Pape Jean IX (898-900)

116ᵉ pape de l'Église (898-900), moine bénédictin de Tivoli, Jean IX annule conciliairement le synode du cadavre d'Étienne VI, interdit le procès des morts, confirme Lambert empereur au concile de Ravenne et restaure la hiérarchie morave malgré Salzbourg.

Ignispedia

Jean IX, moine bénédictin originaire de Tivoli et fils d'un certain Rampoald, gouverne l'Église de Rome du début 898 au début de l'année 900. Les listes usuelles le comptent comme le 116e pape de l'Église catholique, successeur du très éphémère Théodore II et prédécesseur de Benoît IV.[5][6] Ordonné prêtre par Formose lui-même, élu dans une Rome encore couverte par le sang du « siècle de fer », il n'aura qu'environ deux ans pour réparer ce qui peut l'être.

Son pontificat est court mais décisif. En quelques semaines, il annule publiquement et solennellement l'épisode le plus invraisemblable de l'histoire pontificale, le « synode du cadavre » d'Étienne VI (janvier 897) qui avait exhumé et jugé le corps de Formose neuf mois après sa mort. Le concile de Rome d'avril-mai 898 condamne le synode, fait brûler ses actes, excommunie sept évêques complices, restaure les clercs dégradés, maintient les ordinations de Formose, et interdit tout procès intenté à un mort (canon disciplinaire du concile romain de 898, renversé par Sergius III en 904).[7][8][9][10][11] Le concile de Ravenne de juin 898, tenu en présence de l'empereur Lambert de Spolète et — selon le décompte transmis par Labbe et Mansi — de soixante-quatorze évêques (soixante-treize dans Hefele), confirme l'ensemble par dix canons disciplinaires (dix capitula dans l'énumération d'Hefele[12]) et restitue à la papauté une figure publiquement réconciliée avec elle-même.[13][14]

Jean IX ne se contente pas de ce travail de réparation. Il soutient Lambert contre Bérenger de Frioul et Arnulf de Carinthie, oblige les futures consécrations pontificales à se faire en présence des légats impériaux, accorde au prince morave Mojmír II une hiérarchie ecclésiastique restaurée — un archevêque et trois évêques pour la Grande-Moravie — malgré la lettre de protestation furieuse des évêques bavarois conduite par Theotmar de Salzbourg.[15][16][17] Quand il meurt au début de l'année 900, il a stabilisé Rome ; mais la mort brutale de Lambert dès le 15 octobre 898 à Marengo — assassinat ou chute de cheval, les deux versions coexistent[18] — et l'élection en 904 de son ancien rival Sergius III, qui déclare nulles les ordinations de Formose, vont renverser l'essentiel de son œuvre conciliaire romaine[19].

« Il est reconnu pour avoir été à la fois intelligent et modéré. Il tint plusieurs synodes à Rome et ailleurs en 898. Ces assemblées condamnèrent l'effroyable synode d'Étienne (VI) VII, et les actes en furent brûlés. Les clercs dégradés par Étienne furent rétablis, et les ré-ordinations furent interdites. » (traduction libre de l'anglais ; original en note[20]) — Horace K. Mann, « Pope John IX », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910

Pourquoi Jean IX compte-t-il ?

Le pape qui a fait brûler les actes du synode du cadavre

Jean IX hérite d'un précédent sans équivalent dans l'histoire pontificale. En janvier 897, son lointain prédécesseur Étienne VI, sous pression des partisans de Lambert de Spolète et probablement de la duchesse Agiltrude, avait fait exhumer le corps de Formose neuf mois après sa mort, l'avait fait revêtir des ornements pontificaux, assis sur un trône d'apparat, et l'avait fait juger par un faux tribunal canonique.[21][22] Le verdict — culpabilité, dépouillement des ornements, section des trois doigts bénissants de la main droite, invalidation de tous les actes pontificaux du défunt, corps jeté dans le Tibre — avait scandalisé la chrétienté entière au point de provoquer un soulèvement populaire qui s'était soldé par la mort d'Étienne VI, étranglé dans sa prison à l'été 897.[23][24]

Une première réparation avait eu lieu en décembre 897 : le pape Théodore II, qui ne régna que vingt jours, fit retirer du Tibre ce qui restait du corps de Formose, le fit réinhumer en habits pontificaux dans la basilique Saint-Pierre, et annula les sentences du synode du cadavre.[25][26] Mais sa mort soudaine — un nouvel assassinat n'est qu'une hypothèse non établie[27] — laissait l'œuvre inachevée. Aucun acte conciliaire n'avait encore solennisé le rejet.

Jean IX accomplit ce que Théodore II n'avait pas eu le temps d'accomplir. Dès les premières semaines de son pontificat, il convoque à Rome un synode général (avril-mai 898) qui condamne formellement le procès posthume. Les actes du synode du cadavre sont brûlés publiquement, les clercs dégradés par Étienne VI sont rétablis dans leurs dignités, les ordinations conférées par Formose sont déclarées valides, et sept évêques complices d'Étienne VI sont excommuniés.[28][29][30] Le concile statue enfin, en règle générale, que tout procès intenté à un mort est interdit par ce canon disciplinaire du concile romain — disposition dont Sergius III prendra en 904 le contre-pied (il « déclare nulles les ordinations conférées par Formose », Mann, ce qui revient en pratique à exiger leur réordination), avant que la pratique postérieure de l'Église ne revienne à la décision de 898.[31][32][33]

Le décret n° 1 du concile romain, dans le français d'Hefele qui traduit les actes édités par Mansi : le synode célébré sous Étienne VI, qui fit retirer du tombeau le corps de Formose pour condamner sa mémoire, « est déclaré par nous de nulle valeur ; et afin que rien de semblable ne se voie plus désormais, nous défendons de citer des morts en justice ».[34]

Le pape qui a confirmé Lambert et perdu son empereur en six mois

Jean IX est l'un des derniers papes du IXᵉ siècle à avoir accompli une confirmation impériale solennelle. Quand il monte sur le trône de Pierre au début de 898, la couronne d'Occident est revendiquée par trois prétendants :

  • Lambert II de Spolète (875-898), fils de Guy III, déjà couronné empereur conjointement avec son père le 30 avril 892 à Ravenne — mais par un Formose contraint ;[35]
  • Bérenger de Frioul (vers 845-924), couronné roi d'Italie en 888 et candidat permanent à l'empire ;
  • Arnulf de Carinthie (850-899), roi de Francie orientale, couronné empereur à Rome en février 896 par Formose mais quasiment aussitôt frappé d'incapacité par la maladie.

Au concile de Ravenne de juin 898, en présence personnelle de Lambert et — selon le décompte transmis par Labbe et Mansi — de soixante-quatorze évêques, Jean IX confirme la légitimité impériale de Lambert, déclare nul le couronnement d'Arnulf dans la mesure où il avait été imposé par la force des armes, et ratifie le pacte de 891, l'accord conclu entre la maison de Spolète et la papauté qui confirme la Donation de Pépin et les dons carolingiens.[36][37] L'un des dix canons votés à Ravenne décrète que toute future consécration d'un pape devra avoir lieu en présence des légats impériaux, garantie politique réclamée par Lambert mais aussi protection contre un nouveau coup de force des factions romaines comme celui qui avait jeté Sergius dans la rue quelques mois plus tôt.[38][39]

Cette politique habile ne survit pas à l'empereur. Le 15 octobre 898, à peine quatre mois après le concile de Ravenne, Lambert est tué près de Marengo, soit assassiné (un certain Hugo, fils de Maginfred, est nommé par une tradition) soit « tué en tombant de cheval pendant une partie de chasse » — la source primaire, Liutprand de Crémone, restant réservée sur l'assassinat.[40] Bérenger de Frioul reste seul roi d'Italie. Jean IX vivra encore une quinzaine de mois, mais l'édifice impérial qu'il avait construit s'effondre à la mort de l'unique empereur que Rome pouvait reconnaître.

