Pape Étienne VI (896-897)

Pape de mai 896 à août 897, Étienne VI est entré dans l'histoire pour avoir présidé le Synode du Cadavre de janvier 897, où il fit exhumer, juger et mutiler le corps de Formose, avant d'être lui-même déposé et étranglé en prison.

Ignispedia

Pape Étienne VI (Stephanus VI, parfois numéroté Stephanus VII dans les listes antérieures à 1961) gouverne l'Église de Rome à partir du 22 mai 896 (date traditionnelle ; pontificat attesté avant le 11 juin 896[2][3]) et jusqu'à sa mort par étranglement en **août 897. Le Saint-Siège le présente comme le 113e pape de l'Église catholique ; son pontificat dure environ quinze mois, dans une Rome qui voit, entre avril 896 et décembre 897 — en moins de deux ans —, cinq pontifes se succéder : Formose, Boniface VI, Étienne VI, Romain et Théodore II (Jean IX, élu en janvier 898, est le sixième de la séquence 896-898).[4][5][6][7] Né à Rome, fils d'un prêtre nommé Jean, il avait été ordonné prêtre par Étienne V, puis consacré évêque d'Anagni vers 891 par celui qu'il jugera plus tard : Formose lui-même.[8][9][10]

Son pontificat n'a laissé ni encyclique majeure, ni définition dogmatique, ni grande œuvre administrative. Il est entré dans l'histoire universelle pour un seul acte : le Synode du Cadavre (Synodus Horrenda) tenu au **Latran en janvier 897. Cet acte est sans équivalent dans toute l'histoire pontificale : Étienne VI fait exhumer le corps de son prédécesseur Formose, mort neuf mois plus tôt, le revêt des ornements pontificaux, le pose sur le trône apostolique, fait répondre un diacre à sa place, le déclare coupable, annule toutes ses ordinations, lui fait trancher les doigts de la bénédiction, le rhabille en laïc, et fait **jeter sa dépouille dans le Tibre. [11][12][13]

Le scandale fait éclater Rome. Une insurrection populaire se déclenche dans l'été 897 ; selon plusieurs sources médiévales un tremblement de terre ébranle la basilique du Latran. Étienne VI est déposé, peut-être contraint de prendre l'habit monastique, puis emprisonné et étranglé dans sa cellule, vraisemblablement en **août 897.[14][15][16] Dès décembre 897, Théodore II convoque un synode qui annule la sentence ; en 898, Jean IX confirme l'annulation aux synodes de Rome et de Ravenne, fait brûler les actes du Synode du Cadavre, excommunie sept cardinaux qui y avaient participé, et interdit, par décision disciplinaire des synodes de 898 — non par un dogme irréformable —, tout procès post mortem dans l'Église catholique.[17][18]

“ Alors que tu étais évêque de Porto, pourquoi, par esprit d'ambition, as-tu usurpé le siège universel romain ?” — discours adressé au cadavre de Formose lors du procès du Latran, Liutprand de Crémone, Antapodosis I, 30, vers 958-962[19]

Pourquoi Étienne VI compte-t-il ?

Le seul pape qui ait jugé un pape mort

Étienne VI est, dans toute l'histoire de l'Église catholique, le seul pontife à avoir formellement jugé un autre pape après sa mort, avec procédure synodale, comparution simulée du corps, sentence et mutilation. Aucune autre crise pontificale — ni la pornocratie du Xe siècle, ni le Grand Schisme d'Occident, ni la querelle des investitures, ni les Borgia — n'a produit un tel acte. Serge III, qui tentera en 904 de réhabiliter la sentence, ne refera pas le procès lui-même : il se contentera de ratifier celui d'Étienne VI.[20][21] Le Synode du Cadavre est donc un événement unique, et le nom d'Étienne VI lui reste attaché comme aucun autre pape n'est attaché à un de ses actes.

Une contradiction canonique inscrite dans son propre corps

Le paradoxe d'Anagni résume l'impasse juridique : en attaquant toutes les ordinations de Formose, Étienne VI fragilisait aussi sa propre consécration épiscopale. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Étienne VI avait été consacré évêque d'Anagni par Formose lui-même, vers 891.[22][23] Lorsque le Synode du Cadavre déclare nulles toutes les ordinations conférées par Formose, il invalide **rétroactivement la consécration épiscopale qui faisait d'Étienne un évêque. Or pour devenir pape, il fallait être évêque. La sentence prononcée contre Formose **détruit donc logiquement la légitimité de celui qui la prononce. Cette contradiction canonique vivante — un juge qui scie la branche sur laquelle il est assis — est le cœur théologique de l'épisode, et c'est elle qui rendra la sentence inapplicable et inacceptable pour la tradition catholique.[24][25]

Une catastrophe qui fonde, par contraste, la doctrine sacramentaire

Sans le scandale du Synode du Cadavre, la théologie catholique n'aurait peut-être pas formulé aussi vite la distinction entre la validité d'un sacrement (qui dépend de la grâce du Christ) et sa liceité (qui dépend des conditions canoniques). Étienne VI met l'Église devant l'impasse : faut-il ré-ordonner des centaines de clercs ordonnés par Formose ? Auxilius de Naples, prêtre ordonné précisément par Formose, écrira entre 908 et 911 plusieurs traités pour démontrer que non — les ordinations valent par le Christ, non par la dignité du ministre. La position d'Auxilius, prolongée par Théodore II et Jean IX, deviendra la position constante de l'Église, reprise à Trente sous la formule ex opere operato (canon 8 sur les sacrements en général).[26][27][28]

Une chute aussi rapide que le scandale

Étienne VI n'a pas survécu à son propre acte. Six à huit mois après le Synode du Cadavre, il était mort, étranglé dans une cellule. C'est l'**un des cas les plus brefs où une violence ecclésiale a été immédiatement sanctionnée par l'Église elle-même. Théodore II annule en décembre 897 ; Jean IX confirme en 898. Aucun pape n'a repris le nom d'Étienne depuis Étienne IX (1057-1058).[29] Pour une lecture catholique, la séquence rapide « scandale → mort du fauteur → annulation synodale → interdiction définitive” est précisément l'inverse d'un système ecclésial pourri : c'est le signe d'un corps qui se purge lui-même d'un abus.

Les sources principales

SourceNatureApport pour Étienne VILimite
Saint-SiègeListe pontificale officielleNuméro (113e), pontificat (vers le 22 mai 896 — août 897), maintien dans la successionNotice très brève, pas de note critique
Liber Pontificalis (éd. Duchesne, 1886-1892)Recueil officiel des ViesNotice très courte, déjà partisaneCompilation tardive
Liutprand de Crémone, Antapodosis I, 30 (vers 958-962)Récit narratif vivaceDescription du procès, formule fameuse adressée au cadavreÉcrit ~60 ans après les faits, hostile, attribue par confusion la formule à Serge III
Annales Alamannici, ad an. 897Annales contemporaines (Allemagne)Récit sobre du procès et du jet du corps dans le TibreTrès bref
Annales Fuldenses, ad an. 897Annales contemporaines (Francie orientale)Mention indépendanteHostile à la curie romaine
Auxilius de Naples (908-911)Apologétique pro-formosienneDéfense de la validité des ordinations de Formose, et donc de l'invalidité de la sentence d'Étienne VIAuteur partie prenante, mais doctrinalement décisif
Frodoard de Reims, De Christi triumphis apud Italiam (Xe s.)Source narrative contemporaineContexte de la séquence 896-898Récit panégyrique latin
Catholic Encyclopedia (vol. XIV, 1912), notice de Horace K. MannSynthèse catholiqueOrigines, consécration d'Anagni, élection, procès, mortNotice ancienne, parfois prudente sur les détails
Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV (1910)Biographie détailléePages 99 sq. : pontificat, procès, chuteHistoriographie de 1906-1910, parfois apologétique
Ferdinand Gregorovius, History of the City of Rome in the Middle Ages, vol. III (1903)Grande histoire de RomeRécit dense du Synode, sort du corpsTendance protestante et anticléricale
O. Bertolini, "Stefano VI papa", Dizionario Biografico degli Italiani (Treccani, vol. 94)Synthèse italienne contemporaineCinq ans à Anagni, élection avant le 11 juin 896, restriction des annulations à Rome, hypothèses de motivation, mortSpécialisée, dense
William S. Monroe et al., A New Look at the Cadaver Synod (Cité du Vatican, 2022)Étude collective récenteRéévaluation critique, lien avec la vénération populaire de FormoseAcadémique, en anglais
Joëlle Jégou, Cahiers de Civilisation Médiévale 58 (2015)Article académiqueAnalyse institutionnelle des chefs d'accusationSpécialisée
Encyclopaedia Britannica, notices "Stephen VI (or VII)" et "Cadaver Synod"Synthèse anglophoneDates, sentence, étranglementTrès brève
Wikipedia EN/IT, Pope Stephen VI / Papa Stefano VI / Cadaver SynodSynthèses encyclopédiquesDate d'élection (22 mai 896), Castel Sant'Angelo, translation par Serge III en 907À croiser avec les sources savantes

Avant le pontificat : d'Anagni à Rome

Origines romaines et famille

Étienne est né à Rome, à une date inconnue, dans la seconde moitié du IXᵉ siècle.[30][31] La Catholic Encyclopedia le présente sobrement : « He was a Roman, the son of John, a priest”[32]. Aucune source contemporaine n'indique sa date de naissance, son lieu précis dans Rome, son éducation, ni les attaches familiales du presbyteros Jean qui était son père.

