Saint Clément de Rome (mort v. 99)

Disciple des apôtres Pierre et Paul, quatrième pape, saint Clément de Rome fut exilé puis jeté à la mer, une ancre au cou. Père apostolique, auteur de la Lettre aux Corinthiens, il est vénéré comme martyr et patron des marins.

Ignispedia

Saint Clément de Rome (mort vers 99) est l'un des tout premiers saints que l'Église vénère après les apôtres. Disciple de saint Pierre et de saint Paul, quatrième évêque de Rome, il est surtout connu pour une Lettre aux Corinthiens — l'un des plus anciens écrits chrétiens conservés en dehors du Nouveau Testament — et pour un martyre devenu l'une des grandes scènes de l'hagiographie chrétienne : exilé au bord de la mer Noire, il aurait été jeté dans les flots, une ancre liée au cou.[1][2]

La tradition en fait un témoin de la première génération romaine, assez proche des apôtres pour en avoir reçu directement la mémoire, et déjà chargé de gouverner l'Église après leur départ. C'est pourquoi on le range parmi les Pères apostoliques, ces auteurs chrétiens qui font le pont entre les Douze et l'Église du IIᵉ siècle.[3][4]

Cet article présente la figure du saint : sa vie, la spiritualité de sa lettre, le récit de son martyre, la translation de ses reliques et son culte. Pour le détail du pontificat, de la succession apostolique et de l'argument ecclésiologique de sa lettre, on se reportera à l'article consacré au pape saint Clément I, qui traite la même personne sous l'angle de l'histoire de la papauté.[5]

« Soyons donc humbles de cœur, mes frères, rejetant toute vantardise, toute sottise et toute colère. » — Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 13, 1[6]

Qui était saint Clément de Rome ?

Un chrétien de la première génération romaine

Saint Clément célébrant la messe, fresque romane de la basilique Saint-Clément de Rome (XIe siècle), Wikimedia Commons / Web Gallery of Art, domaine public.

Sur les origines de Clément, l'histoire est prudente et la tradition riche. Son nom, très répandu à Rome, ne permet pas à lui seul de l'identifier. Trois pistes anciennes se croisent. La première, avancée dès Origène puis Eusèbe et Jérôme, le rapproche du Clément que saint Paul salue comme son « compagnon de travail » dans l'épître aux Philippiens ; mais ce Clément-là était plus probablement un Philippien, et l'identification reste incertaine.[7][8] La deuxième, populaire au XIXᵉ siècle, l'assimilait au consul Titus Flavius Clemens, parent de l'empereur Domitien et mis à mort vers 95 ; les Anciens ne l'ont jamais suggéré, et cette hypothèse est aujourd'hui écartée.[9] La troisième, retenue par la Catholic Encyclopedia, voit en lui un affranchi ou fils d'affranchi de la maison impériale, ce qui expliquerait les noms de Claudius et de Valerius portés par les messagers de sa lettre.[10]

Ce que l'on peut tenir avec assurance est plus important que ces débats : Clément appartient au petit groupe des chrétiens de Rome qui ont connu la prédication apostolique de vive voix. Il écrit dans une ville où le souvenir du martyre de Pierre et de Paul, sous Néron, est encore brûlant — il en parle d'ailleurs comme d'un événement récent et proche.[11][12]

Disciple des apôtres Pierre et Paul

La tradition ancienne insiste sur ce lien direct avec les apôtres. Tertullien, vers 200, affirme que l'Église de Rome tient que Clément fut ordonné par Pierre lui-même.[13] Saint Irénée de Lyon, vers 180, précise que Clément « avait vu les bienheureux apôtres et vécu avec eux », de sorte qu'il avait encore « leur prédication dans les oreilles et leur tradition sous les yeux ».[14] Cette proximité n'est pas un détail décoratif : elle fonde l'autorité spirituelle de sa lettre. Quand Clément écrit à Corinthe, ce n'est pas un théoricien qui parle, mais un homme qui a reçu la foi de la bouche même de ceux qui avaient suivi le Christ.

