Clément XI (Clemens XI), né Giovanni Francesco Albani le 23 juillet 1649 à Urbino, fut pape du 23 novembre 1700 au 19 mars 1721. Élu à cinquante et un ans au terme d'un conclave de quarante-six jours, cet humaniste raffiné, lecteur des Grecs et latiniste de talent, dut accepter le pontificat presque de force : il n'avait été ordonné prêtre que quelques semaines plus tôt, après dix années passées dans l'ordre des cardinaux-diacres.[1][2]
Son règne de vingt ans fut l'un des plus contrariés de l'âge moderne. À peine élu, Clément XI se trouva pris dans la tourmente de la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714), écartelé entre la France de Louis XIV et l'Empire des Habsbourg. Désarmé, il vit les États pontificaux envahis par les troupes impériales et dut, en 1709, reconnaître contre son gré l'archiduc Charles comme roi d'Espagne. Les traités d'Utrecht et de Rastatt consacrèrent l'effacement diplomatique du Saint-Siège.[3][4]
Mais c'est sur le terrain doctrinal que son pontificat laissa sa marque la plus profonde. Par la bulle Unigenitus du 8 septembre 1713, condamnant cent une propositions de l'oratorien Pasquier Quesnel, Clément XI porta le coup décisif contre le jansénisme — au prix d'une crise gallicane qui empoisonna la France pendant un demi-siècle. Il trancha aussi la querelle des rites chinois, imposa à toute l'Église latine la fête de l'Immaculée Conception et canonisa saint Pie V en 1712.[5][6]
Pour Ignispedia, Clément XI incarne le pape savant du tournant des Lumières : impuissant dans le jeu des puissances, mais ferme dans la défense du dogme, mécène de la Bibliothèque vaticane et de l'astronomie, attentif à ses origines albanaises, et auteur présumé de la « Prière universelle » (Oratio universalis), transmise sous son nom par les recueils de dévotion.[7]
Pourquoi le pontificat de Clément XI marque l'histoire
On résume souvent Clément XI à un échec diplomatique : un pape débordé par la guerre, contraint de céder devant l'empereur, dont les prérogatives féodales sur Naples et Parme furent ignorées par les grandes puissances. Cette image est réelle, mais partielle. Son pontificat condense plusieurs lignes de force décisives de l'Église au seuil du XVIIIᵉ siècle.
Il marque d'abord le dernier grand acte du combat anti-janséniste : avec Unigenitus, Rome ferme un dossier ouvert depuis Innocent X et la condamnation des cinq propositions de 1653. Il marque ensuite la fixation romaine sur la question des rites — chinois et malabars —, choix lourd de conséquences pour l'évangélisation de l'Asie. Il marque encore un progrès marial majeur, en rendant obligatoire dans toute l'Église latine la fête de l'Immaculée Conception, cent quarante-six ans avant que le dogme ne soit défini.
Le personnage intéresse enfin par son profil : ni guerrier ni politique, mais lettré, antiquaire et bibliophile, il fit de Rome un foyer d'érudition orientale et d'astronomie de précision. Son règne pose, comme tant d'autres, la question de la distance entre l'autorité spirituelle et la force temporelle : à l'heure où les États modernes s'affirment, que peut un pape sans armée face à un empereur en armes ?
Les sources principales
Le tableau ci-dessous récapitule les sources de référence sur lesquelles s'appuie cet article, des grandes notices encyclopédiques à l'histoire des papes de Ludwig von Pastor.
| Source | Nature | Apport pour Clément XI |
|---|---|---|
| The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement XI », 1908 | Synthèse catholique de référence | Naissance, érudition, carrière curiale, conclave de 1700, Unigenitus, rites chinois, canonisations, mécénat |
| Encyclopædia Britannica, « Clement XI » | Synthèse encyclopédique | Guerre de Succession d'Espagne, reconnaissance de Charles, Utrecht et Rastatt, Unigenitus et les appellants |
| L. von Pastor, Geschichte der Päpste, Bd. XV | Histoire des papes | Récit détaillé du pontificat, querelle de Comacchio, rapports avec l'Empire |
| Wikipédia (fr / en), « Clément XI » | Synthèse encyclopédique | Origines albanaises, dates, ordination prêtre tardive, succession, patriarcat de Lisbonne |
| Bulle Unigenitus Dei Filius (8 sept. 1713) | Source magistérielle | Condamnation des 101 propositions de Quesnel |
| Travaux sur le gnomon clémentin et la Bibliotheca Orientalis | Histoire des sciences et des bibliothèques | Méridienne de Santa Maria degli Angeli (1702), manuscrits d'Orient d'Assemani |
Giovanni Francesco Albani : l'érudit d'Urbino
Une famille d'origine albanaise installée dans les Marches
Giovanni Francesco Albani naît à Urbino le 23 juillet 1649, dans une famille noble dont la tradition fait remonter l'origine à l'Albanie.[8][9] Selon le récit familial, un ancêtre aurait fui la conquête ottomane des Balkans pour s'établir en Italie, et les Albani comptaient parmi leurs aïeux des combattants de l'épopée de Skanderbeg, héros national albanais.[10] Cette ascendance ne sera pas un simple ornement généalogique : devenu pape, Clément XI gardera une sollicitude particulière pour l'Église d'Albanie, alors écrasée sous la domination turque.
