Adoptianisme

Vers 785, l'archevêque Élipand de Tolède enseigne que le Christ-homme n'est Fils de Dieu que par adoption : deux fils, l'un naturel, l'autre adoptif. Béatus de Liébana résiste, Alcuin réfute, Francfort condamne en 794 — le dossier complet de l'hérésie espagnole.

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L'adoptianisme est l'hérésie christologique de l'Espagne du VIIIe siècle : vers 783-785, l'archevêque Élipand de Tolède enseigne que le Christ, en tant qu'homme, n'est pas le Fils naturel de Dieu mais seulement son fils adoptif — homo adoptivus. Le Christ-Dieu serait Fils par nature et par génération éternelle ; le Christ-homme ne le serait que par adoption et par grâce. Deux filiations, donc : l'une naturelle, l'autre adoptive.[1]

L'affaire n'est pas une dispute d'école : elle déchire l'Église d'Espagne pendant une quinzaine d'années, mobilise le pape Hadrien Ier, fait intervenir Charlemagne et ses théologiens — au premier rang Alcuin d'York —, et se solde par cinq conciles successifs, de Narbonne (791) à Urgel (799) en passant par Ratisbonne (792), Francfort (794) et Aix-la-Chapelle (799).[2]

L'enjeu dépasse l'Espagne wisigothique : sous une formule inédite, c'est le vieux nestorianisme qui reparaît — diviser le Christ en deux fils, c'est le diviser en deux personnes. L'Église répond une fois pour toutes : la filiation appartient à la personne, non à la nature, et Jésus, même en tant qu'homme, est le Fils naturel de Dieu.[3][4]

Cet article suppose connus les dossiers voisins, auxquels il renvoie sans les redoubler : Les hérésies des premiers siècles pour le panorama des erreurs christologiques, la crise nestorienne et le nestorianisme pour la mère de toutes les divisions du Christ, l'arianisme pour la grande crise antérieure sur la divinité du Fils, le docétisme pour l'erreur inverse qui dissout son humanité, le gnosticisme et le marcionisme pour les autres falsifications du Christ au IIe siècle.

Ce que l'adoptianisme affirme : un Christ en deux fils

La formule : Fils naturel selon la divinité, fils adoptif selon l'humanité

Autrement dit : imaginez qu'on vous dise que Jésus serait en quelque sorte deux enfants à la fois — l'un vraiment engendré, l'autre seulement recueilli. C'est exactement la thèse d'Élipand et de Félix : il y aurait dans le Christ deux filiations. Comme Dieu, le Christ est le Fils de Dieu par génération et par nature ; comme homme, il n'est Fils de Dieu que par adoption et par grâce. Et la conséquence suit : l'homme Jésus — homo Christus — est le fils adoptif, non le fils naturel, de Dieu.[5]

La formule a une apparence de piété : elle veut exalter la transcendance du Père et la gratuité de l'Incarnation. Mais elle coupe le Christ en deux. Car la filiation — être fils — n'appartient pas à une nature abstraite : elle appartient à une personne. Poser deux fils, c'est poser deux personnes dans le Christ : un Fils éternel d'un côté, un homme adopté de l'autre. C'est précisément l'erreur de Nestorius, condamné à Éphèse en 431 — quatre siècles plus tôt et à l'autre bout du monde chrétien.[6]

« De même que l'impiété nestorienne divise le Christ en deux personnes à cause des deux natures, de même votre témérité ignorante le divise en deux fils, l'un propre, l'autre adoptif. » — Alcuin d'York, Contre Félix, livre I, ch. 11[7]

D'où venait l'argument : l'Écriture brandie par Félix

Félix d'Urgel, le savant du duo, n'inventait pas sans preuves : il accumulait les textes scripturaires. Le Christ dit lui-même : « le Père est plus grand que moi ».[8] Saint Paul écrit que le Christ est « premier-né d'une multitude de frères ».[9] Si le Christ-homme est inférieur au Père, s'il est l'aîné parmi des frères adoptés comme nous, n'est-il pas lui-même, en tant qu'homme, un adopté parmi les adoptés ?[10]

L'Église avait déjà répondu à la première objection au temps de la crise arienne : quand Jésus dit que le Père est plus grand, il parle selon son humanité assumée, non selon sa divinité éternelle — l'infériorité est de condition, non de nature divine. Quant au second texte, il parle de notre adoption, non de celle de Jésus : c'est nous qui sommes adoptés en lui, premier-né ; lui n'est appelé nulle part dans la Bible le Fils adopté de Dieu. Bien au contraire, l'Écriture attribue à l'homme Jésus tous les titres du Fils éternel.[11]

« Dieu n'a pas épargné son propre Fils, mais Il L'a livré pour nous tous. » — Saint Paul, Épître aux Romains, 8, 32[12]

« Personne n'a jamais vu Dieu : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est Lui qui L'a fait connaître. » — Évangile selon saint Jean, 1, 18[13]

