Le marcionisme

Marcion de Sinope rompt avec Rome en 144 : deux dieux, un Évangile amputé, dix épîtres de Paul. L'Église répond par Justin, Irénée et Tertullien : un seul Dieu, Créateur et Sauveur.

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Le marcionisme est l'hérésie fondée à Rome en 144 par Marcion de Sinope : il faut, disait-il, couper le christianisme de ses racines juives. L'Ancien Testament serait l'œuvre d'un dieu inférieur et sévère, le Démiurge juste, étranger au Dieu bon révélé par Jésus-Christ. Marcion donna à sa contre-Église un canon fermé inédit — un seul Évangile amputé et dix épîtres de Paul — et une discipline rigoriste qui interdit le mariage aux baptisés.

Ce ne fut pas une école confidentielle : dotée d'évêques, d'églises et de martyrs, la secte essaima de Rome à la Perse et survécut plus de trois siècles en Orient. L'Église y vit son adversaire le plus redoutable des premiers temps : saint Justin, saint Irénée, Tertullien, Hippolyte puis Épiphane lui répondirent, et c'est largement face à Marcion que les chrétiens précisèrent l'unité des deux Testaments et la liste des livres reçus comme Écriture.

Cet article suppose connus les dossiers voisins, auxquels il renvoie sans les redoubler : Les hérésies des premiers siècles pour le panorama, le Gnosticisme pour la famille spirituelle dont Marcion se distingue, le docétisme pour sa christologie sans chair véritable, et le manichéisme pour le dualisme plus conséquent qui l'absorbera.

Marcion de Sinope : du navire à la rupture

Sinope, la mer et l'argent

Le port de Sinope en 2012, vue contemporaine. Photo : Alex_spichak, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, sans modification.

Marcion naît à Sinope, port du Pont sur la mer Noire, dans les premières décennies du IIe siècle.[1] Il est fils de l'évêque de la ville — un père évêque qui l'excommuniera, détail que les sources anciennes soulignent avec insistance.[2] Deux témoins proches de son époque, Rhodon et Tertullien, le décrivent comme nautes, nauclerus : un armateur, un homme de mer et de négoce, donc riche, mobile, habitué à commander.[3]

Sur sa jeunesse court un récit sulfureux, rapporté par saint Épiphane au IVe siècle : Marcion aurait affiché une ascèse provocante, puis serait tombé dans le péché avec une jeune fille ; son père l'aurait chassé de l'Église, refusant obstinément de l'admettre à la pénitence malgré ses supplications, et Marcion, devenu la risée de ses concitoyens, aurait quitté Sinope en secret pour Rome.[4] Beaucoup d'historiens modernes, depuis G. Krüger, rejettent ce récit comme une médisance dont Épiphane était coutumier ; d'autres y lisent une métaphore — la « jeune fiancée » violée serait l'Église, jeune épouse du Christ, déshonorée par l'hérésie sous couvert d'austérité.[5] Aucun écrivain ecclésiastique antérieur n'accuse Marcion d'impureté, et son austérité personnelle semble un fait reconnu.[6] L'article retient donc la leçon de méthode : sur ce point, les sources se contredisent et l'honnêteté commande de le dire.

Un indice solide, en revanche, éclaire son rang : tout indique que Marcion n'arriva pas à Rome en simple fidèle, mais en évêque — probablement auxiliaire ou suffragant de son père à Sinope.[7] Un laïc n'aurait pas disputé de l'Écriture avec les prêtres romains, ni lancé la menace restée célèbre — « je diviserai votre Église, et cette division durera toujours » — ni fondé une institution mondiale de structure épiscopale dont les disciples se réclamèrent pendant des siècles comme de leur « premier évêque », sans qu'aucun adversaire, malgré tant d'ouvrages de réfutation, conteste ce titre.[8]

Rome, 140-144 : de la donation à l'excommunication

Marcion arrive à Rome vers 140, après la mort du pape Hygin, siège vacant, avant l'avènement de Pie Ier.[9] Selon Épiphane, il demande son admission dans l'Église romaine et se voit refuser : on ne peut recevoir sans l'avis de son évêque un homme que son propre évêque a expulsé.[10] L'objection paraît invraisemblable — la grande Église de Rome s'avouant incompétente devant un évêque du Pont ! — mais elle devient naturelle si l'on se souvient que Rome est alors sans évêque et que ce sont des prêtres qui répondent, et surtout que Marcion est lui-même évêque, tenu de présenter une confession de foi, comme Tertullien l'atteste à trois reprises.[11] Déçu, dit-on, de ne pas être fait évêque de la ville vacante, le Pontin patiente — et paie : il offre à la communauté romaine la somme énorme de deux cent mille sesterces, don rapporté par Tertullien.[12] La somme lui sera rendue après la rupture, ce qui suggère un don à condition tacite plutôt qu'une pure charité.[13]

À Rome, Marcion fait cause commune avec Cerdon, un gnostique syrien arrivé sous Hygin, qui enseignait déjà que le Dieu annoncé par la Loi et les Prophètes n'est pas le Père de Jésus-Christ.[14] Que Marcion ait véritablement dérivé sa doctrine de Cerdon semble toutefois improbable : il a sa propre thèse, plus simple et plus tranchante que toutes les spéculations gnostiques.[15]

La rupture finale éclate à l'automne 144 : les marcionites eux-mêmes comptaient 115 ans et 6 mois entre le Christ et la naissance de leur secte, et Tertullien parle en gros d'une centaine d'années et plus.[16] Marcion quitte l'Église avec ses partisans, récupère son argent, et fonde sa contre-Église.

Après 144 : une contre-Église en expansion

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L'expansion est foudroyante. Vers 150, saint Justin, dans sa Première Apologie, décrit déjà l'hérésie de Marcion comme répandue partout.[17] Quelques années à peine après la rupture : plusieurs historiens jugent ce délai trop court pour un tel succès et supposent que Marcion avait déjà propagé ses idées en Asie Mineure avant Rome — la Chronique d'Édesse plaçant le début du marcionisme en 138, et Clément d'Alexandrie faisant de lui l'aîné de Basilide et de Valentin, ce qui en ferait un homme déjà mûr à son arrivée à Rome.[18]

Le succès se mesure aux rencontres : saint Polycarpe, lors de son séjour à Rome sous le pape Anicet (traditionnellement daté vers 154), croise Marcion, qui lui demande : « Me reconnais-tu ? » — et le vieil évêque de Smyrne, disciple de Jean, répond : « Je te reconnais pour le premier-né de Satan. »[19] Saint Irénée, qui rapporte la scène, situe la pleine puissance de Marcion sous le pape Anicet (vers 155-166) : invaluit sub Aniceto.[20]

« Je te reconnais pour le premier-né de Satan. » — Saint Polycarpe de Smyrne à Marcion, lors de son séjour à Rome sous Anicet (traditionnellement daté vers 154), rapporté par saint Irénée[21]

La date exacte de la mort de Marcion est inconnue.[22] Tertullien raconte que le vieil hérétique aurait fait pénitence et accepté comme condition de sa réadmission de ramener à l'Église ceux qu'il avait égarés — mais que la mort l'en empêcha.[23] Récit de conversion in extremis ou pieuse légende des controversistes ? Les sources ne permettent pas de trancher, et l'article ne tranchera pas.

