Pape saint Léon III (795-816)

Pape de Noël 800, Léon III survit à la crise romaine de 799, couronne Charlemagne empereur, combat l'adoptianisme et défend avec prudence la foi trinitaire dans le dossier du Filioque.

Ignispedia

Pape saint Léon III gouverne l'Église de Rome du 26 ou 27 décembre 795 au 12 juin 816. La liste officielle du Saint-Siège le présente comme le 96e pape, né à Rome, successeur d'Adrien I et prédécesseur d'Étienne IV.[1] Son nom reste surtout attaché au geste du 25 décembre 800, lorsque, dans l'ancienne basilique Saint-Pierre, il couronne Charlemagne empereur et donne une forme romaine à la puissance carolingienne.[2][3]

Réduire Léon III à ce seul geste serait pourtant trompeur. Son pontificat commence dans une Rome divisée entre clergé pontifical et aristocratie locale ; il survit à une agression violente en 799 ; il se présente à Paderborn devant Charlemagne ; il se purifie publiquement par serment le 23 décembre 800 ; il restaure des églises, soutient les pauvres, intervient en Angleterre, combat l'adoptianisme espagnol et refuse l'insertion romaine du Filioque dans le Credo tout en confessant la doctrine occidentale.[4][5][6]

Son pontificat est donc l'un des meilleurs observatoires de la papauté carolingienne : Rome ne dépend plus vraiment de Byzance, mais elle n'est pas encore la monarchie pontificale du XIe siècle ; le pape peut poser un geste impérial immense, mais il a besoin de la protection franque ; l'empereur protège l'Église, mais ne devient pas prêtre ; la foi trinitaire est défendue, mais Léon distingue la doctrine elle-même de la prudence liturgique d'ajouter des mots au symbole.

« À Charles, Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire ! » — Acclamation romaine, Noël 800, selon les Annales regni Francorum (entrée annalistique 801, événement du 25 décembre 800)[7]

Pourquoi Léon III compte-t-il ?

Le pape d'un basculement politique

Léon III devient pape au moment où l'Italie centrale a déjà changé de centre de gravité. Depuis la donation de Pépin et les interventions de Charlemagne en Italie, Rome n'attend plus sa sécurité réelle de Constantinople, trop lointaine, mais de la puissance franque. La Catholic Encyclopedia note que, dès son élection, Léon envoie à Charlemagne les clefs de la confession de saint Pierre et l'étendard de la ville, signe qu'il le regarde comme protecteur du Saint-Siège.[8]

Ce geste n'est pas une abdication spirituelle. Il traduit une situation politique : les adversaires romains du pape sont proches, les Byzantins sont faibles en Italie, les Lombards ont été vaincus par les Francs, et Charlemagne possède les moyens militaires de protéger l'Église romaine. Léon III hérite donc de la ligne d'Adrien I, mais dans une configuration plus dangereuse : l'aristocratie romaine refuse de se laisser marginaliser.

Le couronnement de 800 n'est pas un décor

Le couronnement impérial n'est pas une cérémonie décorative ajoutée à la vie de Charlemagne. Il transforme le langage du pouvoir en Occident. Avant Noël 800, Charles est roi des Francs et des Lombards, patrice des Romains, protecteur de l'Église. Après Noël 800, il porte un titre impérial romain, acclamé dans la basilique de Pierre, avec l'intervention visible du pape.[9][10]

Mais il faut éviter deux simplifications. Léon ne crée pas la puissance franque : Charlemagne gouverne déjà un ensemble immense. Charlemagne ne crée pas non plus l'autorité pontificale : Léon agit comme évêque de Rome, successeur de Pierre, dans le lieu le plus symbolique de la chrétienté latine. Le geste réussit précisément parce que les deux réalités existent déjà.

Le pape de la prudence doctrinale sur le Filioque

Léon III combat l'adoptianisme et confesse la procession du Saint-Esprit selon la foi occidentale. Mais, dans la controverse du Filioque, il refuse que Rome modifie le texte reçu du symbole de Nicée-Constantinople : c'est le texte professé et inscrit qui est en cause, non le chant du symbole à la messe — lequel n'entrera dans l'usage romain qu'en 1014, sous Benoît VIII.[11] La tradition rapporte qu'il fit placer à Rome deux boucliers d'argent portant le Credo en grec et en latin sans l'addition, pour défendre la formule reçue.[12][13]

Cette position est précieuse pour l'œcuménisme catholique. Léon ne nie pas le contenu théologique professé par l'Occident ; il distingue le vrai doctrinal de l'opportunité d'ajouter une clause dans le symbole commun. Sa décision montre une papauté capable de soutenir l'orthodoxie franque tout en gardant la mesure de l'Église universelle.