La liturgie mozarabe et les Pères : des mots sortis de leur contexte

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Félix fouillait aussi les vieux livres : dans la liturgie mozarabe d'Espagne, il trouvait des expressions comme adoptio ou homo adoptivus appliquées au mystère de l'Incarnation ; chez certains Pères grecs, la formule fils adopté (υἱὸς θετός) ; et plusieurs Pères latins employaient les verbes adopter, assumer à propos du Christ.[14]

La réponse catholique distingue avec soin : quand les Pères parlent d'adoption, c'est la sainte humanité qui est dite adoptée — c'est-à-dire assumée par le Verbe —, jamais la personne du Christ. On confondait le concret et l'abstrait : dire que la nature humaine est assumée ne signifie pas que Jésus est un adopté. L'expression concrète du missel mozarabe, homo adoptatus, ou celle de quelques Pères grecs, ou bien ne vise pas le Christ, ou bien relève de cet usage ancien qui emploie le concret pour l'abstrait.[15]

La dialectique de Félix : trois raisonnements qui semblent imparables

Félix maniait enfin la dialectique avec une subtilité qui impressionna ses contemporains. Trois arguments surtout : d'abord, le titre de Fils naturel de Dieu ne pourrait se dire de l'homme Jésus, puisqu'il est engendré dans le temps — or ce qui naît dans le temps ne saurait être engendré de toute éternité. Ensuite, l'homme Jésus est inférieur au Père — or le Fils naturel n'est inférieur à personne. Enfin, l'homme Jésus n'est pas relatif au Père seul mais à toute la Trinité — et la relation resterait la même si c'étaient le Père ou l'Esprit qui s'étaient incarnés au lieu du Fils.[16]

Ces raisonnements s'effondrent dès qu'on tient fermement le principe : comme le dira saint Thomas d'Aquin, la filiation appartient proprement à la personne. Le Christ, Fils de Dieu par génération éternelle, reste Fils de Dieu après que le Verbe a assumé et uni substantiellement à lui-même la sainte humanité. L'Incarnation ne retranche rien à la filiation éternelle, pas plus qu'elle ne retranche à la personnalité éternelle du Verbe.[17]

Tolède sous l'islam : comment naît l'erreur

Élipand de Tolède, primat d'une Église coupée de Rome

Pour comprendre l'adoptianisme, il faut voir la carte. En 711, les musulmans ont conquis presque toute l'Espagne wisigothique ; ne subsiste au nord qu'un petit royaume des Asturies, accroché à ses montagnes. Tolède, l'antique capitale wisigothique et siège primatial, vit désormais sous domination musulmane. Son archevêque, Élipand — vieil homme au caractère indomptable — gouverne la plus grande Église d'Espagne dans un isolement presque total : le contrôle de Rome sur ces régions est pratiquement réduit à néant par la domination islamique.[18][19]

Or c'est précisément dans cette Espagne musulmane qu'avait trouvé refuge depuis des années une colonie nestorienne. L'influence combinée de l'islam ambiant et de ce nestorianisme résiduel avait, selon la Catholic Encyclopedia, émoussé le sens catholique du vieil Élipand. Comment une hérésie d'Orient, enterrée depuis trois siècles dans son pays natal, ressuscite-t-elle à l'extrême occident de l'Église latine ? Par cette double imprégnation, que l'isolement rendait sans antidote.[20]

L'étincelle : Migetius, et la riposte qui dérape

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L'étincelle vint d'un certain Migetius, prédicateur à la doctrine hasardeuse qui soutenait, entre autres erreurs, que la seconde Personne de la Trinité n'existait pas avant l'Incarnation. Pour mieux réfuter cette négation du Fils éternel, Élipand traça une ligne dure et tranchée entre Jésus-Dieu et Jésus-homme : le premier serait le Fils naturel, le second seulement le fils adoptif.[21]

L'intention première était donc orthodoxe — défendre la préexistence du Fils contre Migetius. Mais le remède fut pire que le mal : pour sauver le Fils éternel, Élipand sacrifia l'unité du Christ. Au lieu de dire que le même et unique Fils est Dieu de toute éternité et homme dans le temps, il fit de l'homme Jésus un second fils, adopté. La réaffirmation du nestorianisme souleva aussitôt une tempête de protestations catholiques.[22]

Béatus de Liébana et Éthère d'Osma : la résistance asturienne

La résistance partit du nord libre. Béatus, abbé de Liébana dans les montagnes asturiennes, prit la tête des catholiques avec Éthère, évêque d'Osma. Béatus n'était pas un obscur moinillon : confesseur de la reine Adosinda, femme du roi asturien Silo (774-783), il exerçait une large influence et comptait parmi ses disciples Alcuin lui-même et Éthère d'Osma.[23] Face à lui, Élipand défendit sa position avec une obstination de fer — et eut l'habileté d'enrôler à son service un allié de poids : Félix, évêque d'Urgel, réputé pour sa science et son esprit versatile.[24]

