Iconoclasme

Pendant plus d'un siècle, des empereurs chrétiens font détruire les images saintes au nom de Dieu : Léon III, Constantin V, puis Léon V et Théophile. Le faux concile d'Hiéreia, Nicée II en 787 et le Triomphe de l'Orthodoxie en 843 — le dossier complet.

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L'iconoclasme — du grec eikonoklasmos, le « bris d'images » — est l'hérésie qui, aux VIIIe et IXe siècles, a fait détruire les images saintes dans tout l'Empire byzantin au nom du vrai culte de Dieu. Pendant plus d'un siècle, en deux vagues (vers 726-787, puis 815-843), des empereurs chrétiens ont fait arracher les icônes des églises, briser les mosaïques, brûler les reliques, exiler les patriarches et persécuter les moines — avec un faux concile à l'appui, celui d'Hiéreia (754).

L'enjeu n'était pas la décoration des églises. Les iconoclastes soutenaient que toute image du Christ est une idolâtrie ou une hérésie : soit elle sépare ses deux natures, soit elle les confond. L'Église a répondu par le deuxième concile de Nicée (787), septième concile œcuménique : depuis que le Verbe s'est fait chair visible, le Christ peut être représenté, et l'honneur rendu à l'image remonte à celui qu'elle représente. La crise s'est définitivement refermée en 843, avec la restauration solennelle des icônes sous l'impératrice Théodora — le « Triomphe de l'Orthodoxie », fêté chaque année au premier dimanche du Grand Carême[1].

Cet article traite l'iconoclasme byzantin comme hérésie antique, avec son écho franc à l'ouest. Il suppose connus les dossiers voisins, auxquels il renvoie sans les redoubler : Les hérésies des premiers siècles pour le panorama, l'arianisme pour la grande crise antérieure sur la divinité du Fils, le nestorianisme et la crise nestorienne pour la division du Christ en deux sujets, le monophysisme, la crise monophysite et l'eutychianisme pour la confusion de ses natures, le docétisme, le gnosticisme et le marcionisme pour les falsifications du Christ aux premiers siècles, le monothélisme pour le dernier compromis avant la crise des images.

Ce que l'iconoclasme affirme : détruire les images au nom de Dieu

Autrement dit : des empereurs qui se prennent pour des réformateurs

Pour comprendre l'iconoclasme, il faut d'abord oublier l'image d'Épinal du barbare qui casse pour le plaisir de casser. Les empereurs iconoclastes se présentaient comme des réformateurs du culte : ils voulaient purifier l'Église d'une idolâtrie supposée et ramener les chrétiens au Dieu invisible et transcendant. Leur zèle avait quelque chose de sincère — et c'est ce qui fit leur force : on ne mobilise pas un empire pendant un siècle avec une simple lubie administrative[2].

Leur thèse tient en trois propositions. Premièrement, Dieu a interdit les images : le Décalogue défend de se faire « aucune image sculptée », et les chrétiens qui honorent des icônes violent ce commandement. Deuxièmement, le Christ ne peut pas être représenté sans hérésie : peindre le Christ, c'est soit ne peindre que son humanité en la séparant de sa divinité, soit prétendre circonscrire l'incirconscriptible. Troisièmement, la seule image légitime du Christ est l'eucharistie : le pain et le vin consacrés sont le vrai mémorial institué par le Seigneur, et il n'en faut pas d'autre[3].

Première thèse : le Décalogue interdirait toute image

« Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre, ici-bas. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux. » — Livre de l'Exode, 20, 4-5[4]

Tel est le texte que les iconoclastes brandissaient comme un étendard. L'argument paraît imparable : Dieu lui-même a parlé, l'interdit est écrit noir sur blanc, et les églises pleines d'images semblent le violer ouvertement. Les empereurs pouvaient se draper dans la fidélité à l'Écriture contre des évêques et des moines accusés de la trahir[5].

La réponse catholique distingue ce que l'argument confond : l'interdit de l'Exode vise les idoles, c'est-à-dire les images adorées comme des dieux, et non toute représentation. Le même Dieu qui défend les idoles ordonne de sculpter des chérubins sur l'arche d'alliance — preuve scripturaire que l'image en soi n'est pas condamnée[6]. Tout le débat porte donc sur la suite : les icônes des églises sont-elles des idoles, ou tout autre chose ? C'est la question des deux thèses suivantes.

Deuxième thèse : le Christ serait irreprésentable

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C'est le cœur théologique de l'affaire, et le plus redoutable. Les iconoclastes raisonnaient ainsi : le Christ est à la fois Dieu et homme. Si le peintre prétend représenter le Christ tout entier, il ment, car la divinité est incirconscriptible — on ne l'enferme pas dans des traits et des couleurs. S'il ne représente que l'humanité, il sépare ce que Dieu a uni : il fait exactement ce que Nestorius faisait en paroles. Et s'il mélange les deux dans une seule figure, il les confond : il fait ce que les monophysites faisaient en doctrine. Toute image du Christ serait donc, par nécessité logique, soit nestorienne, soit monophysite[7].

Le faux concile d'Hiéreia gravera ce dilemme dans sa définition : il n'y a pas d'image orthodoxe possible du Seigneur. On mesure le piège : l'iconoclasme se présente comme le gardien des grands conciles christologiques — Éphèse contre la division, Chalcédoine contre la confusion — et accuse les défenseurs des images de trahir l'un et l'autre[8].