Les sources principales

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Liste du Saint-Siègeactuelle96e pape, dates 26/27.XII.795 - 12.VI.816, origine romaineNotice chronologique minimale
Liber Pontificalisrédaction échelonnée contemporaine, complétée au fil du pontificatÉlection, attaque, restauration, serment, couronnement, constructions, mémoire romaineSource pontificale, attentive à l'autorité de Léon ; la datation précise de la mise en forme finale et de chaque partie reste insuffisamment vérifiée — à manier avec prudence
Annales regni Francorumrédaction carolingienne contemporaineAttaque de 799, retour du pape, serment, couronnement, acclamationSource franque, valorise le rôle de Charlemagne
Éginhard, Vie de Charlemagnevers 830Lecture carolingienne tardive, réticence supposée de Charles devant le titre impérialTémoignage postérieur et apologétique
New Advent / Catholic Encyclopedia1910Synthèse catholique détaillée : élection, Paderborn, Noël 800, Angleterre, œuvres, canonisationAncienne, mais fondée sur Duchesne, MGH, Mann
Treccaninotice moderneLecture critique : aristocratie romaine, protection franque, purgation, théocratie pontificaleBrève ; certains jugements politiques à nuancer
J. F. Romano2020Reconstitution liturgique du couronnement dans la messe de NoëlÉtude spécialisée, utile pour corriger les récits trop vagues
Andrea Sterk, boucliers d'argent1988Dossier Filioque, Credo grec-latin, mémoire matérielle du refus de l'insertionArticle académique ciblé (Comitatus 19/1), à croiser avec les sources anciennes

Deux récits qui ne disent pas exactement la même chose

La vie de Léon III se lit à travers deux familles de sources. Les sources pontificales soulignent la dignité du pape, sa souffrance, sa restauration et son rôle dans la rénovation impériale. Les sources franques soulignent le rôle de Charlemagne comme protecteur, juge de la crise romaine et bénéficiaire du titre impérial.[14]

Cette tension n'est pas un défaut : elle est le sujet même. Le pontificat de Léon III montre comment l'Église romaine et le pouvoir carolingien apprennent à coopérer sans se confondre. Les sources se répondent parce que l'événement lui-même est à double foyer : Rome et Aix-la-Chapelle, Pierre et Charles, autel et empire.

Le témoignage liturgique

J. F. Romano rappelle que quatre récits narratifs majeurs doivent être mis en regard pour le couronnement : les Annales de Lorsch, la notice de Léon III dans le Liber Pontificalis, les Annales regni Francorum et Éginhard.[15] L'étude insiste sur un point souvent mal traduit : dans les annales franques, ad missam signifie très probablement à la messe, non simplement "pour assister à la messe".[16]

Le couronnement ne se comprend donc pas comme une remise de décoration après un office. Il s'insère dans la liturgie de Noël, devant la confession de saint Pierre. Pour un lecteur catholique, c'est capital : l'acte politique est enveloppé dans un acte liturgique, mais il ne devient pas sacrement. Il reçoit une forme chrétienne, sans absorber l'ordre spirituel.

Origine et élection

Un Romain de Sainte-Suzanne

La Catholic Encyclopedia (Mann, 1910) rapporte que Léon était Romain, fils d'Atyuppius et d'Élisabeth, et qu'au moment de son élection il était cardinal-prêtre de Sainte-Suzanne, probablement aussi vestiarius, c'est-à-dire responsable du trésor ou de la garde-robe pontificale.[17] Le Liber Pontificalis (éd. Duchesne, t. II) ne nomme pour sa part que le père — Asuppius/Atzuppius selon les manuscrits — ; le prénom de la mère, Élisabeth, n'est attesté que par le Chronicon Anianense (« natus Rome ex patre Asupio matre Helisabeth », « né à Rome, d'un père Asupius et d'une mère Élisabeth »), chronique carolingienne du début du IXe siècle, d'où le reprend Mann — sans appui dans la notice pontificale.[18][19][20] La tradition ne donne pas de date de naissance certaine.

Ces détails comptent parce qu'ils situent Léon dans le personnel romain du Latran. Ce n'est pas un étranger placé par les Francs. Il est élu dans le clergé romain, immédiatement après la mort d'Adrien I, et consacré le lendemain ou presque, selon la chronologie officielle.[21]

Une élection rapide pour prévenir les ingérences

Adrien I meurt le 25 décembre 795 ; Léon est élu le 26 et consacré le 27 selon la liste du Saint-Siège.[22] New Advent estime possible que cette rapidité ait eu pour but de prévenir une intervention franque dans la liberté de l'élection.[23]

La nuance est importante. Léon a besoin de Charlemagne, mais les Romains ne veulent pas que le roi franc fabrique le pape. La papauté carolingienne n'est donc pas une simple dépendance : elle cherche un protecteur extérieur contre les factions locales, tout en sauvegardant l'élection romaine.

Les clefs de saint Pierre et l'étendard de Rome

Dès son élection, Léon informe Charlemagne et lui envoie deux signes : les clefs de la confession de saint Pierre et le standard de la ville.[24] Le premier signe renvoie au tombeau apostolique ; le second à la cité romaine. Ensemble, ils disent ce que le pape demande au roi : protéger la mémoire de Pierre et l'ordre public de Rome.

Charlemagne répond par des lettres de félicitations et par une part du trésor pris aux Avars.[25] Cet argent donnera à Léon une marge d'action considérable pour les pauvres, les églises et les restaurations monumentales.

