Pie IX (Pius IX), né Giovanni Maria Mastai-Ferretti à Senigallia, dans les Marches, le 13 mai 1792, et mort au palais apostolique du Vatican le 7 février 1878, est le pape dont le règne a duré le plus longtemps de toute l'histoire de l'Église : près de trente-deux ans, du 16 juin 1846 à sa mort.[1][2] Le Saint-Siège le range comme 255e successeur de saint Pierre, élu après la mort de Grégoire XVI et suivi de Léon XIII.[3]
Son pontificat est l'un des plus dramatiques de l'âge contemporain. Acclamé en 1846 comme un « pape libéral » qui amnistie les prisonniers politiques et ouvre les États pontificaux aux réformes, Mastai-Ferretti est emporté dès 1848 par la vague révolutionnaire : l'assassinat de son ministre Pellegrino Rossi, l'insurrection de Rome, la fuite déguisée à Gaète et la proclamation d'une République romaine brisent net l'illusion d'un trône réconcilié avec la révolution.[4][5] Ramené à Rome en 1850 par les baïonnettes françaises, il gouverne désormais en pape intransigeant, déterminé à défendre la liberté de l'Église contre les États qui prétendent l'absorber.[6]
Ce long règne est aussi un sommet doctrinal. Pie IX proclame le dogme de l'Immaculée Conception le 8 décembre 1854, condamne les erreurs modernes dans l'encyclique Quanta cura accompagnée du Syllabus en 1864, et convoque le concile Vatican I qui définit l'infaillibilité pontificale le 18 juillet 1870.[7][8][9] Deux mois plus tard, l'armée italienne entre dans Rome : Pie IX perd le pouvoir temporel millénaire des papes et se déclare « prisonnier du Vatican ».[10][11]
L'opinion libérale qui l'avait porté aux nues en 1846 puis conspué après 1848 — presse libérale européenne, historiens du Risorgimento — vit en lui un pape dépassé, vaincu par son siècle.[12][13] La postérité catholique a retenu autre chose : un homme d'une piété mariale ardente, d'un humour resté célèbre jusque dans la captivité, qui sut transformer la défaite politique en témoignage spirituel. Béatifié par Jean-Paul II le 3 septembre 2000, le même jour que Jean XXIII, il est aujourd'hui honoré comme bienheureux.[14][15]
Pourquoi Pie IX compte-t-il ?
Le plus long pontificat de l'histoire
Pie IX règne trente et un ans, sept mois et vingt-deux jours, du 16 juin 1846 au 7 février 1878[16] : c'est, de manière vérifiée, le pontificat le plus long de l'histoire de la papauté, le seul à avoir dépassé les vingt-cinq années jubilaires que la tradition romaine attribuait au seul saint Pierre — d'où l'adage « jamais on ne verra les années de Pierre ».[17][18] Pie IX fut le premier à les franchir, célébrant son jubilé pontifical en 1871, puis son trentième anniversaire en 1876.[19]
Cette durée exceptionnelle lui donne le temps d'imprimer sa marque sur l'Église entière : il crée cent vingt-trois cardinaux au fil de vingt-trois consistoires[20], canonise cinquante-deux saints[21], béatifie deux cent vingt-deux serviteurs de Dieu[22], proclame trois nouveaux docteurs de l'Église[23] et publie trente-huit encycliques[24]. Aucun pape n'avait gouverné aussi longtemps ; aucun n'avait non plus vu son monde se dérober aussi complètement sous ses pieds.
Du « pape libéral » au « pape intransigeant »
La figure de Pie IX résume le divorce du XIXᵉ siècle entre l'Église et la révolution libérale. Élu dans l'espérance d'un catholicisme réconcilié avec les libertés modernes, il incarna deux ans durant le rêve d'un « guelfisme néo-libéral » — l'idée, portée par des penseurs comme Vincenzo Gioberti, d'une Italie unifiée sous la présidence morale du pape.[25] Puis la révolution de 1848 lui montra que les forces qu'il avait encouragées visaient, au-delà des réformes, la fin même de la souveraineté pontificale et l'unité italienne sous Turin.
De ce traumatisme naît le Pie IX que retient l'histoire : le pape qui, dans le Syllabus de 1864, refuse que « le Pontife romain puisse et doive se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne ».[26] Ce refus n'est pas une nostalgie politique : c'est l'affirmation que l'Église ne saurait être absorbée par l'État ni soumettre la vérité révélée à l'esprit du temps. Toute la seconde moitié du règne déploie cette ligne, jusqu'au concile Vatican I.
Le pape de la perte du pouvoir temporel
Enfin, Pie IX est le pape sous lequel s'effondre le pouvoir temporel des papes, vieux de plus de onze siècles. Quand l'armée du royaume d'Italie franchit la brèche de la Porta Pia, le 20 septembre 1870, les États pontificaux disparaissent et Rome devient capitale de l'Italie unifiée.[27] Pie IX refuse la loi des Garanties que lui offre le nouveau régime, s'enferme au Vatican et lègue à ses successeurs la Question romaine — qui ne sera réglée qu'en 1929 par les accords du Latran.[28]
Cette défaite, vécue comme un martyre, transforme paradoxalement la papauté. Dépouillé de ses légions, le pape gagne en autorité morale et spirituelle ce qu'il perd en territoire. Le « prisonnier du Vatican » devient une figure de conscience universelle, et le concile qui définit son infaillibilité scelle, au moment même où il perd Rome, la pleine reconnaissance de sa primauté spirituelle.[29]
Les sources principales
Notices ecclésiales et biographiques
La liste officielle du Saint-Siège range Mastai-Ferretti parmi les souverains pontifes sous le nom de Pie IX, avec un pontificat allant du 16 juin 1846 au 7 février 1878.[30] La synthèse de référence en langue anglaise demeure l'article de Michael Ott dans la Catholic Encyclopedia de 1911, qui retrace la carrière, l'élection, la révolution de 1848, la restauration et la lutte contre l'unité italienne.[31] L'Encyclopædia Britannica confirme la chronologie et insiste sur le basculement du « pape libéral » vers la fermeté doctrinale.[32]
L'historiographie moderne est dominée par la grande biographie de Giacomo Martina, Pio IX (Università Gregoriana, trois volumes, 1974-1990), longtemps tenue pour l'étude scientifique la plus complète, et par la synthèse anglophone de Frank J. Coppa, Pope Pius IX: Crusader in a Secular Age (1979).[33][34] Pour la personne du pape et sa spiritualité, la positio de la cause de béatification, instruite tout au long du XXᵉ siècle, rassemble témoignages et documents d'archives.[35]
Sources de la Question romaine et de la béatification
Les actes doctrinaux sont conservés et accessibles : la bulle Ineffabilis Deus (8 décembre 1854), l'encyclique Quanta cura et le Syllabus (8 décembre 1864), la constitution dogmatique Pastor æternus (18 juillet 1870), l'encyclique Etsi multa contre le Kulturkampf (21 novembre 1873).[36][37][38][39] Pour la chute du pouvoir temporel, la loi des Garanties italienne du 13 mai 1871 et son rejet par le pape sont documentés par les correspondances diplomatiques de l'époque.[40]
Enfin, l'homélie de béatification prononcée par Jean-Paul II le 3 septembre 2000 constitue la source magistérielle qui fixe le sens spirituel du pontificat, en présentant Pie IX comme « un exemple d'adhésion inconditionnée au dépôt immuable des vérités révélées ».[41]
De Giovanni Mastai-Ferretti à l'élection de 1846
Une naissance noble à Senigallia
Giovanni Maria Mastai-Ferretti naît à Senigallia, port de l'Adriatique dans les Marches pontificales, le 13 mai 1792, neuvième enfant du comte Girolamo Mastai-Ferretti et de la comtesse Caterina Solazzi.[42][43] La famille appartient à la petite noblesse provinciale, profondément attachée au Siège apostolique. Il reçoit au baptême une longue série de prénoms — Giovanni Maria Battista Pietro Pellegrino Isidoro — selon l'usage des familles nobles italiennes.[44]
Élève des piaristes au collège Saint-Michel de Volterra, le jeune Mastai s'y forme à une dévotion mariale qui ne le quittera jamais et qui éclatera un jour dans la proclamation de l'Immaculée Conception.[45]
L'épilepsie et la vocation contrariée
La vocation de Mastai-Ferretti faillit être brisée par la maladie. Adolescent, il souffre de crises d'épilepsie qui lui ferment d'abord la carrière ecclésiastique : Pie VII, sollicité, refuse de l'admettre dans la garde noble pontificale en raison de ces accès.[46][47] Le jeune homme se tourne alors vers la prière et obtient, croit-il, une amélioration durable de son état lors d'un pèlerinage à Lorette.
