Saint Joseph est l'époux de la Vierge Marie et le père légal de Jésus — celui que les quatre Évangiles désignent comme « le fils de Joseph »[1]. Artisan de Nazareth, descendant du roi David, il n'a laissé dans le Nouveau Testament aucune parole : on ne le connaît que par ses actes, toujours commandés par un songe et exécutés sans délai. C'est pourtant à lui que Dieu a confié la garde de ses deux plus grands trésors, Jésus et Marie.
Les Évangiles ne disent rien de sa naissance ni de sa mort : aucune source ancienne ne fixe ces années, et la chronologie de la vie de Joseph reste l'une des plus incertaines de tout le Nouveau Testament. Ce que l'on sait avec certitude tient en quelques scènes : la conception virginale annoncée en songe, la nativité à Bethléem, la fuite en Égypte, le retour à Nazareth, le recouvrement de l'enfant au Temple. Après cela, plus rien : Joseph disparaît du récit avant la vie publique de Jésus, ce qui a très tôt nourri la conviction qu'il était mort entre les bras de Jésus et de Marie — d'où son patronage des mourants.
Longtemps discret dans la dévotion occidentale, son culte a connu un essor spectaculaire à partir du Moyen Âge tardif, porté par des théologiens comme Jean Gerson et Bernardin de Sienne, puis par sainte Thérèse d'Avila, sa grande propagatrice. Le mouvement a culminé le 8 décembre 1870, quand le bienheureux Pie IX l'a proclamé Patron de l'Église universelle. De Léon XIII à François, six papes ont depuis bâti une véritable théologie de saint Joseph : Quamquam pluries (1889), Redemptoris Custos (1989), Patris Corde (2020).
Cet article traite la vie, la sainteté et le culte de saint Joseph. Pour les deux dossiers voisins déjà couverts par Ignispedia, on renvoie aux articles dédiés : pourquoi Joseph est-il patron de l'Église ? et comment saint Joseph a-t-il vécu dans la Divine Volonté ?.
Saint Joseph dans les Évangiles : ce que dit vraiment le Nouveau Testament
Tout ce que l'Église affirme de certain sur Joseph vient de quatre chapitres : les récits de l'enfance de Matthieu (ch. 1-2) et de Luc (ch. 1-2), complétés par quelques versets épars. Matthieu raconte l'histoire du point de vue de Joseph ; Luc, du point de vue de Marie. Aucun des deux ne lui prête une seule parole. C'est par ses silences agissants que les Évangiles le dessinent.
Un homme de la maison de David
Matthieu ouvre son Évangile par une généalogie qui culmine en Joseph : « Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l'on appelle Christ »[2]. L'ange lui-même l'appelle « Joseph, fils de David »[3]. Ce détail n'est pas décoratif : il est christologiquement décisif. Le Messie devait être « de la descendance de David » (2 S 7, 12-16 ; Is 11, 1). Or Jésus n'a pas de père charnel. C'est donc par Joseph, son père légal, que Jésus est juridiquement inséré dans la lignée royale de David et reçoit le droit au trône messianique.
Les deux généalogies, celle de Matthieu (1, 1-17) et celle de Luc (3, 23-38), ne coïncident pas : Matthieu descend de David par Salomon, Luc par Nathan. Les Pères et les exégètes ont proposé plusieurs harmonisations — l'hypothèse du lévirat (Jules l'Africain, dès le IIIᵉ siècle), selon laquelle Joseph aurait eu un père légal et un père biologique distincts, ou l'idée que Luc remonterait en réalité la lignée de Marie[4]. Le débat reste ouvert, mais il ne touche pas l'essentiel : Joseph est « fils de David », et par lui Jésus l'est aussi.
« Joseph, son époux, était un homme juste » (Mt 1, 19)
Le seul adjectif que l'Évangile applique directement à Joseph est celui-là : δίκαιος, juste. Dans la Bible, le juste (hébreu tsaddiq) n'est pas seulement l'homme honnête : c'est le croyant accordé à la volonté de Dieu, l'homme des Psaumes qui « médite la Loi du Seigneur jour et nuit » (Ps 1). Tout le drame du premier chapitre de Matthieu tient dans la manière dont cette justice se manifeste face à un mystère qui dépasse Joseph.
« Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier en secret. » — Évangile selon saint Matthieu, 1, 19[5]
Les trois lectures de la « justice » de Joseph
Pourquoi Joseph veut-il « répudier en secret » Marie qu'il découvre enceinte ? La tradition a proposé trois interprétations, que les Pères ont longuement discutées :
| Lecture | Ce que Joseph pense de Marie | Pourquoi il veut se retirer | Défenseurs |
|---|---|---|---|
| Lecture du soupçon | Il la croit coupable | Par justice, il ne peut couvrir l'adultère ; par bonté, il évite le scandale et la lapidation | Saint Augustin, courant majoritaire latin |
| Lecture de la perplexité | Il ne sait que penser | Devant un fait inexplicable, il préfère se retirer sans juger | Saint Jérôme |
| Lecture de la révérence | Il pressent l'œuvre de Dieu | Il se juge indigne de s'associer à un tel mystère et veut s'effacer | Saint Bernard, saint Thomas d'Aquin |
La lecture de la révérence a la faveur de la grande théologie médiévale : Joseph, qui discerne en Marie un mystère divin dont il se juge indigne, voudrait s'effacer par respect plutôt que par soupçon. Saint Thomas d'Aquin rapporte cette lecture dans sa Catena aurea sur Mt 1, 19 (d'après Origène)[6], dans la ligne de saint Bernard (Super Missus est, homélie II). Quelle que soit l'interprétation retenue, la phrase de l'ange — « ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse » (Mt 1, 20) — confirme que la justice de Joseph est faite d'obéissance et de délicatesse, jamais de dureté légaliste.
