fait exhumer le cadavre de son prédécesseur Formose († 4 avril 896), neuf mois après sa mort. Le corps est revêtu des ornements pontificaux, assis sur un trône, et un diacre est désigné pour répondre à sa place pendant que le pape vivant prononce le réquisitoire.[28]
Trois chefs d'accusation sont posés contre le cadavre : avoir changé de siège épiscopal (Formose, avant d'être pape, avait été évêque de Porto, ce qui était jugé canoniquement irrégulier) ; avoir commis parjure ; et avoir gouverné l'Église comme laïc (puisque ses ordinations antérieures étaient déclarées nulles). Le cadavre est trouvé coupable. Trois doigts de la main droite — ceux de la bénédiction — sont coupés. Le corps est dépouillé des vêtements sacrés, traîné dans les rues, jeté d'abord dans une fosse commune pour étrangers, puis exhumé une seconde fois, lesté de pierres, et précipité dans le Tibre.[29]
Le scandale provoqué par ce concile cadavérique (concilium cadavericum) ébranle profondément Rome. Étienne VI lui-même est déposé puis étranglé en prison, en juillet ou août 897.[30] La cité romaine s'ouvre alors à un cycle de violences ecclésiales et de successions très brèves dont Léon V sera l'une des dernières victimes.
La guerre civile entre Formosiens et anti-Formosiens
Le verdict du synode du cadavre divise immédiatement le clergé romain et l'épiscopat italien. Les Formosiens soutiennent la validité des actes et des ordinations de Formose ; ils sont nombreux, parce que le pape défunt avait ordonné prêtre ou évêque une grande partie du haut clergé italique en sept ans de pontificat (891-896), notamment Auxilius lui-même.[31] Les anti-Formosiens, héritiers de la faction d'Étienne VI, refusent la légitimité de ces ordinations et veulent prolonger les sanctions contre la mémoire de Formose. Entre les deux, le siège romain devient un poste exposé : chaque nouveau pape doit choisir, et chaque choix lui vaut la haine d'un parti.
| Pontificat | Date | Position sur Formose | Sort |
|---|---|---|---|
| Formose | 891-896 | — | Mort naturelle ; exhumé en 897 |
| Boniface VI | 896 (~15 jours) | Indéterminée | Mort naturelle |
| Étienne VI | 896-897 | Hostile (synode du cadavre) | Déposé, étranglé en prison |
| Romain | août-novembre 897 | Pro-Formose ; annule le synode | Mort naturelle ou déposition douce |
| Théodore II | décembre 897 (~20 jours) | Pro-Formose ; réhabilite Formose | Mort naturelle |
| Jean IX | 898-900 | Pro-Formose ; annule les actes du synode | Mort naturelle |
| Benoît IV | 900-903 | Pro-Formose modéré | Mort naturelle, 30 juillet 903 |
| Léon V | juillet/août — septembre 903 | Indéterminée, mais probablement pro-Formose | Déposé par Christophore, mort en prison |
| Christophore (antipape) | octobre 903 — janvier 904 | Anti-Formose | Déposé par Sergius III |
| Sergius III | janvier 904 — avril 911 | Anti-Formose violent | Mort naturelle |
Source : synthèse à partir des notices Saint-Siège, Catholic Encyclopedia, Treccani et Kelly.[32] [33] [34] [35]
Une dizaine de papes en sept ans
Le rythme est exceptionnel. En sept ans — d'avril 896 (mort de Formose) à janvier 904 (consécration de Sergius III) —, le siège romain change sept fois de titulaire légitime, sans compter l'antipape Christophore. Aucun autre moment de l'histoire pontificale, sauf peut-être le Grand Schisme d'Occident à partir de 1378, n'a connu une telle instabilité succincte. Quatre de ces hommes meurent de mort violente (Étienne VI étranglé, Léon V tué ou laissé mourir, l'antipape Christophore probablement éliminé) ou suspecte (Benoît IV, dont la mort en plein été 903 fait l'objet d'un soupçon moderne, rapporté sans source primaire, impliquant l'entourage de Bérenger Iᵉʳ[36]). Quatre meurent en moins d'un an de pontificat. Aucun ne réussit à imposer une politique durable.
Rome, en ces années, use ses pontifes à un rythme sans équivalent dans l'histoire du siège romain.[37]
C'est dans ce climat d'épuisement institutionnel et de défiance permanente que Léon V est élu, à l'été 903.
L'élection : un prêtre étranger à Rome
La mort de Benoît IV (juillet 903)
Benoît IV, romain de naissance et fils d'un certain Mammolo, ordonné prêtre par Formose lui-même, occupe le siège de Pierre depuis le 1er février 900. Son pontificat est généralement considéré comme honnête et apaisant, dans la lignée modérément pro-formosienne de Théodore II et de Jean IX. Le chroniqueur Flodoard de Reims, dans son De Christi triumphis apud Italiam, le surnomme « le Grand » et loue sa générosité publique.[38]
Benoît IV meurt à Rome le 30 juillet 903 et est enseveli devant la basilique vaticane, près de la porte de Guy.[39] [40] Un soupçon moderne, rapporté par la Wikipédia anglophone sans citer de source primaire, prête au roi Bérenger Iᵉʳ d'Italie une part de responsabilité dans sa mort, mais aucune preuve documentaire directe n'est conservée.[41] La mort de Benoît IV en plein été romain — saison difficile, fièvres endémiques — n'a, en soi, rien d'extraordinaire ; elle suffit à provoquer une succession en pleine canicule, dans une cité épuisée par sept ans de violences ecclésiales.
Le choix d'un presbiter forensis
L'élection de Léon V se déroule dans les semaines suivant la mort de Benoît IV. Les sources contemporaines sont muettes sur le détail de la procédure. On sait simplement que le candidat retenu n'appartient pas au clergé romain de la familia lateranienne. C'est ce que désigne l'expression latine presbiter forensis qu'utilisent les biographies pontificales : un prêtre « étranger » à la cité, attaché à une église de la campagne ou des diocèses suburbicaires.[42] [43]
L'expression n'est pas péjorative : elle est descriptive. Elle signifie que le pape choisi n'a pas suivi le cursus romain habituel (sous-diacre, diacre, prêtre cardinal d'un titulus romain). Elle suggère soit un compromis entre factions romaines incapables de s'entendre sur l'un des leurs, soit un choix délibéré d'un homme réputé saint précisément parce qu'extérieur aux intrigues du Latran. Dans le contexte de 903, où chaque cardinal-prêtre romain a forcément pris parti pour ou contre Formose, choisir un forensis peut être lu comme un geste pacificateur — un geste consciencieux qui élit un homme dont la conscience n'a pas été engagée dans le synode cadavérique.
Cette lecture est suggérée par le contraste très net entre le portrait que dresse Auxilius (« a man of God and of praiseworthy life and holiness ») et le portrait qu'on peut composer de Christophore — cardinal-prêtre romain, immergé dans les factions, ambitieux. L'élection d'un forensis ressemble à un sursaut spirituel ; sa déposition rapide, à la revanche du parti urbain qui n'avait pas obtenu son candidat.
Où se trouvait Priapi ?