Installée dans le duché d'Urbino, rattaché aux États pontificaux en 1631, la maison Albani appartenait à la noblesse de robe et d'Église des Marches. Plusieurs de ses membres occupèrent des charges civiles et ecclésiastiques : le terrain était préparé pour qu'un Albani particulièrement doué accédât aux plus hautes fonctions de la Curie.
L'enfant prodige du Collège romain
Envoyé à Rome à l'âge de onze ans, le jeune Giovanni Francesco étudia au Collège romain, où il se révéla un humaniste précoce.[11] La Catholic Encyclopedia rapporte qu'il était déjà connu comme auteur à dix-huit ans, traduisant le grec en un latin élégant.
« Il fit de rapides progrès et était connu comme auteur dès l'âge de dix-huit ans, traduisant le grec en un latin élégant. » — The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement XI », 1908[12]
Sa culture lui valut l'estime des cercles savants de Rome, et notamment celle de la reine Christine de Suède, alors retirée dans la Ville éternelle, qui l'admit dans son académie.[13] Le futur pape se distingua aussi par sa connaissance du droit et des Pères de l'Église : il fut, toute sa vie, un homme de bibliothèque autant qu'un homme de gouvernement.
Le diplomate et le secrétaire des brefs
La carrière d'Albani fut celle d'un haut fonctionnaire pontifical modèle. Prélat dès l'âge de vingt-huit ans, il gouverna les provinces de Rieti puis de la Sabine, où il acquit une réputation d'administrateur intègre et habile.[14][15] Rappelé à Rome, il devint vicaire de la basilique Saint-Pierre, puis secrétaire des brefs pontificaux — l'une des charges les plus délicates de la Curie, qui mettait sa plume latine au service de la diplomatie du Saint-Siège.[16]
C'est dans cette fonction qu'il rédigea, pour Innocent XI, des documents d'une grande tenue littéraire et théologique. Sous Alexandre VIII, reconnaissant ses mérites, le pape le créa cardinal-diacre au consistoire du 13 février 1690.[17][18] Albani n'avait alors que quarante ans : il était déjà l'un des hommes les plus influents de Rome.
Le cardinal qui ne voulait pas être prêtre
Détail singulier, qui éclaire toute sa personnalité : devenu cardinal, Albani ne fut pas ordonné prêtre pendant dix ans. Le cardinalat n'exigeait pas alors la prêtrise, et beaucoup de cardinaux demeuraient simples diacres. Mais chez Albani, ce report tenait moins à la coutume qu'à un scrupule profond : conscient de la gravité du sacerdoce, il hésitait à s'engager dans l'ordre presbytéral.[19][20]
Ce n'est qu'en septembre 1700, à la veille du conclave qui allait l'élire, qu'il reçut enfin l'ordination sacerdotale. Le futur pape de la fermeté doctrinale était donc, au moment de son élection, prêtre depuis quelques semaines seulement — contraste singulier entre le pasteur tout nouvellement ordonné et le docteur inflexible qu'il allait devenir.
Le conclave de 1700 et une élection contre son gré
La mort d'Innocent XII et la vacance
Innocent XII (Antonio Pignatelli), le pape réformateur qui avait porté le coup de grâce au népotisme par la bulle Romanum decet Pontificem (1692), mourut le 27 septembre 1700.[21] Sa disparition ouvrait une vacance dans un climat tendu : à Madrid, le roi Charles II d'Espagne, dernier des Habsbourg espagnols, agonisait sans descendance — il s'éteindrait en plein conclave, le 1ᵉʳ novembre —, et toute l'Europe retenait son souffle dans l'attente de la succession qui allait embraser le continent.
