Innocent XI (Innocentius XI), né Benedetto Odescalchi à Côme le 16 mai 1611 et mort à Rome le 12 août 1689, fut pape pendant près de treize ans, du 21 septembre 1676 à sa mort.[1][2][3] Ancien banquier lombard devenu juriste, cardinal puis évêque, il passe pour l'un des plus grands papes réformateurs de l'âge baroque et reste, dans la mémoire chrétienne, le « sauveur de Vienne » et de l'Europe menacée par les Ottomans en 1683.[4][5]
Son pontificat tient en trois dossiers indissociables. D'abord une réforme intérieure d'une rigueur exceptionnelle : à peine élu, Odescalchi réduit les dépenses de la curie, transforme un déficit annuel de 170 000 écus en excédent, mène une guerre déclarée au népotisme — il refuse à son neveu Livio la pourpre et les grandes charges — et assainit les mœurs de Rome.[6][7] Ensuite un long affrontement avec Louis XIV : querelle de la régale, annulation des Quatre Articles gallicans de 1682 (rescrit du 11 avril 1682), dizaines d'évêchés laissés vacants, affaire des franchises diplomatiques et de l'ambassadeur Lavardin, saisie d'Avignon par la France et menace de schisme.[8][9][10] Enfin la Sainte Ligue : c'est Innocent XI qui finance et soude la coalition qui sauve Vienne (12 septembre 1683), grâce au roi de Pologne Jean III Sobieski et à l'empereur Léopold Iᵉʳ.[11][12]
À ces grands actes politiques s'ajoutent des décisions doctrinales majeures, traitées ici du point de vue du gouvernement de l'Église : la condamnation de soixante-cinq propositions laxistes de théologie morale (1679), la promotion de la communion fréquente contre le rigorisme janséniste, et la condamnation du quiétisme de Miguel de Molinos par la constitution Coelestis Pastor (1687).[13][14][15] Sa vie privée d'une austérité de moine, son désintéressement et sa fermeté lui valurent une réputation de sainteté dès son vivant : sa cause, longtemps bloquée par l'influence française et le soupçon de jansénisme, aboutit à sa béatification par le vénérable Pie XII le 7 octobre 1956.[16]
Pourquoi le pape Innocent XI compte-t-il ?
Le pape de l'austérité et de la fin du népotisme
Le premier intérêt d'Innocent XI est moral et institutionnel. Là où Urbain VIII avait porté le népotisme à son sommet et laissé les États pontificaux écrasés de dettes, Odescalchi incarne le mouvement inverse : un pape qui vit en moine, mange seul d'un plat unique, porte la même soutane rapiécée, et refuse d'enrichir sa famille.[17][18] Il prépara même, entre 1677 et 1686, une bulle d'abolition du népotisme, finalement bloquée par les objections du Sacré Collège — projet que reprendra son successeur lointain Innocent XII avec la bulle Romanum decet Pontificem (1692).[19] Étudier son règne, c'est observer la conscience chrétienne corriger un abus séculaire au cœur même de la papauté.
