L'arianisme est la grande hérésie trinitaire du IVe siècle : pendant près de soixante ans, de 325 à 381, il dispute à l'Église la divinité même du Christ. Son fondateur, le prêtre alexandrin Arius, enseigne que le Fils n'est pas Dieu au même titre que le Père : il aurait commencé, il serait une créature — la première et la plus haute, mais une créature. Sa formule, restée célèbre, tient en quelques mots : « il fut un temps où il n'était pas »[1].
Condamné dès Nicée en 325 par 318 Pères réunis autour du mot consubstantiel, l'arianisme aurait dû mourir sur place. Il fit exactement l'inverse : protégé par des empereurs, porté par des réseaux d'évêques, il revint en force, fit exiler ses adversaires, imposa ses formules à des conciles entiers — au point qu'en 359, après Rimini et Séleucie, saint Jérôme put écrire que le monde entier s'étonna de se découvrir arien[2]. Il fallut l'obstination d'Athanase, exilé cinq fois, la théologie d'Hilaire de Poitiers et des Cappadociens, puis l'empereur Théodose et le concile de Constantinople en 381, pour clore la crise en Orient.
L'enjeu n'était pas un raffinement d'école : si le Christ n'est pas Dieu, il ne peut pas sauver — car Dieu seul réconcilie l'humanité avec Dieu. Comprendre l'arianisme, c'est comprendre pourquoi l'Église tient le mot de Nicée, consubstantiel au Père, pour le verrou de toute la foi chrétienne[3].
Cet article traite la doctrine et l'histoire du mouvement. Il renvoie sans les redoubler : à Arius (v. 256-336) pour la vie du fondateur, à La querelle arienne pour le récit resserré des événements, à Nicée I (325) pour le premier concile œcuménique, à Concile de Constantinople I (381) pour le deuxième, à Le semi-arianisme pour la famille des homéousiens, à Le sabellianisme et Modalisme pour l'erreur inverse — celle qui confond les Personnes au lieu de les séparer —, et à Les hérésies des premiers siècles pour le panorama des crises doctrinales.
Que niait Arius ? La doctrine en quatre thèses
« Il fut un temps où il n'était pas »
Tout l'arianisme tient dans le slogan que le concile de Nicée fit anathématiser : en grec ên pote hote ouk ên — « il fut un temps où il n'était pas »[4]. Arius l'avait chanté dans son ouvrage le plus populaire, la Thalie — du grec thaleia, « banquet » —, un poème de doctrine composé dans le mètre relâché de Sotadès, mis en airs à la mode et destiné à être repris jusque sur les ports et dans les ateliers[5]. Athanase en a conservé des fragments, dont celui-ci :
« Dieu n'a pas toujours été Père ; il fut un temps où Dieu était seul et n'était pas encore Père ; plus tard, il devint Père. Le Fils n'a pas toujours existé. » — Arius, Thalie, fragment conservé par saint Athanase, Discours contre les ariens, I, 5-6[6]
De ce premier refus découlent trois thèses, que les ariens répètent comme un catéchisme inversé. D'abord, le Fils est tiré du néant (ex ouk ontôn) : il ne procède pas de la substance du Père, il a été fait comme le reste des créatures. Ensuite, il est par nature changeant et perfectible : les textes ariens le disent treptos, « susceptible de changer », capable de vertu comme de faute — ce qui explique, selon eux, les passages de l'Écriture où le Christ ignore, s'étonne ou souffre[7]. Enfin, le Père est étranger au Fils par essence (xenos kat'ousian) : entre l'Inengendré et l'Engendré, il n'y a aucune communauté de nature, seulement une ressemblance de volonté — le Fils obéit parfaitement, et c'est tout[8].
Pourquoi Arius croyait défendre Dieu
Il faut prendre Arius au sérieux : il ne se voyait pas comme un destructeur, mais comme le défenseur du monothéisme. Son point de départ est une idée simple et apparemment pieuse : Dieu est un, seul, inengendré, transcendant — si éloigné du monde que nul intermédiaire engendré de lui ne peut partager son essence sans diviser la monarchie divine[9]. Faire du Fils un second Dieu de même nature, c'était à ses yeux retomber dans le polythéisme ou dans le matérialisme — un Dieu qui « se divise » comme un corps qui engendre.
Cette théologie venait de loin. Arius avait été formé à Antioche, dans l'entourage de Lucien, le grand exégète martyr († 312), dont il partageait le goût de la lettre et de la transcendance divine[10]. Eusèbe de Nicomédie, son protecteur, se réclamera du même maître : les adversaires parleront des ariens comme de sylloukianistai, « ceux qui ont étudié ensemble chez Lucien »[11]. Quant à Origène, dont l'école d'Alexandrie imprégnait toute la théologie orientale avec sa fameuse hiérarchie du Père, du Fils et de l'Esprit, l'historiographie discute encore sa part exacte : les uns y voient la matrice du subordinationisme arien, les autres rappellent qu'Origène affirme aussi l'éternelle génération du Fils[12]. La part exacte d'Origène reste débattue entre spécialistes : il suffit ici que l'arianisme ait pu se présenter comme l'héritier fidèle de la grande théologie orientale, et non comme une invention de toutes pièces.
Ce que l'arianisme n'est pas
Le mot recouvre parfois, dans le langage courant, tout ce qui touche à la Trinité : il faut lever quatre confusions, qui correspondent à quatre articles voisins.
| Erreur | Thèse | Différence avec l'arianisme |
|---|---|---|
| Sabellianisme (IIIe siècle) | Le Père, le Fils et l'Esprit ne sont que trois masques d'un Dieu unique | Erreur inverse : elle confond les Personnes au lieu de les séparer ; Paul de Samosate et Sabellius nient la distinction, Arius nie l'égalité |
| Modalisme | Variante du sabellianisme : trois modes d'apparition successifs | Même opposition : un seul acteur, trois rôles — là où l'arianisme met deux acteurs inégaux |
| Adoptianisme (VIIIe siècle) | Le Christ-homme aurait été adopté comme Fils par la volonté du Père | Erreur christologique sur l'union des natures, pas sur la Trinité éternelle ; huit siècles plus tard, en Espagne |
| Semi-arianisme (IVe siècle) | Le Fils est semblable en substance (homoiousios) au Père | Famille voisine et rivale : elle veut sauver Nicée sans le mot consubstantiel ; traitée dans son article propre |
Surtout, l'arianisme n'est pas un simple « subordinationisme » vague — l'idée que le Fils serait d'un rang inférieur, que beaucoup de Pères avant Nicée expriment maladroitement en commentant les abaissements du Christ. L'arianisme est un système complet et exclusif : le Fils est une créature, point final, et toute l'Écriture doit se relire ainsi[13].
