Pape saint Léon IV gouverne l'Église de Rome du 10 avril 847 au 17 juillet 855. Le Saint-Siège, dans sa fiche « Leo IV » (sous-titre « 103rd Pope of the Catholic Church »), le range comme 103e pape, né à Rome, au pontificat clos le 17 juillet 855 — le début s'y affiche tronqué (« ...I,10.V.847 »), illisible en l'état ; la date d'ouverture au 10 avril 847, jour de Pâques, est celle de Mann et de Marazzi (« il 10 aprile, giorno di Pasqua »), reprise ici d'eux sans vérification propre du comput ; comme toute numérotation pontificale, ce rang dépend des listes retenues (cas d'Étienne, antipapes).[1]
Son nom reste attaché à une urgence très concrète : protéger le tombeau de saint Pierre après le sac de la basilique Saint-Pierre au Vatican et de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs (dite ostienne, car située sur la voie d'Ostie) par les Sarrasins en 846. Léon IV restaure les murailles de Rome, fortifie le Vatican, achève en 852 la cité léonine, organise la défense maritime qui aboutit à la victoire d'Ostie en 849, et donne au pontificat romain une visibilité territoriale nouvelle.[2][3]
Il ne fut pourtant pas seulement un pape bâtisseur. Son pontificat touche aussi à la discipline ecclésiastique, à Ravenne, aux Églises franques, à la Bretagne de Nominoë, aux relations avec Constantinople et à la tension permanente entre protection impériale carolingienne et autonomie romaine. Son héritage est celui d'un pasteur qui transforme une catastrophe en programme : défendre les lieux saints, restaurer les églises, coordonner les forces chrétiennes et rappeler que la sécurité de Rome sert d'abord le culte de Dieu.
Paraphrase — À Ostie, selon le Liber Pontificalis, Léon IV demande à Dieu que les membres de ses fidèles, qui combattent les ennemis de la sainte Église, soient fortifiés par sa droite toute-puissante.[4]
Pourquoi Léon IV compte-t-il ?
Le pape qui ferme la brèche ouverte en 846
Le raid sarrasin de 846 avait révélé une faiblesse dramatique : les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, situées hors de l'enceinte aurélienne, pouvaient être pillées sans que la ville de Rome elle-même soit prise.[5] Pour un chrétien du IXe siècle, ce n'était pas une simple perte de trésor. C'était l'humiliation visible des sanctuaires apostoliques, du tombeau de Pierre et du patrimoine liturgique romain.
Léon IV est élu dans cette peur. New Advent rapporte que l'attaque de 846 avait rendu les Romains anxieux pour la sécurité de la ville, et que cette urgence explique sa consécration sans attendre l'autorisation impériale.[6] Treccani confirme que les circonstances difficiles de l'élection provoquent une rupture avec la procédure imposée par l'ordonnance de Lothaire : les Romains hésitent, mais consacrent finalement Léon le jour de Pâques 847, "sans permission du prince", tout en affirmant ne pas vouloir manquer à la fidélité impériale.[7]
Le fondateur de la cité léonine
L'acte le plus durable de Léon IV est l'enceinte du Vatican. En moins de cinq ans, entre 847 et 852, il fait réparer les défenses côtières, restaurer les murailles auréliennes et construire autour du noyau vatican un système fortifié partant de Castel Sant'Angelo, défendu par quarante-quatre tours et ouvert notamment par la porte Viridaria.[8]
La nouvelle enceinte n'est pas seulement un mur. Elle crée une civitas Leonina, une ville nommée d'après son fondateur, capable de protéger Saint-Pierre, les pèlerins, les monastères et les quartiers qui vivaient autour du sanctuaire apostolique. Treccani souligne que cette fondation, avec celle de Leopolis près de Civitavecchia, donne à l'action pontificale une forme presque souveraine : le pape ordonne le territoire comme un pouvoir public.[9]
Le coordinateur de la victoire d'Ostie
En 849, une nouvelle flotte sarrasine menace Rome. Le Liber Pontificalis raconte que Dieu suscite les cœurs des hommes de Naples, Amalfi et Gaète afin qu'ils combattent avec les Romains ; leurs chefs viennent au Latran, déclarent ne chercher que la victoire contre les païens, puis reçoivent la communion des mains du pape à Sainte-Aure d'Ostie.[10]
Léon IV ne commande pas une flotte comme un amiral moderne. Il fait autre chose : il vérifie l'intention des alliés, se rend à Ostie avec une escorte armée, célèbre la messe, prie pour les combattants, et donne à l'alliance une forme ecclésiale. Dans le récit pontifical, la victoire qui suit est présentée comme fruit de la protection de Pierre et Paul autant que de la manœuvre navale.[11]
Les sources principales
| Source | Date | Ce qu'elle apporte | Prudence |
|---|---|---|---|
| Saint-Siège | liste actuelle | 103e pape, fin 17.VII.855, naissance à Rome (début affiché tronqué) ; ouverture 10.IV.847 d'après Mann et Marazzi | Notice chronologique minimale |
| Liber Pontificalis | notice contemporaine ou proche | Élection, défense d'Ostie, prière du pape, travaux, dons, cité léonine, lecture hagiographique du pontificat | Source romaine, très favorable au pape |
| New Advent / Catholic Encyclopedia | 1910 | Synthèse catholique : formation, élection, murs, Ostie, restaurations, Louis II, Alfred, synode de 853, Ravenne, Bretagne, Constantinople | Ancienne, mais bien structurée |
| Treccani / Federico Marazzi | 2005 | Lecture moderne : territorialisation du pouvoir pontifical, fortifications, relations carolingiennes, Ravenne, Hincmar, Latran, topographie romaine | Analyse dense ; prudence sur les hypothèses |
| Lettres de Léon IV | MGH / PL | Dossiers Hincmar, Ravenne, Constantinople, discipline et juridiction | Corpus fragmentaire |
| Études topographiques | XXe siècle | Cité léonine, inscriptions, portes, Saint-Clément, Saints-Quatre-Couronnés | Utiles pour l'iconographie |
Une source romaine très narrative
La notice de Léon IV dans le Liber Pontificalis est exceptionnellement développée pour le IXe siècle. Treccani remarque qu'elle contient une grande quantité de nouvelles sur Rome, ses infrastructures et ses églises, dans la lignée des notices de Léon III, Pascal I et Grégoire IV.[12]
Cette abondance est précieuse, mais elle impose une lecture attentive. Le texte ne se contente pas de raconter : il interprète. La tempête d'Ostie, les travaux, les dons et la victoire sont présentés comme signes de la miséricorde divine et de la sainteté du pape. Il faut donc conserver son témoignage, mais distinguer les faits, les chiffres, les gestes liturgiques et la théologie du récit.
