Pape Formose (Formosus) gouverne l'Église de Rome du 6 octobre 891 au 4 avril 896. Le Saint-Siège le présente comme le 111e pape de l'Église catholique ; sa carrière, longue d'un demi-siècle, va de la mission bulgare de Nicolas Iᵉʳ à un pontificat encerclé par les factions italiennes, puis à un destin sans équivalent dans toute l'histoire pontificale : être jugé après sa mort par son successeur Étienne VI, lors du tristement célèbre synode du cadavre de janvier 897.[1][2]
Avant d'être élu pape, Formose a déjà servi sous quatre pontificats. Cardinal-évêque de Porto depuis 864, il est l'un des hommes de confiance de Nicolas Iᵉʳ : envoyé en Bulgarie en 866-867 auprès du roi Boris-Michel, il acquiert une telle popularité que le souverain demande à Rome d'en faire son archevêque. Nicolas refuse, au nom de l'interdiction des translations d'un siège à un autre — un détail qui pèsera lourd dans la suite du dossier.[3][4] Adrien II l'envoie ensuite en mission en Francie occidentale (869, 872). Sous Jean VIII, la rupture est brutale : le synode romain du 19 avril 876 lui intime de revenir à Rome sous peine d'excommunication et de déposition, puis le second synode du 30 juin 876 le condamne et l'exclut du clergé ; la déposition est confirmée au concile de Troyes en 878 — selon des actes dont l'authenticité est discutée[5] —, et Formose, exilé en Francie, est libéré du serment par Marin Iᵉʳ en 883.[6][7]
Devenu pape à plus de soixante-dix ans, Formose se trouve enserré dans la politique impériale italienne. Il couronne Lambert de Spolète co-empereur en 892, puis appelle Arnulf de Carinthie au secours et le couronne empereur à Saint-Pierre en février 896 (le 22 selon la chronologie courante). Quelques semaines plus tard, le 4 avril 896, Formose meurt à Rome. Ce revirement lui vaut, selon les historiens, la rancune durable du parti spolétin, autour de l'impératrice Ageltrude.[8][9]
Le pontificat suivant — quinze jours de Boniface VI — laisse rapidement place à Étienne VI, élu sous la pression du parti spolétin. En janvier 897, ce pape fait exhumer le cadavre de Formose, le revêt des ornements pontificaux, le pose sur un trône au Latran et le juge. Le mort est déposé, ses doigts de la bénédiction tranchés, son corps jeté dans le Tibre. Quelques mois plus tard, Théodore II annule tout ; Jean IX fait interdire tout nouveau jugement posthume (synodes de Rome et de Ravenne, 898) ; Auxilius de Naples, prêtre ordonné par Formose, défend, dans la ligne anti-donatiste de saint Augustin, la validité des ordinations conférées par Formose — validité qui ne dépend pas de la dignité du ministre (la scolastique parlera plus tard d'efficacité ex opere operato).[10][11]
« Alors que tu étais évêque de Porto, pourquoi, par esprit d'ambition, as-tu usurpé le siège universel romain ? » — parole adressée au cadavre de Formose lors du synode du cadavre (procédure d'Étienne VI, janvier 897), transmise par Liutprand de Crémone, Antapodosis I, 30 — qui, par confusion de datation, nomme Serge (le futur Serge III) au lieu d'Étienne VI[12]
Pourquoi Formose compte-t-il ?
Un pape ordinaire dans une fin de siècle violente
Formose n'a ni théologie originale, ni grande réforme administrative, ni définition dogmatique à son nom. Son pontificat tient en quatre années et demie, dans un Latium en guerre. Les notices le décrivent comme un homme religieux, intègre et ascétique, sans génie politique mais sans tache morale.[13][14] Ce qui fait son importance, ce n'est pas ce qu'il a fait : c'est ce qu'on lui a fait après sa mort, et la manière dont l'Église catholique a traité cet épisode.
Le pape post mortem
Dans l'historiographie du synode du cadavre, Formose est le cas unique attesté d'un pape formellement jugé après sa mort à l'initiative d'un autre pape, avec mutilation du cadavre dans le cadre de la procédure. L'épisode est si extrême qu'il a frappé l'imaginaire occidental jusqu'au XIXe siècle, comme en témoigne le tableau de Jean-Paul Laurens (1870) au musée d'Arts de Nantes. Pour l'Église, le synode du cadavre est, comme l'écrit Horace Mann, « un acte atroce » (« atrocious deed »)[15].
Le test ultime de la sacramentalité
Étienne VI ne se contente pas de déposer Formose : il annule toutes les ordinations que Formose avait conférées. Or Étienne VI lui-même avait été consacré évêque d'Anagni par Formose. La contradiction interne est telle qu'elle oblige la théologie naissante à formuler la doctrine sacramentaire qui distingue la validité du sacrement de la dignité du ministre. C'est exactement ce qu'Auxilius de Naples défendra contre les anti-formosiens — les partisans du synode du cadavre.[16] Théodore II annule le synode en décembre 897, Jean IX fait détruire ses actes et interdit les procès posthumes aux synodes de Rome et de Ravenne en 898 ; Serge III reviendra pourtant sur cette ligne entre 904 et 911. L'épisode formosien contribue ainsi, sans l'inventer, à la formulation de la doctrine catholique de la validité sacramentelle.
Une victime des factions, pas un coupable
Une partie de l'historiographie — de Mann (1910) et Duchesne jusqu'à Laurent Jégou (2015) et aux actes du XVe Congrès international de droit canonique médiéval (Cité du Vatican, 2022) — estime que Formose n'a pas trahi : il a été broyé par la lutte entre le clan spolétin (Lambert, Ageltrude) et la noblesse romaine, dans une Rome qui prélude à ce que les historiens appellent la « pornocratie » — la domination de l'aristocratie romaine sur la papauté au Xe siècle. Sa réhabilitation officielle dès 898 signifie que l'Église elle-même a traité le synode du cadavre, non comme un jugement, mais comme un abus politique maquillé en procédure canonique.[17][18][19]
Les sources principales
| Source | Nature | Apport pour Formose | Limite |
|---|---|---|---|
| Saint-Siège | Liste pontificale officielle | Numéro, dates du pontificat, place dans la succession | Notice extrêmement brève |
| Catholic Encyclopedia / New Advent (J. P. Kirsch, 1909) | Synthèse catholique | Carrière complète, Bulgarie, conflit avec Jean VIII, synode du cadavre, réhabilitation | Tributaire des éditions du XIXe siècle ; jugements parfois datés |
| Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV (1910) | Biographie détaillée | Pages 46 sq. : Porto, Bulgarie, conflit avec Jean VIII, pontificat, mort, synode du cadavre | Historiographie de 1906-1910, parfois apologétique |
| Liutprand de Crémone, Antapodosis I, 30 | Récit narratif vivace | La phrase fameuse d'Étienne VI au cadavre, le rite de l'exhumation | Écrit ~ 60 ans après les faits, hostile, polémique |
| Annales Alamannici (s.a. 896) | Témoignage contemporain | Récit indépendant et sobre du synode et du jet du corps dans le Tibre | Très bref |
| Annales Fuldenses (s.a. 896) | Tradition franque | Mention du synode et du sort du corps | Mention brève |
| Auxilius de Naples (vers 908-911) | Apologétique pro-formosienne | Défense de la validité des ordinations de Formose | Auteur partie prenante, mais doctrinalement décisif |
| Eugène Vulgaire | Apologétique pro-formosienne | Complément à Auxilius | Sources éditées (Dümmler, MGH) |
| Louis Duchesne (éd.), Liber Pontificalis | Édition critique des Vies | Vies de Formose, Étienne VI, Théodore II, Jean IX | Compilation tardive, déjà partisane |
| Laurent Jégou (2015) ; W. S. Monroe, A New Look at the Cadaver Synod (Vatican, 2022) | Historiographie récente | Réévaluation critique de la procédure et du contexte | Spécialisée |
Origines et carrière avant le pontificat
Une naissance romaine, vers 816
On ne connaît ni le jour, ni le lieu précis de la naissance de Formose. La Catholic Encyclopedia de 1909 (« probably a native of Rome ») et Mann situent sa naissance vers 816, à partir d'un seul indice convergent : à sa mort en 896, le moine Eugène Vulgaire le décrivait comme un vieillard de quatre-vingts ans.[20][21] Aucun document n'identifie ses parents, son enfance ni son éducation cléricale.