Alexandrie, vers 318 : comment la crise éclate
Arius, le prêtre de Baucalis
Arius est alors un homme d'une soixantaine d'années, prêtre chargé du quartier de Baucalis, le port d'Alexandrie — prédicateur écouté, ascète admiré, dialecticien redoutable[14]. Pour sa biographie complète — sa Libye natale, sa formation, ses années de faveur puis sa mort solitaire à Constantinople en 336 —, voir Arius (v. 256-336). Ce qui compte ici, c'est le choc doctrinal : vers 318, l'évêque Alexandre prêche un jour sur la coéternité du Père et du Fils, et Arius l'accuse publiquement de sabellianisme — de confondre les Personnes[15]. Le conflit des deux erreurs symétriques est posé dès le premier jour : pour éviter Sabellius, Arius tombe dans l'excès inverse.
Alexandre condamne : le concile d'Égypte
Alexandre procède par étapes : conférences contradictoires, avertissements, puis un concile d'une centaine d'évêques d'Égypte et de Libye, vers 318-320, qui excommunie Arius et ses partisans — dont les deux évêques libyens Second de Ptolémaïs et Théonas de Marmarique[16]. Alexandre notifie la sentence à toute l'Église par une lettre encyclique, conservée par Socrate et Théodoret, où il expose la doctrine catholique avec une netteté déjà nicéenne :
« Nous croyons [...] en un seul Jésus-Christ notre Seigneur [...] engendré du Père avant tous les siècles, par qui toutes choses ont été faites, celles du ciel et celles de la terre ; qui est descendu, s'est incarné, a souffert, est ressuscité. » — Saint Alexandre d'Alexandrie, lettre encyclique, conservée par Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 6[17]
Arius refuse de se soumettre et quitte l'Égypte. C'est là que la querelle locale devient crise d'Empire : il écrit à ses anciens condisciples, et le plus puissant d'entre eux répond.
La lettre à Eusèbe de Nicomédie : le réseau lucianiste
Eusèbe de Nicomédie — à ne pas confondre avec son homonyme de Césarée, l'historien — siège dans la capitale orientale, à deux pas du palais. Ancien élève de Lucien comme Arius, il prend fait et cause pour lui, réunit un concile de Bithynie qui demande à Alexandre de réintégrer le prêtre, et écrit à l'empereur[18]. La lettre d'Arius à Eusèbe, conservée par Théodoret, montre un homme sûr de son orthodoxie et blessé d'être persécuté :
« L'évêque Alexandre nous a violemment persécutés [...] parce que nous ne consentons pas à dire, comme lui : "Toujours Dieu, toujours le Fils ; en même temps le Père, en même temps le Fils." » — Arius, lettre à Eusèbe de Nicomédie, conservée par Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, I, 5[19]
La formule d'Alexandre — toujours Père, toujours Fils — est déjà toute la réponse catholique : si Dieu est éternellement Père, le Fils est éternel comme lui, car on n'est père que d'un fils. Mais Eusèbe a l'oreille de la cour : pendant que les évêques s'excommunient par lettres — conciles contre conciles, d'Alexandrie à Antioche —, Constantin, qui vient de réunifier l'Empire en 324 et découvre avec stupeur une Église déchirée pour ce qu'il croit une dispute de mots, décide de trancher lui-même : il convoquera un concile de tout l'Empire[20]. Pour le cadre impérial, voir Constantin et la liberté de l'Église.
Nicée (325) : le premier concile œcuménique répond
Pourquoi Constantin convoque le concile
Constantin avait d'abord envoyé son conseiller Ossius de Cordoue porter aux deux partis une lettre de conciliation : la question lui semblait une subtilité d'oisifs[21]. Devant l'échec, il frappe un grand coup : à l'été 325, il réunit à Nicée, près de la capitale, le premier concile de toute l'Église — la tradition retient 318 Pères, évêques venus de tout l'Empire et même de Perse, dont beaucoup portent sur leurs corps les marques de la persécution[22]. Pour le déroulement complet, voir Nicée I (325) ; pour le récit resserré de toute la crise, La querelle arienne. Ici, l'essentiel tient en un mot.
Homoousios : le mot qui tranche
Les ariens présentaient des formules habiles, toutes bibliques en apparence ; chaque formule était retournée contre eux par des sous-entendus. Eusèbe de Nicomédie proposa même un exposé franc de la doctrine arienne — et l'assemblée le rejeta avec horreur[23]. C'est alors que fut introduit le mot qui n'est pas dans l'Écriture, mais qui seul ferme toutes les issues : homoousios — « de même substance », consubstantiel[24]. Le Fils n'est pas semblable au Père, ni proche du Père : il est ce que le Père est, Dieu de Dieu, avec tout ce qu'implique l'engendrement véritable — sauf la division, car en Dieu engendrer ne partage pas.
Le symbole promulgué, ancêtre direct du Credo récité chaque dimanche, s'achève par des anathèmes nominaux qui visent les slogans ariens un par un :
« Nous croyons [...] en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, engendré du Père, unique-engendré, c'est-à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas fait, consubstantiel au Père [...]. Quant à ceux qui disent : "Il fut un temps où il n'était pas" et "avant de naître, il n'était pas", et "il a été fait à partir de ce qui n'était pas", l'Église catholique et apostolique les anathématise. » — Symbole de Nicée (325), avec ses anathèmes, Denzinger, DH 125-126[25]
Seuls deux évêques, Second et Théonas, refusèrent de signer avec Arius : exilés en Illyrie avec lui[26]. Le concile règle au passage la date de Pâques et la réintégration des schismatiques de Mélèce — signe que Nicée se voulait d'abord une œuvre de paix et d'unité, non un tribunal.
Eusèbe de Césarée signe « pour la paix »
Le cas le plus instructif est celui du grand historien Eusèbe de Césarée : ni arien ni nicéen de cœur, embarrassé par un mot absent de l'Écriture, il finit par signer — et expliqua à son Église, dans une lettre conservée par Socrate et Théodoret, pourquoi ce mot ne le trahissait pas :
« [...] nous n'avons pas refusé le mot "consubstantiel", ayant en vue la paix, que nous avons à cœur de garder. » — Eusèbe de Césarée, lettre à son Église après Nicée, conservée par Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 8[27]
Beaucoup signèrent ainsi, par loyalisme impérial plus que par conviction — Eusèbe de Nicomédie lui-même souscrivit le symbole, en refusant seulement les anathèmes[28]. C'est toute la fragilité de Nicée : un concile unanime en apparence, dont la moitié des signataires restaient à convertir. Dès que Constantin, dans ses dernières années, se rapprocha des eusébiens, la machine se remit en marche — et cette fois contre les nicéens.
