Pape Romain (Romanus) gouverne l'Église de Rome pendant quelques mois seulement, de la fin de juillet ou du début d'août 897 à novembre 897. Le Saint-Siège le donne comme le 114e pape de l'Église catholique, originaire de Gallese, avec un pontificat qui commence en juillet ou août 897 et s'achève en novembre de la même année.[1] Son nom français est inhabituel : il ne signifie pas simplement "un pape romain", mais traduit le nom propre latin Romanus.
Romain arrive au siège de Pierre dans l'une des séquences les plus sombres du haut Moyen Âge pontifical. Son prédécesseur, Étienne VI, vient d'être renversé et tué en prison après avoir fait juger le cadavre de Formose lors du Synode du Cadavre de janvier 897.[2][3] Le nouveau pape hérite donc moins d'un programme que d'une ville fracturée : partisans de Formose, adversaires de Formose, aristocratie romaine, mémoire impériale carolingienne et chancellerie pontificale se disputent la légitimité des actes récents.
Les sources contemporaines ne permettent pas d'écrire une grande biographie. Elles donnent cependant assez pour éviter la notice vide : Romain est fils de Constantin, né à Gallese, cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens avant son élection, et il émet au moins des documents de confirmation pour les Églises de Gérone, Elne et Grado.[4][5] Son pontificat devient ainsi un témoin bref mais précieux : même au coeur du chaos politique, la papauté continue d'exercer une administration ordinaire.
« De ce pape, on sait très peu de chose avec certitude. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia, notice « Pope Romanus » (traduit de l'anglais)[6]
Pourquoi Romain compte-t-il ?
Le pape d'un interstice violent
Romain n'a pas le poids doctrinal d'un Nicolas I, l'ampleur diplomatique d'un Jean VIII, ni même la portée réparatrice plus nette de son successeur Théodore II. Son importance vient de sa position. Il est le pape placé entre le jugement posthume de Formose par Étienne VI en janvier 897, suivi de la déposition puis de la mort violente d'Étienne VI en prison, et la réhabilitation formelle de Formose.
Ce bref interstice suffit à montrer que la crise formosienne ne fut pas un simple scandale isolé. Le Synode du Cadavre ne s'achève pas avec l'étranglement d'Étienne VI. Il continue dans les élections suivantes, dans les dépositions rapides, dans les annulations d'actes, puis dans les contre-annulations de Serge III. L'histoire de Romain oblige à regarder la papauté non comme une suite idéale de grands noms, mais comme une institution que Dieu conserve aussi à travers des hommes écrasés par des circonstances plus grandes qu'eux.
Un pontificat court, mais pas vide
Les notices anciennes et modernes sont sobres, mais elles ne disent pas "rien". Elles donnent trois dossiers administratifs : le pallium et le privilège de Grado, puis la confirmation des biens des sièges hispaniques de Gérone et Elne.[7][8] Ces actes se situent loin du vacarme romain : Adriatique, Catalogne, Septimanie. Ils rappellent que le pape, même assiégé par les factions de Rome, reste l'autorité sollicitée par des Églises périphériques.
Ce point est important pour une lecture catholique de l'histoire. Les crises romaines du IXe et du Xe siècle sont réelles, parfois affligeantes pour les fidèles, mais elles ne suppriment pas l'activité ecclésiale ordinaire : confirmations de droits, palliums, privilèges, rapports avec les diocèses, continuité de la chancellerie.
Un témoin de la survie institutionnelle
Romain ne définit aucun dogme, ne convoque aucun grand concile et ne laisse pas de texte théologique célèbre. C'est précisément pour cela qu'il est utile dans Ignispedia. Il montre que l'autorité pontificale ne dépend pas de la grandeur personnelle continue de chaque titulaire. Pendant quatre mois, la personne est faible, les sources sont pauvres, la politique romaine est marquée par les violences factionnelles ; pourtant, la succession de Pierre continue, les actes administratifs subsistent, et l'Église ne disparaît pas.