Ce silence est cohérent avec ce qu'on observe pour bien des hommes d'Église romains du IXe siècle : la carrière est tout. Formose n'apparaît dans les sources que lorsqu'il devient utile à un pape. À ce moment-là, il est déjà un clerc romain formé, capable d'être nommé directement au rang d'évêque suburbicaire (évêque d'un diocèse voisin de Rome).
Évêque de Porto en 864
En 864, Nicolas Iᵉʳ le crée cardinal-évêque de Porto (en latin Portus, le port de Rome à l'embouchure du Tibre). C'est un des sept sièges suburbicaires qui gravitent autour du Latran et qui forment, avec le diaconat romain, le cœur du gouvernement pontifical. La nomination indique que Formose, à environ quarante-huit ans, est déjà reconnu comme un homme de confiance par Nicolas Iᵉʳ, le plus exigeant des papes du IXe siècle.[22][23]
L'élévation à Porto signifie aussi qu'au regard de la discipline ecclésiastique ancienne, Formose est désormais lié à un siège. La règle conciliaire interdit qu'un évêque quitte son diocèse pour en gagner un autre : c'est l'interdiction de la translatio. Cette règle, héritée des canons de Nicée, sera l'un des deux ressorts juridiques de l'accusation post mortem.[24]
La mission en Bulgarie (866-867)
En 866, le prince bulgare Boris-Michel, récemment baptisé, envoie à Rome une ambassade chargée d'une série de questions doctrinales et disciplinaires. Nicolas Iᵉʳ y répondra par les célèbres Responsa Nicolai Papae I ad consulta Bulgarorum. Pour accompagner la réponse et organiser sur place la jeune Église bulgare, le pape envoie deux légats : Formose, évêque de Porto, et Paul, évêque de Populonia.[25][26]
L'expédition est un succès religieux. Boris se prend d'affection pour Formose, à tel point qu'en 867, il demande à Nicolas Iᵉʳ que Formose soit nommé archevêque de Bulgarie. La requête est exorbitante : Boris veut, au fond, créer une Église bulgare romaine et autonome, gouvernée par un homme qu'il aime. Nicolas Iᵉʳ refuse, au nom des canons. Comme le résume la Catholic Encyclopedia :
« Nicolas Iᵉʳ refusa, car les canons interdisaient à un évêque de quitter son siège propre pour gouverner un autre diocèse. » — J. P. Kirsch, Pope Formosus, in Catholic Encyclopedia, vol. VI, 1909[27]
C'est la première fois que la question de la translatio episcopi se pose au sujet de Formose. Trente ans plus tard, le synode du cadavre rappellera l'épisode comme la preuve d'une ambition pontificale précoce. Pour les historiens modernes, c'est une lecture forcée : Formose n'avait pas demandé la Bulgarie, il l'avait subie.[28][29]
Les missions en Francie (869, 872)
Sous Adrien II, Formose est envoyé en 869 en Francie occidentale, auprès de Charles le Chauve. La mission s'inscrit dans la séquence diplomatique ouverte par l'affaire matrimoniale de Lothaire II et Theutberge, qui avait occupé Nicolas Iᵉʳ pendant huit ans. Une seconde mission le mène en 872 à Trente, où se discute la succession de l'empereur Louis II, peu avant la mort d'Adrien II.[30][31]
Ces deux missions montrent que Formose appartient au cercle restreint des légats que les papes envoient sur les dossiers les plus délicats. La confiance s'accumule.
Candidat au pontificat en 872 ?
Lorsque Adrien II meurt en décembre 872, plusieurs sources tardives suggèrent que Formose a été un candidat possible au siège romain. C'est finalement Jean VIII qui est élu. Mann remarque qu'aucune source contemporaine ne dit que Formose ait « brigué » la papauté à ce moment ; mais le synode romain de 876 retiendra contre lui qu'il « aspirait au siège de Pierre ».[32][33]
L'accusation est probablement exagérée. Elle illustre, plus que les ambitions de Formose, la manière dont Jean VIII reformulera après coup les tensions internes à la curie romaine. L'article voisin sur Jean VIII montre que ces excommunications romaines visaient un réseau politique plus large : Lambert de Spolète, Adalbert de Toscane, Formose de Porto, partisans présumés de Carloman de Bavière contre Charles le Chauve.[34]
La rupture avec Jean VIII (876-883)
La fuite d'avril 876
Le 25 décembre 875, Jean VIII couronne Charles le Chauve empereur. Pour les factions romaines opposées à Charles, le geste est un signal d'alarme. Quelques mois plus tard, en avril 876, Formose s'enfuit de Rome avec d'autres clercs et dignitaires, en abandonnant son diocèse de Porto.[35][36]
Les raisons de la fuite restent débattues. Jean VIII les présentera comme une conspiration politique. Mann y voit plutôt une panique calculée : Formose craignait à juste titre des représailles d'un pape qui venait de gagner et qui n'hésitait pas à frapper ses adversaires intérieurs.
Les synodes romains des 19 avril et 30 juin 876
Le 19 avril 876, Jean VIII réunit un synode à Rome qui enjoint aux fugitifs de revenir : contre Formose, s'il ne revient pas, est prononcée une sentence conditionnelle d'excommunication et de déposition. Devant leur refus d'obéir, un second synode, le 30 juin 876, condamne Formose et l'exclut des rangs du clergé. La sentence porte trois chefs principaux :
- avoir aspiré à l'archevêché de Bulgarie et au siège romain ;
- avoir abandonné son diocèse de Porto sans permission ;
- avoir conspiré contre l'empereur Charles le Chauve.