La crise romaine de 799

Une aristocratie hostile

Treccani présente Léon comme élu par le clergé romain en opposition à la noblesse laïque.[26] New Advent précise que des parents d'Adrien I, mus par jalousie, ambition ou désir de vengeance, complotent pour le rendre impropre à l'exercice de sa charge.[27]

Le motif politique est clair : l'ancien réseau aristocratique d'Adrien supporte mal l'ascension d'un homme du clergé pontifical qui s'appuie sur la protection franque. La querelle devient vite brutale, car rendre un pape "impropre" signifie le mutiler, l'accuser, puis empêcher son gouvernement.

L'agression du 25 avril 799

Le 25 avril 799, pendant la procession des Grandes Litanies, Léon se dirige vers la porte Flaminienne. Des hommes armés l'attaquent, le jettent à terre et tentent de lui arracher les yeux et la langue.[28][29][30] Le symbole est transparent : ôter au pape la vue et la parole, c'est frapper les signes corporels de son gouvernement et de son enseignement.

Le Liber Pontificalis rapporte que, par le secours de Dieu et l'intercession de saint Pierre, Léon recouvra la vue et la parole ; la notice y voit un grand miracle accompli par Dieu à travers son serviteur.[31][32] Ainsi arraché à une tentative de défiguration politique, Léon revient au gouvernement.

« On tenta de lui arracher la langue et de lui crever les yeux. » — Tradition biographique résumée par Horace Mann, Catholic Encyclopedia[33]

De Rome à Paderborn

Après avoir été conduit au monastère Saint-Érasme sur le Cælius, Léon s'échappe et rejoint les représentants francs, puis Charlemagne à Paderborn.[34][35] Le roi le reçoit avec honneur, mais la situation est délicate : les ennemis du pape ont envoyé leurs accusations devant la cour franque.

Léon n'est donc pas simplement "sauvé" comme un fugitif. Il comparaît politiquement devant l'homme capable de le réinstaller à Rome. Treccani souligne que Charlemagne le fait raccompagner par des soldats francs, mais ordonne aussi une enquête sur sa conduite, accusée par la noblesse romaine d'adultère et de parjure.[36]

Retour à Rome

Charlemagne fait escorter Léon à Rome. New Advent rapporte que la population, Romains et étrangers, l'accueille avec joie.[37] Les adversaires du pape sont jugés par les envoyés francs, sans réussir à établir la culpabilité de Léon ni leur propre innocence ; ils sont envoyés prisonniers en territoire franc.[38]

Cette première issue ne suffit pas. En 800, Charlemagne vient lui-même à Rome pour traiter le dossier. Le conflit romain devient alors l'arrière-plan immédiat du couronnement impérial.

Le serment du 23 décembre 800

Qui peut juger le pape ?

Quand Charlemagne arrive à Rome, Léon et ses accusateurs sont confrontés. Les évêques assemblés déclarent qu'ils n'ont pas le droit de juger le pape.[39] La formule ne signifie pas que le pape serait au-dessus de Dieu ou incapable de faute. Elle signifie qu'aucun tribunal épiscopal ordinaire ne peut déposer l'évêque de Rome comme un simple subordonné.

Le dossier anticipe de loin des débats médiévaux sur la maxime prima sedes a nemine iudicatur : le premier siège n'est jugé par personne dans l'ordre ecclésiastique ordinaire. Léon III ne transforme pas cette maxime en traité canonique, mais la scène de 800 en donne une mise en acte historique.

Une purgation volontaire

Pour dissiper les soupçons, Léon choisit cependant de prêter un serment public d'innocence. Le 23 décembre 800, il se purifie par serment, tenant l'Évangile, devant Charlemagne, les évêques et l'assemblée.[40][41][42]

Ce geste est très fort. Le pape n'est pas jugé par les évêques ; il ne reste pas non plus silencieux devant le scandale. Il engage sa parole devant Dieu. La solution tient ensemble l'autorité du Siège romain et la nécessité pastorale d'écarter le soupçon.

MomentActeur principalSens
25 avril 799Faction romaine hostileTenter de rendre Léon physiquement et politiquement inapte
Été 799Léon III et CharlemagneDemander la protection franque sans abandonner la dignité pontificale
Fin 799Envoyés francsRéinstaller Léon et examiner les accusations
23 décembre 800Léon IIISe purifier librement par serment devant Dieu
25 décembre 800Léon III, Charlemagne, peuple romainTransformer la protection franque en dignité impériale

Une leçon spirituelle sur l'autorité

Le serment de Léon III montre que l'autorité sacrée ne dispense pas de l'humilité publique. Un pasteur injustement accusé peut avoir à poser un acte visible pour la paix de l'Église. Mais cet acte ne doit pas être confondu avec une soumission de l'Église à un tribunal politique.

La vraie mesure est là : Léon se purifie devant Dieu ; Charlemagne garantit l'ordre ; les évêques reconnaissent qu'ils ne peuvent pas juger le Siège romain ; deux jours plus tard, le pape couronne celui qui l'a protégé.