Ce silence est cohérent avec ce qu'on observe pour la plupart des clercs romains du IXᵉ siècle. La carrière ecclésiastique absorbe la biographie : l'homme n'existe pour les chroniqueurs que lorsqu'il devient utile à un pape. À l'époque où Étienne entre dans les sources, il est déjà un clerc romain formé, capable d'être ordonné prêtre directement par le pontife régnant.

Le fait que son père ait été prêtre mérite une note : avant la réforme grégorienne, le clergé romain est largement marié ou issu de lignées sacerdotales, sans contradiction avec la discipline alors en vigueur, qui n'imposait pas le célibat universel des prêtres latins comme ce sera le cas après le Latran I (1123) et surtout le Latran II (1139). Le contexte est typique d'une élite cléricale héréditaire qui tient une grande partie de la curie romaine de l'époque.

Ordination presbytérale sous Étienne V

Étienne est ordonné prêtre par Étienne V (885-891). C'est la Catholic Encyclopedia qui l'établit, sans préciser la date.[33] L'ordination intervient donc entre 885 et 891, vraisemblablement avant la fin du pontificat d'Étienne V puisque le futur Étienne VI est consacré évêque sous le pontificat suivant. On peut situer cette ordination dans la **seconde moitié des années 880.

Évêque d'Anagni par Formose (vers 891)

Sous Formose — devenu pape le 6 octobre 891 — Étienne est consacré évêque d'Anagni, siège suffragant à environ soixante-dix kilomètres au sud-est de Rome. Le Dizionario Biografico degli Italiani est explicite : il occupe Anagni « pendant cinq ans” avant son élection romaine, ce qui place la consécration en 891, sans doute dans les premiers mois du pontificat de Formose.[34][35]

La cathédrale Santa Maria d'Anagni rappelle le siège épiscopal confié à Étienne par Formose vers 891. Photographie patrimoniale Wikimedia Commons.

Anagni est un siège ecclésiastiquement modeste, mais politiquement important : sur la route entre Rome et la Campanie spolétine, c'est l'un des verrous de la frontière sud du patrimoine pontifical. Le confier à un clerc romain formé indique que Formose voit en Étienne un homme de confiance, ou du moins un homme acceptable des deux camps qui s'affrontaient déjà — la curie romaine traditionnelle et les Spolétins qui montaient.

La consécration « possiblement contre sa volonté”

La Catholic Encyclopedia écrit, dans une formule prudente et lourde de conséquences : Étienne « avait été consacré évêque d'Anagni, possiblement contre sa volonté, par Formose”[36]. La précision est ancienne mais reprise par les historiens : elle suggère que la consécration de 891 a été imposée à Étienne, ou du moins acceptée sans enthousiasme. Le motif n'est pas explicité.

Quelle qu'en soit la raison, cette consécration sera, six ans plus tard, **le nœud théologique du Synode du Cadavre. Si l'on annule rétroactivement toutes les ordinations conférées par Formose, alors la consécration d'Anagni est nulle, donc Étienne n'a jamais été évêque, donc il n'aurait pas pu être élu pape en 896, donc le Synode du Cadavre lui-même est juridiquement nul. La théorie soutenue par certains chroniqueurs tardifs — notamment Sigebert de Gembloux au XIIᵉ siècle — selon laquelle Étienne aurait précisément voulu se débarrasser de cette consécration jugée encombrante, est jugée peu crédible par les sources contemporaines, comme l'a montré le DBI :

“ L'hypothèse selon laquelle Étienne aurait cherché à se légitimer après avoir été consacré évêque par Formose ne trouve pas d'appui dans les sources contemporaines ; elle n'apparaît que chez Sigebert de Gembloux, plus tardif, avec une chronologie problématique.” — O. Bertolini, Stefano VI papa, Dizionario Biografico degli Italiani, Treccani[37]

La motivation réelle d'Étienne VI reste donc une question ouverte que les sections suivantes examineront en confrontant trois hypothèses concurrentes.

L'élection de mai 896

La mort de Formose et le pontificat éclair de Boniface VI

Formose meurt à Rome le 4 avril 896, à environ quatre-vingts ans, quelques semaines après avoir couronné Arnulf de Carinthie empereur à Saint-Pierre.[38] Le couronnement avait été un acte de défi à l'égard des Spolétins, et la mort de Formose les libère.

La curie élit aussitôt un prêtre romain âgé, Boniface VI, qui meurt quinze jours plus tard, vraisemblablement le **26 avril 896. Les sources ne tranchent pas sur la cause de cette mort éclair ; les hypothèses vont de la maladie à l'empoisonnement, sans preuve.[39][40] L'élection de Boniface VI sera elle-même annulée rétroactivement par Jean IX en 898, ce qui crée pour la liste pontificale officielle une tension durable.[41]

Une élection sous double tutelle : Faroldo puis les Spolétins

Le DBI Bertolini introduit ici un détail capital, souvent oublié : entre la mort de Boniface VI (fin avril 896) et le début de l'année 897, **Rome n'est pas immédiatement sous contrôle spolétin. L'empereur Arnulf, couronné le 22 février 896 par Formose, y a laissé un envoyé impérial nommé Faroldo, qui exerce une autorité réelle.[42] L'élection d'Étienne VI a donc lieu **alors que Rome est encore tenue, au moins formellement, par les Carolingiens.

La carte politique de 896-897 montre pourquoi l'élection d'Étienne VI ne peut pas être réduite à une simple installation spolétine : Faroldo, Arnulf, Lambert, Ageltrude et la curie romaine se croisent dans un équilibre très instable. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ce point change significativement la lecture habituelle. La narration apologétique simple — « Lambert et Ageltrude installent leur créature Étienne pour venger Formose” — ne tient pas chronologiquement. Lambert et Ageltrude ne reprennent Rome qu'entre août 896 et janvier 897, après le départ de Faroldo. L'élection d'Étienne VI, antérieure à ce basculement, doit donc s'expliquer par d'autres dynamiques : la politique interne du clergé romain, ses factions, et son rapport ambigu à Formose.

Avant le 11 juin 896 : le terminus ante quem

La date d'élection d'Étienne VI est traditionnellement fixée au **22 mai 896. [43][44] Le DBI Bertolini est plus prudent : il établit seulement qu'Étienne est pape « avant le 11 juin 896”, sur la base de documents qu'il a signés à cette date au plus tard.[45] La cohérence des deux indications est satisfaisante : élection le 22 mai, premiers actes signés avant le 11 juin.

Étienne VI ou Étienne VII ? La question de la numérotation

La numérotation pose une difficulté reconnue. En 752, un prêtre romain nommé Étienne avait été élu pape mais était **mort avant d'avoir reçu la consécration épiscopale. Pendant des siècles, les listes pontificales l'ont parfois compté, parfois exclu. La Catholic Encyclopedia de 1912 titre encore « Pope Stephen (VI) VII”, en double numérotation.[46]

La double numérotation vient de l'élu de 752, mort avant consécration épiscopale : les ouvrages anciens peuvent donc appeler Étienne VII le pape que l'usage actuel nomme Étienne VI. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est avec l'Annuario Pontificio de 1961 que le Saint-Siège a tranché : l'élu de 752 n'ayant jamais été évêque, il ne peut être compté dans la succession apostolique. Tous les Étienne postérieurs ont reculé d'un numéro. C'est ce qui explique que les ouvrages anciens parlent d'un « Étienne VII” (897) et que les ouvrages contemporains parlent d'un « Étienne VI” (897), pour désigner exactement la **même personne.

“ Stephen VI ou VII selon les conventions historiques antérieures aux années 1960.” — Wikipedia, notice Pope Stephen VI, résumant la décision de l'Annuario Pontificio 1961[47]

L'usage Ignispedia, aligné sur le Saint-Siège actuel, est de l'appeler **Étienne VI.

Le pontificat (mai 896 — août 897)

Une politique progressivement pro-spolétine

Pendant les premiers mois (mai-août 896), Étienne VI gouverne dans le cadre laissé par Formose : un Latran encore marqué par la diplomatie d'Arnulf, un Faroldo qui pèse, des évêques formosiens en place. Aucun acte d'éclat anti-formosien n'est attesté avant le départ de Faroldo.[48] À l'automne 896 et au début 897, Lambert de Spolète et sa mère Ageltrude reviennent à Rome ; le basculement vers la politique de revanche s'opère alors.

