Pape Boniface VI (Bonifacius VI) gouverne l'Église de Rome pendant environ quinze jours, du 11 avril 896 au 26 avril 896.[1] Le Saint-Siège le présente comme le 112e pape de l'Église catholique, romain de naissance, et place son court règne dans la séquence qui sépare la mort de Formose de l'élection d'Étienne VI.[2]
Ce pontificat ultra-bref n'est pas une simple curiosité chronologique. Il ouvre la première grande crise de la papauté du IXe siècle finissant. Boniface VI est élu dans une émeute, a furor di popolo, sans procédure canonique régulière, alors qu'il avait été deux fois déposé pour motifs disciplinaires, comme sous-diacre puis comme prêtre.[3][4] Il meurt quinze jours plus tard, foudroyé par une crise de podagre, une crise de goutte aiguë, selon le Liber Pontificalis, peut-être éliminé par la faction spolétaine selon une autre tradition.[5][6]
Sa mémoire est encadrée par deux décisions ecclésiales fortes : l'inscription pérenne de son nom dans la liste officielle des papes ; et l'annulation rétrospective de son élection prononcée par le concile romain de 898 sous le pape Jean IX, qui répare aussi les outrages du Synode du cadavre contre Formose.[7][8] Boniface VI demeure ainsi un cas-école du droit canonique pontifical et du discernement historique catholique : un pape canoniquement irrégulier, jamais effacé de la chronologie pétrinienne, sans aucune mémoire liturgique attestée.
« Élu pape à la suite d'un tumulte populaire, il avait deux fois encouru la déposition des ordres, comme sous-diacre puis comme prêtre. Le concile romain tenu par Jean IX en 898 déclara son élection nulle. » — Catholic Encyclopedia, 1907, notice « Pope Boniface VI » (traduction ; texte original anglais en note)[9]
Pourquoi Boniface VI compte-t-il ?
Un pontificat de quinze jours, mais pas un pontificat insignifiant
Boniface VI ne laisse ni encyclique, ni concile, ni définition doctrinale, ni geste pastoral notable. Les Regesta Pontificum Romanorum de Jaffé ne recensent sous son nom aucune lettre, charte ou privilège, et aucune homélie ne nous est parvenue : en quinze jours, il n'eut matériellement le temps d'imprimer aucune direction à sa politique.[10][11] Du strict point de vue du gouvernement de l'Église, ces quinze jours sont vides : les sources ne conservent la trace d'aucun synode tenu, d'aucun évêque consacré, d'aucune décision liturgique imposée.
L'importance du dossier est ailleurs. Boniface VI est le révélateur d'une crise plus longue, ouverte avec le pontificat de Formose et close seulement par Jean IX. Il appartient à la phase la plus violente de ce que les historiens appelleront plus tard le saeculum obscurum, le « siècle obscur », romain : un siècle pendant lequel l'élection pontificale est captée par des factions urbaines, des familles aristocratiques et des forces étrangères, sans que la succession apostolique soit pour autant interrompue.[12]
Lire Boniface VI uniquement comme un scandale, c'est manquer ce qu'il enseigne. Lire son court règne comme un détail négligeable, c'est aussi manquer ce qu'il enseigne. Le bon angle catholique est intermédiaire : un pape réel, un pontificat fragile, une élection canoniquement irrégulière, et une institution suffisamment solide pour absorber l'incident sans rompre la chaîne pétrinienne.
Le révélateur de la crise romaine d'avril 896
Quand Formose meurt le 4 avril 896, Rome est encore sous le choc politique du couronnement impérial d'Arnulf de Carinthie célébré six semaines plus tôt par le même Formose.[13] Le parti spolétain mené par Lambert et la veuve impériale Ageltrude n'a pas pardonné cette consécration carolingienne ; Arnulf, frappé de paralysie sur la route du retour, n'est plus en état d'imposer son arbitrage.[14] La ville hésite entre deux camps : un gouverneur allemand, Faroldo, qui administre Rome au nom d'Arnulf tandis que des garnisons impériales tiennent la ville, et la pression militaire spolétaine au sud.[15]
C'est dans cet espace politique vacant que les Romains acclament Boniface VI. La rapidité de cette élection, son caractère populaire et l'absence d'une procédure synodale claire ne sont pas neutres : ils trahissent une Église romaine en panne de ses propres règles. Treccani parle d'un homme élu a furor di popolo, formule reprise des actes du concile de 898.[16]
L'incident n'est pas isolé. Au cours du seul saeculum obscurum, plusieurs élections seront contestées, certains papes seront éliminés violemment, et la papauté ne retrouvera la maîtrise canonique de ses propres élections qu'avec les réformes du XIe siècle, notamment le décret de Nicolas II de 1059 réservant l'élection aux cardinaux.
Un cas-école de droit canonique pontifical
Le dossier Boniface VI pose une question juridique précise. Un homme deux fois canoniquement frappé de déposition des ordres (depositio ab ordine) — perte à la fois de sa dignité cléricale et de l'exercice de sa fonction — peut-il valablement être élu pape ? L'Église ancienne avait clairement répondu non : une absolution préalable et une réintégration régulière étaient nécessaires.[17] Le concile romain de 898 ne fait que tirer cette conséquence.
Cela ouvre alors une seconde question, plus complexe : si l'élection est canoniquement nulle, le pontificat est-il dogmatiquement nul ? Aucune définition dogmatique connue ne tranche ce point : le concile romain de 898 statue sur la régularité juridique de l'élection, non sur la valeur dogmatique du pontificat. L'Église a pris une voie pratique : maintenir Boniface VI dans la liste officielle, ne lui rendre aucun culte, et tirer de son cas une législation préventive sur les élections futures.
C'est une position prudente. Elle protège la continuité visible de la succession de Pierre, sans cautionner les conditions concrètes de l'élection. La théologie catholique de la papauté n'a jamais affirmé que tout pape était bien élu, bien vivant ou bien mort. Elle affirme que la chaire de Pierre demeure, même quand son occupant momentané est indigne ou contesté.