Les synthèses modernes
New Advent donne une synthèse catholique ancienne mais très utile : éducation à Saint-Martin, titre des Saints-Quatre-Couronnés, consécration du 10 avril 847, construction de la cité léonine, victoire d'Ostie, restauration des églises, couronnement de Louis II, dossier d'Alfred, synode de 853, Ravenne, Bretagne et Constantinople.[13]
Treccani apporte le complément critique : Léon IV apparaît comme l'un des papes qui affirment le plus nettement la centralité du pouvoir pontifical dans la société romaine et dans le Latium ; ses "villes nouvelles" et ses murs manifestent une souveraineté juridictionnelle déjà mûre.[14]
Origine, formation et élection
Un Romain formé près de Saint-Pierre
Léon IV naît à Rome dans la première décennie du IXe siècle, fils de Radualdo selon Treccani, Radoald selon New Advent.[15][16] Le nom de son père pourrait signaler une origine familiale lombarde installée à Rome, mais Treccani avertit que l'onomastique ne suffit pas à prouver une "ethnicité" précise.[17]
Le futur pape est éduqué dans le monastère de Saint-Martin au Vatican, voisin de la basilique de Saint-Pierre.[18][19] Cette formation explique une part de son pontificat : l'homme qui fortifiera le Vatican a grandi au contact du sanctuaire qu'il devra défendre.
Des Saints-Quatre-Couronnés au Siège de Pierre
Grégoire IV remarque sa conduite pieuse et le fait sous-diacre ; Serge II le crée cardinal-prêtre du titre des Saints-Quatre-Couronnés, sur le Cælius.[20] Treccani confirme cette carrière ecclésiastique et souligne que les qualités personnelles de Léon furent reconnues dans un moment où Rome cherchait un pasteur capable de répondre au traumatisme sarrasin.[21]
Le choix est rapide, unanime selon New Advent, et intervient dans un climat de consensus général.[22][23] La rapidité n'est pas une simple formalité : elle montre que la peur de 846 rend impossible une vacance prolongée.
Une consécration sans attendre l'empereur
Depuis la Constitutio Romana de 824 et l'ordonnance de Lothaire, la consécration pontificale devait attendre une confirmation ou présence impériale plus contraignante. Serge II meurt le 27 janvier 847 ; les Romains hésitent à consacrer Léon sans autorité impériale ; mais le danger est trop fort. Le 10 avril 847, jour de Pâques, ils procèdent quand même.[24]
La nuance est décisive : ce n'est pas une révolte doctrinale contre l'empereur. Le biographe pontifical prend soin de dire que les Romains ne veulent pas manquer à leurs obligations de fidélité.[25] Mais l'événement révèle la tension du siècle : Rome a besoin des Carolingiens, sans accepter que la vie sacramentelle de l'Église soit paralysée par un délai politique.
Défendre Rome après le raid de 846
Le traumatisme des basiliques hors les murs
Le Liber Pontificalis conserve le récit du raid de 846 sous Serge II : une flotte importante arrive près d'Ostie, s'empare des positions abandonnées, puis les cavaliers sarrasins surprennent Saint-Pierre avec des "iniquités indicibles".[26] Même si le vocabulaire est fortement polémique, la donnée de fond est claire : la basilique vaticane est hors des murs et donc exposée.
La catastrophe révèle aussi l'insuffisance de la défense côtière. Gregoriopolis, fortifiée à Ostie par Grégoire IV, ne suffit pas à empêcher l'ennemi d'utiliser la mer et le Tibre comme voie de menace.[27]
Réparer les murs et les tours
Dès le début de son pontificat, Léon IV met Rome en état de défense. New Advent indique qu'il répare les murs de la ville et reconstruit entièrement quinze grandes tours.[28] Treccani élargit le tableau : Léon restaure les murailles auréliennes, renforce Porto, crée un nouvel établissement fortifié près de Centumcellae, et soutient aussi des travaux à Orte et Amelia pour contrôler la vallée du Tibre.[29]
Ce programme montre une intelligence géographique. Défendre Saint-Pierre ne suffit pas ; il faut protéger les accès maritimes, le littoral, les ports, la route du Tibre, les cités de l'arrière-pays et le cœur monumental de Rome.
La cité léonine
Le chantier du Vatican est le centre de l'œuvre. Les nouvelles murailles partent de Castel Sant'Angelo, comportent quarante-quatre tours, deux petites portes et une porte principale. Treccani identifie la porte Viridaria, aussi appelée porte Saint-Pierre ou Saint-Pérégrin, comme l'accès par lequel les pèlerins venant de la route franque et de la via Triumphalis entraient vers le sanctuaire.[30]
Une inscription métrique, visible jusqu'au XVe siècle, nommait la ville d'après son fondateur : civitas Leonina.[31] Le nom est théologiquement parlant : le pape ne bâtit pas un quartier neutre, mais une cité ordonnée autour de Pierre.
