Pape Adrien II (Hadrianus II), 106e pape de la liste officielle du Saint-Siège[2], gouverne l'Église de Rome de 867 à 872, dans les cinq années qui suivent le pontificat très ferme de saint Nicolas I. La Catholic Encyclopedia le présente comme un cardinal romain âgé d'environ soixante-quinze ans, élu contre son gré par le clergé et le peuple de Rome, universellement aimé pour sa charité et sa douceur.[3]
À première vue, Adrien II semble moins spectaculaire que Nicolas I. Il n'a ni le surnom de "Grand", ni l'énergie de combat qui marque son prédécesseur. Mais son pontificat est l'un de ces pontificats courts où tout converge : la liquidation du dossier matrimonial de Lothaire II, la réception romaine de Cyrille et Méthode, la condamnation de Photius au concile de Constantinople IV, la perte de la Bulgarie au profit de Constantinople, et même une tragédie familiale qui révèle la violence politique de Rome au IXe siècle.[4]
L'historien Horace K. Mann résume bien le paradoxe : un pape déjà septuagénaire, élu dans une situation fragile, accomplit pourtant une quantité étonnante de travail en moins de cinq ans.[5]
« Son règne ne dura pas plus de cinq ans ; pourtant une quantité extraordinaire de travail paraît avoir été accomplie par ce pontife septuagénaire. » — Horace K. Mann, sur Adrien II[6]
Le fil rouge du pontificat est donc la continuité prudente. Adrien II ne cherche pas à refaire Nicolas I. Il tente de maintenir sa ligne dans un contexte moins favorable : l'empereur occidental Louis II veut peser sur Rome, les grands laïcs italiens se comportent déjà comme des seigneurs féodaux, les évêques francs discutent l'autorité pontificale, et Constantinople veut utiliser la réconciliation anti-photienne pour reprendre la Bulgarie.[7]
Plan de l'article
Une vie romaine avant la papauté
Adrien vient d'une famille romaine de haut rang. La tradition rapportée par Mann le rattache à une lignée qui avait déjà donné deux papes à l'Église : Étienne IV (816-817) et Serge II (844-847).[8] Son père, Talarus, avait été marié avant son entrée dans le clergé et devint ensuite évêque ; Adrien lui-même avait aussi été marié avant les ordres. Au moment de son élection, sa femme Stephania et sa fille vivaient encore, ce qui fera de la fin de son pontificat l'une des pages les plus douloureuses de l'histoire pontificale médiévale.[9]
Grégoire IV remarque ses vertus et le fait entrer dans le palais du Latran pour y être formé. En 842, Adrien est ordonné cardinal-prêtre du titre de Saint-Marc. Sa réputation est alors double : administration solide et charité débordante.[10]
Mann conserve un épisode typique de cette réputation. Après avoir reçu quarante deniers avec d'autres prêtres, Adrien rentre chez lui et trouve une foule de pèlerins pauvres devant sa maison. Au lieu de calculer, il ordonne de donner trois deniers à chacun, invoquant le Christ qui nourrit cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons. Le récit veut que l'argent ne s'épuise pas.[11]
« Qu'est-ce que posséder de l'argent, comparé au fait d'avoir tant de frères ? » — Adrien, encore prêtre de Saint-Marc, devant les pèlerins pauvres[12]
Une élection longtemps refusée
Adrien n'est pas un ambitieux. Selon le récit pontifical utilisé par Mann, il avait déjà refusé la papauté à deux reprises : après la mort de Léon IV en 855, puis après celle de Benoît III en 858.[13] En 867, après la mort de Nicolas I, les Romains ne lui laissent plus le choix. Le clergé, la noblesse et le peuple l'arrachent à Sainte-Marie-Majeure et l'installent au Latran.