Les sources principales
Tableau des témoins
| Source | Date | Ce qu'elle apporte | Prudence |
|---|---|---|---|
| Saint-Siège | liste actuelle | 112e pape, date unique 26.IV.896, naissance romaine | Notice officielle minimaliste |
| Liber Pontificalis | fin IXe / Xe siècle | Romain de naissance (natione Romanus), durée du pontificat, mort de podagre, sépulture au portique | Notice très courte, source principale |
| Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum | 1885 | Datation précise du pontificat, absence d'actes pontificaux conservés | Synthèse érudite de référence |
| Catholic Encyclopedia / New Advent | 1907 | Synthèse claire : élection populaire, deux dépositions antérieures, podagre ou éviction, concile de 898 | Ancienne mais solide |
| Treccani, Enciclopedia dei Papi | 2000 | Père Adriano évêque de siège inconnu, furor populi, Faroldo gouverneur allemand, factions Arnulf/Spolète, sépulture et fragment d'épitaphe | Source moderne principale |
| Wikipedia / Britannica / Encyclopedia.com | XXIe siècle | Dates harmonisées, bibliographie, contexte politique | Utiles, à recouper sur les détails |
| Travaux modernes sur le saeculum obscurum | XXe-XXIe siècles | Replace Boniface VI dans la crise post-Formose et la lutte Arnulf/Spolète | Utile pour le contexte, non pour la biographie personnelle |
Le dossier documentaire est volontairement bref. Il ne suffit pas à écrire une vraie biographie spirituelle de l'homme Boniface ; il suffit à écrire un article rigoureux sur trois axes : antécédents canoniques, crise romaine de 896 et réception canonique au concile de 898.
Le Saint-Siège : la chronologie minimale
La fiche officielle du Vatican donne ses repères sous forme minimale : Boniface VI y est le 112e pape, né à Rome, avec pour seule date le 26 avril 896.[18] Aucune notice biographique développée ne figure sur la page officielle, qui se contente d'inscrire son nom dans la séquence pontificale entre Formose et Étienne VI.
Cette sobriété est éloquente. Le Saint-Siège ne magnifie pas la mémoire de Boniface VI, mais il ne l'efface pas non plus. Il l'inscrit dans la liste apostolique avec les mêmes coordonnées chronologiques que les autres papes, sans titre honorifique, sans qualification spirituelle. Le titre canonique de l'article doit refléter cette sobriété : Pape Boniface VI (896), sans qualificatif.
Certaines listes généralistes donnent une variante, 4–19 avril 896 — quinze jours comptés dès la mort de Formose —, mais la chronologie moderne retient 11–26 avril : c'est la datation de Treccani, qui place la consécration « con ogni probabilità » au 11 avril, et non celle qu'affiche la fiche du Saint-Siège, qui ne porte que la date unique du 26 avril 896.[19][20][21]
Le Liber Pontificalis : la notice brève
La notice du Liber Pontificalis tient en quelques lignes, dans l'édition critique de Louis Duchesne, t. II, p. 228.[22][23] Elle dit que Boniface est romain (natione Romanus), qu'il siégea quinze jours, qu'il mourut frappé de la maladie de la goutte (podagrico morbo correptus), et qu'il fut enseveli au portique des papes de l'ancienne basilique Saint-Pierre.[24][25] Le nom de son père — Hadrien, évêque d'un siège inconnu — ne vient pas de cette notice, qui le dit seulement romain : c'est la tradition historienne qui le rapporte.[26]
Cette notice est précieuse pour deux raisons. Elle est rédigée à une date proche, dans le cercle même de la curie romaine du Xe siècle. Et elle ne cherche pas à glorifier Boniface : la sobriété même de sa mémoire confirme la crédibilité du texte.
« Boniface, romain de naissance, siégea quinze jours. Frappé par la maladie de la goutte, il fut enseveli au portique des papes. » — Liber Pontificalis, notice Bonifatius VI, éd. Duchesne, t. II, p. 228 (traduction d'après les extraits latins — natione Romanus, podagrico morbo correptus, in porticu pontificum — cités par Treccani)[27][28]
Treccani : le portrait moderne
La notice de Paolo Bertolini dans l'Enciclopedia dei Papi est aujourd'hui la synthèse savante la plus utile.[29] Elle rappelle le passé tumultueux du futur pape, ses deux dépositions comme sous-diacre puis comme prêtre pour conduite immorale, sa réintégration ultérieure dans le clergé, et la présence allemande à Rome au moment de son élection, avec un gouverneur allemand nommé Faroldo agissant au nom d'Arnulf, la ville étant tenue par des garnisons impériales.
Treccani souligne aussi que, d'après les actes du concile romain de 898 — constitution III dans la numérotation qu'il suit —, ce prêtre aux antécédents douteux « fu eletto a furor di popolo nel corso di una sommossa » (texte vérifié au mot près le 4 octobre 2026) : élection donc juridiquement irrégulière.[30] La condamnation rétrospective n'est pas une coloration polémique tardive ; elle figure dans la documentation conciliaire conservée pour ce synode.
Catholic Encyclopedia et notices anglo-saxonnes
La notice de Thomas Oestreich dans la Catholic Encyclopedia de 1907, reprise par New Advent, donne la formulation la plus diffusée en langue anglaise : Boniface est un Romain, élu en 896 par la faction romaine dans un tumulte populaire pour succéder à Formose, deux fois déposé comme sous-diacre puis comme prêtre, et son élection est déclarée nulle par le concile romain de 898 sous Jean IX.[31]
L'article propose aussi la double tradition sur sa mort : soit la podagre conformément au Liber Pontificalis, soit une éviction violente par le parti spolétain désireux d'installer Étienne VI. Les notices ultérieures de Britannica et Encyclopedia.com reprennent cette structure.[32]
Avant le pontificat : un sous-diacre deux fois déposé
Un Romain fils d'évêque
Le Liber Pontificalis présente Boniface comme natione Romanus, romain de naissance.[33] La tradition historienne, reprise par Treccani, ajoute qu'il était fils d'un évêque nommé Hadrien, dont le siège exact n'est pas identifié.[34] La mention paternelle est significative : elle situe le futur pape dans un milieu clérical, où la transmission de fonctions ecclésiastiques de père à fils n'était pas encore strictement interdite à la fin du IXe siècle, malgré les rappels disciplinaires anciens.