Une difficulté pour l'historiographie est d'identifier le moteur réel de ce basculement. Le DBI Bertolini souligne que Lambert lui-même, en 898 à Ravenne, soutiendra la réhabilitation de Formose sous Jean IX.[49] Le couple mère-fils n'était donc pas, en soi, aussi « anti-formosien” que le présuppose une lecture rapide. Reste qu'Ageltrude, veuve de Guy III de Spolète, avait des raisons personnelles plus dures de garder rancune à Formose, qui avait couronné Arnulf à la place de son fils Lambert.

Les actes ordinaires : Narbonne, Vézelay, Psalmodi, Foulques de Reims

Le pontificat d'Étienne VI n'a pas été uniquement le pontificat du Synode du Cadavre. Le DBI signale plusieurs actes administratifs ordinaires : confirmation des possessions de l'Église de Narbonne et de l'abbaye de Vézelay, protection du monastère de Psalmodi, correspondance avec l'archevêque Foulques de Reims au sujet d'un projet de **concile à Ravenne en septembre 896.[50]

Ces actes montrent une continuité administrative : la curie continue de tourner, des lettres sortent, des privilèges sont confirmés, des conciles sont projetés. Étienne VI n'est pas un anti-pape isolé ; il fait fonctionner la machine pontificale dans la routine. Cette normalité de surface rend le Synode du Cadavre encore plus stupéfiant.

Le concile prévu à Ravenne (septembre 896)

Le projet d'un concile à Ravenne en septembre 896, attesté par la correspondance avec Foulques de Reims, n'a pas abouti. Il est resté lettre morte, sans doute à cause de l'évolution politique italienne au cours de l'été. Mais sa conception même montre qu'Étienne VI, dans les premiers mois de son pontificat, se voulait un pape de gouvernement et non un pape de scandale. Le concile prévu n'avait rien d'anti-formosien : il portait sur les affaires courantes de l'Église franque.[51]

Le basculement vers le Synode du Cadavre

À une date qui n'est pas fixable précisément — entre la fin 896 et le tout début 897 — la décision est prise. Trois facteurs s'additionnent vraisemblablement :

  1. Le retour de Lambert et d'Ageltrude à Rome après le départ de Faroldo, qui rend possible une politique ouvertement anti-formosienne ;
  2. La vénération populaire naissante dont jouit le corps de Formose à Saint-Pierre, et que des historiens contemporains comme William S. Monroe identifient comme le déclencheur réel : Étienne VI veut empêcher la formation d'un culte autour de son prédécesseur[52] ;
  3. Une pression interne au clergé romain anti-formosien, qui voit dans la mort du vieux pape l'occasion d'inverser une politique vécue comme imposée par la curie nicolaïenne et adrianienne.

Le procès est convoqué pour **janvier 897.

Le Synode du Cadavre (janvier 897)

Le décor : la basilique du Latran

Le synode se tient à Rome, en **janvier 897. Les sources convergent sur la basilique Saint-Jean-de-Latran, alors siège papal officiel ; le DBI signale toutefois qu'une partie de l'historiographie italienne place le procès au Vatican (Saint-Pierre), où le tombeau de Formose se trouvait, ce qui n'est pas exclu pour les premières séances avant le transfert au Latran.[53][54] Le synode dure deux ou trois jours, en présence du clergé romain et de plusieurs évêques convoqués.[55]

L'exhumation et la mise en scène

Le corps de Formose, mort depuis environ neuf mois, est exhumé de son tombeau de Saint-Pierre. Il est revêtu des ornements pontificaux — chasuble, étole, pallium —, coiffé de la tiare, et **assis sur le trône pontifical. Un diacre est désigné pour répondre aux accusations à sa place. La mise en scène est explicitement décrite par les Annales Alamannici :

“ Et Étienne fit sortir le pape Formose de son tombeau, le plaça sur le trône apostolique, un diacre fut chargé de répondre pour lui, ses vêtements apostoliques lui furent arrachés, son corps fut traîné à travers la basilique ; le sang coulait de sa bouche, et il fut jeté dans le fleuve.” — Annales Alamannici, ad an. 897 (MGH SS I)[56]

Les trois chefs d'accusation canoniques

Les sources convergent sur trois griefs principaux retenus contre Formose :

Les trois griefs du Synode du Cadavre visent la fonction de Formose : parjure, translation de Porto à Rome, et exercice contesté de l'épiscopat. Infographie originale Ignispedia créée par IA.
  1. Parjure du serment de Troyes (878) : Formose, frappé d'excommunication par Jean VIII en 876 puis exilé en Francie, avait juré au concile de Troyes (août-septembre 878) de **ne plus rentrer à Rome ni exercer le ministère sacerdotal. En revenant sous Marin Iᵉʳ (883) puis en devenant pape en 891, il aurait rompu ce serment.[57][58]
  2. Translation épiscopale illicite : évêque de Porto depuis 864, Formose serait passé en 891 au siège de Rome contrairement aux canons de Nicée qui interdisaient les translations.[59][60]
  3. Exercice indu de l'épiscopat : ayant été déposé puis ayant juré une vie laïque, Formose aurait exercé l'épiscopat romain en état de laïc, rendant tous ses actes nuls.[61]

Ces trois griefs forment, comme l'observe Joëlle Jégou, un dispositif canoniquement cohérent : ils visent non la doctrine de Formose mais la personne et la fonction, et permettent d'invalider rétroactivement tous ses actes pontificaux, **y compris les ordinations.[62]

La parole adressée au cadavre

La scène la plus célèbre du procès est la mise en accusation directe du cadavre par le pape vivant. La formule conservée par Liutprand de Crémone est l'expression la plus citée du Synode du Cadavre dans toute la littérature occidentale :

“ Cum Portuensis esses episcopus, cur ambitionis spiritu Romanam universalem usurpasti sedem ?” — “ Alors que tu étais évêque de Porto, pourquoi, par esprit d'ambition, as-tu usurpé le siège universel romain ?” — Liutprand de Crémone, Antapodosis I, 30, vers 958-962[63]

Une nuance philologique s'impose ici, qui n'a pas été soulignée dans l'article voisin sur Formose. Dans le texte de Liutprand tel qu'il est conservé, c'est en réalité Sergius (Serge III) qui prononce la formule contre le cadavre, et non Étienne VI : Liutprand télescope les deux procès anti-formosiens (897 sous Étienne VI, 904 sous Serge III) en une seule scène, qu'il attribue à Sergius.[64] La tradition historique attribue néanmoins la formule à Étienne VI, parce que c'est lui qui a réellement tenu le procès posthume en 897 ; Serge III, en 904, n'a fait que ratifier la sentence d'Étienne sans rejouer la scène. La formule reste donc vraie en substance comme expression du Synode du Cadavre, mais elle rend compte d'une compression narrative chez Liutprand. La rigueur encyclopédique impose de le signaler.

La sentence : déposition rétroactive

La sentence prononcée à l'issue du procès est triple :

  1. Déposition rétroactive : Formose est déclaré déchu rétroactivement de la papauté ; tous ses actes pontificaux sont annulés.
  2. Annulation des ordinations : tous les clercs ordonnés par Formose — diacres, prêtres, évêques — sont déclarés **non ordonnés.
  3. Mutilation et infamie corporelle : le corps est dépouillé des ornements pontificaux, ses doigts de bénédiction sont tranchés, il est revêtu d'habits laïcs, traîné à travers la basilique, et finalement **jeté dans le Tibre.[65][66][67]

Le DBI Bertolini ajoute un point important : **les annulations sont restreintes à Rome.[68] Étienne VI n'aurait pas étendu la sentence aux ordinations conférées par Formose hors de Rome (Bulgarie, Francie, Angleterre). Cette limitation géographique confirme que la motivation profonde était politique et locale, non doctrinale et universelle : il s'agissait de briser le réseau formosien à Rome, non d'imposer une théologie globale.

L'annulation des ordinations et le paradoxe d'Anagni

Le point le plus dévastateur de la sentence est l'annulation des ordinations. Étienne VI lui-même avait été consacré évêque d'Anagni par Formose, vers 891. Sa propre consécration épiscopale relevait donc des ordinations annulées par sa propre sentence — au moins en logique pure. L'historien Horace K. Mann souligne cette contradiction comme l'un des points les plus inintelligibles de l'épisode :

“ Étienne VI lui-même avait été consacré évêque d'Anagni par Formose. En annulant les ordinations de Formose, il devait logiquement annuler la sienne, donc invalider son propre pontificat.” — synthèse de Horace K. Mann, Lives of the Popes, vol. IV, 1910, p. 100-104[69]

Mann conclut, avec d'autres, que la restriction des annulations à Rome (signalée par Bertolini) n'est pas un hasard : elle épargnait probablement la consécration d'Anagni, et donc la légitimité même d'Étienne. C'est une preuve indirecte que le synode avait conscience de la contradiction qu'il créait, et qu'il a cherché à la contenir juridiquement plutôt qu'à la résoudre théologiquement.

