Pape saint Lin

Premier successeur de saint Pierre selon les listes anciennes, saint Lin manifeste la continuité visible de l'Église de Rome après le martyre des apôtres Pierre et Paul.

Ignispedia

Pape saint Lin est, selon les plus anciennes listes episcopales conservees, le premier successeur de saint Pierre a la tete de l'Eglise de Rome. Son importance ne vient pas d'une biographie abondante : presque rien n'est connu de sa vie personnelle. Elle vient d'un fait historique lourd : des le IIe siecle, saint Irenee de Lyon cite Lin comme le premier nom apres les apotres Pierre et Paul dans la succession romaine, pour montrer que la foi catholique ne repose pas sur des doctrines secretes, mais sur une tradition publique transmise dans les Eglises apostoliques.[1]

Cette sobriete est decisive. Lin n'est pas un pape de legende dont on connaitrait mille gestes merveilleux ; il est d'abord un nom de transmission. Son article doit donc eviter deux erreurs symetriques : broder une vie romanesque sur des notices tardives, ou minimiser son role sous pretexte que les details manquent. La tradition catholique a raison de le venerer comme saint et comme successeur de Pierre ; l'historien, lui, doit distinguer ce qui est solidement atteste par Irenee et Eusebe, ce qui est probable, et ce qui releve du Liber Pontificalis, utile mais beaucoup plus tardif.[2]

« Les bienheureux apotres, apres avoir fonde et edifie l'Eglise, remirent a Lin la charge de l'episcopat. » — Saint Irenee de Lyon, Contre les heresies, III, 3, 3[3]

Pourquoi Lin compte-t-il autant ?

Un pontificat pauvre en anecdotes, riche en signification

Les grands papes laissent des lettres, des decisions, des conciles, parfois des conflits immenses. Lin ne laisse aucun ecrit authentique, aucun decret certain, aucun recit contemporain developpe. Sa grandeur est plus primitive : il apparait au point exact ou l'Eglise passe de la presence immediate des apotres a la garde ordinaire de leurs successeurs.

Dans une encyclopedie catholique, cela compte enormement. La foi n'est pas seulement une idee vraie conservee dans des livres ; elle est aussi un depot vivant, confie a des hommes ordonnes, reconnus, visibles. Lin est le premier nom romain qui manifeste cette continuite apres Pierre. Il n'ajoute rien a la revelation ; il atteste que l'Eglise de Rome ne disparait pas avec le martyre de Pierre et Paul.

La question n'est pas seulement biographique

Il serait trop court de demander : « Qu'a fait Lin ? » La vraie question est : comment l'Eglise primitive a-t-elle garde la foi apostolique apres la mort des apotres ? Irenee repond a cette question en donnant des successions episcopales, et surtout celle de Rome, parce que cette Eglise est fondee par les deux apotres les plus glorieux, Pierre et Paul.[4]

Le nom de Lin intervient donc dans un debat doctrinal. Irenee ecrit contre les gnostiques, qui pretendent posseder une tradition cachee, reservee a des initiees. Face a cette pretention, il oppose une regle simple : les Eglises fondees par les apotres connaissent publiquement leurs successeurs ; la foi qu'elles transmettent peut etre verifiee dans cette continuite visible.[5]

« Car il est necessaire que toute Eglise s'accorde avec cette Eglise, en raison de sa primaute superieure (propter potentiorem principalitatem). » — Saint Irenee, a propos de l'Eglise de Rome[6]

Les sources anciennes

Saint Irenee de Lyon : le temoignage central

Le temoignage le plus important vient de saint Irenee de Lyon, vers 180, dans le livre III du Contre les heresies. Irenee n'ecrit pas une histoire des papes. Il construit un argument anti-gnostique : si les heretiques pretendent posseder une tradition apostolique secrete, qu'ils montrent leurs successions. L'Eglise catholique, elle, peut indiquer les successions des Eglises apostoliques, et en particulier celle de Rome.[7]

La sequence donnee par Irenee est nette : Pierre et Paul fondent et organisent l'Eglise de Rome ; ils remettent l'episcopat a Lin ; Anaclet lui succede ; Clement vient ensuite, en troisieme position apres les apotres.[8]