« Clément avait vu les bienheureux apôtres et s'était entretenu avec eux ; il avait encore leur prédication dans les oreilles et leur tradition sous les yeux. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 3[15]

Le troisième successeur de Pierre

Les listes anciennes — Irénée, Eusèbe — placent Clément au troisième rang des successeurs de Pierre, quatrième évêque en comptant Pierre : Pierre, Lin, Anaclet (ou Clet), puis Clément.[16][17] Le Liber Pontificalis, suivant l'ordre du Catalogue libérien, le nomme quant à lui aussitôt après Lin, avant Clet et Anaclet.[18] Jérôme signale que beaucoup de Latins le tenaient pour le deuxième après Pierre, mais il connaît lui aussi l'ordre le plus solide.[19] Cela ne contredit pas le témoignage de Tertullien : Clément a pu être ordonné par Pierre bien avant de lui succéder sur le siège de Rome, après Lin et Anaclet.[20][21] Son épiscopat est traditionnellement daté des dernières années du Iᵉʳ siècle, jusque vers 99-101, sous le règne de Trajan.[22][23]

Le gouvernement de l'Église, chez lui, ne se sépare jamais de la sainteté : c'est un pasteur qui corrige parce qu'il aime la paix, et qui commande en priant. Le détail institutionnel de cette succession est traité dans l'article sur le pape saint Clément I ; ici, on retient le saint : l'homme de Dieu que l'Église a inscrit très tôt au canon de ses martyrs vénérés.[24]

La Lettre aux Corinthiens : un trésor spirituel

Infographie Ignispedia : les quatre grands accents spirituels de la Lettre aux Corinthiens — humilité, concorde, charité et espérance de la résurrection.

La Lettre de l'Église de Rome aux Corinthiens, communément appelée 1 Clément, compte parmi les plus anciens documents chrétiens conservés hors du Nouveau Testament — elle fut longtemps présentée comme le tout premier. On la date le plus souvent de la fin du règne de Domitien, vers 96.[25][26] Elle fut si vénérée dans l'Antiquité qu'on la lisait publiquement dans certaines Églises à côté des Écritures.[27] Au-delà de son intérêt historique, c'est un texte de spiritualité d'une profondeur remarquable, entièrement tendu vers la paix et la sainteté du Corps du Christ.

Une lettre née d'une querelle

L'occasion en est douloureuse : à Corinthe, quelques membres ambitieux ont renversé des presbytres légitimement établis, sans que ceux-ci aient commis aucune faute. Clément diagnostique la racine du mal : la jalousie et l'esprit de rivalité, qu'il illustre par une longue galerie d'exemples bibliques, de Caïn et Abel jusqu'aux persécutions récentes.[28][29] Toute la lettre est une thérapeutique de la discorde : ramener la communauté à l'humilité, à l'ordre et à la charité qui viennent de Dieu.

L'humilité, remède à la discorde

Le premier remède que propose Clément est l'humilité. Il l'oppose frontalement à la vantardise et à l'orgueil qui déchirent Corinthe, et il l'enracine dans l'exemple même du Christ, « le sceptre de la majesté de Dieu », venu non dans l'éclat mais dans l'abaissement.[30] L'humilité n'est pas pour lui une faiblesse sentimentale : elle est la condition de la paix, parce qu'elle désarme la rivalité à sa source.

« Le Christ appartient aux humbles de cœur, non à ceux qui s'élèvent au-dessus de son troupeau. Le sceptre de la majesté de Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, n'est pas venu dans le faste de l'orgueil, lui qui pouvait tout, mais dans l'humilité. » — Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 16, 1-2[31]

L'éloge de la charité

Le sommet spirituel de la lettre est un éloge de la charité qui prolonge directement l'hymne de saint Paul aux mêmes Corinthiens (1 Co 13). Clément y voit le lien qui unit à Dieu et couvre la multitude des péchés ; la charité seule peut recoudre ce que la jalousie a déchiré.[32]

« La charité nous unit à Dieu ; la charité couvre la multitude des péchés ; la charité supporte tout, elle est patiente en tout. Rien de bas, rien d'orgueilleux dans la charité ; la charité ne connaît pas de schisme, la charité ne se révolte pas, la charité fait tout dans la concorde. » — Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 49, 5[33]

Cette page fait de Clément un maître spirituel autant qu'un pasteur : il ne se contente pas d'ordonner le retour des presbytres, il montre que la véritable réforme d'une communauté passe par la conversion du cœur à l'amour.