Deux ou trois doigts ?

Les sources divergent légèrement sur le nombre de doigts tranchés. La Catholic Encyclopedia de 1912 mentionne deux doigts dans sa notice d'Étienne VI[70]. La majorité des autres sources — Liutprand, les Annales, Gregorovius, Wikipedia EN/IT, Medievalists.net — mentionnent **trois doigts.[71][72][73] La cohérence avec la tradition latine de la bénédiction, qui mobilise pouce, index et majeur de la main droite, plaide pour **trois doigts. C'est l'interprétation retenue par la quasi-totalité de l'historiographie moderne, et c'est celle qui figure dans l'article voisin Formose.

Le corps jeté dans le Tibre

Après la mutilation, le corps est d'abord enterré dans un cimetière laïc, peut-être dans le cimetière des étrangers. Mais peu après, sur ordre d'Étienne VI ou sous la pression de sa faction, il est ré-exhumé, lesté de pierres, et **jeté dans le Tibre.[74][75][76] Plusieurs sources ajoutent que le corps a été traîné à travers la basilique avant cette seconde inhumation. La scène est unanimement condamnée par les sources médiévales et modernes.

Pourquoi ? Trois hypothèses concurrentes

Aucune source contemporaine ne livre la motivation d'Étienne VI ; les historiens en ont proposé trois principales :

Hypothèse 1 — La revanche spolétine. Étienne VI aurait été l'instrument de Lambert et d'Ageltrude, qui voulaient venger l'humiliation du couronnement d'Arnulf par Formose. Cette lecture, dominante dans l'historiographie ancienne (Mann, Gregorovius), est affaiblie par le DBI Bertolini : Lambert lui-même soutiendra en 898 la réhabilitation de Formose à Ravenne sous Jean IX, ce qui rend peu probable qu'il ait été le moteur réel du procès deux ans plus tôt.[77]

Hypothèse 2 — L'auto-légitimation. Étienne VI aurait voulu détruire la consécration d'Anagni que Formose lui avait imposée « peut-être contre sa volonté”, pour la remplacer par une légitimité directement romaine. Cette thèse n'apparaît qu'avec le chroniqueur Sigebert de Gembloux au XIIᵉ siècle, et aucune source contemporaine ne la confirme, comme le note Bertolini.[78] Elle bute aussi sur le fait que la sentence a été limitée à Rome, ce qui n'aurait pas suffi à délégitimer Anagni si tel avait été l'objectif.

Hypothèse 3 — La rupture d'un culte naissant. L'historien William S. Monroe soutient, dans le volume A New Look at the Cadaver Synod publié à la Cité du Vatican en 2022, qu'Étienne VI cherchait à interrompre une vénération populaire dont le corps de Formose était l'objet à Saint-Pierre. Par la désacralisation rituelle — vêtements arrachés, doigts coupés, dépouille jetée au Tibre —, il aurait voulu empêcher la formation d'un culte de relique autour de son prédécesseur.[79][80] Cette hypothèse a l'avantage d'expliquer pourquoi le corps était la cible, et pas seulement les actes pontificaux.

“ L'historien William S. Monroe soutient que le procès visait la vénération de Formose par certains Romains. Par cette désacralisation rituelle, Étienne cherchait à effacer sa sainteté et à empêcher une dévotion fondée sur des reliques — reflétant le bouleversement de l'Église durant l'effondrement de l'empire carolingien.” — Sarah Patrick, The Cadaver Synod, Medievalists.net, mai 2025[81]

L'hypothèse 3 est aujourd'hui considérée comme la plus solide, sans exclure des combinaisons avec les deux autres.

La chute (été 897)

Le soulèvement romain

La sentence du Synode du Cadavre est rendue en janvier 897. Pendant six mois environ, Étienne VI continue de gouverner. Il force plusieurs clercs ordonnés par Formose à renoncer à leurs fonctions, fait signer des actes d'abdication, distribue quelques privilèges.[82] Mais le scandale, dans Rome, ne s'éteint pas.

Le corps de Formose, récupéré du Tibre par un pêcheur ou un moine selon les versions, est **secrètement réinhumé. Des miracles lui sont rapidement attribués : statues de saints qui s'inclinent au passage de la dépouille, guérisons.[83] La rumeur retourne l'opinion publique. Vers le milieu de juin ou la fin juillet-début août 897, une insurrection éclate à Rome.[84][85]

Le tremblement de terre du Latran

Plusieurs sources médiévales rapportent un événement remarquable au cours de l'été 897 : un tremblement de terre fait s'effondrer la basilique du Latran, là même où s'était tenu le procès. Le DBI signale cet épisode :

“ La basilique du Latran s'effondra durant son pontificat, et fut reconstruite par la suite par Jean IX et Serge III.” — O. Bertolini, Stefano VI papa, DBI, Treccani[86]

Pour la mémoire médiévale, l'effondrement du lieu du sacrilège est lu comme un signe : le Latran a été souillé par le procès, le Latran s'effondre. Pour l'historiographie moderne, il s'agit d'une coïncidence chronologique dans une région réellement sismique. Quel que soit le cadre interprétatif, l'épisode est attesté par plusieurs sources indépendantes et participe à la dégradation rapide de la position politique d'Étienne VI.

L'arrestation, la déposition, l'étranglement

Étienne VI est arrêté par la faction insurgée. Plusieurs sources mentionnent qu'il est dépouillé des insignes pontificaux, peut-être contraint à prendre l'habit monastique comme cela se faisait alors pour les déposés ecclésiastiques, puis **emprisonné.[87][88][89] Seule la Wikipedia italienne précise le lieu : sa prison serait le mausolée d'Hadrien, alors transformé en forteresse, l'actuel Castel Sant'Angelo — une identification que les notices savantes citées dans cet article (DBI Bertolini, Catholic Encyclopedia, Britannica) ne reprennent pas.[90]

Le Castel Sant'Angelo, ancien mausolée d'Hadrien, est identifié par la tradition romaine comme le lieu probable de l'emprisonnement d'Étienne VI avant son étranglement. Photographie Wikimedia Commons.

Dans sa cellule, Étienne VI est **étranglé. La date la plus probable est août 897, comme le concluent Bertolini, la Catholic Encyclopedia et la quasi-totalité des sources modernes ; le jour précis du 14 août 897 n'est avancé que par Wikipedia italien, sans attestation par une source contemporaine ni par les notices savantes citées.[91][92][93] Une chronologie minoritaire la place en juillet ou en octobre 897. La marge d'incertitude est d'environ deux mois.

Les sources contemporaines sur la fin

Aucune source ne nomme les auteurs matériels du meurtre, ni n'identifie le commanditaire. Le DBI, prudent, conclut :

“ Privé de sa dignité, peut-être contraint à devenir moine, il fut emprisonné et étranglé, probablement en août 897.” — O. Bertolini, Stefano VI papa, DBI, Treccani[94]

L'absence de procès, la rapidité de la séquence, le silence des chroniques sur les noms des conjurés indiquent que la faction formosienne — ou ce qu'il en restait — a agi avec une efficacité brutale, conforme aux pratiques politiques romaines de la fin du IXᵉ siècle.

La sépulture et la mémoire

La translation de Serge III en 907

Le sort du corps d'Étienne VI est aussi remarquable. D'abord enterré sans honneurs, il est transféré dix ans plus tard à Saint-Pierre par Serge III (904-911) lui-même, en **907.[95] Serge III était un pape farouchement anti-formosien ; il avait, en 904, tenté de réhabiliter le Synode du Cadavre et imposé la ré-ordination des clercs formosiens. Le transfert des restes d'Étienne VI à Saint-Pierre, lieu où repose désormais Formose réhabilité par Théodore II et Jean IX, prend ainsi une dimension militante : Serge III veut rétablir, dans le tombeau pontifical, la mémoire de celui qui avait jugé Formose.

L'épitaphe métrique : un éloge anti-formosien

Serge III fait composer pour la translation une épitaphe métrique qui célèbre l'offensive d'Étienne VI contre Formose, tout en mentionnant sa prison et son étranglement. Le DBI en signale l'existence et la tonalité :

“ Serge III transféra les restes d'Étienne à Saint-Pierre en 907, et commanda une épitaphe métrique qui mettait l'accent sur son offensive contre Formose et sa présidence du concilium, tout en notant son emprisonnement tragique et son étranglement.” — O. Bertolini, Stefano VI papa, DBI, Treccani[96]

L'épitaphe est l'une des rares sources directement favorables à Étienne VI ; elle reste un témoignage de la polémique vivante entre les deux camps au début du Xᵉ siècle. Elle n'a jamais été comprise comme une béatification ni comme un acte ecclésial : c'est un acte politique de Serge III, contemporain de ses propres prises de position, et il sera annulé dans les faits par toute la tradition postérieure.

