Saint Hilaire de Poitiers (vers 315 – 367) est l'un des premiers grands Pères de l'Église latine et le défenseur de la foi de Nicée contre l'arianisme en Occident. Né d'une famille païenne d'Aquitaine, élevé dans la culture classique, il vient à la foi à l'âge adulte au terme d'une longue quête du vrai Dieu qu'il racontera lui-même au seuil de son grand traité. Devenu évêque de Poitiers vers 350, il refuse de souscrire à la condamnation de saint Athanase d'Alexandrie ; l'empereur arianisant Constance II le bannit alors en Phrygie, à l'autre bout de l'Empire[1][2].
Cet exil de quatre ans devient paradoxalement le sommet de sa vie : c'est là, au contact de la théologie grecque, qu'il compose le De Trinitate, première grande synthèse trinitaire écrite en latin. Hilaire défend si bien la foi de Nicée que les ariens d'Orient, agacés, finissent par le renvoyer en Gaule — où il poursuit le combat jusqu'à la victoire. La postérité lui a donné un titre éloquent : « l'Athanase de l'Occident », et l'a appelé Malleus Arianorum, « le Marteau des ariens »[3][4].
Cet article présente le saint lui-même : ses origines païennes et sa conversion, son épiscopat, son exil pour la foi, sa grande œuvre théologique et spirituelle, son rôle de premier hymnographe latin, son amitié avec saint Martin de Tours, sa mort et son culte, jusqu'à sa proclamation comme Docteur de l'Église en 1851. Pour l'hérésie qu'il combat, voir l'arianisme ; pour le concile dont il défend la foi, voir le concile de Nicée ; pour le héros oriental dont il est le pendant latin, voir saint Athanase d'Alexandrie.
Qui est saint Hilaire de Poitiers ?
« L'Athanase de l'Occident »
Hilaire occupe en Occident la place que Athanase occupe en Orient : celle de l'évêque qui, presque seul au début, tient bon pour la divinité du Christ quand les pouvoirs politiques et une partie de l'épiscopat penchent vers l'arianisme. Le parallèle est si frappant que la tradition l'a surnommé « l'Athanase de l'Occident »[5]. Comme Athanase, il fut exilé par un empereur pour avoir refusé de trahir Nicée ; comme lui, il fit de son bannissement une chaire de théologie ; comme lui, il devint Docteur de l'Église.
Mais Hilaire a sa grandeur propre : il est le premier Latin à exprimer dans la langue de Rome les subtilités trinitaires élaborées en grec. Avant lui, l'Occident manquait de vocabulaire pour dire le mystère du Dieu un en trois Personnes ; après lui, il l'a. C'est pourquoi on peut le tenir pour l'un des fondateurs de la théologie trinitaire latine, ouvrant la voie qui mènera jusqu'à saint Augustin.
Le « Marteau des ariens »
L'autre titre que la tradition lui a donné dit son tempérament de combattant : Malleus Arianorum, « le Marteau des ariens »[6]. Hilaire n'est pas un théologien de cabinet : il affronte les évêques ariens dans les synodes, écrit à l'empereur en face, dénonce publiquement l'évêque arien de Milan, et va jusqu'à appeler Constance II l'Antéchrist dans un pamphlet incendiaire[7].
Saint Augustin lui-même le citera comme une autorité, le qualifiant d'« insigne docteur des Églises »[8]. Et lorsque, treize siècles plus tard, le pape Pie IX le proclamera Docteur de l'Église, ce sera précisément pour cette œuvre : avoir donné à l'Occident les armes intellectuelles contre l'hérésie qui niait la divinité du Fils.
Les sources de sa vie
Nous connaissons Hilaire d'abord par lui-même. Au premier livre du De Trinitate, il livre un récit autobiographique de sa conversion — page rare et précieuse, où un Père de l'Église raconte le cheminement de sa propre pensée vers Dieu[9]. Ses traités, ses lettres à l'empereur et ses pamphlets polémiques fournissent en outre une mine de renseignements sur les synodes et les exils du IVe siècle.