Le célibat sacerdotal latin n'a pas été imposé d'un seul coup. La bascule disciplinaire décisive vient des conciles du Latran : Latran I (1123, can. 21) interdit aux clercs majeurs le mariage et la cohabitation, puis Latran II (1139, can. 7) déclare invalides les mariages contractés par les clercs après leur ordination ; le concile de Trente (1545-1563) ne fera que réaffirmer cette discipline. Le cas Boniface VI illustre, parmi beaucoup d'autres, l'écart entre l'idéal canonique et la pratique romaine du IXe siècle.
La première déposition comme sous-diacre
Toutes les sources concordent sur un point : Boniface a été déposé deux fois avant son élection comme pape, et chaque fois pour motif d'immoralité de la conduite, c'est-à-dire pour faute personnelle grave dans l'ordre des mœurs.[35][36][37]
La première fois, il était sous-diacre : un ordre mineur, en dessous du diaconat, qui imposait déjà à Rome la continence ecclésiastique et un certain état de vie. Une déposition à ce niveau signifie deux choses : la perte juridique de l'ordre reçu et le retour à l'état laïc, avec un opprobre canonique. Les détails du fait n'ont pas été conservés ; les notices ne précisent pas le nom du pape ou de l'autorité qui a prononcé la sentence.
La seconde déposition comme prêtre
Le second épisode est plus grave. Boniface est réintégré dans le clergé, fait l'objet d'une ordination jusqu'au presbytérat, puis à nouveau déposé pour conduite immorale. Encyclopedia.com précise que cette suspension porte précisément sur sa conduite non digne, et qu'il n'avait pas été canoniquement réintégré au moment de son élection comme pape.[38]
C'est ce point qui scellera juridiquement la sentence de Jean IX en 898. Une élection au pontificat suppose, comme préalable minimal, la jouissance régulière des ordres ecclésiastiques. Or Boniface, au moment du 11 avril 896, est canoniquement encore frappé par la seconde déposition.
« he had been twice suspended, as a subdeacon and again as a priest, because of unworthy conduct, and had not been canonically reinstated. » — A. J. Ennis, notice « Boniface VI, Pope », New Catholic Encyclopedia (texte original anglais ; traduction : « avant son élection, il avait été suspendu deux fois, comme sous-diacre puis comme prêtre, pour conduite indigne, sans avoir été canoniquement réintégré »)[39]
Que signifie la déposition des ordres au IXe siècle
La formule latine sous-jacente est depositio ab ordine : déposition de l'ordre. Elle ne signifie pas simplement la perte d'une fonction administrative. Elle implique un acte juridique de l'autorité ecclésiastique qui retire au clerc l'exercice et la dignité de son ordre, et dont les effets durent jusqu'à une réintégration canonique prononcée par une autorité compétente.
La pratique romaine du IXe siècle prévoyait :
- une enquête sur les faits, parfois sommaire ;
- une déclaration de l'évêque ou d'un synode ;
- la perte des bénéfices ecclésiastiques attachés à l'ordre ;
- l'interdiction d'exercer publiquement les fonctions liées à l'ordre déposé ;
- la nécessité, pour revenir au ministère, d'un acte explicite de réintégration.
Sans ce dernier acte, le clerc reste juridiquement comme s'il n'avait pas l'ordre concerné. Le concile de 898 ne fait que rappeler cette discipline. Il ne crée pas la règle ; il l'applique à un cas qui l'avait spectaculairement bafouée.
Avril 896 : Rome après la mort de Formose
Le pontificat-poudrière de Formose
Le pontificat de Formose (891-896) avait été l'un des plus tendus du IXe siècle. Ancien missionnaire en Bulgarie sous Nicolas Iᵉʳ, évêque de Porto, puis cardinal-évêque dans des conditions juridiquement contestées par ses adversaires, il avait à la fois consolidé la position romaine en Orient et créé contre lui une opposition durable au sein du clergé.[40]
Sa politique avait basculé en faveur du roi de Germanie Arnulf de Carinthie, contre la maison spolétaine de Lambert et de sa mère Ageltrude, qu'il avait pourtant couronnés avant lui. Ce double jeu, jugé prudent par Formose, fut perçu comme une trahison par Spolète.
Le couronnement d'Arnulf de Carinthie en février 896
En février 896, Arnulf arrive à Rome à la tête d'une armée. Il enlève la ville à Ageltrude le 21 février et, le lendemain, Formose le couronne empereur romain dans la basilique Saint-Pierre.[41] L'acte est solennel ; il scelle l'alliance ouverte entre Rome et les Carolingiens orientaux contre la maison de Spolète.
Arnulf marche aussitôt contre Spolète, mais en route il est frappé de paralysie et doit interrompre la campagne. L'effondrement physique de l'empereur laisse la péninsule italienne dans un état d'équilibre instable : Spolète conserve ses forces, Rome ne sait plus sur quel protecteur compter, et la garnison germanique est commandée à distance par un Arnulf hors d'état d'agir.[42]
La mort de Formose le 4 avril 896
Formose meurt le 4 avril 896, six semaines après le couronnement d'Arnulf. Sa disparition crée un vide à Rome au moment le plus dangereux possible : la cité est encore occupée par les troupes carolingiennes, mais sans leur empereur capable d'imposer son arbitrage ; le parti spolétain attend une revanche ; et le clergé romain est divisé entre formosiens et antiformosiens, entre partisans d'une fidélité à Arnulf et partisans d'une réconciliation avec Lambert.
Faroldo, le gouverneur allemand à Rome
Treccani signale qu'au moment de l'élection de Boniface VI, Rome est administrée par un gouverneur allemand nommé Faroldo, agissant au nom d'Arnulf et appuyé par des garnisons impériales.[43] Cette présence militaire allemande est une donnée majeure du dossier : elle explique pourquoi le parti spolétain ne peut pas s'imposer immédiatement et pourquoi une élection populaire, rapide et romaine peut prendre forme en dehors des grands clans habituels.