Deux dieux au lieu d'un seul

Il faut distinguer la doctrine de Marcion lui-même de celle de ses disciples, qui dérivèrent vite vers la gnose ordinaire.[24] Marcion, lui, n'était pas un rêveur gnostique : les questions abstraites — origine du mal, émanations, éons, syzygies, principes éternellement opposés du bien et du mal — l'intéressaient peu.[25] Son unique passion était pratique et, à ses yeux, purificatrice : délivrer le christianisme de toute attache avec le judaïsme, livrer un Nouveau Testament pur et simple, sans Ancien.[26] L'Ancien Testament scandalisait les fidèles et rebutait les païens cultivés par sa crudité et sa cruauté apparentes : il fallait l'écarter.[27] Deux obstacles se dressaient ; Marcion les fit sauter à coups de mesures drastiques.

Le Dieu juste et le Dieu bon

Premier obstacle : rendre compte de l'existence même de l'Ancien Testament. Marcion postule un dieu second, un démiurge : dieu en un sens, mais non le Dieu suprême.[28] Il est juste, rigidement juste, il a ses bonnes qualités — mais il n'est pas le Dieu bon, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ.[29] Le rapport métaphysique entre ces deux dieux trouble peu Marcion : il n'atteint pas la cohérence absolue du manichéisme, qui viendra cent ans plus tard.[30]

Saint Justin, premier descripteur de la doctrine (vers 150), résume : avec l'aide du démon, Marcion blasphème en refusant de reconnaître le Créateur pour Dieu ; il reconnaît un autre dieu, essentiellement plus grand, auteur d'œuvres plus grandes que celles du fabricateur du monde.[31] Le Dieu suprême est bon (agathos), tout amour ; le dieu inférieur cède à de farouches colères.[32] Inférieur au Dieu bon, le dieu juste garde pourtant sa sphère d'activité indépendante : les deux ne s'opposent pas comme Ormuzd et Ahriman, car le Dieu bon, seul tout-sage et tout-puissant, intervient en faveur des hommes et aime la miséricorde plus que le châtiment.[33] Tous les hommes sont créés par le Démiurge, mais celui-ci s'est élu pour sien le peuple juif et s'est fait ainsi dieu des Juifs.[34]

Le Dieu juste (le Démiurge)Le Dieu bon (le Père du Christ)
IdentitéLe Créateur, dieu de l'Ancien TestamentLe Dieu inconnu, révélé par le Christ
CaractèreJuste, rigide, colériqueBon, tout amour, miséricordieux
Rapport aux hommesA élu les seuls JuifsAime tous les hommes
Messie attenduUn messie juif, encore à venir, fondateur d'un royaume terrestre millénaireLe Christ, sans rapport avec ce messie
Sort des pécheursLes jette dans le feu éternelNe punit pas : les abandonne au Démiurge
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L'horizon théologique de Marcion se limite à la Bible : sa lutte avec l'Église semble une bataille de textes, rien de plus.[35] L'Ancien Testament est assez vrai ; Moïse et les Prophètes sont les messagers du Démiurge ; le messie juif viendra sûrement fonder sur terre un royaume millénaire pour les Juifs — mais ce messie n'a rien à voir avec le Christ de Dieu.[36] Le Dieu bon, invisible, indicible (aoratos, akatanomastos, agathos theos), inconnu jusque-là du créateur comme de ses créatures, s'est révélé dans le Christ.[37] Dans quelle mesure Marcion admettait une Trinité de personnes dans la divinité suprême, on l'ignore ; le Christ est bien le Fils de Dieu, mais il est aussi simplement « Dieu », sans autre qualification.[38]

Un Christ descendu sans naître

Second obstacle : les passages du Nouveau Testament qui cautionnent l'Ancien. Marcion les retranche résolument : il se fabrique son propre Nouveau Testament.[39] Et sa christologie suit : le Christ de Marcion est Dieu manifesté, non Dieu incarné — la christologie des Docètes, exposée pour elle-même dans l'article sur le docétisme.[40]

Son Évangile s'ouvrait sur ces mots stupéfiants : « En la quinzième année de l'empereur Tibère, Dieu descendit à Capharnaüm et y enseignait les sabbats. »[41] Pas de Nativité, pas d'enfance, pas de généalogie davidique : le Sauveur apparaît adulte, deus ex machina, et Tertullien s'en moque cruellement : « Soudain un Fils, soudain envoyé, soudain Christ ! »[42] Manipulation audacieuse du texte évangélique — et, remarquent les historiens catholiques, splendide témoignage que dans les milieux chrétiens de la première moitié du IIe siècle, la divinité du Christ était déjà tenue comme une doctrine centrale.[43]

Marcion n'admet aucune prophétie de la venue du Christ : les prophètes juifs n'ont annoncé qu'un messie juif, qui n'est pas encore paru.[44] Pour illustrer un Christ sans vrai corps, il invoquait les trois anges qui mangèrent, marchèrent et conversèrent avec Abraham sans corps humain réel : telle aurait été, disait-il, la vie du Christ.[45] Tertullien rapporte même que, lorsque Apelles et des transfuges commencèrent à attribuer au Christ un corps réel — non par naissance, mais ramassé dans les éléments astraux — Marcion aurait préféré accepter jusqu'à une naissance putative plutôt qu'un corps réel ; on ignore si c'est une moquerie de Tertullien ou un vrai fléchissement du vieillard.[46]

Chair méprisée, mariage interdit

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La matière et la chair ne sont pas pour Marcion essentiellement mauvaises, mais ce sont des choses méprisables, simple production du Démiurge : inconcevable que Dieu se les soit vraiment appropriées.[47] Toute la vie terrestre du Christ fait contraste avec la conduite du Démiurge, et Marcion mettait en scène ces contrastes avec habileté : le Démiurge envoie des ours dévorer des enfants pour une moquerie puérile — le Christ fait venir à lui les petits enfants, les caresse et les bénit ; le Démiurge déclare les lépreux impurs et les bannit — le Christ les touche et les guérit.[48] La Passion et la mort putatives du Christ seraient l'œuvre du Démiurge qui, pour se venger de l'abolition de la Loi juive, l'aurait livré aux enfers ; mais jusque dans les enfers le Christ triomphe en prêchant aux esprits des limbes, et par sa Résurrection il fonde le vrai Royaume du Dieu bon.[49]

