Urbain VIII (Urbanus VIII), né Maffeo Barberini à Florence le 5 avril 1568 et mort à Rome le 29 juillet 1644, fut pape pendant près de vingt et un ans, du 6 août 1623 à sa mort.[1][2][3] Patricien florentin, juriste formé chez les jésuites, diplomate, mécène et poète latin, il régna sur l'un des pontificats les plus longs et les plus contrastés de l'âge baroque, où la grandeur artistique côtoie le scandale du népotisme et l'imprudence politique.
Son nom reste attaché à trois dossiers indissociables. D'abord la famille Barberini et ses abeilles d'or : Urbain VIII éleva à la pourpre son frère et deux de ses neveux, et la fortune amassée par les siens — les 105 millions d'écus qu'un récit contemporain cité par l'historien Leopold von Ranke attribue aux Barberini — fit naître la célèbre pasquinade « Ce que les barbares n'ont pas fait, les Barberini l'ont fait ».[4][5][6] Ensuite une politique étrangère anti-Habsbourg au cœur de la guerre de Trente Ans, qui lui valut d'être publiquement accusé, en plein consistoire, d'abandonner la cause catholique en Allemagne.[7][8] Enfin le procès de Galilée (1633), conduit sous son pontificat par le Saint-Office, et la ruineuse guerre de Castro (1641-1644) qui acheva de le rendre impopulaire.[9][10]
Mais le pontificat ne se réduit pas à ces ombres. Urbain VIII fut le grand mécène du Bernin, consacra la basilique Saint-Pierre achevée (1626) et lui donna son baldaquin de bronze ; il fonda la procédure moderne de béatification et de canonisation, condamna l'Augustinus de Jansénius, soutint les missions de la Propagande, prohiba l'esclavage des Indiens d'Amérique et réforma les hymnes du bréviaire romain.[11][12][13][14] Sa vie privée fut jugée irréprochable, et le bien de l'Église semble avoir été le ressort de ses travaux ; mais la dépense sans frein pour ses neveux, son armée et ses forteresses laissa les États pontificaux écrasés de dettes.[15][16]
Pourquoi le pape Urbain VIII compte-t-il ?
Un pontificat de vingt et un ans, charnière de l'âge baroque
Le premier intérêt d'Urbain VIII est sa durée et sa place charnière. Avec près de vingt et un ans de règne (1623-1644), il signe l'un des pontificats les plus longs depuis le Moyen Âge, à l'exact point d'équilibre du XVIIᵉ siècle : la Réforme catholique née de Trente est désormais installée, Rome se couvre de marbres baroques, mais la guerre de Trente Ans (1618-1648) redessine l'Europe et la papauté perd peu à peu son rôle d'arbitre des princes.[17][18] Étudier son règne, c'est observer le moment où la Rome triomphante des artistes coexiste avec une papauté politiquement marginalisée sur l'échiquier continental.
Le pape des abeilles et du népotisme Barberini
Le deuxième intérêt est moral et institutionnel. Urbain VIII est resté, dans la mémoire collective, le pape du népotisme porté à son sommet : trois Barberini créés cardinaux, un quatrième fait prince et général de l'Église, des palais, des fiefs et une fortune colossale.[19][20] Son cas est devenu, jusque dans les manuels, l'exemple canonique de l'abus que la papauté abolira un demi-siècle plus tard (la bulle Romanum decet Pontificem d'Innocent XII, 22 juin 1692).[21] Pourtant, le pape lui-même, tourmenté de scrupules, fit examiner deux fois par des théologiens la licéité de l'enrichissement des siens — preuve que la conscience chrétienne travaillait sous le faste.[22]
Le pape de Galilée, de la guerre de Castro et du Bernin
Le troisième intérêt est historique et culturel. Sous Urbain VIII se nouent quelques-uns des épisodes les plus commentés de l'histoire de l'Église : le procès de Galilée, sans cesse opposé à la foi catholique ; la guerre de Castro, fiasco militaire et financier ; mais aussi le chef-d'œuvre du baldaquin du Bernin et l'achèvement de Saint-Pierre.[23][24][25] Aucun de ces dossiers ne se comprend sans le pontificat qui les porte : c'est pourquoi cet article les traite ensemble, du point de vue du gouvernement pontifical, en renvoyant aux articles spécialisés pour les questions de fond (Galilée et science, jansénisme, concile de Trente).
Les sources principales
La documentation sur Urbain VIII est abondante, à la mesure d'un long pontificat richement archivé. La synthèse savante de référence reste l'ample notice de Georg Lutz, « Urbano VIII », dans l'Enciclopedia dei Papi (Treccani, 2000), qui reconstitue la carrière et le règne à partir des dépêches diplomatiques, des actes curiaux et de la correspondance des nonciatures.[26] Pour le récit d'ensemble en français et en anglais, l'article de Michael Ott dans la Catholic Encyclopedia (1912) demeure précis, prudent et fiable, et sert de base à la plupart des notices postérieures.[27]
L'étude la plus complète est l'œuvre du grand historien de la papauté Ludwig von Pastor, dont l'Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge consacre à Urbain VIII les tomes XXVIII à XXX (édition anglaise de Londres, 1929-1938) : c'est là que se trouve l'analyse détaillée des finances, des guerres et de la politique du règne.[28] L'historiographie classique du XIXᵉ siècle — Leopold von Ranke, Die römischen Päpste — a forgé deux thèses durables et discutées : l'estimation de la fortune Barberini et l'interprétation anti-Habsbourg de la diplomatie pontificale.[29]
Sur les points particuliers, on dispose enfin de sources spécialisées sûres : les actes du conclave de 1623, les notices sur la famille Barberini, l'histoire des guerres de Castro, les documents du Saint-Office sur Galilée et sur la canonisation, et les textes pontificaux eux-mêmes (In eminenti, Caelestis Hierusalem cives, Commissum nobis), dont on distingue avec soin la lettre certaine et la légende édifiante ou polémique transmise par les chroniqueurs et les pasquinades romaines.[30][31][32]
Maffeo Barberini, du patriciat florentin à la pourpre
Une famille de marchands florentins
Maffeo Barberini naît à Florence le 5 avril 1568, l'avant-dernier de six enfants d'Antonio Barberini et de Camilla Barbadori.[33][34] Les Barberini sont une famille de marchands et de banquiers toscans, montés du fief de Barberino Val d'Elsa au patriciat florentin par le négoce. Le père meurt prématurément, vers 1571, alors que Maffeo a trois ans ; l'enfant est dès lors élevé à Rome sous la tutelle de son oncle Francesco Barberini, protonotaire apostolique, qui ouvre au neveu la carrière curiale.[35][36]
Ce milieu marque profondément le futur pape : il en gardera le sens de la famille — qui dégénérera en népotisme — et la culture humaniste des élites florentines, nourrie de lettres latines et de mécénat. Maffeo n'est ni un théologien spéculatif ni un religieux : c'est un homme de la haute administration, façonné par le droit et la diplomatie.