L'épisode révèle une question institutionnelle importante. Des envoyés impériaux se trouvaient alors à Rome et s'indignèrent de ne pas avoir été associés à l'élection. Les Romains répondirent qu'il ne s'agissait pas d'un manque de respect envers l'empereur, mais d'éviter qu'une coutume nouvelle fasse dépendre les élections pontificales de la présence des représentants impériaux.[14]
La consécration eut lieu à Saint-Pierre en décembre 867. La Catholic Encyclopedia retient simplement le pontificat 867-872 ; Mann donne le détail de la consécration par Donat d'Ostie, Pierre de Cava et Léon de Silva-Candida, en l'absence de Formose de Porto alors occupé en Bulgarie.[15][16]
Un premier geste : réconcilier sans renier
Le premier jour du pontificat donne le ton. Adrien II réadmet à la communion plusieurs personnages sanctionnés sous Nicolas I, à condition d'une pénitence satisfaisante : Theutgaud de Trèves, Zacharie d'Anagni et l'ancien antipape Anastase.[17] Ce geste a pu inquiéter les partisans de Nicolas : Adrien allait-il annuler l'oeuvre de son prédécesseur ?
Il répond en actes. Il conserve la ligne de Nicolas, mais avec une manière plus conciliante. Après la consécration, il abolit aussi l'usage de vendre les présents offerts au nouveau pape : il garde ce qui sert à sa table et distribue le reste aux pauvres.[18]
Le récit pontifical, rapporté par Mann, lui prête ce motif : ce qui a été reçu gratuitement doit être donné gratuitement, et une monnaie insensible ne doit pas être plus aimée que des créatures raisonnables.[19]
Les sources principales
| Source | Nature | Apport pour Adrien II |
|---|---|---|
| Catholic Encyclopedia / New Advent | Synthèse catholique de référence, 1907-1908 | Dates, dossiers majeurs, Lothaire, Constantinople IV, Slaves |
| Horace K. Mann, Lives of the Popes, vol. III | Étude narrative détaillée, 1906 | Élection, charité, conflits romains, Bulgarie, Cyrille et Méthode |
| Leo XIII, Grande Munus | Encyclique pontificale, 1880 | Récit de la réception romaine de Cyrille et Méthode et de l'approbation donnée par Adrien II à leur mission et à la liturgie slave |
| Article Ignispedia Constantinople IV | Contexte interne sourcé | Déroulement du concile de 869-870 et place d'Adrien II |
Le pontificat en cinq grands dossiers
1. Lothaire II : être conciliant sans sacrifier le mariage
Le dossier de Lothaire II de Lotharingie est hérité directement de Nicolas I. Le roi voulait répudier son épouse légitime Theutberge pour imposer sa concubine Waldrade. Nicolas avait cassé les synodes complaisants et défendu l'indissolubilité du mariage. Adrien II ne revient pas sur ce principe, mais il ouvre une porte de procédure.[20]
En février 868, l'excommunication de Waldrade est levée. En juin 869, à Monte Cassino, Adrien admet Lothaire à la communion après lui avoir fait prêter un serment public : il affirme n'avoir plus eu commerce avec Waldrade depuis l'interdiction pontificale, promet de reprendre Theutberge et de se soumettre au jugement final du Siège romain.[21][22]
Cette manière de faire provoque des soupçons à Rome. Certains craignent qu'Adrien ne détricote l'oeuvre de Nicolas I. Formose de Porto, revenu de Bulgarie, conduit l'opposition à une décision trop rapide. Le dossier est renvoyé à une assemblée plus large, prévue l'année suivante. Lothaire meurt quelques semaines plus tard, ce qui met fin à l'urgence politique de l'affaire.[23]
Le point doctrinal reste clair : Adrien n'autorise pas le divorce de Lothaire. Il admet un roi pénitent à la communion sous condition, mais ne livre pas Theutberge à la raison d'État. L'enjeu pastoral est subtil : la miséricorde sacramentelle ne devient pas une annulation de la vérité conjugale.
2. Rome : la violence féodale entre dans la ville
Le début du pontificat montre aussi l'affaiblissement de l'ordre public à Rome. Pendant les réjouissances liées à la consécration, Lambert de Spolète entre dans la ville avec une troupe armée, pille des biens civils et ecclésiastiques, et laisse commettre des violences graves.[24] L'empereur Louis II, occupé contre les Sarrasins en Italie du Sud, ne le punit pas immédiatement. Adrien excommunie plusieurs pillards jusqu'à restitution et réparation.[25]
Ce n'est pas un épisode secondaire. Il annonce déjà la crise du Xe siècle : la papauté devra bientôt gouverner spirituellement l'Église universelle tout en survivant à des puissances romaines et italiennes capables d'entrer militairement dans la ville.