Troisième thèse : la seule image du Christ serait l'eucharistie

Pour ne pas paraître dépouiller les églises sans rien laisser, les iconoclastes offraient un substitut : la sainte eucharistie serait la seule image vraie du Christ, instituée par lui-même quand il dit « faites ceci en mémoire de moi ». Plus besoin de panneaux peints : le Corps et le Sang suffisent, et tout le reste est superstition[9].

La réponse tient en une phrase : l'eucharistie n'est pas une image du Christ, elle est le Christ lui-même, réellement présent sous les espèces du pain et du vin. Confondre le sacrement avec une image, c'est rabaisser le mystère au lieu de l'exalter — et c'est priver les fidèles à la fois du sacrement compris comme tel et des images comprises comme telles[10].

D'où vient la crise : des racines chrétiennes, pas un complot

Une méfiance très ancienne envers les images

L'iconoclasme n'est pas tombé du ciel en 726. Depuis des siècles, une partie des chrétiens se méfiait des images saintes : peur de retomber dans l'idolâtrie païenne à peine quittée, scrupule devant la représentation du divin, austérité qui préférait la croix nue à toute figure. Cette méfiance n'avait jamais emporté l'Église, mais elle couvait — et elle fournit aux empereurs un terreau tout prêt[11].

Il faut le dire nettement : les défenseurs des images n'ont jamais prétendu que cette méfiance fût absurde en tout. L'idolâtrie est un danger réel, et l'Église l'a toujours combattu. Leur thèse est plus précise : ce danger ne condamne pas l'image comme telle, mais seulement l'adoration de l'image. Toute la crise des VIIIe et IXe siècles tourne autour de cette distinction — et c'est elle que Nicée II gravera dans le dogme[12].

Les Pauliciens et les évêques d'Orient : les précurseurs

Parmi les précurseurs doctrinaux, la Catholic Encyclopedia nomme d'abord les Pauliciens : cette secte, influente par intermittence à Constantinople depuis le VIIe siècle, tenait toute matière — et singulièrement le corps humain — pour mauvaise, rejetait les formes extérieures du culte, les sacrements, les rites, les images et les reliques, et refusait même d'honorer la croix au motif que le Christ n'aurait pas été réellement crucifié. Des catholiques eux-mêmes partageaient par ailleurs cette aversion pour les images et les reliques : au début du VIIIe siècle, plusieurs évêques d'Asie Mineure — Constantin de Nacolia en Phrygie, Thomas de Claudiopolis, Théodose d'Éphèse — tenaient des positions hostiles aux saintes images, et un évêque nestorien, Xénaïas de Hiérapolis, passe pour un précurseur notoire des iconoclastes[13].

C'est quand ce parti parvint à l'oreille de l'empereur que la méfiance privée devint persécution d'État. L'hérésie eut besoin d'un bras séculier — et elle le trouva en Léon III[14].

L'islam en toile de fond, pas en cause principale

On a souvent expliqué l'iconoclasme par l'influence de l'islam : pour les musulmans, toute représentation de la figure humaine est une idole abominable, et les empereurs byzantins, voisins et rivaux du califat, auraient importé cette rigueur. Il est vrai que le calife de Damas applaudit la campagne impériale, et vrai aussi que les iconoclastes furent encouragés par leurs rivaux musulmans[15].

Mais la Catholic Encyclopedia juge cette explication insuffisante comme cause principale : il est peu vraisemblable que le zèle de l'empereur ait eu pour ressort l'exemple de son ennemi mortel, le chef de la religion rivale. Les racines chrétiennes internes — méfiance ancienne, Pauliciens, évêques d'Orient — suffisent à expliquer le mouvement. L'islam fournit au mieux un décor et un encouragement extérieur, non le moteur[16].

Le premier iconoclasme, 726-787 : soixante ans de persécution

Léon III et le Christ de la Chalcé

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Léon III — l'Isaurien, empereur de 717 à 741, sauveur de Constantinople devant les Arabes en 717-718 — publie vers 726 un édit qui déclare les images des idoles interdites par l'Exode et ordonne de les détruire dans toutes les églises. Le geste symbolique suit : l'image du Christ qui surmontait la porte de bronze du palais impérial, la Chalcé, est arrachée — et les officiers chargés de l'opération sont massacrés par la foule soulevée. La crise commence dans le sang[17].

Le patriarche de Constantinople, saint Germain Ier (patriarche de 715 à 730), proteste contre l'édit et en appelle à Rome. Une lettre impériale lui ordonne alors d'accepter l'édit et de faire détruire les images : Germain refuse, et Léon le dépose en 730, le remplaçant par un complaisant, Anastase. Le premier héros de la résistance catholique paie sa fidélité par l'exil[18].

À Rome, les papes tiennent bon. Grégoire II (715-731) résiste aux injonctions impériales, et son successeur Grégoire III (731-741) réunit un synode à Rome en 731 qui excommunie les destructeurs d'images. L'Italie byzantine se soulève contre l'empereur hérétique : c'est le début d'une rupture politique entre Rome et Constantinople dont les effets dureront bien au-delà de la querelle des images[19].

Léon III meurt en juin 741, en pleine tourmente, sans avoir changé de politique. Son fils et successeur sera pire que lui[20].

Jean Damascène répond depuis Jérusalem

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Pendant que l'empereur fait taire les évêques de son empire, une voix lui échappe — parce qu'elle parle depuis l'empire d'en face. Saint Jean Damascène, moine de Saint-Sabas près de Jérusalem, en territoire du califat, est hors d'atteinte du bras impérial. Vers 726-730, il rédige ses trois Discours contre ceux qui rejettent les saintes images, le premier traité systématique de théologie des icônes[21].