Le Phénix, signe de la résurrection

Pour raffermir l'espérance, Clément recourt à une image qui a marqué toute la tradition : le Phénix, cet oiseau d'Arabie qui, après cinq cents ans, se consume et renaît de sa propre cendre. Il y voit un signe donné par le Créateur lui-même de la résurrection des morts.[34] L'argument surprend le lecteur moderne, mais il révèle la confiance surnaturelle du saint : toute la création est semée de figures qui annoncent la fidélité de Dieu à ses promesses.

Le Phénix dans le Bestiaire d'Aberdeen, manuscrit médiéval conservé à l'université d'Aberdeen, Wikimedia Commons, domaine public.

« Considérons le signe étonnant qui se produit dans les régions de l'Orient, c'est-à-dire vers l'Arabie. Il existe un oiseau appelé Phénix. Seul de son espèce, il vit cinq cents ans ; et lorsque approche l'heure de sa dissolution, où il doit mourir, il se fait un nid d'encens, de myrrhe et d'aromates, dans lequel il entre à la plénitude du temps, et il meurt. » — Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 25, 1-2[35]

La grande prière de l'Église de Rome

La lettre s'achève par une vaste prière d'intercession (chapitres 59 à 61), souvent présentée comme l'une des plus anciennes prières liturgiques chrétiennes conservées en dehors du Nouveau Testament.[36][37] L'Église de Rome y supplie Dieu de sauver ceux qui sont dans la détresse, de relever les tombés, de nourrir les affamés, de délivrer les captifs, de guérir les malades et de convertir les égarés.[38] On y voit déjà l'âme d'une liturgie : le pasteur qui a corrigé se tourne vers Dieu et embrasse dans la prière l'humanité tout entière, jusqu'aux gouvernants dont il demande qu'ils exercent le pouvoir dans la paix.

Le martyre de saint Clément

Bernardino Fungai, Le Martyre de saint Clément, vers 1495-1505, York Museums Trust / Art UK, Wikimedia Commons, domaine public.

Le récit du martyre de Clément nous vient des Actes (ou Passion) grecs, une composition hagiographique tardive : les critiques la datent au plus tôt du IVᵉ siècle, et Rufin, vers 400, est l'un des premiers à présenter clairement Clément comme martyr.[39][40] L'Église distingue donc soigneusement ce qui est historiquement assuré de ce qui relève de la légende pieuse — sans pour autant mépriser cette dernière, car elle a nourri des siècles de dévotion et façonné l'iconographie du saint.

L'exil en Chersonèse sous Trajan

Selon la Passion, l'empereur Trajan bannit Clément à l'extrémité de l'Empire, en Chersonèse (la Crimée actuelle), et le condamne aux travaux forcés dans une carrière de pierre.[41][42] Là, il trouve des milliers de chrétiens déjà déportés, souffrant cruellement du manque d'eau. Loin de céder au découragement, le saint transforme sa condamnation en apostolat.

Le miracle de l'agneau et de la source

Le récit rapporte alors un prodige célèbre. En prière, Clément voit un agneau debout sur une colline, à l'endroit précis où jaillira l'eau. Il frappe le sol de sa pioche, et une source abondante en surgit, étanchant la soif de tout un peuple.[43][44] Le miracle, qui rappelle Moïse faisant jaillir l'eau du rocher, provoque de nombreuses conversions parmi les prisonniers et les païens de la région ; la tradition parle d'un grand nombre d'églises fondées à cette occasion.[45]

La Passion rapporte ainsi que Clément, levant les yeux, aurait vu un agneau debout sur une hauteur ; s'étant rendu à l'endroit où l'agneau s'était tenu, il frappa le sol de sa pioche et une source d'eau claire en jaillit.[46][47]

L'ancre et la mer

Ces conversions attirent la répression. Sur ordre de l'empereur, Clément est conduit au large et précipité dans la mer, une ancre de fer attachée au cou — genre de mort qui deviendra son attribut inséparable.[48][49] L'image du saint jeté par-dessus bord, comme Jonas, s'imposera dans tout l'art chrétien : elle dit à la fois la violence du supplice et la sérénité du témoin qui descend dans les eaux comme dans un baptême de sang.