La bataille d'Ostie en 849
La menace venue de la mer
Le Liber Pontificalis situe la nouvelle menace dans la douzième indiction, c'est-à-dire 848-849. Les Sarrasins, se souvenant du profit du raid précédent, se rassemblent près de la Sardaigne et cherchent à gagner le port de Rome.[32]
Le récit pontifical insiste sur la peur des Romains, mais aussi sur l'initiative divine : Dieu suscite les hommes de Naples, Amalfi et Gaète pour combattre avec Rome.[33] Cette lecture n'efface pas la politique. Elle montre que la défense chrétienne est pensée comme une alliance de cités maritimes, mais bénie et ordonnée par le pape.
Naples, Amalfi, Gaète et Rome
Avant de faire confiance aux alliés, Léon IV demande à certains d'entre eux de venir à Rome pour connaître leurs intentions. Césaire, fils de Serge, maître des soldats de Naples, se présente au palais du Latran. Les alliés jurent qu'ils ne viennent que pour vaincre les païens avec l'aide du Seigneur.[34]
Le pape les reçoit, puis se rend à Ostie avec une escorte armée. Les Napolitains se prosternent à ses pieds, demandent à recevoir l'Eucharistie de ses mains, et Léon célèbre la messe dans l'église de Sainte-Aure.[35]
Paraphrase — Devant le pape, les alliés jurent qu'ils ne sont venus pour aucune autre raison que remporter, avec l'aide du Seigneur, la victoire sur les païens.[36]
Une victoire lue comme signe de Dieu
Le lendemain, la flotte ennemie paraît près d'Ostie. Les Napolitains attaquent ; un vent violent se lève, sépare les flottes et disperse surtout les navires sarrasins.[37] Le Liber Pontificalis y voit un miracle : Dieu a fait sortir le vent de son trésor, empêchant les ennemis de nuire.[38]
New Advent résume la bataille avec plus de sobriété : la flotte sarrasine est complètement détruite au large d'Ostie par les flottes alliées de Rome, Naples, Amalfi et Gaète, ainsi que par une tempête.[39] Les deux formulations ne s'opposent pas. Le récit catholique peut reconnaître l'action des hommes, la météo et la Providence sans les confondre.
Les prisonniers au chantier de Saint-Pierre
Le Liber Pontificalis rapporte que plusieurs survivants furent amenés vivants à Rome ; beaucoup furent pendus aux arbres près du port de Rome, d'autres gardés enchaînés et employés au mur commencé autour de l'église de Saint-Pierre ou à d'autres travaux nécessaires.[40]
Le détail est dur, mais historiquement parlant. La victoire d'Ostie nourrit directement le chantier de la cité léonine : les ennemis qui voulaient piller Pierre deviennent main-d'œuvre forcée pour fortifier son sanctuaire. La lecture pontificale y voit une justice providentielle ; l'historien moderne y voit aussi la rudesse du IXe siècle.
Cité léonine, Leopolis et souveraineté pontificale
Une "ville nouvelle" autour de Pierre
Treccani insiste sur un point majeur : Léon IV ne fait pas seulement réparer des murs ; il donne forme à des villes nouvelles. La cité léonine autour du Vatican et Leopolis près de Civitavecchia reçoivent un nom, une enceinte, une fonction et un rang urbain.[41]
Ce type d'acte reprend des gestes associés aux fondations impériales tardoromaines et protobyzantines : limiter un circuit, inspecter les murs achevés, distribuer des dons, manifester l'autorité par l'organisation de l'espace.[42] Léon IV agit donc comme évêque de Rome, mais aussi comme détenteur concret d'un pouvoir territorial.
Porto, les Corses et Leopolis
Après les travaux romains, Léon reconstruit aussi Porto et y installe des exilés corses chassés par les ravages sarrasins.[43] Treccani précise qu'il fait construire un nouvel établissement fortifié dans l'arrière-pays de Centumcellae, ville dévastée par les Sarrasins en 812.[44]
Ces décisions montrent une politique de repeuplement et de défense. Il ne s'agit pas seulement de lever des pierres : il faut des habitants, des communautés, des lieux de refuge et des points fortifiés capables de résister aux incursions.
Le Latium encadré par les diocèses
Un document pontifical adressé à l'évêque Virbonus de Tuscania redéfinit les limites de ce diocèse. Treccani y voit un signe du retour du rôle territorial des sièges épiscopaux dans le Latium, peut-être en lien avec l'administration des territoires soumis à la souveraineté pontificale.[45]
Le point est discret mais important. Dans la pensée catholique médiévale, le territoire n'est pas seulement militaire. Il est aussi diocésain, liturgique, patrimonial et pastoral. Léon IV met en ordre des murs, mais aussi des juridictions.
Restaurer les églises et la beauté de Rome
Saint-Pierre, Saint-Paul et les lieux blessés
Léon IV cherche à réparer les dégâts du raid de 846. New Advent note que Saint-Pierre avait beaucoup souffert ; même si la basilique ne retrouva jamais totalement son ancienne magnificence, Léon en rendit certaines parties plus belles qu'avant.[46]
Il restaure aussi Saint-Martin, où il avait été formé, les Saints-Quatre-Couronnés, dont il avait été prêtre, le palais du Latran, le bourg anglo-saxon, Subiaco et de nombreux lieux à Rome et hors de Rome.[47]
Les Saints-Quatre-Couronnés
Treccani signale que les Saints-Quatre-Couronnés reçoivent sous Léon IV le plus grand nombre de dons pontificaux parmi les églises citées dans sa notice. Comme l'agrandissement carolingien de cette église est souvent attribué à Grégoire IV, cela suggère que Léon fut directement impliqué dans l'achèvement ou l'enrichissement du chantier.[48]
Léon prend aussi soin de la crypte et des reliques sous le ciborium (le baldaquin qui surmonte l'autel), mémoire conservée plus tard par une inscription de Pascal II.[49] Le pape bâtisseur n'est donc pas seulement urbaniste ; il est gardien des reliques.