Quarante-six jours de conclave
Le conclave s'ouvrit dans cette atmosphère d'incertitude. Les factions habituelles — partisans de la France, partisans de l'Empire et de l'Espagne, cardinaux indépendants soucieux des seuls intérêts de l'Église — se neutralisaient. Pendant quarante-six jours, aucun nom ne parvint à réunir la majorité des deux tiers.[22][23]
Le nom d'Albani s'imposa peu à peu, précisément parce qu'il était un homme de consensus : trop jeune pour effrayer, trop savant pour déplaire, étranger aux intrigues des grandes couronnes, il apparaissait comme le candidat capable de réconcilier les camps. Sa réputation de diplomate et de pacificateur acheva de rallier le Sacré Collège.[24]
Trois jours pour vaincre sa réticence
L'élection eut lieu le 23 novembre 1700. Mais Albani, accablé par le sentiment de son indignité et redoutant les épreuves qui s'annonçaient, refusa la charge. Il fallut, rapporte la Catholic Encyclopedia, trois jours d'efforts pour vaincre sa résistance.[25]
« Trois jours furent consacrés à l'effort pour vaincre sa réticence à accepter une telle dignité. » — The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement XI », 1908[26]
Il consulta des théologiens pour savoir s'il pouvait, en conscience, décliner une élection canonique ; tous le pressèrent d'accepter. Il céda enfin et prit le nom de Clément XI. Consacré évêque le 30 novembre, il fut intronisé le 8 décembre 1700, fête de la Conception de la Vierge — un présage, pour le pape qui ferait de cette fête une solennité universelle.[27][28]
Le pontificat pris dans la guerre de Succession d'Espagne
Un pape arbitre dans une Europe en feu
Trois semaines avant l'élection, Charles II d'Espagne était mort (1ᵉʳ novembre 1700), léguant par testament l'ensemble de la monarchie espagnole à Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV. L'Empereur Léopold Iᵉʳ, qui revendiquait le trône pour son fils l'archiduc Charles, refusa : ce fut la guerre de Succession d'Espagne, qui de 1701 à 1714 ensanglanta l'Europe.[29][30]
Clément XI tenta de jouer son rôle traditionnel d'arbitre et de médiateur. Mais le temps des arbitrages pontificaux était révolu. Comme le résume l'Encyclopædia Britannica, ses efforts de médiation pour empêcher la guerre échouèrent désastreusement.[31]
« Ses tentatives pour empêcher la guerre par la médiation échouèrent de façon désastreuse, et le conflit l'empêcha de préserver l'Italie de l'invasion. » — Encyclopædia Britannica, « Clement XI »[32]
La reconnaissance forcée de l'archiduc Charles (1709)
Le pape reconnut d'abord Philippe V comme roi d'Espagne, conformément au testament de Charles II — ce qui lui valut l'hostilité durable de l'Empereur, qui l'accusa de favoriser la France.[33][34] La position du Saint-Siège devint intenable lorsque, à Léopold Iᵉʳ, succéda en 1705 son fils Joseph Iᵉʳ, encore plus déterminé.
En mai 1708, les troupes impériales envahirent les États pontificaux.[35][36] Militairement désarmé, Clément XI dut capituler : le 15 janvier 1709, il reconnut l'archiduc Charles (« Charles III ») comme roi d'Espagne — « sans préjudice des droits d'autrui » — reniement forcé qui lui aliéna cette fois la France et l'Espagne de Philippe V.[37][38][39] Le pape se trouvait ainsi dans la situation la plus humiliante : avoir mécontenté tous les camps, sans en avoir satisfait aucun.
Comacchio et l'invasion des États pontificaux
Le point de friction le plus aigu fut la petite ville de Comacchio, sur l'Adriatique, fief que la papauté revendiquait et que l'Empereur occupa en 1708.[40][41] La querelle de Comacchio, mêlant droit féodal médiéval et rapports de force modernes, devint le symbole de l'impuissance temporelle du Saint-Siège : Rome multiplia les protestations juridiques, l'Empire garda la place par les armes.
Utrecht et Rastatt : l'effacement du Saint-Siège (1713-1714)
La paix vint sans Rome. Les traités d'Utrecht (1713) et de Rastatt (1714), qui mirent fin à la guerre, ignorèrent purement et simplement les droits féodaux du pape sur Naples, la Sicile, la Sardaigne et Parme, redistribués entre les puissances sans son aveu.[42][43] Pour la première fois, un grand règlement européen se faisait en faisant abstraction du Saint-Siège.
Cet effacement diplomatique inaugura l'ère où la papauté, privée de poids militaire, ne pèserait plus dans les affaires temporelles que par son autorité morale. Le pontificat de Clément XI marque ainsi, sur la scène internationale, un seuil : celui où Rome cesse d'être une puissance et redevient, pour l'essentiel, une conscience.
Le grand combat doctrinal : Vineam Domini et Unigenitus
Là où la diplomatie échoua, le pape déploya une fermeté doctrinale inflexible. L'affaire majeure de son règne fut la lutte finale contre le jansénisme, ce courant rigoriste né de l'Augustinus de Cornelius Jansen (1640), qui durcissait la doctrine de la grâce et de la prédestination, et glissait peu à peu vers l'hostilité envers Rome. Sur le rejet pontifical de ces thèses, voir l'article Prédestination et jansénisme.