Le sanctuaire sous les flots et l'enfant retrouvé

La légende s'orne alors d'un merveilleux dont l'Antiquité était friande. Chaque année, dit la Passion, la mer se retirait à la date anniversaire du martyre, découvrant un sanctuaire de marbre bâti par les anges où reposait le corps du saint.[50][51] Une variante rapporte qu'un enfant, oublié dans le sanctuaire au retour des flots, fut retrouvé vivant un an plus tard, à la marée suivante — récit que l'art médiéval a volontiers illustré.[52]

Ces épisodes ne sont pas de l'histoire au sens strict, et l'Église ne demande pas d'y croire ; mais ils ne sont pas non plus à mépriser. Ils traduisent, dans le langage imagé de l'hagiographie, une conviction profonde : la mort d'un martyr n'est pas une défaite, et Dieu garde jusqu'au bout le corps de ses saints.

Ce que l'histoire retient

Il faut distinguer les degrés de certitude avec honnêteté. Le tableau suivant résume l'état des connaissances.

ÉlémentStatut historiqueSources
Clément, quatrième évêque de RomeAttestéIrénée, Eusèbe, Jérôme, Liber Pontificalis
Auteur de la Lettre aux CorinthiensAttestéEusèbe, tradition unanime
Mort vers 99-101Solidement tenuCatholic Encyclopedia, listes épiscopales
Martyre sous TrajanAncien mais incertainRufin (vers 400), Actes tardifs
Exil, source miraculeuse, ancreLégende hagiographiqueActes grecs (IVᵉ siècle au plus tôt)
Sanctuaire sous-marin, enfant retrouvéLégende pieusePassion latine, iconographie

La Catholic Encyclopedia note d'ailleurs un indice honnête : l'absence de tradition d'une sépulture de Clément à Rome plaide plutôt en faveur d'une mort en exil, ce qui donne un socle réel au récit de la Chersonèse, même dépouillé de ses ornements merveilleux.[53]

Le culte de saint Clément

La translation des reliques par saint Cyrille et saint Méthode

Infographie Ignispedia : de la tradition du martyre en Chersonèse à la translation des reliques par saint Cyrille et leur dépôt dans la basilique Saint-Clément.

L'un des chapitres les plus sûrs de l'histoire de Clément est postérieur à sa mort de près de huit siècles. Vers 860-861, en route pour évangéliser les Khazars, saint Cyrille — l'apôtre des Slaves, avec son frère Méthode — s'arrête en Crimée et met au jour, dans un tertre, des ossements accompagnés d'une ancre, qu'il identifie comme les reliques de saint Clément.[54][55] La Catholic Encyclopedia juge le récit de cette translation « manifestement véridique », même si l'ancre en demeure le seul véritable indice d'identité.[56]

Cyrille emporte précieusement ces reliques et les apporte à Rome. Vers 868, le pape Adrien II les dépose, avec celles de saint Ignace d'Antioche, dans l'autel majeur de la basilique Saint-Clément.[57] Ce geste scelle un lien magnifique : l'évangélisateur des Slaves rend à Rome le corps d'un des premiers papes, et Cyrille lui-même sera enterré dans cette même basilique.

La basilique Saint-Clément à Rome

Intérieur de la basilique Saint-Clément à Rome, avec l'abside mosaïquée et le chœur, Wikimedia Commons.

La basilique Saint-Clément (San Clemente) est l'un des sanctuaires les plus émouvants de Rome, car elle superpose littéralement les âges de l'Église. L'édifice actuel fut bâti au début du XIIᵉ siècle par le pape Pascal II ; sous lui se trouve une église plus ancienne, remontant à l'époque de Constantin ou peu après, déjà mentionnée par Jérôme et attestée par des inscriptions des papes Damase et Sirice au IVᵉ siècle.[58] Les fouilles menées à partir de 1858 ont révélé, sous ces deux niveaux, des salles antiques que la tradition rattache à la maison de Clément ; la pièce située directement sous l'autel fut sans doute la memoria primitive du saint.[59]

La fête du 23 novembre

Saint Clément est inscrit très tôt au canon romain de la messe, parmi les martyrs nommés. L'Église latine célèbre sa fête le 23 novembre, aujourd'hui mémoire facultative dans le calendrier romain ; la tradition byzantine le commémore le 25 novembre.[60][61] Sa mémoire est demeurée universelle : peu de saints du Iᵉʳ siècle ont conservé une place aussi continue dans la liturgie.