3. La tragédie familiale : Stephania, la fille d'Adrien et Eleutherius
Adrien II a une particularité rare dans la mémoire pontificale : il avait été marié avant son ordination, et sa femme Stephania vivait encore lorsqu'il devint pape.[26] Sa fille, déjà promise à un autre, fut enlevée le 10 mars 868 par Eleutherius, fils de l'évêque Arsène, un personnage influent lié aux milieux impériaux.[27]
Arsène tenta d'obtenir la protection de l'impératrice Ingelberge, mais mourut soudainement. Eleutherius, voyant qu'il ne pourrait échapper aux envoyés impériaux, tua Stephania et la fille du pape avant d'être lui-même exécuté.[28] Anastase le Bibliothécaire, parent d'Eleutherius selon certaines traditions, fut soupçonné d'avoir inspiré cette violence. Adrien le cita devant un synode et le déclara excommunié jusqu'à ce qu'il se justifie.[29]
Ce drame n'apporte pas une doctrine nouvelle, mais il donne un visage très concret au pontificat : Adrien gouverne l'Église au moment où la violence aristocratique peut frapper jusqu'à la maison du pape.
« Quant aux sombres actions qui devaient se commettre à Rome au cours du Xe siècle, leurs ombres sinistres s'avancent déjà. » — Horace K. Mann, sur les violences romaines du pontificat d'Adrien II[30]
4. Photius et Constantinople IV : réparer la rupture ouverte sous Nicolas I
La crise photienne est le dossier ecclésial le plus important du pontificat. À Constantinople, Ignace avait été déposé et remplacé par Photius, un laïc brillant élevé très rapidement aux ordres. Nicolas I avait refusé cette intrusion, condamné Photius et défendu la légitimité d'Ignace. En 867, Photius avait prétendu déposer Nicolas par un synode hostile à Rome.[31]
La situation change brutalement la même année. L'empereur Michel III est assassiné, Basile I le Macédonien prend le pouvoir, Photius est interné dans un monastère, Ignace est rappelé, et Constantinople demande une réconciliation générale avec Rome.[32]
Adrien II tient d'abord un synode romain en juin 869, qui condamne de nouveau Photius. Puis il envoie trois légats à Constantinople pour présider en son nom le concile : Donat d'Ostie, Étienne de Nepi et le diacre Marin, futur pape Marin I.[33][34]
Le concile s'ouvre le 5 octobre 869 à Sainte-Sophie. Il ne réunit jamais plus de 102 évêques, ce qui est modeste pour un concile oeucuménique, mais il rassemble les légats romains, Ignace, les représentants d'Antioche et de Jérusalem, puis ceux d'Alexandrie.[35]
Les actes confirment les décisions de Nicolas I et d'Adrien II contre Photius. Les clercs ordonnés par Photius sont déposés ou réduits à la communion laïque. Le concile dénonce aussi les restes de l'iconoclasme et l'ingérence du pouvoir civil dans les affaires ecclésiastiques.[36]
« Les décrets de Nicolas I et d'Adrien II contre Photius et en faveur d'Ignace furent lus et confirmés. » — Catholic Encyclopedia, sur Constantinople IV[37]
Dans la réception catholique, ce concile est le huitième concile oeucuménique. Dans la tradition orthodoxe orientale, son autorité sera plus tard éclipsée par le synode de 879-880, qui réhabilitera Photius après la mort d'Ignace. Mais pour comprendre Adrien II, l'essentiel est ailleurs : il réussit là où Nicolas n'avait pas eu le temps d'aller jusqu'au bout. Il transforme la résistance romaine à Photius en acte conciliaire.