Vineam Domini (1705) : la fin du « silence respectueux »
Depuis la condamnation des cinq propositions de Jansen par Innocent X (Cum occasione, 1653), les jansénistes s'abritaient derrière une distinction subtile : ils acceptaient de condamner les cinq propositions « en droit », mais niaient qu'elles se trouvassent « en fait » dans l'Augustinus. Ils prônaient à l'égard de la condamnation un « silence respectueux » plutôt qu'une adhésion intérieure.
Par la bulle Vineam Domini Sabaoth du 16 juillet 1705, Clément XI ferma cette échappatoire : il exigea une soumission de cœur et d'esprit, et déclara insuffisant le simple silence respectueux.[44][45] La bulle prépara le démantèlement du foyer janséniste de Port-Royal des Champs, dont l'abbaye fut dispersée en 1709 et rasée en 1710 sur ordre de Louis XIV.
Unigenitus (1713) : 101 propositions de Quesnel condamnées
Le coup décisif vint avec l'oratorien Pasquier Quesnel, dont les Réflexions morales sur le Nouveau Testament — pieux commentaire d'apparence, mais imprégné de doctrines jansénistes sur la grâce, l'Église et les sacrements — connaissaient un immense succès. À la demande de Louis XIV, Clément XI examina l'ouvrage et publia, le 8 septembre 1713, la bulle Unigenitus Dei Filius, qui condamnait cent une propositions extraites du livre.[46][47]
« En 1713, Clément XI promulgua la bulle Unigenitus pour répondre à la diffusion de l'hérésie janséniste. La bulle condamnait le jansénisme en extrayant cent une propositions tirées des œuvres de Pasquier Quesnel, frappées de censures graduées et différenciées selon les cas (fausses, captieuses, malsonnantes, scandaleuses, suspectes d'hérésie, erronées…). » — d'après The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement XI »[48][49]
Unigenitus est l'un des textes les plus retentissants du XVIIIᵉ siècle. En condamnant des propositions qui semblaient parfois reprendre saint Augustin lui-même, la bulle souleva une tempête en France : nombre d'ecclésiastiques crièrent à l'excès, et les parlements refusèrent longtemps d'enregistrer le texte.
Les appellants et l'excommunication de 1718
Une partie de l'épiscopat français refusa d'accepter la bulle. En mars 1717, quatre évêques — bientôt rejoints par d'autres, et soutenus un temps par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris — firent appel d'Unigenitus à un futur concile général : on les appela les appellants.[50][51] C'était nier ouvertement l'autorité du pape au profit d'un concile à venir, dans la pure logique du gallicanisme.
Clément XI répondit par la bulle Pastoralis officii (28 août 1718), qui excommuniait les opposants persévérants.[52] La mesure resta en grande partie inefficace : protégés par le pouvoir civil, les appellants poursuivirent leur résistance. La querelle d'Unigenitus survécut au pape et empoisonna l'Église de France jusqu'à la veille de la Révolution. Mais sur le fond, le jansénisme était condamné sans retour par le magistère romain.
Les autres grandes décisions doctrinales et missionnaires
La querelle des rites chinois
Hérité de ses prédécesseurs, le dossier des rites chinois trouva sous Clément XI son règlement le plus tranchant. Fallait-il permettre aux chrétiens de Chine de continuer à honorer Confucius et leurs ancêtres selon les rites traditionnels, comme le soutenaient les jésuites, ou y voir une idolâtrie incompatible avec la foi ?
Clément XI trancha contre les jésuites. Le décret du Saint-Office Cum Deus optimus (20 novembre 1704), qu'il contresigna, puis la constitution Ex illa die (19 mars 1715), condamnèrent les rites chinois et exigèrent des missionnaires un serment d'obéissance.[53][54] La décision, étendue ensuite aux rites malabars de l'Inde, provoqua une grave crise dans les missions d'Asie. Ce dossier complexe est traité en détail dans l'article La controverse des rites chinois.
L'Immaculée Conception, fête universelle (1708)
Grand dévot de la Vierge, Clément XI accomplit un acte marial considérable. Par la bulle Commissi nobis divinitus du 6 décembre 1708, il fit de la fête de l'Immaculée Conception (8 décembre) une fête de précepte universelle et obligatoire pour toute l'Église latine.[55][56] L'Église ne définissait pas encore l'Immaculée Conception comme dogme — ce sera l'œuvre du bienheureux Pie IX en 1854 —, mais elle inscrivait solennellement cette croyance dans le calendrier liturgique de la chrétienté entière. Sur l'histoire de cette vérité de foi, voir Le dogme de l'Immaculée Conception.