Sa santé rétablie, il est ordonné prêtre le 10 avril 1819, avec la dispense de célébrer la messe en présence d'un autre prêtre, par prudence — précaution qui tombera vite en désuétude.[48] Cette épreuve initiale marque le futur pape : il gardera, contre les apparences de sa charge, le sentiment d'un homme fragile porté par la Providence.
De Spolète à Imola : l'évêque pasteur
Le jeune prêtre se distingue d'abord par la charité. De 1823 à 1825, il accompagne comme auditeur la mission apostolique au Chili et au Pérou, première expérience d'un monde hors d'Europe.[49] De retour à Rome, il dirige l'hospice San Michele, vaste institution charitable pour les enfants et les vieillards.
Archevêque de Spolète dès 1827, il s'y illustre en 1831 par sa modération lors des troubles révolutionnaires, obtenant la grâce d'insurgés et organisant les secours après un tremblement de terre.[50] Transféré au siège d'Imola en 1832, dans les turbulentes Légations, il y déploie pendant quatorze ans une activité pastorale intense — visites, catéchèse, charité — qui lui vaut une réputation d'évêque ouvert et bienveillant. Grégoire XVI le crée cardinal in pectore — en secret, sans annonce publique du nom — le 23 décembre 1839, publication faite le 14 décembre 1840.[51][52]
Le conclave de 1846
À la mort de Grégoire XVI, le 1ᵉʳ juin 1846, s'ouvre un conclave bref mais décisif. Deux lignes s'opposent : celle du zelante intransigeant, incarnée par le cardinal Luigi Lambruschini, secrétaire d'État du défunt pape, et celle d'une ouverture modérée aux réformes que réclame l'opinion italienne. Le cardinal Mastai-Ferretti, réputé bienveillant et libéral de tempérament, apparaît comme l'homme de la conciliation.[53]
Il est élu le 16 juin 1846, au quatrième scrutin, et prend le nom de Pie IX en mémoire de Pie VII, qu'il vénérait. La rumeur d'un veto autrichien contre Lambruschini, arrivé trop tard, courut longtemps sans preuve décisive.[54] Couronné le 21 juin 1846, le nouveau pape, âgé de cinquante-quatre ans, est accueilli par une vague d'enthousiasme inédite : l'Italie entière croit voir en lui le pape de l'avenir.
Le « pape libéral » des premières années
L'amnistie de juillet 1846
Le premier geste de Pie IX électrise la péninsule. Le 16 juillet 1846, moins d'un mois après son élection, il proclame une amnistie générale pour les détenus et exilés politiques des États pontificaux — plus d'un millier de personnes graciées.[55][56] L'effet est immédiat et immense : on illumine les villes, on chante des hymnes à Pio Nono, et le pape devient, selon le mot des historiens, « l'homme le plus populaire de la péninsule italienne ».[57]
La Catholic Encyclopedia note pourtant la naïveté du geste : il ne vint pas à l'esprit du pape « que beaucoup des offenseurs politiques graciés se serviraient de leur liberté pour faire avancer leurs idées révolutionnaires ».[58] L'amnistie qui le rendit idole prépara, à son insu, la révolution qui le chasserait.
Réformes et enthousiasme national
Les réformes se succèdent : création d'une Consulta d'État consultative, d'une garde civique, allègement de la censure et liberté relative de la presse, conseil municipal pour Rome, développement des chemins de fer et du télégraphe, freinés sous Grégoire XVI — le mot qu'on lui prête, des « chemins de l'enfer », étant une légende sans attestation documentaire (voir le dossier Grégoire XVI).[59][60] Pour les patriotes italiens, le pape réformateur semble pouvoir prendre la tête du mouvement national contre l'Autriche.
« Béni soit le grand Dieu, dont la main droite a tiré du sein de ses trésors un Pie pour le donner à notre âge. » — vers patriotiques chantés en l'honneur de Pio Nono en 1847[61]
Cet engouement repose sur un malentendu. Pie IX veut réformer l'administration de ses États et améliorer le sort de ses sujets ; les libéraux et les nationalistes attendent de lui qu'il bénisse la guerre contre l'Autriche catholique et l'unité italienne sous une monarchie constitutionnelle. Deux projets que tout oppose.
Le Statut fondamental de 1848
La pression monte avec la vague révolutionnaire qui embrase l'Europe au printemps 1848. Le 14 mars 1848, Pie IX accorde aux États pontificaux un Statut fondamental, véritable constitution dotée de deux chambres et d'un gouvernement de laïcs, tout en réservant au Sacré Collège un droit de veto sur les matières spirituelles.[62] Pour un État théocratique, la concession est considérable.
Mais elle ne peut suffire à des révolutionnaires qui veulent la guerre nationale et la fin du gouvernement clérical. Le piège se referme : devenu chef d'un État constitutionnel, le pape est sommé de marcher avec l'Italie révolutionnaire contre l'empire catholique des Habsbourg.