Sainte-Marie-Nouvelle et Saint-Clément
New Advent attribue à Léon IV la construction de Sainte-Marie-Nouvelle, destinée à remplacer Sainte-Marie-Antique, menacée par l'effondrement du palais des Césars.[50] Treccani mentionne aussi les interventions à Sainte-Marie du Trastevere, à Saint-Martin-aux-Monts et la conservation d'un portrait de Léon IV dans le cycle de fresques de l'église inférieure de Saint-Clément.[51]
Gouverner l'Église entre Rome, Francs et Orient
Louis II couronné à Rome
En 850, Léon IV associe Louis II, fils de Lothaire, à l'empire en lui imposant la couronne impériale.[52] Treccani note que le Liber Pontificalis est curieusement silencieux sur cette consécration, alors même que Louis II sera ensuite un acteur important des rapports entre Rome, l'Empire et le clergé local.[53]
Ce silence est instructif. La relation avec les Carolingiens est nécessaire, mais pas toujours paisible. Lothaire soutient financièrement les murs du Vatican ; Louis II intervient dans certains dossiers romains ; mais Léon défend aussi sa marge d'autonomie.[54]
Le jeune Alfred de Wessex
Trois ans après le couronnement de Louis II, en 853, Léon IV reçoit à Rome le jeune prince Alfred de Wessex, âgé d'environ quatre ans. La Chronique anglo-saxonne (annale 853) rapporte qu'Æthelwulf envoya son fils Alfred à Rome, où Léon « le consacra roi et l'adopta comme son fils spirituel » ; Asser, dans sa Vie d'Alfred (ch. 8), précise que le pape oignit l'enfant comme roi, le reçut comme fils adoptif et le confirma.[55] Une lettre de Léon IV à Æthelwulf, imprimée dans l'édition Stubbs de Guillaume de Malmesbury (Gesta regum, t. II, p. 42), ajoute que le pape investit Alfred, son filleul, du ceinturon (cingulum) et des vêtements du consulat — un titre honorifique romain ; l'authenticité de cette lettre, contestée puis réadmise (Nelson), reste débattue entre spécialistes.[56] Il faut donc distinguer les gestes : la confirmation sacramentelle (qui fait du pape le parrain spirituel de l'enfant), l'adoption comme fils et l'investiture consulaire ne valent pas couronnement royal — d'autant qu'en 853 Alfred, dernier-né, avait encore trois frères aînés vivants. Les historiens modernes y voient une confirmation assortie d'honneurs romains, dont les récits postérieurs ont accentué la lecture royale ; New Advent (Mann) conserve la version haute de la tradition anglaise ancienne — onction royale, confirmation, adoption, renvoi avec la bénédiction de saint Pierre — reprise ici comme telle, éclairée par le dossier contemporain ci-dessus.[57][58]
Anastase le Bibliothécaire
Le long conflit avec Anastase, cardinal-prêtre de Saint-Marcel, révèle une fracture possible dans le clergé romain. New Advent rappelle que le synode de 853 condamne le réfractaire Anastase.[59] Treccani précise que celui-ci, futur Anastase le Bibliothécaire, est plus ou moins ouvertement soutenu par Louis II après sa fuite de Rome en 848, et que l'empereur tentera de l'imposer sur le siège pontifical après la mort de Léon.[60]
Le dossier montre que la question n'est pas seulement morale. Elle oppose une ligne plus ouverte à l'influence directe de l'empereur dans les affaires romaines et une ligne plus soucieuse de l'autonomie pontificale, dont Léon IV est le centre.[61]
Ravenne, Reims et la Bretagne
Léon IV affronte aussi Ravenne. New Advent rapporte que la conduite rebelle de Jean, archevêque de Ravenne, oblige le pape à se rendre dans la ville pour rappeler le respect du droit.[62] Treccani ajoute qu'entre 852 et 853, un légat pontifical envoyé vers Lothaire est assassiné dans des milieux proches de l'archevêque ; Léon se rend à Ravenne pour arrêter les coupables et les amener à Rome.[63]
Dans les Gaules, le dossier d'Hincmar de Reims manifeste une autre tension. Léon lui accorde le pallium en 847, étend certains usages en 851 à la demande de Lothaire, mais refuse de lui donner un vicariat papal dans les Gaules qui lui permettrait de juger d'autres archevêques, évêques et abbés.[64] En Bretagne, il s'oppose aux initiatives de Nominoë, qui dépose des évêques et crée une organisation ecclésiastique autonome autour de Dol.[65]
Constantinople et la Sicile
Le dossier oriental est moins documenté. New Advent rapporte que Léon IV refuse de confirmer la déposition de Grégoire Asbestas, évêque de Syracuse, parce que le patriarche Ignace avait agi sans légats ni lettres romaines.[66] Même en opposition au patriarche, Léon doit encore se défendre contre des accusations d'intrigues pro-byzantines portées devant Louis II ; il les réfute, et l'accusateur Daniel est condamné à mort, n'échappant à la peine que par l'intercession de l'empereur.[67] Marazzi, suivant la Vita de Léon IV, rapporte pour sa part que le procès convoqué par le pape devant Louis II — où le fonctionnaire Daniel accusait le superista Graziano de trames filobyzantines — se conclut par l'absolution du suspect.[68]
Ces affaires montrent un pape placé entre plusieurs pressions : l'Orient byzantin, l'Empire carolingien, Ravenne, les Églises franques, les cités maritimes et les factions romaines. La grandeur de Léon IV tient à ce qu'il ne se limite pas à subir ces forces : il les coordonne quand elles servent la défense chrétienne, et leur résiste quand elles menacent la juridiction romaine.