L'absence d'Étienne XI : un nom encombré

Le dernier pape à avoir pris le nom d'Étienne a été Étienne IX (1057-1058). Depuis près de mille ans, **aucun pape n'a repris le nom d'Étienne. Aucun Étienne X, aucun Étienne XI, aucun **Étienne XII.[97] Le silence est massif et durable.

Aucun document magistériel n'explique ce silence. Mais la coïncidence est lourde : les deux papes médiévaux les plus emblématiques d'Étienne ont laissé des traces empoisonnées — Étienne VI avec le Synode du Cadavre, Étienne VII (l'actuel Étienne VI) avec sa fin par étranglement. Le nom porte un poids historique dont la tradition romaine semble tenir compte. On peut avancer l'hypothèse que ce silence tienne moins à une condamnation post mortem d'Étienne VI qu'à une délicatesse pastorale : certains noms charrient trop de scandale pour être repris.

Annulation, réhabilitation, doctrine

Théodore II et le synode de décembre 897

Quelques mois seulement après la mort d'Étienne VI, Romain (août-novembre 897) commence à annuler les décrets du Synode du Cadavre. Il est déposé avant d'avoir achevé le travail. Son successeur Théodore II convoque en décembre 897, dans un pontificat qui ne dure qu'une vingtaine de jours, un synode qui annule formellement le procès du Latran, ordonne le rapatriement du corps de Formose depuis sa cachette, et le fait **réinhumer à Saint-Pierre dans les vêtements pontificaux.[98][99] Les clercs ordonnés par Formose sont **rétablis sans nouvelle ordination. C'est la première annulation officielle du Synode du Cadavre par l'Église elle-même, dans l'année qui suit le scandale.

Jean IX (898) et l'interdiction définitive

Jean IX, élu en janvier 898, confirme et amplifie l'annulation. Il convoque successivement un synode à Rome et un autre à **Ravenne. Les actes officiels du Synode du Cadavre sont **brûlés. Sept cardinaux qui y avaient participé sont **excommuniés. Surtout, Jean IX interdit, par décision disciplinaire des synodes de Rome et de Ravenne (898) — une mesure disciplinaire, non un dogme irréformable —, tout jugement post mortem dans l'Église catholique.[100][101]

“ Jean IX confirma ces actes lors de deux synodes, dont le premier fut tenu à Rome et l'autre à Ravenne (898).” — J. P. Kirsch, Pope Formosus, Catholic Encyclopedia, 1909[102]

Cette interdiction est restée. Plus jamais, depuis 898, aucun pape n'a été jugé après sa mort. Le Synode du Cadavre est l'événement unique et clos d'une pratique inavouée : il n'a pas été le premier d'une série, mais le **dernier.

Auxilius de Naples et la défense des ordinations

La question théologique la plus profonde laissée par Étienne VI est celle des **ordinations annulées. Si l'on suit la sentence du Latran, des centaines d'évêques, prêtres et diacres ordonnés par Formose — incluant Étienne VI lui-même comme évêque d'Anagni — n'ont jamais été ordonnés. Tous les sacrements qu'ils ont conférés (Eucharistie, confirmation, ordres, mariages, absolutions) sont nuls. L'effet de cascade est terrifiant.

La crise déclenchée en janvier 897 est rapidement corrigée : chute d'Étienne VI, annulation par Théodore II, confirmation par Jean IX, puis défense des ordinations par Auxilius. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est dans ce contexte qu'Auxilius de Naples, prêtre franc ordonné à Rome par Formose, écrit entre 908 et 911 plusieurs traités d'apologie : In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi, Libellus de ordinationibus a papa Formoso factis, Tractatus qui Infensor et Defensor dicitur, Libellus super causa et negatio Formosi papae, Libellus in defensionem Stephani episcopi et praefatae ordinationis.[103] Sa thèse est simple :

“ Les ordres conférés par des évêques pécheurs ou excommuniés ne sont pas en eux-mêmes invalides : le sacrement opère par la puissance du Christ, non par la dignité du ministre.” — sens du Libellus de ordinationibus a papa Formoso factis d'Auxilius de Naples, vers 908-911[104][105]

Cette doctrine — qui reprend en l'appliquant à un cas pontifical extrême la position antidonatiste de saint Augustin — sera reformulée par la scolastique médiévale sous l'expression ex opere operato, puis solennisée au concile de Trente (session VII, 3 mars 1547, canon 8 sur les sacrements en général, DH 1608).[106] L'épisode formosien est donc un moment décisif dans la cristallisation de la doctrine catholique des sacrements.

Le sursaut de Serge III (904) : une rechute sans suite

Sept ans après la mort d'Étienne VI, Serge III (904-911) tente une **rechute. Il ratifie la sentence du Synode du Cadavre, exige la ré-ordination des clercs formosiens, et transfère comme on l'a vu les restes d'Étienne VI à Saint-Pierre avec une épitaphe louangeuse.[107][108]

Cette tentative est restée **sans suite. Aucun pape postérieur n'a repris la ligne de Serge III. La théologie d'Auxilius et la jurisprudence de Théodore II et Jean IX se sont imposées. Pour la liste pontificale officielle du Saint-Siège, Formose reste un pape légitime sans aucune note critique ; le Synode du Cadavre est traité comme un abus annulé, non comme un acte ecclésial valide. La rechute de Serge III est lue comme une anomalie isolée, déjà compromise par son passé politique.[109][110]

La doctrine ex opere operato

La distinction entre validité sacramentaire (qui ne dépend pas du ministre) et liceité (qui dépend des conditions canoniques) trouve dans la crise post-formosienne sa formulation concrète en milieu pontifical extrême. Cette distinction sera reprise par la scolastique médiévale, codifiée au concile de Trente, et reste la position constante de l'Église.

Sans la crise déclenchée par Étienne VI, la doctrine aurait peut-être attendu plus longtemps une telle clarification. C'est le paradoxe de l'épisode : un acte sacrilège a provoqué, par contraste, la cristallisation d'une doctrine **sacramentaire fondamentale.

Réception moderne

Jean-Paul Laurens (1870) et l'imaginaire occidental

L'épisode revient dans la conscience occidentale en 1870 avec le tableau de Jean-Paul Laurens (1838-1921), Les Papes Formose et Étienne VI — Concile cadavérique de 897, huile sur toile de 100 × 152 cm, exposée au Salon de 1872 et aujourd'hui conservée au **Musée d'Arts de Nantes.[111]

Jean-Paul Laurens, Les Papes Formose et Étienne VI — Concile cadavérique de 897, huile sur toile, 1870, Musée d'Arts de Nantes. Reproduction patrimoniale Wikimedia Commons ; l'Infobox utilise volontairement une aquarelle distincte pour éviter la répétition du même visuel.

Laurens, peintre républicain et anticlérical, peint la scène pour servir une dénonciation politique au moment où la chute de Napoléon III et la proclamation de la République ouvrent en France une décennie d'affrontement avec l'Église. Le tableau montre un Étienne VI hagard, débraillé, debout face au cadavre vêtu de la tiare et assis sur un fauteuil pontifical, dans un Latran sombre. Le pape vivant ressemble à un fauve épuisé ; le pape mort, à une figure d'autorité immobile.

Malgré sa visée polémique, le tableau est devenu l'image la plus diffusée du Synode dans la culture occidentale moderne. On le reproduit dans presque toutes les histoires de la papauté, depuis Gregorovius jusqu'aux manuels contemporains. Pour Ignispedia, sa valeur est documentaire : il rappelle, par le choc visuel, ce que les sources textuelles disent déjà — un pape a fait jugement et mutilation sur un cadavre. Le rappeler n'est pas trahir la foi : c'est l'inverse, c'est reconnaître que l'Église a traversé un abîme et qu'elle l'a elle-même condamné dès l'année suivante.

L'historiographie : de Mann à Monroe

Trois étapes scandent l'historiographie moderne d'Étienne VI :

  1. Horace K. Mann (1910), The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV. Mann est de tendance catholique apologétique ; ses verdicts moraux sont parfois durs, mais sa documentation est large et fiable. Il consacre une section dense à Étienne VI, lit le Synode du Cadavre comme l'un des épisodes les plus dégoûtants que la papauté ait connus, et souligne la contradiction canonique créée par la consécration d'Anagni.[112][113]

  2. Ferdinand Gregorovius (1903), History of the City of Rome in the Middle Ages, vol. III. Gregorovius, protestant et anticlérical, livre un récit dense des événements romains du IXᵉ siècle. Sa description du Synode du Cadavre et de la mutilation des trois doigts est l'une des plus précises, et a été largement reprise par l'historiographie internationale.[114]

  3. William S. Monroe, Joëlle Jégou, A New Look at the Cadaver Synod (Cité du Vatican, 2022). Les recherches récentes ont affiné la lecture historique en mettant l'accent sur le rôle de la vénération populaire de Formose, sur le caractère local (et non universel) des annulations, et sur la cohérence canonique de la réhabilitation par Théodore II et Jean IX.[115][116][117]

L'évaluation de l'épisode a évolué : on est passé d'une lecture morale (« horreur unique de la papauté”) à une lecture institutionnelle (« crise politique romaine traitée canoniquement”). Les deux lectures se complètent.