L'annonce de l'ange et l'acceptation du mystère
Quatre fois, Joseph reçoit un message de Dieu, et chaque fois par un songe : pour prendre Marie chez lui (Mt 1, 20-24), pour fuir en Égypte (Mt 2, 13), pour en revenir (Mt 2, 19-20), pour s'établir à Nazareth (Mt 2, 22-23). Le schéma est toujours identique : l'ange parle, Joseph se lève, Joseph exécute. « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse » (Mt 1, 24).
C'est cette obéissance immédiate qui définit sa foi. Là où Zacharie doute (Lc 1, 18-20), Joseph agit. Saint Jean-Paul II en a fait le cœur de sa relecture : Joseph répond à Dieu par une « obéissance de la foi » analogue à celle d'Abraham et à celle de Marie[7]. Il accepte un enfant qui n'est pas de lui, un mystère qu'il ne comprend pas, une mission qui bouleverse sa vie — et il le fait sans une parole.
De Bethléem à l'Égypte : le père qui protège
Les récits de l'enfance montrent Joseph dans un rôle constant : celui qui protège la vie de l'Enfant menacé. C'est lui qui conduit Marie à Bethléem pour le recensement (Lc 2, 4-5), lui qui assiste à la nativité, lui qui présente l'enfant au Temple (Lc 2, 22-24). Puis, averti qu'Hérode veut faire périr l'enfant, c'est lui qui « se leva, prit l'enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Égypte »[8]. La Sainte Famille devient une famille de réfugiés, et Joseph, le père qui sauve. François a vu dans cet épisode l'image du « courage créatif » de Joseph : non pas un homme passif, mais un homme qui, devant le danger, trouve toujours le moyen de protéger les siens[9].
Le recouvrement au Temple : la dernière scène où Joseph paraît
Le dernier épisode évangélique où Joseph est présent est le recouvrement de Jésus au Temple (Lc 2, 41-52). Jésus a douze ans ; perdu trois jours, il est retrouvé parmi les docteurs. C'est ici qu'on lit les seules paroles que Marie adresse à son fils en présence de Joseph : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » (Lc 2, 48). Marie dit « ton père » — le titre que l'Évangile reconnaît à Joseph. La réponse de Jésus, « ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? », ouvre déjà la distance entre la paternité de Joseph et celle de Dieu, sans jamais l'abolir.
Après cette scène, Luc résume trente années d'une formule : Jésus « descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis »[10]. C'est tout. Joseph n'apparaîtra plus.
« N'est-il pas le fils du charpentier ? » : le métier de Joseph
Quand Jésus enseigne à la synagogue de Nazareth, ses compatriotes s'étonnent : « N'est-il pas le fils du charpentier ? »[11]. Le mot grec est τέκτων (tektōn). Il ne désigne pas exactement le menuisier moderne : c'est l'artisan du bâtiment, qui travaille le bois, mais aussi parfois la pierre, et fabrique charrues, jougs, portes, charpentes, meubles[12]. Joseph est donc un travailleur manuel qualifié, un homme du peuple. Jésus a appris ce métier à ses côtés : à Nazareth, l'Évangile le désigne lui-même comme « le charpentier » (Mc 6, 3).
Jean-Paul II en tire la leçon : à Nazareth, le travail quotidien de Joseph, exercé dans l'atelier en même temps que Jésus, a rendu le travail humain proche du mystère de la Rédemption[13].
Ce détail, en apparence anodin, aura une immense postérité doctrinale : c'est sur lui que Pie XII appuiera, en 1955, la fête de saint Joseph travailleur, faisant de l'artisan de Nazareth le patron et le modèle de tous ceux qui gagnent leur pain par le travail.
Le silence de Joseph
Un fait domine toute lecture des Évangiles : Joseph ne dit jamais rien. Pas une parole de lui n'est rapportée. Marie chante le Magnificat, Zacharie le Benedictus, Siméon le Nunc dimittis ; Joseph se tait. Ce silence n'est pas un vide : il est devenu, dans la tradition spirituelle, le lieu même de sa grandeur. Joseph est l'homme du recueillement, celui qui écoute la Parole et l'accomplit au lieu de la commenter. La liturgie et les saints y ont vu le modèle de la vie intérieure : on n'apprend pas de Joseph ce qu'il faut dire, mais ce qu'il faut faire. Ce silence agissant fait de lui, selon une formule devenue classique, l'évangile du quotidien — la sainteté cachée du travail, de la famille et de l'obéissance.
Ce que les Évangiles ne disent pas : traditions, apocryphes et débats
Tout ce qui dépasse les quelques scènes canoniques relève de la tradition ou des écrits apocryphes. Il faut le dire nettement, car beaucoup d'images populaires de Joseph — le vieillard à la barbe blanche, le veuf chargé d'enfants, la mort entre Jésus et Marie — ne viennent pas des Évangiles, mais de récits postérieurs de valeur très inégale. Les distinguer n'est pas un réflexe sceptique : c'est la condition d'une dévotion solide.