« Le pape Jean IX confirma l'élection de Lambert, déclara nul le couronnement d'Arnulf, et reconnut la validité de son titre impérial. Lambert revint en Italie où il mourut, soit assassiné, soit en tombant de cheval pendant une chasse, le 15 octobre 898. » — « Lambert of Italy » (anciennement « Lambert II of Italy »), Wikipedia (traduction libre de l'anglais)[41]

Le pape qui a relevé la Moravie contre Salzbourg

Trente ans après la mission cyrillo-méthodienne, la Grande-Moravie était redevenue terre orpheline. Méthode était mort en 885 ; ses disciples avaient été expulsés en 886 par l'épiscopat franc et par le successeur de Méthode lui-même, Wiching de Nitra, agent de l'épiscopat bavarois ; les Slaves morave et pannonien n'avaient plus de hiérarchie autonome.[42] En 898 ou 899, le jeune prince Mojmír II, fils de Svatopluk, envoie une ambassade à Rome demandant à Jean IX de rétablir une Église morave indépendante de la tutelle germanique.[43]

Le pape accepte. Il envoie trois légats — l'archevêque Jean, et les évêques Benoît et Daniel — qui consacrent en Moravie un archevêque et trois évêques suffragants pour rétablir la hiérarchie ecclésiastique du royaume slave.[44][45][46]

La réaction bavaroise est immédiate et violente. Dans une lettre conservée, datée conventionnellement de juillet 900 et attribuée par les historiens à Jean IX, adressée au pape par Theotmar, archevêque de Salzbourg (873-907) cosignée par les évêques Waldo de Freising, Erchanbald d'Eichstätt, Zacharie de Säben, Tuto de Ratisbonne et Richarius de Passau, l'épiscopat bavarois proteste avec véhémence contre cette ingérence pontificale dans un territoire que les missionnaires de la Bavière revendiquent depuis le début du IXᵉ siècle.[47][48][49] Jean IX ne cède pas.

Infographie originale Ignispedia — les deux années du pontificat de Jean IX, de l'élection contre Sergius à la restauration morave.

« Sans tenir compte des lettres incendiaires par lesquelles certains évêques allemands cherchaient à le dissuader d'écouter les Moraves, Jean IX autorisa la consécration d'un métropolite et de trois évêques pour l'Église des Moraves. » (traduction libre de l'anglais ; original en note[50]) — Horace K. Mann, « Pope John IX », Catholic Encyclopedia

Cet acte prolonge directement la politique slave de Jean VIII qui, dix-huit ans plus tôt, avait approuvé la liturgie slavonne par la bulle Industriae tuae (juin 880). Jean IX, en restaurant la hiérarchie morave malgré Salzbourg, prolonge pour quelques années la mission cyrillo-méthodienne en Moravie, jusqu'à la chute du royaume morave devant les Magyars (vers 906).

Un Romain de Tivoli ordonné par Formose

Tivoli, foyer ecclésial du Latium

La date de naissance de Jean IX est inconnue : la Catholic Encyclopedia (Mann, 1910) la déclare expressément telle, et seule l'infobox anglophone actuelle propose « c. 825 », sans source primaire citée.[51][52] Jean est natif de Tivoli, ville épiscopale du Latium située à une trentaine de kilomètres à l'est de Rome, sur le contrefort des monts Sabins. Tivoli — l'antique Tibur — est, au IXᵉ siècle, l'un des diocèses les plus anciens du Latium, foyer de monastères bénédictins puissants et fournisseur régulier de clercs au Latran. Le père de Jean s'appelle Rampoald.[53][54]

Le fait que Jean IX soit explicitement présenté comme « natif de Tivoli, fils de Rampoald »[55] dans les sources médiévales est significatif. Dans une époque où la majorité des papes proviennent d'aristocraties romaines précises (les futures familles Theophylacti, Crescentii, Tusculani qui domineront le saeculum obscurum), Jean IX appartient à une classe moyenne provinciale. Cette extranéité aux factions urbaines romaines explique probablement à la fois sa modération, célébrée par les historiens, et l'opposition immédiate du clan Sergius qui voyait dans cette élection un déclassement.

Bénédictin, prêtre, élu par défaut

Jean entre à la règle bénédictine — vraisemblablement dans l'un des monastères de la région tiburtine — avant d'être appelé à Rome.[56] Il est ordonné prêtre par Formose lui-même, ce qui le situe nécessairement entre 6 octobre 891 et 4 avril 896, dates du pontificat de Formose.[57][58] Ce détail, anodin en apparence, deviendra fondamental dans la suite des événements : un prêtre ordonné par Formose ne peut pas, sans incohérence majeure, déclarer invalides les ordinations que ce même Formose avait conférées. La position personnelle de Jean IX est, en 898, structurellement opposée à celle du parti Sergius qui, depuis le synode du cadavre, plaide pour la réordination systématique de tout le clergé formosien.

L'élection contestée du début 898

À la mort soudaine de Théodore II (vingt jours de pontificat, fin décembre 897 selon la chronologie la plus communément admise), deux factions s'affrontent à Rome. La première, soutenue par les partisans de Spolète et par la majorité du clergé urbain rallié à la cause de Formose, présente le moine Jean de Tivoli. La seconde, héritière du parti Étienne VI, présente le diacre Sergius, ancien évêque de Caere récemment dégradé par Formose puis réhabilité par Étienne VI, futur Sergius III.[59][60]

L'élection est violente. La Catholic Encyclopedia résume ainsi la séquence : « À cette époque, les factions remplissaient la ville de Rome, et l'une d'elles essaya d'imposer son candidat, Sergius (qui deviendra plus tard Sergius III), sur le trône pontifical contre Jean. C'est peut-être parce qu'il était favorisé par la maison ducale de Spolète que Jean put maintenir sa position, et Sergius fut chassé de la ville et excommunié. »[61] Sergius se réfugie d'abord chez Adalbert II de Toscane, puis à la cour de Lambert de Spolète qui, ironiquement, refuse de l'appuyer contre le pape qu'il a lui-même contribué à faire élire.[62]

Il faudra six ans pour que Sergius revienne — Jean IX, son successeur Benoît IV (900-903), puis Léon V et l'antipape Christophore mourront tous avant lui — et le 29 janvier 904, Sergius sera consacré pape sous le nom de Sergius III, troisième acte du drame Formose.[63]

Le concile de Rome (avril-mai 898) : annulation du synode du cadavre

Le passif d'Étienne VI : neuf mois pour un cadavre

Pour comprendre l'ampleur du travail accompli par Jean IX en quelques semaines, il faut mesurer la profondeur du scandale qu'il devait dissiper. Le synode du cadavre n'avait pas été un événement marginal : il avait été un acte conciliaire formel, présidé par un pape légitimement élu, devant le clergé romain assemblé, dans la basilique du Latran. Sa sentence avait été inscrite dans les registres pontificaux et promulguée comme acte canonique.[64]

Ses conséquences pratiques étaient considérables :

  • Toutes les ordinations conférées par Formose entre 891 et 896 — épiscopales, sacerdotales, diaconales — étaient déclarées nulles ;
  • Les évêques consacrés par Formose étaient dégradés ou contraints à la réordination ;
  • Les clercs ordonnés sous Formose étaient placés dans une insécurité canonique absolue ;
  • Le droit romain ecclésiastique lui-même semblait soumis aux passions politiques de chaque pontificat ;
  • L'image extérieure de la papauté, dans la chrétienté entière, atteignait son point bas historique du premier millénaire.

Aucun pape ne pouvait gouverner Rome sans trancher ce nœud. Théodore II en avait posé les fondements ; Jean IX devait livrer le verdict définitif.