Lisbonne et la mission
Soucieux d'organiser l'Église dans le monde, Clément XI éleva en 1716 le siège de Lisbonne au rang de patriarcat (bulle In supremo apostolatus solio du 22 octobre 1716, dite Bulle d'or ; érection effective à Lisbonne le 7 novembre 1716), satisfaisant le roi Jean V de Portugal et consacrant le rôle missionnaire de la couronne portugaise.[57][58] Il soutint la Propagande de la Foi : c'est à l'imprimerie polyglotte de ce dicastère missionnaire que parut, à partir de 1719, la Bibliotheca Orientalis Clementino-Vaticana, catalogue des manuscrits orientaux rapportés par Assemani.[59]
Le pape des saints : les canonisations de 1712
Saint Pie V élevé sur les autels
Le 22 mai 1712, Clément XI présida l'une des plus belles cérémonies de son règne : la canonisation de quatre saints de la Réforme catholique.[60][61] Le plus illustre était le pape Pie V (1504-1572), le pontife dominicain de Lépante et du catéchisme tridentin, béatifié par Clément X en 1672 et désormais inscrit au catalogue des saints. En canonisant l'un de ses prédécesseurs, héros de la lutte contre les Turcs et de l'application du concile de Trente, Clément XI honorait l'idéal du pape réformateur.
Cette représentation de Pie V, attribuée au Greco, est conservée sur Wikimedia Commons dans le domaine public.[62]
Andrea Avellino, Félix de Cantalice et Catherine de Bologne
Avec Pie V furent canonisés trois autres témoins de la sainteté tridentine, choisis pour représenter chaque état de vie : Andrea Avellino (1521-1608), prêtre théatin et prédicateur ; Félix de Cantalice (1515-1587), frère capucin quêteur surnommé Deo gratias pour sa formule habituelle ; et Catherine de Bologne (1413-1463), clarisse, mystique et peintre.[63] Un pape, un prêtre, un frère lai, une religieuse : l'éventail était voulu, offrant à toute l'Église des modèles de sainteté pour chaque vocation.
Clément XI mécène et savant
Fidèle à l'humaniste qu'il avait été, Clément XI fut l'un des papes les plus cultivés de l'époque baroque, mécène des sciences et des lettres autant que des arts.
La méridienne clémentine de Santa Maria degli Angeli (1702)
Dès la deuxième année de son pontificat, le pape commanda à l'astronome Francesco Bianchini la construction d'une grande méridienne dans la basilique Santa Maria degli Angeli e dei Martiri, aménagée par Michel-Ange dans les thermes de Dioclétien.[64] Inaugurée le 6 octobre 1702, cette ligne méridienne — le gnomon clémentin — était un instrument scientifique de précision : un rayon de soleil, passant par un trou percé dans la voûte, vient frapper chaque midi une longue raie de bronze incrustée dans le sol, permettant de mesurer le mouvement apparent du soleil et de vérifier le calendrier.
L'ouvrage avait une triple fonction : affirmer l'exactitude du calendrier grégorien promulgué par Grégoire XIII, offrir aux astronomes un observatoire de précision, et manifester que l'Église, loin de craindre la science, la patronnait — message non négligeable, près de soixante-dix ans après la condamnation de Galilée (1633).
La Bibliothèque vaticane et les manuscrits d'Orient
Le grand œuvre savant de Clément XI fut l'enrichissement de la Bibliothèque vaticane. Il finança la mission du jeune savant maronite Joseph-Simon Assemani (Giuseppe Simone Assemani), envoyé en 1715-1717 en Égypte et en Syrie — Le Caire, Damas, Alep, Mont-Liban, désert de Nitrie —, d'où celui-ci rapporta environ cent cinquante manuscrits orientaux.[65] De ce trésor naquit la monumentale Bibliotheca Orientalis Clementino-Vaticana, dont le titre même rend hommage au pape mécène et dont le premier tome parut à Rome en 1719. Par ce geste, Clément XI fit de Rome l'un des grands foyers de l'orientalisme européen naissant.
Le souci de l'Albanie : le Concile d'Arbën (1703)
Conscient de ses origines, Clément XI ne négligea pas l'Église d'Albanie, alors persécutée sous le joug ottoman. En 1703, il fit convoquer un concile national albanais, le Kuvendi i Arbënit (Concile d'Arbën), pour réorganiser la vie chrétienne, fixer la discipline et préserver la foi catholique dans les Balkans.[66] Il soutint aussi des écoles franciscaines en terre albanaise. Pour la culture albanaise, ce concile, dont les actes furent imprimés à Rome, demeure un monument historique de la langue et de la foi.