5. La Bulgarie : une victoire conciliaire suivie d'une perte stratégique
La même séquence produit pourtant une défaite. Depuis Nicolas I, la Bulgarie de Boris-Michel cherchait à organiser son Église sans devenir un simple prolongement de Constantinople. Nicolas avait envoyé des missionnaires romains, notamment Formose de Porto et Paul de Populonia. Adrien II poursuit cette ligne et envoie de nouveaux missionnaires avec des lettres préparées sous Nicolas.[38]
Le roi Boris voulait obtenir comme archevêque soit Formose, soit le diacre Marin. Adrien refuse Formose, devenu trop indispensable et peut-être trop politique ; Marin doit accompagner les légats au concile. Il envoie donc le sous-diacre Silvestre, que Boris renvoie aussitôt, réclamant encore un archevêque acceptable.[39]
Irrité, Boris se tourne vers Constantinople. Ses envoyés arrivent à la fin du concile de 869-870. Trois jours après la dernière session, l'empereur Basile organise une conférence sur la juridiction bulgare. Les légats romains affirment que la Bulgarie relève de Rome : Boris s'était donné à saint Pierre, Nicolas avait envoyé évêques et prêtres, et les missionnaires latins avaient formé la nouvelle Église pendant trois ans.[40]
Les représentants orientaux répondent que le territoire appartenait à l'Empire grec et doit donc dépendre de Constantinople. Les légats romains protestent vivement, mais la conférence bascule en faveur du patriarcat byzantin. Ignace consacre bientôt un archevêque pour les Bulgares, et le clergé latin se retire.[41][42]
« Le Siège apostolique juge, mais n'est pas jugé. » — Argument des légats romains dans la conférence bulgare, d'après Mann[43]
Cette perte est capitale. Adrien II a gagné la grande bataille canonique contre Photius, mais il perd l'une des frontières missionnaires les plus importantes de l'Europe chrétienne. La Catholic Encyclopedia juge sévèrement ce choix bulgare, qu'elle voit comme une adhésion durable à Constantinople.[44]
Cyrille et Méthode : le visage lumineux du pontificat
Deux frères venus de Thessalonique
Le dossier slave ne se réduit pas à la Bulgarie. Il contient aussi la page la plus lumineuse du pontificat : l'accueil romain des saints Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves.[45]
Les deux frères sont originaires de Thessalonique. Envoyés en Moravie vers 863, ils annoncent l'Évangile dans une langue comprise du peuple, inventent ou adaptent un alphabet pour la langue slave et traduisent les Évangiles ainsi que des livres liturgiques nécessaires.[46]
Leur méthode inquiète les missionnaires germaniques, qui supportent mal une liturgie en langue slave. Nicolas I les avait convoqués à Rome, mais il meurt avant leur arrivée. C'est donc Adrien II qui les reçoit.[47]
Adrien II approuve la mission slave
Léon XIII, dans Grande Munus (1880), raconte qu'Adrien II sortit avec le clergé et le peuple romain à la rencontre des deux frères, car ils apportaient les reliques de saint Clément.[48] Cyrille et Méthode expliquent leur mission et répondent aux accusations : on leur reproche d'utiliser la langue slave dans les choses sacrées.
Le pape et le clergé romain jugent leur cause orthodoxe. Adrien II reçoit les deux frères avec bienveillance, approuve leur activité missionnaire et sanctionne l'usage liturgique du slave.[49] Les deux frères prêtent serment de rester dans la foi de saint Pierre et des papes, et Adrien élève plusieurs de leurs disciples aux ordres sacrés.[50] Méthode est consacré et proclamé archevêque des Slaves : à la demande des princes slaves, Adrien II l'établit archevêque de Moravie-Pannonie, indépendant de l'Église germanique.[51][52] Cyrille — Constantin de naissance, du nom pris avec l'habit monastique[53] — meurt à Rome le 14 février 869[54] ; Mann relève, d'après la légende italienne, qu'il avait apparemment été consacré évêque peu avant, et qu'Adrien lui décerna des honneurs funèbres pontificaux[55].
« Ils plaidèrent leur cause avec des raisons si solides et nobles que le pape et tout le clergé les louèrent et approuvèrent leur conduite. » — Léon XIII, Grande Munus, sur Cyrille et Méthode à Rome[56]
Cyril meurt à Rome, Methodius retourne vers les Slaves
Cyrille meurt à Rome le 14 février 869. Léon XIII souligne que ses funérailles furent publiques et solennelles, presque comme un triomphe, et qu'il fut enseveli près de saint Clément.[57] Méthode, lui, repart vers la Moravie et la Pannonie sous mandat pontifical.
La Catholic Encyclopedia précise qu'à la demande de Rastislav, Svatopluk et du prince slave Kocel de Pannonie, Adrien II forme une archidiocèse de Moravie et de Pannonie, indépendant de l'Église germanique, et nomme Méthode archevêque.[58]
Ce point est essentiel pour l'histoire de l'Église. Adrien II n'autorise pas seulement une traduction utile ; il protège une mission contre l'absorption par des hiérarchies nationales déjà installées. L'enjeu n'est pas de flatter une identité ethnique, mais de faire en sorte qu'un peuple récemment évangélisé entende réellement l'Évangile et reçoive une structure ecclésiale propre.