Son argument maître tient en une phrase : Dieu, autrefois invisible, s'est rendu visible en prenant chair — et ce qui a été vu peut être représenté.

« Autrefois, Dieu, incorporel et sans figure, ne pouvait être représenté d'aucune manière. Mais maintenant que Dieu a été vu dans la chair et qu'il a vécu parmi les hommes, je représente ce que j'ai vu de Dieu. » — Saint Jean Damascène, premier Discours sur les images, 16 (traduction Ignispedia)[22]

Le Damascène fixe aussi la distinction qui tranchera tout le débat : aux images est due la vénération — en grec proskynèsis, l'hommage rendu à ce qu'elles représentent —, tandis que l'adoration véritable — la latreia — n'appartient qu'à Dieu seul. On n'adore pas le bois et les couleurs : on honore le prototype à travers l'image[23].

Les iconoclastes ne pardonneront jamais au moine : le faux concile d'Hiéreia l'anathématisera nommément sous son nom arabe, Mansur. Nicée II le réhabilitera avec honneur[24].

Constantin V et le faux concile d'Hiéreia

Après la brève parenthèse d'Artabasde — le gendre de Léon III, qui usurpe le trône de 741 à 743 et restaure les images —, Constantin V (741-775) reprend la persécution avec une violence systématique qui lui vaudra, de la part de ses adversaires, le surnom infamant de Copronyme. Sous lui, la destruction des images devient une politique d'État méthodique[25].

En 754, Constantin réunit au palais d'Hiéreia, sur la rive asiatique du Bosphore, un concile de 338 évêques — sans aucun patriarche en exercice parmi eux, les grands sièges étant vacants ou aux mains du pouvoir. L'assemblée se proclame œcuménique et définit que toute image du Christ est nécessairement hérétique : nestorienne si elle sépare, monophysite si elle confond. Seule l'eucharistie serait l'image légitime. Le concile anathématise nommément le patriarche Germain, Jean Damascène et Georges de Chypre, défenseurs des images[26].

Ce concile n'a jamais été reçu par l'Église : ni le pape ni les patriarches d'Orient ne l'ont reconnu, et Nicée II l'annulera solennellement. C'est pourquoi l'histoire catholique l'appelle le faux concile ou le conciliabule d'Hiéreia — une assemblée d'évêques aux ordres du pouvoir, dont les décrets n'ont d'œcuménique que le nom[27].

La persécution des moines : Étienne le Jeune

Après 754, la persécution frappe surtout les moines, gardiens des images dans tout l'Orient. Le stratège Michel Lachanodrakon terrorise l'Asie Mineure ; à Constantinople, les monastères sont dispersés et leurs biens confisqués. La figure la plus célèbre de cette résistance est saint Étienne le Jeune, higoumène du monastère du mont Saint-Auxence : traîné à Constantinople, jugé, exilé puis lynché par la foule le 28 novembre 764 — certaines chronologies donnent 765 —, il meurt martyr pour les saintes images et reste le patron céleste de la cause iconodule[28].

Irène et le deuxième concile de Nicée

Léon IV (775-780) laisse les lois iconoclastes en vigueur sans les appliquer avec rigueur. À sa mort, sa veuve Irène, régente pour leur fils Constantin VI encore enfant, prépare la restauration : elle fait élire patriarche Taraise (784-806) — un haut fonctionnaire passé rapidement par tous les ordres, élévation précipitée que Rome ne manquera pas de relever — et ouvre des négociations avec le pape Adrien Ier (772-795)[29].

Le concile se réunit à Nicée du 24 septembre au 13 octobre 787, avec environ trois cents évêques, sous la présidence de Taraise et en présence de deux légats d'Adrien Ier — l'archiprêtre Pierre et l'abbé Pierre de Saint-Sabas. Une huitième et dernière session se tient le 23 octobre au palais des Magnaures, à Constantinople, en présence d'Irène et de son fils. Le concile définit la foi sur les images, annule Hiéreia et rétablit dans leur honneur Germain, Jean Damascène et Georges de Chypre[30].

  1. vers 726
    L'édit de Léon III

    L'empereur déclare les images des idoles interdites par l'Exode. L'image du Christ de la Chalcé est arrachée ; la foule massacre les officiers impériaux.

  2. 730
    Déposition de saint Germain

    Le patriarche de Constantinople refuse l'édit ; Léon III le dépose et le remplace par Anastase. Saint Jean Damascène écrit ses Discours depuis Jérusalem.

  3. 731
    Synode de Rome

    Le pape Grégoire III excommunie les destructeurs d'images. L'Italie byzantine se soulève contre l'empereur.

  4. 741-743
    Parenthèse d'Artabasde

    Le gendre de Léon III usurpe le trône et restaure les images, avant d'être renversé par Constantin V.

  5. 754
    Faux concile d'Hiéreia

    338 évêques aux ordres de Constantin V déclarent toute image du Christ hérétique et anathématisent Germain, Jean Damascène et Georges de Chypre.

  6. 764
    Martyr d'Étienne le Jeune

    L'higoumène du mont Saint-Auxence est lynché à Constantinople pour les saintes images, après la persécution méthodique des monastères.

  7. 787
    Deuxième concile de Nicée

    Septième concile œcuménique : les images sont légitimes pour la vénération ; Hiéreia est annulé ; les défenseurs des images sont réhabilités.