Noël 800 : le couronnement de Charlemagne

Le lieu : l'ancienne basilique Saint-Pierre

Le 25 décembre 800, Charlemagne est à la messe de Noël dans l'ancienne basilique Saint-Pierre. Les Annales regni Francorum situent le geste devant la confession du bienheureux Pierre, au moment où le roi se relève de la prière.[43] Romano souligne que ce détail liturgique fait partie de la force de l'événement : le roi est agenouillé devant l'apôtre, puis reçoit la couronne du pape.[44]

Le lieu interdit une lecture purement politique. La cérémonie ne se passe ni au palais du Latran, ni dans une salle de justice, ni à Aix-la-Chapelle. Elle se passe sur le tombeau de Pierre, dans la liturgie du mystère de l'Incarnation.

La couronne et l'acclamation

Les annales franques rapportent la scène avec une concision célèbre : Léon impose la couronne ; le peuple romain acclame Charles comme Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains ; le titre de patrice est remplacé par celui d'empereur et Auguste.[45][46]

« Après qu'il eut reçu cette louange, il fut adoré par le pontife à la manière des anciens princes, et, abandonnant le nom de patrice, il fut appelé empereur et Auguste. » — Annales regni Francorum, entrée 801 (événement du 25 décembre 800)[47]

La séquence est décisive : une couronne posée par le pape, une acclamation portée par le peuple romain, un hommage rendu au nouveau couronné, un titre nouveau qui remplace celui de patrice. Ce n'est pas seulement une bénédiction : c'est une entrée dans la grammaire impériale, où chaque geste public dit le changement de rang.

Charlemagne a-t-il été surpris ?

Éginhard affirme que Charlemagne aurait d'abord eu une telle aversion pour les titres impériaux qu'il aurait dit ne pas être entré dans l'église ce jour-là s'il avait connu le dessein du pape.[48]

« Il déclara qu'il ne serait pas entré dans l'église ce jour-là, malgré la solennité de la fête, s'il avait pu connaître le dessein du pontife. » — Éginhard, Vie de Charlemagne, c. 28[49]

Cette phrase ne doit pas être lue naïvement. Éginhard écrit après coup ; Romano juge discutable la lecture littérale d'un Charlemagne fait empereur malgré lui.[50] Le même Romano relève qu'Éginhard prend soin de distancer Charlemagne des empereurs byzantins, présentés comme indignés de son nouveau titre.[51] Y voir une précaution calculée du milieu carolingien envers Constantinople — ne pas donner l'impression d'une usurpation délibérée du titre romain — reste toutefois une interprétation attribuée aux historiens modernes, non une intention établie par ces pages : ce point reste ouvert. Peut-être Charles n'aimait-il pas la forme précise du geste, mais l'idée d'une dignité impériale était dans l'air.

Une restauration de l'empire en Occident

New Advent résume le sens théorique du geste : l'Empire est revivifié en Occident, et le nouvel empereur reçoit comme première tâche de protéger l'Église romaine et la chrétienté.[52] Il faut préciser : ce n'est pas la résurrection administrative de l'Empire romain antique. C'est une nouvelle dignité impériale chrétienne, latine, carolingienne, centrée sur la protection de Rome.

La suite montrera l'ambiguïté. Du point de vue pontifical, Léon donne la couronne. Du point de vue franc, Charlemagne possède déjà la puissance qui rend le titre crédible. Du point de vue byzantin, un concurrent occidental apparaît. Du point de vue ecclésial, l'empereur doit servir la défense de l'Église, non se substituer à elle.

Après le couronnement : alliance et tensions

Le protecteur devient empereur

Après Noël 800, le lien entre Léon et Charlemagne change de forme. Le roi protecteur devient empereur ; le pape qui a demandé protection devient celui qui l'a couronné. Les monnaies de Léon III portent le nom de l'empereur franc en même temps que celui du pape, signe, selon New Advent, que l'empereur est protecteur de l'Église et suzerain de la ville.[53]

Cette réalité peut gêner une lecture trop romantique. Léon n'est pas un souverain isolé, libre de tout rapport de force. Il agit dans un ordre où la protection franque pèse lourdement. Treccani va jusqu'à dire qu'il demeura toujours soumis aux décisions de Charlemagne.[54] La formule est sévère, mais elle rappelle une vérité : le geste de 800 ne supprime pas la dépendance politique romaine.

L'idée d'un mariage avec Irène

New Advent rapporte que Léon chercha à favoriser le projet d'un mariage entre Charlemagne et l'impératrice byzantine Irène, afin de réunir Orient et Occident sous un gouvernement effectif commun ; la déposition d'Irène en octobre 802 rendit le projet impossible.[55][56] (New Advent donne 801, date erronée : Irène fut déposée en octobre 802 au profit de Nicéphore I.)

L'information montre que le couronnement n'est pas immédiatement pensé comme une rupture définitive avec Constantinople. Une solution d'union dynastique paraît encore imaginable. Mais l'histoire prend un autre chemin : les deux empires coexistent, se reconnaissent partiellement, se disputent le nom romain et préparent de nouvelles tensions entre Orient et Occident.

