Pape saint Anicet

Onzième pape de l'Église catholique, Anicet est surtout connu pour sa rencontre avec saint Polycarpe de Smyrne sur la date de Pâques et pour son rôle dans la succession romaine du IIe siècle.

Ignispedia

Pape saint Anicet est un des papes les mieux situés du IIe siècle, non parce que sa biographie serait abondante, mais parce que son pontificat touche trois dossiers essentiels : la succession apostolique romaine, la crise gnostique et marcionite, et la première grande discussion connue sur la date de Pâques. La liste officielle du Saint-Siège le présente comme le 11e pape de l'Église catholique, né à Émèse en Syrie, avec un pontificat placé entre 150 ou 157 et 153 ou 168 selon les calculs retenus.[1]

Il succède à saint Pie I et précède saint Soter. Saint Irénée le nomme dans la chaîne romaine qui va de Pierre et Paul jusqu'à Éleuthère : après Télesphore, Hygin et Pie, « après lui, Anicet » ; puis Soter succède à Anicet.[2] Cette seule mention suffit à établir son importance : Anicet n'est pas une figure isolée de légende hagiographique, mais un maillon de la tradition romaine invoquée au IIe siècle contre les doctrines secrètes des hérétiques.

« Dans cet ordre et par cette succession, la tradition ecclésiastique venue des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu'à nous. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 3[3]

L'épisode le plus vivant de son pontificat est la visite de saint Polycarpe de Smyrne, disciple de saint Jean. Les deux hommes ne s'accordèrent pas sur l'observance pascale : l'Asie célébrait selon la coutume du 14 Nisan, Rome selon la tradition dominicale. Ils ne résolurent pas la question, mais ils conservèrent la communion ; Anicet permit même à Polycarpe de présider l'eucharistie à Rome, comme marque d'honneur.[4]

Pourquoi Anicet compte-t-il ?

Un pontificat discret, mais stratégiquement placé

Anicet gouverne Rome au milieu du IIe siècle, sous les Antonins, dans une période moins sanglante que les grandes persécutions du IIIe siècle, mais intellectuellement dangereuse. Rome attire alors des témoins apostoliques comme Polycarpe, des écrivains comme Hégésippe, mais aussi des maîtres dissidents comme Valentin, Cerdon et Marcion.[5][6]

La Catholic Encyclopedia résume son pontificat autour de trois faits : il succède à Pie vers 157 et règne jusqu'environ 168 ; Polycarpe vient discuter avec lui de la question pascale ; Hégésippe et plusieurs figures doctrinales passent aussi par Rome.[7] Les dates exactes restent incertaines, comme pour beaucoup de papes de cette époque, mais la scène historique est nette : Rome devient déjà un lieu où l'on vient chercher un repère de communion.

Le premier pape lié à une vraie scène de communion orient-occident

Avant Anicet, les premiers papes sont surtout attestés par des listes, des notices courtes et, pour Clément, une grande lettre. Avec Anicet, on voit apparaître une rencontre concrète entre l'évêque de Rome et un évêque d'Asie qui avait connu les apôtres. Cette rencontre donne à son pontificat un relief unique.

Anicet n'est pas présenté comme un administrateur autoritaire qui écrase une tradition orientale, ni comme un évêque faible qui renonce à la coutume romaine. Il garde sa tradition ; Polycarpe garde la sienne ; mais ils communient ensemble. Pour l'histoire catholique, l'épisode est précieux : il montre à la fois l'existence de différences disciplinaires anciennes et la primauté de la charité ecclésiale quand la foi commune n'est pas atteinte.

Un pape au temps de la lutte contre les doctrines secrètes

Le IIe siècle est l'âge où les grandes hérésies cherchent à s'installer dans les Églises apostoliques. Valentin propose un système gnostique complexe ; Cerdon et Marcion opposent le Dieu de l'Ancien Testament au Dieu de Jésus-Christ ; les Écritures sont mutilées et la tradition publique est remplacée par des doctrines réservées à des initiés.[8][9]

Irénée oppose à ces constructions la succession publique des évêques, surtout celle de Rome. Anicet apparaît donc dans un argument doctrinal : son nom sert à montrer que la foi catholique n'est pas une spéculation privée, mais une transmission visible.