Épiphane ajoute que des marcionites du IVe siècle croyaient que le Christ aux limbes avait sauvé Caïn, Coré, Dathan et Abiron, Ésaü et les païens, tout en laissant damnés tous les saints de l'Ancien Testament — doctrine possible de certains marcionites tardifs, mais non de Marcion lui-même, qui n'avait aucune tendance antinomiste.[50] Logiquement, Marcion niait la résurrection du corps — « la chair et le sang n'hériteront pas du Royaume de Dieu » — et niait le second avènement du Christ pour juger les vivants et les morts : le Dieu bon, tout bonté, ne punit pas ceux qui le rejettent ; il les laisse simplement au Démiurge, qui les jettera dans le feu éternel.[51]

La discipline suit la doctrine. Point principal : le rejet du mariage — on ne baptisait que ceux qui ne vivaient pas dans le mariage : vierges, veuves, célibataires et eunuques ; tous les autres restaient catéchumènes.[52] En revanche, l'absence de séparation entre catéchumènes et baptisés dans le culte marcionite choquait les orthodoxes ; Marcion la défendait par l'Épître aux Galates (6, 6).[53] Pour le reste, il gardait les pratiques reçues — eau du baptême, onction d'huile, lait et miel aux catéchumènes — quand bien même Tertullien raille ces « misérables éléments du Créateur ».[54] Les marcionites devaient être des jeûneurs excessifs pour provoquer les moqueries de Tertullien jusque dans sa période montaniste ; Épiphane note leur jeûne du samedi, par opposition au Dieu juif qui fit du sabbat un jour de joie — peut-être simple coutume occidentale adoptée par eux.[55]

Ce que Marcion n'était pas

Ni rêveur gnostique, ni manichéen conséquent, ni simple docète parmi d'autres : Marcion occupe une place à part, qu'il faut marquer pour ne pas confondre les dossiers. La gnose proprement dite — émanations, éons, mythes du salut par la connaissance réservée — fait l'objet de l'article sur le Gnosticisme : Marcion n'en retient presque rien et ne s'intéresse qu'aux textes. Le refus de la vraie chair du Christ, lui, est traité pour lui-même dans l'article sur le docétisme : Marcion en est l'un des visages, celui qui fait descendre à Capharnaüm un Dieu sans enfance. Et le dualisme absolu de deux principes coéternels du bien et du mal appartient au manichéisme de Mani, un siècle plus tard : les disciples de Marcion y glissèrent, Marcion lui-même n'y parvint jamais tout à fait.[56]

Le premier canon fermé de l'histoire chrétienne

L'Évangile amputé

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Pour rendre le contraste parfait entre les deux Testaments, Marcion dut omettre une grande partie des écrits du Nouveau Testament et manipuler le reste.[57] Il ne retint qu'un seul Évangile sur quatre : notre Évangile selon saint Luc, amputé de ses deux premiers chapitres — adieu l'Annonciation, la Nativité, la Présentation au Temple et l'enfant de douze ans parmi les docteurs — et expurgé de tout ce qui sentait le judaïsme.[58]

Le texte marcionite a été patiemment restitué par les érudits, notamment Theodor Zahn à partir de toutes les sources disponibles — au premier rang saint Épiphane, qui avait colligé 78 passages de l'Évangile de Marcion pour les réfuter un par un.[59] Les retouches consistent surtout en omissions ; les modifications de texte sont légères mais significatives : « Je te bénis, Père, Dieu du ciel et de la terre » devient « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel » — le mot « Dieu » du Créateur est effacé ; « insensés et lents à croire tout ce qu'ont dit les prophètes » devient « tout ce que je vous ai dit » — les prophètes sont effacés.[60] Parfois de légères additions militantes : l'accusation des Juifs devant Pilate — « Nous avons trouvé cet homme pervertissant notre nation » — reçoit le renfort : « et détruisant la Loi et les Prophètes ».[61] Et les catholiques ne cessaient de presser Marcion jusque sur les textes qu'il avait conservés, d'où un besoin continuel de retouches nouvelles.[62]

L'Apôtre expurgé : dix épîtres de Paul

Au second livre de son canon, l'Apostolikon, Marcion n'admet que dix épîtres de saint Paul.[63] Le manteau de Paul est tombé sur ses épaules : dans sa lutte contre les judaïsants, les catholiques de son temps ne sont à ses yeux que les judaïsants du siècle précédent, et il insinue sans l'écrire ouvertement que les colonnes elles-mêmes — Pierre, Jacques et Jean — ont trahi leur mandat, aimant parler de « faux apôtres » en laissant deviner qui il vise.[64]

LivreDans le canon marcionite ?Remarque
Évangile selon saint Luc (sans Lc 1-2)Oui, seul ÉvangileExpurgé de tout ce qui rattache le Christ à Israël
Galates (en tête)OuiLa charte du marcionisme : Paul contre les judaïsants
1 et 2 CorinthiensOui
RomainsOui
1 et 2 ThessaloniciensOui
Éphésiens (dite « aux Laodicéens »)OuiD'où, en Éphésiens 3, 9, l'omission d'une préposition qui fait lire : le mystère « caché au Dieu » créateur[65]
Colossiens, Philippiens, PhilémonOui
Épîtres pastorales (Timothée, Tite)Non, rejetéesTrop ecclésiales, trop enracinées
Hébreux, Actes, Apocalypse, épîtres catholiquesNon, rejetées
Tout l'Ancien TestamentNon, rejeté en blocŒuvre du Démiurge

Le choix n'est pas arbitraire : les Pastorales organisent une Église d'évêques et de diacres enracinée dans la continuité, les Actes racontent la concorde des apôtres avec Pierre, l'Apocalypse et l'Hébreux respirent l'Ancien Testament à chaque ligne. Tout ce qui contredit le système disparaît. Relevons au passage un indice de l'ancienneté du dossier paulinien : Dominique de Bruyne a montré en 1907 que les courts prologues des épîtres de Paul, jadis attribués à Pélage, proviennent en réalité d'une Bible marcionite, complétée ensuite de sommaires catholiques pour les épîtres manquantes.[66]

Les Antithèses : la méthode des contrastes

La doctrine cardinale — l'opposition de l'Ancien au Nouveau — avait été amplement illustrée par Marcion dans son grand ouvrage perdu, les Antithèses, les « Contrastes ».[67] Le titre venait sans doute de saint Paul lui-même : « évite les antithèses de la science faussement nommée » (1 Timothée 6, 20).[68] La méthode est redoutable de simplicité : aligner face à face un trait du Dieu de l'Ancien Testament et un trait du Christ, et laisser le lecteur conclure à deux dieux.