Les sources apocryphes : Protévangile de Jacques et Histoire de Joseph le charpentier
Deux textes anciens ont façonné l'imaginaire chrétien de Joseph. Le Protévangile de Jacques (vers 150) raconte comment Joseph, présenté comme un homme âgé déjà veuf, fut désigné par un signe miraculeux pour devenir le gardien de Marie, vierge consacrée au Temple[14]. L'Histoire de Joseph le charpentier (texte copte puis arabe, IVᵉ-VIIᵉ siècle) décrit longuement la mort de Joseph, âgé de cent onze ans, assisté par Jésus et Marie à son chevet[15]. C'est de ce dernier récit que vient le patronage de Joseph sur la bonne mort.
Ces textes ne sont pas inspirés et l'Église ne leur reconnaît aucune autorité doctrinale. Ils contiennent des éléments légendaires et parfois théologiquement fragiles. Mais ils témoignent d'une vénération ancienne et ils ont porté, par-delà leurs invraisemblances, deux intuitions justes que la tradition a retenues : la virginité du mariage de Joseph et Marie, et la sainteté de sa mort.
Joseph était-il un vieillard veuf ? Orient et Occident
De ces apocryphes est née la représentation, surtout orientale, d'un Joseph âgé et veuf, déjà père de plusieurs enfants d'un premier mariage. Cette image a un avantage apologétique : elle protège la virginité de Marie en faisant des « frères de Jésus » des demi-frères plus âgés, fils de Joseph. L'iconographie byzantine la fixe durablement : sur les icônes de la Nativité, Joseph est un vieil homme assis à l'écart, songeur.
L'Occident latin, sous l'influence de saint Jérôme, a au contraire privilégié l'image d'un Joseph jeune et vierge. La théologie occidentale tardive y verra même une convenance : il fallait au mariage virginal de Marie un époux lui-même vierge, vigoureux, capable de travailler et de protéger sa famille. C'est cette image qui domine l'art baroque et la dévotion moderne — le Joseph robuste portant l'Enfant, le lis à la main.
Les « frères de Jésus » et la virginité de Joseph
Les Évangiles mentionnent des « frères » et « sœurs » de Jésus (Mc 6, 3 ; Mt 13, 55-56). Comment concilier cela avec la virginité perpétuelle de Marie, que l'Église tient pour un dogme ? Le débat, ancien, oppose trois hypothèses.
Les trois hypothèses
| Hypothèse | Qui sont les « frères » | Joseph | Statut dans l'Église |
|---|---|---|---|
| Hiéronymienne | Des cousins : en araméen, « frère » désigne aussi les proches parents | Toujours vierge | Position courante de l'Église latine, depuis saint Jérôme |
| Épiphanienne | Des fils de Joseph d'un premier mariage | Veuf, puis vierge avec Marie | Tradition de l'Orient chrétien et de l'Orthodoxie |
| Helvidienne | Des enfants de Marie et Joseph nés après Jésus | Vie conjugale ordinaire après la nativité | Rejetée : incompatible avec la virginité perpétuelle de Marie |
Saint Jérôme, dans son traité Contre Helvidius (383), réfute vigoureusement la troisième thèse et établit la lecture occidentale : les « frères » sont des parents, et Marie comme Joseph demeurent vierges[16]. Les deux premières hypothèses, hiéronymienne et épiphanienne, sont l'une et l'autre compatibles avec la foi catholique ; la troisième, soutenue par Helvidius au IVᵉ siècle et reprise par certains réformateurs, contredit la Tradition constante. Pour le détail de cette question, voir l'article dédié sur la virginité perpétuelle de Marie.
Quand et comment Joseph est-il mort ?
L'absence totale de Joseph pendant la vie publique de Jésus, et plus encore sous la Croix — où Jésus confie Marie à Jean et non à un époux vivant (Jn 19, 26-27) — a très tôt convaincu la tradition que Joseph était mort avant le ministère public de Jésus. On ne connaît ni la date, ni les circonstances. Mais la conviction qu'il s'est éteint « entre Jésus et Marie », entouré des deux êtres les plus saints de l'histoire, a fait de lui le patron de la bonne mort — celui que l'on invoque pour obtenir une fin paisible et chrétienne. Le pape Benoît XV consacrera officiellement ce patronage dans son motu proprio Bonum sane (1920)[17].
Que valent ces traditions ? La boussole catholique
Faut-il rejeter ces traditions parce qu'elles ne sont pas dans les Évangiles ? Non. La règle catholique est de distinguer les degrés de certitude sans tomber dans le mépris moderniste de tout ce qui est ancien. Trois niveaux se dégagent : ce que les Évangiles affirment (paternité légale, justice, métier, protection de l'Enfant) est certain ; ce que la Tradition tient fermement (virginité du mariage, sainteté éminente, mort avant la vie publique) est sûr ; ce que les apocryphes ajoutent (l'âge de 111 ans, le premier mariage, les détails de la mort) est probable ou simplement pieux, à recevoir avec prudence, jamais comme article de foi. Cette hiérarchie n'affaiblit pas la dévotion : elle la fonde sur le roc des Évangiles plutôt que sur le sable des légendes.
La sainteté de Joseph : un mariage virginal et une paternité réelle
La grande question théologique posée par Joseph est celle-ci : comment est-il vraiment l'époux de Marie et le père de Jésus, alors que leur union est virginale et que Jésus n'est pas de lui ? L'Église a répondu avec une précision remarquable, contre deux erreurs symétriques : faire de Joseph un simple figurant, ou faire de son mariage une fiction.