Béatus et Éthère composèrent contre Élipand un traité en deux livres, l'Adversus Elipandum (vers 785), réfutant pied à pied la double filiation au nom de la foi de Chalcédoine et des Pères. C'est ce front asturien, bien avant Rome et Aix-la-Chapelle, qui empêcha l'erreur de passer pour la foi de toute l'Espagne.[25]

Félix d'Urgel, le savant enrôlé qui devint chef

Félix, évêque d'Urgel en Catalogne — siège situé, lui, sous domination franque, dans la zone que Charlemagne venait de rattacher à son empire — entra d'abord dans la querelle à la légère, pour rendre service à Élipand. Mais une fois pris dans la dispute, il s'y révéla un allié redoutable : là où Élipand mettait une volonté indomptable au service de l'adoptianisme, Félix lui apportait sa science — et, ajoute sévèrement la Catholic Encyclopedia, sa foi punique.[26] Il devint même le chef du mouvement nouveau-né, que les contemporains appelèrent l'Hæresis Feliciana, l'hérésie de Félix.[27]

Le contraste géographique explique la suite : Tolède échappait à toute prise, mais Urgel relevait des Francs. C'est par Félix, sujet carolingien, que Charlemagne et les évêques du Nord purent saisir l'hérésie — et c'est sur Félix que tombèrent les condamnations conciliaires, Élipand restant hors d'atteinte derrière la frontière de l'islam.[28]

ActeurSiègeSituation politiqueRôle dans la crise
ÉlipandTolède, primat d'EspagneSous domination musulmaneInventeur de la formule, obstiné jusqu'au bout
FélixUrgel (Catalogne)Sous domination franqueSavant du duo, chef de l'Hæresis Feliciana, seul justiciable des conciles
BéatusAbbé de Liébana (Asturies)Royaume asturien librePremier contradicteur catholique, Adversus Elipandum
ÉthèreÉvêque d'OsmaRoyaume asturien libreCo-auteur de la réfutation avec Béatus
MigetiusPrédicateur itinérantEspagne musulmaneSon erreur sur le Fils provoque la riposte d'Élipand

Pourquoi l'Église dit non : la réponse catholique

Une personne, deux natures, une seule filiation

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Le cœur de la réponse tient en une phrase, celle que saint Thomas formulera avec la dernière netteté : la filiation appartient proprement à la personne. Être fils, ce n'est pas une qualité d'une nature, c'est la relation d'une personne à son père. Or dans le Christ il n'y a qu'une seule personne — la personne éternelle du Verbe, Fils de Dieu par génération éternelle. Cette personne, en assumant une nature humaine, ne devient pas deux fils : elle reste l'unique Fils, désormais homme comme elle est Dieu.[29]

Dès lors, l'argument de Félix sur la génération temporelle tombe : ce qui naît dans le temps, c'est la nature humaine assumée, non la personne qui l'assume. Et l'argument sur l'infériorité tombe avec lui : l'infériorité au Père est de la condition d'homme, non de la personne du Fils. L'Incarnation ne retranche rien à la filiation éternelle, pas plus qu'elle ne retranche à la personnalité éternelle du Verbe.[30]

« Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, Je T'ai engendré. » — Épître aux Hébreux, 1, 5[31]

« Vous étiez loin. » — Saint Paul, Épître aux Éphésiens, 2, 13 : à nous, il est dit que nous étions loin — à Lui, qu'Il est Fils depuis l'éternité[32]

Le tableau de la foi : ce que l'Église confesse face à l'adoptianisme

QuestionL'adoptianisme répondLa foi catholique répond
Combien de fils dans le Christ ?Deux : un naturel, un adoptifUn seul : le Fils éternel, fait homme
Combien de personnes ?Deux en pratique (conséquence nestorienne)Une seule : la personne du Verbe
L'homme Jésus est-il adoré ?Non en tant qu'homme (cf. Folmar plus tard)Oui : le Verbe s'est fait chair, et la chair du Verbe est adorée[33]
Que dit l'Écriture ?Le Christ-homme inférieur et frère aîné, donc adoptéAucun texte n'appelle Jésus fils adopté ; tout lui attribue les titres du Fils éternel
Que disent les Pères ?Adoptio, homo adoptivus, fils adoptéC'est l'humanité qui est assumée, non la personne qui est adoptée
D'où vient notre adoption ?Nous serions adoptés comme luiNous sommes adoptés en lui, le premier-né[34]

La dernière ligne est décisive pour la vie spirituelle : si le Christ-homme n'était lui-même qu'un adopté, notre adoption filiale perdrait son fondement. C'est parce que Jésus est vraiment le Fils naturel, jusque dans sa chair, que nous pouvons devenir en lui des fils adoptifs. L'adoptianisme, en voulant exalter la grâce, sapait la source même de toute grâce d'adoption.[35]

Chalcédoine, Éphèse, Francfort : une seule et même garde

L'adoptianisme n'ajoute rien, dogmatiquement, à ce que l'Église avait déjà tranché. Le concile d'Éphèse (431) avait condamné Nestorius qui divisait le Christ en deux personnes ; le concile de Chalcédoine (451) avait défini l'union hypostatique — une seule personne en deux natures, sans confusion ni séparation. Francfort ne fait que tirer la conséquence : diviser le Christ en deux fils, c'est le diviser en deux personnes, et c'est retomber sous les anathèmes d'Éphèse.[36] Le lecteur trouvera le récit détaillé de la mère de toutes ces crises dans l'article la crise nestorienne.