Spiritualité : la Prière universelle
La postérité a conservé sous le nom de Clément XI une « Prière universelle » (Oratio universalis), litanie d'actes de foi, d'espérance et de charité que la tradition lui attribue.[67] L'authenticité de cette attribution est discutée par les érudits, mais la prière est restée associée à sa mémoire et fut longtemps recommandée aux fidèles. Les recueils de dévotion la transmettent notamment sous ce verset final, où l'âme conforme entièrement sa volonté à celle de Dieu :
« Je veux ce que vous voulez, parce que vous le voulez, comme vous le voulez, autant que vous le voulez. » — Prière universelle, traditionnellement attribuée à Clément XI[68]
Cette prière, où l'âme conforme entièrement sa volonté à celle de Dieu, prolonge la grande tradition spirituelle de l'abandon et du fiat. Elle révèle, derrière le pape contrarié par les affaires du monde, un homme de foi dont l'horizon dépassait de loin les querelles diplomatiques.
La mort et la postérité (19 mars 1721)
Affaibli et déçu par les épreuves de son règne, Clément XI s'éteignit à Rome le 19 mars 1721, jour de la fête de saint Joseph, pour lequel il avait une dévotion particulière.[69][70] Il fut inhumé dans la basilique Saint-Pierre. La famille Albani laissa à Rome un héritage artistique durable : le neveu du pape, le cardinal Annibale Albani (1682-1751), et son frère, le cardinal Alessandro Albani (1692-1779), qui fit bâtir la villa Albani pour y abriter sa grande collection d'antiquités.[71]
- 27 septembre 1700Mort d'Innocent XIIouverture de la vacance
La disparition d'Antonio Pignatelli ouvre un conclave de quarante-six jours, à la veille de la crise de la succession d'Espagne.[72]
- 23 novembre 1700Élection d'Albanitrois jours pour vaincre sa réticence
Prêtre depuis quelques semaines à peine, Giovanni Francesco Albani est élu pape malgré son refus, et prend le nom de Clément XI.[73]
- 6 décembre 1708Commissi nobis divinitusl'Immaculée Conception, fête universelle
Le pape rend obligatoire dans toute l'Église latine la fête du 8 décembre.[74]
- 15 janvier 1709Reconnaissance de l'archiduc Charlescapitulation forcée
Les États pontificaux envahis, Clément XI doit reconnaître Charles comme roi d'Espagne, s'aliénant la France.[75]
- 22 mai 1712Canonisation de quatre saintsdont saint Pie V
- 8 septembre 1713Bulle Unigenitusle coup décisif contre le jansénisme
Cent une propositions de Pasquier Quesnel sont condamnées ; la crise gallicane des appellants commence.[77]
- 19 mars 1721Mort de Clément XIfête de saint Joseph
Le pape meurt à Rome après vingt ans de règne ; le conclave suivant élira Michelangelo Conti, Innocent XIII.[78]
Le bilan d'un pontificat contrarié
Clément XI ne fut ni un conquérant ni un prince heureux. Sur le plan temporel, son règne fut une suite d'humiliations : médiations vaines, États pontificaux envahis, droits féodaux bafoués par les traités d'Utrecht et de Rastatt. Sur ce terrain, il incarne le déclin politique de la papauté à l'aube des Lumières.
Mais sur le plan doctrinal et spirituel, son bilan est tout autre. Il a clos le combat anti-janséniste par Unigenitus, tranché la question des rites, universalisé la fête de l'Immaculée Conception, canonisé saint Pie V, et fait de Rome un foyer d'érudition orientale. Pape faible devant les rois, il fut ferme devant l'erreur — exactement l'inverse de ce que cherchaient ses adversaires gallicans et jansénistes.
Pourquoi Clément XI compte aujourd'hui
Clément XI compte d'abord pour l'histoire de la doctrine : Unigenitus est le dernier grand acte du magistère contre le jansénisme, et l'un des textes les plus commentés du XVIIIᵉ siècle. Il compte pour l'histoire mariale, car c'est lui qui imposa au monde catholique la fête de l'Immaculée Conception. Il compte pour l'histoire des missions, car son règlement des rites chinois pesa pendant deux siècles sur l'évangélisation de l'Asie. Il compte enfin pour l'histoire de la culture catholique, comme pape savant, mécène de l'astronomie et des manuscrits d'Orient. Pris dans une époque qui ne lui laissa guère de marge, Clément XI sut, là où il était libre — celui du dogme et de la foi —, agir avec une netteté que l'histoire lui reconnaît.