SourceDate approximativeCe qu'elle apporte sur LinDegre de solidite
2 Timothee 4,21Ier siecleUn chretien nomme Lin salue Timothee avec Eubule, Pudens et ClaudiaNom biblique certain, identification avec le pape probable mais non demonstrable
Irenee, Contre les heresies III, 3, 3vers 180Lin recoit l'episcopat de Rome apres Pierre et PaulTemoignage majeur
Eusebe, Histoire ecclesiastique III, 2 et III, 4debut IVe siecleLin est le premier a obtenir l'episcopat romain apres le martyre de Pierre et PaulConfirmation ancienne, dependante de traditions anterieures
Catalogue liberien354Duree de douze ans, quatre mois et douze jours, avec chronologie fautiveUtile pour l'histoire des listes, dates a manier prudemment
Liber PontificalisVIe siecle dans sa forme ancienneOrigine toscane, pere Herculanus, decret du voile, martyr, sepulture vaticaneTradition tardive, a filtrer

Ce tableau montre la bonne methode : tout ne pese pas de la meme maniere. Irenee et Eusebe sont des sources structurantes ; le Liber Pontificalis conserve des traditions romaines, mais il mele souvent memoire ancienne, interpretation liturgique et reconstructions tardives.[9]

Eusebe de Cesaree : confirmation de la succession

Eusebe de Cesaree reprend au debut du IVe siecle le meme noyau. Dans son Histoire ecclesiastique, il affirme qu'apres le martyre de Pierre et Paul, Lin fut le premier a recevoir l'episcopat de l'Eglise de Rome[10] ; puis il relie ce Lin au compagnon de Paul mentionne dans la Deuxieme epitre a Timothee.[11]

« Apres le martyre de Paul et de Pierre, Lin fut le premier a obtenir l'episcopat de l'Eglise de Rome. » — Eusebe de Cesaree, Histoire ecclesiastique, III, 2[12]

Eusebe ne fournit pas une biographie complete. Il confirme surtout que, pour l'historiographie ecclesiastique ancienne, Lin appartient a la charniere apostolique : il vient apres les apotres martyrs, et avant Anaclet et Clement. Cette convergence est importante parce qu'elle rend invraisemblable une invention medievale de Lin : son nom est deja fixe dans la tradition au IIe-IVe siecle.

Le Lin de 2 Timothee 4,21

La Deuxieme epitre a Timothee se termine par une salutation : Eubule, Pudens, Lin, Claudia et tous les freres saluent Timothee.[13] Irenee et Eusebe identifient ce Lin au futur eveque de Rome. La tradition occidentale a largement retenu cette identification.

Il faut toutefois parler avec precision. Le texte biblique prouve qu'un chretien nomme Lin etait dans l'entourage paulinien au moment ou la lettre situe Paul a Rome. Il ne prouve pas, par lui seul, que cet homme soit le meme que le successeur de Pierre. L'identification est ancienne, respectable, coherente avec le contexte romain, mais elle ne peut pas etre transformee en certitude independante.[14]

Cette nuance n'affaiblit pas l'article. Elle le rend plus solide : la foi catholique n'a pas besoin d'exagerer la preuve biblique. Elle reconnait que Lin est atteste comme successeur de Pierre par la tradition episcopale ancienne, et que son identification au Lin paulinien est une tradition plausible.

Le contexte de son pontificat

Rome apres le martyre de Pierre et Paul

La tradition situe le pontificat de Lin apres la mort de Pierre et Paul, generalement placee sous Neron, autour de 64-67. La chronologie exacte reste discutee : la persecution neronienne suit l'incendie de Rome en 64, tandis qu'Eusebe, dans sa Chronique, place la mort des deux apotres dans la treizieme annee de Neron.[15] Kirsch resume les datations traditionnelles du pontificat lui-meme : environ 64 ou 67 a 76 ou 79, l'incertitude tenant a la date inconnue de la mort des apotres.[16]

Lin herite donc d'une communaute romaine marquee par le sang apostolique. Ce n'est pas encore la chretiente imperiale, ni meme une Eglise legalement reconnue. C'est une minorite urbaine, composee de juifs et de paiens convertis, de familles, d'esclaves, de voyageurs, de responsables de maisons, vivant dans la capitale d'un empire qui peut tolerer localement puis frapper brutalement.