Le pape qui sauva Vienne et l'Europe chrétienne (1683)
Le deuxième intérêt est historique et européen. En 1683, l'Empire ottoman assiège Vienne : si la ville tombe, la route de l'Europe centrale est ouverte. C'est Innocent XI qui, par sa diplomatie et son argent, noue la coalition décisive et finance l'armée de secours.[20][21] La victoire du 12 septembre 1683, puis la Sainte Ligue de 1684 et la reconquête de la Hongrie, refoulent durablement la puissance turque. Aucun autre pape du XVIIᵉ siècle n'a pesé aussi directement sur le destin militaire du continent : c'est pourquoi la mémoire collective en a fait le « sauveur de la chrétienté ».[22]
Le pape du grand affrontement avec Louis XIV
Le troisième intérêt est ecclésiologique. Le pontificat d'Innocent XI est le théâtre du plus grave conflit entre Rome et la monarchie française depuis la Réforme : régale, gallicanisme déclaré en articles, refus pontifical d'investir les évêques nommés par le roi, affaire des franchises, saisie d'Avignon.[23][24][25] Le pape oppose au Roi-Soleil une fermeté tranquille et inflexible, au prix de dizaines de diocèses laissés sans pasteur. Ce bras de fer, dont l'enjeu de fond — les libertés de l'Église gallicane — relève d'un article dédié, ne se comprend que du point de vue du gouvernement pontifical : c'est l'angle retenu ici.[26]
Les sources principales
La documentation sur Innocent XI est abondante et de premier ordre, car son pontificat a laissé une correspondance diplomatique considérable, exploitée par les grands historiens de la papauté. La synthèse savante de référence reste l'ample notice de l'Enciclopedia dei Papi (Treccani, 2000), qui reconstitue la carrière et le règne à partir des dépêches des nonciatures, des actes curiaux et des archives romaines.[27] Pour le récit d'ensemble en français et en anglais, l'article de la Catholic Encyclopedia (1910) demeure précis, prudent et fiable, et sert de base à la plupart des notices postérieures.[28]
L'étude la plus complète est l'œuvre de Ludwig von Pastor, dont l'Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge consacre à Innocent XI les tomes XXXI et XXXII (édition anglaise de Londres, 1938-1940) : c'est là que se trouve l'analyse détaillée des finances, de la querelle gallicane et de la guerre contre les Turcs.[29] Sur le conflit avec la France, l'historien Bruno Neveu a renouvelé l'étude des rapports entre Innocent XI, le jansénisme et la cour de Versailles à partir des sources diplomatiques romaines.[30]
Sur les points particuliers, on dispose enfin de sources spécialisées sûres : les actes du conclave de 1676, les textes pontificaux eux-mêmes (Sanctissimus Dominus Noster sur le laxisme, Coelestis Pastor contre le quiétisme), les dossiers de la bataille de Vienne et de la Sainte Ligue, ainsi que la documentation de la cause de béatification ouverte au XVIIIᵉ siècle et conclue en 1956. On distingue avec soin la lettre certaine des actes et la légende édifiante ou polémique transmise par les chroniqueurs, les pamphlets gallicans et, plus récemment, par un roman à thèse.[31]
Benedetto Odescalchi, du négoce de Côme à la pourpre
Une famille de banquiers lombards
Benedetto Odescalchi naît à Côme, en Lombardie alors sous domination espagnole, le 16 mai 1611, dans une famille de marchands et de banquiers prospères.[32][33] Son père, Livio Odescalchi, meurt en 1626 ; sa mère, Paola Castelli Giovanelli, succombe à la peste en 1630, fléau qui ravage alors le Milanais.[34] Le jeune Benedetto entre dans l'entreprise familiale de banque, fondée à Gênes et bientôt dotée de comptoirs dans les grandes places d'Europe : il y acquiert le sens des chiffres, la rigueur de gestion et l'horreur du gaspillage qui marqueront tout son pontificat.[35]
Ce milieu marchand explique une partie de l'homme : Odescalchi n'est ni un grand seigneur romain ni un prélat de cour, mais un homme d'affaires devenu homme d'Église, formé à compter, à prévoir et à se défier de la dépense. C'est ce banquier lombard qui, devenu pape, équilibrera le budget de Rome et financera la guerre de Vienne.
Le juriste formé chez les jésuites
La formation de Benedetto est d'abord juridique. Élève des jésuites à Côme, il achève ses études de droit à Rome puis à Naples, où il obtient le doctorat in utroque iure — droit civil et canonique.[36][37] De cette formation, il tire la compétence canonique qui guidera ses grands actes de gouvernement et un goût de la procédure qui le rendra méticuleux dans les affaires de l'Église.
Loin d'embrasser la carrière par ambition, le jeune homme, d'une piété sérieuse, hésite longtemps sur sa vocation avant d'entrer au service de la curie romaine, où ses qualités d'administrateur sont vite remarquées.