1848 : la révolution, l'assassinat de Rossi et la fuite à Gaète
L'allocution du 29 avril 1848
Le point de rupture est la guerre contre l'Autriche. Quand l'insurrection de Milan et la guerre du Piémont entraînent une partie des troupes pontificales vers le nord, Pie IX comprend qu'on veut faire du chef de la chrétienté le belligérant d'une guerre fratricide entre nations catholiques. Le 29 avril 1848, dans une allocution consistoriale restée célèbre, il déclare solennellement qu'il ne peut, comme père commun de tous les fidèles, déclarer la guerre à l'Autriche catholique.[63][64]
Cette allocution dissipe d'un coup le mirage du pape national. Aux yeux des patriotes, Pie IX trahit la cause italienne ; sa popularité s'effondre aussi vite qu'elle s'était élevée. La Rome révolutionnaire bascule dans l'agitation.
L'assassinat de Pellegrino Rossi
Pour gouverner dans la tempête, Pie IX appelle à la tête du ministère un homme d'État de premier plan, Pellegrino Rossi, juriste et économiste rallié au catholicisme, partisan d'une modernisation ordonnée. Sa fermeté lui vaut la haine des factions extrémistes. Le 15 novembre 1848, alors qu'il se rend à l'ouverture des chambres au palais de la Chancellerie, Rossi est assassiné d'un coup de poignard à la gorge, sous les yeux d'une foule qui n'esquisse aucun geste pour le défendre.[65][66]
Le meurtre déchaîne l'émeute. Le lendemain, 16 novembre, les insurgés assiègent le palais du Quirinal, résidence du pape, tuent l'un de ses prélats et tournent leurs fusils contre les fenêtres pontificales. Pie IX est désormais prisonnier dans son propre palais.
La fuite déguisée à Gaète
Le 24 novembre 1848, avec l'aide des ambassadeurs de France et de Bavière, Pie IX s'échappe du Quirinal déguisé en simple prêtre et gagne, par une fuite nocturne, le territoire napolitain.[67][68] Il se réfugie à Gaète, dans le royaume des Deux-Siciles, où le rejoignent une partie des cardinaux. La capitale de la chrétienté est aux mains de la révolution.
« Dans les choses humaines, il faut se contenter de faire du mieux que l'on peut, et pour le reste, s'abandonner à la Providence. » — Pie IX, cité par Jean-Paul II dans l'homélie de béatification du 3 septembre 2000[69]
Cette parole, que reprendra Jean-Paul II, résume l'attitude intérieure du pape exilé : impuissant politiquement, il s'abandonne à Dieu. C'est à Gaète, dans l'épreuve, que mûrit sa décision de consulter l'épiscopat mondial sur la définition de l'Immaculée Conception.[70]
La République romaine
À Rome, l'assemblée révolutionnaire abolit le pouvoir temporel et proclame, le 9 février 1849, la République romaine, gouvernée bientôt par un triumvirat où domine Giuseppe Mazzini, avec l'appui militaire de Garibaldi.[71][72] Depuis Gaète, Pie IX excommunie les usurpateurs et lance un appel aux puissances catholiques pour le rétablissement de sa souveraineté.
La République romaine, qui sécularise les biens d'Église et bouscule l'ordre ancien, ne dure que quelques mois. Son existence aura suffi à convaincre Pie IX que le libéralisme révolutionnaire visait, sous couvert de réformes, l'anéantissement de l'Église dans l'État.
Le retour et le grand tournant
Les troupes françaises et le général Oudinot
Quatre puissances catholiques — France, Autriche, Espagne, Naples — répondent à l'appel du pape. C'est finalement le corps expéditionnaire français du général Oudinot, envoyé par la Deuxième République de Louis-Napoléon Bonaparte, qui emporte la décision. Après un siège difficile contre les défenseurs de Garibaldi, Rome tombe le 3 juillet 1849 et la République romaine s'effondre.[73][74]
Un paradoxe inaugure ainsi la seconde partie du règne : c'est une république, la France, qui restaure le pouvoir temporel du pape, et une garnison française qui protégera Rome jusqu'en 1870. Le sort de la papauté est désormais suspendu à la politique de Napoléon III.
Le retour à Rome de 1850
Pie IX ne rentre pas aussitôt. Il attend que l'ordre soit pleinement rétabli et ne regagne Rome que le 12 avril 1850, après seize mois d'exil.[75][76] L'homme qui revient n'est plus le pape réformateur de 1846 : il est, selon la formule de la Catholic Encyclopedia, « revenu non plus libéral politique ».[77]
Marquant symboliquement la rupture, il quitte le palais du Quirinal, théâtre du soulèvement de 1848, et fixe désormais sa résidence au Vatican.[78] La grande leçon qu'il tire de l'épreuve est doctrinale autant que politique : l'Église ne peut pactiser avec les principes qui ont armé la révolution contre elle.
Le cardinal Antonelli et le gouvernement des États
Le gouvernement temporel est confié au cardinal Giacomo Antonelli, secrétaire d'État de 1848 jusqu'à sa mort en 1876, diplomate habile et conservateur résolu.[79] Antonelli concentre l'autorité civile et mène une politique de défense rigide de la souveraineté pontificale, au prix d'une administration souvent jugée immobile et de réformes ajournées.
Cette restauration conservatrice nourrit l'hostilité des libéraux européens, qui font des États pontificaux le symbole de l'arriération politique. Le contraste est saisissant entre la fermeté doctrinale du règne et la fragilité croissante de son assise temporelle.
L'affaire Mortara (1858)
Aucun épisode n'a davantage terni l'image de Pie IX en Europe que l'affaire Mortara. Le 23 juin 1858, la police pontificale enlève à Bologne Edgardo Mortara, enfant juif de six ans, au motif qu'une servante chrétienne l'avait secrètement baptisé alors qu'il était gravement malade.[80][81] Selon le droit canonique et la loi des États pontificaux, un baptisé ne pouvait être élevé dans le judaïsme : l'enfant est retiré à ses parents et confié à l'Église.
L'affaire soulève une indignation internationale, des libéraux comme des juifs, et fournit aux adversaires du pouvoir temporel un argument de propagande considérable.[82] Pie IX, attaché à l'enfant qu'il fit élever sous sa protection, ne céda jamais ; Edgardo Mortara devint prêtre et défendit toute sa vie la décision du pape. L'épisode reste une pierre d'achoppement du dossier de béatification : il illustre la collision frontale entre le droit confessionnel d'un État théocratique finissant et la sensibilité moderne aux droits de la famille et de la conscience. Mais le dossier ne s'arrête pas à l'indignation de 1858 : Edgardo lui-même, devenu adulte, choisit librement de rester catholique, fut ordonné prêtre et se dit reconnaissant et heureux de sa vie dans l'Église.[83] Instruite en pleine connaissance de cet épisode — la cause fut longtemps freinée par cette controverse —, la béatification aboutit sous Jean-Paul II le 3 septembre 2000 : c'est là le fait.[84] Y voir l'acte d'un pape lié par le droit canonique de son temps, selon lequel un enfant baptisé devait recevoir une éducation catholique, et non une cruauté personnelle, est l'interprétation de l'auteur du présent article : ni l'Église ni l'homélie de Jean-Paul II ne formulent de thèse sur l'affaire Mortara.