Le Catéchisme de l'Église catholique résume aujourd'hui cette foi aux paragraphes 464 à 469 : le Fils unique de Dieu s'est fait homme sans cesser d'être Dieu, vrai Dieu et vrai homme, une seule personne divine agissant en deux natures.[37]

La condamnation : de Narbonne à Aix-la-Chapelle

Cinq conciles en huit ans : la chronologie d'une traque

Charlemagne aurait préféré la conciliation : malgré sa loyauté sans réserve à la foi romaine, il pouvait difficilement s'aliéner d'emblée des provinces si chèrement acquises, et son attitude d'abord trop conciliante laissa l'erreur respirer. Il fallut huit années de conciles pour en venir à bout : Narbonne (791), Ratisbonne (792), Francfort (794), Aix-la-Chapelle (799) et le synode d'Urgel (799) — sans compter l'action des missionnaires et des savants, qui firent plus que les décrets.[38][39]

ConcileDateCe qui s'y joue
Narbonne791 (la Catholic Encyclopedia écrit 788)Premier examen de l'erreur ; Félix, présent, n'y est pas encore condamné[40]
Ratisbonne792Félix comparaît, se rétracte une première fois, gagne Rome puis rechute au retour
FrancfortÉté 794Condamnation solennelle : synodus universalis, Félix absent et condamné
Aix-la-Chapelle799Six jours de dispute entre Félix et Alcuin ; nouvelle et dernière rétractation
Urgel799Réception locale de la condamnation dans le diocèse même de Félix[41]

Francfort 794 : le synode universel

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Le concile de Francfort, réuni à l'été 794 par la grâce de Dieu, l'autorité du pape et le commandement de Charlemagne, rassembla les évêques du royaume franc, d'Italie, d'Aquitaine et même d'Angleterre — Alcuin d'York y prit part. Convoqué par Charlemagne, il siégea néanmoins en pleine puissance apostolique, sous la présidence du légat de Rome : les chroniqueurs contemporains l'appelèrent synodus universalis, synode universel.[42][43]

Ses décrets affirment avec force la filiation divine naturelle de Jésus jusque dans son humanité, et rejettent comme hérétique la filiation adoptive — du moins en tant qu'elle exclut la filiation naturelle. Les formules anathématistes, recueillies ensuite dans l'Enchiridion de Denzinger, frappent quiconque oserait dire le Christ fils adoptif au sens exclusif.[44] Le concile commanda en outre trois pièces doctrinales : la Lettre des évêques du Franc aux évêques d'Espagne rédigée par Alcuin, le Liber sacrosyllabus de Paulin d'Aquilée, et une Lettre de Charlemagne à Élipand.[45]

Les deux lettres d'Hadrien Ier : Rome tranche avant et pendant

Rome n'avait pas attendu Francfort. Dès 785, le pape Hadrien Ier écrivait aux évêques d'Espagne pour condamner l'erreur naissante ; en 794, il écrivait à Charlemagne pour appuyer la condamnation solennelle. Ce sont ces deux lettres, avec les décrets de Francfort, qui constituent la condamnation officielle de l'adoptianisme.[46]

Les champions de l'orthodoxie : Alcuin, Paulin, Benoît

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Ce que les synodes ne purent faire par la diplomatie, les hommes de Dieu l'accomplirent par la plume et la mission. Alcuin d'York, le maître de l'école palatine, composa les deux grands traités de la controverse : Contre Élipand de Tolède et Contre Félix d'Urgel — des ouvrages qui resteront à jamais l'honneur de la science chrétienne.[47] Paulin, patriarche d'Aquilée, fournit le Liber sacrosyllabus demandé par Francfort.[48] Et saint Benoît d'Aniane, le réformateur monastique, évangélisa les régions contaminées : dès 800, il annonçait la conversion de vingt mille clercs et laïcs revenus de l'erreur.[49]

La fin de l'hérésie : rétractations, rechutes et extinction

Félix à Aix-la-Chapelle : six jours face à Alcuin

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Le destin de Félix est une suite de rétractations et de rechutes. À Ratisbonne en 792, il abjure une première fois, se rend à Rome, puis retombe dès son retour. À Francfort en 794, ni lui ni ses partisans ne comparaissent : le concile condamne en leur absence, avec Alcuin pour porter l'accusation doctrinale.[50]