La liturgie slave : audace ou précédent dangereux ?
La Catholic Encyclopedia parle de l'approbation de la liturgie slave comme d'une décision "d'influence durable, pour le bien ou pour le mal".[59] La formule reflète les débats de l'historiographie latine du début du XXe siècle. Pour Ignispedia, il faut la lire sans caricature.
D'un côté, la décision d'Adrien II est missionnaire : elle refuse que la foi soit confondue avec une seule culture impériale ou franque. De l'autre, elle ouvre un dossier complexe : comment maintenir l'unité doctrinale et liturgique quand les langues sacrées se multiplient ? Rome répondra encore sous Jean VIII, qui confirmera Methodius tout en encadrant l'usage slave.[60]
Dans le pontificat d'Adrien II, le geste reste surtout un signe d'universalité catholique : le Siège de Pierre reçoit des frères venus de Constantinople, approuve une mission slave et protège des peuples nouveaux sans les obliger à devenir culturellement latins.
Adrien II et la primauté romaine
Adrien II n'est pas un théoricien aussi cité que Nicolas I, mais son pontificat met la primauté romaine en situation pratique. Trois scènes suffisent à le montrer.
La première est l'élection de 867 : les Romains refusent que la présence des envoyés impériaux devienne une condition normale de l'élection pontificale.[61] La seconde est Constantinople IV : les légats romains président au nom du pape et font signer une formule d'union liée au Siège apostolique.[62] La troisième est la conférence bulgare : les légats affirment que la décision appartient au Siège de Rome, même face à l'empereur et aux représentants orientaux.[63]
Ces scènes ne doivent pas être isolées de la réalité politique : Adrien ne gagne pas tout. Il ne garde pas la Bulgarie, ne contrôle pas parfaitement Rome, ne supprime pas les ambiguïtés autour d'Anastase, et ne peut pas empêcher la future réhabilitation de Photius sous Jean VIII. Mais il maintient une ligne claire : la communion catholique n'est pas un simple équilibre diplomatique entre empereurs et patriarches.
Chronologie du pontificat
| Date | Événement | Sens historique |
|---|---|---|
| 13 novembre 867 | Mort de Nicolas I | Adrien hérite des dossiers Lothaire, Photius, Bulgarie |
| Décembre 867 | Élection et consécration d'Adrien II | Refus d'un précédent impérial dans l'élection pontificale |
| Février 868 | Levée de l'excommunication de Waldrade | Geste conciliant dans l'affaire Lothaire |
| 10 mars 868 | Enlèvement de la fille d'Adrien par Eleutherius | Début de la tragédie familiale |
| 14 février 869 | Mort de Cyrille à Rome | Rome devient lieu de reconnaissance de la mission slave |
| Juin 869 | Synode romain contre Photius | Préparation de Constantinople IV |
| Juin-juillet 869 | Rencontre de Monte Cassino avec Lothaire II | Communion conditionnelle, sans abandon de Theutberge |
| 5 octobre 869 | Ouverture de Constantinople IV | Condamnation conciliaire de Photius et restauration d'Ignace |
| 28 février 870 | Dernière session du concile | Les actes sont envoyés à Rome pour confirmation |
| 870 | Conférence sur la Bulgarie | Passage effectif de la Bulgarie sous Constantinople |
| 10 novembre 871 | Lettre d'Adrien à Basile I | Protestation romaine contre l'ingérence en Bulgarie |
| Fin 872 | Mort d'Adrien II — le jour exact est inconnu (26 novembre selon Pagi, 14 décembre selon Duchesne)[64] | Jean VIII hérite de Photius, de Methodius et de la question bulgare |
Bilan spirituel
Un pape de charité
La mémoire d'Adrien II commence par la charité. Avant même de devenir pape, il était connu pour ouvrir sa maison aux pauvres et aux pèlerins. Le récit des quarante deniers n'est pas une preuve comptable ; il est une miniature spirituelle. Adrien apparaît comme un homme pour qui les pauvres ne sont pas une charge administrative, mais des frères présents devant sa porte.[65]
Un pape de continuité
Le deuxième trait est la continuité. Après Nicolas I, certains voulaient renverser les décisions romaines ; d'autres craignaient qu'Adrien, plus doux, ne cède. Il ne fait ni l'un ni l'autre. Il réconcilie quand c'est possible, mais conserve l'axe doctrinal : Lothaire ne peut pas répudier Theutberge, Photius ne peut pas occuper un siège par pression impériale, la mission slave doit rester catholique.[66][67][68]
Un pape qui connaît l'échec
Le troisième trait est plus humble : Adrien II connaît l'échec. La Bulgarie échappe à Rome. Sa propre famille est frappée. Les tensions romaines ne disparaissent pas. Le pontificat n'est donc pas une histoire de victoire linéaire, mais une leçon de gouvernement ecclésial : tenir la ligne juste, même quand les résultats visibles restent partiels.