Les grands actes doctrinaux du pontificat
Le pontificat de Pie IX est jalonné de trois actes doctrinaux majeurs, dont chacun fait l'objet d'un article spécialisé d'Ignispedia. On en rappelle ici la portée pour le règne, sans rouvrir le détail traité ailleurs.
L'Immaculée Conception (1854)
Le 8 décembre 1854, par la bulle Ineffabilis Deus, Pie IX définit comme dogme de foi que la Vierge Marie a été, « dès le premier instant de sa conception, préservée intacte de toute tache du péché originel ».[85] C'est le premier dogme défini par un pape de sa seule autorité, après consultation de tout l'épiscopat — préfiguration de la définition de l'infaillibilité seize ans plus tard. Quatre ans après, à Lourdes, l'apparition se présentera à Bernadette comme « l'Immaculée Conception », confirmant aux yeux des catholiques la définition romaine.
📖 Voir l'article détaillé : Le dogme de l'Immaculée Conception (1854)
Quanta cura et le Syllabus (1864)
Le 8 décembre 1864, dix ans jour pour jour après l'Immaculée Conception, Pie IX publie l'encyclique Quanta cura, accompagnée d'un Syllabus recensant quatre-vingts erreurs modernes : panthéisme, rationalisme, indifférentisme, socialisme, communisme, séparation de l'Église et de l'État, prétention de l'État à monopoliser l'éducation.[86][87] Le dernier article, qui condamne l'idée d'une réconciliation du pape avec « le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne », fit scandale et fut souvent caricaturé hors de son sens technique.
📖 Voir l'article détaillé : Le Syllabus de Pie IX (1864)
Le concile Vatican I et l'infaillibilité (1869-1870)
Convoqué par la bulle Æterni Patris du 29 juin 1868, le concile Vatican I s'ouvre le 8 décembre 1869 devant quelque sept cents Pères. Le 18 juillet 1870, la constitution Pastor æternus définit la primauté de juridiction du pape et son infaillibilité lorsqu'il enseigne ex cathedra en matière de foi et de mœurs.[88] Le lendemain éclate la guerre franco-prussienne ; le retrait de la garnison française scelle le sort de Rome, et le concile, interrompu, ne sera jamais formellement clos.
📖 Voir les articles détaillés : Le concile Vatican I (1869-1870) et L'infaillibilité pontificale
La Question romaine et la fin du pouvoir temporel
Castelfidardo et la perte des Marches
L'unité italienne se construit aux dépens des États pontificaux. Après l'annexion de la Romagne en 1859-1860, les troupes piémontaises envahissent les Marches et l'Ombrie. Le 18 septembre 1860, la petite armée pontificale rassemblée par le général français de Lamoricière — où servent les Zouaves pontificaux, volontaires catholiques venus de toute l'Europe — est écrasée à Castelfidardo.[89][90] Le pape ne conserve plus que le Latium autour de Rome, protégé par la garnison française.
Pie IX répond aux annexions par des protestations solennelles et l'excommunication des spoliateurs, sans pouvoir rien empêcher. Le pouvoir temporel se réduit, année après année, à la seule ville de Rome et à ses environs immédiats.
La prise de Rome (20 septembre 1870)
L'épreuve finale survient avec la chute de Napoléon III. La défaite française à Sedan, le 2 septembre 1870, prive Rome de sa protection : la garnison française se retire. Le 20 septembre 1870, l'armée du royaume d'Italie ouvre une brèche dans la muraille près de la Porta Pia et entre dans Rome ; Pie IX ordonne une résistance purement symbolique pour bien marquer qu'il cède à la force.[91][92] Un plébiscite entérine l'annexion, et Rome devient capitale de l'Italie.
📖 Voir l'article détaillé : La prise de Rome en 1870
Ainsi s'achèvent onze siècles de pouvoir temporel des papes, ouverts par la donation de Pépin le Bref au VIIIᵉ siècle. Pour Pie IX, la perte n'est pas seulement politique : elle remet en cause la liberté même du Siège apostolique, qu'il jugeait garantie par son indépendance territoriale.
La loi des Garanties et le « non possumus »
Le nouvel État italien tente d'organiser la coexistence. La loi des Garanties du 13 mai 1871 reconnaît au pape l'inviolabilité de sa personne, les honneurs souverains, la libre disposition du Vatican, du Latran et de Castel Gandolfo, et une dotation annuelle de plus de trois millions de lires.[93][94] Mais cette loi est un acte unilatéral de l'État italien, révocable, et non un traité reconnaissant une vraie souveraineté.
Pie IX la rejette intégralement, refuse la dotation et oppose à toute négociation son fameux « non possumus » — « nous ne pouvons pas » : le pape ne peut renoncer à des droits qui ne lui appartiennent pas en propre mais à l'Église universelle.[95] Ce refus fonde la Question romaine, qui empoisonnera les rapports entre l'Italie et le Saint-Siège jusqu'aux accords du Latran de 1929.
Le « prisonnier du Vatican »
À partir de 1870, Pie IX se considère comme « prisonnier dans le Vatican » et ne franchit plus jamais le seuil du palais, refusant de paraître dans une Rome qu'il tient pour occupée.[96] Ses successeurs maintiendront cette attitude jusqu'à Pie XI. Par l'encyclique Respicientes ea omnia du 1ᵉʳ novembre 1870, le pape frappe d'excommunication tous ceux qui ont ordonné ou exécuté la spoliation de Rome — sans nommer le roi Victor-Emmanuel II en personne[97] — et interdit aux catholiques italiens, par la formule non expedit (« il n'est pas opportun » d'y participer), de prendre part à la vie politique du nouveau royaume.
Loin d'affaiblir la papauté, cette captivité volontaire en accroît l'aura. Privé de ses États, le pape devient un témoin moral dont l'autorité spirituelle, désormais détachée de tout intérêt territorial, rayonne sur la catholicité entière.
Le pape face au monde moderne
D'après la reproduction publiée par l'auteur lui-même, Pie IX adresse le 17 mai 1877 à Constantin James un bref d'encouragement pour son ouvrage Du darwinisme ou l'homme-singe (1877). Le pape y décrit le darwinisme comme un « tissu de fables » auquel « l'éloignement de Dieu et le penchant au matérialisme » cherchent un appui, et juge que de telles « rêveries », parce qu'elles « se servent du masque de la science », doivent être « réfutées par la science vraie »[98]. Il y félicite l'auteur d'avoir, par un livre jugé si opportun, bien mérité de la religion comme de ses frères, et conclut par la bénédiction apostolique. Ce bref, encouragement adressé à un auteur et non définition dogmatique sur l'évolution, atteste l'attitude de Pie IX envers le darwinisme[99].