Ce que Nicée II définit : la charte des images

Le Horos : exposer les images pour la vénération

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Le décret dogmatique du concile — le Horos, la « définition » — tient en un principe lumineux : les saintes images du Christ, de la Vierge, des anges et des saints doivent être exposées dans les églises, sur les vases sacrés et les vêtements, dans les maisons et sur les chemins, pour que les fidèles les vénèrent. Non d'une adoration véritable, qui ne convient qu'à la seule nature divine, mais d'un honneur de vénération comparable à celui qu'on rend à la croix, à l'Évangile et aux saintes reliques[31].

« Nous définissons que les vénérables et saintes images doivent être exposées dans les saintes églises de Dieu, pour la vénération — non pour l'adoration véritable qui convient à la seule nature divine, mais comme on honore la figure de la croix précieuse et vivifiante, les saints Évangiles et les autres objets sacrés. » — Horos du deuxième concile de Nicée, session 7 (traduction Ignispedia)[32]

Le concile frappe d'anathème ceux qui appellent les images des idoles, ceux qui les détruisent ou les profanent, et ceux qui appliquent aux images du Christ les passages de l'Écriture dirigés contre les idoles. En contrepartie, il joint à sa définition une profession de foi explicite : le Christ est vrai Dieu et vrai homme, et c'est parce qu'il est vraiment homme — visible, touchable, dépeignable — que son image est légitime[33].

Vénération et adoration : deux mots pour deux cultes

Autrement dit : quand un chrétien s'incline devant une icône, il fait un geste tout différent de celui du païen devant son idole. L'idole est le dieu pour celui qui l'adore ; l'icône renvoie à quelqu'un d'autre. Le concile reprend ici la formule de saint Basile : l'honneur rendu à l'image passe au prototype — à la personne représentée, non au panneau de bois[34].

« L'honneur rendu à l'image remonte au prototype. » — Saint Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit, 18, 45[35]

Cette distinction n'est pas une subtilité de sacristie : elle structure encore aujourd'hui l'enseignement catholique. Le Catéchisme la reprend en affirmant que l'image sacrée représente principalement le Christ, qu'elle est légitime depuis l'Incarnation, et que le culte rendu aux images — vénération respectueuse, jamais adoration — s'adresse en réalité aux personnes représentées (Catéchisme de l'Église catholique, 1159-1162)[36].

Hiéreia et Nicée II face à face

Le tableau suivant résume l'affrontement des deux assemblées, pour que le lecteur mesure d'un coup d'œil pourquoi l'une est restée un conciliabule et l'autre est devenue un concile œcuménique.

Point de comparaisonHiéreia (754)Nicée II (787)
ConvocationPar l'empereur Constantin V seulPar l'impératrice Irène avec le pape Adrien Ier
Participants338 évêques, aucun patriarcheEnviron 300 évêques, 2 légats pontificaux
Orient et RomeNi le pape ni les patriarches d'OrientLégats du pape, patriarches représentés
Doctrine du ChristToute image du Christ est nestorienne ou monophysiteLe Christ vrai homme peut être représenté
Statut de l'imageSeule l'eucharistie serait imageL'eucharistie est le Christ même, non une image
Sort des défenseursAnathèmes contre Germain, Damascène, Georges de ChypreRéhabilitation des trois défenseurs
RéceptionJamais reçue, annulée en 787Reçue par toute l'Église, 7e concile œcuménique

Le second iconoclasme, 815-843 : la rechute et la guérison

Pourquoi la crise a repris : une armée restée iconoclaste

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La paix de 787 n'avait pas converti les cœurs. Dans l'armée surtout, un fort parti iconoclaste avait gardé la nostalgie de Constantin V — le grand général victorieux des Arabes et des Bulgares — jusqu'à le vénérer comme un saint et à pèleriner sur sa tombe. Quand l'empereur Michel Ier (811-813), fidèle à Nicée II, essuie des défaites humiliantes face aux Bulgares, les soldats concluent que Dieu punit l'empire d'avoir restauré les images. Le général Léon V prend le pouvoir en 813 sur cette vague — et la persécution recommence, avec une exactitude troublante : vingt-huit ans s'écoulent, et chaque acteur de la première crise retrouve son double[37].

Léon V et le synode de Sainte-Sophie

Léon V (813-820) commence par exiger du patriarche Nicéphore (806-815) qu'il renie Nicée II ; devant son refus, il le dépose et l'exile — Nicéphore mourra en exil en 828. Puis l'empereur réunit en 815, dans l'église Sainte-Sophie de Constantinople, un synode qui annule Nicée II et restaure les décrets d'Hiéreia, sous l'autorité d'un nouveau patriarche aux ordres, Théodote Cassitéras. Les images sont de nouveau arrachées, les défenseurs exilés ou emprisonnés[38].

Nicéphore et Théodore le Stoudite : les deux colonnes

Face au nouvel assaut, deux hommes tiennent la place que Germain et Damascène tenaient un siècle plus tôt. Le patriarche déposé saint Nicéphore (758-828) réfute l'hérésie par la plume, notamment dans son grand ouvrage de controverse contre les iconoclastes, et paie sa constance par treize ans d'exil[39].

À ses côtés, saint Théodore le Stoudite (759-826), higoumène du grand monastère du Stoudion à Constantinople, organise la résistance monastique : lettres clandestines, processions d'icônes à travers les rues, refus publics de communier avec les persécuteurs. Exilé de monastère en monastère sous Léon V, il ne cesse d'écrire — ses réfutations des iconoclastes et sa correspondance forment l'un des plus grands dossiers de la controverse. Sa thèse est christologique jusqu'au bout : contester l'image du Christ, c'est contester que le Verbe s'est fait chair visible — et retomber, par un autre chemin, dans les vieilles erreurs sur le Christ[40]. Il meurt en exil le 11 novembre 826, dix-sept ans avant la victoire finale.