Pourquoi Adrien II compte aujourd'hui
Adrien II n'est pas un pape secondaire parce que son pontificat est court. Il est secondaire dans la mémoire populaire, mais central pour comprendre la transition entre Nicolas I et Jean VIII.
Il compte pour l'histoire du mariage chrétien, car il confirme la ligne de Nicolas I tout en traitant pastoralement Lothaire. Il compte pour l'histoire de la primauté romaine, car Constantinople IV reçoit les décisions romaines contre Photius. Il compte pour l'histoire des missions slaves, car il approuve Cyrille et Méthode et protège Methodius contre la pression germanique. Il compte enfin pour l'histoire politique de Rome, car son pontificat montre déjà les fractures qui rendront le Xe siècle si violent.
Son profil spirituel est donc moins celui d'un conquérant que d'un pasteur âgé, charitable, prudent, blessé, mais fidèle. Dans une Église traversée par des crises impériales, familiales, diplomatiques et missionnaires, Adrien II garde une fonction simple : continuer l'oeuvre reçue, sans la durcir par orgueil ni la diluer par faiblesse.
Pour aller plus loin
- Saint Nicolas I, le prédécesseur dont Adrien prolonge les grands dossiers
- Concile de Constantinople IV, le concile anti-photien de 869-870
- Photius, patriarche de Constantinople au coeur de la crise
- Benoît III, l'un des pontificats où Adrien avait déjà refusé la papauté
Notes et références
Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 228 : « The day on which Hadrian closed his short but full pontificate is not known. From certain catalogues, Pagi gives the date as November 26, Duchesne as December 14. » La fiche officielle du Saint-Siège reste elle-même vague (« Fine pontificato ...XI o XII.872 », page Vatican ci-dessus) et la Catholic Encyclopedia dit de même « died towards the close of the year 872 » (Loughlin). Le 14 décembre 872 est le jour où, selon les Annales de Xanten, Jean VIII fut substitué à Adrien (Mann, p. 237). Texte Mann contrôlé en lecture directe le 4 octobre 2026.
1 64Annuario Pontificio, liste officielle des Souverains Pontifes : Nicolas I y occupe le n° 105 et Adrien II le n° 106 ; contrôle direct : La Santa Sede, « Adriano II — 106° Papa della Chiesa Cattolica », pontificat commencé le 14.XII.867, https://www.vatican.va/content/vatican/it/holy-father/adriano-ii.html (page consultée le 4 octobre 2026).
2James Loughlin, "Pope Adrian II", The Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/01156a.htm (page consultée et vérifiée en lecture directe le 4 octobre 2026).
3 15 20 21 26 44 59Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, Londres / St Louis, Kegan Paul / B. Herder, 1906, chap. "Hadrian II", p. 149-151. Famille (p. 151) : "a member of a family which had already given two popes (Stephen (IV.) V. and Sergius II.) to the Church" — soit, en numérotation moderne, Étienne IV (816-817) et Serge II (844-847). L'article dédié de la Catholic Encyclopedia intitule de même ce pontife « Pope Stephen (IV) V (816-17) » (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/14289b.htm) : le « Stephen III » de l'article « Adrian II » de la même encyclopédie désigne le même pape (816-817), retenu comme Étienne IV par la liste moderne. Original du bilan (p. 151) : "Though the reign of Hadrian did not last for more than five years, an extraordinary amount of work seems to have been accomplished by that septuagenarian pontiff." Texte intégral du vol. III vérifié en lecture directe le 4 octobre 2026 : le chapitre « Hadrian II » s'ouvre p. 149 et toutes les citations et pages Mann de cet article y ont été contrôlées.