Patron des marins et des marbriers

À cause de son martyre, l'ancre est devenue le symbole de Clément, et de là son patronage maritime. Il est invoqué comme patron des marins, des bateliers et des gens de la mer.[62] La carrière de pierre de son exil lui a valu, par une autre logique, le patronage des marbriers et des tailleurs de pierre ; on l'invoque aussi pour les enfants malades — écho lointain de la légende de l'enfant du sanctuaire.[63]

L'iconographie : l'ancre et la source

Dans l'art, Clément se reconnaît immédiatement à ses attributs : la tiare ou la mitre du pape, le livre, et surtout l'ancre de son supplice.[64] Les scènes les plus fréquentes le montrent précipité à la mer depuis une barque, ou frappant le rocher d'où jaillit la source, ou encore célébrant la messe. Cette iconographie stable, de Byzance aux fresques romanes de San Clemente, a fixé pour des siècles le visage du saint dans la mémoire chrétienne.

Chronologie de la vie et du culte

  1. vers 35
    Naissance à Rome

    Clément naît vraisemblablement à Rome, dans une famille peut-être liée à la maison impériale, à l'âge où prêchent encore les apôtres.

  2. vers 67
    Le martyre de Pierre et Paul

    À Rome, sous Néron, meurent les apôtres Pierre et Paul ; Clément en garde le souvenir vivant et l'évoquera dans sa lettre.

  3. vers 88-99
    Évêque de Rome

    Troisième successeur de Pierre, Clément gouverne l'Église de Rome jusqu'au règne de Trajan.

  4. vers 96
    La Lettre aux Corinthiens

    L'Église de Rome, par la plume de Clément, écrit à Corinthe pour rétablir la paix : c'est l'un des plus anciens écrits chrétiens hors du Nouveau Testament.

  5. vers 99-101
    Le martyre

    Selon la tradition, Clément est exilé en Chersonèse sous Trajan et jeté à la mer, une ancre au cou.

  6. vers 868
    Les reliques à Rome

    Saint Cyrille rapporte de Crimée les reliques du saint ; le pape Adrien II les dépose à la basilique Saint-Clément.

Un Père apostolique pour aujourd'hui

Saint Clément de Rome n'est pas seulement une pièce d'archive. Sa figure conjugue trois choses que le lecteur d'aujourd'hui gagne à retenir. D'abord une foi enracinée dans les apôtres : il tient ce qu'il a reçu, et il le transmet sans y ajouter ni en retrancher. Ensuite une spiritualité de la paix : dans une communauté déchirée par l'ambition, il ne cherche pas à vaincre un camp, mais à guérir les cœurs par l'humilité et la charité. Enfin un témoignage jusqu'au sang : le pasteur qui écrivait sur l'humilité l'a vécue jusqu'à descendre dans la mer, l'ancre au cou, comme on descend dans le repos de Dieu.

Sa Lettre demeure, dix-neuf siècles plus tard, un manuel d'unité pour toute communauté chrétienne tentée par la division. Et son ancre, plantée dans l'iconographie de l'Église, reste ce qu'elle a toujours signifié pour les chrétiens : le symbole même de l'espérance qui tient l'âme ferme au milieu des tempêtes.

Pour aller plus loin

  • Pape saint Clément I — le pontificat, la succession apostolique et l'argument ecclésiologique de la Lettre aux Corinthiens.
  • Saint Irénée de Lyon — le témoin qui, vers 180, transmet l'ordre des premiers évêques de Rome et l'autorité de la lettre de Clément.
  • Saint Ignace d'Antioche — autre Père apostolique, dont les reliques reposent avec celles de Clément à la basilique Saint-Clément.

Notes et références

Notes et références

  1. John Chapman, « Pope St. Clement I », The Catholic Encyclopedia, vol. IV, New York, Robert Appleton Company, 1908 (newadvent.org). Source de référence sur l'identité, la datation, le martyre légendaire, la translation des reliques et la basilique.