Le synode de 853 et la discipline ecclésiastique
Un synode romain important
En 853, Léon IV tient à Rome un synode important. New Advent indique qu'il y fait adopter divers décrets pour la discipline ecclésiastique et l'apprentissage, et qu'il y condamne Anastase, cardinal de Saint-Marcel.[69]
Léon IV ne se contente pas de construire. Il gouverne, juge, enseigne, corrige les clercs et cherche à élever la formation.
La discipline comme protection de l'Église
Dans le contexte du IXe siècle, la discipline n'est pas un thème secondaire. Un clergé indocile, des métropolitains trop autonomes, des évêques déposés arbitrairement, des puissances locales qui manipulent l'organisation ecclésiastique : tout cela menace la liberté concrète de l'Église autant que les Sarrasins menacent ses murs.
La cohérence du pontificat apparaît ici. Léon protège Saint-Pierre par des pierres ; il protège aussi le Siège apostolique par le droit. Les murs sans discipline ne suffiraient pas. La discipline sans défense concrète ne suffirait pas non plus.
Mort, mémoire et sainteté
Mort et sépulture
Léon IV meurt à Rome le 17 juillet 855, peu après le départ de Louis II.[70] New Advent indique qu'il est enseveli à Saint-Pierre et que son nom se trouve dans le Martyrologe romain.[71]
Treccani précise qu'il fut enseveli dans la chapelle où reposait Léon I, que Léon IV avait lui-même restaurée, avec les corps de Léon II et Léon III.[72] Cette sépulture unit symboliquement quatre papes du même nom : Léon le Grand, Léon II le pape de Constantinople III, Léon III le pape de Charlemagne, et Léon IV le défenseur de la cité de Pierre.
Une fête donnée pour supprimée, un nom gardé au Martyrologe
La fête de Léon IV se célébrait le 17 juillet ; Marazzi (2005) la donne pour supprimée (« La festa di L. IV, ora soppressa »), sans que le calendrier en vigueur ait été revérifié pour cet article — seule l'entrée au Martyrologe romain (édition 2004) est ici recoupée.[73] Cela ne retire pas sa mémoire de sainteté : le Martyrologe romain en vigueur (édition 2004) commémore toujours saint Léon IV au 17 juillet comme pape, défenseur de la Cité et promoteur de la primauté de Pierre.[74] New Advent signalait déjà sa présence au Martyrologe et affirme, selon ses propres mots, qu'il « is credited with being a worker of miracles both by his biographer and by the Patriarch Photius ».[75] Le texte de Photius invoqué n'ayant pas été retrouvé pour cet article, cette double attribution repose ici sur le seul Mann (1910), cité comme intermédiaire : l'article ne la présente pas comme une vérification propre.[76]
Il faut donc distinguer les faits attestés de la lecture hagiographique : ne pas transformer chaque trait hagiographique en dossier probatoire. Mais il faut conserver la lecture catholique : Léon IV fut vénéré comme saint parce qu'il fut pasteur vigilant, homme de prière, défenseur de Rome, restaurateur des sanctuaires et gardien du droit ecclésial.
Une sainteté de protection
La sainteté de Léon IV n'est pas celle d'un moine retiré. C'est une sainteté de protection. Il prend une ville blessée, un peuple effrayé, des basiliques profanées, un littoral vulnérable, des clercs divisés et des puissances concurrentes ; il en fait un programme de défense, de restauration et de gouvernement.
Son pontificat enseigne une vérité simple : le surnaturel ne dispense pas de bâtir des murs, d'organiser des alliances, d'administrer les biens, de reprendre les indisciplinés et de protéger les sanctuaires. À Ostie, Léon prie avant la bataille ; à Rome, il fait porter des pierres. Dans les deux cas, il agit comme pasteur.
Chronologie
- août 846Raid sarrasin contre Ostie, Porto et Saint-Pierre
Les basiliques apostoliques hors les murs sont vulnérables ; Rome comprend qu'elle doit fortifier le Vatican.[77]
- 27 janvier 847Mort de Serge II
Le siège romain devient vacant dans un climat d'urgence militaire.[78]
- 10 avril 847Consécration de Léon IV
- 849Bataille d'Ostie
- 850Couronnement de Louis II
- 847-852Construction de la cité léonine
Le Vatican reçoit une enceinte fortifiée autour du sanctuaire de Saint-Pierre.[85]
- 853Synode romain et visite d'Alfred
Léon IV agit pour la discipline ecclésiastique et condamne Anastase ; la même année, il reçoit à Rome le jeune Alfred de Wessex.[86]
- 17 juillet 855Mort de Léon IV
Pour aller plus loin
- L'ancienne basilique Saint-Pierre — le sanctuaire que Léon IV protège par la cité léonine.
- Pape saint Léon III (795-816) — précédent carolingien majeur et autre grand pape bâtisseur.
- Pape saint Pascal I (817-824) — Rome carolingienne, reliques et restauration des sanctuaires.