Les notices conservées localisent Léon V dans un lieu nommé Priapi, « petit lieu du district d'Ardea ».[44] [45] Ardea est une cité antique du Latium, à environ 37 km au sud de Rome, sur la voie qui relie la capitale aux côtes tyrrhéniennes en direction d'Anzio.[46] Au début du Xᵉ siècle, cette zone fait partie des diocèses suburbicaires romains ; elle est encore semi-rurale, parsemée d'églises paroissiales et de domaines monastiques dépendant directement du Saint-Siège.
Le nom même Priapi a longtemps intrigué les historiens, mais l'origine de ce toponyme n'est établie par aucune des notices de référence, qui se bornent à le situer dans le district d'Ardea.[47] [48] Aucune église médiévale ne survit aujourd'hui dans le district d'Ardea avec ce nom ; le village exact où vécut Léon V a très probablement disparu ou été absorbé dans le tissu agraire postérieur.
Une tradition manuscrite postérieure, reprise notamment par Gaetano Moroni dans son monumental Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica du XIXᵉ siècle, fait de Léon V un moine bénédictin du monastère de Brandallo — localisation à peu près inidentifiable sur les cartes actuelles, mais cohérente avec un cadre monastique campagnard.[49] La majorité des historiens modernes traitent cette donnée avec prudence : elle pourrait être une projection postérieure, destinée à rattacher l'éloge d'Auxilius à un cadre monastique identifiable. Mais elle est compatible avec ce qu'on sait du vivier ecclésial du suburbicaire romain au Xᵉ siècle, où monastères et églises paroissiales étaient étroitement liés.
Pourquoi un compromis improbable
Le choix d'un prêtre étranger à Rome est-il « un compromis » ? La réponse honnête est qu'on n'en sait pas grand-chose. Les sources contemporaines ne décrivent ni les acteurs de l'élection, ni les éventuels candidats malheureux, ni les manœuvres préalables. L'historiographie a souvent inféré un compromis à partir du résultat — un forensis est élu, donc c'est qu'aucun romain n'a pu emporter la majorité — mais cette inférence reste hypothétique.
Ce que l'on peut dire, en revanche, est que la suite des événements montre que Christophore, cardinal-prêtre du titulus de Saint-Damase, n'a pas accepté cette élection. Sa réaction violente en septembre 903 suggère qu'il s'estimait spolié, ou qu'il représentait un parti qui s'estimait spolié. C'est l'un des éléments qui rendent plausible l'hypothèse selon laquelle Léon V était un candidat de compromis, choisi précisément pour neutraliser les ambitions des cardinaux romains de premier rang.
Les trente jours d'un pontificat
Le témoignage d'Auxilius : a man of God
Comme on l'a vu, le seul portrait spirituel cohérent de Léon V vient d'Auxilius de Naples, clerc franc ordonné par Formose — prêtre, ou peut-être seulement diacre —, qui consacre vers 908-911 plusieurs opuscules à la défense des ordinations formosiennes contre Sergius III.[50] Quatre traités d'Auxilius ont été conservés :
| Ouvrage | Édition |
|---|---|
| De ordinationibus a Formoso papa factis | Patrologia Latina 129, col. 1059-1074 |
| Infensor et defensor | Patrologia Latina 129, col. 1073-1102 |
| In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi libellus prior et posterior | éd. Dümmler, Leipzig 1866, pp. 59-95 |
| In defensionem Stephani episcopi et prefatae ordinationis | éd. Dümmler, Leipzig 1866, pp. 96-105 |
Source : Catholic Encyclopedia et New Catholic Encyclopedia, art. Auxilius of Naples.[51] [52]
Dans ces opuscules, Auxilius soutient une thèse théologique majeure pour la vexata quaestio post-formosienne : la validité des ordinations ne dépend pas de la dignité personnelle de l'évêque ordinant. Ce principe — qui préfigure la doctrine catholique mature de l'ex opere operato sacramentel — est défendu par Auxilius précisément à propos de Formose, dont les ordinations ont été déclarées nulles par le synode du cadavre puis confirmées comme nulles par Sergius III. La défense est donc à la fois personnelle (Auxilius doit son sacerdoce à Formose) et doctrinale (la sacramentalité elle-même est en jeu).[53]
C'est dans ce contexte de combat doctrinal qu'Auxilius mentionne Léon V — non comme un champion de Formose, mais comme un point de référence chronologique qu'il loue au passage. Sa formule, telle que la rapporte en anglais la Catholic Encyclopedia et que toutes les notices reprennent, est devenue le seul portrait de ce pape :
« Léon, homme de Dieu, de vie et de sainteté louables, tint le gouvernail de la sainte Église romaine pendant trente jours. » — Auxilius de Naples, cité par Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, 1910, pp. 111-115[54] [55]
La bulle pour les chanoines de Bologne
Le seul acte pontifical connu de Léon V est une bulle en faveur des chanoines de la cathédrale de Bologne, les exemptant du paiement de certaines taxes — une « lettre de protection » (epistola tuitionis au sens diplomatique, l'intitulé latin n'étant attesté par aucune des sources consultées).[56] [57] [58] La pièce, recensée par Jaffé dans ses Regesta Pontificum Romanorum (2ᵉ éd., t. II, p. 746)[59], ne contient ni grande déclaration doctrinale ni innovation juridique majeure. Elle est, dans l'ordre canonique de l'époque, un acte de routine administrative comme les papes en délivraient régulièrement aux églises cathédrales et aux monastères du domaine pontifical.
Sa portée est, malgré tout, intéressante à deux titres. D'abord, elle montre que la chancellerie pontificale a continué de fonctionner pendant ces trente jours : Léon V a eu le temps de recevoir une demande émanant de Bologne, de la faire instruire, et d'émettre une lettre solennelle scellée. C'est la trace matérielle d'un pontificat réellement exercé. Ensuite, le choix de Bologne plutôt que d'une église romaine corrobore l'image d'un pape forensis — d'un homme dont les premiers correspondants étaient les diocèses italiens, et non d'abord les tituli de la cité de Rome.
« Son seul acte connu est contenu dans une bulle émise dans l'intérêt des chanoines de l'église de Bologne. » — Catholic Encyclopedia, art. Pope Leo V[60]
Par honnêteté, il faut signaler la réserve de Duchesne : l'éditeur du Liber Pontificalis ne connaissait aucun acte attribuable à ce pape — l'attribution de la bulle de Bologne repose donc sur Mann (Catholic Encyclopedia, 1910) et sur les régestes de Jaffé, non sur le Liber Pontificalis.[61]
Un silence documentaire éloquent
Au-delà de cette unique bulle, aucun document ne survit du pontificat de Léon V : pas de correspondance avec les rois carolingiens — Louis l'Aveugle, couronné empereur à Rome en 901, a été chassé d'Italie par Bérenger dès 902 et n'y reviendra qu'en 904-905 —, pas de synode romain, pas de jugement canonique, pas de privilège donné aux grandes abbayes (Saint-Denis, Fulda, Corbie, Bobbio) qui d'ordinaire reçoivent des bulles à chaque nouveau pontificat. Le silence est lourd. Il n'est pas neutre.