Le juriste formé chez les jésuites et à Pise
La formation de Barberini est d'abord juridique et littéraire. Élève des jésuites au Collège romain, il achève ses études de droit à l'université de Pise, où il obtient le doctorat in utroque iure — droit civil et canonique — le 7 avril 1588.[37] (La Catholic Encyclopedia date le diplôme de 1589 ; la notice Treccani, plus précise, donne 1588.)[38] De cette double formation, il tire à la fois la compétence canonique qui guidera ses grands actes de gouvernement et le goût des belles-lettres qui fera de lui un pape poète.
Gouverneur, nonce en France, évêque de Spolète
Le cursus honorum de Barberini est celui d'un grand serviteur de la curie. Gouverneur de Fano (1592), protonotaire apostolique (l'un des prêtres chargés d'écrire les actes officiels du pape), référendaire de la Signature (le juge qui étudie chaque dossier avant que le tribunal du pape ne décide), il accède en 1597 au rang de clerc de la Chambre apostolique (membre du conseil qui gère l'argent et les biens du pape).[39][40] En 1601, Clément VIII l'envoie en France féliciter Henri IV pour la naissance du dauphin ; nommé archevêque titulaire de Nazareth (1604), il devient nonce à Paris auprès du roi de France (1604-1607).[41][42] C'est là qu'il noue avec la cour de France les liens qui pèseront, vingt ans plus tard, sur toute sa politique.
Créé cardinal, il reçoit l'évêché de Spolète le 17 octobre 1608, qu'il gouverne avec zèle pendant près de dix ans, tenant un synode diocésain et résidant effectivement — pratique encore rare et conforme à l'esprit de Trente.[43][44] En 1617, Paul V le fait légat de Bologne et préfet de la Signature de Justice (le président du grand tribunal du pape).
Le cardinal et le poète latin
Barberini est créé cardinal-prêtre le 11 septembre 1606 par Paul V, avec le titre de San Pietro in Montorio, échangé en 1610 contre celui de Sant'Onofrio.[45] Mais ce prélat de curie est aussi un lettré reconnu : il publie des recueils de poèmes latins (Poemata, plusieurs éditions, dont une à Rome en 1637) qui lui valent une réputation littéraire dans toute l'Europe savante.[46][47] Cette dimension n'est pas anecdotique : devenue pape, l'âme humaniste de Maffeo Barberini se traduira par un mécénat artistique et littéraire sans équivalent, et par une réforme — contestée — des hymnes liturgiques au nom du bon latin.
Le conclave de 1623 et l'élection
La mort de Grégoire XV et le conclave de juillet 1623
Grégoire XV meurt le 8 juillet 1623, après un bref pontificat de deux ans qui avait pourtant lancé deux institutions majeures : la Congrégation de la Propagande (1622) et la réforme des conclaves. Les cardinaux entrent en conclave le 19 juillet 1623, au cœur de l'été romain.[48][49] Ils sont cinquante-quatre à participer, divisés entre les factions des « créatures » des papes défunts — les Borghese et les Ludovisi — sans qu'aucune ne dispose d'une majorité.
L'élection du 6 août 1623 et la malaria
Le conclave est rude. Dix-sept jours de scrutins infructueux, une chaleur accablante et une fièvre infectieuse — la redoutable malaria romaine — déciment l'assemblée et imposent un compromis.[50][51] Maffeo Barberini, candidat de transaction soutenu notamment par la médiation de cardinaux comme Odoardo Farnèse, est élu pape le 6 août 1623 avec cinquante voix sur cinquante-quatre.[52] Le mal frappe jusqu'au trône : le nouvel élu lui-même aurait contracté la malaria pendant le conclave, et huit cardinaux seraient morts dans les deux semaines qui suivent l'élection — chiffres donnés par les relations contemporaines du conclave.[53] La synthèse savante de Georg Lutz n'en reprend pas moins le tableau d'ensemble : chaleur accablante et fièvre infectieuse diffusée parmi les conclavistes, qui imposèrent le compromis ; mais elle ne retient ni le nombre des morts ni la maladie du pape, qui restent des indications non établies par l'historiographie.[54]
« Le nouveau pape survécut, bien qu'ayant contracté la malaria durant le conclave. Après l'élection, huit cardinaux moururent en deux semaines. » — d'après les relations contemporaines du conclave de 1623, rapportées par Wikipedia[55]
Cette mortalité rappelle la fragilité d'une élection tenue en plein été, dans une Rome où la fièvre des marais fauchait sans distinction conclavistes et pontifes.
Le nom d'Urbain et le couronnement
Maffeo Barberini choisit le nom d'Urbain VIII — urbanus, « le courtois », nom déjà porté par sept papes. Affaibli par la fièvre, il diffère son couronnement jusqu'au 29 septembre 1623, et prend possession de la basilique du Latran le 4 novembre suivant.[56] À cinquante-cinq ans, il était l'un des plus jeunes papes du siècle : nul ne pouvait deviner qu'il régnerait vingt et un ans.
Le népotisme Barberini
Le frère et les neveux portés à la pourpre
Dès son avènement, Urbain VIII fait des siens les piliers de son gouvernement. Trois jours après son couronnement, il crée cardinal son neveu Francesco Barberini (1597-1679), qui devient cardinal-neveu (le neveu du pape fait cardinal pour l'aider à gouverner, comme son bras droit) et secrétaire d'État, bibliothécaire du Vatican (1627) puis vice-chancelier (1632, le chef du bureau qui écrit et scelle les lettres officielles du pape) : c'est l'homme de confiance du pontificat, fondateur de la Bibliothèque Barberini et commanditaire du Palazzo Barberini.[57][58] Un second neveu, Antonio Barberini le Jeune (1607-1671), est créé cardinal en 1627, devient camerlingue (1638, le cardinal qui garde les biens de l'Église quand il n'y a plus de pape) et commandant en chef des troupes pontificales.[59] Le frère du pape, Antonio Marcello Barberini, capucin, reçoit lui aussi la pourpre et le titre de Sant'Onofrio.[60]
Le quatrième Barberini, Taddeo, reste laïc, mais Urbain VIII en fait prince de Palestrina, préfet de Rome, gonfalonier de l'Église (le chef des armées du pape, celui qui porte sa bannière) et commandant de Castel Sant'Angelo — soit le chef militaire de l'État pontifical.[61][62] Jamais une famille n'avait à ce point quadrillé le sommet de l'Église et de l'État romain. Leur emblème, les trois abeilles d'or, se multiplie sur les façades, les fontaines et les autels de Rome, signant l'omniprésence du clan.