L'Ancien Testament (le Dieu juste)Le Christ (le Dieu bon)
Le Dieu d'Élisée envoie deux ours dévorer quarante-deux enfants pour une moquerie[69]Le Christ fait venir à lui les petits enfants et les bénit[70]
La Loi déclare le lépreux impur et le bannit hors du camp[71]Le Christ touche le lépreux et le guérit[72]
Œil pour œil, dent pour dent[73]Tends l'autre joue, aimez vos ennemis[74]
Le sabbat chômé sous peine de mort[75]Le Fils de l'homme est maître du sabbat[76]

Le procédé séduit parce qu'il a l'air honnête : des textes, rien que des textes. C'est précisément là que la réponse catholique frappera — en montrant que les textes, lus en entier, disent l'unité.

Pourquoi l'Église a répondu non

Un seul Dieu, Créateur et Sauveur

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Dès le milieu du IIe siècle, la riposte tient en une phrase, transmise par saint Justin dans son Syntagma contre Marcion — ouvrage perdu, cité par saint Irénée — et qui claque comme un serment :

« Je n'aurais pas cru le Seigneur lui-même, s'il en avait annoncé un autre que le Créateur. » — Saint Justin, Syntagma contre Marcion, cité par saint Irénée[77]

Saint Irénée, qui avait projeté un ouvrage spécial contre Marcion sans jamais l'exécuter, ne cesse pourtant d'y revenir dans son grand Contre les hérésies : un seul Dieu, qui a tout fait par son Verbe, et dont les « deux mains » — le Fils et l'Esprit — façonnent l'homme et le sauvent.[78] Et Tertullien, dans son Contre Marcion en cinq livres (vers 207-208), démonte le ressort du système : un Dieu bon resté inconnu pendant des siècles, qui laisse le Démiurge égarer l'humanité sans intervenir, puis rachète au prix fort des créatures qui ne sont pas les siennes — quelle bonté, quelle sagesse, quelle puissance ?[79] Si le monde est mauvais, pourquoi le Dieu bon veut-il sauver une chair qu'il n'a pas faite ; et s'il la sauve, c'est donc qu'elle est bonne et que son Auteur est bon.[80]

L'Ancien Testament annonce le Christ au lieu de le contredire

Face aux Antithèses, l'Église ne jette pas l'Ancien Testament : elle montre qu'il prépare le Nouveau. Le Christ lui-même l'avait dit : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »[81] Saint Paul décrit Israël comme l'olivier franc sur lequel les païens, olivier sauvage, ont été greffés : couper la racine, c'est faire mourir la greffe.[82]

« Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et dans le Nouveau l'Ancien est dévoilé. » — Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, II, 73, cité par le Catéchisme[83]

Le Catéchisme de l'Église catholique a fixé la doctrine : l'Ancien Testament est une partie inaliénable de l'Écriture, ses livres divinement inspirés gardent une valeur permanente, et toute son économie n'avait pour but que de préparer l'avènement du Christ ; chrétiens et juifs vénèrent le même Dieu, et l'Église lit l'Ancien Testament à la lumière du Christ sans en annuler la lettre.[84] Le concile Vatican II (constitution Dei Verbum) enseigne de même l'unité des deux Testaments, voulus par un seul Dieu auteur de l'un et de l'autre.[85] Les ours d'Élisée et les lépreux du Lévitique cessent alors d'être des pièces à charge : replacés dans la pédagogie divine — un peuple rude éduqué pas à pas vers la miséricorde — ils deviennent les ombres dont le Christ est la lumière.[86]

La chair assumée, donc la chair sauvée

Sur la christologie, la réponse tient dans l'axiome que saint Grégoire de Nazianze formulera un siècle plus tard et que toute la tradition reprendra : ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri. Un Christ sans naissance, sans chair et sans vraie mort ne sauve ni nos naissances, ni nos corps, ni nos morts.[87] Saint Irénée l'avait déjà dit à sa manière — il faut que Dieu ait vraiment pris l'homme pour que l'homme vive vraiment de Dieu :

« La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, IV, 20, 7[88]

Tertullien, dans son De la chair du Christ, pousse le paradoxe jusqu'au cri qui résume toute la foi antique face aux Doctor subtils :

« Le Fils de Dieu a été crucifié : je n'en rougis pas, parce que c'est honteux ; le Fils de Dieu est mort : c'est croyable, parce que c'est insensé ; enseveli, il est ressuscité : c'est certain, parce que c'est impossible. » — Tertullien, De la chair du Christ, 5[89]

Le développement complet de cette réfutation — Écriture, Ignace d'Antioche, Irénée, conciles — appartient à l'article sur le docétisme, auquel le lecteur est renvoyé : Marcion n'est ici qu'un cas d'école du refus de la chair.

Face à Marcion, le canon se précise

Marcion a-t-il « inventé » le canon du Nouveau Testament en obligeant l'Église à se doter du sien ? La formule, souvent répétée, est à moitié vraie. D'un côté, les Églises lisaient déjà, bien avant 144, les « mémoires des apôtres » et les lettres de Paul comme Écriture — Justin en témoigne vers 150.[90] De l'autre, le défi marcionite força à nommer et à clore : dire quels livres sont reçus, et pourquoi les autres ne le sont pas.

Deux chantiers érudits illustrent cet effet. Des savants comme Kattenbusch puis McGiffert ont soutenu que le Symbole des apôtres, tel que l'Église romaine le formula, fut dessiné en opposition directe au marcionisme — chaque article répondant à une négation de Marcion : un Dieu Père tout-puissant créateur, un Christ né, souffert, crucifié, ressuscité, la résurrection de la chair.[91] L'hypothèse reste débattue, mais elle dit l'essentiel : face à Marcion, la foi dut s'énoncer article par article. Autre indice, plus matériel : la liste romaine dite Fragment de Muratori, dont la datation — fin du IIe siècle ou IVe siècle — divise toujours les spécialistes, est souvent invoquée dans ce débat ; l'article la signale sans trancher une question que les érudits n'ont pas tranchée.[92] Ce qui est certain, c'est que l'Église ne répondit pas à un canon amputé par un canon improvisé, mais par la reconnaissance solennelle de ce qu'elle lisait déjà comme Parole de Dieu.