Trois causes peuvent l'expliquer. Premièrement, la brièveté objective : trente jours ne suffisent pas à structurer une politique épiscopale. Deuxièmement, le climat conflictuel : un pape forensis, peu connu, n'a probablement pas eu le temps de bâtir des canaux de correspondance avec l'extérieur. Troisièmement, l'éventuel travail de destruction documentaire mené après la déposition par les partisans de Christophore puis de Sergius III, qui avaient intérêt à effacer toute trace d'un prédécesseur considéré comme illégitime — mécanisme déjà observé pour les actes de Formose après le synode du cadavre.
Le silence sur Léon V est donc une information en soi : il dit la fragilité d'un pontificat coincé entre une mort soudaine (Benoît IV) et un coup d'État (Christophore).
La déposition de septembre 903
Christophore, cardinal-prêtre de Saint-Damase
L'homme qui dépose Léon V est connu : Christophore, romain, fils d'un certain Léon, cardinal-prêtre du titulus Saint-Damase (San Lorenzo in Damaso). On sait peu de chose de sa carrière antérieure : il appartient à la cléricature romaine, à un titulus prestigieux du centre historique, situé non loin du Champ-de-Mars, et qui sera reconstruit au XVᵉ siècle par le cardinal Riario.[62] [63]
Une tradition postérieure prétend que Christophore avait été ordonné prêtre par Léon V lui-même, durant les trente jours du pontificat — détail rapporté par la Wikipédia italienne en s'appuyant sur des sources moronniennes.[64] Si cette tradition est exacte, elle ajoute à la trahison de septembre 903 une dimension de scandale moral : le subordonné renversant son ordinant. Mais l'information n'est pas confirmée par les sources contemporaines (Auxilius, Eugène le Vulgaire) et reste sujette à caution.
Le coup d'État au Latran
Vers la fin de septembre 903 — la date exacte n'est pas conservée —, Christophore organise une prise armée du Latran. Le scénario, dans ses grandes lignes, ressemble à ceux qui ont émaillé la décennie : un cardinal-prêtre rassemble ses partisans, sans doute avec l'appui d'une faction aristocratique romaine, force les portes du palais épiscopal, saisit le pape légitime, et se fait acclamer en sa place. La Catholic Encyclopedia résume :
« Christophore devint pape en détrônant par force son prédécesseur Léon V et en le jetant en prison, vraisemblablement vers octobre 903. » — Catholic Encyclopedia, art. Pope Christopher[65]
Christophore n'est pas reconnu de manière incontestée. La Catholic Encyclopedia note que « certains soutiennent qu'il fut un antipape », mais que « bien que sa manière de prendre possession de la papauté ait été tout à fait non canonique, il apparaît avoir été ensuite reconnu comme pape ».[66] Cette reconnaissance lui valut, pendant des siècles, une place dans la liste officielle des papes — son portrait figure encore parmi ceux des pontifes dans la galerie de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome — avant d'être retiré au XXᵉ siècle de l'Annuario Pontificio en raison du caractère non canonique de son élection. Il est aujourd'hui officiellement considéré comme un antipape.[67]
Léon V jeté en prison
Léon V est emprisonné. Aucune source ne précise le lieu exact de son cachot : sans doute une des prisons romaines du Latran ou du palais épiscopal, conformément à la coutume du Xᵉ siècle. Aucun procès canonique n'est mentionné. Aucune procédure conciliaire — comme celle qu'avait imaginée Étienne VI contre la dépouille de Formose — n'est instruite. Léon V est simplement écarté, par la force, sans formalisme juridique. C'est une déposition de fait, non de droit.
Cette différence est importante. Le synode du cadavre, malgré son horreur, prétendait suivre une procédure ; la déposition de Léon V renonce même à ce prétexte. On glisse de la violence procédurale (897) à la violence pure (903), et c'est ce glissement, plus que la brutalité elle-même, qui annonce le saeculum obscurum. À partir de ce moment, le siège romain n'est plus seulement disputé : il est pris, et ses occupants antérieurs éliminés.
La mort en prison : trois hypothèses
Hypothèse 1 : tué par Christophore
La première hypothèse, défendue par le chroniqueur Hermann le Contracté (Hermannus Contractus, 1013-1054, moine de Reichenau), est que Christophore lui-même fit assassiner Léon V peu après l'avoir emprisonné. Hermann ne précise pas le mode opératoire : poison, étouffement, simple privation alimentaire. Sa formulation est laconique mais nette : Léon V a été « occis » (occisus est) par son successeur immédiat.[68] [69]
Cette version a pour elle une logique politique simple : Christophore avait intérêt à ne pas laisser vivre un pape déchu qui pouvait redevenir, à tout instant, le centre de ralliement d'une réaction romaine. La détention prolongée d'un pape légitime était un risque ; sa suppression discrète, une protection. L'historiographie médiévale ultérieure — Platina notamment, dans ses Vitae Pontificum de 1479 — reprend cette thèse.[70]
Hypothèse 2 : étranglé par ordre de Sergius III
La seconde hypothèse repose sur l'accusation portée par Eugène le Vulgaire (Eugenius Vulgarius), prêtre et grammairien napolitain, auteur formosien hostile à Sergius III : écrivant vers 907-908 un pamphlet contre ce pape, il affirme que Sergius III, peu après son accession (29 janvier 904), fit étrangler en prison à la fois Léon V et Christophore.[71] [72] La Catholic Encyclopedia (art. Christopher) prévient qu'Eugène « cherchait à noircir la réputation de Sergius III » (who was interested in blackening the character of Sergius III) et juge son témoignage insatisfaisant.[73]
Cette version est reprise par plusieurs autorités modernes :
« Selon le pro-formosien Eugène le Vulgaire, Sergius ordonna que les deux hommes [Léon V et Christophore] soient étranglés en prison, quelque temps au début de 904. » — Synthèse historiographique relayée par Wikipédia en s'appuyant sur les éditions Dümmler de Vulgarius.[74]
L'hypothèse n'est pas absurde. Sergius III, monté au pouvoir grâce au comte Théophylacte de Tusculum, avait intérêt à éliminer toute concurrence dynastique potentielle, qu'il s'agisse du pape légitime déchu ou de l'antipape qu'il avait lui-même déposé. Une double élimination — silencieuse, en cellule — est cohérente avec ce qu'on sait des méthodes politiques de l'aristocratie romaine au tournant du Xᵉ siècle.