Théophile le persécuteur et ses victimes

Psautier Chludov, milieu du IXe siècle, artiste byzantin anonyme. Musée historique d’État, Moscou. Wikimedia Commons, domaine public.

Michel II (820-829), successeur de Léon V assassiné, maintient les lois iconoclastes sans les aggraver. Son fils Théophile (829-842), lettré et théologien à ses heures, reprend la persécution avec une férocité inédite : le moine peintre Lazare est flagellé jusqu'à en mourir presque ; le moine Méthode — le futur patriarche — est jeté en prison parmi les criminels de droit commun pendant sept ans ; Michel, syncelle de Jérusalem, et Joseph l'hymnographe sont torturés ; les deux frères Théodore et Théophane reçoivent deux cents coups de fouet puis sont marqués au fer rouge au visage comme idolâtres — la tradition les surnomme les « Marqués », et le Martyrologe romain les fête le 27 décembre. À la fin du règne, les images ont disparu des églises et des places, les prisons regorgent de leurs défenseurs, et les catholiques fidèles ne sont plus qu'une secte traquée dans l'empire[41].

Le patriarche de ces années noires est Jean VII le Grammairien (837-843), savant estimé mais docile instrument du pouvoir. Quand Théophile meurt, le 20 janvier 842, tout semble perdu — et tout va basculer en un an[42].

Théodora et le Triomphe de l'Orthodoxie

Théophile laisse un fils de deux ans, Michel III : la régence échoit à sa veuve, Théodora, catholique secrète qui vénérait les images jusque dans le palais. D'abord prudente — elle hésite à révoquer d'un trait les lois iconoclastes —, elle se décide vite : le patriarche Jean VII doit choisir entre restaurer les images et se retirer ; il se retire. À sa place monte sur le trône patriarcal Méthode, le confesseur aux sept ans de prison (843-847)[43].

La même année 843, un synode réuni à Constantinople dépose Jean VII, renouvelle les décrets de Nicée II et excommunie les iconoclastes. Puis vient le geste qui scelle un siècle de querelle : le premier dimanche du Grand Carême de l'an 843 — le 11 mars selon la chronologie la plus reçue —, les icônes sont ramenées en procession solennelle dans les églises de Constantinople. Ce jour devient une fête perpétuelle : la fête de l'Orthodoxie, que l'Église byzantine célèbre encore chaque année à l'ouverture du Carême[44].

Ce jour-là est lu le Synodikon, qui anathématise solennellement tous les hérétiques — et les iconoclastes n'y figurent plus que comme une fraction d'une longue liste. La dernière des vieilles hérésies est devenue, aux yeux des Orientaux, le type même de l'hérésie vaincue.

« Telle est la foi des Apôtres, telle est la foi des Pères, telle est la foi des orthodoxes ! » — Acclamation du Synodikon de l'Orthodoxie, lu le jour du Triomphe (traduction Ignispedia)[45]

Après 843, un parti iconoclaste subsiste encore en Orient — mais aucun empereur ne lui prête plus l'oreille, et il s'éteint progressivement de lui-même[46].

La théologie catholique des images : pourquoi l'icône est orthodoxe

L'argument de l'Incarnation : Dieu a un visage

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Autrement dit : tout le débat se ramène à une seule question — le Verbe s'est-il vraiment fait chair ? Si oui, alors cette chair a eu un visage, une taille, des traits : elle a été vue, touchée, décrite. Et ce qui a été vu peut être représenté. Refuser toute image du Christ, c'est donc affirmer, en actes, que le Christ n'a pas vraiment assumé une humanité visible — c'est retomber dans le docétisme, pour qui la chair du Sauveur n'était qu'une apparence[47].

L'Écriture elle-même appelle le Christ l'image du Dieu invisible.

« Il est l'image du Dieu invisible, premier-né de toute créature. » — Saint Paul, Épître aux Colossiens, 1, 15[48]

Et saint Jean : « Et le Verbe s'est fait chair » (Jn 1, 14)[49]. Le Dieu invisible s'est donné une image : lui-même, en son Fils incarné. L'icône du Christ ne fait que prolonger ce geste — elle montre ce que Dieu a montré[50].

Ce que l'Église permet, ce qu'elle interdit

La doctrine catholique tient ensemble trois affirmations qu'il ne faut jamais séparer. Premièrement, l'image est légitime : depuis l'Incarnation, représenter le Christ, la Vierge, les anges et les saints est bon et utile — les images instruisent les illettrés, soutiennent la prière, honorent les prototypes. Deuxièmement, l'image n'est jamais adorée : la latreia, l'adoration véritable, n'appartient qu'à Dieu ; devant une icône, le fidèle ne s'arrête pas au panneau, il traverse vers la personne. Troisièmement, l'abus reste condamné : toute superstition qui attribuerait à l'objet lui-même une puissance divine, toute adoration de la matière, retombe sous l'interdit de l'Exode — et c'est précisément contre cet abus que les iconoclastes avaient raison de s'indigner, tout en se trompant de remède[51].

On comprend alors le paradoxe de la crise : les iconoclastes voyaient juste sur le danger — l'idolâtrie guette toujours — mais ils amputaient le remède en supprimant l'image au lieu de purifier le culte. L'Église, elle, garde l'image et le discernement[52].