| Aspect | Ce que les sources attestent | Ce qu'il ne faut pas inventer |
|---|---|---|
| Origine | Gallese, près de Civita Castellana ; père Constantin | Une généalogie certaine avec Marin I |
| Carrière | Cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens | Un long programme pastoral documenté |
| Pontificat | Fin juillet/début août 897 à novembre 897 | Des dates de consécration au jour exact |
| Politique | Position probablement non antiformosienne, mais incertaine | Une grande réforme anti-Étienne VI prouvée |
| Actes | Gérone, Elne, Grado | Une annulation complète et formelle du Synode du Cadavre |
| Fin | Déposition probable ; habit monastique possible | Une mort certaine en fonction ou un martyre politique |
Les sources principales
Une documentation très mince
Le dossier de Romain est l'un des plus minces de la série pontificale médiévale. La fiche officielle du Saint-Siège donne seulement son numéro, son origine et les bornes générales du pontificat.[9] La Catholic Encyclopedia de 1912, rédigée par Horace K. Mann, insiste elle-même sur l'extrême pauvreté des certitudes : date de naissance inconnue, dates exactes de consécration et de mort inconnues, informations surtout administratives.[10]
La synthèse universitaire la plus utile est celle de Vito Loré dans l'Enciclopedia dei Papi et le Dizionario Biografico degli Italiani de Treccani. Elle rassemble les données connues, discute l'attitude de Romain face au parti formosien, et juge peu vraisemblable la nouvelle tardive selon laquelle il aurait prononcé lui-même des sentences contre Étienne VI.[11]
Les témoins anciens nommés
Treccani cite plusieurs témoins ou instruments critiques indispensables : le Liber Pontificalis édité par Louis Duchesne, les Regesta Pontificum Romanorum de Jaffé, l'appendice d'Auxilius en défense des ordinations de Formose, et le poème de Flodoard de Reims, De Christi triumphis apud Italiam, livre XII, chapitre 6.[12]
La présence d'Auxilius est significative. Ce prêtre, défenseur des ordinations formosiennes, écrit précisément dans le contexte de la querelle ouverte par le Synode du Cadavre. Il ne donne pas une "vie de Romain" complète ; il montre que les pontificats de 897 doivent se lire à l'intérieur d'une controverse canonique brûlante : les ordinations conférées par Formose étaient-elles valides malgré la condamnation posthume imposée par Étienne VI ?
La prudence de Mann et la correction de Treccani
Mann écrit au début du XXe siècle avec les instruments disponibles : Duchesne, Jaffé, son propre travail sur les papes du haut Moyen Âge. Il mentionne la possibilité que Romain ait été déposé, car la tradition dit qu'il "fut fait moine", formule qui peut désigner une déposition forcée.[13]
Treccani va plus loin dans la prudence. L'article de Vito Loré estime difficile de faire de Romain un pur antiformosien, parce qu'Étienne VI vient d'être renversé par le parti adverse, et parce que Romain vient de Gallese, comme Marin I, allié de Formose. Mais il juge aussi peu probable que Romain ait été le grand réparateur de la mémoire formosienne : cette action est beaucoup plus clairement attribuée à Théodore II.[14]
La bonne conclusion n'est donc pas : "Romain annula tout." Elle est plus fine : Romain fut probablement choisi dans un climat de réaction contre Étienne VI, mais il semble avoir été écarté parce qu'il ne régla pas assez vite ou assez fortement la question formosienne.
Le contexte : Rome après le Synode du Cadavre
Formose, Étienne VI et la blessure de 897
Le pontificat de Romain est incompréhensible sans le procès posthume de Formose. En janvier 897, Étienne VI fait exhumer le cadavre de son prédécesseur, le fait installer sur un siège de jugement, le condamne, annule ses actes et ses ordinations, puis fait jeter le corps dans le Tibre. L'affaire choque même une Rome habituée aux violences de factions.[15][16]
L'enjeu n'est pas seulement macabre. Si les ordinations de Formose sont invalides, alors des prêtres, des évêques, des actes de gouvernement et peut-être des successions locales deviennent suspects. La crise touche donc à la sacramentalité de l'ordre, à la stabilité canonique de l'Église et à la confiance dans la transmission hiérarchique.
La chute d'Étienne VI
Étienne VI ne survit pas longtemps à son geste. Des partisans de Formose se soulèvent, le déposent et il meurt étranglé en prison, probablement à l'été 897.[17][18] Romain est élu dans ce climat. On ne sait pas s'il est porté par un groupe déjà organisé ou par un compromis entre factions ; les sources contemporaines ne disent rien directement de son attitude politique.