Les affaires anglaises

Léon et Charlemagne interviennent aussi dans les affaires de l'Église anglaise. New Advent mentionne la restauration d'Eardwulf de Northumbrie, la régulation d'un conflit entre les archevêques Eanbald d'York et Wulfred de Cantorbéry, l'excommunication d'Eadberht Praen qui avait pris le trône du Kent, et le retrait du pallium de Lichfield — le pallium, bande de laine blanche que le pape confère aux archevêques en signe de communion avec Rome et de juridiction métropolitaine — au profit du rétablissement de la juridiction de Cantorbéry.[57]

Ces dossiers rappellent que la papauté carolingienne ne se limite pas à Rome et à l'empire. Elle intervient aussi dans la géographie ecclésiale de l'Occident latin, souvent en lien avec la puissance franque.

Doctrine : adoptianisme et Filioque

L'adoptianisme espagnol

Léon III et Charlemagne agissent ensemble contre l'adoptianisme, doctrine associée notamment à Élipand de Tolède et Félix d'Urgell, qui présente le Christ, dans son humanité, comme fils adoptif de Dieu. Treccani parle d'une « condamnation définitive » de l'adoptianisme au « sinodo del 799 ».[58] Il faut préciser l'articulation et corriger la date romaine : la doctrine avait déjà été condamnée à Ratisbonne (792) puis solennellement à Francfort (794) ; c'est le concile romain de 798, sous Léon III, qui confirme — et non inaugure — cette condamnation[59] ; puis, au printemps 799, Félix d'Urgell abjure à Aix-la-Chapelle devant Alcuin. New Advent confirme que le pape et l'empereur combattent ensemble cette hérésie venue d'Espagne.[60]

La question n'est pas secondaire. Dire que le Christ homme serait fils adoptif risque de diviser l'unique personne du Verbe incarné. La foi catholique confesse un seul Fils, vrai Dieu et vrai homme : l'humanité du Christ n'est pas celle d'un homme extérieur adopté par Dieu ; elle est l'humanité assumée personnellement par le Fils éternel.

Le Filioque : croire la doctrine, garder le symbole

Le dossier du Filioque est plus subtil. L'Occident confesse que l'Esprit Saint procède du Père et du Fils. Charlemagne et ses théologiens souhaitent donner à cette confession une expression liturgique plus générale dans le Credo. Léon, lui, soutient la foi, mais se montre réticent à modifier le texte reçu du symbole.[61][62]

La tradition des boucliers d'argent résume sa position. Léon aurait fait graver à Rome le Credo en grec et en latin, sans l'addition, comme témoin de la foi orthodoxe et de la forme reçue.[63][64] Il ne s'agit donc pas d'un pape "anti-Filioque" au sens doctrinal. Il s'agit d'un pape qui refuse de traiter la formule du symbole comme un texte facilement modifiable par pression politique.

« Hic vero pro amore et cautela ortodoxe fidei fecit [...] scutos ex argento II, scriptos utrosque simbolum, unum quidem litteris grecis et alium latinis » (« C'est par amour et pour la sauvegarde de la foi orthodoxe qu'il fit faire, en ce même lieu [la basilique Saint-Pierre], deux boucliers d'argent, inscrits l'un et l'autre du symbole, l'un en lettres grecques et l'autre en latines ») — Liber Pontificalis, Vie de Léon III, c. LXXXIV[65][66]

Outre ce témoignage du Liber Pontificalis, il existe un compte rendu latin du dialogue de 810 entre les envoyés francs et Léon III, transmis par Smaragde, dont le rédacteur reconnaît lui-même les limites de sa mémoire[67] ; en revanche, aucune formule française précise prêtée à Léon sur ce point ne correspond mot à mot à une sentence latine authentifiée. Sa position se résume donc en paraphrase : tenir pour vraie la doctrine occidentale de la procession, sans toucher au texte reçu du symbole.

Une prudence catholique toujours actuelle

La distinction de Léon III est un modèle de prudence. Il y a des vérités qui doivent être professées ; il y a aussi des formes liturgiques communes qu'il faut manipuler avec gravité. La théologie catholique ne se réduit pas à maximiser les formulations exactes sans tenir compte de l'unité reçue.

Ce point est particulièrement utile pour lire le grand schisme ultérieur. L'histoire du Filioque ne commence pas en 1054. Léon III montre qu'en 809-810, Rome connaît déjà la doctrine, la soutient substantiellement, mais refuse encore d'imposer l'ajout au symbole professé et inscrit à Rome — sans préjuger du chant du symbole à la messe, qui n'y entrera qu'en 1014.[68]

Œuvres, charité et art romain

Les trésors avars et le service des pauvres

Charlemagne donne à Léon une part importante du trésor pris aux Avars. New Advent explique que cette richesse permit au pape d'être un grand bienfaiteur des églises et des institutions charitables de Rome.[69]

Le détail est important spirituellement. Léon ne transforme pas seulement la protection franque en prestige. Il la convertit en œuvres visibles : secours aux pauvres, restauration des basiliques, embellissement des lieux saints, consolidation de la ville chrétienne.

Restaurer les églises

New Advent mentionne les rénovations d'églises à Rome et même à Ravenne, ainsi que l'usage de la mosaïque, notamment dans son titre de Sainte-Suzanne.[70] La mémoire monumentale la plus célèbre du pontificat reste cependant la mosaïque du triclinium du Latran, connue par sa reconstruction, où saint Pierre remet le pallium à Léon et l'étendard à Charlemagne.