L'objection de l'Exode, réfutée pas à pas

Reprenons l'objection scripturaire des empereurs et répondons point par point. L'interdit — « tu ne te feras aucune image sculptée » — vise les idoles des faux dieux, comme le montre la suite immédiate : « tu ne te prosterneras pas devant ces dieux ». Or l'icône n'est pas un dieu : personne ne la prend pour tel, et le culte qu'on lui rend traverse vers le prototype. Ensuite, le même Dieu ordonne des images dans son propre sanctuaire — les chérubins de l'arche —, preuve que la représentation n'est pas mauvaise en soi. Enfin, l'Ancien Testament interdisait l'image parce que Dieu n'avait pas encore montré de visage ; depuis l'Incarnation, cet argument est caduc : Dieu a un visage, celui de Jésus de Nazareth[53].

L'écho franc : les Libri Carolini et Francfort

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Pendant que l'Orient se déchirait, l'Occident franc se méprit — de bonne foi — sur ce que Nicée II avait décidé. La traduction latine des actes, expédiée à Charlemagne, rendait la formule grecque de travers : au lieu de « je reçois les saintes images avec la vénération due », on lisait que le concile exigeait pour les images la même adoration que pour la Trinité. Devant une telle énormité, la réaction franque fut outrée — et compréhensible : un peuple à peine sorti du paganisme, qui ignorait les raffinements byzantins de la proskynèsis — prosternations, baisers, encens, marques de respect courantes à Byzance jusque devant les statues impériales —, ne pouvait entendre parler d'adoration des images sans crier à l'idolâtrie[54].

De cette méprise naquirent les Libri Carolini — composés vers 790-793 dans l'entourage de Charlemagne — puis le synode de Francfort (794), réuni en présence de deux légats pontificaux qui ne dissipèrent pas le malentendu : son deuxième canon condamne le concile de Nicée, en croyant condamner l'adoration des images à l'égal de la Trinité. Le pape Adrien Ier répondit par lettre pour défendre le vrai sens de Nicée II : ni destruction à la manière d'Hiéreia, ni adoration — mais vénération. La position franque — ni briser, ni adorer — rejoignait au fond la doctrine du concile, une fois le contresens levé ; le malentendu se dissipa dans les décennies suivantes, et l'Occident ne connut jamais de persécution iconoclaste[55].

Postérité : ce qu'il reste de la crise

La fête de l'Orthodoxie, chaque année

Le premier dimanche du Grand Carême, les Églises byzantines — catholiques orientales comme orthodoxes — célèbrent encore le Triomphe de l'Orthodoxie : procession des icônes, lecture du Synodikon, anathèmes contre toutes les hérésies. La fête fondée pour commémorer la défaite de l'iconoclasme est devenue la fête de la victoire de l'Église sur toutes les hérésies : tant cette crise, la dernière des grandes erreurs antiques, a marqué la conscience orientale[56].

Rome et Byzance : une rupture qui prépare le schisme

La querelle des images a aussi creusé le fossé politique entre Rome et Constantinople : soulèvements de l'Italie contre Léon III, chute de l'exarchat de Ravenne aux mains des Lombards en 751 sans secours byzantin, appel des papes aux Francs — Pépin, puis Charlemagne —, naissance des États pontificaux, et bientôt le couronnement impérial de l'an 800. La Catholic Encyclopedia voit dans l'iconoclasme la dernière des ruptures qui, de loin en loin, ont préparé la voie au schisme de Photius au siècle suivant[57].

Bornage : cet article ne traite pas des iconoclasmes postérieurs

Pour éviter toute confusion : cet article s'en tient à l'hérésie antique (726-843). Les destructions d'images du XVIe siècle — calvinistes, anglicans, guerres de Religion — et celles de la Révolution française relèvent d'autres dossiers, avec d'autres causes et d'autres réponses. Elles ne sont mentionnées ici que pour mémoire : le lecteur qui les cherche ne confondra pas les bris d'images réformés avec la querelle byzantine tranchée à Nicée II[58].

Pour aller plus loin

  • Lire les trois Discours de saint Jean Damascène contre ceux qui rejettent les saintes images : le premier traité de théologie des icônes, à la source de Nicée II.
  • Relire le Horos de Nicée II (Denzinger 600-603) : la charte dogmatique des images en quelques paragraphes.
  • Découvrir saint Théodore le Stoudite : ses lettres de résistance sous Léon V montrent comment des moines ont tenu tête à un empire.
  • Comparer avec les dossiers voisins : le monophysisme et l'eutychianisme pour la confusion des natures, le nestorianisme pour leur division, le monothélisme pour le dernier compromis avant la crise des images.

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia (1910), « Iconoclasm », newadvent.org/cathen/07620a.htm (texte intégral) : l'hérésie du bris d'images qui troubla la paix de l'Église d'Orient aux VIIIe et IXe siècles, en deux persécutions terminées chacune par une impératrice iconodule (Irène puis Théodora).

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  2. Catholic Encyclopedia, ibid. : les empereurs se présentaient en réformateurs du culte, avec un zèle dont la sincérité fit la force du mouvement.

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  3. Catholic Encyclopedia, ibid. : les trois piliers de la doctrine iconoclaste — l'interdit scripturaire, l'irreprésentabilité du Christ, l'eucharistie comme seule image.

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  4. Livre de l'Exode, 20, 4-5.

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  5. Catholic Encyclopedia, ibid. : l'édit de Léon III déclarant les images des idoles interdites par l'Exode.

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  6. Réponse catholique classique reprise par la Catholic Encyclopedia, ibid. : l'interdit vise les idoles, et Dieu lui-même ordonne des images (les chérubins de l'arche) dans son sanctuaire.