À ces sources directes s'ajoutent les témoignages anciens : saint Jérôme, qui le mentionne dans son catalogue des écrivains ecclésiastiques et atteste son Livre des hymnes[10] ; Sulpice Sévère, dont la Vie de saint Martin éclaire les liens d'Hilaire avec son célèbre disciple[11] ; et le poète Venance Fortunat, évêque de Poitiers au VIe siècle, qui composa une Vie d'Hilaire. La biographie d'Hilaire est ainsi mieux attestée que celle de bien des saints de son temps, même si quelques détails — comme l'existence de sa fille — relèvent d'une tradition plus tardive.
D'une famille païenne à la foi : la conversion d'Hilaire
Poitiers, une cité d'Aquitaine romaine
Hilaire naît à Poitiers, l'antique Pictavium, au cœur de l'Aquitaine romaine, au début du IVe siècle — vers 310-315[12]. Sa famille est noble et, très probablement, païenne : il reçoit l'éducation soignée d'un jeune aristocrate gallo-romain, nourrie de lettres classiques, de rhétorique et de philosophie. Cette culture profane, loin d'être un obstacle, deviendra l'instrument de sa quête : c'est en homme cultivé, habitué à raisonner, qu'il partira en recherche du vrai Dieu.
La quête du vrai Dieu (De Trinitate I)
Au seuil du De Trinitate, Hilaire raconte comment il en est venu à la foi. Le récit commence par une insatisfaction : il refuse de croire que l'homme soit né uniquement pour manger, boire et dormir comme une bête.
« La nature elle-même leur a enseigné qu'il est indigne de l'homme de se croire né pour la seule satisfaction de sa gloutonnerie et de sa paresse. » — Hilaire de Poitiers, De la Trinité, I, 2[13]
Cette inquiétude le pousse à chercher non seulement à bien agir, mais à connaître celui qui donne sens à tout :
« Mon âme brûlait du désir, non seulement de faire ce dont la négligence apporte la honte et la souffrance, mais de connaître ce Dieu et Père qui avait donné cette grandeur à notre nature. » — Hilaire de Poitiers, De la Trinité, I, 3[14]
« Je suis celui qui suis » : la découverte du Dieu vivant
Hilaire examine et écarte les conceptions païennes de la divinité, jusqu'à ce que l'Écriture lui révèle un Dieu à la mesure de son attente. Il est saisi par la parole de Dieu à Moïse au buisson ardent — « Je suis celui qui suis » (Exode 3, 14) — où il reconnaît la définition même de l'Être :
« J'avoue que je fus saisi d'admiration de trouver là une indication sur Dieu si exacte qu'elle exprimait, sur l'incompréhensible connaissance de la nature divine, ce qui dépasse toute intelligence. » — Hilaire de Poitiers, De la Trinité, I, 5[15]
Il découvre alors un Dieu infini et présent partout, que rien ne contient et qui contient tout :
« Il n'est aucun lieu sans Dieu, et il n'est aucun lieu qui ne soit en Dieu. Il est au ciel, il est aux enfers, il est au-delà des mers. » — Hilaire de Poitiers, De la Trinité, I, 6[16]
Le baptême et la régénération
La quête s'achève à la lecture du Prologue de saint Jean. Hilaire y apprend que le Verbe était Dieu, qu'il s'est fait chair, et que ceux qui le reçoivent deviennent fils de Dieu[17]. Cette révélation le conduit au baptême, reçu à l'âge adulte, sans doute vers 345. Toute sa théologie portera la marque de cette expérience : pour Hilaire, connaître Dieu n'est pas une curiosité intellectuelle, c'est entrer dans la vie même de Dieu par la régénération baptismale, à laquelle il demandera la grâce de rester fidèle jusqu'à la mort[18].