« Quod non fecerunt barbari, fecerunt Barberini »
L'enrichissement de la famille fut considérable. Leopold von Ranke rapporte le chiffre — souvent répété, jamais pleinement vérifié — de 105 millions d'écus amassés par les Barberini durant le pontificat : il cite une computation contemporaine (relation du conclave d'Innocent X) tout en marquant lui-même son incrédulité devant la somme.[63][64] Surtout, lorsque le pape fit déposer le bronze antique du portique du Panthéon pour alimenter ses chantiers, la satire romaine forgea l'épigramme la plus célèbre de l'histoire des pasquinades :
« Ce que les barbares n'ont pas fait, les Barberini l'ont fait. » — pasquinade romaine, vers 1625[65]
La Catholic Encyclopedia qualifie cette flèche de « célèbre mais injustifiée », car le bronze servit surtout à des œuvres d'art et de défense ; il n'en reste pas moins que la mémoire populaire a scellé dans cette formule le jugement sévère porté sur l'avidité du clan Barberini.[66]
Les scrupules du pape sur la licéité du népotisme
Le trait le plus révélateur n'est pas le népotisme lui-même — pratique alors banalisée — mais la conscience inquiète du pape. Vers la fin de sa vie, Urbain VIII, tourmenté de scrupules, réunit par deux fois une commission de théologiens pour examiner s'il était moralement licite que ses neveux conservent les biens accumulés :
« Tourmenté de scrupules au sujet de son népotisme, il nomma à deux reprises une commission spéciale de théologiens pour examiner s'il était licite que ses neveux gardassent leurs biens ; mais chaque fois la commission trancha en faveur des neveux. » — Michael Ott, Catholic Encyclopedia, art. « Pope Urban VIII »[67]
Cette double consultation, où la curie absolvait commodément le clan régnant, dit assez l'ambiguïté d'un système qu'Innocent XI avait entrepris de réformer et que l'Église n'abolira que le 22 juin 1692, quand Innocent XII interdira le népotisme par la bulle Romanum decet Pontificem.[68]
La politique étrangère pendant la guerre de Trente Ans
Le « père commun » et la ligne anti-Habsbourg
Le pontificat se déroule au cœur de la guerre de Trente Ans (1618-1648), qui oppose les puissances catholiques — Habsbourg d'Autriche et d'Espagne — aux princes protestants et à leurs alliés. Urbain VIII se veut « père commun de la chrétienté », refusant de se ranger absolument dans le camp impérial.[69][70] En réalité, fidèle à une tradition romaine méfiante de la prépondérance espagnole en Italie, il penche pour la France : il favorise le candidat français dans la guerre de Succession de Mantoue (1628-1631) et contribue au traité de Monzón (1626) sur la Valteline.[71][72]
Urbain VIII envoya pourtant deux millions de francs de ses propres deniers aux armées catholiques d'Allemagne, mais refusa d'excommunier Louis XIII et Richelieu, redoutant de provoquer un schisme à la manière de l'Angleterre d'Henri VIII.[73] Sa position de principe, il l'exprima au nonce Nagni :
« Il m'est impossible de mettre en péril la paternité commune et, par conséquent, de ne plus pouvoir guérir et pacifier, ce qui est le propre du pape comme vicaire du Christ. » — Urbain VIII, lettre au nonce Nagni, 2 avril 1629[74]
L'esclandre du cardinal Borgia (1632)
Cette neutralité fut perçue par l'Espagne comme une trahison de la cause catholique. Le 8 mars 1632, en plein consistoire, le cardinal Gaspar de Borja y Velasco, porte-parole de la faction espagnole, prit la parole pour accuser publiquement le pape d'être, par son indifférence, coresponsable de la ruine du catholicisme en Allemagne face aux Suédois de Gustave-Adolphe.[75][76] L'incident, sans précédent, frôla l'outrage ; la rumeur courut même d'une menace espagnole de déposition.[77] Urbain VIII tint bon, et finit par éloigner Borgia de Rome ; mais l'épisode révèle à quel point la diplomatie pontificale était devenue suspecte aux deux camps.
L'historiographie a longtemps reproché à Urbain VIII d'avoir, par calcul anti-Habsbourg, affaibli le front catholique au pire moment de la guerre. La Catholic Encyclopedia nuance ce procès et réfute plusieurs légendes — notamment celle d'un Requiem que le pape aurait fait célébrer pour Gustave-Adolphe : en réalité, à la mort du roi de Suède, Urbain rendit grâce « au Seigneur des vengeances » d'avoir abattu l'ennemi le plus acharné des catholiques.[78]
L'annexion du duché d'Urbino (1631)
Sur le plan italien, le règne enregistre un gain durable : la réunion du duché d'Urbino aux États pontificaux. À la mort, en avril 1631, du dernier duc Francesco Maria II della Rovere, sans héritier mâle, le territoire revint sans incident au Saint-Siège, en vertu d'un accord négocié dès 1626.[79][80] Ce fut l'un des derniers grands élargissements de l'État pontifical, qui atteignit alors son extension maximale.
Le pape bâtisseur et mécène
Le Bernin, le baldaquin et la consécration de Saint-Pierre
Si le pontificat fut malheureux en politique, il fut glorieux dans les arts. Urbain VIII fut le grand protecteur de Gian Lorenzo Bernini, qu'il chargea d'orner la nouvelle basilique Saint-Pierre, qu'il consacra solennellement le 18 novembre 1626.[81][82] Au-dessus du maître-autel et du tombeau de l'Apôtre, le Bernin éleva entre 1624 et 1633 le baldaquin colossal de bronze aux colonnes torses — manifeste de l'art baroque romain.[83][84]
« Va, et vois de tes yeux que je t'ai donné, pour devenir un grand artiste, le pape de ton temps. » — parole prêtée à Urbain VIII s'adressant au jeune Bernin, rapportée par la tradition biographique[85]
Le pape lui commanda aussi, dès 1627, son propre tombeau monumental à Saint-Pierre — achevé seulement en 1647, trois ans après sa mort, face à celui de Paul III — et fit ériger le Palazzo Barberini, la fontaine du Triton sur la place Barberini, et nombre d'autres ouvrages qui dessinent encore le visage de la Rome baroque.[86][87]
Le bronze du Panthéon et les fortifications
Ce mécénat eut un revers : il coûta cher, et il toucha au patrimoine antique. Pour ses chantiers, Urbain VIII fit déposer le bronze des poutres du portique du Panthéon, geste à l'origine de la pasquinade des Barberini.[88][89] Soucieux de défense, il fortifia Castel Sant'Angelo et le Quirinal, éleva le Fort Urbano à Castelfranco, créa une manufacture d'armes à Tivoli et un port militaire à Civitavecchia.[90] Ces dépenses militaires, ajoutées au népotisme, grevèrent lourdement le trésor pontifical, au point qu'on surnomma le pape « papa gabella » — le pape des taxes —, lui qui aurait augmenté ou créé jusqu'à soixante-trois impôts de consommation.[91]
Tommaso Campanella et la bulle contre l'astrologie
Homme de lettres et de sciences, Urbain VIII protégea aussi des esprits suspects. Il fit libérer le dominicain Tommaso Campanella, philosophe emprisonné depuis des décennies, et le consulta même — fait étonnant — sur des pratiques astrologiques destinées à conjurer des présages de mort.[92] Le scandale public qui s'ensuivit poussa le pape à promulguer, en 1631, la bulle Inscrutabilis contre l'astrologie et la divination judiciaire.[93] En 1634, compromis dans une conspiration calabraise, Campanella s'enfuit en France sous la protection du cardinal Francesco Barberini et de Richelieu — illustration des contradictions d'un pontificat partagé entre la culture humaniste et la vigilance doctrinale.