L'archevêque Leidrad de Lyon, envoyé en mission en Espagne par Charlemagne, persuada Félix de comparaître devant un synode à Aix-la-Chapelle en 799. Là, après six jours de dispute avec Alcuin, Félix rétracta de nouveau son hérésie.[51] Placé sous la surveillance de Leidrad à Lyon, il donna tous les signes d'une conversion sincère — et sa mort, en 818, aurait passé pour celle d'un repenti si Agobard, successeur de Leidrad, n'avait retrouvé parmi ses papiers une rétractation de toutes ses rétractations : Félix était mort dans l'erreur, en secret.[52][53]

Élipand meurt dans son erreur ; l'Espagne revient à la foi

Des deux hérésiarques, Élipand fut le plus constant dans l'obstination : il mourut dans son erreur, hors d'atteinte derrière la frontière musulmane, sans jamais s'être rétracté.[54] Mais l'adoptianisme ne survécut guère à ses auteurs. Ce que Charlemagne n'avait pu obtenir par la diplomatie et les synodes, les missionnaires l'obtinrent par l'évangélisation : l'Espagne revint à la foi de Francfort, et l'erreur s'éteignit au début du IXe siècle.[55]

Les suites : du Moyen Âge aux débats des théologiens

Abélard au XIIe siècle : le néo-adoptianisme condamné en 1177

L'hérésie espagnole laissa peu de traces au Moyen Âge — et il est douteux que les erreurs christologiques d'Abélard, au XIIe siècle, en dérivent directement. Elles semblent plutôt la conséquence logique d'une fausse construction de l'union hypostatique : Abélard en vint à contester la vérité d'expressions comme le Christ est Dieu ou le Christ est homme. Comprenant l'union hypostatique comme une fusion des deux natures, divine et humaine — et pour éviter que cette fusion ne devînt confusion —, il réduisit la sainte humanité à l'habit extérieur et à l'instrument adventice du Verbe, niant la réalité substantielle de l'homme Jésus : le Christ en tant qu'homme n'est pas quelque chose de réel.[56]

Dans une telle théorie, l'homme Jésus ne pouvait évidemment pas être appelé vrai Fils de Dieu. Était-il fils adoptif ? Abélard, personnellement, repoussa toute parenté avec les adoptianistes — comme eux avaient repoussé toute filiation nestorienne. Mais ses disciples furent moins prudents : Luitolph défendit à Rome la proposition le Christ, en tant qu'homme, est fils naturel de l'homme et fils adoptif de Dieu, et Folmar, en Allemagne, poussa la thèse à l'extrême en refusant au Christ en tant qu'homme le droit à l'adoration.[57]

Le pape Alexandre III, par un rescrit de 1177, condamna ce néo-adoptianisme au moins dans ses principes : nous interdisons sous peine d'anathème qu'à l'avenir quiconque ose affirmer que le Christ en tant qu'homme n'est pas une réalité substantielle — car de même qu'Il est vraiment Dieu, Il est vraiment homme.[58]

Scot, Durand, Vasquez, Suarez : peut-on parler d'une seconde filiation ?

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Les formules Fils naturel de Dieu et fils adopté de Dieu furent soumises à une nouvelle analyse serrée par de grands théologiens : Duns Scot (vers 1300), Durand de Saint-Pourçain (vers 1320), Vasquez (1604) et Suarez (1617). Tous admettaient la doctrine de Francfort et confessaient que Jésus en tant qu'homme était Fils naturel, et non simplement adoptif, de Dieu. Mais outre cette filiation naturelle fondée sur l'union hypostatique, ils se demandaient s'il y avait place pour une seconde filiation, fondée sur la grâce — la grâce d'union (gratia unionis).[59]

Ils ne s'accordaient pas sur sa qualification : certains l'appelaient adoptive, par analogie avec notre adoption surnaturelle ; d'autres, craignant que le mot adoption ne fît de Jésus un étranger à Dieu, préféraient la dire naturelle. Aucune de ces théories ne contredit un dogme défini — et pourtant, puisque la filiation appartient à la personne, multiplier les filiations dans le Christ, c'est risquer de multiplier les personnes. Une seconde filiation naturelle n'est pas intelligible ; une seconde filiation adoptive n'évite pas assez la connotation condamnée par Francfort — car nous appelons adoptif celui qui est étranger à celui qui adopte.[60]

L'erreur commune de ces théories neuves — déjà commise par les vieux adoptianistes et par Abélard — est de supposer que la grâce d'union dans le Christ, n'étant pas moins féconde que la grâce habituelle dans l'homme, devrait avoir le même effet : la filiation. Elle n'est pas moins féconde — mais elle ne peut avoir en lui le même effet qu'en nous, car à lui il fut dit : Tu es mon Fils, et à nous : vous étiez loin.[61]