Évêque de Poitiers (vers 350)
Un pasteur arraché à sa cité
Quelques années après son baptême, vers 350, Hilaire est choisi comme évêque de Poitiers[19]. La rapidité de cette élection — d'un converti récent à la charge épiscopale — témoigne de l'estime que lui vaut déjà sa science et sa sainteté. Il est le premier évêque de Poitiers sur lequel on possède des renseignements sûrs. Comme pasteur, il se met aussitôt à l'œuvre : son premier grand écrit, le Commentaire sur l'évangile de Matthieu, composé vers 353-356, est le plus ancien commentaire latin que nous ayons sur cet évangile[20].
Un évêque marié, père d'Abra ?
Comme beaucoup d'évêques de l'Antiquité, Hilaire avait été marié avant son ordination. La tradition lui attribue une fille, Abra (ou Apra), qui se serait consacrée à Dieu. Le récit qui veut qu'Hilaire lui ait adressé une lettre et un hymne pour la détourner d'un mariage terrestre au profit du seul Époux céleste est touchant mais incertain : l'existence d'Abra n'est attestée que par des sources hagiographiques tardives, et la lettre qu'on lui prête est tenue par les historiens pour un faux médiéval[21]. Il convient donc de mentionner cette tradition avec prudence, sans la donner pour un fait établi.
La crise arienne gagne l'Occident
Le véritable drame de l'épiscopat d'Hilaire est la propagation de l'arianisme en Occident. Trente ans après le concile de Nicée (325), qui avait proclamé le Fils homoousios — consubstantiel au Père —, l'empereur Constance II, maître de tout l'Empire, soutient les évêques ariens et semi-ariens et veut imposer leurs formules à l'Occident. Beaucoup d'évêques gaulois plient. Hilaire, lui, résiste : il rompt la communion avec les évêques compromis et prend la tête de la défense de Nicée en Gaule[22].
L'exil pour la foi de Nicée
Le synode de Béziers (356)
En 356, Constance II réunit un synode à Béziers pour briser la résistance nicéenne. Les évêques ariens y dominent. Hilaire refuse de souscrire à la condamnation d'Athanase d'Alexandrie et dénonce ouvertement l'hérésie. On refuse de l'entendre ; le synode le dénonce à l'empereur, qui prononce contre lui une sentence d'exil[23].
Exilé en Phrygie par Constance II
À l'été 356, Hilaire est arraché à son siège et déporté en Phrygie, province d'Asie Mineure, à l'autre extrémité de l'Empire[24][25]. L'empereur croit ainsi réduire au silence le plus encombrant des évêques d'Occident. C'est l'inverse qui se produit. Loin de sa cité, Hilaire découvre de près la théologie grecque et les débats qui agitent l'Orient ; il apprend, étudie, écrit. Son exil devient l'école où il puise de quoi armer définitivement la foi latine.
C'est en exil qu'il rédige la plus grande partie du De Trinitate et qu'il compose le De Synodis, où il analyse pour ses frères d'Occident les professions de foi des évêques orientaux réunis à Ancyre, Antioche et Sirmium, cherchant à distinguer ce qui, dans leurs formules, n'est qu'une différence de mots de ce qui touche au fond de la foi[26].
L'évêque qui « dérange » l'Orient : le retour (vers 360)
Le paradoxe est saisissant : exilé pour le faire taire, Hilaire devient en Orient un tel défenseur de Nicée que les ariens préfèrent s'en débarrasser. Comme le résument les historiens, la cour jugea qu'il faisait plus de tort à l'Est qu'il n'en pourrait faire en Gaule et le renvoya à Poitiers vers 360[27]. Hilaire rentre en triomphe. Sulpice Sévère écrira, dans son Histoire sacrée, que « nos Gaules furent libérées, par le seul bienfait d'Hilaire, de la souillure de l'hérésie »[28].