L'annee 69 et le monde romain bouleverse

Si Lin commence son ministere vers 67, il traverse presque aussitot l'annee 69, l'annee des quatre empereurs : a Galba assassine (janvier 69), Othon suicide (avril 69) et Vitellius mis a mort (decembre 69) succede Vespasien, qui retablit l'ordre. Cette crise politique montre la fragilite du pouvoir imperial apres Neron. Elle precede de peu la destruction du Temple de Jerusalem par Titus en 70, evenement immense pour les juifs, les judeo-chretiens et toute la comprehension chretienne de l'histoire du salut.[17]

Les sources ne disent pas comment Lin a gouverne ces evenements. Mais elles permettent de comprendre son role : conserver la foi apostolique dans une Eglise encore fragile, au moment ou disparaissent les temoins directs et ou la separation entre synagogue et Eglise devient historiquement plus nette.

Une Eglise domestique avant les grandes structures

Il serait anachronique d'imaginer Lin avec une curie, des dicasteres, des decrets solennels et des audiences publiques. L'Eglise romaine du Ier siecle se rassemble surtout en maisons, autour de presbytres, de diacres et de responsables locaux. Les termes episcopat, presbyterat et diaconat existent deja dans le Nouveau Testament, mais leur articulation institutionnelle se precise progressivement dans les premieres generations.[18]

Cela ne diminue pas la succession. Au contraire : la succession apostolique ne nait pas comme une administration de cour, mais comme une garde pastorale. Lin represente cette transition humble : une autorite reelle, mais encore proche de la structure domestique et missionnaire des origines.

Que peut-on dire de ses actes ?

Le decret sur le voile des femmes

Le Liber Pontificalis affirme que Lin, « par direction du bienheureux Pierre », aurait decrete que les femmes doivent se couvrir la tete pour entrer dans l'eglise.[19] La notice est probablement une attribution tardive inspiree de 1 Corinthiens 11, ou saint Paul traite de la tenue des femmes dans l'assemblee liturgique.[20]

La Catholic Encyclopedia juge ce decret apocryphe : il est vraisemblable que l'auteur du Liber Pontificalis ait transforme une discipline paulinienne en decret pontifical attribue au premier successeur de Pierre.[21] Il faut donc eviter d'en faire un acte certain de Lin. On peut en revanche le mentionner comme exemple de la maniere dont la tradition romaine tardive a voulu rattacher des usages liturgiques anciens a l'age apostolique.

Ordinations et organisation de l'Eglise romaine

Le meme Liber Pontificalis attribue a Lin deux ordinations : quinze eveques et dix-huit pretres.[22] La encore, la prudence s'impose. Ces chiffres peuvent refleter une memoire romaine de l'organisation primitive, mais ils sont transmis par un texte tardif et schematique.

Ce qui est historiquement plus sur, c'est la realite d'une organisation romaine croissante. L'Eglise de Rome, assez forte pour adresser vers 96 la grande lettre de Clement aux Corinthiens,[23] n'est pas une communaute informe. Entre Pierre et Clement, il faut bien une continuite de gouvernement, de liturgie et de doctrine. Lin et Anaclet occupent precisement cette zone peu documentee mais indispensable.[24]

Martyr ou confesseur ?

Le Liber Pontificalis dit que Lin fut couronne du martyre.[25] La tradition liturgique ancienne l'a longtemps appele pape et martyr. Pourtant, Johann Peter Kirsch est prudent : entre Neron et Domitien, il n'y a mention d'aucune persecution de l'Eglise romaine, et Irenee, parmi les premiers eveques romains, ne designe comme martyr glorieux que Telesphore.[26]

La formule la plus rigoureuse est donc celle-ci : Lin est venere comme saint ; son martyre est traditionnel, mais non prouve historiquement. Cette distinction respecte a la fois la devotion et la critique des sources.

Lin dans la succession apostolique

La liste Pierre, Lin, Anaclet, Clement

La liste d'Irenee donne l'ordre devenu classique : Pierre et Paul, puis Lin, Anaclet, Clement. Jerome, au IVe siecle, signale cependant que certains Latins mettaient Clement directement apres Pierre, tout en rapportant aussi l'ordre Lin-Anaclet-Clement.[27]

Cette divergence ne detruit pas la succession ; elle montre plutot que les premieres listes ont parfois varie sur le rang de Clement et sur le nom Clet/Anaclet. L'ordre retenu par la tradition catholique et par les listes romaines principales demeure : Pierre, Lin, Anaclet/Clet, Clement.[28]