Les grands actes du gouvernement de l'Église
La réforme de la procédure de béatification et de canonisation
L'apport le plus structurant d'Urbain VIII à l'Église est juridique : c'est lui qui fonde la procédure moderne de béatification et de canonisation, en vigueur jusqu'à la réforme de Jean-Paul II en 1983. Par une série de décrets du Saint-Office — le décret Sanctissimus Dominus Noster (13 mars 1625), puis le décret du 30 octobre 1625 réservant la béatification au seul Saint-Siège — il interdit toute vénération publique (auréoles, images, livres de miracles) d'un défunt non encore reconnu par l'Église.[94][95]
Le texte clé est la lettre apostolique Caelestis Hierusalem cives du 5 juillet 1634, qui réserve exclusivement au Siège apostolique le droit immémorial de canoniser et de béatifier, et confie l'instruction des causes à la Congrégation des Rites.[96] Le code de procédure suivit avec les Decreta servanda in canonizatione et beatificatione Sanctorum (12 mars 1642), qui posaient la présomption juridique exigeante selon laquelle un candidat n'est pas saint tant que sa sainteté et ses miracles ne sont pas rigoureusement prouvés.[97] Cette rigueur explique qu'Urbain VIII lui-même n'ait canonisé que deux saints : Élisabeth de Portugal (25 mai 1625) et André Corsini (22 avril 1629).[98]
La condamnation du jansénisme : la bulle In eminenti (1642)
Urbain VIII porta le premier coup magistériel au jansénisme naissant. L'Augustinus de Cornelius Jansenius, évêque d'Ypres mort en 1638, parut à titre posthume en 1640 et relançait, sous couvert de saint Augustin, des thèses rigoristes sur la grâce déjà proches de celles de Baïus. Par la bulle In eminenti Ecclesiae militantis, datée du 6 mars 1642 (et promulguée en 1643), le pape condamna l'ouvrage.[99][100]
Fait notable, In eminenti ne réfute pas encore le détail des erreurs : elle condamne l'Augustinus surtout parce qu'il enfreignait l'interdiction de publier sur la grâce sans autorisation et rééditait des propositions baïanistes déjà censurées.[101] La condamnation doctrinale des fameuses cinq propositions viendra plus tard, sous Innocent X, par la bulle Cum occasione (1653) ; mais c'est Urbain VIII qui posa le cadre juridique de la longue lutte de l'Église contre le jansénisme.
La réforme des hymnes du bréviaire
Pape humaniste, Urbain VIII voulut « corriger » le latin des hymnes du bréviaire romain. Une commission de 1629, où travaillèrent quatre jésuites latinistes — dont le poète polonais Mathias Sarbiewski —, apporta 952 corrections aux 98 hymnes, refondant selon la métrique classique les vers de Prudence, de saint Ambroise et de Venance Fortunat.[102] La réforme fut approuvée par la bulle Divinam psalmodiam (25 janvier 1631) et intégrée à l'édition du bréviaire de 1632.[103]
L'opération resta controversée. La tradition a résumé la critique par la formule « le bon latin est venu, la piété s'en est allée » — dicton dont l'attribution exacte reste incertaine, mais qui exprime un jugement répandu chez les liturgistes.[104] Plusieurs ordres anciens — dominicains, bénédictins, cisterciens, chartreux — refusèrent les hymnes corrigés et gardèrent les textes primitifs, que la liturgie romaine elle-même restaurera en 1985.[105]
Les missions : Propaganda Fide et le Collège urbain
Urbain VIII fit de la jeune Congrégation de la Propagande — fondée par Grégoire XV en 1622 — un instrument central de l'évangélisation mondiale. Il créa en 1627 le Collège urbain de Propaganda Fide (Collegium Urbanum), destiné à former les missionnaires envoyés dans les pays lointains, et dota la Congrégation d'une imprimerie polyglotte pour publier catéchismes et livres dans les langues des missions.[106][107] En 1633, il ouvrit la Chine et le Japon à tous les missionnaires, révoquant l'exclusivité que Grégoire XIII avait réservée aux jésuites en 1585.[108]
La bulle contre l'esclavage des Indiens (1639)
Dans le prolongement du Sublimis Deus de Paul III (1537), Urbain VIII éleva une protestation solennelle contre l'asservissement des Indiens d'Amérique. Par la bulle Commissum nobis du 22 avril 1639, il interdit strictement l'esclavage des indigènes du Paraguay, du Brésil et de toutes les Indes occidentales, sous peine d'excommunication pour quiconque réduirait en servitude, vendrait, achèterait ou échangerait ces populations.[109][110]
Le dispositif de la bulle, en traduction synthétique : défense absolue faite à toute personne de réduire en esclavage les Indiens occidentaux ou méridionaux, de les vendre, de les acheter, de les échanger, de les donner ou de les séparer de leurs femmes et de leurs enfants.[111]
Cette bulle protégeait notamment les réductions jésuites du Paraguay. L'honnêteté oblige à rappeler que la pratique romaine restait alors ambiguë — les galères pontificales employaient des esclaves non indiens —, mais l'acte n'en marque pas moins une étape de l'enseignement de l'Église contre la traite.[112]
L'interdiction du tabac dans les églises (1642)
On attribue enfin à Urbain VIII l'une des premières mesures pontificales contre le tabac. Par la lettre Cum ecclesiae du 30 janvier 1642, prise en réponse à des plaintes du diocèse de Séville, il aurait frappé d'excommunication quiconque priserait, mâcherait ou fumerait du tabac à l'intérieur des églises, par respect pour la sainteté du lieu.[113][114] La mesure visait la dignité du culte, non la santé ; elle prolongeait une préoccupation déjà attachée, par la mémoire populaire, au très bref pontificat d'Urbain VII (1590). En 1725, Benoît XIII, lui-même priseur, révoqua la peine d'excommunication pour l'usage du tabac à Saint-Pierre, tout en maintenant l'exigence d'écarter le tabac de l'autel et du tabernacle.[115]
L'affaire Galilée (1633)
Un pape d'abord ami de Galilée
Aucun épisode du pontificat n'est plus commenté que le procès de Galilée. Or, paradoxe, Urbain VIII avait d'abord été un admirateur du savant : cardinal, Maffeo Barberini avait composé en 1620 un poème latin en l'honneur de Galilée, et, devenu pape, il l'avait autorisé à exposer le système de Copernic — à la condition expresse de le présenter comme une hypothèse mathématique, non comme une vérité physique démontrée.[116] Le copernicanisme avait en effet été déclaré contraire à l'Écriture par un décret du Saint-Office de 1616.