De retour, il reprend aussitôt le combat. Sous son influence, le concile de Paris (361) excommunie l'évêque arien Saturnin d'Arles et réaffirme la foi de Nicée[29]. La Gaule, un moment ébranlée, se redresse derrière son évêque.
| Étape | Date | Lieu | Événement |
|---|---|---|---|
| Conversion et baptême | vers 345 | Poitiers | Vient à la foi à l'âge adulte par l'Écriture |
| Épiscopat | vers 350 | Poitiers | Élu évêque ; combat l'arianisme naissant en Gaule |
| Synode de Béziers | 356 | Béziers | Refuse de condamner Athanase ; dénoncé à Constance II |
| Exil | 356-360 | Phrygie | Compose le De Trinitate et le De Synodis |
| Retour | vers 360 | Poitiers | Renvoyé par les ariens ; rentre en triomphe |
| Concile de Paris | 361 | Paris | Fait condamner Saturnin d'Arles |
| Affaire d'Auxence | 364-365 | Milan | Attaque l'évêque arien Auxence ; Contre Auxence |
L'affaire d'Auxence de Milan (364-365)
Le dernier grand combat d'Hilaire se livre à Milan, contre l'évêque arien Auxence. En 364, Hilaire se rend dans la cité impériale pour démasquer l'hérésie d'Auxence et réclame un débat public sous l'arbitrage de l'empereur. Mais Auxence ruse, l'empereur Valentinien Ier tranche en sa faveur, et Hilaire est prié de quitter Milan. Il riposte par le Contre Auxence (Contra Auxentium), dénonçant l'évêque comme un loup déguisé en pasteur[30]. C'est l'occasion de mesurer l'intransigeance d'Hilaire : pour lui, aucune paix politique ne vaut le sacrifice de la vérité sur le Christ.
L'œuvre théologique d'Hilaire
Le De Trinitate : la foi de Nicée en latin
Le chef-d'œuvre d'Hilaire est le De Trinitate (« Sur la Trinité »), en douze livres — d'abord intitulé De la foi (De Fide). Il en avait sans doute commencé les premiers livres avant l'exil, et acheva l'ensemble en Phrygie, vers 359-360[31]. C'est la première grande synthèse trinitaire de langue latine : pour la première fois, un écrivain occidental parvient à exprimer en latin les distinctions élaborées par les Pères grecs sur le Père, le Fils et l'Esprit[32].
Hilaire y défend la divinité pleine et entière du Fils, « vrai Dieu né du vrai Dieu », consubstantiel au Père, contre l'arianisme qui faisait du Christ une créature. Mais il ne s'agit jamais pour lui d'une pure spéculation. Comme l'a souligné Benoît XVI, le De Trinitate est de bout en bout une prière autant qu'un traité :
« La réflexion se transforme en prière et la prière redevient réflexion. Tout le livre est un dialogue avec Dieu. » — Benoît XVI, Audience générale du 10 octobre 2007[33]
Le De Synodis : bâtir des ponts avec l'Orient
Le De Synodis (358), écrit en exil, est l'un des textes les plus intelligents de la crise arienne. Plutôt que de condamner en bloc les évêques d'Orient, Hilaire examine leurs professions de foi une à une, et montre qu'une partie des semi-ariens étaient en réalité proches de Nicée, séparés surtout par le vocabulaire[34]. Il travaille ainsi à réconcilier l'Orient et l'Occident dans une même foi, anticipant la victoire définitive de Nicée au concile de Constantinople (381). Ce souci d'unité dans la vérité — sans rien céder sur le fond, mais sans diaboliser les frères de bonne foi — fait d'Hilaire un modèle de discernement ecclésial.
Le Contre Constance : l'empereur Antéchrist
Quand l'empereur impose sa volonté à l'Église, Hilaire ne tremble pas. Dans le Liber contra Constantium (« Contre Constance »), il s'en prend directement à Constance II, l'accusant de persécuter l'Église sous le masque de la paix et le qualifiant d'Antéchrist[35]. Le ton est d'une audace extrême pour un évêque qui s'adresse au maître du monde. Hilaire y formule un principe qui traversera toute l'histoire chrétienne : la fidélité au Christ passe avant l'obéissance au prince quand celui-ci exige la trahison de la foi.