Rang traditionnelNomRemarque historique
1PierreApotre, martyr a Rome, fondement petrinien
2LinPremier successeur nomme par Irenee apres Pierre et Paul
3Anaclet / CletVariantes de nom dans les listes anciennes
4ClementAuteur de la grande lettre de l'Eglise de Rome aux Corinthiens

Pourquoi Rome est citee par Irenee

Irenee ne choisit pas Rome par hasard. Il pourrait donner toutes les successions, mais ce serait trop long ; il choisit donc l'Eglise « tres grande, tres ancienne, connue de tous », fondee et organisee par Pierre et Paul.[29] Cette Eglise possede, selon lui, une autorite particuliere dans la garde de la tradition apostolique.

Ce passage est l'un des textes patristiques majeurs pour l'histoire de la primaute romaine. Il ne donne pas encore le vocabulaire developpe de Vatican I, mais il montre deja que Rome n'est pas une Eglise locale quelconque. Elle sert de critere public contre les innovations doctrinales.

Une succession au service de la foi, non du prestige

La succession apostolique ne consiste pas a conserver des noms dans un catalogue pour satisfaire une curiosite genealogique. Elle signifie que l'Eglise transmet la meme foi, dans la meme communion, par des pasteurs ordonnes qui succedent aux apotres. Lin n'est donc pas important parce qu'il serait spectaculaire ; il est important parce qu'il montre que l'Eglise ne vit pas d'une improvisation permanente.

« Ce que tu as entendu de moi en presence de nombreux temoins, confie-le a des hommes fideles, capables de l'enseigner aussi a d'autres. » — Saint Paul, 2 Timothee 2,2[30]

Cette parole de Paul donne la cle spirituelle de Lin : recevoir, garder, transmettre.

La memoire liturgique de saint Lin

Le 23 septembre, date traditionnelle

Le 23 septembre est la date traditionnelle de saint Lin : le Martyrologe romain (edition 2004) l'y inscrit en simple commemoraison, sous le seul titre de pape, sans le titre de martyr propre a l'ancien usage liturgique, et Vatican News l'y presente comme saint du jour.[31][32] Le Liber Pontificalis donne une date voisine pour sa sepulture, « vers le 24 septembre ».[33] Precision liturgique : depuis la reforme promulguee par Paul VI en 1969, Lin ne figure plus au Calendrier romain general ; le 23 septembre reste sa date au Martyrologe et dans la tradition, non une fete du calendrier universel actuel.[34]

La memoire liturgique moderne est sobre. Elle ne cherche pas a prouver chaque detail tardif ; elle honore en Lin le premier gardien romain de l'heritage petrinien.

Son nom dans le Canon romain

Le nom de Lin apparait dans le Canon romain, la Priere eucharistique I, dans la liste des saints papes et martyrs : Lin, Clet, Clement, Sixte, Corneille, Cyprien, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Come et Damien. Cette presence liturgique a plus de poids spirituel qu'une notice legendaire : Lin est invoque au coeur de la Messe, dans la memoire de l'Eglise priante.[35]

Cette place n'est pas anecdotique. Elle inscrit Lin dans la chaine des temoins qui entourent le sacrifice eucharistique. Le premier successeur de Pierre n'est pas seulement un nom d'historien ; il est un intercesseur dans la liturgie.

La question de la tombe au Vatican

Le Liber Pontificalis affirme que Lin fut enseveli pres du corps de Pierre au Vatican.[36] La possibilite n'est pas absurde : la memoire romaine de la sepulture de Pierre au Vatican est tres ancienne. Mais la preuve epigraphique parfois avancee est fragile. Au XVIIe siecle, on crut lire le nom LINVS sur un sarcophage trouve pres de la confession de Saint-Pierre ; De Rossi a montre, comme le rapporte Kirsch, que l'inscription pouvait appartenir a un nom plus long comme Aquilinus ou Anullinus.[37]

Il faut donc dire : la tradition situe Lin pres de Pierre ; l'identification archeologique precise de sa tombe n'est pas etablie.