Pourquoi Nicée ne suffit pas : cinquante-six ans de crise (325-381)
Les trois familles ariennes
L'arianisme d'après Nicée n'est pas un bloc : c'est une nébuleuse de partis qui se détestent presque autant qu'ils détestent Nicée. Trois familles se dégagent, distinguées par leur réponse à une seule question — que dire de la substance du Fils ? Le détail de la famille médiane appartient à son article propre, Le semi-arianisme ; on donne ici la carte complète pour s'y retrouver.
| Famille | Mot d'ordre grec | Thèse | Chefs de file |
|---|---|---|---|
| Anoméens (« dissemblables ») | anomoios | Le Fils est dissemblable au Père en tout, y compris par la substance ; l'Inengendré dit l'essence même de Dieu, que le Fils ne partage aucunement | Aèce, Eunome de Cyzique |
| Homéens (« semblables ») | homoios | Le Fils est semblable au Père « selon les Écritures », sans préciser en quoi — formule impériale qui interdit même de prononcer le mot substance | Acace de Césarée, Eudoxe de Constantinople |
| Homéousiens (« semi-ariens ») | homoiousios | Le Fils est semblable au Père en substance — tout de Nicée sauf le mot de Nicée | Basile d'Ancyre, Georges de Laodicée |
Les anoméens sont les purs et durs : Eunome pousse la logique jusqu'à soutenir que l'homme peut connaître l'essence de Dieu aussi adéquatement que Dieu se connaît lui-même, puisque le nom d' « inengendré » la livre tout entière[29]. Les homéens sont les habiles : leur formule de 359-360 — le Fils « semblable » au Père, sans le mot ousia — permet à chacun d'entendre ce qu'il veut, et c'est elle que les empereurs imposent comme religion d'État[30]. Les homéousiens, eux, sont presque catholiques : un seul iota les sépare de Nicée — homoiousios contre homoousios — et beaucoup finiront par le franchir, comme le racontera l'article Le semi-arianisme.
Constance II et la fabrique des formules
À la mort de Constantin en 337 — baptisé sur son lit de mort par Eusèbe de Nicomédie, selon la tradition rapportée par les historiens[31] —, l'Empire se partage entre ses fils : Constant, nicéen, à l'Ouest ; Constance II, arien, à l'Est. Quand Constant est assassiné en 350, Constance devient seul maître — et seul maître de la théologie. Commence alors une décennie de conciles fabriqués : Sirmium 351, qui dépose Photin de Sirmium[32] ; Ancyre 358, qui impose l'homoiousios ; puis le grand coup de 359, le double concile de Rimini à l'Ouest — quelque quatre cents évêques latins, parqués et affamés jusqu'à signature — et de Séleucie à l'Est, qui imposent la formule « datée » du 22 mai 359 : le Fils semblable au Père, sans mention de substance[33].
C'est l'heure la plus sombre : le pape Libère, exilé en 355 pour avoir défendu Athanase, finit par signer une formule de Sirmium en 357 — épisode douloureux dont ses défenseurs comme ses accusateurs débattent encore[34] ; le vieil Ossius de Cordoue, centenaire, qui avait présidé Nicée, est traîné à Sirmium et contraint de communier avec les eusébiens[35]. Saint Jérôme, regardant en arrière, résumera la stupeur des contemporains dans la phrase la plus célèbre de toute la crise :
« Ingemuit totus orbis, et Arianum se esse miratus est. » — Saint Jérôme, Dialogue contre les lucifériens, 19[36]
« Le monde entier gémit, et s'étonna de se découvrir arien. » — Saint Jérôme, Dialogue contre les lucifériens, 19[37]
Athanase contre le monde : cinq exils
Face à la machine impériale, un seul homme tient bon : Athanase, diacre à Nicée, élu évêque d'Alexandrie en 328, qu'il gouvernera quarante-cinq ans — dont dix-sept en exil[38]. Déposé au conciliabule de Tyr en 335 sur des accusations extravagantes — on l'accuse d'avoir fait assassiner l'évêque Arsène et brisé le calice d'un prêtre, Ischyras ; Arsène reparaît vivant et le calice n'a jamais existé[39] —, il subit cinq exils sous quatre empereurs : Trèves (335-337), Rome (339-346), le désert égyptien (356-362), puis deux brefs bannissements sous Julien et Valens[40]. De là le mot resté proverbial : Athanasius contra mundum — Athanase contre le monde[41].
Mais l'exilé écrit : Discours contre les ariens, De l'Incarnation, Histoire des ariens, lettres festales — une œuvre qui forge à elle seule la théologie de Nicée en doctrine vécue. Son argument décisif n'est pas technique, il est sotériologique : seul Dieu peut diviniser — et c'est pourquoi le Sauveur doit être Dieu :
« Car lui s'est fait homme, afin que nous devenions dieux. » — Saint Athanase, De l'Incarnation, 54[42]
Le Tome aux Antiochiens (362) couronne l'œuvre : Athanase y rouvre la communion aux homéousiens qui confessent Nicée, refermant par en bas la brèche que les formules impériales avaient ouverte par en haut[43].
Hilaire, Basile, les deux Grégoire : la riposte théologique
Athanase n'est pas seul. En Gaule, Hilaire de Poitiers — voir Saint Hilaire de Poitiers —, exilé en Phrygie par Constance en 356, y découvre la théologie grecque et rédige en exil son De Trinitate en douze livres, puis un De synodis qui explique aux Occidentaux le sens des formules orientales : le premier pont théologique entre les deux moitiés de l'Église[44]. Rentré en 360, il harcèle les évêques ariens d'Italie et de Gaule jusqu'à les faire déposer un par un — saint Jérôme dira de lui qu'il fut le « Rhône de l'éloquence latine » dressé contre l'hérésie[45].
En Orient, la relève vient des Cappadociens. Basile de Césarée tient tête à Valens, organise la résistance des évêques fidèles et, en 375, publie son Traité du Saint-Esprit : contre ceux qui rabaissent la troisième Personne au rang de créature — les pneumatomaques, traités dans Le macédonianisme —, il établit que l'Esprit reçoit les mêmes honneurs que le Père et le Fils, donc partage leur nature[46]. Son ami Grégoire de Nazianze prononce à Constantinople, en 380, les cinq Discours théologiques (27-31), qui restent le sommet de la théologie trinitaire : distinction des Personnes par les relations d'origine — inengendré, engendré, procédant —, unité absolue de nature[47]. Son homonyme Grégoire de Nysse achève la démolition d'Eunome dans un massif Contre Eunome[48].
« Ce qui n'est pas uni à Dieu par l'adoration ne peut unir à Dieu par la grâce : l'Esprit que nous glorifions avec le Père et le Fils est donc de même nature qu'eux. » — D'après saint Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit[49]
À Milan, le jeune évêque Ambroise — élu en 374 — prend le relais en Occident : son De fide réfute les ariens de cour, et au concile d'Aquilée en 381 il fait déposer les derniers évêques homéens d'Illyrie, Palladius et Secondien[50].