Hypothèse 3 : mort naturelle au cachot ou au monastère
La troisième hypothèse, la plus mesurée, est défendue par la Catholic Encyclopedia d'Horace K. Mann (1907) : il est possible que les deux versions précédentes soient des projections polémiques (Hermann le Contracté écrit un siècle et demi plus tard ; Eugène le Vulgaire est un opposant déclaré de Sergius III). Mann suggère que Léon V est mort de mauvais traitements ordinaires de la prison — fièvres, sous-alimentation, blessures non soignées — ou qu'il aurait été relégué dans un monastère où il serait mort peu après.[75]
« Selon une version, Sergius III les fit tous deux mettre à mort ; mais il est plus probable que Léon mourut de mort naturelle en prison ou dans un monastère. » — Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, 1910, p. 114, repris dans la Catholic Encyclopedia[76] [77]
Cette hypothèse a l'avantage de la prudence : elle reconnaît la possibilité du meurtre sans s'engager dans une accusation que les sources contemporaines n'établissent pas définitivement. Elle est compatible avec une troisième version, défendue par certains chroniqueurs médiévaux pour Christophore (qui aurait été forcé de finir ses jours comme moine, selon Hermann le Contracté) : peut-être Léon V a-t-il subi un sort similaire avant de mourir.[78]
Le verdict de la critique moderne
L'historiographie moderne, faute de pouvoir trancher entre les trois versions, retient surtout le fait massif : Léon V n'a pas survécu à sa déposition. Qu'il ait été étouffé par Christophore, étranglé par Sergius III ou mort de mauvais traitements, le résultat est le même — un pape légitime, écarté par la force, ne sort jamais de prison. Sa mort se situe quelque part entre l'automne 903 et le printemps 904, sans qu'on puisse être plus précis. Plusieurs notices proposent 903 ou 904 ; quelques-unes vont jusqu'à 905, mais cette dernière datation est minoritaire.[79] [80]
Ce qu'il faut noter, doctrinalement, est ceci : la légitimité de Léon V comme pape valide n'a jamais été contestée par l'Église, ni avant, ni pendant, ni après sa déposition. Aucun concile, aucune décrétale, aucune bulle ultérieure n'a déclaré son élection invalide. Il est, du début à la fin, le 118e pape de l'Église catholique dans la liste officielle du Saint-Siège.[81] La violence de Christophore est, en revanche, ce qui fait basculer ce dernier dans la catégorie des antipapes, après sa réhabilitation médiévale et sa désinscription contemporaine.
L'entrée dans le saeculum obscurum
L'élection de Sergius III (29 janvier 904)
Le pontificat de Christophore est lui-même balayé en moins de quatre mois. Le 29 janvier 904, Sergius III — consacré évêque de Caere (Cerveteri) en 893 par Formose, candidat malheureux face à Jean IX lors de l'élection de 898 — est consacré pape à Rome.[82] Son retour est rendu possible par l'appui militaire et politique du comte Théophylacte Iᵉʳ de Tusculum — selon la reconstruction courante, dérivée du récit de Liutprand de Crémone, source discutée —, vestararius (intendant) du palais et chef de la principale famille aristocratique romaine.
Sergius III dépose Christophore — et c'est l'accusation portée par Eugène le Vulgaire, auteur formosien hostile à Sergius III, qui affirme que les deux hommes furent alors éliminés en prison.[83] [84] Il rouvre, par ailleurs, le dossier Formose : il réhabilite officiellement le synode du cadavre d'Étienne VI, déclare nulles à nouveau les ordinations de Formose, et fait composer une épitaphe laudative pour la tombe d'Étienne VI.[85] C'est, doctrinalement, le retour exact à la ligne anti-formosienne de 897. La violence des moyens témoigne de la profondeur de la crise.
Une croyance médiévale tenace lui attribuait également un second synode cadavérique contre Formose, mais l'historiographie moderne, suivant en cela les critiques contre Liutprand de Crémone, considère cette attribution comme une erreur : Liutprand aurait confondu le synode d'Étienne VI (897) avec un événement supposé du pontificat de Sergius III.[86] La haine de Sergius III contre Formose était bien réelle ; le second synode, probablement pas.
Théophylacte, Théodora et Marozia
Avec Sergius III commence le règne effectif d'une famille sur la papauté. Théophylacte Iᵉʳ (~864-924), comte de Tusculum, consul de Rome, prend en main l'administration civile. Sa femme Théodora, qualifiée par Liutprand de senatrix Romanorum, exerce un pouvoir politique direct ; le même Liutprand l'accuse d'avoir conduit l'élection pontificale par influences successives. Leurs filles, Marozia (~890-937) et Théodora la Jeune, prolongeront cette emprise pendant deux générations. Marozia, qui aurait, selon Liutprand encore, été la concubine de Sergius III à l'âge de quinze ans, donnera naissance à un fils qui deviendra plus tard le pape Jean XI.[87]
C'est cette configuration — une famille aristocratique romaine qui choisit, fait et défait les papes — que le cardinal Baronius désignera dans ses Annales Ecclesiastici (1588-1607) par l'expression devenue célèbre :
« Quel sera désormais le visage de la sainte Église romaine ? Combien sera horrible cet âge, à cette époque où des prostituées toutes-puissantes, et même des prostituées dont l'impudeur égalait la puissance, gouvernaient tout à Rome, et faisaient monter sur le siège même de Pierre leurs amants, ces faux pontifes. » — César Baronius, Annales Ecclesiastici, ad annum 912, n° 8 (traduction de la rédaction d'après l'original latin)[88]
L'expression saeculum obscurum — « siècle obscur » — désignera désormais cette période de soixante ans (904-964), depuis l'avènement de Sergius III jusqu'à la mort scandaleuse de Jean XII en 964. Douze papes se succéderont durant ce siècle, dont beaucoup déposés, certains étranglés, plusieurs nés des amours irrégulières de Marozia ou de sa famille. Au XIXᵉ siècle, les théologiens protestants allemands forgeront, à partir du grec, le terme pornocratie (allemand Pornokratie, de pornokratía = « règne des prostituées ») pour désigner la même réalité — terme polémique, plus violent que ne l'avait été Baronius lui-même.[89]
Léon V comme dernière borne avant la pornocratie
Léon V est, dans cette perspective, le dernier pape strictement pré-pornocratique. Christophore, qui le dépose, est encore un cardinal romain agissant pour son compte ; Sergius III, qui succède à Christophore, est déjà un pape de famille — porté au pouvoir par Théophylacte, lié à Marozia, intronisant la dynastie tusculane. Léon V appartient au monde d'avant : un monde où un forensis peut encore — selon une lecture courante des historiens — accéder au siège de Pierre à la faveur d'un compromis entre factions.
Cette position chronologique donne à son pontificat une valeur symbolique disproportionnée par rapport à sa durée. C'est avec sa déposition et sa mort que se ferme l'ancien monde papal des IXᵉ-Xᵉ siècles — un monde encore structuré, malgré toutes ses crises, par la cléricature romaine — et que s'ouvre le monde de la papauté capturée par les gentes Romanae.
En septembre 903, la papauté cesse d'être disputée à coups de synodes : elle est désormais prise par la force.[90] [91]
Que reste-t-il de Léon V ?
Un portrait à Saint-Paul-hors-les-Murs ?
Dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, une longue galerie de médaillons représente, sur les hauts des arcades, les portraits idéaux de tous les papes depuis saint Pierre. La galerie actuelle a été reconstituée après l'incendie de 1823 mais reprend une tradition iconographique remontant à Léon Iᵉʳ (Vᵉ siècle) et continue jusqu'au pape régnant. Christophore y figure encore — la Catholic Encyclopedia signale elle-même que son portrait compte parmi ceux des papes de la basilique, preuve de sa longue reconnaissance médiévale comme pape, antérieure à sa désinscription de l'Annuario Pontificio au XXᵉ siècle.[92] Léon V devrait, en toute logique de la série, s'y trouver à sa place chronologique, entre Benoît IV et Sergius III ; mais aucune des sources consultées pour cette notice ne l'atteste explicitement — ce point reste donc à vérifier sur place et n'est avancé ici que comme une attente, non comme un fait établi.