Théodore II (décembre 897) avait commencé la réparation

Élu en novembre ou décembre 897 (selon les chronologies adoptées par Mann et Duchesne), le pape Théodore II régna environ vingt jours.[65] Sa décision la plus visible fut le transfert solennel des restes de Formose depuis le port du Tibre — où les pêcheurs les avaient récupérés après la profanation de janvier 897 — vers la basilique constantinienne Saint-Pierre du Vatican, en habits pontificaux complets, devant « le clergé et le peuple romain ».[66][67] Le chroniqueur Flodoard de Reims († 966) loue Théodore comme « aimé du clergé, ami de la paix, modéré, chaste, affable et grand ami des pauvres ».[68]

Mais Théodore II meurt avant la convocation d'un concile général qui aurait pu canoniser sa réparation. Sa mort si rapide est peut-être violente — l'hypothèse d'un foul play est avancée par certains auteurs modernes (par exemple Wendy Reardon), sans preuve établie, tandis que Mann suggère une autre explication[69] — et laisse le travail à demi-fait. Jean IX le reprend dès son élection.

Les actes brûlés, sept évêques excommuniés

Infographie originale Ignispedia — les cinq décisions du concile romain de 898 : actes brûlés, clercs rétablis, ordinations maintenues, sept évêques excommuniés, procès des morts interdits.

Le concile de Rome convoqué par Jean IX se tient à Saint-Pierre entre avril et mai 898, sous la présidence du pape lui-même.[70]

Le concile prend cinq décisions majeures :

  1. Il condamne formellement le synode du cadavre et en annule les sentences.[71]
  2. Il ordonne le brûlage des actes du synode.[72]
  3. Il maintient toutes les ordinations conférées par Formose, conformément au principe ecclésiologique que le sacrement ne dépend pas de la sainteté du ministre. Toute réordination est expressément interdite.
  4. Il excommunie sept évêques complices d'Étienne VI dans la conduite du synode du cadavre — la synthèse anglophone du Cadaver Synod retient le même décompte de sept (« seven cardinals », les prélats romains de l'époque). Les actes transmis (Mansi, XVIII, col. 221 sq. ; Hefele, § 510, décret n° 8) ne nomment toutefois que six prélats — Sergius, Benoît, Marin, Léon, Pascal et Jean : le septième excommunié compté par les synthèses n'est pas nommé dans le texte conservé, d'où l'écart entre le décompte de sept et les six noms transmis.[73][74]
  5. Il restaure dans leurs dignités les clercs dégradés par Étienne VI, sans exiger de cérémonie supplémentaire.

L'interdiction du procès des morts

Le canon le plus durable du concile romain de 898 est l'interdiction de tout procès intenté à un mort :

Le décret n° 1 du concile romain (texte français d'Hefele, qui traduit les actes édités par Mansi, XVIII, col. 221 sq.) : le synode d'Étienne VI « est déclaré par nous de nulle valeur ; et afin que rien de semblable ne se voie plus désormais, nous défendons de citer des morts en justice ».[75]

C'est cette disposition, autant que la réparation faite à Formose, qui donne au pontificat de Jean IX sa dignité historique. Sergius III tentera en 904 de rouvrir le dossier, sans procéder à une nouvelle exhumation du corps de Formose.[76] Posée en 898, renversée en 904, cette frontière sera rétablie par la pratique postérieure — sans valeur de règle universelle et définitive dès l'origine.

Les ordinations de Formose maintenues, contre Sergius

Infographie originale Ignispedia — le refus de la réordination formosienne : ministre contesté, sacrement valide, chaos évité.

Le quatrième acte du concile romain — la validité maintenue des ordinations formosiennes — est, sur le plan strictement ecclésiologique, le plus important. Il s'inscrit dans la lignée du principe sacramentaire que saint Augustin avait élaboré contre les donatistes : « le sacrement vaut par lui-même, indépendamment de la dignité personnelle du ministre, parce qu'il est l'œuvre du Christ » (De baptismo, IV).[77]

Si Formose avait été indignement élu (thèse que Sergius soutiendra encore en 904), ses ordinations n'en demeuraient pas moins valides parce que le caractère sacramentel de l'ordre ne dépend pas de la régularité canonique de la promotion antérieure du ministre. Jean IX, en confirmant ce principe contre la pratique de la réordination réclamée par Sergius, sauve l'unité ecclésiologique de Rome. Sergius III, en 904, choquera précisément la chrétienté en déclarant nulles les ordinations conférées par Formose (Mann) — ce qui impose en pratique la réordination des clercs formosiens — décision que les défenseurs de Formose, Auxilius et Eugène Vulgaire, dénonceront comme hérétique dans une série de pamphlets qui restent la principale documentation conservée sur la crise.[78][79][80]

Le concile de Ravenne (juin 898) : Lambert empereur, Pierre stabilisé

Soixante-quatorze évêques et un empereur

Quelques semaines après la clôture du concile romain, Jean IX se déplace personnellement à Ravenne, ancienne capitale impériale, pour tenir un second concile général — non plus seulement romain, mais impérial au sens propre, puisque convoqué conjointement avec l'empereur Lambert. Le concile se réunit en juin 898 dans la basilique Sant'Apollinare in Classe ou dans l'ancienne cathedra archiépiscopale (les sources divergent).[81][82]

Sont présents soixante-quatorze évêques — selon le décompte de la Biblical Cyclopedia d'après Labbe et Mansi (soixante-treize selon Hefele[83]).[84] L'empereur Lambert siège en personne, ce qui est exceptionnel. Pour la première fois depuis Charlemagne et Léon III en 800, un empereur d'Occident participe physiquement à un concile romain en présence du pape qui en a confirmé la légitimité impériale.

Les dix canons du concile

Le concile de Ravenne vote dix canons — dix capitula dans l'énumération d'Hefele[85], d'après la Biblical Cyclopedia[86] — qui forment un programme cohérent de restauration disciplinaire :

CanonContenuPortée
1-2Confirmation intégrale des décisions du concile de Rome (898) sur FormoseForce exécutoire impériale du jugement romain
3Observation des canons des Pères et des conciles antérieursContinuité doctrinale et disciplinaire
4Maintien intégral des capitulaires de Charlemagne, Louis le Pieux, Lothaire Iᵉʳ et Louis II d'ItalieContinuité juridique carolingienne
5Confirmation des privilèges accordés à l'Église romaine par les empereursGarantie territoriale des États pontificaux
6Toute consécration pontificale devra désormais avoir lieu « en présence des légats impériaux »Garantie politique de Lambert contre les factions romaines
7-8Interdiction du pillage des palais des évêques et des papes à leur mortMesure d'ordre public contre les pratiques violentes du saeculum obscurum
9Restauration disciplinaire des clercs et des laïcs touchés par la criseApaisement social général
10Reconnaissance impériale de Lambert ; nullité du couronnement d'Arnulf de Carinthie obtenu par la forcePolitique impériale exclusive

Source synthétique : Biblical Cyclopedia (entrée « Ravenna »), d'après Labbe & Mansi.[87]

Confirmation des capitulaires carolingiens

Infographie originale Ignispedia — Ravenne 898 : Jean IX, Lambert et soixante-quatorze évêques transforment la réparation romaine en décision impériale.

Le canon 4, à lui seul, mérite qu'on s'y arrête. En confirmant les capitulaires de Charlemagne, de Louis le Pieux, de Lothaire et de Louis II, le concile de Ravenne incorpore à la législation pontificale l'ensemble du corpus juridique carolingien sur l'Italie. C'est l'un des derniers actes officiels par lesquels la papauté du IXᵉ siècle reconnaît la continuité directe entre l'empire carolingien finissant et la respublica christiana romaine. Quinze ans plus tard, après la mort de Bérenger (924) et l'effondrement de la Francie médiane, plus aucun pape ne pourra invoquer les capitulaires comme droit positif vivant. Le concile de Ravenne fige donc, à un moment historique précis, l'état du droit pontifical occidental tel que l'avait laissé l'empire carolingien.

La consécration papale en présence des légats impériaux

Le canon 6 est, politiquement, le plus lourd. Il soumet désormais toute consécration pontificale à la présence des légats impériaux. C'est une garantie d'ordre public réclamée par Lambert : si les factions romaines doivent désormais se contenir devant les représentants de l'empereur, le risque d'une seconde élection violente comme celle du début 898 — où Sergius avait failli prendre Rome par les armes — est statistiquement amoindri.