Constantinople (381) : la réception définitive
Théodose et le « tous les peuples » de 380
Le retournement vient d'une catastrophe : le 9 août 378, à Andrinople, l'empereur arien Valens périt avec son armée face aux Goths[51]. Son successeur en Orient, Théodose, Espagnol nicéen, inverse la politique religieuse. Le 27 février 380, l'édit Cunctos populos ordonne à « tous les peuples » de suivre la foi de Rome et d'Alexandrie — celle de Damase et de Pierre d'Alexandrie, nommément cités :
« Que tous les peuples que régit la clémence de notre administration suivent la religion que le divin apôtre Pierre a transmise aux Romains [...], celle que suivent le pontife Damase et Pierre, évêque d'Alexandrie : croire en une seule divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, sous une égale majesté et sous une pieuse Trinité. » — Théodose Ier, édit Cunctos populos, 27 février 380[52]
Théodose entre à Constantinople, en chasse l'évêque homéen Démophile et y installe Grégoire de Nazianze — puis convoque pour mai 381 un concile œcuménique : le deuxième de l'histoire[53]. Pour le déroulement complet, voir Concile de Constantinople I (381).
Les cent cinquante Pères et le symbole
Cent cinquante évêques orientaux s'assemblent — aucun Latin, le pape Damase donnant son accord par lettres[54]. La présidence passe de Mélèce d'Antioche, mort en cours de session, à Grégoire de Nazianze — qui démissionne devant les intrigues — puis à Nectaire, baptisé huit jours plus tôt[55]. Le concile promulgue le symbole chanté encore aujourd'hui, qui reprend Nicée en l'amplifiant : contre les ariens, il martèle l'éternité du Fils ; contre les pneumatomaques, il confesse la divinité de l'Esprit :
« [...] né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père [...]. Et en l'Esprit Saint, Seigneur qui donne la vie, qui procède du Père, qui avec le Père et le Fils reçoit même adoration et même gloire. » — Symbole de Nicée-Constantinople (381), Denzinger, DH 150[56]
Le canon 1 : l'inventaire des hérésies condamnées
Le premier canon du concile dresse le bilan de cinquante-six ans de crise en une seule phrase, qui anathématise nommément chaque famille : les eunomiens (anoméens), les ariens ou eudoxiens (homéens), les semi-ariens ou pneumatomaques, les sabelliens, les marcelliens, les photiniens et les apollinaristes[57]. C'est l'acte de décès officiel de l'arianisme en Orient — et la raison pour laquelle Constantinople I est compté comme deuxième concile œcuménique, malgré l'absence des Latins : sa foi est celle de toute l'Église, reçue ensuite par Rome sans réserve[58]. Le canon 3, qui donne à Constantinople la primauté d'honneur après Rome, ouvrira une autre histoire — celle des rivalités entre sièges — qui n'appartient pas à cet article[59].
L'arianisme germanique : quand les Barbares restent ariens
Ulfilas et la Bible des Goths
Pendant que l'Empire revenait à Nicée, l'arianisme conquérait un second empire : celui des Germains. L'instrument de cette conquête s'appelle Ulfilas — Wulfila, « louveteau » en gothique —, né vers 311 d'une famille cappadocienne captive chez les Goths, consacré évêque vers 341 par Eusèbe de Nicomédie lui-même[60]. Missionnaire homéen, il donne aux Goths ce qu'aucun peuple barbare ne possédait : une Bible en langue gothique, traduite du grec, dont le plus célèbre témoin, le Codex Argenteus aux lettres d'argent sur parchemin pourpre, se conserve à Uppsala[61]. Avec l'alphabet qu'il invente pour l'écrire, Ulfilas fait des Goths le premier peuple germanique chrétien — et chrétien arien.
Le lien entre arianisme et Germains se scelle dans le sang : quand les Goths, poussés par les Huns, demandent asile à Valens en 376, l'empereur les accueille à condition qu'ils reçoivent des évêques ariens[62]. Deux ans plus tard, ces mêmes Goths l'écrasent à Andrinople. L'arianisme devient la marque religieuse des fédérés barbares — et le restera deux siècles après la conversion de l'Empire.
Cinq peuples ariens : le tableau de la survivance
| Peuple | Territoire | Fin de l'arianisme |
|---|---|---|
| Wisigoths | Espagne et Gaule du Sud | 589 : le roi Récarède abjure au IIIe concile de Tolède, tout le peuple suit[63] |
| Ostrogoths | Italie (493-553) | Milieu du VIe siècle : le royaume s'effondre sous Justinien ; Théodoric, arien, avait pourtant régné en protecteur tolérant des catholiques[64] |
| Vandales | Afrique du Nord (429-534) | 534 : Bélisaire reprend Carthage ; entre-temps, Genséric puis Hunéric persécutent férocement les catholiques[65] |
| Burgondes | Vallée du Rhône | Vers 516 : le roi Sigismond, fils de l'arien Gondebaud, passe au catholicisme[66] |
| Lombards | Italie du Nord (568-...) | Milieu du VIIe siècle : derniers ariens royaux, sous l'influence de reines catholiques comme Théodelinde[67] |
Genséric et Hunéric : la persécution d'Afrique
Le chapitre le plus sombre est africain. Genséric, roi vandale arien, prend Carthage en 439 et organise la spoliation méthodique de l'Église catholique : exils d'évêques, confiscations de basiliques livrées au clergé arien[68]. Son fils Hunéric (477-484) passe à la persécution ouverte : le 1er février 484, il convoque à Carthage une « conférence » entre évêques catholiques et ariens — parodie du colloque de 411, jouée d'avance — puis déchaîne une répression dont l'historien Victor de Vita, témoin oculaire, a laissé le récit dans son Histoire de la persécution : évêques exilés en Corse et au désert, laïcs mutilés, vierges torturées[69]. Le dossier africain boucle ainsi la boucle : un siècle après le donatisme — voir Le donatisme (311-411) —, Carthage souffre de nouveau pour la foi catholique, mais cette fois contre l'arianisme germanique. La reconquête de Bélisaire en 533-534 efface le royaume vandale et, avec lui, le dernier grand arianisme d'Occident[70].
La réponse catholique : pourquoi le Fils doit être Dieu
L'Écriture : ce que les ariens lisaient autrement
Les ariens ne rejetaient pas l'Écriture : ils la lisaient à travers leur système. Tout verset d'abaissement devenait une preuve d'infériorité de nature ; tout verset de gloire était rapporté à une dignité conférée en récompense de la vertu du Christ. La réponse catholique tient en un principe de lecture que les Pères ne cesseront de rappeler : distinguer les deux natures — ce qui est dit selon la divinité et ce qui est dit selon l'humanité assumée[71]. Alors les textes s'ordonnent d'eux-mêmes.