Aucun portrait historique authentique de Léon V n'est conservé. Les représentations modernes sont des compositions iconographiques idéales, fondées sur les conventions du portrait pontifical : visage barbu, tiare, ornements liturgiques. La fragilité de la documentation ne permet aucune reconstitution physique sérieuse.
Le 118e pape selon la liste officielle
La position de Léon V dans la liste officielle du Saint-Siège est stable. La fiche du Vatican enregistre Léon V comme 118e pape de l'Église catholique, avec pour pontificat « VII.903 — IX.903 », et pour lieu de naissance « Ardea ».[93] Cette indication officielle exclut, par construction, l'antipape Christophore — qui aurait été le 119e si on l'avait reconnu pape — et reconduit la légitimité de Léon V comme dernier pape canonique avant Sergius III.
L'Église catholique a maintenu cette numérotation à travers toutes les révisions de l'Annuario Pontificio du XXᵉ siècle. Léon V est donc, dans le canon ecclésial moderne, un vrai pape, malgré l'extrême brièveté de son pontificat et l'absence presque totale de documentation. Cette stabilité historiographique est une leçon en soi : la légitimité d'un pape, pour l'Église, ne dépend ni de la durée ni de l'éclat de son pontificat — elle dépend de la régularité canonique de son élection, attestée par les sources contemporaines.
Une sépulture inconnue (le Latran selon une tradition tardive)
Selon une tradition tardive, reprise par Gaetano Moroni au XIXᵉ siècle et relayée par la Wikipédia italienne, Léon V serait inhumé à la basilique du Latran, Saint-Jean-de-Latran, cathédrale du diocèse de Rome.[94] L'information est faiblement étayée : aucune source contemporaine ne mentionne la translation de son corps, et la basilique laternaine n'a pas conservé d'épitaphe ni de sépulture identifiable comme la sienne. Il est possible que la tradition se soit construite par défaut, en l'absence de mention vaticane (les papes du Xᵉ siècle sont enterrés en majorité à Saint-Pierre), comme un repli sur la cathédrale propre du pape.
Une autre possibilité est que Léon V ait été enterré dans un monastère anonyme — peut-être celui où il aurait été relégué selon l'hypothèse de Mann —, et que sa sépulture exacte ait été perdue dans les décennies suivantes. La discrétion qui entoura sa mort permet difficilement de trancher.
La légende bretonne de saint Tugdual
Une légende bretonne, reprise notamment dans l'hagiographie de saint Tugdual (ou Tudwal) de Tréguier (mort vers 564), prétend que ce moine breton, fils du roi Hoel le Grand, devenu évêque de Tréguier, aurait été élu pape sous le nom de « Leo Britigena » lors d'un pèlerinage à Rome — nom que rapporte la notice Treccani de Léon V, qui juge l'identification peu vraisemblable.[95] [96] La légende se déploie au Moyen Âge tardif, dans les milieux monastiques bretons soucieux de prestige local. Certaines versions tardives identifient explicitement cette figure de Leo Britigena avec Léon V.
L'identification ne tient pas, pour deux raisons décisives. D'abord, saint Tugdual est mort vers 564 — au plus tard au tout début du règne du pape Jean III (561-574). Il ne peut, par construction temporelle, avoir été pape au début du Xᵉ siècle. Ensuite, aucune source contemporaine de Léon V — Auxilius, Eugène le Vulgaire, Liber Pontificalis — ne mentionne une origine bretonne ; tous le situent à Priapi, près d'Ardea. La légende est donc une fiction hagiographique locale, sans fondement historique pour Léon V.
Elle est cependant intéressante à un titre. Elle montre comment, dans la mémoire chrétienne médiévale, la brièveté et l'obscurité d'un pontificat ont pu servir de cadre vide à des constructions identitaires postérieures. Léon V, parce qu'on ne savait presque rien de lui, est devenu un nom-écran sur lequel on a pu projeter — un saint breton, plus tard, peut-être encore d'autres figures. C'est l'inverse du sort réservé à Benoît III : la légende de la papesse Jeanne s'est précisément logée entre Léon IV et lui, là où quelques semaines d'intervalle laissaient un interstice à la fiction[97]. Léon V, lui, a été un vide habitable dans la mémoire ecclésiale.
Chronologie
| Date | Événement | Source principale |
|---|---|---|
| 4 avril 896 | Mort du pape Formose | Liber Pontificalis |
| Janvier 897 | Synode du cadavre sous Étienne VI ; condamnation posthume de Formose | Liber Pontificalis, Liutprand |
| Juillet-août 897 | Étienne VI déposé, étranglé en prison | Liber Pontificalis |
| 898-900 | Pape Jean IX, annule officiellement le synode du cadavre | Liber Pontificalis, Treccani |
| 1er février 900 | Début du pontificat de Benoît IV | Saint-Siège |
| 30 juillet 903 | Mort de Benoît IV à Rome | Liber Pontificalis, Kelly |
| Juillet ou août 903 | Élection de Léon V, prêtre étranger à Rome (forensis), originaire de Priapi près d'Ardea | Saint-Siège, Catholic Encyclopedia |
| Été 903 | Émission d'une epistola tuitionis en faveur des chanoines de Bologne | Jaffé, Regesta (2ᵉ éd., t. II, p. 746) |
| Septembre 903 | Christophore, cardinal-prêtre de Saint-Damase, prend d'assaut le Latran ; Léon V déposé et emprisonné | Catholic Encyclopedia, Treccani |
| Octobre 903 — janvier 904 | Pontificat (illégitime) de Christophore | Catholic Encyclopedia |
| Fin 903 ou début 904 | Mort de Léon V en prison ; cause débattue (Christophore / Sergius III / mauvais traitements) | Hermannus Contractus, Eugenius Vulgarius, Mann |
| 29 janvier 904 | Consécration de Sergius III avec l'appui de Théophylacte de Tusculum | Liber Pontificalis, Treccani |
| Vers 907-908 (fait allégué : début 904) | Eugène le Vulgaire affirme, dans son pamphlet contre Sergius III, que celui-ci fit étrangler Léon V et Christophore en prison | Vulgarius, éd. Dümmler |
| 904-964 | Saeculum obscurum — la papauté sous influence des Théophylacti | Baronius, Annales |
| Vers 908-911 | Auxilius de Naples compose ses opuscules en défense de Formose ; mention élogieuse de Léon V | éd. Dümmler |
| 1588-1607 | Baronius forge l'expression saeculum obscurum dans ses Annales Ecclesiastici | Baronius |
| XIXᵉ siècle | Forgeage du terme « pornocratie » par les théologiens protestants allemands | historiographie |
| XXᵉ siècle | Christophore retiré de la liste officielle des papes ; Léon V maintenu comme 118e pape | Annuario Pontificio |
Synthèse
Léon V est, d'un point de vue strictement événementiel, l'un des papes les plus pauvres de l'histoire pontificale. Trente jours de pontificat, une seule bulle conservée, aucun écrit personnel, aucun portrait authentique, une mort que l'on date approximativement à plusieurs mois près, une cause de mort que l'on débat encore mille ans plus tard. Si on mesurait l'importance d'un pape à la densité de ses archives, Léon V serait négligeable.