Le Kulturkampf de Bismarck
Pie IX affronte, dans les dernières années de son règne, la grande offensive anticatholique de l'Empire allemand unifié. À partir de 1871, le chancelier Otto von Bismarck lance le Kulturkampf (« combat pour la civilisation ») : lois de Mai de 1873 soumettant la formation du clergé à l'État, expulsion des jésuites, suppression d'évêchés, emprisonnement d'évêques et de prêtres récalcitrants.[100][101]
Pie IX réplique par l'encyclique Etsi multa du 21 novembre 1873, qui dénonce la persécution de l'Église en Allemagne, en Suisse et en Italie.[102] Le Kulturkampf échouera d'ailleurs sous Léon XIII, qui négociera l'abrogation progressive des lois de Mai.
Le rétablissement des hiérarchies catholiques
Tandis que l'Europe latine se sécularise, Pie IX étend l'Église dans le monde anglo-saxon et missionnaire. Le 29 septembre 1850, par la bulle Universalis Ecclesiae, il rétablit la hiérarchie catholique en Angleterre, avec un archevêché de Westminster et douze diocèses — geste qui provoqua une vive réaction protestante mais marqua le renouveau du catholicisme anglais.[103] En 1853, il rétablit de même la hiérarchie aux Pays-Bas.
Il multiplie les concordats — Espagne (1851), Autriche (1855), divers États d'Amérique latine — et soutient l'essor missionnaire en Asie, en Afrique et en Océanie. L'Église qui perd Rome gagne le monde : sous Pie IX se dessine la mondialisation du catholicisme qui caractérisera le siècle suivant.
Un docteur et un dévot de l'Église universelle
Le pape couronne ce zèle doctrinal par des actes de piété aux dimensions de l'Église entière. Le 23 septembre 1856, il étend la fête du Sacré-Cœur à toute l'Église ; le 8 décembre 1870, en pleine tourmente, il proclame saint Joseph patron de l'Église universelle.[104][105] Il proclame trois nouveaux docteurs de l'Église : saint Hilaire de Poitiers (1851), saint Alphonse de Liguori (1871) et saint François de Sales (1877).[106]
Ces décisions, prises au moment même où le pape perdait ses États, manifestent sa conviction profonde : la véritable puissance du Siège de Pierre n'est pas territoriale mais spirituelle, et c'est par la doctrine, le culte et la sainteté que l'Église traverse les révolutions.
L'homme Pie IX : piété, charme et souffrance
La dévotion mariale, fil conducteur d'une vie
S'il est un trait qui unifie l'existence de Mastai-Ferretti, c'est la dévotion à la Vierge Marie, reçue au collège de Volterra, déployée dans sa prédication d'évêque, scellée dans la définition de l'Immaculée Conception.[107] La proclamation de 1854 n'est pas un acte abstrait de juriste : elle est l'aboutissement d'une piété personnelle qui faisait de la Mère de Dieu le refuge du pape dans toutes ses épreuves.
« Il fut un exemple d'adhésion inconditionnée au dépôt immuable des vérités révélées. » — Saint Jean-Paul II, homélie de béatification de Pie IX, 3 septembre 2000[108]
L'humour de Pio Nono
Pie IX a laissé le souvenir d'un homme d'un esprit vif et d'un humour célèbre, qui ne le quittèrent ni dans la défaite ni dans la captivité. La Catholic Encyclopedia relève sa « charité envers les pauvres, sa bonté de cœur et son esprit », qui le rendaient profondément aimable.[109]
Ce mélange de gravité doctrinale et d'enjouement personnel explique l'attachement durable des fidèles à Pio Nono. Derrière le pape intransigeant des documents, les témoins ont connu un homme chaleureux, accessible, capable de plaisanter sur sa propre infortune.
La sérénité dans l'épreuve
Le pontificat de Pie IX fut, selon Jean-Paul II, « vraiment pas facile » : le pape « dut beaucoup souffrir en accomplissant sa mission ».[110] Aimé puis haï, encensé puis calomnié, dépouillé de ses États et raillé par la presse libérale, il puisa dans l'abandon à la Providence une paix que ses adversaires ne comprenaient pas.
« Il fut profondément aimé, mais également haï et calomnié. Mais ce fut précisément au milieu de ces contradictions que brilla plus vivement la lumière de ses vertus. » — Saint Jean-Paul II, homélie de béatification, 3 septembre 2000[111]
C'est cette sérénité surnaturelle au cœur de la défaite que l'Église a reconnue comme sainteté en le béatifiant : non pas la réussite politique, qui lui échappa, mais la fidélité d'un pasteur à sa mission au milieu de l'effondrement de son monde.
La mort et la béatification
La mort du 7 février 1878
Pie IX meurt au palais apostolique du Vatican le 7 février 1878, à près de quatre-vingt-six ans, emporté par une crise qui mit fin au plus long pontificat de l'histoire.[112][113] Il s'éteint en « prisonnier du Vatican », sans avoir revu une Rome qu'il tenait pour occupée, mais entouré de la vénération du monde catholique.
Quelques semaines plus tôt mourait son grand adversaire, le roi Victor-Emmanuel II : la coïncidence des deux morts, à si peu d'intervalle, parut aux contemporains clore symboliquement l'affrontement d'une époque entre la papauté et l'Italie nouvelle.
Les funérailles et le transfert nocturne
Conformément à sa volonté, Pie IX devait reposer non aux grottes vaticanes mais à la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, qu'il affectionnait. Le transfert solennel de son corps, dans la nuit du 12 au 13 juillet 1881, sous Léon XIII, tourna au drame : une foule anticléricale tenta d'arracher le cercueil au cortège pour le jeter dans le Tibre, et il fallut l'intervention des carabiniers pour protéger la dépouille du pape défunt.[114] L'incident montra la violence des passions que la Question romaine avait laissées dans la ville.
La béatification par Jean-Paul II (2000)
La cause de béatification, ouverte dès 1907 sous Pie X, longtemps freinée par les controverses politiques et par l'affaire Mortara, aboutit au seuil du jubilé de l'an 2000. Après la reconnaissance comme miracle de la guérison inexpliquée d'une religieuse française — avis favorable de la consulte médicale le 15 janvier 1986, décret définitif en décembre 1999[115] —, Jean-Paul II béatifie Pie IX le 3 septembre 2000, en même temps que Jean XXIII — rapprochement voulu de deux papes que tout semblait opposer mais qu'unissait, selon Jean-Paul II, une même sainteté.[116] La fête du bienheureux Pie IX est fixée au 7 février.