La Catholic Encyclopedia résume :
« Sentence d'excommunication et de déposition fut prononcée, les chefs d'accusation étant que, poussé par l'ambition, il avait aspiré à l'archevêché de Bulgarie et au Siège de Pierre, qu'il s'était opposé à l'empereur et avait abandonné son diocèse. » — J. P. Kirsch, Pope Formosus[37]
L'accusation est lourde mais reste, à ce stade, disciplinaire : Jean VIII ne touche pas à la doctrine. Le pape veut écarter un rival qui pourrait le déstabiliser dans une Rome divisée.
Le concile de Troyes (août-septembre 878) et le serment
La sentence est confirmée au concile de Troyes en présence de Jean VIII et du roi Louis le Bègue. C'est là, au cœur de la Champagne, que le dossier prend la forme qui pèsera vingt ans plus tard. Formose prête serment de ne plus rentrer à Rome, de ne plus exercer le ministère sacerdotal, de mener désormais une vie laïque — selon des actes du concile dont Kirsch souligne qu'ils sont d'une authenticité douteuse (« of doubtful authenticity »). Le serment n'est pas anodin : il sera le premier chef d'accusation au synode du cadavre, transformant un acte de soumission canonique en preuve d'un parjure ultérieur.[38][39][40][41]
L'exil en Francie qui suit se prolonge sept ans. Sur cette période, les sources sont muettes : Formose vit retiré, sans charge ecclésiastique, sous la protection du clergé franc.
La réhabilitation par Marin Iᵉʳ (883)
À la mort de Jean VIII, le 16 décembre 882, c'est Marin Iᵉʳ qui lui succède. Marin est précisément l'un des hommes qui connaissaient le mieux Formose : légat d'Adrien II au VIIIe concile œcuménique de Constantinople (869-870), il appartenait au même cercle diplomatique romain. En 883, Marin libère Formose de son serment de Troyes, le rappelle à Rome et le rétablit sur son siège de Porto.[42][43]
L'historien Horace Mann juge cette réhabilitation malheureuse par ses suites — non parce que Formose serait coupable, mais parce qu'elle réintroduit dans Rome un nom autour duquel les factions vont à nouveau pouvoir se cristalliser (paraphrase).[44] Le commentaire vaut comme rappel : pardonner peut pacifier, mais peut aussi rouvrir des conflits si les divisions politiques de fond n'ont pas changé.
Sous Adrien III (884-885) puis Étienne V (885-891), Formose reprend sa place dans la curie romaine. Lorsque Étienne V meurt en septembre 891, Formose est l'un des plus anciens évêques de Rome, l'un des plus expérimentés en diplomatie orientale et carolingienne, l'un des rares à avoir servi quatre papes différents sur quatre dossiers différents.
Le pontificat (6 octobre 891 - 4 avril 896)
L'élection du 6 octobre 891 et la question canonique
Formose est élu pape en 891 — Kirsch (1909) ne donne que le mois de septembre 891[45], tandis que la liste officielle du Saint-Siège retient le 6 octobre 891 comme début du pontificat[46] : le Dizionario Biografico degli Italiani précise que l'intronisation eut « vraisemblablement lieu le 6 oct. 891 »[47]. L'élection est rapide ; l'opposition apparente est faible. Mais elle butte sur un point : Formose est déjà évêque de Porto, et un évêque consacré ne peut canoniquement passer d'un siège à un autre. C'est l'interdiction de la translation épiscopale, héritée des canons antiques de Nicée et déjà invoquée pour empêcher l'envoi de Formose en Bulgarie en 867.[48][49]
Le passage d'un siège suburbicaire au siège romain est, dans la lecture qu'en propose l'historien Laurent Jégou (2015), un fait nouveau dans la pratique du IXe siècle. Le précédent le plus proche était celui de Marin Iᵉʳ, déjà évêque de Cære (Cerveteri) — diocèse du Latium qui ne compte pas parmi les sièges suburbicaires[50][51] — au moment de son élection en 882. Formose serait en revanche, toujours selon cette lecture, le premier cas attesté de passage d'un siège suburbicaire (Porto) au siège romain ; Marin avait eu le temps d'un règne court et n'avait pas, comme Formose, un long passé de conflits canoniques. L'historien Laurent Jégou montre que le geste de 891 sera vu, par les contemporains comme par la postérité, comme un précédent à la fois nécessaire et fragile : nécessaire parce que les figures véritablement formées de la curie sont rares ; fragile parce qu'il offre prise à toute opposition future.[52]
Le couronnement de Lambert de Spolète (avril 892)
Six mois après son élection, Formose couronne Lambert de Spolète co-empereur aux côtés de son père Guy III de Spolète. La cérémonie a lieu en avril 892 à Saint-Pierre, sous la pression militaire des Spolétins, dont les terres encerclaient désormais le patrimoine pontifical au nord et au sud.[53][54]
Le couronnement n'est pas une adhésion enthousiaste : c'est un acte contraint, conséquence directe de la faiblesse politique du Siège apostolique après la mort de Jean VIII (882) et l'effondrement de Charles le Gros (888). Formose accepte ce qu'il ne peut empêcher.
L'appel à Arnulf de Carinthie
Très vite, Formose cherche à se dégager de la tutelle spolétine. Il appelle à son secours le roi de Francie orientale, Arnulf de Carinthie, petit-fils naturel de Louis le Germanique. Une première campagne d'Arnulf en Italie en 894 ne suffit pas à briser la maison de Spolète. Une seconde expédition est lancée en hiver 895-896.[55][56]
En février 896, Arnulf prend Rome aux mains d'Ageltrude, veuve de Guy III et mère de Lambert. En février 896 — le 22 février selon la chronologie courante, date que Mann donne avec un point d'interrogation (« Feb. 22? 896 ») —, Formose couronne Arnulf empereur à Saint-Pierre. C'est l'un des couronnements impériaux les plus précaires de tout le IXe siècle : l'empire est en lambeaux, le pape vieilli, l'empereur frappé par la maladie. Quelques semaines plus tard, Arnulf est atteint de paralysie et doit rentrer en Germanie, abandonnant Formose à la vengeance des Spolétins.[57][58]
Politique anti-photienne et relations avec Constantinople
Formose continue la ligne dure de Nicolas Iᵉʳ et d'Adrien II contre Photius, le patriarche de Constantinople déposé par Rome. Bien que Photius ait été réhabilité par Jean VIII au concile de Sainte-Sophie de 879-880, Formose refuse de réintégrer les clercs ordonnés par Photius et maintient la suspicion romaine envers le patriarcat byzantin.[59]
Cette ligne s'explique en partie par son expérience personnelle. Formose avait été mêlé de près, par sa mission en Bulgarie (866-867) — un terrain disputé entre Rome et Constantinople —, à la première phase de la crise photienne. Il n'avait aucune raison de revenir sur des positions qu'il avait lui-même contribué à construire.