Mais l'Église ne mesure pas ainsi ses papes. Elle mesure la régularité canonique de leur élection, la validité de leur ministère sacramentel, leur place dans la succession apostolique. À ce titre, Léon V est un vrai pape — le 118e — et son nom continue de figurer dans la liste officielle du Saint-Siège.
Surtout, Léon V occupe une position historiquement décisive : il est la dernière borne de la papauté pré-pornocratique. Avec sa déposition de septembre 903 et sa mort silencieuse dans les mois suivants, s'achève l'ancien régime du Latran, où les coups d'État étaient encore l'œuvre de cardinaux ; commence le nouveau régime, où les coups d'État seront l'œuvre de familles. Léon V meurt avant que Théophylacte n'ait pris pied au palais ; Sergius III, son successeur, sera le premier pape de la famille de Tusculum.
Le geste d'Auxilius de Naples est, dans ce tableau, lumineux. Cet ancien ordonné de Formose, ennemi déclaré de Sergius III, prend le temps, dans son opuscule polémique de 908-911, d'écrire que Léon V fut « un homme de Dieu, de vie et de sainteté louables ».[98] Sans cette ligne, Léon V serait resté un simple intervalle administratif entre Benoît IV et Christophore. Avec elle, il devient un petit pontificat saint dans un siècle obscur — un point lumineux que la postérité a presque oublié.
Commentaire de la rédaction — et non citation : l'Église ne s'effondre pas quand le pape ne règne que trente jours, si ces trente jours sont tenus par un homme de Dieu.
Pour aller plus loin
Articles connexes
- Pape Benoît IV (900-903)
- Antipape Christophore (903-904)
- Pape Sergius III (904-911)
- Pape Formose (891-896)
- Pape Étienne VI et le synode du cadavre (896-897)
- Pape Jean IX (898-900)
- Le saeculum obscurum (904-964)
- La pornocratie pontificale
- Théophylacte Iᵉʳ de Tusculum
- Marozia
- Le synode du cadavre
- Auxilius de Naples
- Le Liber Pontificalis
Sources principales
- Saint-Siège, fiche officielle Leo V, liste des souverains pontifes : 118e pape, VII.903 — IX.903, né à Ardea.
- Auxilius de Naples, In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi libellus prior et posterior, éd. Ernst Dümmler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866, pp. 59-95.
- Auxilius de Naples, De ordinationibus a Formoso papa factis, Patrologia Latina 129, col. 1059-1074.
- Eugenius Vulgarius, De causa Formosiana libellus, éd. Ernst Dümmler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866, pp. 117-139.
- Liber Pontificalis, notice de Léon V, éd. Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis, t. II, Paris, 1892, p. 234.
- Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, Londres, Kegan Paul, Trench, Trübner & Co., 1910, pp. 111-115.
- Catholic Encyclopedia, vol. 9, art. Pope Leo V, Robert Appleton Company, 1913 ; transcription New Advent.
- Catholic Encyclopedia, vol. 3, art. Pope Christopher, Robert Appleton Company, 1908 ; transcription New Advent.
- Catholic Encyclopedia, vol. 2, art. Auxilius of Naples, Robert Appleton Company, 1907 ; transcription New Advent.
- Hermann le Contracté (Hermannus Contractus), Chronicon ad annum 904, MGH Scriptores, t. V.
- J. N. D. Kelly & Michael J. Walsh, The Oxford Dictionary of Popes, Oxford University Press, 2ᵉ éd. 2010.
- Umberto Longo, art. Leone V, Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000.
- Bartolomeo Platina, Le Vite dei Sommi Pontefici, première éd. 1479 ; trad. anglaise Griffith Farran & Co., Londres, vol. I, p. 242.
- César Baronius, Annales Ecclesiastici (éd. princeps : Rome, 1588-1607), ad annum 912, n° 8 ; texte de la réimpression Theiner, Bar-le-Duc, 1864, t. XV, pp. 533-534, relu sur numérisation le 4 octobre 2026.
Notes et sources
Notes et références
Saint-Siège, fiche officielle Leo V, liste des souverains pontifes : 118e pape de l'Église catholique, pontificat VII.903 — IX.903, né à Ardea (fiche accessible, HTTP 200 vérifié le 4 octobre 2026). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/leone-v.html
1 32 79 81 93J. N. D. Kelly & Michael J. Walsh, The Oxford Dictionary of Popes, Oxford University Press, 2ᵉ éd. 2010, notices Leo V, Benedict IV, Christopher, Sergius III, Formosus, Stephen VI. Kelly traite l'ensemble de la séquence post-formosienne 896-904 comme un bloc indivisible, soulignant l'instabilité institutionnelle, la succession rapide de huit pontifes en sept ans, et le basculement opéré par l'élection de Sergius III avec l'appui de Théophylacte de Tusculum. Sur Léon V précisément, Kelly retient la thèse modérée d'une mort naturelle en prison ou monastère, sans exclure les hypothèses violentes. Pour la 1ʳᵉ éd. (1986), Treccani renvoie aux pp. 118-119 (The Oxford Dictionary of Popes, Oxford-New York 1986, s.v.).
2 9 16 18 33 37 39 80 91Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV : The Popes in the Days of Feudal Anarchy 891-999, Londres, Kegan Paul, Trench, Trübner & Co., 1910, pp. 111 sqq. (référence donnée par la Catholic Encyclopedia : MANN, Lives of the Popes in the Early Middle Ages, IV, 111 sqq.). Étude la plus détaillée en anglais sur Léon V au début du XXᵉ siècle. Mann replace soigneusement les sources contemporaines (Auxilius, Vulgarius, Liber Pontificalis) et postérieures (Hermann le Contracté, Liutprand, Platina) et conclut prudemment en faveur d'une mort en prison ou monastère, sans trancher entre cause violente et cause naturelle.
3 40 55 77 90Wikipédia (en), art. Saeculum obscurum, consultée le 4 juin 2026. Précise : période 904-964 (soixante ans), commencée avec l'installation de Sergius III en 904, terminée à la mort de Jean XII en 964 ; figures principales Théophylacte Iᵉʳ de Tusculum (~864-924), sa femme Théodora senatrix Romanorum, leur fille Marozia (~890-937) ; expression saeculum obscurum forgée par le cardinal César Baronius dans ses Annales Ecclesiastici (1588-1607) ; terme pornocratie forgé par les historiens protestants allemands du XIXᵉ siècle. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Saeculum_obscurum
4 10 19 20 87 89Auxilius de Naples, In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi, éd. Ernst Dümmler, Auxilius und Vulgarius. Quellen und Forschungen zur Geschichte des Papsttums im Anfange des zehnten Jahrhunderts, Leipzig, S. Hirzel, 1866, pp. 59-95. Auxilius est l'unique source contemporaine connue qui décrive personnellement Léon V. Le passage n'est attesté que par la traduction anglaise qu'en donne la Catholic Encyclopedia (art. Pope Leo V) : « he held “the rudder of the Holy Roman Church” for thirty days » et « he was “a man of God and of praiseworthy life and holiness” » — soit : « il tint le gouvernail de la sainte Église romaine pendant trente jours », « homme de Dieu, de vie et de sainteté louables ». Aucune formule latine verbatim n'est attestée par les notices modernes ; le latin parfois cité est introuvable à un lieu précis de l'édition Dümmler, dont les pp. 59-95 désignent l'ensemble du libellus. Auxilius rédige son opuscule vers 908-911, soit cinq à huit ans après les événements, à Naples, dans le cadre d'une longue campagne théologique contre Sergius III pour défendre la validité des ordinations de Formose.