Les sources anciennes

Tableau des témoins principaux

SourceDate approximativeCe qu'elle apporteValeur pour Anicet
Saint Irénée, Contre les hérésies III, 3vers 180Liste romaine Pierre-Paul → ÉleuthèreSource décisive pour la succession
Saint Irénée cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique V, 24fin IIe siècle, conservé par EusèbeRencontre Anicet-Polycarpe et paix pascaleSource centrale pour l'épisode majeur
Eusèbe, Histoire ecclésiastique IVdébut IVe siècleValentin, Cerdon, Polycarpe à Rome au temps d'AnicetContexte doctrinal
Liber PontificalisVIe-VIIe siècle dans sa forme ancienneOrigine syrienne, durée, ordinations, sépulture, interdiction des cheveux longsTradition romaine tardive, à filtrer
Martyrologe romainédition 2004Mémoire du 20 avril : Anicet, pape, hôte fraternel de Polycarpe — sans le titre de martyrStatut liturgique actuel

Ce tableau impose une méthode. Irénée et Eusèbe fondent l'article. Le Liber Pontificalis enrichit la mémoire, mais ne doit pas être lu comme un registre contemporain. Le martyrologe atteste la vénération liturgique, sans résoudre toutes les questions critiques sur les circonstances de la mort.

Irénée : Anicet dans la succession romaine

Dans Contre les hérésies III, 3, Irénée explique qu'il n'est pas nécessaire de dresser toutes les successions d'Églises pour réfuter les hérétiques : il suffit d'indiquer la tradition de l'Église de Rome, très grande, très ancienne, fondée et organisée par Pierre et Paul.[10]

La liste est précise : Pierre et Paul confient l'épiscopat à Lin ; viennent Anaclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter et Éleuthère.[11] Anicet y occupe une place stable, immédiatement avant Soter.

« Il est au pouvoir de tous ceux qui veulent voir la vérité de contempler clairement, dans chaque Église, la tradition des apôtres manifestée dans le monde entier. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 1[12]

Eusèbe : la mémoire d'une paix pascale

Eusèbe conserve au livre V une lettre d'Irénée adressée au pape Victor, lors d'une crise ultérieure sur la même question pascale. Irénée y rappelle l'attitude des anciens évêques de Rome, dont Anicet, envers les chrétiens venus d'Asie qui observaient le 14 Nisan.

Le passage est capital : il montre que les prédécesseurs de Victor ne suivaient pas la coutume quartodécimane, mais ne rompaient pas la communion avec ceux qui la suivaient. Anicet et Polycarpe ne purent pas se convaincre mutuellement ; pourtant ils communièrent ensemble, et Anicet confia à Polycarpe la présidence eucharistique.[13]

« Ils communièrent ensemble, et Anicet accorda à Polycarpe l'administration de l'eucharistie dans l'Église, manifestement comme une marque de respect. » — Eusèbe de Césarée citant saint Irénée, Histoire ecclésiastique, V, 24[14]

Le Liber Pontificalis : mémoire romaine et prudence critique

Le Liber Pontificalis présente Anicet comme un Syrien d'Émèse. La traduction de Louise Ropes Loomis donne sa notice dans The Book of the Popes, avec les traits habituels des premiers papes : origine, durée de pontificat, ordinations, décision disciplinaire, sépulture.[15]

La notice lui attribue notamment l'interdiction faite aux clercs de porter les cheveux longs. Cette donnée est intéressante, car elle cadre avec une discipline visible du clergé ; mais elle reste tardive. Pour les premiers papes, le Liber Pontificalis mélange souvent des traditions anciennes, des formules de catalogue et des projections disciplinaires ultérieures.[16]

Rome sous Anicet

Une capitale où convergent les témoins

Au temps d'Anicet, Rome n'est pas seulement une ville impériale ; elle est déjà une plaque tournante chrétienne. Polycarpe y vient depuis Smyrne. Hégésippe, auteur judéo-chrétien du IIe siècle, y vient aussi selon les traditions rapportées par les historiens ecclésiastiques.[17][18]

Cette convergence est un indice fort. Les grandes Églises d'Orient, d'Asie et d'Occident ne vivent pas en mondes séparés. Elles se visitent, comparent leurs traditions, examinent les doctrines nouvelles et cherchent à garder l'unité de la foi apostolique.