Une contre-Église qui dura trois siècles

Évêques, églises et martyrs

Marcion ne fonda pas une école de professeurs mais une Église parallèle, calquée sur l'Église catholique jusque dans sa structure épiscopale.[93] Sur un point, les marcionites firent même mieux que beaucoup : ils estimaient illicite de renier leur religion dans les persécutions et rivalisèrent noblement avec les catholiques dans l'effusion du sang pour le nom du Christ — les martyrs marcionites reviennent à plusieurs reprises dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe.[94] On se tromperait donc en voyant dans le marcionisme un christianisme au rabais pour esprits faibles : ce fut une religion exigeante, austère, capable de mourir pour sa foi — d'autant plus redoutable.

DateÉvénement
138La Chronique d'Édesse fait commencer ici le marcionisme — indice d'une activité orientale précoce[95]
Vers 140Arrivée de Marcion à Rome, siège vacant après Hygin ; donation des 200 000 sesterces
Automne 144Rupture définitive : naissance officielle de la secte (115 ans et 6 mois après le Christ, selon elle)
Vers 150Justin atteste l'hérésie « répandue partout »
Vers 154Séjour de Polycarpe à Rome sous Anicet (datation traditionnelle) : « premier-né de Satan »
155-166Apogée sous Anicet (invaluit sub Aniceto)
207-208Tertullien achève le Contre Marcion en cinq livres
318-319Église marcionite attestée par inscription près de Damas : liberté de culte
374Épiphane : des foules « séduites » de Rome à la Perse
Ve siècleDerniers bastions : Arménie (réfutée par Eznik), Harran, Perse

Les disciples dérivent : trois principes, un seul principe

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Le sort du marcionisme fut de dériver presque aussitôt des idées du fondateur vers la gnose pure.[96] Le dieu-créateur de Marcion était une conception trop inconsistante — inférieur au Dieu bon et pourtant indépendant, juste mais non bon, auteur d'écrits vrais mais à rejeter, créateur de tous les hommes sans avoir droit à leur culte : les disciples voulurent plus de logique.[97]

Les uns posèrent trois principes — le bon, le juste et le méchant — solution défendue par Syneros et par Lucanus (ou Lucianus), auquel Épiphane consacra tout un chapitre de réfutation.[98] Origène et Épiphane ne semblent connaître la secte de Lucanus que par ouï-dire : elle était probablement éteinte vers la fin du IIIe siècle.[99] Tertullien note que Lucanus surpassa Marcion dans la négation de la résurrection — non seulement celle du corps, mais celle de l'âme, n'admettant que la résurrection d'un je-ne-sais-quoi, un pneuma distinct de la psyché — et qu'il visait sa doctrine en écrivant son De l'âme ; peut-être enseignait-il la transmigration des âmes.[100] La doctrine des trois principes survécut pourtant longtemps : vers 225, un Assyrien nommé Prépon la défendait dans un ouvrage intitulé Bardèsane l'Arménien.[101]

Les autres réduisirent tout à un seul principe dont le dieu juif n'est qu'une créature. Ce fut la voie du célèbre Apelles — jadis disciple de Marcion lui-même, devenu plus gnostique que marcionite.[102] Il voyageait avec une jeune fille nommée Philumène, sorte de voyante adonnée à la magie, qui prétendait recevoir de fréquentes visions du Christ et de saint Paul sous la figure d'un enfant.[103] Tertullien traite Philumène de prostituée et accuse Apelles d'impureté ; mais Rhodon, qui avait connu Apelles personnellement, parle d'un homme « vénérable par sa conduite et son âge » — contradiction que l'article enregistre sans la résoudre.[104] Apelles répudiait les deux dieux de Marcion et confessait « un Dieu bon unique, un Commencement unique, une Puissance unique au-delà de toute description » ; au-dessous, un dieu créateur façonné par le Dieu suprême, un dieu-ange de feu qui trafique les âmes, et un dieu législateur auteur d'un Ancien Testament mensonger.[105] Son grand ouvrage, les Syllogismes, démontrait la fausseté de l'Ancien Testament — Origène en cite un fragment caractéristique — et ses thèses furent réfutées par Tertullien, Rhodon, Hippolyte et Ambroise entre autres.[106]

L'Orient marcionite jusqu'au Ve siècle

En Occident, les marcionites s'éteignirent vite ; en Orient, ils prospérèrent. Saint Épiphane atteste qu'en 374 ils avaient « séduit un nombre immense d'hommes » et qu'on les trouvait non seulement à Rome et en Italie, mais en Égypte, en Palestine, en Arabie, en Syrie, à Chypre, dans la Thébaïde et jusqu'en Perse.[107] Près du diocèse de Théodoret de Cyr, non loin de Damas, une inscription d'église marcionite datée de 318-319 prouve qu'ils jouissaient alors de la liberté du culte.[108] Et Théodoret lui-même, évêque de Cyr de 423 à 458, se flatte dans sa lettre au patriarche d'Antioche d'avoir converti mille marcionites dans son diocèse dispersé.[109] Constantin avait pourtant interdit tout culte public et privé du marcionisme.[110]

La secte essaima jusqu'en Arménie, où l'archiprêtre Eznik la réfuta au Ve siècle — preuve qu'elle y restait nombreuse — et jusqu'aux marges de l'Empire.[111] Certains savants discutent si la description d'Eznik reflète encore la doctrine primitive de Marcion ; la question reste ouverte.[112] Plus tardif et plus indirect, le lien avec les pauliciens : Pierre de Sicile, qui vécut parmi eux en 868-869 et demeure un témoin de première main, rapporte que leur fondateur, Constantin l'Arménien, reçut d'un diacre de Syrie l'Évangile et l'Apostolikon de Marcion, les transmit à ses fidèles — qui les gardèrent d'abord pour Bible — tout en répudiant les écrits de Mani.[113] Le marcionisme ne mourut donc pas : il se dissolvit lentement dans des dualismes plus jeunes, jusqu'au manichéisme qui l'absorba.[114]

Marcion relu par les modernes

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Le XIXe siècle fit de Marcion un héros romantique de la critique : l'école de Tübingen vit dans son Évangile le texte primitif dont Luc aurait amplifié la version, et Adolf von Harnack lui consacra en 1921 sa grande monographie, Marcion : l'Évangile du Dieu étranger, saluant en lui un génie religieux méconnu.[115] La recherche ultérieure — Zahn avant lui, puis les travaux du XXe siècle sur le texte marcionite — a renversé la perspective : c'est Marcion qui mutila un Luc déjà reçu, non Luc qui amplifia Marcion.[116] L'historienne Judith Lieu (Marcion and the Making of a Heretic, Cambridge, 2015) a montré combien notre « Marcion » est une construction de ses adversaires : nous ne possédons de lui aucune ligne autographe, seulement ce que Justin, Irénée, Tertullien et Épiphane en citent pour le réfuter.[117] Leçon catholique à retenir : l'Église n'a pas eu peur du dossier, elle l'a conservé — y compris les 78 passages d'Épiphane — avec assez de fidélité pour que les érudits, seize siècles plus tard, puissent encore restituer le texte de l'hérétique.[118]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion, New Advent : Marcion, fils de l'évêque de Sinope dans le Pont, né vers 110, de parents manifestement riches.