Le Dialogo, Simplicio et la rupture
En 1632, Galilée publia à Florence son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, qui défendait ouvertement l'héliocentrisme. Le pape avait demandé que ses propres arguments y figurent ; Galilée les mit dans la bouche d'un personnage nommé Simplicio — « le simple », « le naïf » —, ce qu'Urbain VIII ressentit comme une offense personnelle.[117] La rupture du mécénat scella le sort du savant : l'affaire passa du débat scientifique au tribunal du Saint-Office.
Le procès et l'abjuration du 22 juin 1633
Convoqué à Rome, interrogé dès le 12 avril 1633, Galilée comparut devant l'Inquisition romaine. Une commission de cardinaux jugea que le Dialogue enseignait le copernicanisme comme physiquement vrai, en contravention avec l'injonction de 1616.[118] Le 22 juin 1633, au couvent de la Minerve, Galilée abjura ; déclaré « véhémentement suspect d'hérésie », il fut condamné à la résidence surveillée — à Arcetri, près de Florence — et à l'interdiction de publier. Il y mourut en 1642.
Ce que la condamnation engage — et ce qu'elle n'engage pas
L'épisode est trop souvent présenté comme une condamnation infaillible de la science par l'Église. La précision s'impose. La sentence de 1633 est un acte disciplinaire d'un tribunal — le Saint-Office —, non une définition dogmatique proclamée ex cathedra : Urbain VIII n'engagea pas son magistère infaillible, et l'Église n'a jamais érigé le géocentrisme en article de foi.[119] L'erreur des juges fut de transposer indûment une question de fait scientifique dans le domaine de la doctrine de la foi — ce qu'a reconnu solennellement Jean-Paul II en clôturant, le 31 octobre 1992, les travaux d'une commission instituée en 1981 :
« L'erreur des théologiens d'alors, quand ils soutenaient la centralité de la terre, fut de penser que notre connaissance de la structure du monde physique était, d'une certaine manière, imposée par le sens littéral de l'Écriture Sainte. […] En réalité, l'Écriture ne s'occupe pas des détails du monde physique, dont la connaissance est confiée à l'expérience et au raisonnement humains. » — Jean-Paul II, discours à l'Académie pontificale des sciences, 31 octobre 1992, § 12[120]
Loin de contredire la foi, l'affaire Galilée illustre la distinction des ordres que l'Église a toujours professée : l'Écriture enseigne le chemin du salut, non l'astronomie. Pour le fond scientifique et théologique du dossier, on se reportera aux articles spécialisés ; ce qui relève ici du pontificat d'Urbain VIII, c'est la décision de gouvernement — prudente sur le principe, mais durcie par une blessure d'amour-propre.
La guerre de Castro et la fin du pontificat
La guerre de Castro (1641-1644)
Le dernier acte du règne fut un désastre. À l'origine, une banale querelle d'étiquette entre les neveux Barberini et Odoardo Farnèse, duc de Parme et de Plaisance, seigneur du duché de Castro sur les terres pontificales.[121] Poussé par ses neveux, Urbain VIII bloqua les exportations de grain de Castro, privant le duc de ses revenus, puis s'empara de Castro le 13 octobre 1641 et excommunia Farnèse le 13 janvier 1642.[122][123]
Mais le duc trouva des alliés : Toscane, Modène et Venise se liguèrent contre le pape. L'armée pontificale, commandée par les Barberini, fut battue et l'aventure tourna court. La paix, signée à Ferrare le 31 mars 1644, fut une humiliation : Urbain VIII dut lever l'excommunication et restituer les places conquises.[124][125]
La dette et l'impopularité
Le coût fut ruineux, mais son montant exact reste une fourchette discutée entre historiens. Georg Lutz relève que les indications des contemporains vont d'un minimum de 5, 6 ou 7 millions d'écus — somme qui ne couvrirait que les dépenses de guerre de la Chambre apostolique à Rome — jusqu'à 12, 14 ou même 18 millions, chiffres qui engloberaient aussi les dévastations, destructions et pillages subis par les territoires pontificaux.[126] L'analyse détaillée des finances du règne se trouve chez Ludwig von Pastor (tomes XXVIII-XXX, pagination précise à compléter).[127] Ce qui est établi, c'est l'effet : la guerre de Castro, ajoutée au népotisme et aux fortifications, acheva d'écraser de dettes les États pontificaux — la dette consolidée des Monts caméraux passa d'environ 12 à 25-26 millions d'écus, et l'endettement total du Saint-Siège doubla, d'environ 18-19 à 36-40 millions entre 1623 et 1644.[128] Les Romains, accablés de taxes nouvelles pour payer les intérêts, vouèrent au pape une rancune tenace.
La mort du 29 juillet 1644
Miné par l'âge, par des attaques d'apoplexie et par le chagrin de Castro, Urbain VIII mourut au Quirinal le 29 juillet 1644, à soixante-seize ans.[129][130] L'annonce de sa mort fut accueillie par une liesse populaire : la foule romaine, exaspérée, s'en prit à son buste dressé au Capitole, qui fut mis à bas.[131] Rarement la distance fut aussi grande entre la gloire artistique d'un pontificat et l'impopularité de son terme.
Postérité d'Urbain VIII
Le jugement de l'histoire
L'historiographie peine encore à rendre un verdict équilibré. La Catholic Encyclopedia le reconnaît : la vie privée d'Urbain VIII fut irréprochable, et le bien de l'Église paraît avoir animé ses grands travaux — réforme de la canonisation, missions, condamnation du jansénisme, lutte contre l'esclavage des Indiens.[132] Mais le même bilan relève l'unique grand défaut qui ternit le règne : la dépense sans frein pour ses neveux, son armée et ses forteresses, tandis qu'il mesurait son aide à la cause catholique d'Allemagne.[133]
« On ne peut encore porter un jugement pleinement juste sur Urbain VIII : sa vie attend encore d'être écrite comme elle le mérite. » — d'après Michael Ott, Catholic Encyclopedia[134]
Ludwig von Pastor, dans les trois tomes qu'il lui consacre, conclut à une figure complexe : un pape cultivé, pieux, doué pour le gouvernement de l'Église, mais prisonnier de sa famille et d'une politique étrangère trop subtile pour les périls du temps.[135]
Les Barberini après Urbain VIII
La chute fut brutale. Son successeur, Innocent X (Pamphilj), ouvrit une enquête sur les fortunes amassées par les Barberini : les trois neveux durent fuir à Paris sous la protection du cardinal Mazarin, avant qu'une réconciliation ne permît leur retour à Rome vers 1653, scellée par un mariage entre les deux familles.[136] La Bibliothèque Barberini, l'un des plus beaux fonds de la Rome baroque, fut finalement acquise par la Bibliothèque vaticane sous Léon XIII en 1902 — ultime héritage, savant et pacifique, d'un pontificat trop longtemps jugé sur ses abeilles et ses dettes.[137]
Ainsi le règne d'Urbain VIII demeure-t-il emblématique des grandeurs et des servitudes de la papauté baroque : capable de fonder la procédure des saints et de couvrir Rome de chefs-d'œuvre, mais incapable de se déprendre du clan et de l'argent. Le pape humaniste qui aimait le beau latin et protégeait le Bernin laissa une Église administrativement renforcée, une Rome embellie, et un trésor vidé — contraste qui résume tout un siècle.