Pour aller plus loin
- Pape Innocent XII (1691-1700), prédécesseur réformateur qui abolit le népotisme pontifical
- Pape Innocent XIII (1721-1724), successeur immédiat, le pape Conti
- La controverse des rites chinois, dossier missionnaire tranché par Clément XI en 1704 et 1715
- Prédestination et jansénisme, pour le combat doctrinal qui culmine dans Unigenitus
- Le dogme de l'Immaculée Conception (1854), dont Clément XI universalisa la fête en 1708
- Pape saint Pie V (1504-1572), canonisé par Clément XI en 1712
- Pape Clément X (1590-1676), autre pape de la Rome baroque qui béatifia Pie V
Notes et références
« Pope Clement XI », The Catholic Encyclopedia, vol. 4, New York, Robert Appleton Company, 1908 (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/04029a.htm). Pour la naissance à Urbino le 23 juillet 1649, les études au Collège romain et la réputation de latiniste, la carrière de gouverneur, vicaire de Saint-Pierre et secrétaire des brefs, le cardinalat-diacre de 1690 et l'ordination sacerdotale tardive de 1700, le conclave de quarante-six jours et les trois jours nécessaires pour vaincre sa réticence, la reconnaissance forcée de l'archiduc Charles le 15 janvier 1709, la bulle Vineam Domini (1705), Unigenitus (1713), la question des rites chinois, la fête de l'Immaculée Conception, les canonisations de 1712, le mécénat et la mort le 19 mars 1721. Textes originaux : « Born at Urbino, 23 July, 1649; elected 23 November, 1700; died at Rome 19 March, 1721 » ; « He made rapid progress and was known as an author at the age of eighteen, translating from the Greek into elegant Latin » ; « Three days were spent in the effort to overcome his reluctance to accept a dignity » ; « he finally gave way (15 January 1709), acknowledged the Archduke Charles as King of Spain "without detriment to the rights of another" ».
1 5 11 12 14 16 19 22 25 26 37 44 47 48 55 69 73 78« Pope Clement XI », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Clement_XI), pour les dates de la carrière curiale, le cardinalat du 13 février 1690, l'ordination sacerdotale de septembre 1700, l'élection du 23 novembre 1700, la consécration épiscopale du 30 novembre et l'intronisation du 8 décembre 1700, la mort d'Innocent XII le 27 septembre 1700, le déroulé de la guerre de Succession d'Espagne, la reconnaissance de Philippe V puis de l'archiduc Charles (15 janvier 1709), la querelle de Comacchio, Vineam Domini et Unigenitus, les rites chinois (Cum Deus optimus 1704, Ex illa die 1715), le patriarcat de Lisbonne (1716), la canonisation du 22 mai 1712 et la succession d'Innocent XIII. Données recoupées avec la Catholic Encyclopedia et la Britannica.
2 4 9 18 20 21 23 24 28 30 34 39 41 43 45 51 53 58 61 72« Clement XI », Encyclopædia Britannica (https://www.britannica.com/biography/Clement-XI), pour la naissance à Urbino le 23 juillet 1649, la mort à Rome le 19 mars 1721, l'élection du 23 novembre 1700, l'échec des médiations dans la guerre de Succession d'Espagne, l'hostilité de Léopold Iᵉʳ puis de Joseph Iᵉʳ, l'invasion des États pontificaux (mai 1708), la reconnaissance forcée de Charles en 1709, l'exclusion de l'autorité pontificale par les traités d'Utrecht et de Rastatt (1713-1714), la bulle Unigenitus (datée du 8 septembre 1713), les appellants gallicans de mars 1717 et leur excommunication d'août 1718, la condamnation des rites chinois et malabars, et le patriarcat de Lisbonne. Texte original : « His attempts to prevent war through mediation failed disastrously ».
3 27 29 31 32 33 35 38 42 50 52 54 70 75Clément XI, bulle Unigenitus Dei Filius, 8 septembre 1713, condamnant cent une propositions extraites des Réflexions morales sur le Nouveau Testament de Pasquier Quesnel. Cf. H. Denzinger, Enchiridion symbolorum, n° 2400-2502 (texte des propositions condamnées), et « Pope Clement XI », The Catholic Encyclopedia, 1908.
6 46 49 77Sur la Prière universelle (Oratio universalis) traditionnellement attribuée à Clément XI, litanie d'actes de foi, d'espérance, de charité et d'abandon à la volonté de Dieu, longtemps recommandée aux fidèles. Texte transmis par les recueils de dévotion, notamment F. X. Lasance, With God : A Book of Prayers and Reflections (Benziger Brothers), section « Various Other Devotions », « A Universal Prayer, for all things necessary to salvation (Composed by Pope Clement XI, 1721) » (texte vérifié sur Wikisource, https://en.wikisource.org/wiki/With_God/Various_Other_Devotions), et Ch. J. Callan, Blessed Be God (P. J. Kenedy), « The Universal Prayer (Composed by Pope Clement XI) ». L'attribution au pape reste traditionnelle et discutée par les érudits ; le verset final cité est donné tel que les recueils le transmettent, sans édition critique de référence.
7 67 68« Clément XI », Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_XI), pour les origines albanaises de la famille Albani et la tradition rattachant ses aïeux à l'épopée de Skanderbeg, l'admission dans l'académie de la reine Christine de Suède, les charges de gouverneur de Rieti et de la Sabine, et la sollicitude du pape pour l'Église d'Albanie, dont le concile national d'Arbën de 1703.