Ce que l'adoptianisme nous apprend aujourd'hui

L'adoptianisme est mort il y a douze siècles — mais sa tentation demeure, chaque fois qu'on sépare en Jésus l'homme de Dieu. Chaque fois qu'on fait du Christ-homme un simple sage inspiré, un prophète parmi d'autres, un homme que Dieu aurait recueilli, on rejoue Tolède. Et chaque fois qu'on répond avec l'Église — un seul Fils, vrai Dieu et vrai homme — on confesse Francfort.[62]

Pour le croyant, l'enjeu est intime : notre adoption filiale ne tient que si Jésus est Fils par nature jusque dans sa chair. C'est parce qu'il est vraiment le Fils que nous pouvons devenir, en lui, des fils. L'adoptianisme voulait exalter la grâce en faisant du Christ le premier des adoptés ; la foi répond que la grâce nous vient justement de ce qu'il ne l'est pas — il est le Fils, et c'est en son Fils unique que le Père nous adopte.[63]

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. » — Évangile selon saint Jean, 3, 16[64]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. J. F. Sollier, Catholic Encyclopedia (1913), « Adoptionism », vol. 1, pp. 150-151 (Wikisource) : l'adoptianisme affirme une double filiation dans le Christ — l'une par génération et nature, l'autre par adoption et grâce ; le Christ comme Dieu est Fils par nature, le Christ comme homme n'est Fils que par adoption ; l'homme Jésus est donc le fils adoptif, non naturel, de Dieu.

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  2. J. F. Sollier, Catholic Encyclopedia (1913), « Adoptionism », vol. 1, p. 150 (Wikisource) : ce que Charlemagne ne put obtenir par la diplomatie et les synodes — Narbonne, Ratisbonne (792), Francfort (794), Aix-la-Chapelle (799) — il l'obtint par les missionnaires et les savants. La date de 791 est retenue ici pour l'examen de Narbonne d'après la Cyclopedia of Biblical, Theological and Ecclesiastical Literature (McClintock & Strong), art. « Adoptianists or Adoptivi » : l'erreur y fut portée en 791, Félix présent mais non condamné, Ratisbonne suivant « l'année suivante » (792), puis Francfort (794) et Urgel (799) — d'où la liste en cinq étapes. Le synode de Narbonne de 788 était un synode provincial distinct, auquel Félix assista et dont il signa les actes (J. C. Cavadini, The Last Christology of the West, 1993, pp. 71-72) ; la Catholic Encyclopedia écrit « Narbonne, 788 » dans sa liste.

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  3. J. F. Sollier, ibid. : puisque la filiation est un attribut de la personne et non de la nature, poser deux fils, c'est poser deux personnes dans le Christ — l'erreur même du nestorianisme.

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  4. J. F. Sollier, ibid. : les arguments dialectiques de Félix perdent tout sens dès qu'on comprend, avec saint Thomas d'Aquin (Somme théologique, IIIa, q. 23), que la filiation appartient proprement à la personne ; le Christ, Fils de Dieu par génération éternelle, reste Fils de Dieu après que le Verbe a assumé la sainte humanité.

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  5. Alcuin d'York, Contre Félix d'Urgel, livre I, ch. 11 : « Sicut Nestoriana impietas in duas Christum dividit personas propter duas naturas ; ita et vestra indocta temeritas in duos eum dividit filios, unum proprium, alterum adoptivum » — latin cité par Ph. Schaff, History of the Christian Church, vol. IV (Mediaeval Christianity, A.D. 590-1073), n. 668 (ccel.org) ; la Catholic Encyclopedia indique livre I, PL 101, col. 136 (J. F. Sollier, « Adoptionism », CE vol. 1, p. 151, via Wikisource). Le français ci-dessus est la traduction Ignispedia de ce latin (proprium = propre, non « naturel »).

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  6. Évangile selon saint Jean, 14, 28 : « Le Père est plus grand que moi » — texte déjà expliqué au temps de la controverse arienne (réponse à l'objection de l'infériorité), via J. F. Sollier, ibid.

    8
  7. Saint Paul, Épître aux Romains, 8, 29 : le Christ premier-né d'une multitude de frères — texte qui vise notre adoption, non celle de Jésus, via J. F. Sollier, ibid.

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  8. J. F. Sollier, ibid. : Félix citait d'innombrables textes scripturaires à l'appui de sa théorie.

    10
  9. J. F. Sollier, ibid. : le Christ n'est nulle part dans la Bible appelé le Fils adopté de Dieu ; bien plus, la Sainte Écriture attribue à l'homme Jésus tous les prédicats qui appartiennent au Fils éternel (cf. Jn 1, 18 ; Jn 3, 16 ; Rm 8, 32).

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  10. Saint Paul, Épître aux Romains, 8, 32.

    12
  11. Évangile selon saint Jean, 1, 18.