Un vrai mariage, sans union charnelle
Saint Augustin l'a établi le premier contre l'idée que le mariage exigerait l'union des corps : le mariage de Joseph et Marie fut un mariage authentique, parce qu'il possédait les trois biens du mariage — la fidélité, la descendance (Jésus, reçu et élevé comme leur fils) et le sacrement, c'est-à-dire l'indissoluble lien des cœurs[18]. La virginité ne détruit pas leur mariage : elle l'élève.
Saint Thomas d'Aquin systématise : le mariage est essentiellement une union des âmes et un consentement, et l'union charnelle, bien qu'ordinairement liée au mariage, n'en constitue pas l'essence. Le mariage de Joseph et Marie fut donc « très vrai » (verissimum), et même le plus parfait des mariages, puisqu'il réalisait dans la pureté ce que tout mariage signifie[19]. Cette doctrine fonde la place unique de Joseph : il n'est pas le tuteur de Marie ni le gardien désigné de l'enfant, il est son véritable époux.
Une paternité réelle, quoique non charnelle
De ce mariage véritable découle une paternité véritable. Joseph n'est pas le père biologique de Jésus, mais il est bien plus qu'un père adoptif au sens moderne. Saint Jean-Paul II l'a formulé avec netteté :
« Le mariage de Marie est le fondement juridique de la paternité de Joseph. C'est pour assurer une présence paternelle auprès de Jésus que Dieu choisit Joseph comme époux de Marie. » — Saint Jean-Paul II, Redemptoris Custos, n° 7[20]
Le Catéchisme reprend cette idée : Jésus a été « soumis » à Joseph (Lc 2, 51), reconnaissant en lui l'autorité paternelle réelle que Dieu lui-même lui avait conférée[21]. Joseph donne à Jésus son nom, sa lignée, son métier, son foyer, son éducation humaine. La tradition latine l'appelle père nourricier (pater nutritius) ; l'Orient, fiancé ; le Catéchisme et la liturgie, simplement époux de la Vierge. François, reprenant l'image de l'écrivain polonais Jan Dobraczyński (L'ombre du Père), ajoutera celle du père qui est pour Jésus l'ombre du Père céleste sur la terre :
« Avec l'image suggestive de l'ombre il définit la figure de Joseph qui est pour Jésus l'ombre sur la terre du Père Céleste. Il le garde, le protège, ne se détache jamais de lui pour suivre ses pas. [...] On ne naît pas père, on le devient. Et on ne le devient pas seulement parce qu'on met au monde un enfant, mais parce qu'on prend soin de lui de manière responsable. » — Pape François, Patris Corde, n° 7[22]
Le « juste » par excellence : la sainteté du quotidien caché
En quoi consiste la sainteté de Joseph ? Non dans des miracles spectaculaires, dont les Évangiles ne disent rien, mais dans la perfection du quotidien. Travail manuel, vie de famille, obéissance silencieuse, pauvreté, protection des siens : Joseph sanctifie l'ordinaire. C'est pourquoi la tradition le tient pour le plus grand des saints après Marie — placé immédiatement après elle dans la litanie des saints et dans la hiérarchie de la sainteté, parce que nul ne fut plus proche de Jésus et de Marie, ni plus intimement associé au mystère de l'Incarnation.
Cette sainteté du caché a fait de Joseph un modèle privilégié de vie intérieure. Sainte Thérèse d'Avila, saint François de Sales, plus tard sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, en feront le maître discret de l'union à Dieu dans les tâches les plus humbles. La spiritualité moderne y reconnaît une voie : « faire les choses ordinaires de façon extraordinaire », sanctifier le travail et la famille — ce que la liturgie célèbre encore chaque 1er mai.
Joseph et la Sainte Famille de Nazareth
Les trente années de Nazareth — la vie cachée — sont le chef-d'œuvre invisible de Joseph. Là, sous son toit, dans son atelier, à sa table, Dieu a voulu grandir « en sagesse, en taille et en grâce » (Lc 2, 52). Le Catéchisme enseigne que la vie cachée de Nazareth permet à tout homme de communier « à la sainteté de la vie ordinaire faite de silence, de travail et de prière »[23]. La Sainte Famille devient ainsi le modèle de toute famille chrétienne, et Joseph, le gardien de ce sanctuaire domestique.
Dans la spiritualité de la Divine Volonté selon Luisa Piccarreta, la Sainte Famille de Nazareth occupe une place singulière : Jésus, Marie et Joseph y vivent dans une union parfaite à la volonté divine, modèle de la sainteté à venir. Ignispedia consacre à cette dimension un article propre — voir comment saint Joseph a-t-il vécu dans la Divine Volonté ? — vers lequel on renvoie ici sans le redoubler.
Le culte de saint Joseph à travers les siècles
Fait remarquable : le saint le plus proche de Jésus après Marie a été l'un des derniers à recevoir un culte développé en Occident. Comprendre ce paradoxe éclaire toute l'histoire de la dévotion.
Pourquoi Joseph n'a jamais été « canonisé »
Une précision s'impose, car elle surprend souvent : saint Joseph n'a jamais fait l'objet d'une canonisation formelle. La procédure juridique de canonisation, avec procès et décret pontifical, ne s'est mise en place qu'au second millénaire. Joseph appartient à la catégorie des saints « de tradition immémoriale » : son culte n'a pas été décrété, il a été reçu par l'Église dès les premiers siècles, comme celui des apôtres et des premiers martyrs. Son titre de saint repose donc sur la Tradition vivante elle-même, non sur un acte juridique daté — ce qui, loin de l'affaiblir, l'enracine plus profondément encore.