Du côté de la gloire, les témoignages sont massifs. Le Prologue de Jean identifie le Verbe à Dieu avant tout commencement :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » — Évangile selon saint Jean, 1, 1[72]
Thomas, tombant aux pieds du Ressuscité, confesse : « Mon Seigneur et mon Dieu » — et le Christ, au lieu de le reprendre comme Pierre reprit Corneille, confirme sa foi[73]. Paul écrit que le Christ, « de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu » — ce qui suppose l'égalité pour pouvoir s'en dépouiller[74]. Et l'épître aux Hébreux appelle le Fils « resplendissement de la gloire et empreinte de la substance » du Père[75].
Proverbes 8, 22 et Jean 14, 28 : les deux versets d'Arius réfutés
Deux textes portaient tout l'édifice arien — et les Pères les réfutèrent un par un. Le premier est la Sagesse qui dit dans les Proverbes : « Le Seigneur m'a créée au commencement de ses œuvres. » Les ariens y voyaient l'aveu du Fils-créature[76]. Réponse d'Athanase et des Pères : la Sagesse parle ici en tant qu'elle préside à la création, et le verbe hébreu — rendu par ektisen dans la Septante — signifie aussi bien « m'a acquise, m'a possédée », comme l'a montré la révision d'Aquila (ektêsato) ; surtout, le contexte parle d'une Sagesse présente avant toute œuvre, ce qui est le contraire d'une créature[77].
Le second est la parole du Christ : « Le Père est plus grand que moi » (Jean 14, 28)[78]. Réponse de Grégoire de Nazianze, restée classique : le Père est plus grand selon l'humanité que le Fils a assumée, non selon la divinité qu'ils partagent — « plus grand » désigne l'origine, non la nature, comme on dit d'un père humain qu'il est « plus grand » que son fils sans être d'une autre espèce[79]. Quant à l'ignorance du Jour (Marc 13, 32), les Pères y voient l'économie du Sauveur qui parle en homme chargé de nous révéler, non en Dieu qui saurait tout — ou, avec Augustin, une manière de dire qu'il ne le sait pas pour nous le dire[80].
« Engendré, non pas créé » : la grammaire de Nicée
Le symbole oppose deux verbes que l'arianisme confondait : engendrer et créer. Créer, c'est faire surgir du néant une nature autre que la sienne ; engendrer, c'est communiquer sa propre nature — un homme engendre un homme, Dieu engendre Dieu[81]. Le Fils est donc engendré, non pas créé : il reçoit tout ce que le Père est, sans commencement, sans division, sans infériorité. C'est pourquoi le consubstantiel n'est pas un mot de philosophe plaqué sur la foi : c'est la seule grammaire qui empêche de dire à la fois « Jésus est Seigneur » et « Jésus n'est pas Dieu » — ce que les ariens faisaient pourtant, louant le Christ comme la plus haute des créatures tout en lui refusant l'adoration due à Dieu seul[82].
Le Catéchisme résume la foi reçue : le Fils est « vrai Dieu, né du Père avant tous les siècles », et l'Esprit « Seigneur qui donne la vie, qui procède du Père » — la Trinité une en nature, distincte en Personnes, que Nicée puis Constantinople ont fixée contre Arius, Eunome et les pneumatomaques[83].
Le salut en jeu : Dieu seul sauve
Reste l'argument dernier, celui qui fait de Nicée autre chose qu'une victoire d'école. Si le Christ n'est qu'une créature, même la plus haute, il ne peut ni pardonner les péchés ni diviniser l'homme : une créature ne rachète pas les créatures, un intermédiaire ne réconcilie pas avec Dieu. Grégoire de Nazianze le dira contre les apollinaristes, mais le principe vaut dès Nicée : seul Dieu sauve, donc le Sauveur est Dieu[84].
« Car lui s'est fait homme, afin que nous devenions dieux ; il s'est rendu visible par son corps, afin que nous recevions l'idée du Père invisible. » — Saint Athanase, De l'Incarnation, 54[85]
Voilà pourquoi l'Église a tenu bon cinquante-six ans plutôt que de transiger sur un iota : l'iota en question — homoousios contre homoiousios — portait le salut du monde[86].
Que reste-t-il de l'arianisme aujourd'hui ?
L'antitrinitarisme moderne : ressemblance sans filiation
L'arianisme antique n'a pas de descendant direct : aucun mouvement actuel ne se réclame d'Arius ni ne remonte à lui par une chaîne continue[87]. Mais l'erreur revient sous d'autres noms, chaque fois que la divinité du Christ est niée. Au XVIe siècle, Michel Servet († 1553) puis Fauste Socin († 1604) ressuscitent un antitrinitarisme savant qui donnera l'unitarisme[88]. À l'époque contemporaine, les Témoins de Jéhovah enseignent que le Christ est une créature — l'archange Michel incarné — et traduisent le Prologue de Jean par « la Parole était un dieu » : la ressemblance doctrinale avec Arius est frappante, sans qu'il y ait de filiation historique[89]. Face à ces résurgences, la réponse catholique n'a pas changé depuis Athanase : les versets d'abaissement se lisent selon l'humanité assumée, et le Nouveau Testament adore le Christ comme Dieu — Thomas, Paul, Hébreux, l'Apocalypse[90].
Ce que Nicée a fixé pour toujours
De la crise, l'Église a gardé trois acquis définitifs. D'abord, le Credo : chaque dimanche, des centaines de millions de chrétiens confessent le Fils « consubstantiel au Père » et l'Esprit « Seigneur qui donne la vie » — la foi de 325 et 381 est devenue la prière quotidienne[91]. Ensuite, la méthode : face aux formules habiles, l'Église a appris qu'un mot non biblique peut être nécessaire pour protéger le sens de l'Écriture — leçon qui servira à Éphèse, Chalcédoine et au-delà[92]. Enfin, le courage : Athanase contre le monde, Hilaire en exil, Basile face à Valens ont montré qu'un concile truqué ne fait pas la foi, et que la vérité finit par prévaloir sur les signatures arrachées[93].
« Quapropter securus judicat orbis terrarum bonos non esse, qui se dividunt ab orbe terrarum, in quacumque parte orbis terrarum. » — Saint Augustin, Contre la lettre de Parménien, III[94]
« C'est pourquoi le monde entier juge en sécurité que ne sont pas bons ceux qui se séparent du monde entier, en quelque partie du monde que ce soit. » — Saint Augustin, Contre la lettre de Parménien, III[95]
Chronologie
- vers 256Naissance d'Ariusen Libye ; formation à Antioche auprès de Lucien
Prêtre du quartier de Baucalis à Alexandrie, prédicateur écouté et dialecticien redoutable[96].