Ce silence est lui-même une donnée. Au lieu d'un programme écrit, nous avons seulement des actes périphériques et quelques indices : son origine de Gallese, son lien possible avec les milieux proches de Marin I, sa déposition rapide, puis le fait que Théodore II lui succède et réhabilite plus explicitement Formose.
La question formosienne
La "question formosienne" comporte trois niveaux. D'abord un niveau personnel : Formose avait été accusé d'ambition, de translation illicite depuis Porto vers Rome, et de manoeuvres politiques. Ensuite un niveau canonique : les ordinations et actes d'un pape condamné post mortem peuvent-ils être annulés ? Enfin un niveau politique : quel parti romain contrôle le Latran après la chute d'Étienne VI ?
Romain semble coincé entre ces trois niveaux. S'il est trop proche d'Étienne, il devient inacceptable pour les formosiens. S'il réhabilite trop vite Formose, il risque de rallumer la faction adverse. S'il ne fait pas assez, il est remplacé par un pontife plus résolu. C'est l'hypothèse la plus sobre proposée par Treccani.[19]
Origines et carrière avant l'élection
Gallese et la mémoire de Marin I
Romain naît à Gallese, près de Civita Castellana, dans le territoire romain au nord de la ville. Son père s'appelle Constantin.[20][21] Gallese n'est pas un détail isolé : c'est aussi la cité de Marin I, pape de 882 à 884, associé à la réhabilitation de Formose après les sanctions de Jean VIII.
Cette proximité géographique ne prouve pas une parenté. Certaines notices tardives ou synthèses modernes évoquent une parenté possible entre Marin et Romain, mais les sources solides ne permettent pas d'en faire un fait certain. Il vaut mieux dire que Romain vient d'un même milieu régional que Marin I, et que cette origine rend moins plausible une adhésion simple au parti d'Étienne VI, sans transformer l'indice en généalogie.
Saint-Pierre-aux-Liens
Avant son élection, Romain est cardinal-prêtre du titre de Saint-Pierre-aux-Liens (San Pietro in Vincoli).[22][23] La basilique romaine, liée à la mémoire des chaînes de saint Pierre, n'est pas un simple décor. Dans le système des titres presbytéraux romains, un cardinal-prêtre est enraciné dans une Église précise de la ville et participe à la structure liturgique, pastorale et politique du clergé romain.
Être cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens ne dit pas toute sa carrière, mais cela situe Romain dans le clergé urbain de Rome, non comme un étranger parachuté. Il connaît probablement la cité, ses familles, ses diaconies, ses titres, ses conflits, et l'atmosphère lourde laissée par les pontificats de Jean VIII, Marin I, Adrien III, Étienne V, Formose, Boniface VI et Étienne VI.
Une élection à la fin de l'été 897
Treccani place l'élection de Romain vers la fin de juillet ou le début d'août 897, en notant qu'il était probablement déjà en fonction le 20 août 897.[24] La fiche du Saint-Siège donne le début du pontificat en juillet ou août de cette même année.[25]
Cette incertitude est normale pour la période. Les registres sont fragmentaires, les listes pontificales ne s'accordent pas toujours sur les jours, et la violence politique interrompt la conservation régulière des données. Pour un article sérieux, il faut donc refuser les dates trop précises lorsqu'elles ne reposent pas sur une source primaire claire.
Le pontificat : trois mois d'administration
Gérone et Elne
Les actes les plus solides du pontificat concernent les sièges de Gérone et Elne. Les évêques ou représentants de ces Églises demandent à Rome la confirmation de leurs possessions ; Romain confirme les biens de leurs sièges.[26][27] Treccani renvoie ici notamment à l'étude de J. Morera, Los papiros de la Catedral de Gerona, qui publie en appendice une bulle de Formose et une bulle de Romain.[28]
Le fait est modeste, mais il dit beaucoup. La Catalogne ecclésiastique regarde encore vers Rome pour garantir ses droits. Dans une Europe où les pouvoirs civils sont instables, la confirmation pontificale fournit un titre de protection et une mémoire juridique. Même un pape de quelques mois reçoit ce type de demande et y répond.