5 14 23 24 54 98Horace K. Mann, art. Pope Leo V, The Catholic Encyclopedia, vol. 9, Robert Appleton Company, 1913 ; transcription New Advent. Donne : origine « native of Priapi, a small place in the district of Ardea » ; statut de presbiter forensis (non cardinal-prêtre de Rome) ; pontificat « thirty days, or somewhat more than a month » ; citation d'Auxilius « a man of God of praiseworthy life and holiness » ; bulle pour les chanoines de Bologne « exempting them from the payment of tax » ; déposition par Christophore « cardinal-priest of St. Damasus » ; trois hypothèses sur la mort, dont la plus probable est « that Leo died a natural death in prison or in a monastery ». Texte original anglais : « One account states that Sergius III caused them both to be put to death ; the more probable view, however, is that Leo died a natural death in prison or in a monastery. » URL : https://www.newadvent.org/cathen/09159b.htm
6 11 25 34 42 44 47 56 60 75 76Wikipédia (en), art. List of popes, consultée le 4 octobre 2026 : donne Benoît IV (1er février 900 – 30 juillet 903) et Léon V (30 juillet 903 – décembre 903, 124 jours — durée vérifiée sur le wikicode le 4 octobre 2026 : modèle calculé du 30/07/903 au 01/12/903) — datation plus longue que celle du Saint-Siège (VII.903 – IX.903), citée ici uniquement pour signaler la divergence des catalogues modernes. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_popes
7Wikipédia (en), art. Cadaver Synod, consultée le 4 juin 2026. Précise : exhumation du cadavre de Formose par Étienne VI en janvier 897 ; trois chefs d'accusation (transmigration de siège, parjure, exercice du sacerdoce comme laïc) ; verdict de culpabilité, mutilation (trois doigts de la main droite coupés), corps jeté dans le Tibre ; déposition et étranglement d'Étienne VI en juillet-août 897 ; annulation officielle par Théodore II (897) puis par Jean IX (898-900). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Cadaver_Synod
8 28 29 30Umberto Longo, art. Leone V, Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000 — notice relue sur la page Treccani le 4 octobre 2026 (HTTP 200). Donne : origine probable « da una parrocchia situata a 'Priapi' presso Ardea » ; « L. non apparteneva al clero romano » ; pontificat « molto probabilmente per poco più di un mese tra il luglio e il settembre 903, per trenta giorni secondo la testimonianza di Auxilius, o per due mesi secondo i cataloghi pontifici » ; Auxilius « definisce L. come un sant'uomo degno di ammirazione » ; déposition par le prêtre romain Christophore (« il prete romano Cristoforo ») ; mort « con ogni probabilità in prigione nel 905, quando già era asceso al soglio pontificio Sergio III » (datation propre à Treccani, divergente du consensus 903/904 retenu dans le corps de l'article, où elle est signalée comme minoritaire). Sur la légende bretonne, la notice rapporte que le saint « fu eletto papa e prese il nome di Leone "Britigena" » tout en jugeant cette identification « poco verosimile ». URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/leone-v_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/
12 27 35 43 45 48 96Catholic Encyclopedia, vol. 2, art. Auxilius of Naples, Robert Appleton Company, New York, 1907 ; transcription New Advent. Précise : Auxilius est un Franc, ordonné prêtre — ou peut-être seulement diacre — à Rome par Formose ; il rédige vers 908-911 plusieurs traités défendant la validité des ordinations formosiennes ; ses œuvres ont été éditées par Ernst Dümmler à partir d'un manuscrit de Bamberg en 1866. URL : https://www.newadvent.org/cathen/02147a.htm
13 21 51Catholic Encyclopedia, vol. 3, art. Pope Christopher, Robert Appleton Company, 1908 ; transcription New Advent (page relue le 4 octobre 2026, HTTP 200). Donne : « Cardinal-Priest of the Title of St. Damasus, a Roman and son of Leo » ; « he became pope by forcibly dethroning his predecessor, Leo V, and putting him into prison, seemingly about October 903 » ; « As Leo appears to have soon died in his prison » ; « Christopher was driven from the Chair of Peter by his successor, Sergius III (January, 904) » ; fin contradictoire entre Hermann le Contracté (« compelled to end his days as a monk ») et Vulgarius (« strangled in prison » — témoignage jugé insatisfaisant car « interested in blackening the character of Sergius III »). La notice précise aussi : « His portrait figures among the other likenesses of the popes in the church of St. Paul Outside the Walls, at Rome ». URL : https://www.newadvent.org/cathen/03729a.htm
15 62 65 66 73 78 84 92Leo V, Pope, dans la New Catholic Encyclopedia, version Encyclopedia.com, consultée le 4 juin 2026. Précise : « a simple priest from Priapi, in the district of Ardea » ; « not a member of the Roman clergy when elected pope » ; « After three months in office he was imprisoned and killed by Christopher, cardinal priest of S. Damaso » ; « Leo's only recorded act is found in a bull issued in the interest of the canons of the church of Bologna » ; mention de la légende bretonne identifiant Léon V au moine Tugdual. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/leo-v-pope
17 26 57Auxilius of Naples, dans la New Catholic Encyclopedia, version Encyclopedia.com. Précise les quatre traités d'Auxilius : (1) De ordinationibus a Formoso papa factis, Patrologia Latina 129, col. 1059-1074 ; (2) Infensor et defensor, Patrologia Latina 129, col. 1073-1102 ; (3) In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi libellus prior et posterior, éd. Dümmler 1866, pp. 59-95 ; (4) In defensionem Stephani episcopi et prefatae ordinationis, éd. Dümmler 1866, pp. 96-105. Souligne que la thèse principale d'Auxilius — la validité des ordinations ne dépend pas de la dignité personnelle de l'évêque ordinant — préfigure la doctrine catholique mature de l'ex opere operato sacramentel. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/auxilius-naples
22 31 50 52 53Wikipédia (en), art. Pope Benedict IV, consultée le 4 juin 2026. Précise : romain, fils de Mammolo, ordonné prêtre par Formose ; pontificat du 1er février 900 au 30 juillet 903 ; excommunication du comte Baudouin II de Flandre pour le meurtre de l'archevêque Foulques de Reims (900) ; couronnement de Louis l'Aveugle comme empereur (901) ; mort à Rome en été 903 ; sépulture devant la basilique vaticane à la porte de Guy ; soupçon d'implication possible de Bérenger Iᵉʳ dans sa mort. Le chroniqueur Flodoard de Reims le surnomme « le Grand ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Benedict_IV
36 41Wikipédia (en), art. Pope Benedict IV, mêmes données chronologiques que la note précédente, citées indépendamment pour le passage spécifique sur la mort de Benoît IV le 30 juillet 903.