L'élection d'un Romain comme Boniface, deux fois déposé, sans grande figure aristocratique derrière lui, est compatible avec une situation de vide d'autorité : aucun parti n'a la force d'imposer son propre candidat, et la pression populaire emporte la décision.
Spolète contre Arnulf
Cette tension de fond ne se résoudra pas en avril. Elle continuera à structurer la papauté pendant des années. Étienne VI, élu le 22 mai 896, sera explicitement présenté comme le candidat de la faction spolétaine, et son acte le plus tristement célèbre, le Synode du cadavre de janvier 897, sera une vengeance posthume contre Formose, au profit de Lambert et d'Ageltrude.[44]
Boniface VI s'inscrit donc dans une séquence stratégique : Formose, le pape carolingien ; Boniface VI, le pape transitoire élu dans l'émeute ; Étienne VI, le pape spolétain. Les quinze jours d'avril 896 sont un sas, pas un règne.
L'élection populaire du 11 avril 896
Une élection « a furor di popolo »
Treccani retient, en renvoyant aux actes du concile romain de 898 (constitution III dans la numérotation qu'il suit), la formule décisive : Boniface VI a été élu a furor di popolo, dans la fureur du peuple, au cours d'une émeute.[45] Le terme est juridique : il qualifie une élection irrégulière, non précédée d'une convocation canonique du clergé, non encadrée par une procédure stable, et où la pression d'une foule remplace la consultation des électeurs ecclésiastiques compétents.
Pour la discipline romaine ancienne, l'élection pontificale supposait la convocation du clergé, l'accord du presbyterium, l'avis des évêques voisins, et la reconnaissance du peuple — non l'inverse. Un acclamation populaire pouvait participer à l'élection ; elle ne pouvait pas la constituer seule.
Quel parti a fait élire Boniface ?
Les sources divergent sur ce point. Encyclopedia.com indique que le groupe de Lambert de Spolète a poussé l'élection, ce qui correspondrait à un compromis tactique : sortir le Siège vacant le plus vite possible avant qu'Arnulf ne reprenne le contrôle.[46] Treccani évite cette identification trop nette et présente plutôt une élection dans le vide laissé par l'absence d'Arnulf, sous la pression mêlée du peuple et de partis non identifiés avec précision.[47]
Une lecture prudente est possible : Boniface n'apparaît dans aucune source comme un homme du parti spolétain ; mais son élection rapide a probablement convenu à tous les acteurs qui voulaient un pape immédiatement. Un sous-diacre déposé, sans clan puissant, présentait l'avantage d'apaiser les tensions immédiates sans engager Rome dans une direction politique claire.
L'illégalité canonique de fond
L'irrégularité ne tient pas seulement au mode tumultueux de l'élection. Elle tient surtout à l'état canonique du candidat. Un homme deux fois canoniquement déposé, et non réintégré, ne peut pas être validement élu à l'évêché de Rome. Cette règle est ancienne dans la tradition latine et n'a rien d'une invention de Jean IX en 898.
Le concile de 898 articulera donc deux griefs cumulatifs :
- furor populi : élection sans procédure régulière ;
- defectus canonicus : élection d'un clerc canoniquement empêché.
C'est la combinaison des deux qui rend la décision conciliaire inévitable.
Quinze jours sur le Siège de Pierre
Que sait-on de ses actes ?
Rien, ou presque. Les Regesta Pontificum Romanorum de Philipp Jaffé, recueil standard des actes pontificaux médiévaux, ne mentionnent aucune lettre, aucune charte, aucun privilège délivré par Boniface VI pendant son court règne.[48] L'absence n'est pas un argument définitif — les pièces peuvent avoir été détruites — mais elle confirme l'impression générale : ce pontificat de quinze jours n'a laissé aucune trace administrative durable.
Cette stérilité est cohérente avec le contexte. La curie romaine est paralysée. Les fonctions sont assurées par routine. Et la santé du pape s'effondre rapidement après son élection.
La maladie de la goutte
Le Liber Pontificalis précise que Boniface meurt podagrico morbo correptus, frappé par la maladie de la goutte.[49][50] La podagre, dans le vocabulaire médical ancien, désigne une forme aiguë de goutte localisée au pied, avec des complications systémiques possibles. Au IXe siècle, sans traitement efficace, une crise aiguë chez un homme déjà âgé pouvait provoquer une décompensation rénale ou cardiaque rapide.
L'âge exact de Boniface VI au moment de son élection n'est pas connu : le Liber Pontificalis, muet sur sa naissance, ne retient que la cause de sa mort, podagrico morbo correptus.[51] Le site Aleteia, dans une enquête sur les papes les plus âgés au moment de leur élection (Philip Kosloski, 25 avril 2025), affirme pour sa part, au mot près, qu'il « was elected when he was 90 years old », sans citer de source primaire à l'appui.[52]
Mort naturelle ou élimination violente ?
La double tradition rapportée par la Catholic Encyclopedia est célèbre :
« Après un pontificat de quinze jours, il mourut, dit-on, de la goutte selon les uns, ou fut chassé de force pour faire place à Étienne VI, candidat du parti spolétain, selon les autres. » — Thomas Oestreich, Catholic Encyclopedia, vol. 2, 1907 (traduction ; texte original anglais en note)[53]
Le Liber Pontificalis retient seulement la podagre, ce qui penche pour une mort naturelle. Britannica et Encyclopedia.com mentionnent l'hypothèse alternative de l'élimination violente comme une lecture polémique secondaire.[54]
L'historiographie moderne reste prudente. Aucune preuve documentaire ne soutient l'éviction physique ; la concordance des dates (mort le 26 avril, élection d'Étienne VI le 22 mai) laisse même un intervalle d'environ un mois qui n'évoque pas une succession précipitée par la force. La lecture la plus vraisemblable est celle du Liber Pontificalis : mort naturelle par crise aiguë de podagre. La tradition de l'éviction violente reflète probablement l'atmosphère politique tendue de l'époque, projetée sur un événement plus banal.
La sépulture au portique des papes
Boniface VI est enseveli au portique des papes de l'ancienne basilique Saint-Pierre du Vatican.[55][56] Cet atrium d'entrée, situé devant la nef, abritait depuis le VIIe siècle un ensemble de tombeaux pontificaux. La sépulture y était un signe de reconnaissance ecclésiale : Boniface est inhumé comme un pape, et non comme un usurpateur.