Son corps, reconnu canoniquement à l'occasion de la béatification, repose dans un cercueil de verre à Saint-Laurent-hors-les-Murs, où les fidèles viennent prier le pape de l'Immaculée Conception et du concile Vatican I.[117]
Chronologie
- 13 mai 1792Naissance à SenigalliaMarches, États pontificaux
Giovanni Maria Mastai-Ferretti naît dans une famille de la petite noblesse pontificale.[118]
- 10 avril 1819Ordination sacerdotalemalgré l'épilepsie de jeunesse
Après une vocation contrariée par la maladie, Mastai-Ferretti est ordonné prêtre.[119]
- 1832Évêque d'Imolaquatorze ans de gouvernement pastoral
Transféré de Spolète à Imola, il s'y fait une réputation d'évêque bienveillant et réformateur.[120]
- 16 juin 1846Élection au pontificatil prend le nom de Pie IX
Élu après la mort de Grégoire XVI, il est couronné le 21 juin.[121]
- 16 juillet 1846Amnistie généralele « pape libéral »
L'amnistie des prisonniers politiques fait de Pie IX l'homme le plus populaire d'Italie.[122]
- 14 mars 1848Statut fondamentalune constitution pour les États pontificaux
Pie IX dote ses États d'une constitution, sans satisfaire les nationalistes.[123]
- 15 novembre 1848Assassinat de Pellegrino Rossidébut de l'insurrection romaine
Le ministre du pape est poignardé ; Rome bascule dans la révolution.[124]
- 24 novembre 1848Fuite à Gaètele pape déguisé en prêtre
Pie IX s'échappe du Quirinal et se réfugie dans le royaume des Deux-Siciles.[125]
- 9 février 1849République romaineMazzini et Garibaldi
La révolution abolit le pouvoir temporel et proclame la République à Rome.[126]
- 12 avril 1850Retour à Romele grand tournant conservateur
Restauré par les troupes françaises, le pape revient « non plus libéral politique ».[127]
- 8 décembre 1854Dogme de l'Immaculée Conceptionbulle Ineffabilis Deus
Pie IX définit le premier dogme proclamé par la seule autorité pontificale.[128]
- 23 juin 1858Affaire Mortaraindignation internationale
L'enlèvement d'Edgardo Mortara devient un symbole pour les adversaires du pouvoir temporel.[129]
- 18 septembre 1860Défaite de Castelfidardoperte des Marches et de l'Ombrie
L'armée pontificale et les Zouaves sont écrasés par le Piémont.[130]
- 8 décembre 1864Quanta cura et Syllabuscondamnation des erreurs modernes
Le pape recense quatre-vingts erreurs du temps et refuse de transiger avec elles.[131]
- 8 décembre 1869Ouverture du concile Vatican Ienviron 700 Pères conciliaires
Le premier concile œcuménique depuis Trente s'ouvre au Vatican.[132]
- 18 juillet 1870Pastor æternusdéfinition de l'infaillibilité pontificale
Le concile définit la primauté et l'infaillibilité du pape.[133]
- 20 septembre 1870Prise de Romefin du pouvoir temporel
L'armée italienne entre par la Porta Pia ; les États pontificaux disparaissent.[134]
- 13 mai 1871Loi des Garanties rejetéele « non possumus »
Pie IX refuse l'acte unilatéral italien et se déclare prisonnier du Vatican.[135]
- 21 novembre 1873Encyclique Etsi multacontre le Kulturkampf
Le pape dénonce la persécution de l'Église en Allemagne, en Suisse et en Italie.[136]
- 7 février 1878Mort au Vaticanle plus long pontificat de l'histoire
Pie IX meurt après près de trente-deux ans de règne, en prisonnier du Vatican.[137]
- 3 septembre 2000Béatificationpar saint Jean-Paul II
Pie IX est déclaré bienheureux le même jour que Jean XXIII ; fête le 7 février.[138]
Pour aller plus loin
- Pape Grégoire XVI — prédécesseur de Pie IX, dernier pape moine, hostile aux chemins de fer et aux libertés modernes.
- Pape Léon XIII — successeur de Pie IX, qui infléchit la ligne face au monde moderne et négocie la fin du Kulturkampf.
- Le dogme de l'Immaculée Conception (1854) — défini par Pie IX, sommet de sa dévotion mariale.
- Le Syllabus de Pie IX (1864) — le catalogue des erreurs modernes condamnées par Quanta cura.
- Le concile Vatican I (1869-1870) — le concile de Pie IX, qui définit l'infaillibilité pontificale.
- L'infaillibilité pontificale — la doctrine définie sous son pontificat par Pastor æternus.
- La prise de Rome en 1870 — la fin du pouvoir temporel des papes.
- Les États pontificaux — le millénaire territoire temporel perdu sous Pie IX.
Notes et sources
Notes et références
Saint-Siège, Annuario Pontificio, liste officielle des souverains pontifes (édition imprimée : le Saint-Siège ne publie pas de liste numérotée en ligne sur vatican.va) : Pie IX (Giovanni Maria Mastai-Ferretti) y figure comme 255e pape, pontificat du 16 juin 1846 au 7 février 1878. Repris en ligne par EWTN : « the 255th pope ». URL : https://ewtn.co.uk/article-the-remarkable-life-and-papacy-of-blessed-pope-pius-ix/. Voir aussi la fiche catholic-hierarchy.org, « Blessed Pius IX (Giovanni Maria Mastai-Ferretti) ». Variante : la Simple English Wikipedia le range comme « 256th Pope » (URL : https://simple.wikipedia.org/wiki/Pope_Pius_IX). L'écart d'une unité correspond au pape-élu Étienne II, inscrit comme Étienne II jusqu'à l'édition 1961 puis retiré de la liste officielle, mais compté par certaines listes.
1 30 51 121Michael Ott, « Pope Pius IX », The Catholic Encyclopedia, vol. 12, Robert Appleton Company, New York, 1911 ; transcription New Advent : naissance à Senigallia le 13 mai 1792, épilogue de jeunesse, ordination le 10 avril 1819, archevêque de Spolète puis évêque d'Imola, cardinal en 1839-1840, élection du 16 juin 1846, amnistie de juillet 1846, assassinat de Rossi le 15 novembre 1848, fuite à Gaète le 24 novembre 1848, retour à Rome le 12 avril 1850 « non plus libéral politique », cardinal Antonelli secrétaire d'État jusqu'en 1876, Castelfidardo (18 septembre 1860), Quanta cura et Syllabus, concile Vatican I, perte de Rome, loi des Garanties refusée, Kulturkampf, mort le 7 février 1878. URL : https://www.newadvent.org/cathen/12134b.htm.
2 4 18 19 31 47 50 56 58 66 67 72 74 75 77 79 89 104 109 120 124 125 127 130Wikipédia en français, article « Pie IX » (consulté en juin 2026) : Giovanni Maria Mastai-Ferretti né le 13 mai 1792 à Senigallia, ordination le 10 avril 1819, archevêque de Spolète (1827) puis évêque d'Imola (1832), cardinal le 23 décembre 1839 (publié le 14 décembre 1840), conclave ouvert le 16 juin 1846, couronnement le 21 juin, amnistie du 16 juillet 1846, Statut fondamental du 14 mars 1848, allocution du 29 avril 1848, assassinat de Rossi le 15 novembre 1848, fuite à Gaète le 24 novembre, République romaine du 9 février 1849, retour à Rome le 12 avril 1850, affaire Mortara (23 juin 1858), Quanta cura et Syllabus (8 décembre 1864), concile Vatican I (8 décembre 1869 - 18 juillet 1870), prise de Rome le 20 septembre 1870, loi des Garanties du 13 mai 1871, mort le 7 février 1878, sépulture à Saint-Laurent-hors-les-Murs, béatification le 3 septembre 2000. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pie_IX.