- vers 318-320Rupture avec Alexandreconcile d'une centaine d'évêques ; excommunication d'Arius
Lettre encyclique d'Alexandre, appel d'Arius à Eusèbe de Nicomédie, conciles contre conciles[97].
- 325Nicée I318 Pères ; homoousios ; anathèmes ; exil d'Arius
Premier concile œcuménique, convoqué par Constantin ; symbole et anathèmes, Denzinger DH 125-126[98].
- 328-335Athanase évêque, puis déposéTyr 335 : Arsène vivant, calice inexistant
- 336-337Mort d'Arius, mort de ConstantinConstantinople 336 ; baptême impérial 337
- 343Sardique : le schisme consommédeux conciles dos à dos, Orient contre Occident
L'Orient refuse de siéger avec Athanase ; deux symboles, deux communions[101].
- 351-360Constance II impose ses formulesSirmium, Rimini-Séleucie 359, Constantinople 360
- 361-378Julien, Jovien, Valenspaix trompeuse, puis persécution homéenne
Julien rappelle tous les exilés pour diviser l'Église ; Valens persécute les nicéens jusqu'à Andrinople[103].
- 380-381Théodose et Constantinople ICunctos populos ; 150 Pères ; symbole ; canon 1
- 484-589L'arianisme germanique s'éteintHunéric persécute, Récarède abjure
Conférence truquée de Carthage 484, persécution vandale ; IIIe Tolède 589, puis les Lombards au VIIe siècle[105].
Pour aller plus loin
Notes et références
W. Barry, « Arianism », Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton, 1907 — texte intégral sur newadvent.org/cathen/01707c.htm : le slogan arien ên pote hote ouk ên — « il fut un temps où il n'était pas ».
1Saint Jérôme, Dialogue contre les lucifériens (Altercatio Luciferiani et Orthodoxi), 19 (Patrologie latine, 23) : après Rimini-Séleucie (359), le monde s'étonne de se découvrir arien.
2 37Saint Athanase, Discours contre les ariens, I-II (Patrologie grecque, 26) : tout l'enjeu sotériologique — si le Verbe n'est pas vrai Dieu, l'homme n'est pas divinisé ; même argument repris dans le De l'Incarnation.
3Denzinger, Enchiridion symbolorum, DH 126 : les anathèmes joints au symbole de Nicée visent un par un les slogans — « il fut un temps où il n'était pas », « avant de naître il n'était pas », « il a été fait à partir de ce qui n'était pas ».
4W. Barry, « Arianism » : la Thalie (thaleia, « banquet »), poème doctrinal d'Arius en mètres de Sotadès, mis en airs populaires pour marins, meuniers et voyageurs ; fragments conservés par Athanase.
5Arius, Thalie, fragment cité par saint Athanase, Discours contre les ariens, I, 5-6 (Patrologie grecque, 26) : « Dieu n'a pas toujours été Père ; il fut un temps où Dieu était seul et n'était pas encore Père ; plus tard, il devint Père ».
6Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 5-6 (Patrologie grecque, 67) : les ariens disent le Fils treptos, changeant et perfectible ; R. P. C. Hanson, The Search for the Christian Doctrine of God, Édimbourg, T&T Clark, 1988, p. 127-128.
7Arius, lettre à Alexandre d'Alexandrie, conservée par saint Épiphane, Panarion, 69 (Patrologie grecque, 42) : le Père est xenos, étranger au Fils par essence ; voir R. Williams, Arius : Heresy and Tradition, Londres, Darton Longman & Todd, 1987, rééd. 2001.
8W. Barry, « Arianism » : le point de départ d'Arius — défendre la monarchie divine et la transcendance du Père contre tout « second Dieu ».
9Sur Lucien d'Antioche († 312), maître exégète et martyr, voir Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VIII, 13 et IX, 6 (Patrologie grecque, 20) ; R. P. C. Hanson, The Search for the Christian Doctrine of God, p. 30-33.
10L'expression sylloukianistai — « condisciples de Lucien » — est rapportée par saint Alexandre d'Alexandrie dans sa lettre encyclique ; voir Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, I, 4 (Patrologie grecque, 82).
11Débat historiographique : R. P. C. Hanson, The Search for the Christian Doctrine of God, p. 62-69, discute la part de l'école d'Origène — hiérarchie des hypostases et éternelle génération coexistant chez Origène, Traité des principes, I, 2.
12J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, Londres, Longman, 3e éd. 1972, p. 223-230 : l'arianisme comme système complet — le Fils créature, et toute l'Écriture relue en ce sens.
13Sozomène, Histoire ecclésiastique, I, 15 (Patrologie grecque, 67) : Arius prêtre de Baucalis, ascète et dialecticien ; W. Barry, « Arianism ».
14 96Le sermon d'Alexandre sur la coéternité et l'accusation publique de sabellianisme sont rapportés par Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 5, et Sozomène, I, 15.
15Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 6 : concile d'une centaine d'évêques d'Égypte et de Libye, excommunication d'Arius, de Second de Ptolémaïs et de Théonas de Marmarique, vers 318-320.
16 97Saint Alexandre d'Alexandrie, lettre encyclique Henos somatos, texte conservé par Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 6, et Théodoret de Cyr, I, 4.
17Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, I, 5-6 : Eusèbe de Nicomédie prend la tête du parti, réunit la Bithynie et écrit à l'empereur ; à distinguer d'Eusèbe de Césarée l'historien.
18Arius, lettre à Eusèbe de Nicomédie, texte conservé par Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, I, 5 : refus du « toujours Dieu, toujours le Fils » d'Alexandre.
19Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, II, 64-72 (Patrologie grecque, 20) : lettres impériales à Alexandre et Arius, puis décision du concile ; voir W. Barry, « Arianism ».
20Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, II, 63 : mission d'Ossius de Cordoue, conseiller impérial, porteur de la lettre de conciliation.
21La tradition des 318 Pères — chiffre déjà reçu chez saint Athanase — face aux estimations modernes (220 à 300 présents effectifs) ; voir J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, p. 231.
22Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, I, 8 : l'exposé d'Eusèbe de Nicomédie déchiré en pleine assemblée ; R. P. C. Hanson, The Search for the Christian Doctrine of God, p. 152-153.
23J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, p. 231-242 : l'introduction d'homoousios, mot non scripturaire proposé — selon la tradition rapportée — par Ossius ou par Constantin lui-même, et accepté comme seul verrou.
24Denzinger, Enchiridion symbolorum, DH 125-126 : symbole de Nicée (325) et anathèmes joints — texte intégral et référence canonique.