    13
  12. J. F. Sollier, Catholic Encyclopedia (1913), « Adoptionism », vol. 1, p. 150 (Wikisource) : dans la littérature patristique et la liturgie mozarabe, Félix trouvait des expressions comme adoptio, homo adoptivus et le grec υἱὸς θετός (« fils adopté »), censément appliquées à l'Incarnation.

    14
  13. J. F. Sollier, Catholic Encyclopedia (1913), « Adoptionism », vol. 1, p. 151 (Wikisource) : l'expression adopter, adoptio employée par certains Pères a pour objet la sainte humanité, non la personne du Christ ; c'est la nature humaine, non le Christ, qui est dite adoptée — c'est-à-dire assumée — par le Verbe ; l'expression concrète du missel mozarabe (homo adoptatus) ou de certains Pères grecs ou bien ne s'applique pas au Christ, ou bien relève de l'usage ancien du concret pour l'abstrait.

    15
  14. J. F. Sollier, ibid. : les trois arguments dialectiques de Félix — génération temporelle, infériorité au Père, relation à toute la Trinité — et la remarque que la relation resterait inchangée si le Père ou l'Esprit s'étaient incarnés au lieu du Fils.

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  15. J. F. Sollier, ibid. : telle est la théorie soutenue vers la fin du VIIIe siècle par Élipand, archevêque de Tolède, alors sous domination musulmane, et par Félix, évêque d'Urgel, alors sous domination franque.

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  16. J. F. Sollier, ibid. : l'adoptianisme naquit dans la partie de l'Espagne où dominait l'islam et où une colonie nestorienne avait trouvé refuge depuis des années ; l'influence combinée de l'islam et du nestorianisme avait émoussé le sens catholique du vieil Élipand ; la domination islamique réduisait pratiquement à néant le contrôle de Rome sur la plus grande partie de l'Espagne.

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  17. J. F. Sollier, ibid. : vint un certain Migetius, prêchant une doctrine relâchée et soutenant entre autres erreurs que la seconde Personne de la Trinité n'existait pas avant l'Incarnation ; pour mieux réfuter cette erreur, Élipand traça une ligne dure entre Jésus-Dieu (Fils naturel) et Jésus-homme (fils adoptif).

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  18. Encyclopaedia Britannica (1911), « Beatus » : confesseur de la reine Adosinda, femme du roi Silo des Asturies (774-783), maître d'Alcuin et d'Éthère d'Osma ; il prit une part éminente à la controverse adoptianiste et écrivit contre les vues de Félix d'Urgel soutenues par Élipand de Tolède.

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  19. J. F. Sollier, ibid. : pour maintenir sa position, Élipand enrôla habilement la coopération de Félix d'Urgel, connu pour sa science et son esprit versatile ; Félix entra légèrement dans la lutte, puis s'y révéla un solide allié — Élipand mettait une volonté indomptable au service de l'adoptianisme, Félix y ajoutait sa science.

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  20. J. F. Sollier, ibid. : la réaffirmation du nestorianisme souleva une tempête de protestations catholiques, conduites par Béatus, abbé de Liébana, et Éthère, évêque d'Osma.

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  21. J. F. Sollier, ibid. : Félix devint même le chef du mouvement nouveau, appelé par les contemporains l'Hæresis Feliciana.

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  22. J. F. Sollier, ibid. : Élipand à Tolède sous domination musulmane, Félix à Urgel sous domination franque — d'où la possibilité pour Charlemagne et les évêques du Nord de saisir l'hérésie par Félix.

    28
  23. Épître aux Hébreux, 1, 5 : « Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, Je T'ai engendré » — texte opposé par J. F. Sollier, ibid., à la thèse d'une filiation adoptive du Christ.

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  24. Saint Paul, Épître aux Éphésiens, 2, 13 : « Vous étiez loin » — à nous il est dit que nous étions loin, à lui qu'il est Fils, via J. F. Sollier, ibid.

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  25. Évangile selon saint Jean, 1, 14 : « Et le Verbe s'est fait chair. »

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  26. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 464-469 (vatican.va) : l'unique personne du Verbe, vrai Dieu et vrai homme.

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  27. J. F. Sollier, ibid. : si l'enfant du nestorianisme domina l'Espagne près de deux décennies et fit même une incursion dans le midi de la France, la vraie cause en est dans la domination islamique — qui réduisait à néant le contrôle de Rome — et dans l'attitude trop conciliante de Charlemagne, qui malgré sa loyauté sans réserve à la foi romaine pouvait difficilement s'aliéner des provinces si chèrement acquises.

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  28. J. F. Sollier, ibid. : décrets du concile de Francfort (794) — convoqué par Charlemagne, il est vrai, mais en pleine puissance apostolique et présidé par le légat de Rome, donc synodus universalis selon l'expression des chroniqueurs contemporains.