Le commentateur de l'Écriture
Hilaire fut aussi un grand exégète. Outre son Commentaire sur Matthieu — le premier en latin —, il laisse de vastes Traités sur les Psaumes (Tractatus super Psalmos), où il lit chaque psaume comme une parole du Christ et de l'Église, dans la grande tradition spirituelle inaugurée par Origène[36]. Pour Hilaire, toute l'Écriture parle du Christ : l'exégèse n'est pas un exercice savant, mais une manière de contempler le Verbe à travers les pages inspirées.
La spiritualité d'Hilaire : la théologie devenue prière
« Dieu ne sait être qu'amour »
La théologie d'Hilaire débouche toujours sur l'adoration. Au cœur du De Trinitate, il contemple le Père non comme un principe abstrait, mais comme Amour :
« Dieu ne sait rien être d'autre qu'amour, il ne sait rien être d'autre que le Père. » — Hilaire de Poitiers, De la Trinité, IX, 61 (cité par Benoît XVI)[37]
Et il médite la génération éternelle du Fils, qui reçoit du Père tout ce que le Père est :
« Celui qui vient de la perfection est parfait, car celui qui a tout, lui a tout donné. » — Hilaire de Poitiers, De la Trinité, II, 8 (cité par Benoît XVI)[38]
Une prière de fidélité
Tout le traité s'achève sur une prière, où Hilaire demande la seule grâce qui compte à ses yeux : rester fidèle jusqu'au bout à la foi reçue au baptême.
« Fais, ô Seigneur, que je reste toujours fidèle à ce que j'ai professé dans le symbole de ma régénération. » — Hilaire de Poitiers, De la Trinité, XII, 57 (cité par Benoît XVI)[39]
Cette prière dit tout l'homme : un converti qui n'a jamais oublié la grâce de son baptême, et qui a tout sacrifié — son siège, sa patrie, sa tranquillité — pour ne pas trahir la foi qu'il y avait professée.
Le premier hymnographe latin
Hilaire est enfin le père de l'hymnodie latine. Saint Jérôme atteste qu'il composa un Livre des hymnes (Liber hymnorum)[40]. En rapportant d'Orient l'usage du chant des fidèles, Hilaire inaugure en Occident une tradition que saint Ambroise de Milan portera bientôt à son apogée. Pour Hilaire, l'hymne n'est pas un ornement : c'est la doctrine chantée, la foi de Nicée passée dans la bouche et le cœur du peuple chrétien. Ainsi, l'homme qui avait combattu l'arianisme dans les synodes l'a aussi combattu par le chant — en mettant la vraie foi sur les lèvres des fidèles.
Hilaire et saint Martin de Tours
L'un des plus beaux fruits de la vie d'Hilaire est sa rencontre avec Martin, le futur saint Martin de Tours. Ancien soldat en quête de Dieu, Martin devient le disciple d'Hilaire à Poitiers. C'est sous l'autorité et avec l'encouragement de l'évêque que Martin fonde, à Ligugé, près de Poitiers, l'un des premiers monastères de Gaule[41]. Sulpice Sévère, biographe de Martin, montre combien le rayonnement spirituel d'Hilaire a préparé l'extraordinaire mission évangélisatrice de son disciple.
Ce lien dit une autre dimension d'Hilaire : non seulement docteur et combattant, mais père spirituel capable de discerner et de former un saint. À travers Martin, l'influence d'Hilaire s'étend à tout le monachisme et à toute l'évangélisation des campagnes gauloises.
Mort, culte et Docteur de l'Église
Une mort vers 367
Après tant de combats, Hilaire meurt à Poitiers, vers 367 (certaines sources retiennent 368)[42][43]. Il s'éteint dans sa cité épiscopale retrouvée, ayant vu la foi de Nicée reprendre le dessus en Gaule. Il n'aura pas vu le triomphe définitif de Nicée au concile de Constantinople (381), mais il l'a préparé, en Occident, comme Athanase l'a préparé en Orient.