L'Angleterre, Plegmund et le pallium
En 890, l'Église anglo-saxonne élit Plegmund archevêque de Cantorbéry. Vers 891, le nouvel archevêque reçoit le pallium des mains de Formose ; le geste consacre la continuité du lien établi sous Léon IV et Marin Iᵉʳ entre la papauté et la Schola Anglorum de Rome.[60] La correspondance attribuée à Formose qui réprimanderait les évêques anglais de leur silence face à la résurgence du paganisme viking — « comme des chiens qui ne savent pas aboyer » — pose des problèmes d'authenticité que les historiens contemporains soulignent : la « lettre au roi Édouard » est en tout cas apocryphe, puisque Édouard l'Ancien n'accède au trône qu'en 899, trois ans après la mort de Formose.[61]
La défense contre les Sarrasins
Le pontificat de Formose se déroule sous la pression sarrasine sur le Latium. Les bandes musulmanes basées sur le Garigliano continuent de ravager la campagne romaine, malgré les victoires de Jean VIII. Formose poursuit la politique de fortification et de défense entamée par ses prédécesseurs, dans des conditions matérielles toujours plus difficiles.[62]
La mort, 4 avril 896
Formose meurt à Rome le 4 avril 896. Il a environ quatre-vingts ans. Le bilan de son pontificat est mince ; sa réputation est intacte. Mann lui reconnaît une intégrité morale jamais contestée, jointe à une maladresse politique dans la gestion des factions italiennes. Aucune source contemporaine n'évoque, à ce moment, les accusations qui seront reprises neuf mois plus tard.[63][64]
Mann dresse un bilan contrasté : une intégrité morale jamais contestée, mais une habileté politique insuffisante pour faire prévaloir le bien qu'il voulait (paraphrase).[65]
Le synode du cadavre (janvier 897)
Boniface VI et Étienne VI
À la mort de Formose, la curie élit en avril 896 Boniface VI, un prêtre romain âgé. Son pontificat dure environ quinze jours ; les sources hésitent entre la goutte et une éjection forcée pour faire place à Étienne VI.[66]
Lui succède, vers mai 896, Étienne VI (numéroté Étienne VII si l'on compte l'Étienne élu et mort avant sa consécration en 752). La Catholic Encyclopedia note explicitement que son élection fut imposée par Lambert et sa mère Ageltrude : « compelled by the Emperor Lambert and his mother Ageltruda »[67]. Le parti spolétin a repris Rome ; l'humiliation d'Arnulf est consommée ; Formose, qui avait osé couronner un autre empereur, va payer dans sa mémoire.
Janvier 897 : la basilique du Latran et le tribunal
Le synode se tient en janvier 897, à la basilique du Latran, en présence d'Étienne VI et de plusieurs évêques romains. Le corps de Formose, mort depuis neuf mois, est exhumé. On le revêt des ornements pontificaux, on l'assoit sur le trône pontifical. Un diacre est désigné pour répondre à sa place — détail qui dit, mieux qu'un long commentaire, la dimension à la fois canonique et théâtrale de la procédure.[68][69]
Les chefs d'accusation
Trois griefs sont retenus :
- Parjure : Formose aurait violé le serment prêté au concile de Troyes en 878, de ne plus rentrer à Rome ni reprendre le ministère sacerdotal ;
- Ambition : il aurait usurpé le siège romain en 891 alors qu'il était lié à un autre diocèse ;
- Translation épiscopale illicite : il aurait passé du siège de Porto au siège romain en violation des canons.
Ces trois griefs forment un dispositif cohérent : ils visent à délégitimer non pas la doctrine, mais la personne pontificale de Formose, et à invalider rétroactivement tous ses actes officiels.[70][71]
La parole d'Étienne VI au cadavre
La scène la plus célèbre de tout le synode est rapportée par Liutprand de Crémone, évêque lombard de Crémone, qui connut Byzance en ambassade, dans son Antapodosis écrit vers 958-962. Bien qu'écrite soixante ans après les faits, l'œuvre conserve la formule directe adressée au mort lors du synode — en l'attribuant à Serge (le futur Serge III) par confusion de datation, alors que la procédure est celle d'Étienne VI :
« Alors que tu étais évêque de Porto, pourquoi, par esprit d'ambition, as-tu usurpé le siège universel romain ? » — Liutprand de Crémone, Antapodosis I, 30 (texte qui nomme Serge)[72]
Liutprand donne aussi la suite : le silence du cadavre, la voix tremblante du diacre qui parle pour lui, la sentence prononcée. Mais le récit de Liutprand est partisan et tardif. Pour la même séquence, les Annales Alamannici, rédigées en Allemagne, offrent un témoignage indépendant et beaucoup plus sobre :
« Le pape Étienne fit sortir Formose de son sépulcre et le plaça sur le siège apostolique ; il établit un diacre pour répondre à sa place, le dépouilla du vêtement apostolique et le traîna à travers la basilique ; le sang coulait de sa bouche, et il fut jeté dans le fleuve. » — Annales Alamannici, s.a. 896[73]
La sentence
La sentence est triple :
- Déposition rétroactive : tous les actes pontificaux de Formose sont déclarés nuls.
- Annulation des ordinations : tous les clercs ordonnés par Formose, du diacre à l'évêque, sont déclarés non ordonnés. Plusieurs centaines d'hommes sont touchés. Le problème théologique est immense : Étienne VI lui-même avait été consacré évêque d'Anagni par Formose, ce qui rendait sa propre légitimité pontificale logiquement insoutenable.
- Mutilation : deux ou trois doigts de la main droite servant à la bénédiction sont tranchés selon les récits : la Catholic Encyclopedia (article Stephen VI) parle de « deux doigts de la main droite » (« two fingers of its right hand »), tandis que Kirsch (article Formosus) en compte trois — pouce, index et majeur, les doigts de bénédiction dans la tradition latine. C'est le signe de la papauté qu'on lui retire ; le geste vise la fonction, pas seulement la personne.[74][75]
Le corps est ensuite revêtu d'habits laïcs et inhumé dans le cimetière des étrangers. Peu après, il est ré-exhumé, lesté et jeté dans le Tibre.