Objections et reponses

« On ne sait presque rien de lui : pourquoi en faire un article ? »

Justement parce que le peu que l'on sait touche un point capital. Beaucoup de saints mineurs sont importants par l'exemple de leur vie ; Lin est important par sa place. Il montre que la succession romaine n'est pas une invention tardive : elle est deja employee par Irenee au IIe siecle comme argument public contre les heresies.[38]

« La papaute n'existait pas encore comme au Moyen Age »

C'est vrai si l'on parle de formes institutionnelles : pas de palais apostolique, pas de curie medievale, pas de diplomatie pontificale. Mais c'est faux si l'on conclut que l'autorite romaine n'existait pas. Le developpement historique d'une institution n'annule pas son germe apostolique. Entre le grain et l'arbre, il y a croissance, non contradiction.

La bonne lecture catholique est organique : Pierre recoit une charge unique ; l'Eglise de Rome conserve cette charge dans la succession de ses eveques ; les modalites administratives se precisent au fil des siecles.

« Clement et non Lin aurait ete le vrai successeur de Pierre »

Certains temoignages latins ont place Clement tres tot apres Pierre. Jerome note cette opinion, mais il rapporte aussi l'ordre Lin-Anaclet-Clement, et la tradition la plus forte, celle d'Irenee et d'Eusebe, met Lin juste apres les apotres.[39] La divergence s'explique mieux par des traditions de liste et par la notoriete exceptionnelle de Clement, auteur d'une lettre majeure, que par l'inexistence de Lin.

« Le martyre de Lin est-il certain ? »

Non, pas au sens historique strict. Il est traditionnel dans le Liber Pontificalis, mais non prouve par les sources les plus anciennes. Cela n'empeche pas sa saintete liturgique. Tous les saints ne sont pas martyrs ; et tous les titres anciens de martyr ne peuvent pas etre verifies avec la meme force documentaire.

Ce que saint Lin enseigne aujourd'hui

Saint Lin enseigne une spiritualite de la transmission. Il n'est pas le fondateur, il n'est pas l'apotre ecrivain, il n'est pas le grand docteur. Il est celui qui recoit apres le sang des apotres et qui garde l'Eglise dans la continuite.

Dans une epoque fascinee par l'innovation, Lin rappelle que le catholicisme ne se reconstruit pas a chaque generation. La vraie fidelite n'est pas immobilisme : elle est conservation vivante du depot, puis transmission a ceux qui viendront.

Sa pauvrete documentaire a meme une valeur spirituelle. On ne connait pas ses discours, ses traits de caractere, ses miracles. Mais son nom demeure dans l'argument d'Irenee, dans la chronologie d'Eusebe, dans le Canon romain et dans la memoire du 23 septembre. Pour un successeur des apotres, c'est deja beaucoup : avoir disparu derriere la mission recue.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint Irenee de Lyon, Contre les heresies, III, 3, 3, vers 180. Texte anglais dans Ante-Nicene Fathers, vol. 1, disponible sur New Advent : Against Heresies III, 3. Irenee ecrit : les apotres « committed into the hands of Linus the office of the episcopate ».

    1 3 5 7 8 38
  2. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Linus », The Catholic Encyclopedia, vol. 9, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; texte sur New Advent. L'article discute les listes anciennes, l'identification avec 2 Tm 4,21, le decret du voile, le martyre et la tombe supposee ; pour l'epigraphie, il cite Giovanni Battista De Rossi, Inscriptiones christianae urbis Romae, t. II, p. 23-27 (noms possibles Aquilinus ou Anullinus).

    2 14 16 21 26 37
  3. Saint Irenee de Lyon, Contre les heresies, III, 3, 2, sur l'Eglise de Rome, « fondee et organisee par les deux tres glorieux apotres Pierre et Paul », et sur sa « preeminent authority » (potentiorem principalitatem). Texte sur New Advent.

    4 6 29
  4. Liber Pontificalis, notice « Linus », dans The Book of the Popes (Liber Pontificalis), trad. Louise Ropes Loomis, Columbia University Press, 1916, p. 6-7 : origine toscane, onze ans trois mois douze jours, decret du voile, deux ordinations, sepulture au Vatican. PDF Wikimedia Commons : The Book of the Popes.

    9 19 22 25 33 36
  5. Eusebe de Cesaree, Histoire ecclesiastique, III, 2, 1 : apres le martyre de Paul et Pierre, Lin obtient le premier l'episcopat de l'Eglise de Rome. Texte anglais dans Nicene and Post-Nicene Fathers, serie 2, vol. 1, disponible sur New Advent.