38Wikipédia (it), art. Papa Leone V, et Wikipédia (en), art. Pope Leo V, consultées le 4 juin 2026. La version italienne ajoute la tradition postérieure faisant de Léon V un moine bénédictin du monastère de Brandallo et indiquant que Christophore aurait été ordonné prêtre par Léon V lui-même — donnée reprise du Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica de Gaetano Moroni (1840-1879) mais non confirmée par les sources contemporaines. La version anglaise précise que Léon V fut consacré pape « in the second half of 903 » et que Christophore tint le siège pendant environ trois mois (« approximately three months »). URL : https://it.wikipedia.org/wiki/Papa_Leone_V — https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Leo_V
46 49 58 64 68 94Philipp Jaffé (éd., 2ᵉ éd. revue par Loewenfeld, Kaltenbrunner, Ewald et Wattenbach), Regesta Pontificum Romanorum, t. II, Leipzig, 1888, p. 746 : pièce recensée pour Léon V. Référence donnée dans les Sources de la Catholic Encyclopedia (art. Pope Leo V) et dans la bibliographie de Treccani (art. Leone V : Regesta Pontificum Romanorum, t. I, Leipzig 1885, p. 444 ; t. II, Leipzig 1888, p. 746).
59Liber Pontificalis, notice Leo V, éd. Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis, t. II, Paris, 1892, p. 234. La notice est extrêmement brève — quelques lignes seulement — et donne pour seules informations le nom du pape, son origine campagnarde près d'Ardea, son emprisonnement et sa mort en prison. Aucune date précise n'est conservée par le compilateur du Liber Pontificalis pour ce pontificat.
61Wikipédia (en), art. Antipope Christopher, consultée le 4 juin 2026. Précise : Christophore, romain, fils d'un certain Léon, cardinal-prêtre de Saint-Damase, depose Léon V vers octobre 903 ; pontificat (illégitime) d'environ trois mois ; déposition par Sergius III en janvier 904 ; fin contradictoire selon les sources (monastère pour Hermann le Contracté, étranglement en prison pour Vulgarius) ; portrait conservé dans la galerie de Saint-Paul-hors-les-Murs ; supprimé de l'Annuario Pontificio au XXᵉ siècle pour irrégularité canonique. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Christopher
63 67 72Hermann le Contracté (Hermannus Contractus, 1013-1054), moine de Reichenau, mathématicien et chroniqueur. Chronicon ad annum 904, éd. dans les Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, t. V. Hermann affirme, dans une formulation laconique, que Léon V fut « occis » (occisus est) par Christophore peu après sa déposition, et que Christophore lui-même fut contraint de finir ses jours comme moine. Sa source exacte n'est pas conservée ; il écrit un siècle et demi après les événements.
69Bartolomeo Platina (Bartolomeo Sacchi de Piadena, 1421-1481), Liber de vita Christi ac omnium pontificum, première éd. Venise, 1479 ; trad. anglaise The Lives of the Popes From The Time Of Our Saviour Jesus Christ to the Accession of Gregory VII, Londres, Griffith Farran & Co., vol. I, p. 242. Platina, premier préfet de la Bibliothèque vaticane sous Sixte IV, reprend la tradition selon laquelle Christophore aurait été responsable de la mort de Léon V — version qui correspond à celle d'Hermann le Contracté plus qu'à celle d'Eugène le Vulgaire.
70Eugenius Vulgarius, prêtre et grammairien napolitain († après 911), partisan déclaré de Formose, rédige vers 907-908 un pamphlet contre Sergius III où il accuse celui-ci d'avoir fait étrangler en prison à la fois Léon V et Christophore « au début de 904 ». Édition critique : Ernst Dümmler, Auxilius und Vulgarius. Quellen und Forschungen zur Geschichte des Papsttums im Anfange des zehnten Jahrhunderts, Leipzig, S. Hirzel, 1866, pp. 117-139, notamment De causa Formosiana libellus. La thèse de Vulgarius est, depuis Dümmler, la principale source documentaire pour l'hypothèse de la double élimination par Sergius III. Voir aussi Catholic Encyclopedia, art. Eugenius Vulgarius, et Wikipédia anglaise art. Eugenius Vulgarius, consultée le 4 juin 2026 : https://en.wikipedia.org/wiki/Eugenius_Vulgarius
71 74 83Wikipédia (en), art. Pope Sergius III, consultée le 4 juin 2026. Donne : consacré évêque de Caere (Cerveteri) en 893 par Formose ; candidat malheureux face à Jean IX lors de l'élection de 898 ; consécration le 29 janvier 904 avec l'appui de Théophylacte Iᵉʳ de Tusculum ; éviction de Christophore ; selon Eugène le Vulgaire, « Sergius ordered both men to be strangled in prison some time in early 904 » ; honneurs rendus à Étienne VI par une épitaphe laudative ; attribution traditionnelle (réfutée par la critique moderne) d'un second synode cadavérique contre Formose, erreur due à Liutprand de Crémone. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Sergius_III
82 85 86César Baronius, Annales Ecclesiastici, ad annum 912, n° 8. Original latin (édition Augustin Theiner, Bar-le-Duc, 1864, t. XV, pp. 533-534 — passage relu sur la numérisation archive.org le 4 octobre 2026, qui porte bien « tanta tempora ») : « Quae tunc facies sanctae Ecclesiae Romanae ? quam foedissima, cum Romae dominarentur potentissimae aeque ac sordidissimae meretrices, quarum arbitrio mutarentur sedes, darentur episcopi, et (quod auditu horrendum et infandum est) intruderentur in Sedem Petri earum amasii pseudopontifices, qui non sint nisi ad consignanda tanta tempora in Catalogo Romanorum Pontificum scripti. » Traduction française de la rédaction.
88Wikipédia (en), art. Tudwal, consultée le 4 juin 2026. Précise : saint Tudwal (alias Tugdual, Tual, Pabu), moine breton mort vers 564, fils de Hoel le Grand, fondateur du monastère de Lan Pabu en Bretagne et évêque de Tréguier sous le roi Childebert Iᵉʳ. La légende tardive identifiant Tugdual avec un pape Leo Britigena — parfois assimilé à Léon V — n'apparaît pas dans la Wikipédia anglaise mais est rapportée par la New Catholic Encyclopedia (cf. note encyclopedia-com-leon5) : « A legend of Breton origin identifies him with a Benedictine, St. Tugdual, who as a pilgrim to Rome was reputedly elected pope. » La légende est chronologiquement impossible (Tudwal meurt vers 564, trois siècles et demi avant Léon V) et n'est attestée par aucune source contemporaine du pape Léon V. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Tudwal
95Britannica, art. Pope Joan, consultée le 4 octobre 2026. Place la légende entre Léon IV (847-855) et Benoît III (855-858) et précise qu'il a été prouvé que quelques semaines seulement séparent les deux pontificats et que l'histoire est apocryphe. URL : https://www.britannica.com/topic/Pope-Joan
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