    1 2
  2. Rhodon et Tertullien, cités par la Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : Marcion décrit comme nautes, nauclerus, armateur, une génération après sa mort.

    3
  3. Saint Épiphane de Salamine, Panarion, XLII, 2 : récit de la chute de Marcion dans sa jeunesse, de son expulsion par son père évêque et de sa fuite à Rome.

    4
  4. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : le récit d'Épiphane rejeté par beaucoup de modernes (dont G. Krüger) comme médisance ; lecture métaphorique possible de la « jeune fille » comme l'Église, jeune épouse du Christ.

    5
  5. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : aucun écrivain antérieur n'accuse Marcion d'impureté ; son austérité semble un fait reconnu.

    6
  6. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : faisceau d'indices que Marcion était évêque, probablement auxiliaire ou suffragant de son père à Sinope.

    7
  7. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : la menace « je diviserai votre Église », la fondation d'une institution épiscopale mondiale et le titre de « premier évêque » jamais contesté par les adversaires.

    8
  8. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : arrivée à Rome vers 140, après la mort d'Hygin, siège vacant, avant l'avènement de Pie Ier.

    9
  9. Saint Épiphane, Panarion, XLII, 1 : demande d'admission refusée faute de communication avec l'évêque qui l'avait expulsé.

    10
  10. Tertullien, De la prescription, 30 ; Contre Marcion, I, 20 ; De la chair du Christ, 2 : Marcion dut présenter une confession de foi à son arrivée — fait naturel pour un évêque, inouï pour un laïc (remarque de G. Krüger reprise par la Catholic Encyclopedia).

    11
  11. Tertullien, De la prescription, 30 : don de deux cent mille sesterces à la communauté romaine peu après son arrivée.

    12
  12. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : la somme rendue après la rupture ; don à condition tacite plus probable que pure charité.

    13
  13. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, I, 27, 1 : Cerdon, venu de Syrie à Rome sous Hygin, enseignait que le Dieu proclamé par la Loi et les Prophètes n'est pas le Père de Jésus-Christ.

    14
  14. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : Marcion fit cause commune avec Cerdon, mais sa doctrine n'en dérive probablement pas.

    15
  15. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : rupture finale à l'automne 144 — les marcionites comptaient 115 ans et 6 mois depuis le Christ ; Tertullien parle en gros de cent ans et plus.

    16
  16. Saint Justin, Première Apologie, 26 et 58, vers 150 : l'hérésie de Marcion décrite comme répandue partout.

    17
  17. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : Chronique d'Édesse (début en 138) et Clément d'Alexandrie, Stromates, VII, 7 : Marcion aîné de Basilide et de Valentin — indices d'une propagande orientale antérieure à Rome.

    18
  18. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 4 : Polycarpe à Marcion, « je te reconnais pour le premier-né de Satan » ; rencontre lors du séjour de Polycarpe à Rome sous Anicet, traditionnellement daté vers 154 — Irénée lui-même ne donne aucune date.

    19 21
  19. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 4, 3 : Marcion invaluit sub Aniceto — en pleine puissance sous le pape Anicet (vers 155-166).

    20
  20. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », I. Vie de Marcion : la date précise de la mort de Marcion est inconnue.

    22
  21. Tertullien, De la prescription contre les hérétiques, 30 : Marcion aurait fait pénitence et accepté, comme condition de sa réadmission, de ramener à l'Église ceux qu'il avait égarés — mais la mort l'en empêcha.

    23
  22. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : distinguer la doctrine de Marcion lui-même de celle de ses disciples.

    24
  23. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : Marcion n'est « pas un rêveur gnostique » ; ni émanations, ni éons, ni syzygies, ni principes éternellement opposés.

    25
  24. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : un christianisme dégagé de toute attache avec le judaïsme — le Nouveau Testament pur et simple.

    26
  25. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : l'Ancien Testament, scandale pour les fidèles et pierre d'achoppement pour les païens cultivés par sa crudité et sa cruauté.

    27
  26. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : un dieu second, un démiurge — dieu en un sens, mais non le Dieu suprême.

    28
  27. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : le démiurge juste, rigidement juste, avec ses bonnes qualités — mais non le Dieu bon, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

    29
  28. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : le rapport métaphysique entre les deux dieux trouble peu Marcion ; cohérence absolue atteinte seulement par Mani un siècle plus tard.

    30
  29. Saint Justin, Première Apologie, 26, vers 150 : Marcion reconnaît un autre dieu, essentiellement plus grand, auteur d'œuvres plus grandes que celles du fabricateur du monde.

    31
  30. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : le Dieu suprême bon, tout amour ; le dieu inférieur cédant à de farouches colères.

    32
  31. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : les deux dieux non opposés comme Ormuzd et Ahriman ; le Dieu bon seul tout-sage et tout-puissant, aimant la miséricorde plus que le châtiment.

    33
  32. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : tous les hommes créés par le Démiurge, qui s'est élu le peuple juif pour sien et s'est fait dieu des Juifs.

    34
  33. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : l'horizon théologique de Marcion limité à la Bible ; sa lutte, une bataille de textes.

    35
  34. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : Moïse et les Prophètes messagers du Démiurge ; le messie juif, fondateur d'un royaume millénaire terrestre, sans rapport avec le Christ de Dieu.

    36
  35. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : le Dieu bon invisible, indicible (aoratos, akatanomastos, agathos theos), révélé dans le Christ.

    37
  36. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : on ignore dans quelle mesure Marcion admettait une Trinité ; le Christ, Fils de Dieu et simplement « Dieu ».

    38
  37. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : Marcion retranche résolument tous les textes du Nouveau Testament contraires à son dogme.

    39
  38. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : le Christ de Marcion, Dieu manifesté et non Dieu incarné — christologie des Docètes.