Une Église menacée par la séduction doctrinale

Irénée situe Valentin, Cerdon et Marcion dans l'horizon romain des pontificats d'Hygin, Pie et Anicet. Valentin arrive à Rome sous Hygin, fleurit sous Pie et demeure jusqu'à Anicet ; Cerdon alterne confession publique et enseignement secret ; Marcion développe ensuite sa doctrine avec une audace blasphématoire.[19][20]

Ces erreurs ne sont pas de simples nuances. Marcion mutile l'Évangile de Luc et les lettres de Paul pour éliminer ce qui rattache Jésus au Dieu créateur et aux prophètes.[21] Le gnosticisme valentinien multiplie les éons, les mythes cosmiques et les initiations secrètes.[22]

CourantPrésence à RomeErreur centraleRéponse catholique
ValentinismeValentin demeure jusqu'au temps d'AnicetSpéculation gnostique sur les éons et le PlérômeFoi publique reçue des apôtres
CerdonActivité intermittente depuis HyginOpposition entre Dieu juste de l'Ancien Testament et Dieu bonUn seul Dieu, Créateur et Père du Christ
MarcionismeMarcion développe CerdonMutilation de l'Évangile et rejet des prophètesCanon, règle de foi, succession apostolique
QuartodécimanismePolycarpe le défend comme tradition d'AsieDifférence disciplinaire sur la date pascale, non hérésieCommunion maintenue par charité

Le tableau distingue donc deux choses que l'article ne doit pas confondre : d'un côté des hérésies qui touchent la foi elle-même ; de l'autre une divergence liturgique ancienne, réelle, mais traitée dans la communion.

Anicet et saint Polycarpe

Le problème pascal

La controverse pascale concerne le jour de la célébration. En Asie Mineure, des Églises liées à la mémoire de saint Jean célébraient la Pâque selon le 14 Nisan, date juive de la Pâque, quel que soit le jour de la semaine. À Rome, l'usage retenait le dimanche, jour de la Résurrection.[23][24]

Polycarpe venait avec une tradition ancienne ; Anicet venait avec la tradition romaine et celle des presbytres qui l'avaient précédé. Le désaccord était donc réel. Irénée ne le gomme pas : Anicet ne convainquit pas Polycarpe, Polycarpe ne convainquit pas Anicet.[25]

Une communion plus forte que la divergence

La grandeur d'Anicet est de ne pas traiter cette différence comme une rupture de foi. Il ne renonce pas à la coutume romaine, mais il honore Polycarpe comme un ancien disciple des apôtres. Le geste eucharistique est plus fort qu'un compromis administratif : il signifie que la communion demeure.

« Ni Anicet ne put persuader Polycarpe de ne pas observer ce qu'il avait toujours observé avec Jean, disciple du Seigneur ; ni Polycarpe ne put persuader Anicet d'observer ce que celui-ci disait devoir tenir des presbytres qui l'avaient précédé. » — Eusèbe de Césarée citant saint Irénée, Histoire ecclésiastique, V, 24[26]

Cet épisode deviendra particulièrement important sous Victor, quand la question pascale s'envenimera. Irénée rappelle alors l'exemple d'Anicet pour empêcher qu'une discipline liturgique locale, si ancienne soit-elle, devienne une cause de déchirure prématurée.

Une leçon catholique sur tradition et unité

L'épisode ne justifie pas le relativisme liturgique. La question pascale finira par appeler une norme commune, car la célébration du mystère central du Christ demande l'unité visible. Mais Anicet montre que l'unité ne se construit pas par brutalité inutile.

La communion catholique sait distinguer le dogme, la discipline, la coutume et le moment opportun pour trancher. En cela, Anicet est un modèle de gouvernement : ferme sur la tradition reçue, respectueux envers un témoin apostolique, soucieux de ne pas casser l'Église pour une question encore mûrissante.

Hégésippe et la tradition publique

Un auteur presque perdu, mais précieux

Hégésippe est souvent présenté comme l'un des premiers historiens chrétiens. Son œuvre est presque entièrement perdue, mais Eusèbe en conserve des fragments. La Catholic Encyclopedia note que sa venue à Rome au temps d'Anicet est jugée significative par les auteurs ecclésiastiques, car elle montre que des hommes illustres se rendaient déjà à Rome à cette période.[27]

La tradition attribuée à Hégésippe insiste sur la continuité de l'enseignement reçu dans les Églises qu'il visite. Il ne cherche pas une gnose secrète ; il vérifie la doctrine transmise publiquement.