- Pape Benoît III (855-858) — successeur immédiat, élu par le clergé et le peuple de Rome sitôt après la mort de Léon IV, dans la crise ouverte par Anastase : il n'y a donc aucun interrègne où insérer la « papesse Jeanne », fable apparue au XIIIe siècle (récit de Martin de Troppau la plaçant après Léon IV) et réfutée par les dates, les monnaies et les chartes.[89]
- Les États pontificaux (756-1870) — cadre long du pouvoir temporel et territorial des papes.
- Les invasions sarrasines en Italie — contexte militaire du raid de 846 et de la bataille d'Ostie.
- La papauté carolingienne — relation entre Rome, les Francs et l'empire au IXe siècle.
Notes et sources
Notes et références
Saint-Siège, fiche officielle "Leo IV" (vérifiée en direct le 4 octobre 2026, versions en/it/fr), sous-titre : « 103rd Pope of the Catholic Church » ; tableau : fin du pontificat 17.VII.855, naissance à Rome ; le début du pontificat s'affiche tronqué dans la fiche (« ...I,10.V.847 »), illisible en l'état, et la date de la consécration, le 10 avril 847, est donc donnée d'après New Advent et Treccani. Treccani précise « il 10 aprile, giorno di Pasqua » (passage revérifié en direct le 5 octobre 2026) : l'article reprend cette datation de Marazzi sans vérification propre du comput et ne tranche pas, par lui-même, entre les lectures possibles du fragment tronqué. Rang de « 103e » cité comme numérotation propre au Saint-Siège : toute numérotation pontificale dépend des listes retenues (cas d'Étienne, antipapes). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/leone-iv.html.
1Horace Mann, "Pope St. Leo IV", The Catholic Encyclopedia, vol. 9, Robert Appleton Company, New York, 1910 ; transcription New Advent vérifiée le 4 octobre 2026. Sur Alfred, en 853 : « Three years later "he hallowed the child Alfred to king [says an old English historian] by anointing ; and receiving him for his own child by adoption, gave him confirmation, and sent him back [to England] with the blessing of St. Peter the Apostle." » Sur les miracles et le Martyrologe : « He is credited with being a worker of miracles both by his biographer and by the Patriarch Photius. His name is found in the Roman Martyrology. » URL : https://www.newadvent.org/cathen/09159a.htm.
2 6 13 16 19 20 22 28 39 43 46 47 50 52 58 59 62 65 66 67 69 71 75 80 82 83 86 88Federico Marazzi, "LEONE IV, papa, santo", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié le 5 octobre 2026) : « le nuove mura partivano da Castel Sant'Angelo ed erano difese da ben quarantaquattro torri. Nella cinta si aprivano solo due posterulae e una porta » ; deux inscriptions en hexamètres sur la posterula dite « Sancti Angeli » (Inscriptiones Christianae Urbis Romae, pp. 324 n. 6, 347 n. 4) ; « l'unica porta vera e propria delle mura : la porta Viridaria (detta anche Sancti Petri e Sancti Peregrini) », par où les pèlerins de la ruga Francigena et de la via Triumphalis gagnaient le sanctuaire ; inscription métrique posée par Léon IV, « visibile fino al XV secolo », transcrite dans plusieurs sylloges : « civitas ha〈e〉c a conditoris sui nomine Leonina vocatur » (ibid., p. 325 n. 7) ; seconde posterula dite « Saxonum » ; travaux à Horta (Orte) et Ameria (Amelia).
3 8 27 29 30 31 44 85Liber Pontificalis, vie de Léon IV, chap. CV, éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. II, Paris, 1892, p. 117-119 ; trad. angl. Raymond Davis, The Lives of the Ninth-Century Popes, Liverpool University Press, 1995, chap. CV (vie de Léon IV), reprise en ligne par Ostia Antica (texte anglais contrôlé en direct le 5 octobre 2026) : à Ostie, Léon IV prie Dieu d'accorder, par les mérites de Pierre et Paul, que les membres de ses fidèles qui combattent les ennemis de la sainte Église soient fortifiés par sa droite toute-puissante. Texte anglais de Davis : « O God, whose right hand raised up St Peter the apostle lest he sink when walking on the water, and delivered from the depths of the sea his fellow-apostle Paul when three times shipwrecked, graciously hear us and grant that, by the merits of them both, the limbs of these thy faithful, contending against the enemies of thy holy church, may be fortified by thy almighty right hand and gain strength » ; la formule française donnée dans l'article est présentée comme paraphrase et non comme citation littérale. URL : https://www.ostia-antica.org/~atexts/liberpon.htm.
4Liber Pontificalis, vie de Serge II, chap. CIV, éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. II, Paris, 1892, p. 99-101 ; trad. angl. Raymond Davis, The Lives of the Ninth-Century Popes, Liverpool University Press, 1995, chap. CIV, reprise en ligne par Ostia Antica : récit du raid sarrasin de 846 (lettre d'alerte du comte Adalbert du 10 août : 11 000 hommes, 73 navires ; arrivée le 23 août 846, indiction 9 — chiffres contrôlés en direct le 5 octobre 2026 sur la reprise Ostia Antica : « up to 11,000 strong […] with 73 ships », « on the 23rd day of August, a Monday, in the 9th indiction [846] »), Ostie prise, Porto abandonné, puis attaque surprise de Saint-Pierre — latin : « ecclesiam beati Petri apostolorum principis nefandissimis iniquitatibus praeoccupantes invaserunt » ; Davis : « made a surprise attack on St Peter the prince of the apostles' church with unspeakable iniquities ». URL : https://www.ostia-antica.org/~atexts/liberpon.htm.
5 26 77Federico Marazzi, "LEONE IV", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié en direct le 5 octobre 2026) : mort de Serge II le 27 janvier 847, hésitation romaine devant la consécration sans autorité impériale, consécration de Léon IV le 10 avril 847, jour de Pâques, sans permission du prince, mais sans intention de rompre la fidélité impériale.