Mais ce canon a aussi une dimension de cession : il limite la liberté du clergé romain à choisir son évêque sans interférence politique. Quatre-vingts ans plus tard, c'est précisément ce type de garantie politique impériale que la réforme grégorienne du XIᵉ siècle aura à défaire pour rendre au pape sa liberté élective complète. Le canon 6 du concile de Ravenne est, vu de loin, l'une des premières dépendances structurelles entre la papauté médiévale et l'empire qu'il faudra mille ans pour dénouer.

Le pontificat à l'épreuve : Bérenger, mort de Lambert, Mont-Cassin

Lambert mort à Marengo (15 octobre 898)

Tout l'édifice politique de Jean IX repose sur Lambert. À peine quatre mois après le concile de Ravenne, Lambert meurt le 15 octobre 898 près de Marengo, en Lombardie, soit assassiné soit « tué en tombant de cheval pendant une partie de chasse ».[88] Il n'avait que vingt-trois ans. Son père Guy III était mort en 894, sa mère Agiltrude vivra encore quelques années en retrait. Lambert ne laisse pas d'héritier.

La mort de Lambert renverse tout le rapport de force italien. Bérenger de Frioul, qui n'avait jamais accepté l'éviction de 898, redevient roi d'Italie sans rival immédiat. Il sera couronné empereur en 915, quinze ans après la mort de Jean IX et vingt-cinq ans après la mort de Lambert — preuve a contrario que le pontificat de Jean IX avait, par sa diplomatie, figé une situation impériale que la mort brutale de l'empereur a aussitôt débloquée.

Bérenger de Frioul, rival devenu seul roi

Jean IX entretient pourtant des relations courtoises avec Bérenger après la mort de Lambert. Plusieurs diplômes pontificaux datés de 899 et début 900 confirment des donations ou des privilèges sollicités par des prélats du royaume italien sous Bérenger.[89] Le pape n'a plus le choix : Lambert mort, Arnulf agonisant en Bavière (il meurt le 8 décembre 899), Bérenger reste l'unique pouvoir politique capable de garantir la paix romaine. Le pacte n'est pas formalisé — Jean IX meurt avant — mais la continuité du gouvernement est assurée.

Les privilèges de Mont-Cassin confirmés

Sur le plan strictement ecclésiastique, l'un des actes notables du pontificat est la confirmation des privilèges de l'abbaye du Mont-Cassin, mère-maison de l'ordre bénédictin auquel Jean IX appartenait. Cette confirmation, rapportée par la synthèse catholique Spirituality for Today (diocèse de Bridgeport) sans datation précise, prolonge la politique de protection des grands monastères menée par les papes carolingiens du IXᵉ siècle.[90] Mont-Cassin avait été ravagé par les Sarrasins en 883 ; il était en pleine reconstruction. Le geste de Jean IX, ancien bénédictin lui-même, n'a rien d'anodin : c'est un signe de fidélité personnelle à son ordre.

Les pièces de Jean IX et le nom de Lambert

Témoignage matériel rare et précieux : les monnaies frappées à Rome sous Jean IX portent simultanément le nom du pape et le nom de l'empereur Lambert.[91] C'est l'un des derniers exemples avant le Xᵉ siècle d'une double titulature unissant pape et empereur sur la même pièce. Après Lambert, les monnaies romaines perdront pour longtemps cette structure politique double, signe matériel de la rupture historique ouverte par la mort de Marengo.

Le dossier morave : rouvrir Cyrille et Méthode malgré Salzbourg

La requête de Mojmír II

En 898 ou 899, le jeune prince morave Mojmír II (898-907) envoie une ambassade à Rome. La Grande-Moravie traverse une crise terrible : son père Svatopluk Iᵉʳ est mort en 894 ; le royaume est partagé entre les fils ; la pression magyare s'intensifie au sud ; et l'Église morave, privée de Méthode († 885) et de ses disciples expulsés en 886, n'a plus de hiérarchie autonome. Mojmír II demande à Jean IX la restauration formelle d'une métropole indépendante des évêques bavarois.[92][93]

Un archevêque, trois évêques pour la Grande-Moravie

Infographie originale Ignispedia — la restauration de la hiérarchie morave : ambassade de Mojmír II, légats pontificaux, opposition bavaroise de Salzbourg.

Jean IX accède à la requête. Il envoie en mission trois légats — l'archevêque Jean, l'évêque Benoît et l'évêque Daniel, nommés par la lettre de protestation bavaroise elle-même. En 899 ou début 900, les légats consacrent en Moravie un archevêque (dont le nom exact reste contesté) et trois évêques suffragants.[94][95][96] La hiérarchie cyrillo-méthodienne est restaurée canoniquement.

C'est un geste considérable. Quinze ans après l'effondrement de la mission slave, vingt-cinq ans après la grande politique pontificale d'Industriae tuae (juin 880) par laquelle Jean VIII avait reconnu la liturgie slave, Jean IX prolonge et concrétise un héritage que l'épiscopat bavarois s'employait à effacer. La hiérarchie restaurée ne survit pas au royaume morave, effondré devant les Magyars vers 906 : aucune continuité institutionnelle directe ne relie 899-900 aux siècles suivants. Onze siècles plus tard, par la lettre apostolique Egregiae Virtutis du 31 décembre 1980, saint Jean-Paul II proclama les Saints Frères Cyrille et Méthode co-patrons de l'Europe avec saint Benoît — proclamation qui honore leur œuvre sans établir par elle-même une continuité avec la restauration de Jean IX ; l'encyclique Slavorum Apostoli (1985) commémorera ensuite leur œuvre d'évangélisation sans renouveler cette proclamation.

La protestation virulente des évêques bavarois (lettre de Theotmar)

La réaction germanique ne se fait pas attendre. En juillet 900 (datation conventionnelle : la lettre, adressée à un pape que les historiens identifient à Jean IX, se place entre avril et juillet 900) — l'archevêque Theotmar de Salzbourg (873-907), co-signataire avec les évêques Waldo de Freising, Erchanbald d'Eichstätt, Zacharie de Säben, Tuto de Ratisbonne et Richarius de Passau, envoie une lettre de protestation virulente dans laquelle l'épiscopat bavarois reproche au pape :

  • d'avoir enfreint la juridiction missionnaire que le Saint-Siège avait jadis reconnue à Salzbourg sur la Pannonie et la Moravie ;
  • d'avoir consacré des évêques sans consultation préalable du métropolite franc compétent ;
  • d'avoir reçu une ambassade morave dans une alliance suspecte avec les Magyars païens.[97][98]

Cette lettre, conservée et éditée par Fritz Lošek dans les Monumenta Germaniae Historica (Studien und Texte 15), constitue l'une des sources principales sur la mission morave de Jean IX, dans la mesure où elle décrit a contrario — en les déplorant — les actes pontificaux qu'elle conteste.[99] Sa virulence dit assez à quel point la décision pontificale avait été ressentie comme un revers diplomatique majeur par l'épiscopat bavarois.