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  29. Catholic Encyclopedia, « Council of Frankfort » : réuni à l'été 794 par la grâce de Dieu, l'autorité du pape et le commandement de Charlemagne (can. 1), avec les évêques du royaume franc, d'Italie, d'Aquitaine et même des ecclésiastiques d'Angleterre.

    43
  30. J. F. Sollier, ibid. : la condamnation officielle de l'adoptianisme se trouve (1) dans les deux lettres du pape Hadrien — l'une aux évêques d'Espagne (785), l'autre à Charlemagne (794) — et (2) dans les décrets du concile de Francfort (794) ; ces documents affirment fortement la filiation divine naturelle de Jésus jusque comme homme, et rejettent comme hérétique sa filiation adoptive, du moins en tant qu'elle exclut la naturelle.

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  31. English Wikipedia, « Spanish Adoptionism » : le concile de Francfort commanda trois pièces — la Lettre des évêques du Franc aux évêques d'Espagne (rédigée par Alcuin), le Liber sacrosyllabus de Paulin d'Aquilée et la Lettre de Charlemagne à Élipand.

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  32. J. F. Sollier, ibid. : les traités d'Alcuin — Contre Élipand de Tolède et Contre Félix d'Urgel — resteront à jamais l'honneur de la science chrétienne.

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  33. J. F. Sollier, ibid. : saint Benoît d'Aniane annonçait dès 800 la conversion de 20 000 clercs et laïcs.

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  34. Encyclopaedia Britannica (1911), « Adoptianism » : à Ratisbonne (792) puis à Francfort — où Alcuin d'York prit part au synode tandis que ni Félix ni ses partisans ne comparurent —, avec l'envoi de plusieurs commissions de clercs en Espagne pour extirper l'hérésie.

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  35. Encyclopaedia Britannica (1911), « Adoptianism » : l'archevêque Leidrad de Lyon persuada Félix de comparaître devant un synode à Aix-la-Chapelle en 799 ; là, après six jours de dispute avec Alcuin, il rétracta de nouveau son hérésie.

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  36. J. F. Sollier, ibid. : Félix, après bien des rétractations peu sincères, fut placé sous la surveillance de Leidrad de Lyon et donna tous les signes d'une conversion sincère ; sa mort aurait passé pour celle d'un repenti si Agobard, successeur de Leidrad, n'avait trouvé parmi ses papiers une rétractation formelle de toutes ses rétractations antérieures.

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  37. English Wikipedia, « Felix (bishop of Urgell) » : condamné à Francfort en 794, exilé d'Urgel, mort à Lyon en 818.

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  38. J. F. Sollier, ibid. : des deux hérésiarques, Élipand mourut dans son erreur.

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  39. J. F. Sollier, ibid. : l'adoptianisme ne survécut guère à ses auteurs.

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  40. J. F. Sollier, ibid. : les erreurs christologiques d'Abélard semblent plutôt la conséquence d'une fausse construction de l'union hypostatique — comprise comme fusion des deux natures —, réduisant la sainte humanité à l'habit extérieur et à l'instrument adventice du Verbe : Christus ut homo non est aliquid sed dici potest alicuius modi.

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  41. J. F. Sollier, ibid. : Luitolph défendit à Rome la proposition le Christ, en tant qu'homme, est fils naturel de l'homme et fils adoptif de Dieu, et Folmar, en Allemagne, poussa la thèse jusqu'à refuser au Christ en tant qu'homme le droit à l'adoration.

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  42. J. F. Sollier, ibid. : le néo-adoptianisme d'Abélard fut condamné, au moins dans ses principes, par Alexandre III dans un rescrit de 1177 — nous interdisons sous peine d'anathème qu'à l'avenir quiconque ose affirmer que le Christ en tant qu'homme n'est pas une réalité substantielle, car de même qu'Il est vraiment Dieu, Il est vraiment homme.

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  43. J. F. Sollier, ibid. : Duns Scot (1300), Durand de Saint-Pourçain (1320), Vasquez (1604), Suarez (1617) admettaient la doctrine de Francfort — Jésus en tant qu'homme Fils naturel, non simplement adoptif — mais s'interrogeaient sur une seconde filiation fondée sur la grâce d'union (gratia unionis).

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  44. J. F. Sollier, ibid. : une seconde filiation naturelle n'est pas intelligible ; une seconde filiation adoptive n'évite pas assez la connotation de l'adoption définie par Francfort — nous appelons adoptif celui qui est étranger à celui qui adopte.

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  45. J. F. Sollier, ibid. : la grâce d'union n'est pas moins féconde que la grâce habituelle, mais elle ne peut avoir en lui le même effet qu'en nous — car à lui il fut dit Tu es mon Fils, et à nous vous étiez loin.

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  46. J. F. Sollier, ibid., conclusion doctrinale reprise ici : la réfutation de l'adoptianisme repose tout entière sur l'intelligence de l'union hypostatique.

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  47. Évangile selon saint Jean, 3, 16.

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