Rome comme lieu de vérification

La présence d'Hégésippe au temps d'Anicet complète l'épisode de Polycarpe. Polycarpe apporte la mémoire vivante de Jean ; Hégésippe apporte l'enquête historique et doctrinale ; Irénée, quelques décennies plus tard, formule l'argument théologique de la succession.

Ces trois lignes convergent : la vérité chrétienne n'est pas cachée dans un cercle ésotérique. Elle est reconnaissable dans les Églises apostoliques, dans la succession des pasteurs et dans l'accord substantiel des traditions reçues.

Traditions attribuées à Anicet

Origine syrienne et nom grec

Le Saint-Siège donne Émèse, en Syrie, comme lieu de naissance d'Anicet.[28] Le Liber Pontificalis reprend cette origine syrienne.[29] Son nom latin, Anicetus, vient du grec aniketos, « invincible » ou « non vaincu ». L'article français retient la forme usuelle Anicet, mais les sources anciennes et les listes officielles emploient souvent Anicetus.

Cette origine syrienne est plausible et parlante. Les premiers siècles romains ne sont pas ethniquement fermés : l'Église de Rome est déjà traversée par des Grecs, des Syriens, des Juifs, des Africains et des Latins. Anicet manifeste cette catholicité avant même que le mot ne devienne un thème historique développé.

Cheveux longs des clercs

Le Liber Pontificalis lui attribue l'interdiction des cheveux longs pour les clercs.[30] La notice peut refléter une tradition disciplinaire plus tardive, mais elle rappelle une préoccupation ancienne : le clergé doit se distinguer par une tenue et un comportement compatibles avec sa charge.

Il serait imprudent d'en faire un décret certain de 160. Il est plus juste de dire que la mémoire romaine a rattaché Anicet à une discipline de visibilité cléricale.

Ordinations, sépulture et martyre

La tradition du Liber Pontificalis attribue à Anicet des ordinations, une mort en martyr et une sépulture au Vatican.[31] L'édition 2004 du martyrologe le commémore le 20 avril comme pape — sant'Aniceto papa —, en rappelant surtout son hospitalité fraternelle envers Polycarpe ; elle ne lui donne plus le titre de martyr.[32] Les anciens martyrologes le nommaient « pape et martyr » au 17 avril, date de l'ancien calendrier, et la Catholic Encyclopedia (1907) affirme qu'il souffrit le martyre, tout en reconnaissant la variation des dates anciennes entre les 16, 17 et 20 avril.[33][34]

Les notices modernes sont plus prudentes : Britannica signale que son martyre est cru par certains, sans confirmation historique.[35] La formulation la plus équilibrée est donc celle-ci : Anicet est vénéré comme saint pape ; la tradition ancienne le présente comme martyr, mais les sources primitives ne donnent pas de récit circonstancié de son martyre.

Donnée traditionnelleSourceDegré de certitudeFormulation prudente
Origine à Émèse en SyrieSaint-Siège ; Liber PontificalisAssez solide comme tradition officielleAnicet est présenté comme Syrien d'Émèse
Pontificat vers 150/157-153/168Saint-Siège ; Catholic EncyclopediaDates variablesMilieu du IIe siècle, entre Pie I et Soter
Rencontre avec PolycarpeIrénée conservé par EusèbeTrès solideÉpisode central du pontificat
Interdiction des cheveux longs cléricauxLiber PontificalisFragile comme décret personnelTradition disciplinaire attribuée à Anicet
MartyreAnciens martyrologes ; Liber Pontificalis ; tradition hagiographiqueTitre de martyr dans la tradition ancienne, absent de l'édition 2004Vénéré comme saint ; martyre sans récit primitif détaillé

Objections et réponses

« Si les dates varient autant, la succession est-elle fiable ? »

Les dates varient, mais l'ordre de succession est stable dans les sources majeures : Pie, Anicet, Soter.[36][37] La variation chronologique porte sur le début et la fin du pontificat, non sur l'existence d'Anicet ni sa place dans la chaîne romaine.