Paraphrase française du début de la lettre de Theotmar, archevêque de Salzbourg, et de l'épiscopat bavarois (lettre conservée, datée conventionnellement de juillet 900, attribuée par les historiens à Jean IX ; édition Fritz Lošek, Die Conversio Bagoariorum et Carantanorum und der Brief des Erzbischofs Theotmar von Salzburg, Hanovre, 1997, MGH Studien und Texte 15, p. 138-157) : les légats pontificaux auraient consacré un archevêque et trois évêques en pays morave, relevant depuis toujours de la juridiction missionnaire bavaroise — intrusion sans précédent sous leurs prédécesseurs.[100]

Une mort discrète (début 900) et un héritage fragile

La succession de Benoît IV

Jean IX meurt à Rome au début de l'année 900, après environ deux ans de pontificat. La date exacte de sa mort est incertaine : Mann déclare lui-même, dans la Catholic Encyclopedia, que la date de son élection comme celle de sa mort sont incertaines (« died in the beginning of the year 900 ») ; Hefele écrit « [janvier] 900 », le mois entre crochets, sans source contemporaine à l'appui[101] ; le jour du 26 mars, parfois repris, n'est attesté par aucune source contemporaine.[102][103] Aucune source ne suggère une mort violente ; le Liber Pontificalis — dont la notice est très abrégée pour cette période, comme le note l'éditeur Louis Duchesne — mentionne simplement la mort et la sépulture « près de la basilique constantinienne » Saint-Pierre du Vatican.[104][105] Son successeur immédiat, le Romain Benoît IV, élu au début de l'année 900 (le mois exact de sa consécration reste incertain), poursuivra pendant trois ans (900-903) la ligne formosienne inaugurée par Théodore II et stabilisée par Jean IX.[106]

Sergius III (904) défait ce que Jean IX avait fait

C'est en janvier 904 que tout bascule. Après les pontificats brefs et chaotiques de Benoît IV († août 903), Léon V (juillet-septembre 903, déposé et tué en prison), et l'antipape Christophore (903-904, lui-même déposé et étranglé en prison), Sergius, l'ancien rival écarté de 898, est rappelé à Rome par les partisans du clan Théophylacti et consacré pape sous le nom de Sergius III le 29 janvier 904.[107]

Sergius III rouvre immédiatement le dossier Formose. Il réaffirme la condamnation du synode du cadavre dans son intention première — sans procéder à une nouvelle exhumation du corps — et déclare nulles les ordinations conférées par Formose (Mann), ce qui revient en pratique à exiger la réordination des clercs ordonnés sous Formose.[108][109] Le chaos sacramentaire en cascade qui en résulte — un évêque consacré par Formose ayant lui-même ordonné des prêtres, qui ont confirmé des fidèles, qui ont marié des couples : toute la chaîne devient canoniquement incertaine — produit en réponse les pamphlets d'Auxilius (In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi) et d'Eugène Vulgaire qui défendent la validité des ordinations formosiennes en s'appuyant explicitement sur la décision conciliaire de Jean IX en 898.[110][111]

L'Église universelle, à la longue, ignore la condamnation de Sergius III et valide a posteriori la décision de Jean IX. Comme le résume la Catholic Encyclopedia sur Formose : « beaucoup de livres furent écrits en sa défense ; finalement, l'Église entière reconnut que le procès de Formose avait été affaire de politique, non de piété ».[112] Mais cette reconnaissance tardive ne doit pas masquer que, sur le moment, la victoire conciliaire de Jean IX a été techniquement renversée par Sergius III en 904, puis lentement réimposée par la pratique de l'Église jusqu'à la fin du saeculum obscurum au milieu du XIᵉ siècle.

La mémoire historiographique : entre saeculum obscurum et lucidité

L'historiographie moderne — depuis Louis Duchesne (Liber Pontificalis, vol. II, Paris, 1892), Erich Caspar (Geschichte des Papsttums, 1933), Horace K. Mann (Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV, 1910) jusqu'aux travaux contemporains de Peter Llewellyn (Rome in the Dark Ages, 1971) et Peter Partner (The Lands of St Peter, 1972) — converge sur une réévaluation positive de Jean IX.

Infographie originale Ignispedia — l'héritage fragile de Jean IX : réparer Formose, stabiliser l'Empire, défendre les Slaves, puis subir la réversion de 904.

Au cœur du « siècle obscur » de la papauté — période de 904 à 964 dominée par les familles Theophylacti, Marozia et leurs successeurs[113] — Jean IX apparaît comme l'un des derniers pontifes lucides du IXᵉ siècle finissant, à la jonction entre la grande politique carolingienne de Jean VIII et la déchéance romaine du Xᵉ siècle. Son pontificat, bref mais cohérent, est celui d'un gouvernement de réparation qui a tenu en deux ans ce que ses prédécesseurs avaient mis dix ans à briser et ce que ses successeurs, à partir de 904, mettront soixante ans à dilapider.

Paraphrase de l'analyse de Lindsay Brook sur le saeculum obscurum (texte original anglais en note[114]) : les documents conservés montrent des papes souvent administrateurs compétents et diplomates habiles, parfois même réformateurs ; c'est le mode d'élection et la symbiose avec l'aristocratie romaine — non une immoralité universelle du clergé — qui a valu à la période sa sinistre réputation.

Jean IX n'est pas un saint au calendrier romain, ni un pape de premier plan. Mais le catholique du XXIᵉ siècle lui doit, parmi d'autres acquis, le principe disciplinaire — posé en 898, renversé en 904, rétabli par la pratique — selon lequel les morts ne sont pas justiciables des tribunaux ecclésiastiques, que la validité des sacrements ne dépend pas de la dignité personnelle du ministre, et que la liberté des Slaves vis-à-vis de la tutelle germanique méritait d'être défendue à Rome au prix d'une crise diplomatique majeure.

Une chronologie du pontificat

  1. Date inconnue
    Naissance à Tivoli
    Latium, fils de Rampoald

    La date de naissance de Jean est inconnue ; il naît à Tivoli, ville épiscopale du Latium, à 30 km à l'est de Rome.

  2. 891-896
    Ordination par Formose
    Pontificat de Formose

    Moine bénédictin, Jean est ordonné prêtre par le pape Formose dans une fenêtre temporelle de cinq ans.

  3. Janvier 897
    Synode du cadavre
    Sous Étienne VI

    Étienne VI fait exhumer le corps de Formose, le fait juger, le mutile et le jette dans le Tibre.

  4. Août 897
    Mort d'Étienne VI
    Étranglé en prison

    Soulèvement populaire à Rome contre le scandale du synode du cadavre.

  5. Décembre 897
    Théodore II
    Vingt jours de pontificat

    Théodore II annule le synode du cadavre et fait réinhumer Formose à Saint-Pierre. Il meurt très vite.

  6. Début 898
    Élection de Jean IX
    Contre Sergius

    Jean IX, soutenu par la maison ducale de Spolète, est élu pape malgré la tentative violente du parti Sergius (futur Sergius III).

  7. Avril-mai 898
    Concile de Rome
    Annulation du synode du cadavre

    Brûlage public des actes ; sept évêques excommuniés ; ordinations de Formose maintenues ; interdiction du procès des morts (renversée en 904, réimposée ensuite par la pratique).

  8. Juin 898
    Concile de Ravenne
    74 évêques selon Labbe et Mansi (73 selon Hefele) + l'empereur Lambert

    Dix canons disciplinaires (dix capitula dans l'énumération d'Hefele) ; confirmation des capitulaires carolingiens ; consécration papale en présence des légats impériaux.

  9. 15 octobre 898
    Mort de Lambert
    Près de Marengo

    L'empereur Lambert est tué près de Marengo (assassinat ou chute de cheval : versions concurrentes, source primaire réservée). Le pacte impérial de Jean IX vole en éclats.

  10. 899-900
    Restauration de la Moravie
    Un archevêque + trois évêques

    Jean IX envoie trois légats (Jean, Benoît, Daniel) qui consacrent une nouvelle hiérarchie morave à la demande de Mojmír II, contre la protestation virulente des évêques bavarois.

  11. Début 900 (date exacte incertaine)
    Mort de Jean IX
    Sépulture près de Saint-Pierre

    Jean IX meurt après environ deux ans de pontificat. Son successeur Benoît IV prolonge sa ligne pour trois ans encore.

  12. 29 janvier 904
    Sergius III
    Retour du rival

    Sergius, le rival écarté de 898, est consacré pape ; il rouvre la condamnation de Formose et exige la réordination des clercs formosiens.