25 98Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 8-9 : seuls Second de Ptolémaïs et Théonas de Marmarique refusent avec Arius ; exil en Illyrie.
26Eusèbe de Césarée, lettre à son Église, texte conservé par Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 8, et Théodoret de Cyr, I, 12.
27Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 8 : Eusèbe de Nicomédie souscrit le symbole mais refuse les anathèmes ; exilé trois mois plus tard pour intrigues avec les mélétiens.
28Socrate, Histoire ecclésiastique, IV, 7, et Théodoret de Cyr, II, 27-29 : Aèce puis Eunome, évêque de Cyzique (360), et la doctrine de l'agennetos livrant l'essence divine ; réfutation par Grégoire de Nysse, Contre Eunome (Patrologie grecque, 45).
29La formule homéenne de 359-360 — homoios kata tas graphas, « semblable selon les Écritures », sans le mot ousia — imposée par Constance II ; voir J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, p. 283-289.
30Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, I, 32, et Socrate, I, 39 : Constantin baptisé à Nicomédie en 337 par Eusèbe de Nicomédie ; tradition constante des historiens anciens.
31 100Socrate, Histoire ecclésiastique, II, 18-19 : Photin de Sirmium, disciple de Marcel d'Ancyre, déposé à Sirmium en 351 pour avoir réduit le Verbe à une vertu impersonnelle.
32Saint Jérôme, Dialogue contre les lucifériens, 19, et Sulpice Sévère, Chronique, II, 39-44 : Rimini (~400 évêques latins) et Séleucie (160 orientaux), formule « datée » du 22 mai 359.
33 102Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, II, 17 : exil de Libère (355-358) et signature d'une formule de Sirmium ; dossier discuté dans J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, p. 291-292, et L. Ayres, Nicaea and its Legacy, Oxford, 2004, p. 136-138.
34Saint Athanase, Histoire des ariens, 42-44 (Patrologie grecque, 25) : Ossius, centenaire, violenté à Sirmium en 357 ; mort peu après sans avoir cédé sur le fond, selon Athanase.
35Saint Jérôme, Altercatio Luciferiani et Orthodoxi, 19 : « Ingemuit totus orbis, et Arianum se esse miratus est ».
36Évêque d'Alexandrie de 328 à 373 : Grégoire de Nazianze, Discours 21, éloge d'Athanase (Patrologie grecque, 35) ; W. Barry, « Arianism ».
38Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 27-35, et Théodoret de Cyr, I, 30 : conciliabule de Tyr (335) — Arsène retrouvé vivant, calice d'Ischyras inexistant ; déposition et premier exil.
39 99Les cinq exils — Trèves 335-337, Rome 339-346, désert 356-362, brefs bannissements de 362 et 365-366 — sous Constantin, Constance II, Julien et Valens ; voir W. Barry, « Arianism », et R. P. C. Hanson, The Search for the Christian Doctrine of God, p. 239-273.
40Athanasius contra mundum : mot proverbial de la résistance solitaire ; voir J. H. Newman, Les ariens du IVe siècle (The Arians of the Fourth Century, 1833), rééd. Téqui, sur la solitude providentielle d'Athanase.
41Saint Athanase, De l'Incarnation du Verbe (De incarnatione), 54 (Patrologie grecque, 25) : « autos gar enênthrôpêsen, hina hêmeis theopoiêthômen ».
42Saint Athanase, Tome aux Antiochiens (Tomus ad Antiochenos, 362) (Patrologie grecque, 26) : réconciliation des homéousiens confessant Nicée ; voir L. Ayres, Nicaea and its Legacy, p. 130-133.
43Saint Hilaire de Poitiers, De Trinitate, douze livres, et De synodis (Patrologie latine, 10), rédigés dans l'exil de Phrygie (356-360).
44Saint Jérôme, De viris illustribus, 100 (Patrologie latine, 23) : Hilaire, « le Rhône de l'éloquence latine », et son combat contre les ariens d'Occident après 360.
45Saint Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit (De Spiritu Sancto, 375) (Patrologie grecque, 32) ; résistance à Valens rapportée par Grégoire de Nazianze, Discours 43 (Patrologie grecque, 36).
46Saint Grégoire de Nazianze, Discours 27-31, dits théologiques, prononcés à Constantinople en 380 (Patrologie grecque, 36) : relations d'origine — inengendré, engendré, procédant — et unité de nature.
47Saint Grégoire de Nysse, Contre Eunome (Contra Eunomium), douze livres (Patrologie grecque, 45) : réfutation de l'agnostisme eunomien sur l'essence divine.
48D'après saint Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit, 24-26 : la glorification commune prouve la communauté de nature.
49Saint Ambroise, De fide (Patrologie latine, 16), et concile d'Aquilée (381) contre Palladius et Secondien ; voir W. Barry, « Arianism ».
50Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, IV, 32-36 : désastre d'Andrinople, 9 août 378, mort de Valens ; voir W. Barry, « Arianism ».
51Théodose Ier, édit Cunctos populos, 27 février 380 (Code théodosien, XVI, 1, 2) : foi de Damase et de Pierre d'Alexandrie imposée à « tous les peuples ».
52Socrate, Histoire ecclésiastique, V, 6-8 : entrée de Théodose à Constantinople, expulsion de Démophile, installation de Grégoire de Nazianze, convocation du concile.
53Socrate, Histoire ecclésiastique, V, 8, et Sozomène, VII, 7 : cent cinquante évêques orientaux, accord de Damase par lettres, absence des Latins.
54Socrate, Histoire ecclésiastique, V, 8 : mort de Mélèce, démission de Grégoire de Nazianze, élection de Nectaire, catéchumène baptisé huit jours avant son sacre.
55Denzinger, Enchiridion symbolorum, DH 150 : symbole de Nicée-Constantinople (381) — texte intégral et référence canonique.
56 104Denzinger, Enchiridion symbolorum (canons de Constantinople I) : le canon 1 anathématise eunomiens, ariens-eudoxiens, semi-ariens-pneumatomaques, sabelliens, marcelliens, photiniens et apollinaristes.
57Réception romaine et œcuménicité de Constantinople I malgré l'absence latine : J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, p. 322-331.
58Canon 3 de Constantinople I — primauté d'honneur au siège de Constantinople après Rome ; dossier distinct des rivalités entre sièges, hors du propos de cet article.
59Socrate, Histoire ecclésiastique, II, 41, et Sozomène, VI, 37 : Ulfilas (Wulfila), né vers 311, consacré vers 341 par Eusèbe de Nicomédie, apôtre homéen des Goths.
60Codex Argenteus — Évangiles en gothique, lettres d'argent sur parchemin pourpre, conservé à la bibliothèque universitaire d'Uppsala ; voir W. Barry, « Arianism ».
61Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, IV, 37 : passage du Danube en 376 et condition des évêques ariens imposée par Valens.