Pour aller plus loin
- Le pape Grégoire XV (1621-1623) — son prédécesseur, fondateur de la Congrégation de la Propagande et réformateur des conclaves.
- Le pape Innocent X (1644-1655) — son successeur, qui poursuivit les Barberini et condamna les cinq propositions jansénistes (1653).
- Le pape Urbain VII (1590) — l'autre pape récent du nom d'Urbain, à qui la mémoire populaire attribue la première interdiction de fumer dans les églises.
- Le pape Paul V (1605-1621) — le pape qui le créa cardinal et sous lequel s'ouvrit, en 1616, le premier dossier romain du copernicanisme.
- Le concile de Trente (1545-1563) — le concile de la Réforme catholique dont Urbain VIII applique et prolonge l'esprit (résidence des évêques, discipline des cultes, liturgie).
- Le pape Innocent XI (1676-1689) — le pape qui, un demi-siècle plus tard, entreprit d'abolir le népotisme pontifical.
Notes et références
Michael Ott, « Pope Urban VIII », The Catholic Encyclopedia, vol. XV, New York, Robert Appleton Company, 1912 (newadvent.org) : Maffeo Barberini né à Florence en avril 1568, fils d'Antonio Barberini et de Camilla Barbadori, père mort quand l'enfant avait trois ans ; éduqué au Collège romain des jésuites, docteur en droit de Pise (1589) ; gouverneur de Fano (1592), protonotaire apostolique, référendaire ; légat en France auprès d'Henri IV (1601), archevêque titulaire de Nazareth, nonce à Paris (1604) ; cardinal-prêtre le 11 septembre 1606 (titre de San Pietro in Montorio, échangé contre Sant'Onofrio le 5 septembre 1610) ; évêque de Spolète le 17 octobre 1608 ; légat de Bologne et préfet de la Signature de Justice (1617) ; conclave de 1623, 55 cardinaux entrés le 19 juillet, élu le 6 août 1623 avec 50 voix, couronné le 29 septembre 1623 ; népotisme (Francesco Barberini cardinal trois jours après le couronnement, bibliothécaire 1627, vice-chancelier 1632 ; Antonio le Jeune cardinal 1627, camerlingue 1638, commandant des troupes ; frère Antonio capucin cardinal 1628 ; Taddeo prince de Palestrina et préfet de Rome) ; politique de « père commun », traité de Monzón (5 mars 1626), succession de Mantoue, deux millions de francs aux catholiques d'Allemagne, refus d'excommunier Louis XIII, action de grâces à la mort de Gustave-Adolphe ; cession du duché d'Urbino (1626) ; fortifications (Fort Urbano à Castelfranco, manufacture d'armes à Tivoli, port militaire de Civitavecchia, Castel Sant'Angelo et Monte Cavallo), bronze du Panthéon pour le baldaquin, pasquinade « Quod non fecerunt Barbari, fecerunt Barberini » qualifiée de « well-known but unwarranted » ; canonisations d'Élisabeth de Portugal (25 mai 1625) et André Corsini (22 avril 1629), nombreuses béatifications ; décret du 30 octobre 1625 réservant la béatification au Saint-Siège ; bulle In eminenti du 6 mars 1642 contre l'Augustinus de Jansénius ; collège urbain de Propaganda Fide (1627), collège maronite (1625), ouverture de la Chine et du Japon à tous les missionnaires (1633), bulle du 22 avril 1639 contre l'esclavage des Indiens du Paraguay, du Brésil et des Indes occidentales ; commission de théologiens consultée deux fois sur la licéité du népotisme, tranchant en faveur des neveux ; guerre de Castro (prise de Castro le 13 octobre 1641, excommunication de Farnèse le 13 janvier 1642, paix humiliante le 31 mars 1644) ; mort le 29 juillet 1644 ; tombeau du Bernin à Saint-Pierre, face à celui de Paul III ; vie privée irréprochable, défaut unique d'avoir dilapidé l'argent pour ses neveux, l'armée et les fortifications.
1 6 11 15 19 22 27 34 36 38 39 41 43 45 47 57 59 60 61 65 66 67 69 71 73 74 78 80 88 90 95 98 99 106 108 109 123 125 130 132 133 134 137Georg Lutz, « Urbano VIII », Enciclopedia dei Papi, 3 vol., Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, 2000 (consultable sur treccani.it) : naissance le 5 avril 1568 à Florence, avant-dernier de six enfants d'Antonio Barberini et Camilla Barbadori, famille de marchands montée de Barberino Val d'Elsa ; tutelle de l'oncle Francesco Barberini ; études chez les jésuites puis droit à Pise, doctorat in utroque iure le 7 avril 1588 ; protonotaire (1593), gouverneur de Fano, clerc de la Chambre (1597) ; nonce en France (1605-1607) ; évêque de Spolète (1608) ; conclave de 1623 après dix-sept jours de scrutins, chaleur et fièvre, élu avec 50 voix sur 54, couronné le 29 septembre 1623, possession du Latran le 4 novembre ; politique anti-Habsbourg, succession de Mantoue en faveur de Charles de Nevers ; esclandre du cardinal Gaspar de Borja (8 mars 1632) accusant le pape d'être « corresponsabile della rovina del cattolicesimo in Germania » ; dévolution du duché d'Urbino à la mort de Francesco Maria II della Rovere en avril 1631 ; surnom de « papa gabella », jusqu'à 63 impôts de consommation ; baldaquin de Saint-Pierre achevé en 1633, consécration de la basilique le 18 novembre 1626, bronze des poutres du portique du Panthéon ; Tommaso Campanella libéré et consulté, bulle Inscrutabilis (1631) contre l'astrologie ; guerre de Castro : « Sui costi materiali dell'assurda guerra contrastano le molte indicazioni dei contemporanei, che spaziano da un minimo di 5, 6 o 7 milioni di scudi (probabilmente limitati alle spese di guerra sostenute dalla Camera apostolica solamente a Roma), fino a 12, 14 o persino 18 milioni » ; dette : Monts caméraux de 12 à 25-26 millions, endettement total doublé de 18-19 à 36-40 millions (1623-1644) ; mort le 29 juillet 1644 à 76 ans, des suites de « colpi apoplettici ». Citations italiennes d'origine conservées ici en note ; traductions françaises données dans le corps.