7 24 25 78 79Federico Marazzi, "LEONE IV", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié en direct le 5 octobre 2026) : la cité léonine et Leopolis apparaissent comme des "villes nouvelles" où le pape agit comme autorité ordonnatrice du territoire, selon des pratiques comparables aux fondations impériales tardoromaines et protobyzantines.
9 14 41 42Liber Pontificalis, vie de Léon IV, chap. CV, éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. II, Paris, 1892, p. 117-119 ; trad. angl. Raymond Davis, The Lives of the Ninth-Century Popes, Liverpool University Press, 1995, chap. CV (vie de Léon IV), reprise en ligne par Ostia Antica (texte anglais contrôlé en direct le 5 octobre 2026) : arrivée des hommes de Naples, Amalfi et Gaète, audience de Césaire au Latran, déplacement de Léon IV à Ostie, prosternation des alliés et communion reçue des mains du pape à Sainte-Aure. Texte anglais de Davis : « they had come for no other reason than to win a victory with the Lord's help over the pagans » ; la version française donnée dans l'article est une paraphrase, non une citation littérale du latin. URL : https://www.ostia-antica.org/~atexts/liberpon.htm.
10 33 34 35 36Liber Pontificalis, vie de Léon IV, chap. CV, éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. II, Paris, 1892, p. 117-119 ; trad. angl. Raymond Davis, The Lives of the Ninth-Century Popes, Liverpool University Press, 1995, chap. CV (texte anglais contrôlé en direct le 5 octobre 2026 sur la reprise Ostia Antica) : récit de la bataille d'Ostie, de la tempête qui disperse les deux flottes mais surtout les navires sarrasins — Davis : « a very mighty and overpowering wind was suddenly stirred up […] and it immediately scattered both fleets, but that of the Saracens more so » ; « Almighty God […] had "brought forth this wind from his storehouse" » — et de l'interprétation providentielle de la victoire.
11 37 38 81Federico Marazzi, "LEONE IV", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié en direct le 5 octobre 2026) : la Vita de Léon IV dans le Liber Pontificalis contient une masse d'informations sur Rome, ses infrastructures et ses églises, dans la ligne des notices de Léon III, Pascal I et Grégoire IV.
12Federico Marazzi, "LEONE IV, papa, santo", Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 64, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2005 (texte intégral vérifié en direct le 5 octobre 2026) : naissance à Rome dans la première décennie du IXe siècle, père Radualdo (« Figlio di Radualdo »), prudence sur l'origine lombarde, formation au monastère Saint-Martin au Vatican, titre des Saints-Quatre-Couronnés, consensus de l'élection. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/leone-iv-papa-santo_%28Dizionario-Biografico%29/.
15 17 18 21 23Liber Pontificalis, vie de Léon IV, chap. CV, éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. II, Paris, 1892, p. 117-119 ; trad. angl. Raymond Davis, The Lives of the Ninth-Century Popes, Liverpool University Press, 1995, chap. CV (texte anglais contrôlé en direct le 5 octobre 2026 sur la reprise Ostia Antica) : menace sarrasine de la douzième indiction, séjour près de la Sardaigne et tentative de rejoindre le port de Rome.
32Liber Pontificalis, vie de Léon IV, chap. CV, éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. II, Paris, 1892, p. 117-119 ; trad. angl. Raymond Davis, The Lives of the Ninth-Century Popes, Liverpool University Press, 1995, chap. CV (texte anglais contrôlé en direct le 5 octobre 2026 sur la reprise Ostia Antica) : survivants sarrasins amenés vivants à Rome — latin : « multos prope Portum nostrum Romanum in ligno suspendi iusserunt » ; Davis : « the Roman dignitaries ordered that many be hanged on trees near our Port of Rome » — d'autres gardés enchaînés pour travailler « ad murum quae circa ecclesia beatissimi Pietri apostoli habebamus inceptum » (au mur commencé autour de l'église de Saint-Pierre) et à diverses tâches nécessaires.
40Federico Marazzi, "LEONE IV, papa, santo", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié le 5 octobre 2026) : « una bolla indirizzata al vescovo Virbonus di Tuscania con la quale il papa ridefinisce dettagliatamente i confini di questa diocesi », lue comme signe de la réémergence du rôle d'encadrement territorial des sièges épiscopaux dans le Latium (cf. Sennis).
45Federico Marazzi, "LEONE IV", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié en direct le 5 octobre 2026) : dons aux Saints-Quatre-Couronnés, soin de la crypte et des reliques, interventions à Sainte-Marie du Trastevere, Saint-Martin-aux-Monts, Saint-Pierre, Subiaco, Soratte, Anagni, Fondi, Terracina, et portrait de Léon IV conservé à Saint-Clément.
48 49 51Federico Marazzi, "LEONE IV", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié en direct le 5 octobre 2026) : relations avec Lothaire et Louis II, soutien impérial aux murs, silence du Liber Pontificalis sur le couronnement de Louis II, assise judiciaire de 855 à Rome.
53 54 84Chronique anglo-saxonne, annale 853, trad. Giles/Ingram (reprise Avalon Project, passage contrôlé en direct le 5 octobre 2026) : « The same year King Ethelwulf sent his son Alfred to Rome; and Leo, who was then pope, consecrated him king, and adopted him as his spiritual son. » Texte vieil-anglais (Parker Chronicle, éd. Plummer, s.a. 853) : « ond he hine to cyninge gehalgode ond hiene him to biscepsuna nam » — « il le consacra roi et le prit comme filleul » (biscepsunu : filleul de confirmation). Asser, Vie d'Alfred, ch. 8 (trad. Keynes & Lapidge, Alfred the Great, Penguin Classics) : le pape oignit l'enfant Alfred comme roi, le reçut comme fils adoptif et le confirma. URL : https://avalon.law.yale.edu/medieval/ang09.asp.