Un culte ancien
Le culte d'Hilaire est immédiat et durable. Poitiers lui dédie une grande église — l'actuelle collégiale Saint-Hilaire-le-Grand, inscrite au patrimoine mondial. Sa fête est fixée au 13 janvier (le 14 janvier dans l'ancien calendrier romain), date qui a même donné son nom, en Angleterre, au « trimestre d'Hilaire » (Hilary term) des universités et des tribunaux[44].
Docteur de l'Église (1851)
Le 13 mai 1851, le pape Pie IX proclame solennellement Hilaire Docteur de l'Église universelle (universae ecclesiae doctor), à l'occasion d'un concile provincial réuni à Bordeaux[45]. L'Église reconnaît ainsi, quinze siècles après sa mort, la valeur de son enseignement : avoir donné à l'Occident, dans sa langue, la science de la Trinité, et avoir défendu la divinité du Christ au prix de l'exil.
- vers 310-315Naissance à PoitiersFamille païenne d'Aquitaine
Hilaire naît dans une famille noble et païenne ; il reçoit une solide éducation classique.[46]
- vers 345Conversion et baptêmeLa quête du vrai Dieu
- vers 350Évêque de PoitiersPasteur et exégète
Élu évêque peu après sa conversion, il écrit le premier commentaire latin sur Matthieu.[48]
- 356Synode de Béziers et exilLe refus de trahir Nicée
Refusant de condamner Athanase, il est dénoncé à Constance II et exilé en Phrygie.[49]
- 358-360De Synodis et De TrinitateLa foi de Nicée en latin
En exil, il compose ses grandes œuvres trinitaires et bâtit des ponts avec l'Orient.[50]
- vers 360Retour en GauleL'évêque qui dérange l'Orient
- 364-365Combat contre AuxenceContre Auxence
- vers 367Mort à PoitiersPère et futur Docteur
Il meurt dans sa cité ; en 1851, Pie IX le proclamera Docteur de l'Église.[53]
Pourquoi lire saint Hilaire aujourd'hui ?
À seize siècles de distance, saint Hilaire reste étonnamment actuel. Il montre d'abord qu'une intelligence droite conduit à Dieu : son récit de conversion est celui d'un homme cultivé qui refuse de vivre sans chercher le sens de l'existence, et que cette honnêteté intellectuelle même a mené jusqu'à la foi. Hilaire n'a pas dû renier sa raison pour croire ; il l'a accomplie.
Il rappelle ensuite que la fidélité a un prix. Quand l'empereur, l'opinion et une partie de l'épiscopat penchaient vers l'erreur, Hilaire a choisi l'exil plutôt que la signature qu'on attendait de lui. Malleus Arianorum : il n'a pas cédé d'un pouce sur la divinité du Christ, même seul, même banni.
Il enseigne enfin que la théologie est une prière. Son De Trinitate n'est pas un froid traité : c'est un dialogue avec Dieu, où penser le mystère et l'adorer ne font qu'un. C'est peut-être là son legs le plus précieux à une époque qui sépare trop souvent le savoir et la foi.
« Fais, ô Seigneur, que je reste toujours fidèle à ce que j'ai professé dans le symbole de ma régénération. »[54] — Cette prière d'Hilaire dit tout : il fut un homme qui n'a jamais oublié la grâce de son baptême, et qui a tout donné pour n'en rien trahir.
Pour aller plus loin
- Saint Athanase d'Alexandrie — le héros oriental de la foi de Nicée dont Hilaire est « l'Athanase de l'Occident ».
- L'arianisme — l'hérésie qui niait la divinité du Fils, combattue toute sa vie par Hilaire.
- Le concile de Nicée (325) — le concile dont Hilaire défend la foi dans le De Trinitate.
- Saint Martin de Tours — le disciple d'Hilaire, fondateur de Ligugé et apôtre des Gaules.