Cette image dit en théologie visuelle ce que les textes disent en politique : Pierre demeure la source apostolique ; le pape reçoit sa mission pastorale ; le roi franc reçoit une charge de protection. L'ordre chrétien n'est pas seulement une alliance humaine, mais une mission reçue sous le regard de l'apôtre.

Une Rome carolingienne, mais romaine

Léon III fait entrer Rome dans l'orbite carolingienne sans la dissoudre dans l'empire. Les restaurations, mosaïques, dons et inscriptions manifestent un langage nouveau : les Francs protègent, financent, influencent ; mais le centre symbolique reste la ville de Pierre.

Ce point évite une erreur fréquente : imaginer que la papauté devient simplement une chapelle impériale. Léon doit composer avec Charlemagne, mais il ne cesse pas d'être évêque de Rome. La basilique, la confession de Pierre, le Latran, les reliques et les pauvres gardent la logique propre du pontificat.

Les dernières années et la mort

Après Charlemagne

Charlemagne meurt le 28 janvier 814. La disparition du protecteur fait réapparaître les tensions romaines. Treccani rapporte que les haines et conspirations éclatent de nouveau à Rome, et que Léon répond par des représailles si dures que l'empereur Louis le Pieux veut une enquête menée par Bernard, roi d'Italie.[71] Le dossier suit pourtant son cours en 815 : Bernard, tombé malade à Rome, transmet ce qu'il a constaté par l'entremise du comte Gérold, puis les envoyés du pape — l'évêque Jean de Silva Candida, le nomenclateur Théodore et le duc Serge — répondent point par point aux griefs portés contre leur maître, à la satisfaction de l'empereur.[72]

Cette fin plus sombre rappelle que le pontificat n'est pas seulement la gloire de Noël 800. Léon reste pris dans une ville violente, où le pouvoir pontifical se construit au milieu des factions, des souvenirs aristocratiques et de la dépendance militaire.

Mort et canonisation

Léon III meurt le 12 juin 816 et, selon la Catholic Encyclopedia (Mann, 1910), il fut enterré à Saint-Pierre, où ses reliques se trouveraient avec celles de Léon I, Léon II et Léon IV.[73] Sa fête est célébrée le 12 juin — la notice actuelle de Treccani l'intitule « Leone III papa, santo » et indique « Festa, 12 giugno »[74] — ; sa canonisation est datée de 1673 selon la notice Mann.[75]

L'acte de 1673 n'a pas été revu ici. Léon III est vénéré comme un pape dont la vie unit souffrance, gouvernement, courage politique, défense doctrinale et service des lieux saints.

Sainteté de gouvernement

La sainteté de Léon III n'est pas celle d'un ermite ni celle d'un martyr clairement attesté. C'est une sainteté de gouvernement dans un monde dur : tenir Rome, survivre à la violence, chercher un protecteur sans vendre la charge de Pierre, poser un geste impérial sans confondre l'autel et le trône, défendre le Credo sans faire de la précision doctrinale une brutalité liturgique.

Sa vie enseigne que l'autorité catholique se déploie souvent dans des situations imparfaites. Léon III n'a pas choisi une époque paisible. Il a gouverné quand il fallait choisir entre l'isolement romain, la pression aristocratique, la dépendance byzantine finissante et l'alliance franque. Son mérite fut de faire de cette alliance un instrument de protection de l'Église, non une disparition de l'Église dans l'empire.

Chronologie

  1. 25 décembre 795
    Mort d'Adrien I
    Le long pontificat d'Adrien s'achève ; Rome doit élire rapidement.
  2. 26/27 décembre 795
    Élection et consécration de Léon III
    Le clergé romain élit Léon, prêtre de Sainte-Suzanne.
  3. 798
    Concile romain contre l'adoptianisme
    À Rome, Léon III confirme les condamnations de Ratisbonne (792) et de Francfort (794).
  4. Printemps 799
    Aix-la-Chapelle : abjuration de Félix d'Urgell
    À Aix-la-Chapelle, devant Alcuin, Félix reconnaît ses erreurs sur l'adoptianisme.
  5. 25 avril 799
    Agression pendant les Grandes Litanies
    Les ennemis romains de Léon tentent de l'aveugler et de lui arracher la langue.
  6. 799
    Paderborn
    Léon rejoint Charlemagne, qui le reçoit avec honneur et le fait reconduire à Rome.
  7. 23 décembre 800
    Serment de purification
    Léon se purifie publiquement des accusations dans la basilique Saint-Pierre.
  8. 25 décembre 800
    Couronnement de Charlemagne
    Léon couronne Charles empereur des Romains à la messe de Noël.
  9. 804
    Nouvelle rencontre avec Charlemagne
    Léon franchit les Alpes et rejoint l'empereur.
  10. 809-810
    Dossier du Filioque
    Léon soutient la doctrine occidentale, mais garde à Rome le symbole professé et inscrit sans addition (le chant du symbole à la messe n'y entrera qu'en 1014).
  11. 28 janvier 814
    Mort de Charlemagne
    La protection carolingienne change de mains ; les tensions romaines réapparaissent.
  12. 12 juin 816
    Mort de Léon III
    Le pape est enseveli à Saint-Pierre.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint-Siège, liste officielle des pontifes romains, ligne de Léon III : 96e pape, pontificat du 26/27 décembre 795 au 12 juin 816, origine romaine. Page consultée en juin 2026 : vatican.va.