Les origines orientales et le silence relatif de l'Occident
Le culte de Joseph apparaît d'abord en Orient. Les Coptes le fêtaient dès le IVᵉ siècle ; les calendriers byzantins le commémorent le dimanche après Noël, avec David et Jacques. En Occident, on trouve sa mention dans quelques martyrologes carolingiens (IXᵉ siècle), mais sans fête propre largement répandue. Pendant tout le premier millénaire latin, Joseph reste dans l'ombre — comme s'il continuait, dans la liturgie, le silence qu'il avait gardé dans l'Évangile.
L'essor médiéval : Gerson et Bernardin de Sienne
Le tournant vient aux XIVᵉ-XVᵉ siècles. Deux grandes figures relancent la dévotion. Le chancelier de l'université de Paris, Jean Gerson (1363-1429), défend au concile de Constance l'institution d'une fête des Épousailles de Joseph et Marie et compose un long poème en son honneur : il fait de Joseph un théologien-pasteur le modèle de l'époux chaste. En Italie, le franciscain Bernardin de Sienne (1380-1444) prêche ardemment sa grandeur, affirmant que là où Dieu accorde une grâce singulière, il accorde aussi tous les dons nécessaires à la mission — et nul ne reçut mission plus haute que de servir de père à Jésus.
Sainte Thérèse d'Avila, la grande propagatrice
Aucun saint n'a fait davantage pour la dévotion à Joseph que sainte Thérèse d'Avila (1515-1582). La réformatrice du Carmel place la plupart de ses fondations sous son patronage et lui attribue d'innombrables grâces. Son témoignage, dans le Livre de la vie, est devenu le texte classique de la confiance en saint Joseph :
« Je pris pour avocat et seigneur le glorieux saint Joseph, et je me recommandai instamment à lui. [...] Je ne me souviens pas de lui avoir jamais rien demandé qu'il ne me l'ait accordé. À d'autres saints, le Seigneur semble avoir donné la grâce de nous secourir dans tel ou tel besoin ; mais à ce glorieux saint, j'en ai l'expérience, il a donné de nous secourir dans tous. » — Sainte Thérèse d'Avila, Livre de la vie, ch. 6[24]
De Thérèse vient l'adage qui résume la dévotion carmélitaine : on peut tout demander à Joseph. Sa popularité espagnole rejaillit sur toute l'Église : aux XVIᵉ-XVIIᵉ siècles, Joseph devient l'un des saints les plus invoqués de la Contre-Réforme.
Du calendrier romain à la fête du 19 mars
L'institution liturgique suit l'essor populaire. La fête du 19 mars entre dans le calendrier romain sous Sixte IV (vers 1479). Grégoire XV en fait une fête d'obligation en 1621. Les XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles voient Joseph proclamé patron de nombreux pays et diocèses — Canada, puis Mexique, Bohême, et bien d'autres. Le tableau ci-dessous récapitule cette montée en puissance liturgique.
| Date | Acte | Auteur |
|---|---|---|
| IVᵉ s. | Premier culte attesté (Coptes, calendriers orientaux) | Églises d'Orient |
| ~1479 | Fête du 19 mars inscrite au calendrier romain | Sixte IV |
| 1621 | Le 19 mars devient fête d'obligation | Grégoire XV |
| 1714 | Insertion dans les litanies approuvées localement | — |
| 1847 | Extension de la fête du Patronage de saint Joseph à toute l'Église | Pie IX |
| 1870 | Proclamation comme Patron de l'Église universelle | Pie IX |
Saint Joseph et le Magistère : un patronage qui grandit
De 1870 à nos jours, sept papes ont fait de saint Joseph l'objet d'un enseignement de plus en plus riche. On passe d'un patronage proclamé à une véritable théologie de saint Joseph, intégrée jusqu'au cœur de la messe.
Pie IX : Patron de l'Église universelle (1870)
Le 8 décembre 1870, par le décret Quemadmodum Deus de la Sacrée Congrégation des Rites, le bienheureux Pie IX proclame saint Joseph Patron de l'Église catholique tout entière. Le moment est dramatique : Rome vient de tomber, les États pontificaux ont disparu, le pape se considère « prisonnier au Vatican ». C'est dans cette épreuve que Pie IX confie l'Église à celui qui avait protégé l'Enfant menacé. Le décret file la comparaison avec le patriarche Joseph d'Égypte, à qui Pharaon disait : « Allez à Joseph » (Gn 41, 55)[25].
Léon XIII : Quamquam pluries (1889)
Léon XIII donne au patronage son fondement théologique dans l'encyclique Quamquam pluries (15 août 1889). Son raisonnement est limpide : la Sainte Famille que Joseph gouvernait contenait en germe l'Église naissante ; il est donc naturel qu'il étende aujourd'hui à l'Église entière la protection qu'il exerçait à Nazareth.
« La maison divine que Joseph gouverna comme avec l'autorité d'un père contenait les prémices de l'Église naissante. [...] De même qu'autrefois il pourvoyait à tous les besoins de la famille de Nazareth et l'entourait saintement de sa protection, de même à présent il couvre de son patronage céleste et défend l'Église de Jésus-Christ. » — Léon XIII, Quamquam pluries, n° 3[26]
C'est aussi Léon XIII qui compose la prière « À vous, bienheureux Joseph », à réciter après le Rosaire, encore en usage aujourd'hui.