    1 3 5 7 9 10 12 21 22 26 29 39 45 48 50 53 54 56 57 58 59
  2. Encyclopædia Britannica, « St. Clement I », notice biographique (dates vers 35 – vers 99, quatrième pape, Père apostolique, fête du 23 novembre).

    2 23 61
  3. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 34, sur la fin de l'épiscopat de Clément sous Trajan.

    4
  4. Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 13, 1, appel à l'humilité de cœur.

    6
  5. Saint Jérôme, De viris illustribus, 15, sur Clément, sa place dans la liste romaine et sa Lettre aux Corinthiens.

    8 19
  6. Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 5, témoignage ancien sur le martyre de saint Pierre et de saint Paul.

    11
  7. Tertullien, De praescriptione haereticorum, 32, selon lequel l'Église de Rome tient que Clément fut ordonné par saint Pierre.

    13 20
  8. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies (Adversus Haereses), III, 3, 3, vers 180 : Clément « avait vu les bienheureux apôtres et vécu avec eux ».

    14 15 16
  9. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 15, sur la succession des évêques de Rome et la place de Clément.

    17
  10. Liber Pontificalis, notice sur Clément : il y est nommé après Lin, avant Clet et Anaclet, suivant l'ordre du Catalogue libérien ; voir la discussion des variantes d'ordre chez Chapman, op. cit.

    18
  11. Martyrologe romain et Missel romain, mémoire de saint Clément Iᵉʳ, pape et martyr, au 23 novembre ; le saint est nommé au Canon romain de la messe.

    24 60
  12. Wikipedia, « First Epistle of Clement » : datation (vers 96), occasion (schisme de Corinthe), thèmes (humilité, concorde, charité, résurrection) et grande prière finale (chapitres 59-61) comme plus ancienne prière liturgique hors du Nouveau Testament.

    25 36
  13. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 16, sur la Lettre de Clément aux Corinthiens et sa lecture publique dans les Églises.

    27
  14. Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 3-6, sur la jalousie et l'envie comme racines de la discorde, illustrées par les exemples bibliques.

    28
  15. Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 16, 1-2, sur le Christ venu dans l'humilité et non dans le faste de l'orgueil.

    30 31
  16. Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 49, 5, éloge de la charité prolongeant 1 Corinthiens 13.

    32 33
  17. Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 25, 1-2, sur le Phénix comme signe de la résurrection.

    34 35
  18. Chapman, op. cit., sur la prière finale de 1 Clément (chapitres 59-61), rapprochée de l'anaphore des liturgies anciennes (voir Duchesne et Lightfoot cités).

    37
  19. Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 59-61, grande prière d'intercession de l'Église de Rome pour les affligés, les malades, les captifs et les gouvernants.

    38
  20. Actes (Passion) de saint Clément, composition hagiographique grecque datée au plus tôt du IVᵉ siècle ; c'est la source du récit de l'exil, du miracle de la source et du martyre par l'ancre. Voir l'analyse de leur caractère légendaire dans Chapman, op. cit.

    40 41 43 46 49
  21. John Sanidopoulos, « The Martyrdom and Relics of St. Clement of Rome », Orthodox Christianity Then and Now, 23 novembre 2012, rapportant le récit de l'agneau, de la source et de l'ancre selon la tradition hagiographique.

    42 44 47
  22. Christian Iconography, « St. Clement in Art » (christianiconography.info), sur les attributs (ancre, tiare), les scènes du martyre, du miracle de la source, du sanctuaire sous-marin et de l'enfant retrouvé vivant.

    51 52 64
  23. Chapman, op. cit., et Vie de Constantin-Cyrille : découverte des reliques en Crimée par saint Cyrille vers 860-861, translation à Rome et dépôt par le pape Adrien II vers 868.

    55
  24. My Catholic Life!, « Saint Clement I, Pope and Martyr » (mycatholic.life) : patron des marins, des mariniers, des enfants malades et des tailleurs de pierre ; Saint Mary's Press, « Saint Clement of Rome » : bateliers, tailleurs de pierre et enfants malades.

    62 63