Ce que dit l'épisode pour une lecture catholique

Une violence ecclésiale, condamnée par l'Église elle-même

Il faut nommer les choses avec exactitude : le Synode du Cadavre **est un crime ecclésial. Un pape a fait juger un cadavre, mutiler un corps mort, jeter une dépouille pontificale dans un fleuve. Aucune apologétique honnête ne peut atténuer cela. Le fait est tel quel.

Mais la lecture catholique ne peut pas s'arrêter au fait. Elle doit aussi nommer ce qui suit : en moins de neuf mois, l'auteur du sacrilège est mort, étranglé par un soulèvement romain qui condamne l'acte. En moins de douze mois, Théodore II convoque un synode qui annule officiellement la sentence. En moins de vingt-quatre mois, Jean IX confirme l'annulation, brûle les actes, excommunie sept cardinaux complices, et interdit, par décision disciplinaire des synodes de 898 (non par un dogme irréformable), tout procès post mortem. En moins de quinze ans, Auxilius de Naples pose les jalons d'une doctrine sacramentaire qui restera. Aucun procès posthume n'a jamais plus eu lieu dans l'Église catholique.

Cette autorégulation rapide est précisément l'inverse d'une institution corrompue : c'est le signe d'un corps qui se purge lui-même d'un abus. La gravité d'un scandale ne se mesure pas seulement à ce qui s'est passé, mais à ce que l'institution en fait. L'Église a fait, dans ce cas, exactement ce qu'il fallait faire : annuler, condamner, interdire.

Une promesse de Mt 16, 18 confirmée par contraste

L'épisode est l'un des arguments les plus utilisés contre la papauté par les apologétiques protestantes et anticléricales. Pour une lecture catholique honnête, il est, paradoxalement, une confirmation par contraste de la promesse du Christ :

“ Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle.” — Évangile selon saint Matthieu 16, 18 (Bible de Jérusalem)[118]

Le Christ n'avait pas promis que les hommes qui détiennent les clefs seraient toujours dignes de leur charge. Il avait promis que l'Église, comme corps mystique, ne tomberait pas. Étienne VI prouve la première proposition (un pape peut être un homme indigne) ; Théodore II, Jean IX, Auxilius et la tradition postérieure prouvent la seconde (l'Église elle-même reste fidèle, et ne ratifie pas l'indignité).

La distinction validité / liceité des sacrements

Du point de vue théologique, l'épisode est un **moment fondateur. La distinction entre la validité d'un sacrement (qui ne dépend pas de la dignité du ministre mais de la grâce du Christ) et sa liceité (qui dépend des conditions canoniques d'administration) trouve dans la crise post-formosienne une formulation concrète à propos du cas le plus extrême possible : un pape jugé par un autre pape, des centaines d'évêques en cause, l'avenir sacramentel d'une Église locale.

Cette distinction, reprise par la scolastique, codifiée à Trente sous le mot ex opere operato, restera la position constante de l'Église. Elle protège le fidèle : la validité de son baptême, de son mariage, de l'Eucharistie qu'il reçoit ne dépend pas de l'état moral du prêtre qui les confère. Étienne VI a, sans le vouloir, forcé l'Église à formuler clairement ce qu'elle croyait déjà. Le scandale a **forcé la pensée.

En quelques dates

  1. vers 891
    Évêque d'Anagni

    Étienne, prêtre romain ordonné par Étienne V, est consacré évêque d'Anagni par Formose, « peut-être contre sa volonté” selon la Catholic Encyclopedia.[119][120]

  2. 4 avril 896
    Mort de Formose

    Formose meurt à Rome quelques semaines après avoir couronné Arnulf de Carinthie empereur (22 février 896).[121]

  3. 11-26 avril 896
    Pontificat éclair de Boniface VI

    Boniface VI est élu et meurt après environ quinze jours. Son élection sera annulée par Jean IX en 898.[122][123]

  4. 22 mai 896
    Élection d'Étienne VI

    Étienne, encore évêque d'Anagni, est élu pape avant le 11 juin 896, sous le contrôle nominal du légat d'Arnulf, Faroldo.[124][125]

  5. septembre 896 (projeté)
    Concile de Ravenne projeté

    Étienne VI correspond avec l'archevêque Foulques de Reims au sujet d'un concile à Ravenne, qui n'aboutira pas.[126]

  6. automne 896 — janvier 897
    Retour des Spolétins

    Lambert et Ageltrude reprennent Rome après le départ du légat d'Arnulf. Le basculement vers une politique anti-formosienne se prépare.[127]

  7. janvier 897
    Synode du Cadavre

    Au Latran (ou au Vatican), Étienne VI fait exhumer le corps de Formose, le juge, l'annule rétroactivement, fait trancher ses doigts de bénédiction, et fait jeter sa dépouille dans le Tibre.[128][129][130]

  8. printemps-été 897
    Récupération du corps et rumeurs de miracles

    Un pêcheur ou un moine récupère le corps de Formose dans le Tibre. Des miracles sont rapportés. L'opinion romaine se retourne.[131]

  9. été 897
    Effondrement de la basilique du Latran

    Un tremblement de terre fait s'effondrer la basilique du Latran, lue par les contemporains comme un signe.[132]

  10. juin-août 897
    Soulèvement et arrestation

    Une insurrection romaine dépose Étienne VI, qui est dépouillé de ses insignes pontificaux et emprisonné (lieu non attesté par les notices savantes ; tradition romaine : mausolée d'Hadrien, actuel Castel Sant'Angelo).[133][134]

  11. août 897
    Étranglement en prison

    Étienne VI est étranglé dans sa cellule, sans procès. La date exacte n'est pas attestée par une source contemporaine.[135][136]

  12. août-novembre 897
    Romain commence à annuler

    Romain succède à Étienne VI et commence à annuler les décrets du Synode du Cadavre. Il est déposé avant la fin de son pontificat.[137]

  13. décembre 897
    Théodore II annule officiellement

    Théodore II convoque un synode qui annule formellement le procès, restitue le corps de Formose à Saint-Pierre, et restaure les clercs dégradés.[138][139]

  14. janvier-mars 898
    Jean IX et l'interdiction définitive

    Jean IX convoque des synodes à Rome et à Ravenne, brûle les actes du Synode du Cadavre, excommunie sept cardinaux participants, et interdit tout procès post mortem dans l'Église catholique.[140]

  15. 904
    Rechute de Serge III

    Serge III ratifie la sentence du Synode du Cadavre et exige la ré-ordination des clercs formosiens.[141]

  16. 907
    Translation des restes d'Étienne VI

    Serge III transfère les restes d'Étienne VI à Saint-Pierre et fait composer une épitaphe métrique louangeuse.[142]

  17. 908-911
    Auxilius de Naples

    Auxilius de Naples publie plusieurs traités défendant la validité des ordinations conférées par Formose, posant les jalons de la doctrine ex opere operato.[143]

  18. 1961
    Renumérotation officielle

    L'Annuario Pontificio exclut de la succession l'Étienne mort avant consécration en 752 ; tous les Étienne postérieurs reculent d'un numéro. « Stephanus VII” devient Étienne VI dans l'usage romain moderne.[144]

Pour aller plus loin

  • Pape Formose (891-896) — le pape jugé et mutilé par Étienne VI au Synode du Cadavre.
  • Pape Boniface VI (896) — prédécesseur direct d'Étienne VI, mort après quinze jours de pontificat.
  • Pape Romain (août-novembre 897) — successeur immédiat qui amorce l'annulation des décrets du Synode du Cadavre.
  • Pape Théodore II (décembre 897) — annule officiellement le Synode du Cadavre et restitue le corps de Formose à Saint-Pierre.
  • Pape Jean IX (898-900) — confirme l'annulation, brûle les actes, excommunie sept cardinaux, interdit tout procès post mortem.
  • Pape Serge III (904-911) — tente en 904 de réhabiliter le Synode du Cadavre et transfère en 907 les restes d'Étienne VI à Saint-Pierre.
  • Pape Jean VIII (872-882) — pape qui avait excommunié Formose au synode romain de 876 et au concile de Troyes en 878, fournissant le premier chef d'accusation du Synode du Cadavre.
  • Pape Marin Iᵉʳ (882-884) — pape qui avait réhabilité Formose en 883 et l'avait rétabli sur son siège de Porto.
  • Pape Étienne V (885-891) — pape qui avait ordonné prêtre le futur Étienne VI.
  • Le Synode du Cadavre (897) — article spécialisé sur l'événement (à venir, lien préparé).
  • Concile de Trente — concile qui solennise au XVIᵉ siècle la doctrine ex opere operato dont Auxilius de Naples avait posé les jalons après 897.