Grado et l'Adriatique
La Catholic Encyclopedia mentionne aussi le pallium accordé à Vitalis, patriarche de Grado, ainsi qu'un privilège pour son Église.[29] Treccani parle plus prudemment d'un document en faveur de l'Église de Grado.[30]
Grado se trouve au carrefour de l'Adriatique, de Venise naissante, de l'héritage aquiléien et des rivalités avec les puissances lombardes et franques. Un document pontifical en faveur de Grado n'est donc pas seulement une faveur locale : il participe à la définition de l'autorité ecclésiale dans une zone où Rome, Ravenne, Aquilée et les pouvoirs civils se rencontrent.
Les monnaies de Romain
Mann rapporte, via la Catholic Encyclopedia, que les monnaies de Romain portent le nom de l'empereur Lambert et le monogramme pontifical accompagné de "Scs. Petrus".[31] Cette donnée numismatique est intéressante : elle situe encore la papauté dans une relation avec l'autorité impériale italienne issue de la maison de Spolète.
Il ne faut pas surinterpréter une monnaie. Elle ne prouve pas une politique entière. Mais elle montre le langage officiel du pouvoir : le pape gouverne dans l'ombre d'une référence impériale, et son autorité propre se place sous le nom de saint Pierre.
Romain était-il pro-Formose ?
Ce que l'on peut dire
La question est décisive, mais elle ne se résout pas par un slogan. Romain succède à Étienne VI après la mort violente de ce dernier. Il vient de Gallese, comme Marin I, allié de Formose. Il est ensuite déposé, et son successeur Théodore II réhabilite plus explicitement Formose. Ces indices rendent difficile de le ranger parmi les antiformosiens durs.[32]
On peut donc dire prudemment : Romain n'apparaît pas comme un continuateur énergique d'Étienne VI. Son élection survient vraisemblablement dans une réaction contre l'excès du Synode du Cadavre. Mais il n'est pas documenté comme le grand pape réparateur de Formose.
Ce que l'on ne peut pas dire
Une tradition tardive, rapportée par un catalogue pontifical du XVe siècle, affirme que Romain aurait prononcé des sentences contraires à Étienne VI. Treccani juge cette nouvelle peu vraisemblable, parce que la vraie réhabilitation de Formose est attribuée par les sources à Théodore II, non à Romain.[33]
L'erreur serait de transformer Romain en héros clair de la justice posthume. La justice viendra surtout après lui : Théodore II transfère le corps de Formose à Saint-Pierre ; Jean IX confirme la réhabilitation dans des synodes ; Serge III renversera ensuite cette ligne. Romain est plutôt le pape de transition, celui qui révèle que la crise n'est pas réglée.
Pourquoi aurait-il été déposé ?
Treccani propose une hypothèse simple : Romain aurait été retiré par le même parti qui l'avait placé, parce qu'il n'avait pas agi avec assez d'énergie sur la question formosienne.[34] La Catholic Encyclopedia garde une formule plus ouverte : il est possible qu'il ait été déposé par l'une des factions qui agitaient Rome ; la mention selon laquelle il fut "fait moine" peut désigner ce type de déposition forcée.[35]
Les deux lectures ne se contredisent pas entièrement. Elles expriment deux niveaux de prudence : Mann constate la possibilité d'une déposition ; Loré identifie plus précisément le scénario politique le plus probable.
La fin du pontificat
Novembre 897
Le pontificat s'achève en novembre 897.[36][37] Aucun récit détaillé ne raconte la scène. On ignore si Romain est arrêté, forcé de se retirer, conduit dans un monastère ou simplement remplacé après une pression politique. Les sources parlent de déposition probable, non d'un décès clairement attesté en fonction.
Cette pauvreté documentaire oblige à une sobriété rare. Un article apologétique mal tenu pourrait romancer la scène : complot nocturne, faction armée, monastère imposé, mort obscure. L'historien sérieux s'arrête avant. Le seul fait sûr est la fin du pontificat en novembre, suivie presque aussitôt par l'élection de Théodore II.
L'habit monastique
La formule "fait moine" demande explication. Au haut Moyen Âge, forcer un évêque ou un pape à prendre l'habit monastique peut servir de moyen juridique ou quasi juridique pour l'écarter du pouvoir sans nécessairement le tuer. La Catholic Encyclopedia note que cette expression, dans le langage de l'époque, désigne souvent une déposition.[38]
Mais la prudence reste nécessaire : Treccani précise que le sort ultérieur de Romain n'est pas connu avec certitude, même si l'habit monastique forcé est probable.[39] Il faut donc éviter de présenter sa retraite monastique comme une vocation religieuse personnelle ou comme un choix spirituel librement posé.