4 5 6 8 10Thomas Shahan, "Fourth Council of Constantinople", The Catholic Encyclopedia, vol. 4, New York, Robert Appleton Company, 1908, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/04310b.htm (page consultée et vérifiée en lecture directe le 4 octobre 2026).
7 31 32 34 35 36 37 41 62 67Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 163-164, sur Stephania, la fille d'Adrien, Arsène et Eleutherius. Date de l'enlèvement (p. 163) : "carried off and married by force Hadrian's daughter, though she was already betrothed to another (March 10, 868)".
9 27 28Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 152-153, récit de la charité d'Adrien prêtre de Saint-Marc. Original (p. 152) : "What is it to have money in comparison with having so many brothers?"
11 12 65Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 154-156, sur les refus antérieurs (« Twice [...] had he with modesty declined »), l'élection par le clergé, la noblesse et le peuple, et les envoyés impériaux.
13 14 61Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 155-156, sur la consécration du 14 décembre 867 (Donat d'Ostie, Pierre de Cava, Léon de Silva-Candida, en l'absence de Formose de Porto, alors en Bulgarie), les réconciliations et les dons distribués aux pauvres. Motif prêté au pape par le récit pontifical (p. 156, discours indirect) : "saying that what had been freely received should be freely given; and that senseless and inanimate coin ought not to be more loved than reasonable creatures."
16 17 18 19Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 160-161, sur les soupçons autour de Lothaire et la ligne d'Adrien (levée de l'excommunication de Waldrade en février 868, communion à Monte Cassino en juin 869).
22 66Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 161-162, sur Formose, revenu de Bulgarie, qui fait renvoyer le dossier à une assemblée plus large, et sur la mort de Lothaire quelques semaines plus tard.
23Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 161, sur Lambert de Spolète et les violences à Rome. Original (p. 161) : "Of the black deeds to be done in Rome during the tenth century, there are now lurid shadows coming before."
24 30Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 162-163, sur l'excommunication des pillards jusqu'à restitution et réparation (« till they should restore their ill-gotten goods, and make full satisfaction to him, Hadrian excommunicated the other plunderers »).
25Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 164-166, sur le synode contre Anastase.
29Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 197 : Donat, évêque d'Ostie, et le diacre Marin, déjà choisis par Nicolas I, auxquels Adrien adjoint Étienne, évêque de Nepi (« To Donatus, bishop of Ostia, and the deacon Marinus [...] Hadrian added Stephen, bishop of Nepi »).
33Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 208-209, sur l'envoi des missionnaires en Bulgarie par Adrien.
38Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 209-210, sur Boris, Formose, Marin et Silvestre.
39Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 210-212, sur la conférence bulgare après Constantinople IV.
40 43 63Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 211-214, sur la décision en faveur de Constantinople et le retrait latin.
42Ladislas Abraham, "Sts. Cyril and Methodius", The Catholic Encyclopedia, vol. 4, New York, Robert Appleton Company, 1908, New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/04592a.htm (page consultée et vérifiée en lecture directe le 4 octobre 2026).
45 46 47 49 51 58 60 68Léon XIII, encyclique Grande Munus, 30 septembre 1880, Vatican.va, n. 7-13, https://www.vatican.va/content/leo-xiii/en/encyclicals/documents/hf_l-xiii_enc_30091880_grande-munus.html (page consultée et vérifiée en lecture directe, n. 7-13, le 4 octobre 2026).
48 50 54 56 57Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 223 : "Untimely death (February 14, 869) unfortunately cut short the nobly useful career of Cyril, apparently after he had been consecrated bishop" (d'après la légende italienne, n. 2 : "Hadrian decreed him the honours of a papal funeral") ; "Methodius, at any rate, was certainly consecrated and proclaimed archbishop of the Slavs". Le 14 février 869 recoupe Grande Munus, n. 9 (la Catholic Encyclopedia donne, de son côté, « 4 Feb. », leçon isolée).
52 55Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. III, 1906, p. 215, sur Constantin (né en 827), dit Cyrille : "the name he took along with the monastic habit" — Cyrille est le nom de religion, pris avec l'habit monastique.
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