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  7. Catholic Encyclopedia, ibid., doctrine du concile d'Hiéreia (754) : toute image du Christ serait soit nestorienne (séparation), soit monophysite (confusion).

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  8. Catholic Encyclopedia, ibid. : le faux concile d'Hiéreia se réclame des grands conciles christologiques pour interdire toute image du Seigneur.

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  9. Catholic Encyclopedia, ibid. : la thèse iconoclaste de l'eucharistie comme seule image légitime du Christ.

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  10. Réponse catholique : l'eucharistie n'est pas une image du Christ mais le Christ lui-même réellement présent ; la confondre avec une image rabaisse le sacrement.

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  11. Catholic Encyclopedia, ibid. : une aversion pour les saintes images, avec la crainte qu'elles deviennent idolâtriques, existait chez certains chrétiens des siècles avant la persécution.

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  12. Catholic Encyclopedia, ibid., renvoyant à l'article « Veneration of Images » : tout le débat porte sur la distinction entre l'image et l'idole, entre vénération et adoration.

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  13. Catholic Encyclopedia, ibid. : les Pauliciens (matière mauvaise, rejet des images, des reliques et de la croix), les évêques Constantin de Nacolia, Thomas de Claudiopolis, Théodose d'Éphèse, et l'évêque nestorien Xénaïas de Hiérapolis comme précurseurs.

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  14. Catholic Encyclopedia, ibid. : c'est quand ce parti hostile aux images gagna l'oreille de l'empereur Léon que la méfiance devint persécution d'État.

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  15. Catholic Encyclopedia, ibid. : pour les musulmans toute représentation humaine est une idole abominable ; le calife de Damas applaudit la campagne impériale et les iconoclastes furent encouragés par leurs rivaux musulmans.

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  16. Catholic Encyclopedia, ibid. : il est peu vraisemblable que le zèle de l'empereur ait eu pour ressort l'exemple de son ennemi mortel ; les causes internes suffisent à expliquer le mouvement.

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  17. Catholic Encyclopedia, ibid. : vers 726, Léon III publie l'édit déclarant les images des idoles interdites par l'Exode ; l'image du Christ de la Chalcé est arrachée et les officiers impériaux sont massacrés par la foule.

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  18. Catholic Encyclopedia, ibid. : saint Germain Ier (715-730), premier héros des défenseurs des images, proteste, en appelle à Rome, reçoit l'ordre impérial de céder, refuse et est déposé en 730 au profit d'Anastase.

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  19. Catholic Encyclopedia, ibid. : résistance de Grégoire II, synode de Rome réuni par Grégoire III en 731 excommuniant les destructeurs d'images, soulèvement de l'Italie byzantine.

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  20. Catholic Encyclopedia, ibid. : Léon III meurt en juin 741, en pleine tourmente, sans avoir changé de politique.

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  21. Catholic Encyclopedia, ibid. : saint Jean Damascène, moine de Saint-Sabas hors d'atteinte impériale, rédige ses trois Discours contre ceux qui rejettent les saintes images.

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  22. Saint Jean Damascène, premier Discours sur les images, 16 (traduction Ignispedia ; cf. Andrew Louth (trad.), Three Treatises on the Divine Images, St Vladimir's Seminary Press, Crestwood, 2003).

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  23. Saint Jean Damascène, ibid., via Catholic Encyclopedia, ibid. : aux images la vénération (proskynèsis), à Dieu seul l'adoration (latreia).

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  24. Catholic Encyclopedia, ibid. : Hiéreia anathématise nommément Jean Damascène sous son nom arabe Mansur ; Nicée II le réhabilite.

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  25. Catholic Encyclopedia, ibid. : Constantin V (741-775), surnommé Copronyme par ses adversaires, fait de la destruction des images une politique d'État méthodique après la parenthèse d'Artabasde (741-743).

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  26. Catholic Encyclopedia, ibid. : concile réuni en 754 au palais d'Hiéreia, 338 évêques sans aucun patriarche, se proclamant œcuménique ; définition contre les images, anathèmes contre Germain, Jean Damascène et Georges de Chypre.

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  27. Catholic Encyclopedia, ibid. : ni le pape ni les patriarches d'Orient ne reconnurent Hiéreia ; Nicée II l'annula solennellement.

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  28. Catholic Encyclopedia et tradition hagiographique : saint Étienne le Jeune, higoumène du mont Saint-Auxence, lynché à Constantinople le 28 novembre 764 (certaines chronologies donnent 765) ; persécution méthodique des monastères, notamment par le stratège Michel Lachanodrakon en Asie Mineure.

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  29. Catholic Encyclopedia, ibid. : Léon IV (775-780) maintient les lois sans rigueur ; Irène, régente pour Constantin VI, fait élire Taraise (784-806) et négocie avec Adrien Ier (772-795).

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  30. Catholic Encyclopedia, ibid. : Nicée, 24 septembre-13 octobre 787, environ 300 évêques, présidence de Taraise, deux légats d'Adrien Ier (Pierre archiprêtre, Pierre abbé de Saint-Sabas) ; huitième session le 23 octobre au palais des Magnaures ; annulation d'Hiéreia, réhabilitation de Germain, Damascène et Georges de Chypre.

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  31. Deuxième concile de Nicée, Horos de la session 7 (traduction Ignispedia ; cf. Denzinger, Enchiridion symbolorum, n. 600-603).

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  32. Catholic Encyclopedia, ibid. : anathèmes contre ceux qui appellent les images des idoles et appliquent aux images du Christ les passages contre les idoles ; profession de foi au Christ vrai Dieu et vrai homme jointe à la définition.