Les miracles et la chute d'Étienne VI
Le corps est récupéré quelques jours plus tard : Auxilius (In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi, éd. Dümmler, p. 72) raconte qu'une crue du Tibre rejeta la dépouille malgré les poids, puis qu'un moine, averti en songe, la recueillit et la cacha jusqu'au pontificat de Théodore[76]. Les chroniqueurs rapportent des prodiges : Hermann de Reichenau (Chronicon, s.a. 896) écrit que les Romains furent terrifiés par les miracles divins obtenus par les mérites de Formose, et Liutprand de Crémone (Antapodosis I, 31) raconte que, lors de la réinhumation à Saint-Pierre, les images des saints au-dessus de l'autel saluèrent la dépouille[77][78]. L'opinion romaine se retourne alors contre Étienne VI.[79]
Quelques mois plus tard, en juillet ou août 897, Étienne VI est emprisonné par une faction romaine, puis étranglé dans sa cellule. La séquence est ramassée et brutale : moins d'un an sépare la mort de Formose, le synode du cadavre, et la mort par strangulation de l'homme qui l'a conduit.[80]
Réhabilitation et conséquences théologiques
Théodore II (décembre 897) : la première annulation
Après Étienne VI puis Romain, Théodore II est élu en décembre 897. Son règne ne dure qu'une vingtaine de jours. Dans ce temps très court, il convoque un synode qui annule formellement le synode du cadavre, ordonne le rapatriement du corps de Formose depuis le Tibre, et le fait réinhumer à Saint-Pierre dans les vêtements pontificaux. Il rétablit également les clercs ordonnés par Formose, sans les soumettre à une nouvelle ordination.[81][82][83]
L'acte de Théodore II est, du point de vue ecclésial, le premier verdict officiel de l'Église sur le synode du cadavre : ce n'était pas un jugement, c'était un abus. La réhabilitation est immédiate, complète et publique.
Jean IX et les synodes de Rome et de Ravenne (898)
Jean IX confirme et amplifie en 898. Il réunit successivement un synode à Rome et un autre à Ravenne. Les actes officiels du synode du cadavre sont brûlés. Au synode romain, sept évêques ayant pris part au synode du cadavre sont interrogés sur leur participation — ils déclarent presque tous y avoir été contraints ; à Ravenne, les capitula VIII-IX prononcent des excommunications contre certains clercs et contre ceux qui jetèrent le corps dans le Tibre[84]. Surtout, le capitulum I (première série) des actes de Ravenne annule le synode d'Étienne VI et interdit tout nouveau jugement d'un mort : un mort ne doit pas être appelé en jugement, puisqu'il ne peut ni répondre ni réparer[85].
« Jean IX confirma ces actes lors de deux synodes, dont le premier fut tenu à Rome et l'autre à Ravenne (898). » — J. P. Kirsch, Pope Formosus[86]
Cette interdiction a tenu pour la suite : dans l'historiographie mobilisée par le présent article, aucun autre cas de pape formellement jugé après sa mort n'est attesté. Le synode du cadavre reste ainsi un cas isolé : non le premier d'une série, mais un abus condamné dès 897-898, sauf la parenthèse de Serge III (904-911), qui ré-entérina la sentence sans rouvrir de procès.
Auxilius de Naples et la doctrine sacramentaire
La question théologique la plus profonde posée par le synode du cadavre est celle de la validité des sacrements conférés par Formose. Si les ordinations de Formose sont annulées, alors les centaines d'évêques, prêtres et diacres ordonnés par lui — y compris Étienne VI lui-même — n'ont jamais été ordonnés, et tous les actes sacramentels qu'ils ont posés (Eucharistie, confirmation, ordres, mariages, absolutions) sont également nuls. L'effet de cascade est terrifiant pour l'Église romaine.
C'est dans ce contexte que Auxilius de Naples, prêtre d'origine franque ordonné à Rome par Formose, écrit entre 908 et 911 plusieurs traités d'apologie : In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi, Libellus de ordinationibus a papa Formoso factis, Tractatus qui Infensor et Defensor dicitur, Libellus super causa et negatio Formosi papae, Libellus in defensionem Stephani episcopi.[87]
La thèse d'Auxilius est claire et déterminante :
« Les ordres conférés par des évêques pécheurs ou excommuniés ne sont pas en eux-mêmes invalides. » — Auxilius de Naples, sens du Libellus de ordinationibus a papa Formoso factis[88]
Ce raisonnement reprend, en l'appliquant à un cas pontifical extrême, la doctrine antidonatiste de saint Augustin : le sacrement opère par la puissance du Christ, non par la dignité du ministre. La théologie scolastique nommera plus tard cette validité ex opere operato, formule qu'Auxilius n'emploie pas. Auxilius est, avec Eugène Vulgaire, l'un des défenseurs de cette doctrine dans la crise concrète de 897-911. Sans Auxilius, l'Église aurait été tentée de ré-ordonner massivement les clercs concernés ; avec lui, la validité des ordinations, indépendante de la dignité du ministre, trouve une défense décisive.[89]
La rechute de Serge III (904) et la suite
L'épilogue est sombre. Serge III (904-911), de tendance ouvertement anti-formosienne (favorable au synode du cadavre), ré-entérine la sentence du synode du cadavre et exige la ré-ordination des clercs ordonnés par Formose. C'est un retour en arrière scandaleux, qui plonge la curie dans la confusion.[90][91]
Cette position n'a cependant jamais été reprise après Serge III. La théologie catholique a ensuite retenu la position de Théodore II, de Jean IX et d'Auxilius. La liste pontificale officielle du Saint-Siège maintient Formose comme pape légitime, sans interruption, et son successeur Boniface VI est également maintenu. La rechute de Serge III est traitée par l'historiographie comme un fait isolé, anomalie d'un pontife déjà compromis par son passé politique.[92][93]
Réception moderne
Le tableau de Jean-Paul Laurens (1870)
L'épisode du synode du cadavre revient dans la conscience occidentale en 1870 avec le tableau de Jean-Paul Laurens (1838-1921), Les Papes Formose et Étienne VI — Concile cadavérique de 897, huile sur toile aujourd'hui conservée au musée d'Arts de Nantes.[94]
Laurens campe un Étienne VI hagard et débraillé, debout face au cadavre revêtu des ornements pontificaux, dans un Latran sombre : l'article y lit une dénonciation politique — lecture interprétative, l'intention précise de Laurens pour cette toile n'étant documentée par aucune des sources de la notice du musée[95].
Pour une lecture catholique honnête, le tableau reste un témoignage utile : il rappelle, par le choc visuel, ce que les sources textuelles disent déjà — qu'un pape a fait jugement et mutilation sur un cadavre. Le rappeler n'est pas trahir la foi ; c'est l'inverse, c'est reconnaître que l'Église a traversé un abîme et qu'elle l'a elle-même condamné dès l'année suivante.