    40
  39. Évangile de Marcion, incipit restitué : « En la quinzième année de l'empereur Tibère, Dieu descendit à Capharnaüm » ; voir Catholic Encyclopedia, « Marcionites », et Tertullien, Contre Marcion, IV, 7.

    41
  40. Tertullien, Contre Marcion, III, 2 : « Soudain un Fils, soudain envoyé, soudain Christ ! » ; cité par la Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine.

    42
  41. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : splendide témoignage que la divinité du Christ était tenue comme une doctrine centrale dès la première moitié du IIe siècle.

    43
  42. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : Marcion n'admet aucune prophétie de la venue du Christ ; les prophètes n'ont annoncé qu'un messie juif non encore paru.

    44
  43. Tertullien, Contre Marcion, III, 9 : Marcion invoquait les trois anges d'Abraham, qui mangèrent et conversèrent sans corps réel, comme image de la vie du Christ.

    45
  44. Tertullien, Contre Marcion, III, 9 : Marcion aurait préféré une naissance putative à un corps réel face à la thèse d'Apelles — moquerie ou fléchissement réel, on l'ignore (Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine).

    46
  45. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : matière et chair non essentiellement mauvaises, mais méprisables, production du Démiurge, que Dieu n'a pu s'approprier.

    47
  46. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : les ours envoyés aux enfants contre le Christ qui bénit les petits ; les lépreux bannis contre le Christ qui les touche et les guérit.

    48
  47. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : Passion putative œuvre du Démiurge vengeant l'abolition de la Loi ; prédication aux esprits des limbes et fondation du Royaume par la Résurrection.

    49
  48. Saint Épiphane, Panarion, XLII, 4 : salut aux limbes de Caïn, Coré, Dathan et Abiron, Ésaü et les païens, damnation des saints de l'Ancien Testament — doctrine de marcionites du IVe siècle, non de Marcion lui-même, sans tendances antinomistes (Catholic Encyclopedia).

    50
  49. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : négation de la résurrection du corps et du second avènement pour le jugement ; le Dieu bon ne punit pas, il abandonne au Démiurge.

    51
  50. Tertullien, Contre Marcion, I, 29 : baptême réservé aux non-mariés — vierges, veuves, célibataires, eunuques ; les autres restent catéchumènes.

    52
  51. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine et discipline : pas de séparation entre catéchumènes et baptisés dans le culte, défendue par Galates 6, 6, au scandale des orthodoxes.

    53
  52. Tertullien, Contre Marcion, I, 14 : eau du baptême, onction d'huile, lait et miel aux catéchumènes — « misérables éléments du Créateur ».

    54
  53. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine et discipline : jeûnes excessifs moqués par Tertullien jusque dans sa période montaniste ; jeûne du samedi selon Épiphane, par opposition au Dieu juif — peut-être coutume occidentale.

    55
  54. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : Marcion presque manichéen en pratique, sans la cohérence théorique de Mani un siècle plus tard.

    56
  55. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », IV. Mutilation du Nouveau Testament : pour parfaire le contraste, omission d'une grande partie du Nouveau Testament et manipulation du reste.

    57
  56. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », IV. Mutilation du Nouveau Testament : un seul Évangile sur quatre, fondé sur saint Luc moins les deux premiers chapitres.

    58
  57. Theodor Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, II, 456-494 : restitution du texte marcionite, notamment d'après les 78 passages colligés par saint Épiphane.

    59
  58. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », IV. Mutilation du Nouveau Testament : retouches par omissions ; « Père, Dieu du ciel et de la terre » changé en « Père, Seigneur du ciel » ; « tout ce qu'ont dit les prophètes » changé en « tout ce que je vous ai dit ».

    60
  59. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », IV. Mutilation du Nouveau Testament : addition à l'accusation devant Pilate — « et détruisant la Loi et les Prophètes ».

    61
  60. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », IV. Mutilation du Nouveau Testament : les catholiques pressant Marcion jusque sur ses textes conservés, d'où un besoin continuel de retouches.

    62
  61. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », IV. Mutilation du Nouveau Testament : Apostolikon de dix épîtres de saint Paul.

    63
  62. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : le manteau de Paul sur Marcion contre les judaïsants ; insinuations sur les « faux apôtres » visant Pierre, Jacques et Jean.

    64
  63. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », IV. Mutilation du Nouveau Testament : en Éphésiens 3, 9, l'omission d'une préposition fait lire le mystère « caché au Dieu » qui a créé toutes choses.

    65
  64. Donatien de Bruyne, Revue bénédictine, 1907, 1-16 : les courts prologues pauliniens proviennent d'une Bible marcionite complétée de sommaires catholiques.

    66
  65. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », IV. Mutilation du Nouveau Testament : les Antithèses, grand ouvrage perdu illustrant l'opposition des deux Testaments.

    67
  66. Saint Paul, Première épître à Timothée, 6, 20 : « les antithèses de la science faussement nommée » — origine probable du titre marcionite.

    68
  67. Deuxième livre des Rois, 2, 23-24 : les deux ours d'Élisée contre les enfants de Béthel.

    69
  68. Évangile selon saint Luc, 18, 15-17 : « Laissez les petits enfants venir à moi. »

    70
  69. Lévitique, 13-14 : le lépreux déclaré impur et retranché du camp.

    71
  70. Évangile selon saint Luc, 5, 12-13 : Jésus étend la main, touche le lépreux et le guérit.

    72
  71. Exode, 21, 24 : « œil pour œil, dent pour dent ».

    73
  72. Évangile selon saint Matthieu, 5, 38-44 : « tends l'autre joue » ; « aimez vos ennemis ».

    74
  73. Exode, 31, 14-15 : le violateur du sabbat puni de mort.

    75
  74. Évangile selon saint Luc, 6, 5 : « Le Fils de l'homme est maître du sabbat. »

    76
  75. Saint Justin, Syntagma contre Marcion, cité par saint Irénée, Contre les hérésies, IV, 6, 2 : « Je n'aurais pas cru le Seigneur lui-même, s'il en avait annoncé un autre que le Créateur. »

    77
  76. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, IV, 20, 1-2 : un seul Dieu, qui a tout fait par son Verbe et sa Sagesse, le Fils et l'Esprit ; et V, 6, 1 : l'homme fait par les « mains » du Père, c'est-à-dire le Fils et le Saint-Esprit.

    78
  77. Tertullien, Contre Marcion, I, 9 et 15 (un dieu resté inconnu, à la révélation tardive) puis I, 22-23 (une bonté qui n'agit pas dès l'origine et sauve une créature qui lui est étrangère), vers 207-208.

    79
  78. Tertullien, Contre Marcion, I, 13 (Dieu n'a rien fait d'indigne de lui) et I, 24 (une bonté parfaite sauverait l'homme tout entier, et non l'âme seule), vers 207-208.