3 5 15 28 40 42 52 55 59 62 63 65 71 73 76 80 90 93 113 118 122 123 126Encyclopædia Britannica, « Pius IX » : élection de 1846, réformes libérales et popularité initiale, allocution du 29 avril 1848 refusant la guerre contre l'Autriche, basculement conservateur après 1848, Syllabus de 1864, concile Vatican I, perte du pouvoir temporel ; pontificat présenté comme le passage du « pape libéral » à la fermeté doctrinale. URL : https://www.britannica.com/biography/Pius-IX.
6 12 25 32 53 60 64Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854, définissant comme dogme de foi que la bienheureuse Vierge Marie a été, dès le premier instant de sa conception, préservée intacte de toute tache du péché originel, par une grâce singulière en prévision des mérites du Christ. Texte de référence du magistère marial, repris au Denzinger. Voir le dossier détaillé : article Ignispedia sur le dogme de l'Immaculée Conception.
7 36 85 128Pie IX, encyclique Quanta cura, 8 décembre 1864, condamnant les erreurs modernes (naturalisme, indifférentisme, socialisme, communisme, prétention de l'État à la souveraineté absolue) ; accompagnée du Syllabus complectens praecipuos nostrae aetatis errores recensant quatre-vingts propositions erronées. Voir le dossier Ignispedia sur le Syllabus.
8 37 86 131Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor æternus, 18 juillet 1870, définissant la primauté de juridiction du Pontife romain et son infaillibilité lorsqu'il enseigne ex cathedra en matière de foi et de mœurs ; concile convoqué par la bulle Æterni Patris du 29 juin 1868 et ouvert le 8 décembre 1869 devant environ 700 Pères. Voir les dossiers Ignispedia sur le concile Vatican I et l'infaillibilité pontificale.
9 29 38 88 132 133Prise de Rome, 20 septembre 1870 : après le retrait de la garnison française consécutif à la défaite de Sedan, l'armée du royaume d'Italie ouvre une brèche près de la Porta Pia ; Pie IX ordonne une résistance symbolique avant la capitulation. Annexion entérinée par plébiscite ; Rome devient capitale de l'Italie. Voir le dossier Ignispedia sur la prise de Rome en 1870.
10 27 91 134Wikipedia en anglais, article « Pope Pius IX » : nom complet Giovanni Maria Battista Pietro Pellegrino Isidoro Mastai-Ferretti, naissance le 13 mai 1792, refus de la garde noble par Pie VII en raison de l'épilepsie, ordination le 10 avril 1819, mission au Chili et au Pérou (1823-1825), cardinal en 1839-1840, élection le 16 juin 1846, pontificat de près de 32 ans (le plus long vérifié), 122 cardinaux selon la notice biographique — quand la liste détaillée « Cardinals created by Pius IX » du même site en recense 123 en 23 consistoires, chiffre retenu ici d'après Miranda, 52 saints canonisés, 38 encycliques, déménagement du Quirinal au Vatican, affaire Mortara (1858), rétablissement de la hiérarchie en Angleterre (29 septembre 1850) et aux Pays-Bas (1853), Kulturkampf (1872-1878), prise de Rome le 20 septembre 1870, loi des Garanties du 13 mai 1871 refusée, « prisonnier du Vatican », excommunication de Victor-Emmanuel II, mort le 7 février 1878, transfert du corps à Saint-Laurent-hors-les-Murs en 1881 et tentative de jeter le cercueil dans le Tibre, béatification le 3 septembre 2000. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Pius_IX.
11 17 43 44 46 48 49 54 57 68 78 81 82 92 94 96 100 103 106 112 114 119 129 137Frank J. Coppa, Pope Pius IX: Crusader in a Secular Age, Twayne Publishers, Boston, 1979 : synthèse anglophone de référence sur le pontificat de Pie IX et son affrontement avec le siècle libéral.
13 34Saint Jean-Paul II, homélie pour la béatification de Pie IX, de Jean XXIII et de trois autres serviteurs de l'Évangile, place Saint-Pierre, 3 septembre 2000 : « Face aux événements tourmentés de son temps, il fut un exemple d'adhésion inconditionnée au dépôt immuable des vérités révélées » ; « Son très long pontificat ne fut vraiment pas facile et il dut beaucoup souffrir en accomplissant sa mission » ; « Il fut profondément aimé, mais également haï et calomnié. Mais ce fut précisément au milieu de ces contradictions que brilla plus vivement la lumière de ses vertus. » Texte intégral sur vatican.va. URL : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/homilies/2000/documents/hf_jp-ii_hom_20000903_beatification.html.
14 35 41 69 84 108 110 111 116 138Du 16 juin 1846 au 7 février 1878 : 31 ans (→ 16 juin 1877), 7 mois (→ 16 janvier 1878), 22 jours (→ 7 février), en différence calendaire exclusive. En comptant à la fois le jour de l'élection et celui de la mort, on obtient 23 jours : c'est ce second mode de comptage qui explique l'écart avec les notices donnant 23 jours. EWTN retient 22 jours : « 31 years, seven months, and 22 days (June 16, 1846–Feb. 7, 1878) ». URL : https://ewtn.co.uk/article-the-remarkable-life-and-papacy-of-blessed-pope-pius-ix/. La liste anglophone des papes totalise de même 31 ans et 236 jours. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_popes.
16Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church (Florida International University), « Consistories for the creation of Cardinals — 19th Century (1800-1903) », tableau récapitulatif : « Pius IX (1846-1878) — created 123 cardinals », avec la liste nominative des 23 consistoires. URL : https://cardinals.fiu.edu/consistories-xix.htm.
20Wikipédia en anglais, article « Pope Pius IX » (consulté en octobre 2026) : « Pope Pius IX canonized 52 saints during his pontificate » — dont les martyrs du Japon (8 juin 1862), Josaphat Kuntsevych (29 juin 1867) et Nicolas Pieck (29 juin 1867). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Pius_IX. Décompte concordant (consulté de visu en séance) dans un classement indépendant : « Pope Pius IX (1846-1878) - 52 saints », The Scott Smith Blog, « Ranking the Popes » (juillet 2024). URL : https://www.thescottsmithblog.com/2024/07/ranking-popes-top-25-popes-ranked-by.html.
21Wikipédia en anglais, article « Pope Pius IX » (consulté en octobre 2026) : « beatified 222 individuals throughout his papacy » — dont Benoît-Joseph Labre, Pierre Claver et ses deux prédécesseurs Eugène III et Urbain V. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Pius_IX. Seule source secondaire identifiée en séance : aucune corroboration indépendante (ni vérification aux Acta) n'a été trouvée ; le chiffre est conservé comme décompte usuel des listes, en attendant mieux.