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  2. Annales regni Francorum, sur l'arrivée de Charlemagne à Rome et le serment de Léon III le 23 décembre (entrée 800), puis le couronnement du 25 décembre devant la confession de saint Pierre : Carolo augusto, a Deo coronato magno et pacifico imperatori Romanorum, vita et victoria — sans piissimo, qui appartient à la formule voisine du Liber Pontificalis (éd. Duchesne, t. II, p. 7 : Karolo, piissimo Augusto a Deo coronato, magno et pacifico imperatore, vita et victoria, sans Romanorum dans l'acclamation). Dans la transcription citée (Friedrich Kurze éd., MGH, Hanovre, 1895 ; The Latin Library), le récit du couronnement figure sous l'année 801 : l'événement du 25 décembre 800, jour de Noël, ouvre l'année 801 selon le comput alors en usage.

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  3. Liber Pontificalis, Vie de Léon III (XCVIII), éd. Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis. Texte, introduction et commentaire, t. II, Paris, 1892, texte collationné sur l'édition : agression du 25 avril 799, c. XI–XII, p. 4 ; recouvrement de la vue et de la parole, cooperante Deo et beato Petro apostolo suffragante, présenté comme un grand miracle accompli par Dieu à travers son serviteur (magnum miraculum), c. XIII, p. 5 ; refus du jugement par les évêques et offre de purification, c. XXI, p. 7 ; serment sur les Évangiles, c. XXII, p. 7 ; couronnement de Charlemagne, c. XXIII, p. 7 ; onction de Charles, son fils (Charles le Jeune), comme roi, le jour même de Noël, c. XXIV, p. 7 ; deux boucliers d'argent de Saint-Pierre, c. LXXXIV, p. 26, et bouclier de Saint-Paul, c. LXXXV, p. 26. Référence d'édition signalée par New Advent et J. F. Romano.

    3 18 30 31 42 46 64 66
  4. Horace Mann, "Pope St. Leo III", The Catholic Encyclopedia, vol. 9, Robert Appleton Company, New York, 1910 ; transcription New Advent. Notice fondée notamment sur Duchesne, Liber Pontificalis, MGH, Jaffé et Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages. En ligne : newadvent.org.

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  5. Treccani, "Leóne III papa, santo", Enciclopedia on line (source actuelle : notice intitulée « santo », avec mention « Festa, 12 giugno »), notice synthétique : élection contre la noblesse romaine, Paderborn, enquête de Charlemagne, purgatio de 800, couronnement, tensions après la mort de Charlemagne, condamnation de l'adoptianisme au « sinodo del 799 », fête du 12 juin. En ligne : treccani.it.

    5 26 36 54 58 71 74
  6. Andrea Sterk, "The Silver Shields of Pope Leo III : A Reassessment of the Evidence", Comitatus : A Journal of Medieval and Renaissance Studies, UCLA, vol. 19, n° 1, 1988, pp. 62-79 (pagination collationnée sur le PDF eScholarship, item 3859m82c) : réexamen du témoignage du Liber Pontificalis sur le Credo gravé en grec et latin, du contexte de 809-810 et de la distinction entre doctrine du Filioque et insertion liturgique dans le symbole ; p. 75, n. 21, sur l'introduction tardive du chant du symbole dans la messe romaine (1014) ; sur cette date, le témoin classique est Bernon, abbé de Reichenau (Libellus de quibusdam rebus ad missae officium pertinentibus, chap. 2, PL 142) : les Romains omettaient le symbole après l'Évangile jusqu'au temps d'Henri II, couronné à Rome par Benoît VIII en février 1014, et c'est sur l'insistance de l'empereur que Benoît accepta qu'on le chante à la messe publique. En ligne (eScholarship) : escholarship.org. Le Liber Pontificalis rapporte le fait à la troisième personne (Hic vero pro amore et cautela ortodoxe fidei fecit... scutos ex argento II, c. LXXXIV, éd. Duchesne, t. II, p. 26) ; la formule à la première personne Haec Leo posui... n'y figure pas et n'est attestée que par des relais secondaires.

    6 11 12 62 63 65 68
  7. Éginhard, Vita Karoli Magni (Vie de Charlemagne), c. 28, éd. Oswald Holder-Egger, MGH Scriptores rerum Germanicarum, Hanovre, 1911 ; traduction anglaise ancienne disponible chez Fordham / Internet Medieval Sourcebook. Passage sur la réticence de Charlemagne devant le titre impérial.

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  8. J. F. Romano, "The Coronation of Charlemagne as a Liturgical Event", Mediaeval Studies 82, 2020, p. 152-153 : les quatre récits majeurs du couronnement sont les Annales de Lorsch, la notice de Léon III dans le Liber Pontificalis, les Annales regni Francorum et Éginhard ; Romano souligne l'intérêt liturgique de la notice pontificale et des annales. PDF : Pontifical Institute of Mediaeval Studies.