Théodore II et la réparation plus nette
Théodore II succède à Romain pour un pontificat encore plus court, mais plus lisible. Les sources lui attribuent la réhabilitation publique de Formose et la translation du corps dans la basilique Saint-Pierre.[40][41] Ce contraste explique peut-être la chute de Romain : il n'a pas fait assez vite ce que le parti formosien attendait.
La succession Romain-Théodore-Jean IX montre une dynamique : d'abord un passage instable après Étienne VI ; ensuite une réparation liturgique et mémorielle ; enfin une tentative synodale de stabilisation. La crise ne se referme pourtant pas définitivement, puisqu'elle sera relancée par Serge III.
Lire Romain sans scandale facile
La papauté n'est pas l'impeccabilité des papes
Le IXe siècle finissant est l'un des meilleurs antidotes contre une vision naïve de l'histoire de l'Église. Les papes y sont parfois courageux, parfois faibles, parfois prisonniers de factions ; certains meurent assassinés, d'autres sont déposés, d'autres laissent peu de traces. Romain appartient à cette zone grise.
La doctrine catholique n'a jamais enseigné que chaque pape serait personnellement saint, politiquement fort ou historiquement admirable. Elle enseigne que le successeur de Pierre reçoit une charge réelle dans l'Église, et que l'Esprit Saint préserve l'Église dans son ensemble, sans abolir les péchés, les erreurs de gouvernement ni les misères de ses ministres.
Le scandale comme preuve paradoxale de continuité
Le cas de Romain est paradoxalement consolant. Si l'Église a survécu à 897, elle n'a pas survécu parce que les conditions étaient favorables. Elle a survécu dans une ville traversée par les haines, après le procès d'un cadavre, au milieu d'une succession de pontificats minuscules. La continuité catholique n'est pas l'absence de tempête ; elle est la permanence du navire malgré des pilotes parfois emportés par la mer politique.
Ce constat ne justifie pas les crimes. Il interdit seulement de transformer le scandale en argument simpliste contre l'Église. Les ennemis de la papauté ont souvent cité les "mauvais papes" pour attaquer la foi catholique. L'histoire répond plus profondément : justement, une institution purement humaine aurait dû mourir de telles crises.
Un petit pape pour une grande leçon historique
Romain n'est pas un grand pape. Il ne faut pas le faire devenir ce qu'il n'est pas. Mais il est un bon article Ignispedia parce qu'il met en lumière une vérité d'échelle : les figures secondaires documentent la texture réelle de l'histoire. Sans elles, on ne voit que les sommets ; avec elles, on comprend le terrain.
Romain montre la Rome de 897 au ras du sol : un titre presbytéral, une ville violente, une chancellerie qui confirme des biens en Catalogne, une Église d'Adriatique qui cherche un privilège, une déposition probable, un successeur qui devra réparer plus clairement.
Chronologie
- 891-896Pontificat de Formose
Formose gouverne l'Église après avoir été évêque de Porto, ancien légat et figure controversée de la politique romaine et carolingienne.
- Janvier 897Synode du Cadavre
Étienne VI fait juger le cadavre de Formose, annule ses actes et provoque une crise canonique et politique majeure.
- Été 897Chute d'Étienne VI
Étienne VI est renversé et meurt en prison, probablement étranglé par ses adversaires.
- Fin juillet ou début août 897Élection de Romain
Romain, cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens, originaire de Gallese, devient pape.
- 20 août 897Présence probable en fonction
Treccani note que Romain était probablement déjà en charge à cette date.
- 897Actes administratifs
Confirmations pour Gérone et Elne, document en faveur de Grado ; la chancellerie pontificale continue d'agir.
- Novembre 897Fin du pontificat
Romain est probablement déposé ; son sort ultérieur reste incertain, avec une prise d'habit monastique possible.
- Décembre 897Théodore II
Théodore II succède à Romain et se distingue par la réhabilitation plus explicite de Formose.
Pour aller plus loin
- Pape Formose (891-896) — le pape dont la mémoire déclenche la crise de 897.