L'historiographie contemporaine
La biographie de Formose la plus complète demeure celle de Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV (1910), qui consacre une section dense à Formose, à son pontificat et au synode du cadavre. Mann est de tendance catholique et apologétique ; ses verdicts moraux sont parfois durs, mais sa documentation est fiable et large.[96]
L'édition critique de référence reste celle de Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis (Paris, Thorin, 1886-1892), qui édite les Vies de Formose, Étienne VI, Théodore II et Jean IX dans leur version conservée.[97]
Les recherches plus récentes — Laurent Jégou (2015), et l'article de William S. Monroe « A New Look at the Cadaver Synod » dans les actes du XVe Congrès international de droit canonique médiéval (Cité du Vatican, 2022) — ont affiné la lecture historique en mettant l'accent sur le rôle des factions spolétines, sur les fragilités juridiques de la procédure, et sur la cohérence canonique de la réhabilitation par Théodore II et Jean IX.[98][99]
Formose dans la liste pontificale officielle
Le Saint-Siège mentionne Formose dans sa liste pontificale officielle comme 111e pape de l'Église catholique, avec un pontificat allant du 6 octobre 891 au 4 avril 896. Aucune note ne signale de doute sur la légitimité du pontificat. Le synode du cadavre est traité, dans la mémoire catholique officielle, comme un abus annulé dans l'année qui suit, et non comme un acte ecclésial valide.[100]
La liste officielle du Saint-Siège ne compte, dans toute l'histoire ultérieure, aucun second pape du nom de Formose.[101] Cette absence pourrait s'expliquer par le poids de la mémoire restée attachée à ce nom après la scène du Latran, sans équivaloir pour autant à une condamnation.
Ce que dit l'épisode pour une lecture catholique
La papauté humaine et l'Église fidèle
L'épisode formosien est l'un des arguments les plus utilisés contre la papauté : on a vu un pape juger un autre pape mort, mutiler son corps, jeter sa dépouille dans le Tibre. Mais la suite immédiate est, pour une lecture catholique honnête, presque plus instructive que le scandale lui-même. En moins d'un an, l'Église elle-même annule la procédure. En moins de deux ans, elle interdit les jugements post mortem. En moins de quinze ans, la théologie d'Auxilius pose les jalons de la doctrine de la validité sacramentaire indépendamment de la dignité du ministre.
L'épisode montre donc deux vérités simultanées que l'apologétique ne doit pas séparer :
- La papauté n'est pas à l'abri du péché, ni de la violence politique, ni de la manipulation par les factions. Étienne VI et Serge III en sont la preuve.
- L'Église, en tant qu'Église, reste fidèle. Théodore II, Jean IX, Auxilius, et toute la tradition postérieure rejettent collectivement la procédure. La promesse du Christ — « les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16, 18) — ne dit pas que les hommes qui détiennent les clefs en seront toujours dignes ; elle dit que l'Église, comme corps mystique, ne tombera pas. Formose et le synode du cadavre sont, paradoxalement, une confirmation par contraste de cette promesse.
Le précédent doctrinal
Du point de vue de la théologie sacramentaire, l'épisode contribue à une clarification : la distinction entre la validité du sacrement (qui ne dépend pas du ministre) et sa liceité (qui dépend des conditions canoniques) trouve dans la crise post-formosienne une application concrète. Cette distinction sera reprise par la scolastique médiévale, précisée au concile de Trente, et reste aujourd'hui la position constante de l'Église.
Sans le scandale du synode du cadavre, la doctrine aurait peut-être attendu plus longtemps une telle clarification. Le scandale a forcé la pensée.
Le silence ecclésial et la mémoire
Enfin, l'absence de tout Formose II dans l'histoire ultérieure pourrait tenir au poids resté attaché à ce nom, sans pour autant signifier une condamnation. Le pape Formose figure dans la liste ; il n'est ni glorifié, ni renié.
Pour aller plus loin
- Pape Jean VIII (872-882) — le pape qui a excommunié Formose au synode romain de 876 puis au concile de Troyes en 878.
- Pape Marin I (882-884) — le pape qui a réhabilité Formose et le ramène à son siège de Porto en 883.
- Pape saint Nicolas Iᵉʳ — le pape qui a fait de Formose un évêque suburbicaire et l'a envoyé en Bulgarie.
- Pape Adrien II — le pape qui a envoyé Formose en mission en Francie en 869 puis à Trente en 872.
- Pape Étienne VI — le successeur direct (par-dessus Boniface VI) qui a convoqué le synode du cadavre.
- Pape Théodore II — le pape qui a réhabilité Formose en décembre 897.
- Pape Jean IX — le pape qui a interdit les jugements post mortem aux synodes de Rome et de Ravenne en 898.
- Pape Serge III — le pape qui a tenté en 904 de réhabiliter le synode du cadavre.
- Le synode du cadavre — l'article dédié à l'épisode de janvier 897.
- Concile de Constantinople IV — le concile auquel Formose a participé indirectement par sa carrière de légat oriental.
Notes et références
Saint-Siège, liste pontificale officielle, notice « Formosus », libellé exact : « 111th Pope of the Catholic Church », « Beginning Pontificate 6.X.891 », « End Pontificate 4.IV.896 ». Page consultée le 4 juin 2026, reverifiée le 4 octobre 2026 : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/formoso.html.
1J. P. Kirsch, "Pope Formosus", The Catholic Encyclopedia, vol. VI, New York, Robert Appleton Company, 1909 ; transcription New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/06139b.htm. Notice utilisée pour la carrière complète, les missions en Bulgarie et en Francie, le conflit avec Jean VIII, le pontificat, le synode du cadavre et la réhabilitation.
2 3 6 25 30 32 35 38 53 59 81 90J. P. Kirsch, "Pope Formosus", Catholic Encyclopedia, vol. VI, 1909, texte exact : « Formosus was probably a native of Rome, and must have been born about 816, since, at his death, he is characterized by Vulgarius as an old man of eighty » — d'où la naissance « probablement Rome, vers 816 » et l'identification de la source unique (Eugène Vulgaire). Même notice pour la nomination comme cardinal-évêque de Porto en 864 par Nicolas Iᵉʳ, la légation en Bulgarie en 866-867, le refus de Nicolas Iᵉʳ face à la demande du roi Boris en 867 au nom de l'interdiction de la translation épiscopale, les missions en Francie en 869 et à Trente en 872.
4 20 22 26 27 31J. P. Kirsch, ibid. : portrait moral de Formose (un homme « religious, moral, ascetic, and intellectual »), fuite de Rome en avril 876 après le couronnement de Charles le Chauve, premier synode romain du 19 avril 876 (injonction de retour aux fugitifs, sentence conditionnelle d'excommunication et de déposition contre Formose) puis second synode du 30 juin 876 (condamnation et exclusion du clergé), trois chefs d'accusation (ambition pour la Bulgarie et Rome, abandon du diocèse de Porto, opposition à l'empereur), confirmation au concile de Troyes (878) selon des actes dont l'authenticité est douteuse (texte exact : « which are however of doubtful authenticity »), serment de ne plus rentrer à Rome ni exercer le ministère, exil à Sens en Francie, réhabilitation par Marin Iᵉʳ en 883.
5 7 13 24 28 36 37 39 48"Formosus", Encyclopaedia Britannica, notice consultée le 4 juin 2026 : https://www.britannica.com/biography/Formosus. Données utilisées pour la mort, le couronnement d'Arnulf (février 896 — le 22 selon la chronologie courante), l'attaque de paralysie d'Arnulf et le retour en Germanie, la chronologie politique du pontificat.