Pie XII : saint Joseph travailleur (1955)
Le 1er mai 1955, Pie XII institue la fête de saint Joseph travailleur, fixée au jour de la fête internationale du travail. Le geste est délibérément apostolique : face à l'idéologie marxiste qui prétend annexer le monde ouvrier, l'Église oppose le charpentier de Nazareth comme patron et modèle des travailleurs, et rappelle la dignité chrétienne du travail manuel[27].
Jean XXIII : Joseph au cœur de la messe (1962)
Le 13 novembre 1962, en plein concile Vatican II, le pape Jean XXIII — qui portait une dévotion personnelle intense à Joseph — ordonne l'insertion de son nom dans le Canon romain (la première Prière eucharistique), juste après celui de Marie. Pour la première fois depuis des siècles, le texte le plus sacré de la messe latine est modifié, et c'est pour y nommer Joseph. Jean XXIII fait également de saint Joseph le patron du concile.
Jean-Paul II : Redemptoris Custos (1989)
Pour le centenaire de Quamquam pluries, Jean-Paul II publie l'exhortation apostolique Redemptoris Custos — « Gardien du Rédempteur » — le 15 août 1989. C'est le document le plus développé jamais consacré à saint Joseph. Il y médite la paternité, le travail, le silence, l'obéissance de la foi, et présente Joseph comme le gardien non seulement de l'Enfant, mais de toute l'Église, « Corps mystique » du Christ[28].
François : Patris Corde et l'année saint Joseph (2020-2021)
Le 8 décembre 2020, pour le 150ᵉ anniversaire de la proclamation de Pie IX, François publie la lettre apostolique Patris Corde — « Avec un cœur de père » — et proclame une Année de saint Joseph (8 décembre 2020 – 8 décembre 2021). Écrite en pleine pandémie, la lettre exalte les « personnes ordinaires » et présente Joseph sous sept visages : père aimé, père dans la tendresse, père dans l'obéissance, père dans l'accueil, père au courage créatif, père travailleur, père dans l'ombre[29]. François avait déjà, dès 2013, fait insérer le nom de Joseph dans toutes les Prières eucharistiques (décret Paternas vices), achevant le geste de Jean XXIII[30].
| Pape | Acte | Date |
|---|---|---|
| Bienheureux Pie IX | Quemadmodum Deus — Patron de l'Église universelle | 8 décembre 1870 |
| Léon XIII | Encyclique Quamquam pluries | 15 août 1889 |
| Benoît XV | Motu proprio Bonum sane — patron des mourants | 25 juillet 1920 |
| Pie XII | Fête de saint Joseph travailleur | 1er mai 1955 |
| Saint Jean XXIII | Insertion au Canon romain ; patron de Vatican II | 13 novembre 1962 |
| Saint Jean-Paul II | Exhortation Redemptoris Custos | 15 août 1989 |
| François | Décret Paternas vices (toutes les prières euch.) | 1er mai 2013 |
| François | Lettre Patris Corde ; Année de saint Joseph | 8 décembre 2020 |
Patron de l'Église et des fidèles : pourquoi l'invoquer ?
La dévotion à saint Joseph n'est pas une piété secondaire : elle découle directement de sa mission. Quelques grands patronages en concentrent le sens.
Patron des travailleurs
Parce qu'il a gagné son pain de ses mains et appris son métier à Jésus, Joseph est le patron des travailleurs et des artisans. Sa fête du 1er mai en fait le modèle d'un travail vécu comme participation à l'œuvre du Créateur et comme prière — antidote chrétien à la fois au mépris du travail manuel et à son idolâtrie idéologique.
Patron de la bonne mort
Mort, selon la tradition, entre Jésus et Marie, Joseph est invoqué comme patron des agonisants et de la bonne mort. D'innombrables confréries et la prière de l'Église elle-même le sollicitent pour obtenir aux mourants une fin paisible, réconciliée, en présence du Christ — la grâce d'« expirer dans les bras de Jésus et de Marie ».
« Terreur des démons » et protecteur
La litanie de saint Joseph, approuvée par Pie X en 1909, l'invoque comme « Terreur des démons » (Terror dæmonum) : gardien vigilant de l'Enfant face à Hérode, il l'est aussi de l'Église face au mal. En 2021, dans le sillage de l'Année saint Joseph, la Congrégation pour le Culte divin a ajouté sept nouvelles invocations à cette litanie, tirées des enseignements pontificaux : Gardien du Rédempteur, Serviteur du Christ, Ministre du salut, Soutien dans les difficultés, Patron des exilés, Patron des affligés, Patron des pauvres[31]. La figure de Joseph, patron des migrants et des familles en détresse, parle ainsi avec une force nouvelle au monde contemporain.
Patron des pères de famille
Père légal, éducateur, protecteur, Joseph est le modèle des pères. Patris Corde en fait le portrait d'une paternité qui ne possède pas mais libère, qui se tient « dans l'ombre » pour laisser grandir. À l'heure des paternités fragiles, l'Église propose Joseph comme l'icône du père « chaste » au sens fort : celui qui aime sans accaparer.