Notes et références

  1. Saint-Siège, liste pontificale officielle : Étienne IX (Frédéric de Lorraine), pontificat du 2 août 1057 au 29 mars 1058, est le dernier pape du nom d'Étienne ; la succession postérieure (Nicolas II, Alexandre II, Grégoire VII, …) ne compte plus aucun Étienne. Le « Stephen X » parfois mentionné n'est qu'un surnom alternatif d'Étienne IX lui-même, lié au maintien ou à l'exclusion de l'élu de 752 dans les listes anciennes. Liste consultée le 4 octobre 2026 sur vatican.va, recoupée avec la liste complète des pontifes (List of popes, Wikipedia).

    1 29 97
  2. Wikipedia, "Pope Stephen VI", version anglaise. Page consultée le 4 juin 2026 : en.wikipedia.org. Apports utilisés : pontificat du 22 mai 896 à août 897 ; numérotation Stephen VI ou VII selon les conventions antérieures à l'Annuario Pontificio de 1961 ; consécration épiscopale d'Anagni par Formose ; rôle des ducs de Spolète ; description du procès et de la sentence ; déposition, emprisonnement et étranglement durant l'été 897.

    2 11 43 47 124 144
  3. O. Bertolini, "Stefano VI papa", Dizionario Biografico degli Italiani (DBI), Roma, Istituto della Enciclopedia Italiana, vol. 94. Notice consultée le 4 juin 2026 sur treccani.it. Apports utilisés : père Giovanni, prêtre romain ; cinq ans évêque d'Anagni (consécration vers 891) ; élection avant le 11 juin 896 ; rôle de Faroldo, envoyé d'Arnulf, présent à Rome jusqu'à l'été 896 ; basculement spolétin entre août 896 et janvier 897 ; participation de Lambert à la réhabilitation de Formose à Ravenne en 898 (qui affaiblit la thèse de l'instrumentalisation spolétine simple) ; restriction des annulations à Rome seulement ; effondrement de la basilique du Latran pendant son pontificat ; soulèvement de mi-juin ou fin juillet-début août 897 ; étranglement probable en août 897 ; translation des restes par Serge III en 907 ; épitaphe métrique anti-formosienne ; relations exclusives avec les Églises franques occidentales (Narbonne, Vézelay, Psalmodi, Foulques de Reims) ; concile projeté à Ravenne en septembre 896 ; bibliographie principale dans la notice.

    3 10 14 22 31 34 37 42 45 48 49 50 51 53 55 60 68 77 78 84 86 87 92 94 95 96 108 120 125 126 127 132 133 136 142
  4. Saint-Siège, liste pontificale officielle, "Formosus" : 111e pape, pontificat du 6 octobre 891 au 4 avril 896. Page consultée le 4 juin 2026 sur vatican.va.

    4 38 110 121
  5. Saint-Siège, liste pontificale officielle, "Bonifatius VI" : 112e pape, pontificat d'environ quinze jours en avril 896. Page consultée le 4 juin 2026 sur vatican.va.

    5 39 122
  6. "Pope Romanus", Catholic Encyclopedia, vol. XIII, 1912 ; transcription New Advent. Référence utilisée pour le pontificat éphémère de Romain (août-novembre 897), son rôle dans l'amorce de l'annulation des décrets du Synode du Cadavre, et sa déposition.

    6 137
  7. Horace K. Mann, "Pope Theodore II", The Catholic Encyclopedia, vol. XIV, New York, Robert Appleton Company, 1913 ; transcription New Advent. Référence utilisée pour le synode de décembre 897 qui annule officiellement le Synode du Cadavre, ordonne la restitution du corps de Formose à Saint-Pierre, et rétablit les clercs dégradés.

    7 98 138
  8. Saint-Siège, liste pontificale officielle, "Stephanus VI". Pontificat du 22 mai 896 à août 897 ; numéro 113 dans la succession apostolique selon l'usage romain post-1961. Page consultée le 4 juin 2026 sur vatican.va.

    8
  9. Horace K. Mann, "Pope Stephen (VI) VII", The Catholic Encyclopedia, vol. XIV, New York, Robert Appleton Company, 1912 ; transcription New Advent : newadvent.org. Citations utilisées : « He was a Roman, the son of John, a priest” ; « had been consecrated Bishop of Anagni, possibly against his will, by Formosus” ; « became pope about May 896” ; sur la mutilation : « the body was then stripped of its sacred vestments, deprived of two fingers of its right hand, clad in the garb of a layman, and finally thrown into the Tiber”. Note : la Catholic Encyclopedia mentionne deux doigts, alors que la majorité des autres sources (Liutprand, Annales, Gregorovius, Wikipedia, Medievalists.net) mentionnent trois doigts. La cohérence avec la tradition latine de la bénédiction (pouce, index, majeur) plaide pour trois.

    9 16 20 30 32 33 36 46 59 61 65 70 74 82 91 119 128 135
  10. Wikipedia, "Cadaver Synod". Page consultée le 4 juin 2026 : en.wikipedia.org. Apports utilisés : date (janvier 897), lieu (basilique Saint-Jean-de-Latran), procédure (exhumation, vêtements pontificaux, diacre, sentence), trois chefs d'accusation (parjure, translation épiscopale, exercice de l'épiscopat indu), mutilation des trois doigts de la main droite, jet dans le Tibre, miracles rapportés, soulèvement, déposition d'Étienne VI, étranglement, réhabilitation par Théodore II (décembre 897) et Jean IX (898, synodes de Rome et de Ravenne), interdiction définitive des procès post mortem, sources médiévales principales (Liutprand de Crémone, Auxilius de Naples, Invective Against Rome, actes du concile de Ravenne 898), tableau de Jean-Paul Laurens (1870).

    12 54 58 66 72 75 85 88 129
  11. "Stephen VI (or VII)", Encyclopaedia Britannica. Notice consultée le 4 juin 2026 : britannica.com. Apports utilisés : élection en mai 896 ; soutien des Spolétins ; contexte des factions romaines, napolitaines, bénéventines, toscanes et spolétines ; ordre d'exhumer le corps de Formose, de le revêtir des ornements pontificaux et de le placer sur le trône pontifical ; annulation du pontificat de Formose et déclaration de nullité de ses actes ; ordre de traîner le corps dans les rues et de le jeter dans le Tibre ; déposition d'Étienne VI, emprisonnement et étranglement en juillet ou août 897.

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  12. Wikipedia, "Papa Stefano VI", version italienne. Page consultée le 4 juin 2026 : it.wikipedia.org. Apports utilisés : 113ᵉ pape de l'Église catholique ; pontificat du 22 mai 896 ; consécration épiscopale d'Anagni par Formose en 891 ; date d'étranglement avancée comme 14 août 897 (donnée non attestée par une source contemporaine, à mentionner avec prudence) ; emprisonnement au Castel Sant'Angelo ; translation des restes à Saint-Pierre par Serge III en 907 ; citation de la description de Gregorovius sur le sort du cadavre (« three fingers of the right hand were severed”).

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  13. J. P. Kirsch, "Pope Formosus", Catholic Encyclopedia, vol. VI, 1909, p. 141. Référence utilisée pour : annulation officielle du Synode du Cadavre par Théodore II (décembre 897) ; confirmation par Jean IX aux synodes de Rome et de Ravenne (898) ; destruction des actes du Synode du Cadavre ; excommunication de sept cardinaux participants ; interdiction définitive des jugements post mortem dans l'Église catholique ; maintien de Formose dans la liste pontificale officielle malgré tout ; rechute de Serge III en 904 sans suite postérieure.

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  14. Sarah Patrick, "The Cadaver Synod: The Trial of a Dead Pope", Medievalists.net, mai 2025. Article consulté le 4 juin 2026 : medievalists.net. Apports utilisés : déroulement du procès (Étienne VI procureur, jeune diacre répondant pour le défunt) ; chefs d'accusation (rupture du droit canon, parjure, exercice indu de l'épiscopat, ambition pour la papauté) ; sentence (déposition rétroactive, mutilation des trois doigts de bénédiction, jet dans le Tibre) ; récupération du corps par des moines, miracles rapportés ; chute d'Étienne VI (déposition, emprisonnement, étranglement) ; annulation par un synode en 898, réhabilitation de Formose ; interprétation de William S. Monroe : le procès visait la vénération populaire de Formose, la désacralisation rituelle cherchant à empêcher la formation d'un culte de relique autour du défunt pape ; contexte du Synode dans le bouleversement ecclésial pendant l'effondrement de l'empire carolingien.