- Saint Augustin d'Hippone — le grand docteur latin qui cite Hilaire comme une autorité.
- Les Docteurs de l'Église dans l'histoire — la catégorie des Docteurs dont Hilaire fait partie depuis 1851.
Notes et références
Catholic Encyclopedia, article « St. Hilary of Poitiers », newadvent.org/cathen/07349b.htm : naissance à Poitiers « at the beginning of the fourth century », d'une « noble and very probably pagan family » ; converti par l'étude de l'Écriture ; évêque de Poitiers vers 350 ; opposition à l'arianisme au concile de Béziers (356) ; dénoncé à Constance II et « transported to the distant coasts of Phrygia » ; retour en 361 ; mort à Poitiers ; « Pius IX raised him to the rank of Doctor of the Universal Church ».
1 12 19 22 23 25 42 46 49Benoît XVI, Audience générale du 10 octobre 2007, vatican.va : sur le « chemin de recherche de la vérité » d'Hilaire, son exil (« Hilaire fut ainsi obligé de quitter la Gaule au cours de l'été 356 »), le De Trinitate comme « œuvre dogmatique la plus importante et la plus connue », « C'est une caractéristique de ce livre : la réflexion se transforme en prière et la prière redevient réflexion. Tout le livre est un dialogue avec Dieu », et les citations d'Hilaire : « Dieu ne sait rien être d'autre qu'amour, il ne sait rien être d'autre que le Père » (De Trinitate, IX, 61) ; « Celui qui vient de la perfection est parfait, car celui qui a tout, lui a tout donné » (De Trinitate, II, 8) ; prière finale « Fais, ô Seigneur, que je reste toujours fidèle à ce que j'ai professé dans le symbole de ma régénération » (De Trinitate, XII, 57).
2 18 24 33 37 38 39 54Surnoms traditionnels de saint Hilaire : « l'Athanase de l'Occident » (parallèle avec saint Athanase d'Alexandrie, exilé comme lui pour la défense de Nicée) et Malleus Arianorum (« le Marteau des ariens »). Cf. New World Encyclopedia, « Hilary of Poitiers » ; Catholic Encyclopedia, « St. Hilary of Poitiers ».
3 5 6Retour d'exil : la cour impériale, jugeant qu'Hilaire faisait « plus de tort à l'Est qu'il n'en pourrait faire en Gaule », le renvoya à Poitiers vers 360-361. Au concile de Paris (361), sous son influence, l'évêque arien Saturnin d'Arles est condamné/excommunié et la foi de Nicée réaffirmée. Cf. 1911 Encyclopædia Britannica, « Hilarius, St (Poitiers) » (Wikisource) ; New World Encyclopedia.
4 27 29 51Hilaire de Poitiers, Liber contra Constantium (« Contre Constance ») : pamphlet où il qualifie l'empereur Constance II d'Antéchrist et de persécuteur masqué de l'Église ; et Contra Auxentium (« Contre Auxence », 365), attaque contre l'évêque arien de Milan Auxence après l'échec du débat public demandé par Hilaire en 364. Cf. New World Encyclopedia, « Hilary of Poitiers » ; Cambridge, The Anti-Arian Campaigns of Hilary of Poitiers and the Liber Contra Auxentium.
7 30 35 52Saint Augustin, Contre Julien (Contra Iulianum), livre II, 8, 28 (éd. latine Migne, PL 44, texte en ligne sur augustinus.it) : réfutant Julien d'Éclane sur le péché originel, Augustin cite un passage d'Hilaire sur les vices de la nature blessée, puis s'écrie : « Catholicus loquitur, insignis Ecclesiarum doctor loquitur, Hilarius loquitur » — « c'est un catholique qui parle, c'est un insigne docteur des Églises qui parle, c'est Hilaire qui parle ».