Comment prier saint Joseph
La tradition a multiplié les formes de dévotion : la prière de Léon XIII après le Rosaire, la litanie de saint Joseph, la dévotion des sept douleurs et sept allégresses, le mois de saint Joseph (mars), les mercredis qui lui sont consacrés, et l'antique invocation tirée du livre de la Genèse, devenue le mot d'ordre de toute la dévotion joséphine : Ite ad Joseph — « Allez à Joseph » (Gn 41, 55). Pour la question proprement doctrinale de la légitimité d'invoquer les saints, voir Faut-il prier les saints ? et La communion des saints.
Pour aller plus loin
Saint Joseph se tient au point de rencontre de tout le mystère chrétien : l'Incarnation, la Sainte Famille, le travail, la paternité, la sainteté du quotidien. Les articles suivants prolongent les facettes seulement esquissées ici :
- Pourquoi Joseph est-il patron de l'Église ? — le dossier complet sur la proclamation de 1870 et sa portée pour l'Église entière.
- Comment saint Joseph a-t-il vécu dans la Divine Volonté ? — la place de Joseph dans la spiritualité de Luisa Piccarreta.
- La Vierge Marie et saint Joseph — le mariage virginal et son sens.
- La virginité perpétuelle de Marie — la question des « frères de Jésus ».
- Comment expliquer l'Incarnation simplement ? — le mystère que Joseph a gardé.
- Pourquoi Marie est-elle appelée Mère de Dieu ? — l'épouse de Joseph dans le dogme.
- Le sanctuaire de Lorette — la maison de Nazareth dans la dévotion.
- Faut-il prier les saints ? — la légitimité de l'invocation des saints.
Notes et références
Pape François, lettre apostolique Patris Corde (8 décembre 2020), ouverture : « Avec un cœur de père : c'est ainsi que Joseph a aimé Jésus, que les quatre Évangiles appellent "le fils de Joseph". » Texte officiel français sur vatican.va. Voir Mt 1, 16 ; Lc 3, 23 ; 4, 22 ; Jn 1, 45 ; 6, 42.
1Évangile selon saint Matthieu, 1, 16, traduction liturgique officielle francophone (AELF). La généalogie matthéenne (1, 1-17) descend de David par Salomon et s'achève en Joseph.
2Évangile selon saint Matthieu, 1, 20 (AELF) : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. » Le titre messianique « fils de David » est appliqué à Joseph, et par lui transmis légalement à Jésus.
3Sur la divergence des deux généalogies (Mt 1, 1-17 par Salomon ; Lc 3, 23-38 par Nathan), voir Jules l'Africain, Lettre à Aristide (vers 220), citée par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, 7 (hypothèse du lévirat) ; et la discussion classique chez Raymond E. Brown, The Birth of the Messiah, Doubleday, éd. 1993, p. 57-95.
4Évangile selon saint Matthieu, 1, 19 (AELF). Le grec porte δίκαιος (dikaios), « juste », rendant l'hébreu tsaddiq.
5Saint Thomas d'Aquin, Catena aurea sur l'Évangile selon saint Matthieu, ch. 1, lect. 10 (Mt 1, 19), rapportant Origène : Joseph « sought to put her away, because he saw in her a great sacrament, to approach which he thought himself unworthy » (« Ideo ergo dimittere volebat quoniam magnum sacramentum in ea esse cognoscebat cui approximare se indignum aestimabat ») ; lecture reprise par saint Bernard, Homélies sur les louanges de la Vierge Mère (Super Missus est), homélie II : Joseph se juge pécheur et indigne, comme Pierre en Lc 5, 8.
6Saint Jean-Paul II, exhortation apostolique Redemptoris Custos (15 août 1989), n° 4-5 : la réponse de Joseph est une « obéissance de la foi » (cf. Rm 1, 5 ; 16, 26) comparable à celle d'Abraham et de Marie.
7Évangile selon saint Matthieu, 2, 14 (AELF) : « Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l'enfant et sa mère, et se retira en Égypte. »
8Pape François, Patris Corde (8 décembre 2020), n° 5, « Père au courage créatif » : la fuite en Égypte montre un Joseph qui, devant le danger, ne se résigne pas mais trouve la solution pour sauver l'enfant.
9Évangile selon saint Luc, 2, 51 (AELF) : « Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. »
10Évangile selon saint Matthieu, 13, 55 (AELF) : « N'est-il pas le fils du charpentier ? » Parallèle en Mc 6, 3, où Jésus lui-même est appelé « le charpentier ».
11Le grec τέκτων (tektōn) désigne l'artisan du bâtiment travaillant le bois, parfois la pierre ; il rend l'araméen naggara. Voir le dictionnaire de W. Bauer / F. W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament (BDAG), 3ᵉ éd., University of Chicago Press, 2000, s.v. τέκτων ; et Geza Vermes, Jesus the Jew, 1973, sur l'acception large du terme.
12Saint Jean-Paul II, Redemptoris Custos (1989), n° 22 (« Le travail expression de l'amour ») : par son atelier où il exerçait son métier en même temps que Jésus, Joseph a rendu le travail humain proche du mystère de la Rédemption. Texte officiel français sur vatican.va.
13Protévangile de Jacques (Protoevangelium Iacobi), ch. 8-9 (vers 150). Joseph, présenté comme un homme âgé et veuf, est désigné par un prodige pour recevoir Marie. Texte grec dans É. Amann, Le Protévangile de Jacques et ses remaniements latins, Paris, 1910. Écrit apocryphe, sans autorité doctrinale.