Pour le IIe siècle, il faut éviter deux excès : exiger la précision d'un annuaire moderne, ou conclure que toute donnée ancienne serait fictive. Les listes romaines anciennes donnent une structure fiable ; les durées exactes sont plus fragiles.

« Anicet a-t-il soumis Polycarpe ? »

Non, les sources disent précisément le contraire. Anicet ne convainc pas Polycarpe, et Polycarpe ne convainc pas Anicet. Mais les deux conservent la paix et communient ensemble.[38] L'épisode manifeste une primauté romaine exercée avec honneur et mesure, non une uniformisation immédiate de toutes les coutumes locales.

« La date de Pâques prouve-t-elle une contradiction entre Églises apostoliques ? »

Elle prouve une diversité disciplinaire ancienne. Elle ne prouve pas une contradiction de foi. Les deux traditions veulent célébrer le mystère du Christ : l'une selon le 14 Nisan hérité d'Asie, l'autre selon le dimanche de la Résurrection. L'Église devra plus tard unifier la pratique, mais Anicet montre que cette unification n'était pas encore imposée par rupture.

« Le martyre d'Anicet est-il certain ? »

Il est reçu dans la tradition ancienne, mais non documenté par un récit contemporain. Le Martyrologe romain actuel (édition 2004) le nomme pape, sans le titre de martyr ; les notices critiques modernes reconnaissent que les circonstances d'une mort en martyr ne sont pas établies.[39][40] La piété catholique peut donc le vénérer comme martyr, tandis que l'historien reste prudent sur les détails.

Mémoire spirituelle

La charité qui garde la communion

La grande leçon spirituelle d'Anicet est la charité ecclésiale. Il ne transforme pas un différend disciplinaire en guerre de communion. Il accueille Polycarpe, le respecte, et lui laisse présider l'eucharistie à Rome. Ce geste parle plus que beaucoup de discours.

« Ils se séparèrent l'un de l'autre en paix, ceux qui observaient et ceux qui n'observaient pas maintenant la paix de toute l'Église. » — Eusèbe de Césarée citant saint Irénée, Histoire ecclésiastique, V, 24[41]

Cette paix n'est pas mollesse. Elle est charité ordonnée : Anicet garde la tradition romaine, Polycarpe garde celle de Smyrne, et tous deux savent que la communion dans la foi est plus profonde que la différence du calendrier.

La tradition visible contre les doctrines secrètes

Anicet apparaît aussi comme un pasteur du temps des faux docteurs. Face aux systèmes de Valentin et de Marcion, l'Église ne répond pas par une autre gnose réservée à quelques savants, mais par la foi reçue, prêchée, transmise, vérifiable.

« Si une question importante s'élève parmi nous, ne faut-il pas recourir aux Églises les plus anciennes avec lesquelles les apôtres ont eu commerce constant ? » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 4, 1[42]

Anicet rappelle ainsi que la vraie tradition catholique n'est pas une rumeur pieuse, mais une fidélité publique : succession, eucharistie, communion, doctrine reçue des apôtres.

Un pape pour apprendre à ne pas rompre trop vite

Dans une époque où les désaccords deviennent vite identitaires, Anicet offre une règle simple : discerner ce qui touche la foi, ce qui touche la discipline, ce qui relève d'une coutume locale, et ce qui peut attendre une maturation ecclésiale. Il combat les hérésies ; il accueille Polycarpe. Il ne confond pas les deux.

Sa sainteté est donc celle d'un pasteur qui sait garder la vérité sans casser la paix. C'est une sainteté profondément romaine : tenir le centre, recevoir les témoins, protéger l'unité, laisser la tradition apostolique parler plus fort que les polémiques du moment.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle « Anicetus » : 11e pape de l'Église catholique, début du pontificat 150 ou 157, fin 153 ou 168, naissance à Émèse en Syrie. Page officielle : vatican.va.

    1 28 37
  2. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 3, vers 180. Texte anglais dans Ante-Nicene Fathers, vol. 1, disponible sur New Advent : Against Heresies III, 3. Irénée donne la chaîne Lin, Anaclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter, Éleuthère. Les citations de ce passage sont données en traduction française d'après le texte anglais.

    2 3 11 36
  3. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 24, 14-17, citant une lettre de saint Irénée au pape Victor sur la controverse pascale. Texte anglais dans Nicene and Post-Nicene Fathers, série 2, vol. 1, disponible sur New Advent. Les citations de ce passage sont données en traduction française d'après le texte anglais.