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  9. J. F. Romano, "The Coronation of Charlemagne as a Liturgical Event", Mediaeval Studies 82, 2020, p. 152-154 : discussion de ad missam dans les Annales regni Francorum, à traduire par "à la messe" plutôt que "pour assister à la messe", avec parallèles dans les sources liturgiques.

    16
  10. Chronicon Anianense, chronique carolingienne rédigée à l'abbaye d'Aniane au début du IXe siècle : notice sur Léon III, « natus Rome ex patre Asupio matre Helisabeth » (« né à Rome, d'un père Asupius et d'une mère Élisabeth ») — seule source ancienne à nommer la mère ; le Liber Pontificalis ne nomme que le père (natione Romanus ex patre Atzuppio).

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  11. J. F. Romano, "The Coronation of Charlemagne as a Liturgical Event", Mediaeval Studies 82, 2020, p. 179, n. 153 : référence au Liber Pontificalis et aux Annales regni Francorum pour l'attaque de Léon III lors de la procession des Grandes Litanies.

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  12. Annales regni Francorum, année 799, sur l'attaque contre Léon III, sa fuite et l'intervention de Charlemagne. Texte latin de référence : Friedrich Kurze éd., MGH Scriptores rerum Germanicarum, Hanovre, 1895 ; version en ligne : The Latin Library.

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  13. J. F. Romano, "The Coronation of Charlemagne as a Liturgical Event", Mediaeval Studies 82, 2020, p. 176-177, n. 141 : rapprochement des récits du serment de purification de Léon III dans les Annales regni Francorum et le Liber Pontificalis.

    41
  14. J. F. Romano, "The Coronation of Charlemagne as a Liturgical Event", Mediaeval Studies 82, 2020 : la « surprise » de Charlemagne, lue littéralement comme un empereur fait malgré lui (Kaiser wider Willen), y est jugée discutable (« questionable assertion »), p. 154, n. 17 (discussion renvoyant à Peter Classen, Karl der Grosse, pp. 75-77, et Elsbet Orth, « Die Kaiserkrönung », pp. 66-67) ; Éginhard distanciant Charlemagne des empereurs byzantins, pp. 166-167, n. 81 (Vita Karoli, c. 16, 19-20). PDF : Pontifical Institute of Mediaeval Studies.

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  15. Déposition de l'impératrice Irène en octobre 802, au profit de Nicéphore I : chronologie du chroniqueur contemporain Théophane le Confesseur, Chronographie (31 octobre 802 selon la chronologie reçue) ; cf. la notice « Irene » de l'Encyclopaedia Britannica (1911), qui place en 802 la conspiration des patrices et l'avènement de Nicéphore.

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  16. Séquence des condamnations (Ratisbonne 792, Francfort 794, Rome 798, Aix-la-Chapelle 799) : Catholic Encyclopedia, « Adoptionism » (synodes de Narbonne 788, Ratisbonne 792, Francfort 794, Aix-la-Chapelle 799 ; condamnation officielle : deux lettres d'Adrien I, puis décrets de Francfort, concile réuni « in full apostolic power » avec légat de Rome) ; actes de Francfort 794 : MGH Concilia, t. II, 1re partie (Concilia aevi Karolini), éd. Albert Werminghoff, Hanovre-Leipzig, 1906, Conc. Francofurtense a. 794, pp. 110-171 (les pp. 172-176 concernent une autre assemblée) ; concile romain de 798 : MGH Concilia, t. II, 1re partie, Conc. Romanum a. 798, pp. 202-204 — le « sinodo del 799 » de Treccani (« Leone III papa, santo ») doit donc se lire 798, lieu : Rome ; dispute du printemps 799 à Aix-la-Chapelle entre Alcuin et Félix d'Urgell, qui reconnaît ses erreurs : Catholic Encyclopedia, « Alcuin » (« In the spring of 799... »). En ligne : catholic.com.

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  17. Compte rendu latin du dialogue de 810 entre les envoyés de Charlemagne et Léon III sur le Filioque, transmis par Smaragde de Saint-Mihiel : Patrologia Latina, t. 102, col. 971 sq. Smaragde, secrétaire de la mission romaine de 810, avait rédigé la lettre portant à Léon III les décisions du concile d'Aix-la-Chapelle de 809 sur le Filioque ; son récit romain, qui reconnaît les limites de la mémoire du rédacteur, se distingue ainsi de toute formule particulière qui ne serait pas authentifiée par une sentence latine.

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  18. Annales regni Francorum, année 815, sur la suite du dossier romain : complot de notables romains contre Léon, exécution des meneurs sur son ordre, mécontentement de l'empereur Louis, envoi à Rome de Bernard, roi d'Italie ; Bernard, tombé malade, transmet ses constats par le comte Gérold, puis les légats pontificaux Jean de Silva Candida, Théodore et Serge de his, quae domino suo obiciebantur, per omnia imperatori satisfecerunt — ils répondent aux griefs portés contre leur maître à la satisfaction de l'empereur, sans que les annales en fassent un jugement judiciaire formel. Texte latin : Friedrich Kurze éd., MGH, Hanovre, 1895 ; en ligne : The Latin Library.

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