8Hilaire de Poitiers, De la Trinité (De Trinitate), livre I — récit autobiographique de conversion. Trad. d'après NPNF2-09 (newadvent.org/fathers/330201.htm ; ccel.org) ; éd. critique Sources chrétiennes n° 443. I, 2 : il est « indigne de l'homme » de se croire né pour la seule satisfaction de la gloutonnerie et de la paresse ; I, 3 : désir « de connaître ce Dieu et Père » ; I, 5 : admiration devant « Je suis celui qui suis » (Ex 3, 14) ; I, 6 : « There is no space where God is not » (Dieu présent au ciel, aux enfers, au-delà des mers) ; I, 10-12 : lecture du Prologue de Jean conduisant à la foi et au baptême.
9 13 14 15 16 17 47Saint Jérôme, De viris illustribus, ch. 100, atteste qu'Hilaire composa un Liber hymnorum (« Livre des hymnes »). Hilaire est traditionnellement tenu pour le premier hymnographe latin, introduisant en Occident le chant des fidèles que saint Ambroise de Milan développera ensuite. Cf. Hymnary.org, « Hilary of Poitiers » ; New World Encyclopedia.
10 40Sulpice Sévère, Vie de saint Martin (Vita Sancti Martini) : Martin, futur évêque de Tours, fut le disciple d'Hilaire à Poitiers et fonda, avec son encouragement, le monastère de Ligugé, l'un des premiers de Gaule. Le jugement sur la délivrance des Gaules vient d'un autre ouvrage du même auteur, l'Histoire sacrée (Chronica), livre II, ch. 45 : « Illud apud omnes constitit unius Hilarii beneficio Gallias nostras piaculo haeresis liberatas » (il est constant pour tous que nos Gaules furent libérées, par le seul bienfait d'Hilaire, de la souillure de l'hérésie). Trad. anglaise NPNF2-11 : « our regions of Gaul were set free from the guilt of heresy through the kind efforts of Hilarius alone ». Voir saint Martin de Tours.
11 28 41Œuvres exégétiques d'Hilaire : Commentarius in Matthaeum (vers 353-356), premier commentaire latin conservé sur l'évangile de Matthieu ; Tractatus super Psalmos (Traités sur les Psaumes), exposés largement tributaires d'Origène, lisant les psaumes comme parole du Christ. Cf. New World Encyclopedia, « Hilary of Poitiers » ; Catholic Encyclopedia.
20 36 48Abra (ou Apra) de Poitiers : fille traditionnellement attribuée à saint Hilaire, qui se serait consacrée à Dieu (fêtée le 1er décembre). Son existence est historiquement incertaine : elle n'est attestée que par des sources hagiographiques postérieures d'environ deux siècles à la vie d'Hilaire, et la lettre qu'Hilaire lui aurait adressée est considérée comme un faux médiéval. Cf. Wikipedia, « Abra of Poitiers ».
21Hilaire de Poitiers, De Synodis (« Des synodes », 358) : analyse des professions de foi des évêques orientaux (synodes d'Ancyre, Antioche, Sirmium), montrant que certaines divergences avec Nicée tenaient surtout au vocabulaire ; effort de réconciliation entre Orient et Occident dans la foi nicéenne. Cf. New World Encyclopedia, « Hilary of Poitiers » ; NPNF2-09.
26 34New World Encyclopedia, « Hilary of Poitiers » : De Trinitate libri XII (vers 359-360), premier auteur latin à exprimer en latin les subtilités trinitaires élaborées en grec ; mort en 367/368 ; fête le 13 janvier (14 janvier dans le calendrier romain général jusqu'en 1969) ; Docteur de l'Église par Pie IX en 1851 ; origine du « Hilary term ». Recoupé avec l'Encyclopædia Britannica.
31 32 43 44 50Proclamation comme Docteur de l'Église : le pape Pie IX proclama saint Hilaire Docteur de l'Église universelle (universae ecclesiae doctor) en 1851, à l'occasion d'un concile provincial tenu à Bordeaux. Cf. New World Encyclopedia, « Hilary of Poitiers » ; Catholic Encyclopedia, « St. Hilary of Poitiers ».
45 53