Cette décision est importante. Si Rome avait alors considéré son élection comme totalement nulle, l'inhumation au portique pontifical aurait été problématique. Que Boniface y soit enseveli montre que, dans le moment même, on le tient pour un pape réel, quitte à laisser à un concile ultérieur le soin de juger la régularité de son élection.
L'épitaphe fragmentaire
Treccani signale qu'un fragment d'épitaphe de Boniface VI subsiste dans l'atrium de l'ancienne basilique vaticane : Mallio atteste en avoir lu le texte, dont il ne reste qu'un fragment mal transmis, restitué sous forme émendée par G. B. de Rossi et attribuable à Boniface VI, dont la tombe se trouvait dans l'atrium d'entrée.[57] Le texte conservé est trop court pour fournir une biographie spirituelle, mais sa seule existence atteste à nouveau la reconnaissance officielle de son statut pontifical à l'époque même de sa mort.
Ce fragment d'inscription est l'une des très rares traces matérielles directes du pontificat. Avec la notice du Liber Pontificalis, il forme la base documentaire la plus solide pour penser Boniface VI sans s'égarer dans les reconstitutions tardives.
Après Boniface VI : Étienne VI et le Synode du cadavre
L'élection d'Étienne VI le 22 mai 896
Boniface VI mort le 26 avril 896, le Siège romain est vacant moins d'un mois avant l'élection d'Étienne VI, le 22 mai 896. Wikipedia note explicitement que les circonstances de son élection ne sont pas claires, mais qu'il est soutenu par l'une des puissantes familles romaines, les ducs de Spolète.[58] La séquence politique est désormais inversée : la faction qui avait été marginalisée sous Formose reprend la main.
Étienne VI gouvernera de mai 896 à août 897, soit un peu plus de quinze mois.[59] Son pontificat sera marqué par l'acte le plus tristement célèbre du saeculum obscurum.
Le Synode du cadavre en janvier 897
Le Synode du cadavre se tient à la basilique Saint-Jean-de-Latran en janvier 897. Étienne VI fait exhumer le corps de Formose, mort depuis environ neuf mois. Le cadavre est habillé des vêtements pontificaux, placé sur un trône, et un diacre est chargé de répondre pour lui pendant le procès posthume.[60][61]
Formose est accusé de trois griefs : violation du droit canonique par transmission d'un siège épiscopal, parjure et exercice de fonctions épiscopales en tant que laïc. Le tribunal le déclare coupable. Sa papauté est rétroactivement annulée, ses ordinations invalidées. Le corps est dépouillé des vêtements pontificaux, trois doigts de la main droite — les doigts de bénédiction — sont coupés, puis le cadavre est jeté dans le Tibre.[62]
La chute d'Étienne VI en juillet-août 897
Le scandale du Synode du cadavre provoque une réaction immédiate. Une révolte romaine éclate. Étienne VI est déposé, emprisonné, et étranglé dans sa prison en juillet ou août 897.[63][64] La séquence qui avait commencé avec Boniface VI s'achève dans la violence pour son successeur.
Trois papes brefs se succèdent ensuite : Romain (août-novembre 897), Théodore II (novembre-décembre 897), puis Jean IX à partir de janvier 898.
Théodore II et la première réhabilitation de Formose
Théodore II, pape en décembre 897 pour un règne d'environ vingt jours, tient un premier synode qui annule le jugement du Synode du cadavre et fait réinhumer Formose à Saint-Pierre.[65] Cette première décision est confirmée et amplifiée par Jean IX l'année suivante.
Le concile romain de 898 sous Jean IX
Une réparation systématique
Jean IX convoque, dès son élection en janvier 898, deux synodes successifs : un à Rome, l'autre à Ravenne.[66][67] Leur objectif est triple : réhabiliter définitivement Formose, condamner le Synode du cadavre, et réorganiser les règles électorales pour empêcher la répétition de ce qui s'est passé en avril 896.
Le synode romain de 898 :
- déclare nul le jugement contre Formose ;
- ordonne la destruction de tous les actes du Synode du cadavre ;
- restaure dans leurs fonctions les clercs déposés par Étienne VI ;
- excommunie sept cardinaux qui avaient pris part au procès posthume ;
- interdit à l'avenir tout procès intenté à un mort ;
- tire la leçon disciplinaire de 896 : empêcher le retour des élections arrachées par la violence — le synode de Ravenne décrète des mesures contre les violences généralisées, mais aucun canon électoral précis visant les furores populi n'est attesté dans les actes conservés ; c'est une visée probable, non une décision établie.[68][69]
L'annulation de l'élection de Boniface VI
C'est dans ce cadre que le concile prononce la nullité de l'élection de Boniface VI.[70][71] La décision n'est pas une simple condamnation morale : elle vise précisément le défaut canonique objectif. Boniface, deux fois déposé sans réintégration régulière, ne pouvait être validement élu pape.
L'acte conciliaire qualifie aussi l'élection de tumultueuse, a furor di popolo selon la formulation rapportée par Treccani. Il distingue donc deux ordres de nullité : le défaut sur la personne et le défaut sur la procédure. Cette distinction est juridiquement précieuse : elle évite de réduire la sentence à une attaque ad hominem et la fonde sur la discipline ecclésiastique.