8 10 13 15 66S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church — Biographical Dictionary, « Consistory of February 13, 1690 » (Florida International University, https://cardinals.fiu.edu/bios1690.htm), pour l'acte exact du cardinalat d'Albani par Alexandre VIII. Texte original : « Created cardinal deacon in the consistory of February 13, 1690; received the red hat on February 16, 1690; and the deaconry of S. Maria in Aquiro on April 10, 1690 ». Date recoupée avec GCatholic (« Cardinals Created by Alexander VIII », Created Cardinal 1690.02.13) et la notice EN « Pope Clement XI » (13 February 1690) ; la variante « 12 February » que porte une page Wikipédia EN miroir est écartée.
17Ludwig von Pastor, Geschichte der Päpste seit dem Ausgang des Mittelalters, Bd. XV : Clemens XI. (1700-1721), Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1930, pour le récit détaillé du pontificat, l'invasion des États pontificaux par les troupes de Joseph Iᵉʳ en 1708 et la querelle de Comacchio.
36 40Clément XI, bulle Commissi nobis divinitus, 6 décembre 1708, faisant de la fête de l'Immaculée Conception (8 décembre) une fête de précepte universelle et obligatoire pour l'Église latine. Cf. « Immaculate Conception », The Catholic Encyclopedia, 1910, et « Pope Clement XI », Wikipedia.
56 74« Patriarchate of Lisbon », The Catholic Encyclopedia, 1913 (Wikisource, https://en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Patriarchate_of_Lisbon) : « he issued the Bull "In Supremo Apostolatus Solio" (22 Oct., 1716), known as the Golden Bull, because the seal or bulla was affixed with gold instead of lead, giving the collegiate chapel cathedral rank, with metropolitical rights, and conferring on its titular the rank of patriarch ». Date recoupée avec « Patriarchate of Lisbon », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Patriarchate_of_Lisbon). L'érection prit effet à Lisbonne le 7 novembre 1716, avec l'élévation de la basilique patriarcale et le partage de la ville entre Lisbonne orientale et Lisbonne occidentale (cf. « Royal Patriarchal Music Seminary of Lisbon », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Royal_Patriarchal_Music_Seminary_of_Lisbon).
57Sur la mission d'Orient : Joseph-Simon Assemani (1687-1768), savant maronite entré au service de la Bibliothèque vaticane, fut envoyé par Clément XI en Égypte et en Syrie en 1715-1717 (Le Caire, Damas, Alep, Mont-Liban, désert de Nitrie) et en rapporta environ cent cinquante manuscrits, noyau du fonds oriental de la Vaticane. Cf. « Assemani », The Catholic Encyclopedia, 1907 (New Advent), et « Giuseppe Simone Assemani », Wikipedia. De ce trésor naquit la Bibliotheca Orientalis Clementino-Vaticana (Rome, Typis Sacrae Congregationis de Propaganda Fide), dont le premier tome parut en 1719, les suivants jusqu'en 1728, après la mort du pape.
59 65Sur la canonisation collective du 22 mai 1712 : Clément XI éleva sur les autels le pape Pie V (1504-1572, dominicain, béatifié par Clément X en 1672), Andrea Avellino (1521-1608, théatin), Félix de Cantalice (1515-1587, capucin) et Catherine de Bologne (1413-1463, clarisse). Cf. « Pope Clement XI », Wikipedia, et les notices hagiographiques de la Catholic Encyclopedia sur chacun de ces saints.
60 63 76Le Greco, Pope Pius V, vers 1600, Wikimedia Commons, fichier El Greco 050.jpg, domaine public. Image téléchargée localement dans public/images/ignispedia/pape-clement-xi/.
62Sur le gnomon clémentin (méridienne) de la basilique Santa Maria degli Angeli e dei Martiri, réalisé par l'astronome Francesco Bianchini (1661-1729) sur ordre de Clément XI et inauguré le 6 octobre 1702. Cf. les études Lo Gnomone Clementino — Astronomia meridiana in basilica et « Astronomy in the Church: the Clementine Sundial in Santa Maria degli Angeli, Rome ».
64Sur la parenté et la villa : Alessandro Albani (1692-1779), neveu de Clément XI et frère d'Annibale Albani (1682-1751), créé cardinal par Innocent XIII en 1721, fit bâtir la villa Albani à Rome (projet lancé en 1745) pour y abriter sa collection d'antiques. Cf. « Villa Albani » et « Alessandro Albani », Wikipedia, la notice « Albani, Alessandro (1692-1779) » de la New International Encyclopaedia, et « Albani », The Catholic Encyclopedia.
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