La séquence des papes du synode du cadavre

Pour mesurer la violence chronologique de la crise traversée par Jean IX, il suffit d'aligner les neuf pontificats légitimes qui se succèdent entre 891 et 904 — auxquels s'ajoute le bref épisode de l'antipape Christophore — soit treize ans pour neuf papes, soit une durée moyenne de dix-sept mois par pontificat :

PapeDatesDuréeSort
Formose6 octobre 891 – 4 avril 8964 ans 6 moisMort naturelle, exhumé en 897
Boniface VIavril 89615 joursMort subite (goutte selon le LP ; cause disputée)
Étienne VImai 896 – août 8971 an 3 moisÉtranglé en prison
Romainaoût – novembre 8974 moisDéposé ; « fait moine » (sort ultérieur incertain)
Théodore IIdécembre 89720 joursMort soudaine de cause inconnue (foul play : hypothèse non établie)
Jean IXdébut 898 – début 900environ 2 ansMort naturelle
Benoît IVavril 900 – août 9033 ans 4 moisMort naturelle
Léon Vjuillet – septembre 9032 moisDéposé, étranglé en prison
Christophore (antipape)septembre 903 – janvier 9044 moisDéposé, étranglé en prison
Sergius III29 janvier 904 – 14 avril 9117 ans 2 moisInaugure le saeculum obscurum

Sources : Mann, Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV ; Duchesne, Liber Pontificalis, vol. II ; Annuario Pontificio.[115][116][117]

Infographie originale Ignispedia — neuf papes en treize ans : la séquence Formose-Sergius III dans laquelle Jean IX constitue la stabilisation centrale.

Dans ce paysage où trois pontifes sont morts violemment de façon établie entre 896 et 904 — Étienne VI, Léon V et l'antipape Christophore, tous trois étranglés en prison — et où un quatrième, Théodore II, fait seulement l'objet d'une hypothèse non établie de foul play[118][119], le pontificat de Jean IX — environ deux ans entièrement consacrés à la réparation, à la stabilisation impériale et à la mission slave — constitue l'unique séquence de gouvernement cohérent de toute la période.

Sources et bibliographie principales

Pour un sujet aussi étroitement contesté que l'épisode Formose-Étienne VI-Jean IX-Sergius III, la convergence des sources primaires et secondaires importe autant que leur dénombrement :

  • Sources primaires médiévales : Liber Pontificalis, notices CXVIII (Théodore II), CXIX (Jean IX) et CXX (Benoît IV), édition critique Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis : texte, introduction et commentaire, vol. II, Paris, E. de Boccard, 1892, p. 232-235 (notice abrégée pour Jean IX, signe de la crise documentaire de la période)[120] ; Annales Fuldenses, sub anno 898 ; Auxilius, In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi, et Eugène Vulgaire, De causa Formosiana libellus, édités d'après le manuscrit de Bamberg dans Ernst Dümmler, Auxilius und Vulgarius, Leipzig, 1866 ; Lettre de Theotmar de Salzbourg (juillet 900), éd. Fritz Lošek, MGH Studien und Texte 15, 1997, p. 138-157.[121][122]

  • Collections conciliaires : Giovanni Domenico Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, vol. XVIII, Venise, 1773, col. 217-244, pour les actes du concile de Rome (898) et du concile de Ravenne (898).[123]

  • Regestes pontificaux : Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ éd. Wattenbach-Loewenfeld, vol. I, Leipzig, 1885, n° 3527-3552, pour le pontificat de Jean IX.[124]

  • Synthèses historiographiques classiques : Horace K. Mann, Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV (The Popes in the Days of Feudal Anarchy, 891-999), Londres, Kegan Paul, 1910, p. 60-78, pour Jean IX (chapitre dont est tirée la Catholic Encyclopedia)[125] ; Erich Caspar, Geschichte des Papsttums von den Anfängen bis zur Höhe der Weltherrschaft, vol. II, Tübingen, J.C.B. Mohr, 1933, p. 56-79.

  • Synthèses contemporaines : Peter Llewellyn, Rome in the Dark Ages, Londres, Faber & Faber, 1971 ; Peter Partner, The Lands of St Peter : The Papal State in the Middle Ages and the Early Renaissance, Berkeley, University of California Press, 1972, p. 75-82.

  • Articles encyclopédiques de référence : « Pope John IX », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910[126] ; « Pope John IX », Wikipedia (anglais), version consultée le 4 juin 2026[127].

Pour aller plus loin

  • Pape Jean VIII (872-882) — le grand pontificat carolingien dont Jean IX prolonge la politique slave (bulle Industriae tuae) et la défense de Rome contre les factions.
  • Pape saint Nicolas Iᵉʳ le Grand (858-867) — le pape qui avait envoyé Formose comme légat en Bulgarie en 866, ouvrant la première grande politique pontificale d'évangélisation des Slaves.
  • Pape Formose (891-896) (à venir) — l'enjeu central du conflit ouvert par le synode du cadavre et tranché par Jean IX.
  • Pape Étienne VI (896-897) (à venir) — le pape du synode du cadavre, étranglé en prison.
  • Pape Théodore II (897) (à venir) — le pape de vingt jours qui posa les premiers gestes de réparation.
  • Pape Benoît IV (900-903) (à venir) — le successeur immédiat qui prolonge la ligne formosienne.
  • Pape Sergius III (904-911) (à venir) — le rival écarté de 898 qui défait, six ans plus tard, l'œuvre conciliaire de Jean IX.
  • Saints Cyrille et Méthode (à venir) — les apôtres des Slaves dont Jean IX restaure l'héritage en Moravie en 899-900.
  • Le saeculum obscurum (904-964) (à venir) — le « siècle obscur » de la papauté qui s'ouvre avec Sergius III, juste après le pontificat de Jean IX.
  • Le synode du cadavre (janvier 897) (à venir) — l'événement traumatique dont Jean IX devra purger la mémoire ecclésiale.
  • Lambert II de Spolète, empereur d'Italie (892-898) (à venir) — l'empereur que Jean IX soutient au concile de Ravenne, tué brutalement quatre mois plus tard.

Notes et références

  1. Le rang de 116e pape est celui des listes usuelles : « John IX, The 116th Pope », Spirituality for Today, Clemons Productions / Diocèse de Bridgeport : http://www.spirituality.org/is/249/pope_116.asp ; succession Théodore II → Jean IX → Benoît IV confirmée par la « List of Popes », Catholic Encyclopedia, vol. XII, New York, Robert Appleton Company, 1911 : https://www.newadvent.org/cathen/12272b.htm. Aucune page vatican.va à liste numérotée stable n'est citée à l'appui : la numérotation reste celle des listes usuelles, à reconfirmer sur source officielle. Pontificat daté de 898 à 900 dans les listes ; la date exacte du décès — parfois donnée comme le 26 mars — n'est attestée par aucune source contemporaine, Mann jugeant la date de sa mort incertaine (« died in the beginning of the year 900 »).

    1 5
  2. Horace K. Mann, « Pope John IX », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910, en ligne sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/08425a.htm (consulté le 4 juin 2026). Article de référence en anglais, tiré du chapitre consacré à Jean IX dans Horace K. Mann, Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV (The Popes in the Days of Feudal Anarchy, 891-999), Londres, Kegan Paul, 1910 (New Advent indique en source : vol. IV, 91 sqq.). Les deux passages cités dans le corps sont des traductions libres de l'anglais. Originaux anglais : (1) « John, who is acknowledged to have been both intelligent and moderate, held several synods in Rome and elsewhere (898). In them the ghastly synod of Stephen (VI) VII was condemned, and its Acts were burnt. Re-ordinations were forbidden, and those of the clergy who had been degraded by Stephen were restored to the ranks from which he had deposed them. » ; (2) « Not heeding the hectoring letters with which some of the German bishops endeavoured to dissuade him from hearkening to the Moravians, John sanctioned the consecration of a metropolitan and three bishops for the Church of the Moravians. » Fond : origine tiburtine, paternité de Rampoald, formation bénédictine, ordination par Formose, élection contestée contre Sergius, conciles de Rome et de Ravenne, mission morave, monnaies impériales conjointes. Sépulture : Mann écrit « He was buried just outside St. Peter's » ; le Liber Pontificalis la situe près de la basilique constantinienne — tombe non conservée : l'ancienne basilique fut démolie aux XVIᵉ-XVIIᵉ siècles et seules deux tombes pontificales des années 1490 y ont survécu reconstruites (« Old St Peter's Basilica », synthèse consultée le 4 octobre 2026).