Pourquoi Boniface VI reste pourtant dans la liste pontificale
Si le concile de 898 a déclaré son élection nulle, pourquoi Boniface VI figure-t-il aujourd'hui comme 112e pape dans la liste officielle du Saint-Siège ?[72] La réponse est à la fois historique et théologique.
| Question | Position trop forte | Position trop faible | Position juste |
|---|---|---|---|
| Statut canonique de Boniface VI | Pape parfaitement légitime, à honorer comme saint | Faux pape jamais inscrit dans aucune liste | Pape réel mais canoniquement irrégulier, jamais honoré liturgiquement |
| Portée du concile de 898 | Effacement total du pontificat | Décision purement disciplinaire sans valeur historique | Annulation juridique de l'élection, sans réécriture rétroactive de la chronologie |
| Inscription dans la liste actuelle | Reconnaissance pleine de tous ses actes | Inscription tardive sans fondement | Inscription par souci de continuité visible, fondée sur la sépulture pontificale et la mémoire ecclésiale |
L'Église romaine n'a jamais cherché à effacer Boniface VI de la chronologie pontificale. Elle a fait quelque chose de plus subtil : maintenir le fait historique de son élection et de son inhumation comme pape, tout en refusant d'en tirer une reconnaissance positive de la régularité de son élection. C'est une distinction entre la chronologie visible et la légitimité canonique que la tradition catholique a souvent utilisée pour traiter les cas limites — antipapes, élections contestées, démissions ambiguës.
Lecture spirituelle et doctrinale
Un pape doctrinalement neutre, canoniquement irrégulier
L'un des points décisifs du dossier Boniface VI est que rien ne touche à la doctrine. Aucune définition dogmatique, aucune encyclique, aucune décision liturgique n'a été promulguée pendant les quinze jours d'avril 896. Le défaut porte uniquement sur le mode de l'élection et sur la personne de l'élu, jamais sur la foi.
Cette neutralité doctrinale est providentielle. Elle a permis à l'Église de gérer la crise comme une affaire disciplinaire et chronologique, sans jamais avoir à statuer sur la valeur d'un acte magistériel produit dans des conditions irrégulières. Le saeculum obscurum aurait pu causer beaucoup plus de dégâts si l'un de ses pontificats fragiles avait, par exemple, promulgué une définition dogmatique douteuse.
Une leçon sur le besoin de règles électorales
Le dossier Boniface VI et l'ensemble de la séquence 896-898 ont, en réalité, accéléré la prise de conscience romaine : l'élection pontificale doit être soustraite à la pression populaire, aux factions urbaines et aux ambitions familiales. Les décrets de 898 vont dans ce sens par leurs mesures contre la violence et la réparation des élections viciées, sans livrer toutefois de canon électoral précis. Mais il faudra deux siècles pour aboutir à une vraie réforme : le décret de Nicolas II de 1059 réservant l'élection aux cardinaux, prolongé par les conclaves médiévaux et modernes.
L'humilité historique consiste à reconnaître que Rome n'a pas inventé le conclave d'un coup, sous inspiration directe ; elle l'a forgé par essais, échecs, scandales et apprentissages. Boniface VI fait partie des leçons.
La continuité de la chaire de Pierre dans la tempête
Théologiquement, le cas Boniface VI illustre une thèse simple et forte. La chaire demeure même quand son occupant momentané est indigne, parce qu'elle ne dépend ni de la régularité humaine de la procédure électorale ni de la sainteté de l'élu. Elle repose sur une promesse explicite du Christ à Pierre, transmise par l'évangile selon saint Matthieu.
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » — Évangile selon saint Matthieu, 16, 18[73]
Cette doctrine est constamment affirmée par la tradition catholique : la promesse pétrinienne est attachée au siège, à la fonction, à la succession, non à la sainteté individuelle de chaque titulaire. Saint Augustin l'avait déjà rappelé contre les Donatistes pour les sacrements : la validité de l'acte ne dépend pas de la sainteté du ministre. La papauté n'est pas un mérite ; elle est un service confié.
« Là où est Pierre, là est l'Église ; et là où est l'Église, il n'y a pas la mort, mais la vie éternelle. » — Saint Ambroise de Milan, Commentaire sur le Psaume 40[74]
Cette parole, qui sera reprise par toute la tradition latine sur la primauté romaine, ne signifie pas que tout pape vit ce service dans la sainteté. Elle signifie que la chaire de Pierre est, par institution divine, le lieu visible de l'unité catholique, quelles que soient les misères de ses occupants.
Objections et réponses
« Boniface VI prouve-t-il que la papauté n'est qu'une affaire politique ? »
Non. Il prouve que la papauté est, comme toute institution humaine inscrite dans l'histoire, exposée aux conflits politiques. La différence est de taille. Une affaire purement politique n'aurait laissé subsister ni la chaire ni la mémoire ; une institution divine, elle, absorbe les crises sans disparaître.
Le saeculum obscurum est précisément le test le plus dur de cette résistance. La papauté en sort affaiblie mais continue. Elle ne disparaît pas, elle ne se désintègre pas, et un siècle plus tard, sous les réformateurs grégoriens, elle reprendra une discipline électorale et morale stricte. Le contre-test serait une institution simplement politique : aucune n'a survécu à de telles épreuves en gardant sa structure.
« Si son élection était nulle, comment reste-t-il dans la liste ? »
Parce que l'Église catholique distingue, dans son traitement des cas limites, l'effet juridique d'une décision conciliaire et la chronologie visible de la succession apostolique. Le concile de 898 a déclaré l'élection nulle ; il n'a pas demandé d'effacer Boniface VI des chronologies pontificales ni de gommer son inhumation au portique des papes.
Le Saint-Siège, en maintenant Boniface VI dans la liste officielle, ne dit pas qu'il est un pape exemplaire. Il dit qu'il est un fait historique de la chaire de Pierre. C'est la même prudence qui maintient la mémoire de papes peu glorieux du IXe et du Xe siècle, sans pour autant les présenter comme des modèles.
« Baronius l'a appelé "monstrum" : faut-il garder cette dureté ? »
Le grand annaliste Cesare Baronio (1538-1607) a effectivement qualifié Boniface VI de monstrum (monstre dégoûtant) et l'a accusé d'adultère et d'homicide.[75] Ces accusations sont reprises de la tradition polémique post-tridentine et n'ont pas de source primaire directe pour étayer les chefs précis.
La prudence historique consiste à retenir le fait certain — les deux dépositions pour conduite indigne — et à ne pas en surcharger les détails. Les sources primaires parlent d'immoralité au sens large, non d'homicide. Réintégrer ces accusations sans les sourcer ferait perdre à l'article catholique sa rigueur sans gain spirituel : la sentence du concile de 898 suffit largement à justifier la condamnation canonique.