- Synode du Cadavre — le procès posthume de Formose sous Étienne VI.
- Pape Étienne VI (896-897) — prédécesseur de Romain et responsable du Synode du Cadavre.
- Pape Théodore II (897) — successeur immédiat de Romain et réparateur plus explicite de la mémoire de Formose.
- Pape Jean IX (898-900) — pape qui tente de stabiliser synodalement la crise formosienne.
- Pape Marin I (882-884) — autre pape de Gallese, lié au dossier Formose avant l'explosion de 897.
Notes et références
Saint-Siège, fiche officielle "Romanus" : 114e pape de l'Église catholique, début du pontificat en juillet ou août 897, fin en novembre 897, origine Gallese. Page revérifiée le 4 octobre 2026 (114e, VII/VIII.897–XI.897, Gallese confirmés) : https://www.vatican.va/content/vatican/fr/holy-father/romano.html.
1 9 25 36Vito Loré, "Romano", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000 ; et "ROMANO, papa", Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 88, 2017. Utilisé pour Gallese, père Constantin, cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens, élection fin juillet/début août 897, présence probable au 20 août, analyse prudente du rapport au parti formosien, déposition de novembre 897, habit monastique probable, documents pour Gérone, Elne et Grado. Page de l'Enciclopedia dei Papi revérifiée le 4 octobre 2026 (tous ces détails confirmés sur la page) ; notice DBI vol. 88 (2017) rouverte et confirmée le 4 octobre 2026 (mêmes faits, même bibliographie). URLs : https://www.treccani.it/enciclopedia/romano_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/ et https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-romano_%28Dizionario-Biografico%29/.
2 4 8 11 14 18 19 20 22 24 27 30 32 33 34 37 39 40Horace K. Mann, "Pope Romanus", The Catholic Encyclopedia, vol. 13, New York, Robert Appleton Company, 1912 ; transcription New Advent. Utilisé pour l'incertitude des dates, Gallese, père Constantin, Saint-Pierre-aux-Liens, pontificat d'environ quatre mois, pallium/privilège de Grado, confirmations pour Elne et Gérone, monnaie Lambert/Scs. Petrus, Flodoard et hypothèse de déposition par prise d'habit monastique. Original anglais de la citation : « Of this pope very little is known with certainty ». Page relue le 4 octobre 2026. URL : https://www.newadvent.org/cathen/13163b.htm.
3 5 6 7 10 13 15 21 23 26 29 31 35 38Témoins et instruments critiques cités par Vito Loré, contrôlés sur pièce le 4 octobre 2026 (bibliographies de la notice Enciclopedia dei Papi, 2000, et de la notice « ROMANO, papa », DBI vol. 88, 2017, ouvertes en direct, cotes exactes de Loré) : l'appendice d'Auxilius en défense des ordinations de Formose, in E. Dümmler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig 1866, p. 95 ; Flodoard, De Christi triumphis apud Italiam, XII, 6, in Patrologia Latina, CXXXV, col. 830 ; le Liber Pontificalis édité par Louis Duchesne, II, Paris 1892, p. 230 (cf. p. LXVIII) ; les Regesta Pontificum Romanorum de Jaffé (avec Wattenbach et Loewenfeld), I, Leipzig 1885, p. 441 ; l'étude de J. Morera sur les papyrus de la cathédrale de Gérone, avec en appendice les bulles de Formose et de Romain, in Miscelánea J. Morera, Barcelone 1967, pp. 105-118 ; les Papsturkunden 896-1046 de Harald Zimmermann, I-II, Vienne 1984-1985 : I, n. 4-5, pp. 9-12 ; II, n. 561, p. 1060.
12 28Encyclopaedia Britannica, "Romanus", notice en ligne : contexte immédiat après Étienne VI, guerre de factions autour de Formose, pontificat d'août à novembre 897, déposition probable, attribution prudente de la réparation formosienne. Contenu re-vérifié le 4 octobre 2026 via snapshot Wayback du 30 avril 2026 (page live protégée anti-robots, texte identique : élection en août après le meurtre d'Étienne VI, corps de Formose retiré du Tibre et enseveli sous Romain, invalidation probable des actes d'Étienne, déposition). URL : https://www.britannica.com/biography/Romanus-pope-897.
16 17 41