    2 3 4 6 7 20 28 39 50 51 53 55 56 58 59 61 70 71 72 89 91 102 105 106 115 125 126
  3. « Cadaver Synod », Wikipedia (consultée le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Cadaver_Synod. Synode posthume tenu par Étienne VI en janvier 897 : exhumation du corps de Formose après neuf mois, jugement formel, dépouillement des ornements pontificaux, mutilation des trois doigts bénissants, profanation du cadavre jeté dans le Tibre. Annulation par Théodore II (décembre 897) puis confirmation conciliaire par Jean IX aux synodes de Rome (avril-mai 898) et de Ravenne (juin 898) : brûlage des actes, excommunication de sept prélats complices (« excommunicated seven cardinals involved in the Cadaver Synod », texte original), restauration des clercs dégradés, interdiction de tout procès intenté à un mort (posée en 898, renversée par Sergius III en 904, puis réimposée par la pratique).

    8 21 23 29 64 74
  4. « Pope Formosus », Wikipedia (consultée le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Formosus. Biographie de Formose (vers 816 – 4 avril 896), pontificat du 6 octobre 891 au 4 avril 896 ; trial cycle de 897-904 : synode du cadavre (Étienne VI, 897), réhabilitation par Théodore II (décembre 897), confirmation conciliaire par Jean IX (avril-mai 898 et juin 898), réversion par Sergius III (904) avec réordination forcée des clercs formosiens, défense doctrinale par Auxilius et Eugène Vulgaire dans leurs pamphlets contemporains.

    9 22 30 32 57 79 109 111 112
  5. Giovanni Domenico Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, vol. XVIII, Venise, 1773, col. 217-244, pour les actes du concile de Rome (avril-mai 898 ; décrets : col. 221 sq.) et du concile de Ravenne (juin 898 ; col. 229 ; mêmes références col. 229, Labbe t. IX col. 507-510 et Jaffé p. 305 / 2ᵉ éd. t. I p. 442, dans les notes d'Hefele) sous Jean IX. Édition de référence pour la documentation conciliaire latine du IXᵉ siècle finissant, complétée pour la critique moderne par Karl Joseph von Hefele & Henri Leclercq, Histoire des Conciles d'après les documents originaux, vol. IV, 2e partie, Paris, Letouzey & Ané, 1911, § 510 (« Derniers conciles du IXe siècle »), p. 715-719 — texte français contrôlé à la page le 4 octobre 2026 (archive.org) : douze décrets romains p. 716-717, dont le décret n° 1 « est déclaré par nous de nulle valeur ; et afin que rien de semblable ne se voie plus désormais, nous défendons de citer des morts en justice » ; décret n° 8 déposant et excommuniant Sergius, Benoît, Marin, Léon, Pascal et Jean ; Ravenne p. 717-718 (« soixante-treize évêques », Lambert présent, dix capitula) ; mort : « En [janvier] 900 mourut le pape Jean IX » (mois entre crochets) p. 718.

    10 12 34 73 75 83 85 101 123
  6. Auxilius, In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi (libellus prior et posterior), et autres opuscules, et Eugène Vulgaire, De causa Formosiana libellus, publiés d'après le manuscrit de Bamberg dans Ernst Dümmler, Auxilius und Vulgarius : Quellen und Forschungen zur Geschichte des Papstthums im Anfange des zehnten Jahrhunderts, Leipzig, Hirzel, 1866 (édition signalée dans les sources de l'article « Pope John IX » de la Catholic Encyclopedia). Pamphlets contemporains de la fin du IXᵉ et du début du Xᵉ siècle défendant la validité des ordinations conférées par Formose, s'appuyant explicitement sur la décision du concile romain de 898 sous Jean IX contre les exigences de réordination imposées par Sergius III en 904.

    11 33 80 110
  7. « Ravenna », McClintock and Strong Biblical Cyclopedia, en ligne : https://www.biblicalcyclopedia.com/R/ravenna.html (consultée le 4 juin 2026). « A council was held in 898 by John IX, in the matter of Formosus and Stephen ; the emperor Lambert being present and seventy-four bishops. Ten regulations were approved, which enacted the observation of the canons of the fathers and all that is contained in the capitularies of Charlemagne, Louis le Debonaire, Lothaire, and Louis II ; confirmed the privileges granted to the Church of Rome by the emperors ; and approved all that had been done in the Council of Rome, A.D. 898, in the matter of Formosus. » Synthèse classique d'après Philippe Labbe & Gabriel Cossart, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, Paris, 1671 (t. IX, col. 507 : soixante-quatorze évêques, dix règlements ; Labbe date le concile de 898, ou 904 selon ses tables), et Giovanni Domenico Mansi, vol. XVIII, Venise, 1773 (col. 229) — références confirmées par les notes d'Hefele, § 510.

    13 37 81 84 86 87
  8. « Lambert of Italy », Wikipedia (consultée le 4 juin 2026 sous le titre « Lambert II of Italy », URL vérifiée le 4 octobre 2026 — l'ancienne URL renvoie 404 après renommage de l'article) : https://en.wikipedia.org/wiki/Lambert_of_Italy. Lambert II de Spolète (875-898), fils de Guy III ; couronnement royal à Pavie (mai 891), couronnement impérial conjoint à Ravenne avec son père (30 avril 892, par Formose réticent) ; concile de Ravenne convoqué en juin 898 (soixante-dix évêques dans la version actuelle de cette synthèse, soixante-quatorze dans Labbe et Mansi repris par la Biblical Cyclopedia), confirmation du pacte de 891 par Jean IX, nullité du couronnement d'Arnulf de Carinthie, garantie impériale de l'élection pontificale. Mort le 15 octobre 898 à Marengo : « he was killed, either by assassination (by Hugo, son of Maginfred), a theory about which Liutprand, our primary source, is reserved, or by falling from his horse » — la chute de cheval restant elle-même non sourcée dans cette synthèse. Inhumé à Plaisance. Jour exact (15 octobre) transmis par l'infobox de cette synthèse (revérifié le 4 octobre 2026) : le locus primaire exact chez Liutprand de Crémone (Antapodosis) reste à confirmer page à page.

    14 18 35 36 38 40 41 82 88
  9. « Archbishopric of Moravia », Wikipedia (consultée le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Archbishopric_of_Moravia. La hiérarchie ecclésiastique morave est restaurée par Jean IX en 899-900 : envoi de trois légats (l'archevêque Jean, les évêques Benoît et Daniel) qui consacrent un archevêque et trois évêques suffragants à la demande de Mojmír II. Protestation virulente des évêques bavarois conduits par Theotmar de Salzbourg dans la lettre de juillet 900 (éd. Fritz Lošek, MGH Studien und Texte 15, 1997), reprochant au pape d'avoir enfreint la juridiction missionnaire salzbourgeoise sur la Pannonie et la Moravie.

    15 44 47 94 97 99 122
  10. Synthèse contemporaine sur Mojmír II (898-907), prince morave et fils de Svatopluk Iᵉʳ. Demande adressée à Jean IX en 898 ou 899 pour restaurer la hiérarchie ecclésiastique slave indépendante de Salzbourg, suite à l'effondrement de l'organisation cyrillo-méthodienne depuis l'expulsion des disciples de Méthode en 886. Voir Charles R. Bowlus, Franks, Moravians, and Magyars : The Struggle for the Middle Danube, 788-907, University of Pennsylvania Press, 1995, et Imre Boba, Moravia's History Reconsidered, La Haye, Martinus Nijhoff, 1971.

    16 43 92
  11. « Great Moravia », Wikipedia (consultée le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Great_Moravia. Restauration ecclésiastique morave de 898 sous Jean IX après une période sans hiérarchie autonome depuis la mort de Méthode (885) et l'expulsion de ses disciples (886). Mention complémentaire de la lettre de Theotmar de Salzbourg (vers 900) qui protestait également contre les alliances morave-magyares.