62IIIe concile de Tolède (589) : abjuration de Récarède et conversion du peuple wisigoth ; voir W. Barry, « Arianism ».
63Théodoric (493-526), arien et protecteur tolérant des catholiques jusqu'au conflit final ; effondrement ostrogoth sous Justinien (553) ; voir W. Barry, « Arianism ».
64Royaume vandale d'Afrique (429-534) : Genséric, Hunéric et la persécution catholique ; voir Victor de Vita, Histoire de la persécution (Historia persecutionis, Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, 7).
65Conversion de Sigismond, roi des Burgondes, vers 516, fils de l'arien Gondebaud ; voir W. Barry, « Arianism ».
66Arianisme royal lombard jusqu'au milieu du VIIe siècle, sous l'influence de la reine catholique Théodelinde ; voir W. Barry, « Arianism ».
67Victor de Vita, Histoire de la persécution, I : prise de Carthage (439), exils d'évêques et confiscations au profit du clergé arien.
68Victor de Vita, Histoire de la persécution, II-III : conférence truquée du 1er février 484, exils, mutilations et martyres sous Hunéric (477-484).
69 105Reconquête de Bélisaire (533-534) et fin du royaume vandale ; avec lui disparaît le dernier grand arianisme d'Occident ; voir W. Barry, « Arianism ».
70Principe patristique de lecture — ta men tapeina anthrôpinôs, ta de hypsêla theikôs : les abaissements selon l'humanité, les gloires selon la divinité ; voir saint Grégoire de Nazianze, Discours 29-30 (Patrologie grecque, 36).
71Évangile selon saint Jean, 1, 1 : « kai theos ên ho logos » — « et le Verbe était Dieu », sans article devant theos mais en position d'attribut divin, comme l'ont toujours lu les Pères.
72Évangile selon saint Jean, 20, 28 : « ho kyrios mou kai ho theos mou » — « Mon Seigneur et mon Dieu » ; le Christ confirme au lieu de reprendre, contrairement à Pierre devant Corneille (Actes, 10, 26).
73Épître aux Philippiens, 2, 6 : « en morphê theou hyparchôn » — « de condition divine », n'usurpant pas l'égalité qu'il possède.
74Épître aux Hébreux, 1, 3 : « apaugasma tês doxês kai charaktêr tês hypostaseôs » — « resplendissement de la gloire et empreinte de la substance ».
75Livre des Proverbes, 8, 22 (Septante) : « kyrios ektisen me archên hodôn autou » — verset porte-étendard des ariens ; voir saint Athanase, Discours contre les ariens, II, 44-58.
76Saint Athanase, Discours contre les ariens, II, 44-58 (Patrologie grecque, 26) : ektisen vaut aussi « acquise, possédée » (Aquila : ektêsato), et la Sagesse précède toute œuvre — le contraire d'une créature.
77Évangile selon saint Jean, 14, 28 : « ho patêr meizôn mou estin » — « le Père est plus grand que moi ».
78Saint Grégoire de Nazianze, Discours 30 (Patrologie grecque, 36) : « plus grand » selon l'humanité assumée et selon l'origine, non selon la nature.
79Évangile selon saint Marc, 13, 32 : l'ignorance du Jour ; lecture des Pères — économie du Sauveur parlant en homme — et saint Augustin, De Trinitate, I, 12 (Patrologie latine, 42).
80Grammaire de Nicée — engendrer communique la nature, créer produit du néant une nature autre ; voir J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, p. 236-242.
81Les ariens louaient le Christ comme la plus haute des créatures tout en lui refusant l'adoration due à Dieu seul — contradiction relevée par saint Athanase, Discours contre les ariens, I, et W. Barry, « Arianism ».
82Catéchisme de l'Église catholique, 242-248 (texte intégral sur vatican.va) : le Fils « vrai Dieu, né du Père avant tous les siècles », l'Esprit « Seigneur qui donne la vie » — Trinité une en nature, distincte en Personnes.
83Solus Deus salvat : seul Dieu pardonne et divinise ; voir saint Athanase, De l'Incarnation, 54, et saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 (Patrologie grecque, 37).
84Saint Athanase, De l'Incarnation du Verbe, 54 (Patrologie grecque, 25) : « autos gar enênthrôpêsen, hina hêmeis theopoiêthômen, kai autos ephanê dia sômatos, hina hêmeis tou aoratou Patros ennoian labômen » — texte complet de la formule de la divinisation.
85Le fameux iota — homoousios contre homoiousios — qui porta le salut du monde ; voir J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, p. 275-280, sur Ancyre 358.
86Aucune chaîne continue entre l'arianisme antique et les antitrinitarismes modernes : ressemblance doctrinale, non filiation historique ; voir W. Barry, « Arianism ».
87Michel Servet († 1553, Genève), Fauste Socin († 1604) et la naissance de l'unitarisme : antitrinitarisme savant du XVIe siècle, sans lien avec Arius.
88Les Témoins de Jéhovah : Christ-créature identifié à l'archange Michel, Prologue de Jean traduit par « la Parole était un dieu » (Traduction du monde nouveau) — analogie doctrinale avec Arius, sans filiation historique.
89La réponse catholique inchangée — Thomas, Paul, Hébreux, Apocalypse adorant le Christ comme Dieu ; voir Catéchisme de l'Église catholique, 242-248.
90Le symbole de 381 récité chaque dimanche : la foi de Nicée devenue prière quotidienne de centaines de millions de chrétiens.
91Leçon de méthode — un mot non biblique protégeant le sens de l'Écriture — réinvestie à Éphèse (431) et Chalcédoine (451) ; voir J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, p. 310-331.
92Athanase, Hilaire, Basile : la foi maintenue contre les conciles truqués ; voir Grégoire de Nazianze, Discours 21 et 43, et W. Barry, « Arianism ».
93Saint Augustin, Contre la lettre de Parménien (Contra epistulam Parmeniani), III : « Quapropter securus judicat orbis terrarum... » — securus judicat orbis terrarum, médité par Newman sur son chemin vers l'Église catholique.
94Saint Augustin, Contre la lettre de Parménien, III : « le monde entier juge en sécurité » — formule reprise dans l'article Le donatisme (311-411) pour le même discernement des schismes.
95Concile de Sardique (343) : deux assemblées dos à dos, canons occidentaux sur les appels à Rome, double symbole ; voir Socrate, Histoire ecclésiastique, II, 20, et W. Barry, « Arianism ».
101Julien (361-363) rappelle tous les exilés pour diviser ; Jovien (363-364) rétablit la paix ; Valens (364-378) persécute les nicéens jusqu'à Andrinople ; voir Théodoret de Cyr, III-IV, et W. Barry, « Arianism ».
103