8 55 57J. P. Kirsch, ibid. : élection en septembre 891 (Kirsch ne donne que le mois — « In September, 891, he was elected » ; le 6 octobre 891 est la date de début du pontificat retenue par la liste officielle du Saint-Siège — voir aussi la notice Treccani), intégrité morale reconnue, couronnement de Lambert et de son père Guy en avril 892, appel à Arnulf, couronnement d'Arnulf en février 896 (Kirsch ne donne que le mois ; le 22 février est la date retenue par la chronologie courante), mort le 4 avril 896 (texte exact : « Shortly afterwards (4 April, 896) Formosus died »), déroulement du synode du cadavre, réhabilitation par Théodore II (décembre 897) et Jean IX (synodes de Rome et de Ravenne, 898), maintien dans la liste pontificale officielle.
9 17 45 63 82 86 93Horace K. Mann, "Pope Stephen (VI) VII", The Catholic Encyclopedia, vol. XIV, New York, Robert Appleton Company, 1912 ; New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/14289d.htm. Référence utilisée pour : élection d'Étienne VI vers mai 896 sous pression de Lambert et Ageltrude, déroulement du synode du cadavre, sentence (déposition, annulation des ordinations, mutilation, lancement dans le Tibre), emprisonnement et strangulation d'Étienne VI en juillet-août 897. L'article qualifie l'exhumation d'« atrocious deed » (« acte atroce ») et précise que le cadavre fut privé de « two fingers of its right hand » (« deux doigts de la main droite »).
10 15 67 74 80Sarah Patrick, "The Cadaver Synod", Medievalists.net, mai 2025 : https://www.medievalists.net/2025/05/cadaver-synod/. Synthèse utilisée pour la procédure du synode (Latran, janvier 897, exhumation, vêtements pontificaux, diacre, sentence, mutilation (deux ou trois doigts selon les récits), lancement dans le Tibre, récupération par un moine, miracles attribués, chute d'Étienne VI), pour la réhabilitation par Théodore II et Jean IX, et pour la rechute de Serge III.
11 69 70 75 79 91Liutprand de Crémone, Antapodosis, livre I, ch. 30 ; édition critique P. Chiesa, Liudprandi Cremonensis Opera omnia, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 156, Brepols, Turnhout, 1998, p. 23, l. 639-643 ; trad. anglaise de référence : Paolo Squatriti, The Complete Works of Liudprand of Cremona, Washington, Catholic University of America Press, 2007, p. 64-66. Texte latin original : « Cum Portuensis esses episcopus, cur ambitionis spiritu Romanam universalem usurpasti sedem? ». Traduction française dans le corps : « Alors que tu étais évêque de Porto, pourquoi, par esprit d'ambition, as-tu usurpé le siège universel romain ? ». Réserve critique : dans le texte de Liutprand, la procédure est placée sous le nom de Serge (le futur Serge III), non d'Étienne VI — confusion de datation relevée par Mann (« his hopeless confusion of Sergius with Stephen (VI) VII », Lives of the Popes, vol. IV, p. 137) et par Monroe (« The pope who put Formosus on trial was Stephen VI, and not Sergius III », The Trials of Pope Formosus, thèse, Columbia, 2021). L'attribution de la procédure à Étienne VI (janvier 897) repose sur les autres sources : Annales Alamannici, Liber Pontificalis, Catholic Encyclopedia (art. « Stephen VI »).
12 68 72Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. IV : The Popes in the Days of Feudal Anarchy, 891-999, London, Kegan Paul, 1910, p. 46 : naissance vers 816, élévation à Porto en 864 par Nicolas Iᵉʳ, mission bulgare, refus de la translation vers la Bulgarie en 867, missions en Francie sous Adrien II, profil d'un vieillard d'environ quatre-vingts ans à la mort (paraphrase).
14 21 23 29 96Joseph Wilhelm, "Auxilius of Naples", The Catholic Encyclopedia, vol. II, New York, Robert Appleton Company, 1907 ; New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/02147a.htm. Référence utilisée pour la liste des traités d'Auxilius (In defensionem sacrae ordinationis papae Formosi, Libellus de ordinationibus a papa Formoso factis, Tractatus qui Infensor et Defensor dicitur, Libellus super causa et negatio Formosi papae — ce dernier retrouvé et publié par Mabillon dans ses Vetera Analecta —, Libellus in defensionem Stephani episcopi) et pour la thèse théologique sur la validité des ordinations indépendamment de la dignité du ministre.
16 87 88 89Laurent Jégou, « Compétition autour d'un cadavre. Le procès du pape Formose et ses enjeux (896-904) », dans la Revue historique, vol. 317, n° 3 (n° 675), 2015, p. 499-523 : réévaluation critique du procès de Formose, lecture institutionnelle des chefs d'accusation, analyse de la translation épiscopale de 891 comme précédent canonique fragile, place des factions spolétines dans le déroulement de la procédure, prudence sur l'authenticité des correspondances anglaises attribuées à Formose.
18 49 52 61 71 98Saint-Siège, liste pontificale officielle, notice « Formosus », libellé exact : « 111th Pope of the Catholic Church », « Beginning Pontificate 6.X.891 », « End Pontificate 4.IV.896 » : maintien sans réserve dans la succession apostolique, sans note critique sur la légitimité du règne. Page consultée le 4 juin 2026, reverifiée le 4 octobre 2026 : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/formoso.html.
19 46 92 100 101H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. IV, 1910, p. 47-50 : conflit avec Jean VIII, fuite d'avril 876, sentence du 19 avril 876, concile de Troyes 878 et serment, exil en Francie, réhabilitation par Marin Iᵉʳ en 883.
33 40Voir l'article Ignispedia Pape Jean VIII (872-882), section sur le concile de Troyes (878) : Formose y figure parmi les partisans italiens de Carloman de Bavière excommuniés aux côtés de Lambert de Spolète et d'Adalbert de Toscane.
34 41Horace K. Mann, "Pope Marinus I", The Catholic Encyclopedia, vol. IX, 1910 ; New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/09670b.htm. Référence utilisée pour la réhabilitation de Formose par Marin Iᵉʳ en 883, et pour la légation de Marin au VIIIe concile œcuménique de Constantinople (869) comme légat d'Adrien II.
42 50H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. IV, 1910, p. 48 : libération du serment de Troyes par Marin Iᵉʳ, retour à Rome et rétablissement à Porto, vie sous Adrien III et Étienne V jusqu'à l'élection de 891.
43H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. III, 1906, p. 355 (paraphrase) : jugement prudentiel sur la réhabilitation de Formose par Marin Iᵉʳ en 883 — mesure malheureuse par ses effets, non par culpabilité personnelle de Formose, car elle cristallise à nouveau les factions romaines. Voir aussi Mann lui-même dans la Catholic Encyclopedia (« Pope Marinus I ») : une réhabilitation « most unfortunately, as the sequel proved ».