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  15. Liutprand de Crémone, Antapodosis, livre I, chapitre 30, vers 958-962. La formule est traditionnellement attribuée à Étienne VI au Synode du Cadavre de janvier 897 ; mais dans le texte conservé de Liutprand, c'est en réalité « Sergius” (Serge III) qui prononce la phrase, Liutprand télescopant les deux procès anti-formosiens (897 sous Étienne VI, 904 sous Serge III). L'attribution à Étienne VI reste valide en substance, puisque le procès posthume a effectivement eu lieu en 897 ; mais la rigueur encyclopédique impose de signaler la **compression narrative chez Liutprand. Édition critique de référence : P. Chiesa, Liudprandi Cremonensis Opera omnia, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 156, Brepols, Turnhout, 1998. Trad. anglaise de référence : Paolo Squatriti, The Complete Works of Liudprand of Cremona, Catholic University of America Press, 2007.

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  16. Joseph Wilhelm, "Auxilius of Naples", The Catholic Encyclopedia, vol. II, New York, Robert Appleton Company, 1907 ; transcription New Advent : newadvent.org. Référence utilisée pour la liste des traités d'Auxilius (In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi, Libellus de ordinationibus a papa Formoso factis, Tractatus qui Infensor et Defensor dicitur, Libellus super causa et negatio Formosi papae, Libellus in defensionem Stephani episcopi et praefatae ordinationis) ; pour la thèse théologique sur la validité des ordres conférés par des évêques pécheurs ou excommuniés (sacrement opérant par la puissance du Christ et non par la dignité du ministre) ; pour le contexte de la rechute de Serge III (904) qui obligea Auxilius à reprendre la plume entre 908 et 911.

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  17. "Auxilius of Naples", Encyclopedia.com, version en ligne. Page consultée le 4 juin 2026 : encyclopedia.com. Référence utilisée pour la datation des traités d'Auxilius (vers 908-911) et la nature de son engagement aux côtés d'Eugenius Vulgarius dans la polémique post-formosienne.

    27 105
  18. Concile de Trente, session VII, 3 mars 1547, Decretum de sacramentis, canon 8 sur les sacrements en général. Texte latin reproduit dans H. Denzinger - A. Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, Herder, éd. 36 (1976), nᵒ 1608 : « Si quis dixerit, per ipsa novae legis sacramenta ex opere operato non conferri gratiam, sed solam fidem divinae promissionis ad gratiam consequendam sufficere, anathema sit. » Le canon 11 de la même session (nᵒ 1611) porte, lui, sur l'intention requise chez le ministre (« Si quis dixerit, in ministris, dum sacramenta conficiunt et conferunt, non requiri intentionem saltem faciendi, quod facit Ecclesia, anathema sit »). La doctrine ex opere operato ainsi solennisée prolonge la position défendue par Auxilius de Naples après le Synode du Cadavre.

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  19. Synthèse des sources convergentes (Mann, Bertolini, Wikipedia EN et IT, Britannica, Medievalists.net) sur la chute d'Étienne VI : déposition en juin-août 897, emprisonnement (probablement au Castel Sant'Angelo selon la tradition romaine reprise par Wikipedia italien), étranglement vraisemblablement en août 897.

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  20. Annales Alamannici, ad an. 897, dans les Monumenta Germaniae Historica, Scriptores I, Hanovre, 1826. Texte latin (sens) : « Et postea Stephanus Formosum papam de sepulchro eduxit, et in throno apostolico posuit, et diacono respondere pro eo iussit, et vestes apostolicas ei detraxit, et per basilicam traxit ; et sanguis de ore eius fluebat, et in flumen proiectus est.” Traduction française dans le corps : « Et Étienne fit sortir le pape Formose de son tombeau, le plaça sur le trône apostolique, un diacre fut chargé de répondre pour lui, ses vêtements apostoliques lui furent arrachés, son corps fut traîné à travers la basilique ; le sang coulait de sa bouche, et il fut jeté dans le fleuve.”

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  21. J. P. Kirsch, "Pope Formosus", The Catholic Encyclopedia, vol. VI, New York, Robert Appleton Company, 1909, p. 140 ; transcription New Advent : newadvent.org. Référence utilisée pour le synode romain du 19 avril 876 et l'excommunication de Formose ; concile de Troyes (août-septembre 878) et serment ; exil en Francie.

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  22. Joëlle Jégou, "Le synode cadavérique de 897 : un procès politique", Cahiers de Civilisation Médiévale 58 (2015), p. 499 sq. Réévaluation critique du Synode du Cadavre : lecture institutionnelle des chefs d'accusation, analyse de la translation épiscopale de 891 comme précédent canonique fragile, place des factions spolétines, prudence sur l'authenticité de certaines correspondances. Article académique français.

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  23. Liutprand de Crémone, Antapodosis I, 30. Texte latin tel que conservé sur la.wikisource.org : « Quo constituto, ut impius doctrinarumque sanctarum ignarus, Formosum e sepulcro extrahere atque in sedem Romani pontificatus sacerdotalibus vestimentis indutum collocare praecepit. Cui et ait : Cum Portuensis esses episcopus, cur ambitionis spiritu Romanam universalem usurpasti sedem ?” Traduction française dans le corps : « Alors que tu étais évêque de Porto, pourquoi, par esprit d'ambition, as-tu usurpé le siège universel romain ?” La narration de Liutprand attribue cet ordre et cette phrase à Sergius (Serge III), non à Étienne VI ; voir la note précédente.

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  24. Liutprand de Crémone, Antapodosis I, 30, texte latin intégral consulté sur la.wikisource.org le 4 juin 2026. Le passage mentionne explicitement : « Formosum e sepulcro extrahere atque in sedem Romani pontificatus sacerdotalibus vestimentis indutum collocare praecepit”, puis la mutilation : « tres digitos amputari” (trois doigts coupés), et le jet du corps dans le Tibre : « in Tiberim proici jussit”. Référence philologique principale pour la mention des **trois doigts.

    64 71
  25. Horace K. Mann, Lives of the Popes, vol. IV, 1910, p. 100-104. Analyse de la contradiction canonique créée par la consécration d'Anagni : Étienne VI ayant été consacré évêque par Formose, l'annulation de toutes les ordinations de Formose impliquait logiquement l'annulation de la sienne. Mann souligne l'incohérence interne de la sentence.

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  26. Ferdinand Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, vol. III (Stuttgart, J. G. Cotta'sche Buchhandlung, 1903) ; trad. anglaise : History of the City of Rome in the Middle Ages, traduit par Annie Hamilton, vol. III, London, George Bell and Sons, 1903, p. 210-220. Description dense du Synode du Cadavre, de la procédure d'exhumation, du procès, de la sentence, de la mutilation des trois doigts de la main droite, du jet du corps dans le Tibre, du soulèvement romain, de la déposition et de l'étranglement d'Étienne VI. Tendance protestante et anticléricale du récit, mais documentation philologique solide reprise par toute l'historiographie ultérieure.

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  27. A New Look at the Cadaver Synod, dans Proceedings of the XV International Congress of Medieval Canon Law, Paris 2016, Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, 2022, p. 321-355. Étude collective récente, notamment William S. Monroe, sur la procédure du Synode, ses motivations, le rôle de la vénération populaire de Formose, et la cohérence de la réhabilitation par Théodore II et Jean IX. Référence académique consultée via la notice academia.edu.

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  28. J. P. Kirsch, "Pope Formosus", The Catholic Encyclopedia, vol. VI, New York, Robert Appleton Company, 1909 ; transcription New Advent : newadvent.org. Notice utilisée pour la biographie complète de Formose, ses missions en Bulgarie et en Francie, son conflit avec Jean VIII, son pontificat, le Synode du Cadavre, la réhabilitation par Théodore II et Jean IX, et la rechute de Serge III en 904.

    107 141
  29. Jean-Paul Laurens, Les Papes Formose et Étienne VI — Concile cadavérique de 897, huile sur toile, 100 × 152 cm, 1870, Salon de 1872, Musée d'Arts de Nantes. Notice de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais : art.rmngp.fr. Référence utilisée pour l'identification du tableau, son format, sa date et son lieu de conservation actuel.

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  30. Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV : The Popes in the Days of Feudal Anarchy, 891-999, London, Kegan Paul, 1910, p. 99 sq. Évaluation du Synode du Cadavre comme l'un des épisodes les plus dégoûtants de l'histoire de la papauté ; analyse du déroulement du procès au Latran ; sentence ; mutilation ; jet dans le Tibre.

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  31. Évangile selon saint Matthieu 16, 18, dans la Bible de Jérusalem (éd. Cerf, 1998), p. 1697. Texte cité : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Enfer ne tiendront pas contre elle.” Variante de traduction (« ne prévaudront pas”) retenue dans le corps de l'article pour la fluidité de la lecture théologique catholique classique.

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