55Lettre de Léon IV à Æthelwulf imprimée dans l'édition Stubbs de Guillaume de Malmesbury, Gesta regum Anglorum (Rolls Series), t. II, p. 42 : le pape y déclare avoir investi Alfred, son filleul, « with the girdle [cingulum] and vestments of consulship ». Référence et discussion reprises de Tomás Mario Kalmar, King Alfred the Great, his Hagiographers and his Cult (Amsterdam University Press, 2023), ch. 2, n. 61-62 (extrait consulté le 5 octobre 2026) : l'authenticité de la lettre, contestée puis réadmise par Janet Nelson, reste débattue ; Thurston (« Roman Sacring », pp. 337-341) estime que l'investiture consulaire et l'onction royale ont pu se cumuler (« He may have done both »).
56En 853, Alfred est le dernier-né d'Æthelwulf et trois de ses frères aînés sont encore vivants : une succession n'était pas prévisible. D'où la lecture moderne (Pollard 2006, p. 63 ; Wormald 2006) : confirmation et investiture consulaire honorifique, dont la formulation « royale » d'Asser et de la Chronique — amplifiée par les chroniqueurs médiévaux (Keynes, « The Cult ») puis par les Victoriens (sacre anticipé) — serait la réinterprétation postérieure.
57Federico Marazzi, "LEONE IV", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié en direct le 5 octobre 2026) : conflit avec Anastase, cardinal-prêtre de Saint-Marcel, soutenu plus ou moins ouvertement par Louis II après sa fuite de Rome en 848 ; tentative impériale d'imposer Anastase après la mort de Léon.
60 61Federico Marazzi, "LEONE IV, papa, santo", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié le 5 octobre 2026) : « fra l'852 e l'853, in ambienti molto vicini all'arcivescovo di Ravenna maturò l'assassinio di un legato inviato da L. IV a incontrare l'imperatore Lotario » ; le pape se rend à Ravenne, capture les auteurs — dont le frère de l'archevêque (Regesta pontificum Romanorum, nn. 2627 s.) — et les traîne devant un tribunal à Rome, où ils sont condamnés à mort, peine évitée seulement par l'intervention personnelle de Lothaire.
63Federico Marazzi, "LEONE IV, papa, santo", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié le 5 octobre 2026, l'archevêque y est nommé « Incmaro ») : « Nell'847 L. IV gli concedette il privilegio di indossare il pallio in una serie di circostanze. Su richiesta di Lotario, nell'851, il numero di queste circostanze venne accresciuto, ma il papa rifiutò recisamente di conferirgli un vicariato papale nelle Gallie che lo autorizzasse a emettere giudizi canonici su altri arcivescovi, vescovi e abati. » Corpus des lettres : Leonis IV papae epistolae, éd. A. de Hirsch-Gereuth, MGH Epistolae V, 2, Berlin, 1899, pp. 581-614.
64Federico Marazzi, "LEONE IV", Treccani, 2005 : silence partiel du Liber Pontificalis sur les tensions avec Constantinople, affaire de Daniel accusant Graziano (« superista », commandant militaire du Latran) de trames filobyzantines, procès convoqué par Léon IV devant Louis II et absolution du suspect (« Il processo si concluse con l'assoluzione del sospettato » ; texte intégral vérifié en direct le 5 octobre 2026).
68Federico Marazzi, "LEONE IV, papa, santo", Treccani, 2005 (texte intégral vérifié le 5 octobre 2026) : « L. IV morì a Roma il 17 luglio 855, poco dopo la partenza di Ludovico II, e fu sepolto in S. Pietro, nella cappella dove riposava papa Leone I e che lo stesso L. IV fece restaurare (ibid., p. 113 ; erano lì tumulati anche i corpi dei papi Leone II e III) » — la référence « ibid., p. 113 » renvoie à la notice de Léon IV dans le Liber Pontificalis ; « La festa di L. IV, ora soppressa, veniva celebrata il 17 luglio. »
70 72 73 87Martyrologium Romanum, édition typique 2004, au 17 juillet, n° 10 (texte anglais vérifié le 4 octobre 2026) : « At Rome near Saint Peter's, Saint Leo the Fourth, pope, defender of the City and promoter of the primacy of Peter » — soit en français : « À Rome, près de Saint-Pierre, saint Léon IV, pape, défenseur de la Cité et promoteur de la primauté de Pierre ».
74Recherche du texte de Photius le 5 octobre 2026 (Bibliotheca, correspondance) : aucune mention des miracles de Léon IV localisée — le seul éloge photien d'un pape Léon repéré concerne Léon I le Grand (lettre d'instruction dogmatique au prince Michel de Bulgarie). L'attribution à Photius reste donc celle du seul Mann 1910, en attendant qu'un texte photien précis soit identifié.
76The Catholic Encyclopedia, « Popess Joan », transcription New Advent vérifiée le 4 octobre 2026 : la version popularisée par Martin de Troppau (Martinus Polonus) place après « Leo IV (847-55) » un « Johannes Anglicus » régnant deux ans, sept mois et quatre jours ; la réfutation établit que « Leo IV died 17 July, 855, and immediately after his death Benedict III was elected by the clergy and people of Rome », avec consécration le 29 septembre retardée par l'antipape Anastase, monnaies aux effigies de Benoît III et de Lothaire (mort le 28 septembre 855), charte du 7 octobre 855 — « there was no interregnum between these two popes, so that at this place there is no room for the alleged popess ». URL : https://www.newadvent.org/cathen/08407a.htm.
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