44Jean-Marie Sansterre, « FORMOSO, papa », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 49, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, 1997 : « L'intronizzazione del nuovo papa ebbe verosimilmente luogo il 6 ott. 891 » (« l'intronisation du nouveau pape eut vraisemblablement lieu le 6 oct. 891 »). La notice confirme aussi la naissance « intorno all'816 probabilmente a Roma ». https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-formoso_(Dizionario-Biografico)/.
47« Porto and Santa-Rufina », Catholic Encyclopedia, vol. XII, New York, Robert Appleton Company, 1911 (diocèse formé de l'union de deux sièges suburbicaires) ; New Advent : https://www.newadvent.org/cathen/12290a.htm. Cære (Cerveteri), dont Marin Iᵉʳ était évêque avant son élection (voir la note consacrée à Marin Iᵉʳ), ne compte pas parmi les sièges suburbicaires.
51H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. IV, 1910, p. 67-69 : couronnement de Lambert de Spolète en avril 892 sous pression militaire, tensions ultérieures avec Guy III et Lambert, contexte politique italien. Mann propose le 30 avril avec un point d'interrogation (« April 30 ? »), datation conjecturale : l'article s'en tient au mois.
54H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. IV, 1910, p. 68-71 : appel à Arnulf de Carinthie, campagnes d'Arnulf en Italie, prise de Rome en février 896 d'après les Annales Fuldenses (s.a. 896) et les Annales Alamannici (« Arnolfus Romam vi coepit »), qui ne donnent aucun jour pour la prise ; Mann date le couronnement au « Feb. 22? 896 », avec un point d'interrogation — le 22 février est la date retenue par la chronologie courante ; retrait par paralysie.
56 58Edwin Burton, "Plegmund", Catholic Encyclopedia, vol. XII, New York, Robert Appleton Company, 1911, texte exact : « In 890 he was chosen Archbishop of Canterbury and went to Rome to receive the pallium from Pope Formosus » ; transcription Catholicity : https://www.catholicity.com/encyclopedia/p/plegmund.html. Référence utilisée pour l'élection de Plegmund à Cantorbéry en 890 et la remise du pallium par Formose vers 891.
60H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. IV, 1910, p. 70 : politique de défense contre les Sarrasins, continuation de la ligne de Jean VIII, pression militaire sur le Latium.
62H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. IV, 1910, p. 72 (paraphrase) : évaluation de la personnalité morale de Formose, intégrité reconnue, habileté politique insuffisante, mort à environ quatre-vingts ans.
64 65"Pope Boniface VI", The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1913 ; transcription Wikisource : https://en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Pope_Boniface_VI. Après un pontificat de quinze jours, « he is said by some to have died of the gout, by others to have been forcibly ejected to make way for Stephen VI, the candidate of the Spoletan party » (« les uns disent qu'il mourut de la goutte, les autres qu'il fut éjecté de force pour faire place à Étienne VI, le candidat du parti spolétin »).
66Annales Alamannici, s.a. 896 (recension du Cod. Modoetiensis / Annales de Murbach), éd. W. Lendi, Untersuchungen zur frühalemannischen Annalistik, Fribourg, Universitätsverlag, 1971, p. 184 ; texte repris dans les Monumenta Germaniae Historica, Scriptores I (Hanovre, 1826) et cité d'après W. S. Monroe, The Trials of Pope Formosus, thèse, Columbia University, 2021, p. 159, n. 3 : « Stephanus papa Formosum de sepulcro eiecit et in apostolica sede locavit et diaconum pro eo constituit ad respondendum et apostolicam exuit vestem et traxit per basilicam et sanguis de ore eius fluebat et in flumen proiectus est. » (orthographe normalisée ; la transcription diplomatique de Lendi, reprise par Monroe p. 205, n. 137, porte « proiuectus »). Traduction française dans le corps de l'article. Synthèse anglophone : Sarah Patrick, « The Cadaver Synod », Medievalists.net, mai 2025, https://www.medievalists.net/2025/05/cadaver-synod/.
73William S. Monroe, The Trials of Pope Formosus, thèse de doctorat, Columbia University, 2021 (Academic Commons : https://academiccommons.columbia.edu/doi/10.7916/d8-5wrw-j379) : édition synoptique des actes du synode de Ravenne de 898 — capitulum I (première série, manuscrit de Verceil) annulant le synode d'Étienne VI et interdisant tout nouveau jugement d'un mort ; interrogatoire (Protocole, version R) de sept évêques ayant pris part au synode du cadavre (MGH, Concilia, vol. 5) ; excommunications des capitula VIII-IX (certains clercs, et ceux qui jetèrent le corps dans le Tibre) ; récits des prodiges (Liutprand, Antapodosis I, 31 ; Hermann de Reichenau, Chronicon, s.a. 896 ; Auxilius, In defensionem, p. 72, éd. Dümmler).
76 77 84 85Liutprand de Crémone, Antapodosis, livre I, ch. 31 ; éd. P. Chiesa, Liudprandi Cremonensis Opera omnia, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 156, Brepols, 1998, p. 23-24 ; trad. P. Squatriti, The Complete Works of Liudprand of Cremona, Washington, Catholic University of America Press, 2007, p. 64 : lors de la réinhumation à Saint-Pierre, les images des saints placées au-dessus de l'autel saluèrent la dépouille.
78Horace K. Mann, "Pope Theodore II", The Catholic Encyclopedia ; New Advent : http://www.newadvent.org/cathen/14570b.htm. Pontificat d'une vingtaine de jours, probablement en décembre 897 (« it is probable that he was pope during December 897 ») ; réintégration en synode des clercs dégradés par Étienne VI et reconnaissance formelle de la validité des ordinations conférées par Formose.
83Jean-Paul Laurens, Les Papes Formose et Étienne VI — Concile cadavérique de 897, huile sur toile, 1870, musée d'Arts de Nantes. Notice de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais : https://art.rmngp.fr/en/library/artworks/jean-paul-laurens_les-papes-formose-et-etienne-vi_huile-sur-toile_1870. Référence utilisée pour l'identification du tableau, sa date et son lieu de conservation actuel.
94 95Louis Duchesne (éd.), Le Liber Pontificalis, 2 vol., Paris, Ernest Thorin, 1886-1892 (Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome) : Vies de Formose, Étienne VI, Théodore II, Jean IX. Édition critique de référence pour le récit officiel romain des pontificats considérés.
97William S. Monroe, « A New Look at the Cadaver Synod », article individuel dans les actes collectifs du XVe Congrès international de droit canonique médiéval (Paris, juillet 2016), éd. F. Demoulin-Auzary, N. Laurent-Bonne et F. Roumy, Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, 2022, p. 321-335 : procédure, sources, rôle des factions et réhabilitation.
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