2 7 17 26 33 35 37 40 42 44 46 49 50 52 54 56 70 72 75 79 84 89 91 92 93 126 128 129« Pope Urban VIII », notice encyclopédique de référence en anglais (en.wikipedia.org) : Maffeo Barberini, pape du 6 août 1623 au 29 juillet 1644 ; dernier pape à étendre le territoire pontifical par la force ; consécration de Saint-Pierre le 18 novembre 1626 ; baldaquin du Bernin 1624-1633 ; estimation de Ranke de 105 millions d'écus amassés par les Barberini ; lettre Cum ecclesiae (1642) excommuniant l'usage du tabac dans les églises de Séville ; buste du pape au Capitole détruit par la foule à sa mort ; décret Sanctissimus Dominus Noster du 13 mars 1625 et décrets de canonisation. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Urban_VIII.
3 18 82 114 131Leopold von Ranke, Die römischen Päpste in den letzten vier Jahrhunderten (Histoire de la papauté pendant les seizième et dix-septième siècles), Berlin, 1834-1836 (nombreuses rééditions et traductions) : analyse classique de la papauté baroque, source du chiffre des 105 millions d'écus attribués à la famille Barberini sous Urbain VIII et de l'interprétation anti-Habsbourg de la diplomatie pontificale. Localisation exacte : trad. anglaise Sarah Austin, History of the Popes, vol. 2, chap. « Foundation of new families » (pontificat d'Urbain VIII), p. 809-810 : « It was affirmed, that in the course of this pontificate, the incredible sum of 105,000,000 of scudi passed into the hands of the Barberini », avec renvoi à l'Appendix No. III (« Conclave di Innocenzo X » : « It is computed […] that there have fallen to the Barberina family 105,000,000 scudi » — Ranke précise que la somme paraît incroyable mais se retrouve dans plusieurs manuscrits, dont celui des Foscarini à Vienne). Ranke rapporte donc une computation contemporaine sans la certifier : référence d'historiographie à manier comme thèse discutée, non comme chiffre établi.
4 29 63« Barberini family », notice encyclopédique (en.wikipedia.org) : famille de marchands florentins originaires de Barberino Val d'Elsa, armoiries à trois abeilles d'or ; ascension par l'élection de Maffeo Barberini comme Urbain VIII (1623) ; Francesco Barberini cardinal-neveu et secrétaire d'État, fondateur de la Bibliothèque Barberini et du Palazzo Barberini ; Antonio le Jeune cardinal et chef militaire ; Taddeo gonfalonier de l'Église, préfet de Rome et commandant de Castel Sant'Angelo ; estimation de Ranke de 105 millions d'écus ; sous Innocent X, enquête contre les Barberini, fuite des neveux à Paris sous la protection de Mazarin, retour vers 1653 scellé par un mariage avec la famille Pamphilj. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Barberini_family.
5 20 58 62 64 87 136« Gaspar de Borja y Velasco », notice encyclopédique (en.wikipedia.org), recoupée par Georg Lutz, Enciclopedia dei Papi (Treccani) : cardinal espagnol, porte-parole de Philippe IV à Rome ; lors du consistoire du 8 mars 1632, accusa publiquement Urbain VIII de manquer à la défense du catholicisme en Allemagne face aux Suédois ; la faction espagnole fit planer la menace d'une déposition ; Urbain VIII éloigna ensuite Borgia de Rome. Citation italienne d'origine (Treccani) : « corresponsabile […] della rovina del cattolicesimo in Germania ».
8 76 77« Galileo affair », dossier de référence sur le procès de Galilée (en.wikipedia.org), recoupé par EWTN, « The Galileo Affair » : Maffeo Barberini, alors cardinal, composa en 1620 un poème en l'honneur de Galilée ; devenu Urbain VIII, il l'autorisa à exposer le copernicanisme comme hypothèse ; le Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo (Florence, 1632) plaça les arguments du pape dans la bouche du personnage Simplicio ; interrogatoire de Galilée dès le 12 avril 1633, conclusion d'une commission de cardinaux le 17 avril ; abjuration le 22 juin 1633 au couvent de la Minerve, déclaration de « véhémente suspicion d'hérésie », résidence surveillée à Arcetri ; la condamnation fut un acte disciplinaire du Saint-Office, non une définition dogmatique ex cathedra.
9 23 116 117 118 119« Wars of Castro », notice encyclopédique sur les guerres de Castro (en.wikipedia.org) : origine dans une querelle d'étiquette (1639) entre les Barberini et Odoardo Farnèse, duc de Parme et seigneur de Castro ; blocus du grain de Castro ; prise de Castro le 13 octobre 1641 ; excommunication de Farnèse le 13 janvier 1642 ; coalition de la Toscane, de Modène et de Venise ; défaite pontificale ; paix signée à Ferrare le 31 mars 1644 (levée de l'excommunication, restitution des places) ; coût estimé à plusieurs millions d'écus, alourdissant la dette pontificale ; humiliation qui contribua à la mort du pape. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Wars_of_Castro.
10 16 24 121 122 124Urbain VIII, décrets du Saint-Office et lettre apostolique Caelestis Hierusalem cives (5 juillet 1634) ; décret Sanctissimus Dominus Noster (13 mars 1625) ; décret du 30 octobre 1625 réservant la béatification au Saint-Siège ; Decreta servanda in canonizatione et beatificatione Sanctorum (12 mars 1642, Rome, Ex typographia Rev. Cam. Apost., 63 p.). Ces textes fondent la procédure moderne de béatification et de canonisation (réserve exclusive au Siège apostolique, instruction par la Congrégation des Rites, règle du non-cultus, exception pour les cultes immémoriaux ou de plus de cent ans), en vigueur jusqu'à la réforme de Jean-Paul II (Divinus perfectionis Magister, 1983). Voir « Equivalent canonization » et l'étude de Dialnet « De la Const. Immensa Aeterni Dei (1588) al breve Caelestis Hierusalem Cives (1634) ».
12 31 94 96 97Urbain VIII, bulle Commissum nobis du 22 avril 1639 : interdit, sous peine d'excommunication, de réduire en esclavage, de vendre, d'acheter, d'échanger, de donner ou de séparer de leurs familles les Indiens du Paraguay, du Brésil et de toutes les Indes occidentales ; s'inscrit dans la ligne du Sublimis Deus de Paul III (1537) et protège les réductions jésuites. Le résumé français donné dans le corps est une traduction synthétique du dispositif de la bulle ; le texte latin exact du Bullarium n'étant pas directement accessible, aucune citation textuelle n'est donnée. Sources : Catholic Encyclopedia, « Pope Urban VIII » (newadvent.org) ; Church Life Journal (University of Notre Dame).