« Le concile de 898 rend-il sa pénitence vaine ? »
Cette question est plus délicate. Le concile statue sur la régularité juridique de l'élection, non sur le salut éternel de Boniface VI. Il dit que son élection était canoniquement nulle ; il ne dit pas que l'homme est damné. Un pécheur réintégré, ou non réintégré canoniquement, peut toujours mourir réconcilié avec Dieu dans le secret de son cœur.
La tradition catholique laisse à la miséricorde divine le jugement du for intérieur. L'historien ne dispose d'aucun élément sur les dispositions de Boniface VI au moment de sa mort. L'épitaphe fragmentaire conservée à Saint-Pierre, comme la sépulture au portique pontifical, témoignent au moins que Rome ne l'a pas tenu pour irrémédiablement perdu.
Chronologie
- avant 896Carrière cléricale tumultueuse
- 21-22 février 896Couronnement d'Arnulf de Carinthie
Formose couronne empereur le roi de Germanie Arnulf à Saint-Pierre, scellant l'alliance avec les Carolingiens orientaux contre Spolète.[78]
- 4 avril 896Mort du pape Formose
- 11 avril 896Élection populaire de Boniface VI
- 11-26 avril 896Quinze jours de pontificat
- 26 avril 896Mort et sépulture
Boniface meurt frappé par la podagre selon le Liber Pontificalis ; éviction violente par le parti spolétain selon une tradition concurrente ; inhumation au portique des papes de l'ancienne basilique Saint-Pierre.[85][86][87]
- 22 mai 896Élection d'Étienne VI
Étienne VI, candidat du parti spolétain, succède à Boniface VI.[88]
- janvier 897Synode du cadavre
Étienne VI exhume le corps de Formose, l'habille des vêtements pontificaux, l'accuse d'irrégularité ecclésiale ; le cadavre est mutilé puis jeté au Tibre.[89]
- juillet-août 897Chute d'Étienne VI
- décembre 897Théodore II réhabilite Formose
Théodore II tient un premier synode annulant le jugement contre Formose et ordonne sa réinhumation.[92]
- 898Concile romain de Jean IX
Pour aller plus loin
- Pape Formose — prédécesseur immédiat, dont la mort le 4 avril 896 ouvre la crise romaine où Boniface VI est élu.
- Pape Étienne VI — successeur ; pape du Synode du cadavre, candidat du parti spolétain.
- Pape Jean IX — pape qui réhabilite Formose et annule l'élection de Boniface VI au concile romain de 898.
- Synode du cadavre — procès posthume de Formose en janvier 897 ; tournant dramatique de la papauté du saeculum obscurum.
- Saeculum obscurum — la période la plus sombre de la papauté médiévale, dont avril 896 est l'un des seuils.
- Pape saint Boniface IV — pour comparer un pontificat carolingien fort et un pontificat romain effondré.
- Pape Nicolas II — pour la réforme grégorienne du droit électoral pontifical de 1059, qui résout en partie les problèmes ouverts en 896.
- Ancienne basilique Saint-Pierre — pour situer le portique des papes où Boniface VI fut enseveli.
Notes et sources
Notes et références
Paolo Bertolini, "Bonifacio VI", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 2000 : origine romaine, fils de l'évêque Hadrien ; passé tumultueux marqué par deux dépositions et réductions à l'état laïc, comme sous-diacre puis comme prêtre, pour conduite immorale ; consécration pontificale très probablement le 11 avril 896 ; élection a furor di popolo selon les actes du concile romain de 898 ; Rome alors « retta allora in nome di Arnolfo re di Germania da un governatore tedesco, Faroldo, e presidiata dalle truppe imperiali » (texte vérifié au mot près le 4 octobre 2026) ; pontificat de quinze jours ; mort podagrico morbo correptus ; sépulture in porticu pontificum, c'est-à-dire dans le quadriportique de l'ancienne basilique Saint-Pierre, où Mallio atteste avoir lu l'épitaphe dont il ne reste qu'un fragment mal transmis, restitué sous forme émendée par G. B. de Rossi (Inscriptiones Christianae urbis Romae, t. II, Rome, 1888, n° 31, p. 207) et attribuable à Boniface VI. Seconde voie Treccani, Enciclopedia Italiana (1930), notice « Bonifacio VI papa » : élection « alla presenza di Faroldo, rappresentante dell'imperatore Arnolfo » (texte vérifié au mot près le 4 octobre 2026). Actes du concile romain de 898 cités par cette notice (constitution III) : édition J. D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XVIII, Venise, 1773, col. 223 s. — référence donnée par Treccani lui-même en bibliographie de la notice (les actes du synode ravennate de 898 figurent au même tome, col. 221). URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/bonifacio-vi_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/.
1 3 11 15 16 20 24 26 28 29 30 34 36 43 45 47 50 55 57 76 80 82 87Saint-Siège, fiche officielle "Bonifacio VI" : 112e pape de l'Église catholique, naissance romaine, avec pour seule date le 26 avril 896 (page contrôlée le 8 octobre 2026, versions italienne et anglaise : « 112° Papa della Chiesa Cattolica » / « 112th Pope of the Catholic Church », « Inizio pontificato 26.IV.896 » / « Beginning Pontificate 26.IV.896 », « Nascita Romano » / « Rome » ; pas de 11 avril, pas de champ de fin de pontificat). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/it/holy-father/bonifacio-vi.html.
2 18 19 72 81Thomas Oestreich, "Pope Boniface VI", The Catholic Encyclopedia, vol. 2, Robert Appleton Company, New York, 1907 ; page New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/02661b.htm (texte anglais vérifié au mot près le 4 octobre 2026). Texte original anglais verbatim : "A Roman, elected in 896 by the Roman faction in a popular tumult, to succeed Formosus. He had twice incurred a sentence of deprivation of orders, as a subdeacon and as a priest. At the Council of Rome, held by John IX in 898, his election was pronounced null. After a pontificate of fifteen days, he is said by some to have died of the gout, by others to have been forcibly ejected to make way for Stephen VI, the candidate of the Spoletan party." Les deux citations françaises du corps de l'article sont des traductions de ce texte. Références citées par la notice : Liber Pontificalis (éd. Duchesne), II, p. 228 ; Duchesne, Les premiers temps de l'État pontifical, 2e éd., Paris, 1904, p. 299 ; Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, I, p. 439 ; Jungmann, Dissertationes, IV, p. 22.