    4 13 14 24 25 26 38 41
  4. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 4, 3 : Valentin vint à Rome sous Hygin, fleurit sous Pie et demeura jusqu'à Anicet ; Cerdon alterna confession et enseignement secret ; Marcion développa ensuite sa doctrine. Texte sur New Advent.

    5 19
  5. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 11, citant Irénée sur Valentin, Cerdon et Marcion dans la Rome des pontificats d'Hygin, Pie et Anicet. Texte sur New Advent.

    6
  6. Thomas Campbell, « Pope St. Anicetus », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907 ; texte sur New Advent. La notice résume la succession après Pie, le règne vers 157-168, la visite de Polycarpe, Hégésippe, les hérétiques présents à Rome et les dates variables de la mort.

    7 17 23 27 33
  7. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, I, 27, 1-4, sur Cerdon et Marcion : opposition entre le Dieu de la Loi et le Père du Christ, mutilation de l'Évangile de Luc et des épîtres de Paul. Texte sur New Advent.

    8 20 21
  8. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, I, 1, 1-3, exposé initial du système valentinien des éons, du Plérôme et des spéculations gnostiques. Texte sur New Advent.

    9 22
  9. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 1-2, sur la tradition apostolique manifestée dans les Églises et l'Église de Rome fondée et organisée par Pierre et Paul, avec sa « prééminente autorité » (potiorem principalitatem). Texte sur New Advent. Les citations de ce passage sont données en traduction française d'après le texte anglais.

    10 12
  10. Liber Pontificalis, notice « Anicetus », dans The Book of the Popes (Liber Pontificalis), trad. Louise Ropes Loomis, Columbia University Press, 1916, p. 15-16 : origine syrienne d'Émèse, pontificat, ordinations, interdiction des cheveux longs pour les clercs, sépulture. La notice affirme aussi sa mort en martyr et sa sépulture au Vatican le 20 avril (« He also died a martyr and was buried near the body of the blessed Peter in the Vatican, April 20 »), avec les notes critiques relayées par Loomis sur la chronologie. Contenu vérifié directement. PDF Wikimedia Commons : The Book of the Popes.

    15 29 30 31
  11. Louise Ropes Loomis, introduction à The Book of the Popes (Liber Pontificalis), Columbia University Press, 1916, p. xi-xvii, sur la nature composite des premières notices pontificales et la prudence nécessaire pour les attributions disciplinaires des premiers siècles.

    16
  12. New Catholic Encyclopedia / Encyclopedia.com, « Hegesippus », notice consultée en ligne : Hégésippe voyage à Rome et vérifie la transmission de l'enseignement apostolique jusqu'au temps d'Anicet. Passage vérifié directement : Hégésippe gagne Rome « during the pontificate of Pope Anicetus » et y constate l'enseignement des apôtres transmis intact jusqu'à Anicet, à qui succède Soter. Page : Encyclopedia.com.

    18
  13. Martyrologium Romanum, édition 2004 (Libreria Editrice Vaticana), au 20 avril : « A Roma, sant'Aniceto papa, della cui fraternità godette l'insigne ospite san Policarpo... » — l'édition actuelle le nomme pape, sans le titre de martyr. Les éditions anciennes le nommaient « pape et martyr » au 17 avril, date reprise par le calendrier de la forme extraordinaire (Missel de 1962). Transcription anglaise de l'édition 2004, dont le corps de l'éloge dit « pope » sans « martyr » : GCatholic, Roman Martyrology 2004, April.

    32 34 39
  14. Encyclopaedia Britannica, « St. Anicetus », notice mise à jour en ligne : Anicet, pape vers 155-166, origine syrienne possible, lutte contre Valentin et Marcion, rencontre avec Polycarpe ; le martyre est tenu par certains mais non confirmé — libellé exact : « Some believe Anicetus died a martyr, but this has not been confirmed » (accès direct protégé, libellé corroboré par extraits indexés). Page : britannica.com.

    35 40
  15. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 4, 1, sur le recours aux Églises les plus anciennes en cas de question importante et sur la tradition apostolique gardée dans l'Église. Texte sur New Advent. Les citations de ce passage sont données en traduction française d'après le texte anglais.

    42