13 32 110 111 112Réforme des hymnes du bréviaire romain sous Urbain VIII : commission de 1629 réunissant quatre jésuites latinistes (Famiano Strada, Tarquinio Galluzzi, Girolamo Petrucci et le poète polonais Maciej Sarbiewski) ; 952 corrections apportées aux 98 hymnes, 81 hymnes modifiés ; approbation par la Congrégation des Rites le 29 mars 1629, bulle Divinam psalmodiam du 25 janvier 1631, intégration dans l'édition du bréviaire romain de 1632. Plusieurs ordres (dominicains, bénédictins, cisterciens, chartreux) conservèrent les hymnes anciens ; la Liturgia Horarum de 1985 les a restaurés. La formule « accessit latinitas, recessit pietas » est un dicton de tradition dont l'attribution exacte n'est pas établie. Sources : EWTN, « Urban VIII and the Revision of the Latin Hymnal » ; New Liturgical Movement, « 1629: The Hymns of Urban VIII ».
14 102 103 104 105Bulle Romanum decet Pontificem d'Innocent XII (Antonio Pignatelli, 1691-1700), 22 juin 1692 : suppression de l'office de cardinal-neveu, un seul parent du pape admis à la pourpre, plafonnement des revenus des parents du pontife, serment des cardinaux d'observer le décret. Innocent XI (1676-1689) avait préparé une réforme du népotisme restée sans effet face à la résistance du Sacré Collège ; c'est Innocent XII qui la promulgua. Sources : Oxford Reference, « Innocent XII » (« decreeing (Romanum decet pontificem: 22 June 1692) ») ; Encyclopedia.com, « Innocent XII, Pope » (« By the Romanum decet pontificem (June 22, 1692) he forbade nepotism ») ; article Ignispedia « Pape Innocent XII », section Romanum decet Pontificem (22 juin 1692).
21 68Le mécénat du Bernin sous Urbain VIII : voir « Gian Lorenzo Bernini — Patronage of Urban VIII », Encyclopædia Britannica (britannica.com) : Urbain VIII fit du Bernin l'artiste de son pontificat ; baldaquin de Saint-Pierre (1624-1633), tombeau d'Urbain VIII (commandé en 1627, achevé en 1647, face à celui de Paul III), tombeau de la comtesse Mathilde, Palazzo Barberini (avec Maderno puis Borromini), fontaine du Triton (1642-1643). La parole d'Urbain VIII au jeune Bernin (« je t'ai donné le pape de ton temps ») est rapportée par la tradition biographique (Filippo Baldinucci, Domenico Bernini) et citée comme telle.
25 81 83 85 86Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, trad. Ernest Graf, Londres / St. Louis, Herder, t. XXVIII-XXX (volumes consacrés à Urbain VIII, éd. anglaise 1929-1938) : exposé le plus complet en langue moderne du pontificat d'Urbain VIII, fondé sur les archives vaticanes et les correspondances diplomatiques ; analyse détaillée des finances, des guerres et de la politique du règne. Volumes cités globalement, vérification page à faire : chaque fait appuyé sur Pastor devra être rattaché à ses pages et chapitres exacts lors d'une prochaine passe.
28 127 135« 1623 papal conclave », notice encyclopédique d'après les relations contemporaines du conclave (en.wikipedia.org) : conclave réuni du 19 juillet au 6 août 1623 après la mort de Grégoire XV (8 juillet 1623) ; 54 cardinaux participants ; chaleur estivale et fièvre infectieuse ; Maffeo Barberini élu le 6 août 1623 ; le nouveau pape survécut bien qu'ayant contracté la malaria pendant le conclave ; huit cardinaux moururent dans les deux semaines suivant l'élection. Texte anglais : « the new pope survived despite catching malaria during the conclave. Following the election, eight cardinals died within two weeks. » Indications à manier avec prudence : Georg Lutz (Enciclopedia dei Papi, Treccani) atteste la chaleur et la « febbre infettiva » parmi les conclavistes, mais ne reprend ni les huit morts ni la malaria du pape — chiffres non établis par la synthèse savante.
30 48 51 53 55Urbain VIII, bulle In eminenti Ecclesiae militantis (datée du 6 mars 1642, promulguée en 1643) : condamne l'Augustinus de Cornelius Jansenius, évêque d'Ypres (mort en 1638), publié à titre posthume à Louvain en 1640. La bulle reproche surtout à l'ouvrage d'avoir enfreint l'interdiction de publier sur la grâce sans autorisation et d'avoir réédité des propositions de Baïus déjà condamnées ; la condamnation doctrinale des cinq propositions interviendra sous Innocent X (Cum occasione, 1653). Date de promulgation contestée (souvent donnée à 1643) à signaler. Source : Catholic Encyclopedia, « Pope Urban VIII » et « Jansenius and Jansenism » (newadvent.org).
100 101La Congrégation de Propaganda Fide et le Collège urbain : la Congrégation de Propaganda Fide fut fondée par Grégoire XV en 1622 (bulle Inscrutabili Divinae Providentiae) ; Urbain VIII fonda en 1627 le Collegium Urbanum de Propaganda Fide pour la formation des missionnaires, et dota la Congrégation d'une imprimerie polyglotte pour publier dans les langues des missions. Source : Catholic Encyclopedia, « Pope Urban VIII » et « Urban College » (newadvent.org).
107Urbain VIII, lettre Cum ecclesiae du 30 janvier 1642 : attribution traditionnelle, rapportée par les sources secondaires — le texte n'a pas été vérifié sur le Bullarium ni sur une édition typique des actes. Selon ces sources, la lettre, prise en réponse à des plaintes du diocèse de Séville, frappe d'excommunication latae sententiae quiconque prise, mâche ou fume du tabac à l'intérieur des églises, par respect pour la sainteté du lieu (et non pour des motifs de santé). Sur Benoît XIII : en 1725, lui-même priseur, il révoqua la peine d'excommunication pour Saint-Pierre tout en maintenant l'écart du tabac de l'autel et du tabernacle — et non une levée pure et simple de toute interdiction. Sources : « Pope Urban VIII » (en.wikipedia.org) ; Catholic World Report, « A History of Catholicism and Tobacco » (2017).
113 115Jean-Paul II, « Aux participants à la session plénière de l'Académie pontificale des sciences », 31 octobre 1992, § 12 (texte français officiel sur vatican.va) : la citation du corps est le verbatim du § 12 — « L'erreur des théologiens d'alors, quand ils soutenaient la centralité de la terre... », avec le mot de Baronius (« Spiritui Sancto mentem fuisse nos docere quomodo ad coelum eatur, non quomodo coelum gradiatur ») entre les deux phrases.
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