    80
  79. Évangile selon saint Matthieu, 5, 17 : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. »

    81
  80. Saint Paul, Épître aux Romains, 11, 17-24 : l'olivier franc d'Israël et la greffe de l'olivier sauvage des païens.

    82
  81. Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, II, 73 : le Nouveau caché dans l'Ancien, l'Ancien dévoilé dans le Nouveau — cité par le Catéchisme.

    83
  82. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 121-123 : l'Ancien Testament partie inaliénable de l'Écriture, livres inspirés à valeur permanente, économie ordonnée à préparer le Christ (vatican.va, CEC français).

    84
  83. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 14-16 : unité des deux Testaments, un seul Dieu auteur de l'un et de l'autre.

    85
  84. Lecture catholique de la pédagogie divine : un peuple rude éduqué pas à pas — voir Catéchisme, §§ 122 et 128-130, sur la préparation et la typologie.

    86
  85. Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 à Clédonios : ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri.

    87
  86. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, IV, 20, 7 : la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu.

    88
  87. Tertullien, De la chair du Christ, 5, 4 : le crucifié honteux, le mort croyable, l'impossible certain.

    89
  88. Saint Justin, Première Apologie, 67, vers 150 : les « mémoires des apôtres » lus à l'assemblée dominicale comme Écriture.

    90
  89. F. Kattenbusch, Das Apostolische Symbol, Leipzig, 1900, et A. C. McGiffert, The Apostle's Creed, New York, 1902 : le Symbole romain formulé en opposition au marcionisme — hypothèse débattue, rapportée par la Catholic Encyclopedia.

    91
  90. Fragment de Muratori : liste romaine des livres reçus, dont la datation (fin du IIe ou IVe siècle) divise les spécialistes — signalée ici sans trancher.

    92
  91. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », II. Doctrine : une Église du seul Nouveau Testament calquée autant que possible sur l'Église catholique.

    93
  92. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », III. Histoire : martyrs marcionites dans Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 15 ; IV, 46 ; V, 16 ; V, 21 ; VII, 12, et refus de renier sous la persécution.

    94
  93. Chronique d'Édesse : début du marcionisme en 138 — citée par la Catholic Encyclopedia, « Marcionites ».

    95
  94. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », III. Histoire : dérive presque immédiate des idées du fondateur vers la gnose.

    96
  95. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », III. Histoire : le dieu-créateur, conception inconsistante et illogique — inférieur et indépendant, juste et non bon, auteur d'écrits vrais et à rejeter.

    97
  96. Saint Épiphane, Panarion : chapitre contre Lucanus (Lucianus), tenant des trois principes — bon, juste et méchant.

    98
  97. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », III. Histoire : Origène et Épiphane ne connaissent la secte de Lucanus que par ouï-dire — probablement éteinte vers la fin du IIIe siècle.

    99
  98. Tertullien, De la résurrection de la chair, 2, et De l'âme : Lucanus niait jusqu'à la résurrection de l'âme et enseignait peut-être la transmigration.

    100
  99. Saint Hippolyte de Rome, Réfutation de toutes les hérésies, VII, 31, vers 225 : Prépon l'Assyrien et son Bardèsane l'Arménien en défense des trois principes.

    101
  100. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », III. Histoire : Apelles, disciple de Marcion devenu plus gnostique que marcionite, tenant de l'unique principe.

    102
  101. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », III. Histoire : Philumène, voyante accompagnant Apelles, visions du Christ et de Paul sous figure d'enfant ; Tertullien l'appelle prostituée et accuse Apelles d'impureté.

    103
  102. Rhodon, qui avait connu Apelles personnellement : homme « vénérable par sa conduite et son âge » — cité par la Catholic Encyclopedia, « Marcionites », III. Histoire, en contradiction avec Tertullien.

    104
  103. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », III. Histoire : un Dieu bon unique au-delà de toute description, un dieu créateur subordonné, un dieu-ange de feu (Igneus Praeses mali selon Tertullien, De la chair, 8) et un dieu législateur.

    105
  104. Apelles, Syllogismes contre l'Ancien Testament, dont Origène cite un fragment (Commentaire sur la Genèse, II, 2) ; fragments colligés par A. Harnack (Texte u. Unters., 1890 et 1900).

    106
  105. Saint Épiphane, Panarion, XLII, vers 374 : les marcionites ayant séduit des foules de Rome à la Perse — Rome, Italie, Égypte, Palestine, Arabie, Syrie, Chypre, Thébaïde, Perse.

    107
  106. Le Bas et Waddington, Inscriptions grecques, Paris, 1870 : inscription d'une église marcionite près de Damas, datée de 318-319 — citée par la Catholic Encyclopedia, « Marcionites ».

    108
  107. Théodoret de Cyr, lettre au patriarche d'Antioche : mille marcionites convertis dans son diocèse (épiscopat 423-458).

    109
  108. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, III, 64 : interdiction de tout culte public et privé du marcionisme.

    110
  109. Eznik de Kolb, Réfutation des sectes, IV, Ve siècle, trad. all. J. M. Schmid, Vienne, 1900 : les marcionites encore nombreux en Arménie.

    111
  110. V. Ermoni, « Marcion dans la littérature arménienne », Revue de l'Orient chrétien, I : la description d'Eznik refléterait la doctrine primitive — thèse contestée par d'autres savants.

    112
  111. Pierre de Sicile, qui vécut parmi les pauliciens en 868-869 : Constantin l'Arménien reçut de Syrie l'Évangile et l'Apostolikon de Marcion et répudia d'abord Mani — cité par la Catholic Encyclopedia, « Marcionites », III. Histoire.

    113
  112. Catholic Encyclopedia, « Marcionites », introduction et III. Histoire : les marcionites anticipèrent le dualisme plus conséquent du manichéisme et furent finalement absorbés par lui.

    114
  113. Adolf von Harnack, Marcion : l'Évangile du Dieu étranger, Leipzig, 1921 (2e éd. 1924) : monographie saluant en Marcion un génie religieux.

    115
  114. Theodor Zahn, puis la recherche du XXe siècle : c'est Marcion qui mutila un Luc déjà reçu, et non Luc qui amplifia Marcion.

    116
  115. Judith Lieu, Marcion and the Making of a Heretic, Cambridge, 2015 : notre Marcion est une construction de ses adversaires — aucune ligne autographe conservée.

    117
  116. L'Église conserva le dossier adverse avec fidélité — dont les 78 passages d'Épiphane — permettant seize siècles plus tard la restitution du texte marcionite.

    118