14Histoire de Joseph le charpentier (Historia Iosephi fabri lignarii), texte copte puis arabe, daté entre le IVᵉ et le VIIᵉ siècle. Il situe la mort de Joseph à l'âge de cent onze ans, en présence de Jésus et de Marie, et fonde son patronage de la bonne mort. Apocryphe, non inspiré.
15Saint Jérôme, De perpetua virginitate beatae Mariae adversus Helvidium (383). Jérôme établit que les « frères » de Jésus sont des parents (cousins), l'araméen et l'hébreu employant « frère » au sens large, et défend la virginité perpétuelle de Marie et de Joseph. Texte latin dans la Patrologia Latina, t. 23.
16Benoît XV, motu proprio Bonum sane (25 juillet 1920), pour le cinquantenaire de la proclamation de Pie IX : recommande la dévotion à saint Joseph comme « le plus efficace protecteur des mourants », mort lui-même assisté de Jésus et de Marie, et encourage les associations pour la bonne mort.
17Saint Augustin, De nuptiis et concupiscentia, I, 11, 12 ; Sermo 51, 13, 21 ; Contra Faustum, XXIII, 8. Le mariage de Marie et Joseph fut véritable car il possédait les trois biens du mariage : fides, proles (Jésus, reçu comme leur fils) et sacramentum (l'indissolubilité). L'union charnelle n'est pas requise pour la réalité du mariage.
18Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, IIIᵃ pars, q. 29, a. 2 : le mariage de la Vierge et de Joseph fut « très vrai » (verissimum) ; l'essence du mariage est l'union indivisible des âmes et le consentement, non l'acte charnel.
19Saint Jean-Paul II, Redemptoris Custos (1989), n° 7 : « Le mariage de Marie est le fondement juridique de la paternité de Joseph. C'est pour assurer une présence paternelle auprès de Jésus que Dieu choisit Joseph comme époux de Marie. » Texte officiel français sur vatican.va.
20Catéchisme de l'Église catholique, § 532 (Mame/Plon, 1992) : la soumission de Jésus à Marie et Joseph à Nazareth (Lc 2, 51) accomplit parfaitement le quatrième commandement et préfigure son obéissance filiale envers le Père.
21Pape François, Patris Corde (8 décembre 2020), n° 7, « Père dans l'ombre » : Joseph est pour Jésus « l'ombre sur la terre du Père Céleste » ; « on ne naît pas père, on le devient » : la paternité véritable consiste à prendre soin de l'enfant de manière responsable, non à le posséder. Texte officiel français sur vatican.va.
22Catéchisme de l'Église catholique, § 533 : « La maison de Nazareth est l'école où commence la découverte de la vie de Jésus » ; la vie cachée permet la communion « à la sainteté de la vie ordinaire faite de silence, de travail et de prière ».
23Sainte Thérèse d'Avila, Livre de la vie (Libro de la vida), ch. 6 (rédigé vers 1565). Traduction d'après l'édition des Œuvres complètes, Cerf / Éditions du Carmel. Texte espagnol : « Tomé por abogado y señor al glorioso San José [...]. No me acuerdo hasta ahora haberle suplicado cosa que la haya dejado de hacer. »
24Sacrée Congrégation des Rites, décret Quemadmodum Deus (8 décembre 1870), promulguant la décision du bienheureux Pie IX de proclamer saint Joseph « Patron de l'Église catholique » et d'élever sa fête du 19 mars au rite double de première classe. Le décret file la typologie du patriarche Joseph d'Égypte (Gn 41, 55 : « Ite ad Ioseph »).
25Léon XIII, encyclique Quamquam pluries (15 août 1889), n° 3, sur le fondement du patronage de Joseph : la maison de Nazareth contenait « les prémices de l'Église naissante ». Texte officiel sur vatican.va.
26Pie XII, institution de la fête de saint Joseph travailleur au 1er mai (1955), exposée dans l'allocution aux travailleurs chrétiens (ACLI) du 1er mai 1955. La fête répond à la fête internationale du travail en proposant le charpentier de Nazareth comme modèle et patron des ouvriers.
27Saint Jean-Paul II, Redemptoris Custos (1989), n° 1 et 28-32 : Joseph, gardien (custos) du Rédempteur et de la Sainte Famille, veille désormais sur l'Église, « Corps mystique » du Christ et prolongement de la famille de Nazareth.
28Pape François, Patris Corde (8 décembre 2020). La lettre est structurée en sept sections : père aimé (1), père dans la tendresse (2), père dans l'obéissance (3), père dans l'accueil (4), père au courage créatif (5), père travailleur (6), père dans l'ombre (7). L'Année de saint Joseph court du 8 décembre 2020 au 8 décembre 2021.
29Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, décret Paternas vices (1er mai 2013), par autorité du pape François : insertion du nom de saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie, dans les Prières eucharistiques II, III et IV, après celui de Marie, prolongeant le geste de Jean XXIII pour le Canon romain (1962).
30Litanie de saint Joseph, approuvée par Pie X (1909). Le 1er mai 2021, la Congrégation pour le Culte divin y a ajouté sept invocations tirées des enseignements pontificaux : Custos Redemptoris (Gardien du Rédempteur), Serve Christi (Serviteur du Christ), Minister salutis (Ministre du salut), Fulcimen in difficultatibus (Soutien dans les difficultés), Patrone exsulum (Patron des exilés), Patrone afflictorum (Patron des affligés), Patrone pauperum (Patron des pauvres).
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