    10 12
  6. Eusebe de Cesaree, Histoire ecclesiastique, III, 4, 9 : « Linus, whom he mentions in the Second Epistle to Timothy (2 Timothy 4:21) as his companion at Rome, was Peter's successor in the episcopate of the church there, as has already been shown ». Texte anglais dans Nicene and Post-Nicene Fathers, serie 2, vol. 1, disponible sur New Advent.

    11
  7. 2 Timothee 4,21 : « Eubule, Pudens, Lin, Claudia et tous les freres te saluent. » Texte et note USCCB : 2 Timothy 4.

    13
  8. Liber Pontificalis, notice de Pierre et note de Loomis sur la chronologie neronienne : Eusebe place la mort de Pierre et Paul dans la treizieme annee de Neron, tandis que la persecution suit l'incendie de Rome en 64. Voir The Book of the Popes, p. 6, note 3.

    15
  9. Vatican News, « Saint Lin, pape », saint du jour du 23 septembre (page rouverte et verifiee le 5 octobre 2026) : origine toscane, fils d'Hercolano, succession apres le martyre des deux apotres, troubles de l'an 69 (trois successeurs de Neron puis Vespasien, Titus detruit le Temple en 70), ordinations et voile selon le Liber Pontificalis, enterrement au Vatican, et prudence sur le martyre (« il n'est pas certain qu'il l'ait ete, car en ce temps l'Eglise connut une periode de paix »). Page sur vaticannews.va.

    17 31
  10. Francis A. Sullivan, S.J., From Apostles to Bishops: The Development of the Episcopacy in the Early Church, New York, Newman Press, 2001, ix-253 p. : chapitres consacres aux ministeres dans les ecrits apostoliques puis sub-apostoliques du Nouveau Testament, puis a la Didache, a Clement de Rome, a Ignace d'Antioche et aux Peres du IIe siecle (plan des chapitres decrit dans la recension de David A. Fiensy, Catholic Books Review, 2002). C'est a ces chapitres qu'est empruntee l'idee d'une articulation institutionnelle qui se precise progressivement dans les premieres generations.

    18
  11. 1 Corinthiens 11, 2-16, passage paulinien sur la tenue dans l'assemblee et le voile des femmes, probablement a l'arriere-plan de l'attribution tardive du Liber Pontificalis.

    20
  12. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Clement I », The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company ; texte sur New Advent. Datation classique de la lettre aux Corinthiens : derniere annee de Domitien (Harnack) ou juste apres sa mort en 96 (Funk).

    23
  13. Saint Jerome, De viris illustribus, 15, « Pope Clement » : Clement est appele « quatrieme eveque de Rome apres Pierre, si toutefois le second fut Lin et le troisieme Anaclet, bien que la plupart des Latins pensent que Clement fut second apres l'apotre ». Texte sur New Advent.

    24 27 39
  14. The Catholic Encyclopedia, « Chronological Lists of Popes », discussion des listes anciennes et de l'ordre Pierre, Lin, Anaclet/Clet, Clement ; texte sur New Advent.

    28
  15. 2 Timothee 2,2, principe apostolique de transmission a des hommes fideles capables d'enseigner a leur tour.

    30
  16. Calendrier romain general promulgue par Paul VI en 1969 (Mysterii Paschalis) : la fete de saint Lin, inscrite au 23 septembre dans les calendriers tridentins, n'y figure plus ; au calendrier actuel, le 23 septembre porte le memorial de saint Pie de Pietrelcina. Au Martyrologe romain (edition 2004, au 23 septembre, n. 3), Lin ne recoit qu'une simple commemoraison, sous le seul titre de pape : « Romae, commemoratio sancti Lini, papae, cui, ut refert sanctus Irenaeus, beati Apostoli Ecclesiae in Urbe fundatae episcopatus curam commiserunt, quemque sibi socium meminit beatus Paulus Apostolus » (texte de l'edition 2004 verifie sur sa numerisation, Internet Archive, fonds MartRom2004). L'ancien libelle « sancti Lini Papae et Martyris, qui, primus post beatum Petrum Apostolum, Romanam Ecclesiam gubernavit » appartient a l'usage liturgique anterieur, encore reflete par les anciens calendriers (« Sancti Lini papae et martyris »).

    32 34
  17. Missel romain, Priere eucharistique I ou Canon romain, memoire des saints : « Lin, Clet, Clement, Sixte, Corneille, Cyprien, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Come et Damien ». Voir aussi la tradition liturgique du Canon romain dans le Missel romain officiel.

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