4 9 10 22 31 35 48 53 70 83 86 94Liber Pontificalis, notice "Bonifatius VI", éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis : texte, introduction et commentaire, t. II, Paris, Ernest Thorin, 1892, p. 228 : Boniface, romain de naissance (natione Romanus), siège quinze jours, meurt frappé par la maladie de la goutte (podagrico morbo correptus), inhumé au portique de Saint-Pierre (in porticu pontificum). La notice ne nomme pas son père : le nom d'Hadrien, évêque de siège inconnu, vient de la tradition historienne (Treccani/Bertolini). Édition critique standard de référence pour la notice. La traduction française citée dans le corps de l'article est établie d'après les extraits latins cités par Treccani.
5 23 27 33 49 51 84 85A. J. Ennis, "Boniface VI, Pope", New Catholic Encyclopedia, repris par Encyclopedia.com : dates 11-26 avril 896, fils d'Adrian évêque, contexte de lutte Arnulf/Lambert de Spolète, élection populaire dans les tumultes, suspension deux fois comme sous-diacre et comme prêtre pour conduite indigne sans réintégration canonique, mort de la goutte, sépulture au portique des papes du Vatican, synode romain de Jean IX (898) déplorant son élection. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/boniface-vi-pope.
6 12 17 25 32 37 38 39 46 54 56 71 77Horace K. Mann, "Pope John IX", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1910 (New Advent) : « held several synods in Rome and elsewhere (898). In them the ghastly synod of Stephen (VI) VII was condemned, and its Acts were burnt. Re-ordinations were forbidden, and those of the clergy who had been degraded by Stephen were restored to the ranks from which he had deposed them » ; « A synod which John held at Ravenna decreed that steps should be taken to put an end to the deeds of violence which were being perpetrated everywhere » (textes vérifiés au mot près). URL : https://www.newadvent.org/cathen/08425a.htm.
7 66 68Wikipedia, article "Cadaver Synod" : procès posthume de Formose en janvier 897, basilique Saint-Jean-de-Latran ; corps habillé des vêtements pontificaux ; trois doigts de bénédiction coupés ; cadavre jeté dans le Tibre ; révolte populaire ; chute d'Étienne VI ; réhabilitation de Formose par Théodore II en décembre 897 ; conciles de Rome et de Ravenne de Jean IX en 898 : annulation du jugement, destruction des actes, restauration des clercs déposés, excommunication des sept cardinaux qui avaient siégé, interdiction de tout procès posthume, annulation de l'élection de Boniface VI. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Cadaver_Synod.
8 60 62 63 65 67 69 89 90 92 93Wikipedia, article "Pope Formosus" : politique formosienne ; ambassade de 893 demandant à Arnulf de libérer l'Italie ; emprisonnement de Formose au Castel Sant'Angelo par Lambert et Ageltrude ; arrivée d'Arnulf à Rome le 21 février 896, prise de la ville sur Ageltrude, couronnement impérial à Saint-Pierre le lendemain ; paralysie d'Arnulf sur le chemin du retour ; mort de Formose le 4 avril 896 ; vengeance posthume orchestrée par Lambert avec Étienne VI dans le Synode du cadavre. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Formosus.
13 14 40 41 42 78 79La variante 4–19 avril 896 figure notamment dans la liste générale des papes de Wikipedia (édition consultée en octobre 2026 : « 4 April 896 – 19 April 896 »), qui compte quinze jours à partir de la mort de Formose ; elle est reprise par de nombreux recueils généralistes. La chronologie moderne — Treccani/Bertolini (« con ogni probabilità l'11 aprile » pour la consécration) — retient 11–26 avril 896, datation suivie dans cet article ; la fiche du Saint-Siège, elle, n'affiche que la date unique du 26 avril 896.
21Wikipedia, article "Pope Stephen VI" : élu pape le 22 mai 896, soutenu par la famille spolétaine ; pontificat du 22 mai 896 à août 897 ; Synode du cadavre de janvier 897 à Saint-Jean-de-Latran ; déposition par révolte populaire ; emprisonnement et strangulation à l'été 897. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Stephen_VI.
44 58 59 61 64 88 91Philip Kosloski, "Who was the oldest pope ever to be chosen by the Church?", Aleteia, 25 avril 2025 : « Pope Boniface VI was chosen to be the next pope when he was 90 years old and his pontificate is also one of the shortest in the history of the Church » ; dans le corps de l'article : « This might have been due to his old age, as he was elected when he was 90 years old. » Aucune source primaire n'est citée à l'appui de cet âge de 90 ans ; le Liber Pontificalis ne donne aucun âge. URL : https://aleteia.org/2025/04/25/who-was-the-oldest-pope-ever-to-be-chosen-by-the-church/.
52Évangile selon saint Matthieu, 16, 18 ; texte latin de la Vulgate clémentine : "Et ego dico tibi, quia tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam, et portae inferi non praevalebunt adversus eam." Traduction française : Bible de Jérusalem, éd. du Cerf, Paris, 1998. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 552-553, sur la promesse pétrinienne comme fondement de la primauté romaine et de la succession apostolique du Siège de Pierre.
73Saint Ambroise de Milan, Enarrationes in XII Psalmos Davidicos, Commentaire sur le Psaume 40, 30 : "Ubi ergo Petrus, ibi Ecclesia ; ubi Ecclesia, ibi nulla mors, sed vita aeterna." Texte latin dans Migne, Patrologia Latina, t. 14, col. 1082. Traduction française à partir de l'édition latine.
74Wikipedia, article "Pope Boniface VI" (consulté juin 2026) : père Hadrien évêque, sous-diacre ou prêtre avant l'élection, émeute romaine après la mort de Formose le 4 avril 896, double tradition (goutte ou éviction par les Spolétains), qualification posthume sévère de Cesare Baronio (disgusting monster, accusations d'adultère et d'homicide), synode de Jean IX en 898 déclarant son élection nulle. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Boniface_VI.
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