    17 42 45 48 93 95 98
  12. « Pope Sergius III », Wikipedia et « Pope Sergius III », Catholic Encyclopedia, vol. XIII, New York, Robert Appleton Company, 1912 : https://www.newadvent.org/cathen/13729a.htm. Sergius, candidat malheureux au pontificat en 898 contre Jean IX, chassé de Rome et excommunié ; consacré pape sous le nom de Sergius III le 29 janvier 904 après les pontificats brefs de Léon V et de l'antipape Christophore (tous deux étranglés en prison). Mann (CE, vol. XIII) : « Sergius at once declared the ordinations conferred by Formosus null » — d'où, en pratique, l'exigence de réordination des clercs formosiens ; décision dénoncée par Auxilius et Eugène Vulgaire comme contraire au principe sacramentaire augustinien. En revanche, les accusations d'homicide de ses deux prédécesseurs et de relations avec Marozia, rapportées par des adversaires, sont jugées « highly doubtful » par Mann.

    19 31 60 62 63 76 78 107 108 119
  13. Horace K. Mann, « Pope Formosus », Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, en ligne sur New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/06139b.htm (consulté le 4 octobre 2026). Sur le synode du cadavre : « The papal vestments were torn from his body ; the three fingers which the dead pope had used in consecrations were severed from his right hand ; the corpse was cast into a grave in the cemetery for strangers, to be removed after a few days and consigned to the Tiber. » Sur la réparation : « In 897 the second successor of Stephen had the body, which a monk had drawn from the Tiber, reinterred with full honours in St. Peter's » — soit Théodore II, second successeur d'Étienne VI après Romain.

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  14. « Pope Theodore II », Wikipedia (consultée le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Theodore_II. Théodore II, né en 840, fils de Photius (homonyme byzantin), Romain d'origine ; pontificat d'environ vingt jours en décembre 897. Annule les sentences du synode du cadavre, fait remonter le corps de Formose du port du Tibre, et le fait réinhumer en habits pontificaux à Saint-Pierre. Mort en charge de cause inconnue. L'hypothèse d'un foul play n'est avancée que par certains auteurs modernes (par exemple Wendy Reardon, « suggest the possibility of foul play »), tandis que Mann propose une autre explication (des papes infirmes ou âgés auraient été élus intentionnellement). Éloge de Flodoard de Reims († 966) : « beloved of the clergy, a friend of peace, temperate, chaste, affable and a great lover of the poor ».

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  15. Lettre de Theotmar, archevêque de Salzbourg, et de l'épiscopat bavarois au pape Jean IX, juillet 900 (datation conventionnelle ; le destinataire pontifical n'est pas nommé dans la lettre, les historiens l'identifient à Jean IX), éditée par Fritz Lošek, Die Conversio Bagoariorum et Carantanorum und der Brief des Erzbischofs Theotmar von Salzburg, Hanovre, 1997 (MGH, Studien und Texte, 15), p. 138-157 — aucune édition dans les MGH Epistolae à ce jour. Cosignataires : Waldo de Freising, Erchanbald d'Eichstätt, Zacharie de Säben, Tuto de Ratisbonne et Richarius de Passau. La lettre conteste à la fois la consécration de l'archevêque et des trois évêques moraves par les légats de Jean IX, l'absence de consultation du métropolite franc compétent et l'alliance morave avec les Magyars païens. Première synthèse de référence : Heinz Wolfram, Conversio Bagoariorum et Carantanorum : Das Weißbuch der Salzburger Kirche über die erfolgreiche Mission in Karantanien und Pannonien, Vienne, Böhlau, 1979 ; analyse plus récente : Charles R. Bowlus, Franks, Moravians, and Magyars : The Struggle for the Middle Danube, 788-907, University of Pennsylvania Press, 1995, p. 232-241.

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  16. « Pope John IX », Wikipedia (version anglaise consultée le 4 juin 2026, revérifiée le 4 octobre 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_John_IX. Synthèse moderne croisant Mann, Caspar et Duchesne ; naissance « c. 825 » dans l'infobox actuelle (sans source primaire citée ; les versions antérieures indiquaient « Unknown ») ; l'infobox indique « January 900 » sans source primaire, tandis que le corps de la même synthèse dit seulement « died in the year 900 » — mois et jour incertains, conformément à Mann ; pontificat d'environ deux ans ; élection contestée par Sergius, conciles de 898, mission morave de 899-900.

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  17. « John IX of Rome », OrthodoxWiki (consulté le 4 juin 2026) : https://orthodoxwiki.org/John_IX_of_Rome. Synthèse orthodoxe sur Jean IX qui confirme : tiburtine origine, paternité de Rampoald, ordination par Formose, élection en 898 contre Sergius, synodes de Rome et de Ravenne en 898, restauration morave de 899-900, mort en mars 900 (datation propre à cette synthèse ; jour exact incertain par ailleurs).

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  18. Saint Augustin d'Hippone, De baptismo contra donatistas, livre IV, chap. 16-18 (CSEL 51, p. 248-258), édition Petschenig, Vienne, 1908. Texte fondateur du principe sacramentaire occidental : « sacramentum manet integrum, etiamsi minister indignus sit » — le sacrement demeure intègre, même si le ministre est indigne. Ce principe, dirigé par Augustin contre les donatistes du IVᵉ-Vᵉ siècle, sert d'argument décisif aux défenseurs de Formose contre Sergius III en 904-911.

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  19. « John IX, The 116th Pope », Spirituality for Today, Clemons Productions / Diocèse de Bridgeport (avril 2016) : http://www.spirituality.org/is/249/pope_116.asp (consulté le 4 octobre 2026). Synthèse catholique qui rapporte notamment : « Pope John confirmed the status of the monastery of Monte Cassino. » Confirmation indépendante : Oxford Reference (« John IX ») : « He is recorded as having confirmed the privileges of the great abbey of Monte Cassino ».

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  20. Louis Duchesne (éd.), Le Liber Pontificalis : texte, introduction et commentaire, vol. II, Paris, Ernest Thorin (Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome), 1892, notice CXIX (Jean IX), p. 232-235. Notice très abrégée pour cette période, signe de la crise documentaire que traverse Rome entre 882 et 904 ; texte centré sur l'élection, les conciles de 898 et la sépulture du pape « près de la basilique constantinienne ». Voir aussi « Liber Pontificalis », Wikipedia (consultée le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Liber_Pontificalis. Pour la période Stephen V (885-891) jusqu'au XIᵉ siècle, « the historical notes are extremely abbreviated, usually with only the pope's origin and reign duration ».

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  21. « Saeculum obscurum », Wikipedia (consultée le 4 juin 2026) : https://en.wikipedia.org/wiki/Saeculum_obscurum. Période 904-964 dominée par les familles Theophylacti, Théodora et Marozia. Caractérisée par des méthodes d'élection problématiques et un contrôle aristocratique romain plus que par une immoralité cléricale universelle. Analyse de l'historien Lindsay Brook (texte original : « Surviving documents (and there are obvious lacunae) make it clear that many were competent administrators, and skilful diplomats in difficult and dangerous times. Some were even reformers, keen to root out discreditable practices such as simony. […] Rather, it is the manner of the election of many of them and their symbiotic relationship with the Roman aristocracy that has earned their regime the designation pornocracy. »), citée d'après « Saeculum obscurum », Wikipedia (consultée le 4 octobre 2026). Le pontificat de Jean IX (898-900) précède immédiatement cette période et en représente une dernière respiration de gouvernement cohérent au cœur de la crise.

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  22. Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum ab condita Ecclesia ad annum post Christum natum MCXCVIII, 2ᵉ éd. F. Kaltenbrunner, P. Ewald, S. Loewenfeld & W. Wattenbach, vol. I (A S. Petro ad annum MCXLIII), Leipzig, Veit, 1885, n° 3527-3552, pour le pontificat de Jean IX. Regeste de référence pour l'ensemble des actes pontificaux du IXᵉ siècle.

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