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  33. Saint Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit, 18, 45 : l'honneur rendu à l'image passe au prototype — formule reprise par le Horos de Nicée II.

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  34. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1159-1162 : l'image sacrée représente principalement le Christ, légitime depuis l'Incarnation ; le culte des images est une vénération respectueuse, jamais une adoration, et s'adresse aux personnes représentées.

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  35. Catholic Encyclopedia, ibid. : le parti iconoclaste subsiste surtout dans l'armée, vénère Constantin V comme un saint et pèlerine sur sa tombe ; après les défaites de Michel Ier (811-813) face aux Bulgares, Léon V prend le pouvoir en 813 et la persécution reprend avec une exactitude troublante, chaque acteur retrouvant son double.

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  36. Catholic Encyclopedia, ibid. : Léon V (813-820) exige de Nicéphore le reniement de Nicée II, le dépose et l'exile ; synode de Sainte-Sophie (815) annulant Nicée II et restaurant Hiéreia, sous le patriarche Théodote Cassitéras.

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  37. Saint Nicéphore, patriarche (806-815), via Catholic Encyclopedia, ibid. : grand ouvrage de controverse contre les iconoclastes, treize ans d'exil, mort en 828.

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  38. Saint Théodore le Stoudite (759-826), higoumène du Stoudion, via Catholic Encyclopedia, ibid. : lettres clandestines, processions d'icônes, refus de communier avec les persécuteurs, réfutations et correspondance formant l'un des plus grands dossiers de la controverse ; thèse christologique — contester l'image du Christ, c'est contester l'Incarnation ; mort en exil le 11 novembre 826.

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  39. Catholic Encyclopedia, ibid. : Théophile (829-842) — Lazare flagellé, Méthode sept ans en prison parmi les criminels, Michel syncelle de Jérusalem et Joseph l'hymnographe torturés, les frères Théodore et Théophane flagellés de deux cents coups et marqués au fer au visage comme idolâtres (fêtés le 27 décembre au Martyrologe romain) ; à la fin du règne, images disparues, prisons pleines, catholiques réduits à une secte traquée.

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  40. Catholic Encyclopedia, ibid. : Jean VII le Grammairien (837-843), patriarche docile ; Théophile meurt le 20 janvier 842.

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  41. Catholic Encyclopedia, ibid. : Théodora, régente pour Michel III âgé de deux ans, vénérait secrètement les images ; après une hésitation, elle somme Jean VII de restaurer les images ou de se retirer — il se retire — et fait élire Méthode (843-847), le confesseur aux sept ans de prison.

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  42. Catholic Encyclopedia, ibid. : synode de Constantinople (843) déposant Jean VII, renouvelant Nicée II et excommuniant les iconoclastes ; procession solennelle ramenant les icônes le premier dimanche du Carême (la CE 1910 date du 19 février 842 — chronologie ancienne ; la chronologie la plus reçue aujourd'hui donne le premier dimanche du Grand Carême 843, soit le 11 mars) ; fondation de la fête de l'Orthodoxie.

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  43. Synodikon de l'Orthodoxie (843), acclamation du Triomphe (traduction Ignispedia d'après la formule célèbre au sens attesté).

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  44. Catholic Encyclopedia, ibid. : après 843, un parti iconoclaste subsiste sans plus gagner l'oreille d'un empereur, et s'éteint progressivement.

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  45. Argument central de saint Jean Damascène et de saint Théodore le Stoudite, repris par Nicée II : si le Verbe s'est vraiment fait chair visible, refuser son image revient à nier l'Incarnation — erreur voisine du docétisme.

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  46. Saint Paul, Épître aux Colossiens, 1, 15.

    48
  47. Évangile selon saint Jean, 1, 14 : « Et le Verbe s'est fait chair. »

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  48. Catholic Encyclopedia, ibid. : le Christ, image du Dieu invisible, fonde la légitimité de sa propre représentation.

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  49. Doctrine de Nicée II et du Catéchisme (§§ 1159-1162) : légitimité de l'image depuis l'Incarnation, vénération sans adoration, condamnation des abus superstitieux.

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  50. Lecture catholique de la crise : les iconoclastes voyaient juste sur le danger de l'idolâtrie mais se trompaient de remède en supprimant l'image au lieu de purifier le culte.

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  51. Catholic Encyclopedia, ibid. : la traduction latine fautive (« avec la même adoration que la Trinité »), l'ignorance franque des raffinements byzantins de la proskynèsis, et l'origine des Libri Carolini (vers 790-793, entourage de Charlemagne).

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  52. Catholic Encyclopedia, ibid. : synode de Francfort (794), en présence de deux légats pontificaux qui ne dissipent pas le malentendu — son canon 2 condamne Nicée II en croyant condamner l'adoration des images ; réponse d'Adrien Ier par lettre ; position franque médiane (ni destruction ni adoration) rejoignant au fond le concile une fois le contresens levé ; aucun équivalent occidental de la persécution.

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  53. Catholic Encyclopedia, ibid. : la fête de l'Orthodoxie, célébrée chaque premier dimanche de Carême par les Églises byzantines, devenue la fête de la victoire sur toutes les hérésies.

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  54. Catholic Encyclopedia, ibid. : l'iconoclasme, dernière des ruptures avec Rome (soulèvements italiens, chute de Ravenne en 751, appel aux Francs), prépare la voie au schisme de Photius.

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  55. Bornage éditorial : les bris d'images du XVIe siècle et de la Révolution relèvent d'autres dossiers, avec d'autres causes ; seul l'iconoclasme byzantin antique (726-843) est traité ici.

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