22Wikipédia en anglais, article « Pope Pius IX » (consulté en octobre 2026) : « named three new Doctors of the Church » — saint Hilaire de Poitiers (1851), saint Alphonse de Liguori (1871) et saint François de Sales (1877). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Pius_IX. Seule source secondaire identifiée en séance : aucune corroboration indépendante de visu n'a été trouvée ; le trio et ses dates sont conservés comme décompte usuel des listes, en attendant mieux.
23Décompte classique : 38 encycliques — page historique de la faculté de théologie de Louvain (KU Leuven) : « producing 38 encyclicals during his pontificate » (URL : https://theo.kuleuven.be/apps/christian-ethics/history/pius9.html) ; Catholic News Service (repris par le Catholic Herald) : Quanta cura, « one of 38 encyclicals issued by Pope Pius IX ». Variante : la liste anglophone de Wikipedia annonce 41 intitulés, mais son tableau n'en affiche que 39 (numéros 8 et 25 absents — constat du 4 octobre 2026). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_encyclicals_of_Pope_Pius_IX.
24Pie IX, Syllabus errorum, 8 décembre 1864, proposition 80 : condamnation de l'idée selon laquelle « le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne ». La formule, technique dans son contexte doctrinal, fut largement caricaturée par la presse libérale.
26 87Giacomo Martina, Pio IX, 3 vol., Editrice Pontificia Università Gregoriana, Rome, 1974-1990 : biographie scientifique de référence, fondée sur les archives vaticanes, couvrant l'ensemble du pontificat (1846-1878), la révolution de 1848, la Question romaine, le concile Vatican I et la spiritualité du pape.
33Pie IX, encyclique Etsi multa (Etsi multa luctuosa), 21 novembre 1873, dénonçant la persécution de l'Église catholique en Italie, en Allemagne (Kulturkampf de Bismarck, lois de Mai de 1873) et en Suisse ; à sa suite, le Conseil fédéral suisse rompt les relations avec le Saint-Siège et expulse le nonce. Texte sur les recueils du magistère pontifical.
39 102 136Contre-Réforme catholique, « Le bienheureux Pie IX, pape et docteur de l'Immaculée » : notice biographique et spirituelle sur la dévotion mariale de Mastai-Ferretti formée au collège de Volterra, l'amnistie de 1846, la maturation de la définition de l'Immaculée Conception et la proclamation de saint Joseph patron de l'Église. Source apologétique servant de relais bibliographique ; faits datés à recouper avec Ott et les Wikipédia. URL : https://crc-resurrection.org/toute-notre-doctrine/renaissance-catholique/histoire-eglise/19e-siecle/bx-pie-ix.html.
45 61 70 105 107Vittorio Messori, Kidnapped by the Vatican? The Unpublished Memoirs of Edgardo Mortara (Ignatius Press, 2017, traduction anglaise) : mémoires inédits d'Edgardo Mortara (1851-1940), devenu prêtre catholique, qui s'y dit reconnaissant envers la Providence et heureux de sa vie dans l'Église (« most grateful to Divine Providence [...] living happily ») ; compte rendu par Kathy Schiffer, National Catholic Register, 14 novembre 2017. URL : https://www.ncregister.com/blog/kidnapped-by-the-vatican.
83« Non possumus » — formule par laquelle Pie IX, après 1870, refuse de reconnaître la loi des Garanties italienne (13 mai 1871) et toute renonciation aux droits du Saint-Siège, jugeant qu'il ne peut aliéner ce qui appartient à l'Église universelle ; fondement de la Question romaine, réglée seulement par les accords du Latran de 1929. Voir Wikipedia, article « Non possumus ».
95 135New Catholic Encyclopedia, article « Roman Question » (consulté de visu en séance) : « Pius IX issued the encyclical Respicientes ea omnia, excommunicating all who had ordered or executed the usurpation, but without specifically mentioning Victor Emmanuel II (Nov. 1, 1870) ». URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/roman-question.
97Pie IX, bref au Dr Constantin James, Rome, 17 mai 1877 (date et texte d'après la reproduction de l'auteur) : Constantin James, Mes entretiens avec S. M. Don Pedro sur le darwinisme, Paris, Librairie de la Société bibliographique, 1888, p. 84-85, via Dominique Tassot, L'Évolution en 100 questions-réponses, Le Chesnay, Via Romana, 2021, annexe, p. 291-292 — pages non consultées de visu en séance. Teneur corroborée en séance par la traduction anglaise intégrale qu'en donne Andrew D. White, témoin hostile au propos pontifical, dans New Chapters in the Warfare of Science (1896, chapitre « From Creation to Evolution »), avec les équivalents exacts : « tissue of fables », « alienation from God and the leaning toward materialism », « such fancies », « borrow the mask of science », « refuted by true science », livre « so opportune and so perfectly appropriate to the exigencies of our time », bénédiction apostolique. URL : https://en.wikisource.org/wiki/New_Chapters_in_the_Warfare_of_Science:_From_Creation_to_Evolution_IV. L'existence de l'ouvrage (Du darwinisme ou l'homme-singe, Paris, 1877) est attestée par le Darwin Correspondence Project (lettre de Darwin à James du 5 juillet 1877).
98 99Aleteia, « Le Kulturkampf ou comment l'Église a résisté aux attaques du chancelier Bismarck », 5 février 2018 : récit du combat lancé par Bismarck à partir de 1871-1873 (lois de Mai, expulsion des jésuites, emprisonnement d'évêques) et de son échec progressif sous Léon XIII. Source de vulgarisation servant de relais ; faits à vérifier sur les actes pontificaux. URL : https://fr.aleteia.org/2018/02/05/le-kulturkampf-ou-comment-leglise-a-resiste-aux-attaques-du-chancelier-bismarck/.
101Miracle retenu pour la béatification : guérison inexpliquée d'une religieuse française, avis favorable de la consulte médicale le 15 janvier 1986, décret définitif en décembre 1999 (vertus héroïques reconnues le 6 juillet 1985, vénérable). Notice catholic.net (« Pius IX »), reprise par catholicsaints.info (« Pope Blessed Pius IX »). Le nom de la religieuse n'a pas été retrouvé en séance : il n'est pas donné ici. URL : https://catholic.net/op/articles/2123/cat/1205/pius-ix.html et http://catholicsaints.info/pope-blessed-pius-ix/.
115Sépulture de Pie IX : la date exacte de l'exhumation en vue de la béatification (le 6 avril 2000 selon l'ancienne note, reprise de Wikipédia) n'a pas été corroborée de visu en séance et a été retirée du corps. La translation du corps dans un cercueil de verre à l'occasion de la béatification de 2000 est rapportée par The Eponymous Flower (« Pius IX: Strong and Inconvenient Pope », 2014) : « the amazing incorrupt body of Pius IX was reburied in a glass coffin ». URL : https://www.theeponymousflower.com/2014/12/pius-ix-strong-and-inconvenient-pope-of.html. La conservation des restes à la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs (San Lorenzo al Verano) est confirmée par Italian Traditions (« Pope Pius IX: The Pope of the Risorgimento »). URL : https://italian-traditions.com/pope-pius-ix-pope-risorgimento/.
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