Le « père des pauvres » : Ferrare et Novare
Le cursus honorum d'Odescalchi est celui d'un grand serviteur de l'Église. Sous Urbain VIII, il est successivement protonotaire apostolique, président de la Chambre apostolique, commissaire d'Ancône, gouverneur de Macerata et de la Marche (Picenum).[38] Innocent X le crée cardinal-diacre des Santi Cosma e Damiano le 6 mars 1645, puis cardinal-prêtre de Sant'Onofrio.[39][40]
Envoyé comme légat à Ferrare lors d'une famine terrible, il y déploie une charité si active que le pape le présente aux Ferrarais par ces mots devenus célèbres :
« Nous vous envoyons le père des pauvres. » — formule du pape présentant le cardinal Odescalchi aux Ferrarais (« Mittimus patrem pauperum »)[41]
Nommé évêque de Novare en 1650, il consacre tous les revenus de son diocèse aux pauvres et aux malades, avant de résigner sa charge en 1656 en faveur de son frère Giulio, sa santé fragile ne lui permettant plus de résider.[42][43] Dès cette époque, sa réputation de désintéressement et de sainteté est établie dans toute l'Italie du Nord.
Le cardinal et les conclaves
Devenu cardinal influent, Odescalchi participe aux conclaves du milieu du siècle. À la mort de Clément IX (1669), son nom s'impose comme favori : mais la France y oppose son exclusive (le veto royal), car on le sait peu disposé à servir les intérêts de Versailles.[44][45] Il faudra attendre la mort de Clément X, en juillet 1676, pour que la voie s'ouvre enfin.
Le conclave de 1676 et le veto manqué de Louis XIV
Le veto français de 1670
Le droit d'exclusive permettait aux grandes couronnes catholiques — France, Espagne, Empire — d'écarter, avant l'élection, un cardinal qui leur déplaisait. En 1670, Louis XIV avait usé de ce droit contre Odescalchi, jugé trop indépendant et trop proche de l'esprit de réforme.[46] L'épisode dit assez ce que la cour de France redoutait : un pape incorruptible, insensible aux pressions et résolu à défendre les droits du Saint-Siège.
L'élection unanime du 21 septembre 1676
À l'ouverture du conclave de 1676, la candidature d'Odescalchi est si forte que Louis XIV, cette fois, renonce à son veto et invite à contrecœur les cardinaux du parti français à se rallier.[47][48] Avant d'accepter, le candidat pose ses conditions : il fait signer aux cardinaux un projet de réforme de l'administration pontificale, marquant d'emblée le sens de son règne.[49] Il est élu à l'unanimité le 21 septembre 1676 et prend le nom d'Innocent XI, en mémoire d'Innocent X qui l'avait fait cardinal ; il est couronné le 4 octobre 1676.[50][51]
« Aussitôt après son élévation, il tourna tous ses efforts vers la réduction des dépenses de la curie et porta de strictes ordonnances contre le népotisme parmi les cardinaux. » — d'après la Catholic Encyclopedia[52]
Un pape réformateur : austérité, finances, mœurs
L'assainissement des finances pontificales
Le banquier de Côme retrouve à Rome un trésor en déficit : environ 170 000 écus de découvert annuel.[53][54] Innocent XI applique alors la méthode marchande : compression des dépenses, suppression des charges inutiles, fin des libéralités fastueuses, contrôle rigoureux des comptes. En quelques années, le déficit se mue en excédent — exploit dont aucun de ses prédécesseurs baroques n'avait été capable.[55] Cet argent économisé n'est pas thésaurisé pour le luxe : il servira à financer la guerre contre les Turcs.
La guerre au népotisme
L'austérité d'Innocent XI vise d'abord sa propre famille. Pressé de toutes parts d'appeler à Rome son unique neveu, Livio Odescalchi, et de lui donner la pourpre, le pape refuse obstinément de faire de lui un cardinal.[56] Il lui concède une partie de sa fortune personnelle et un titre, mais lui ferme l'accès aux grandes charges ecclésiastiques. Plus encore, il entreprend dès mai 1677 la rédaction d'une bulle solennelle destinée à abolir le népotisme pour toujours.
Le projet, mûri jusqu'en 1686, se heurte aux objections du Sacré Collège, qui en conteste l'opportunité et la praticabilité ; la bulle ne sera jamais promulguée.[57] L'idée, pourtant, ne mourra pas : Innocent XII la reprendra en 1692 avec la bulle Romanum decet Pontificem, qui interdit définitivement l'enrichissement des parents du pape. Innocent XI en demeure le véritable initiateur.
La réforme des mœurs romaines
Le pape étend sa rigueur à la vie publique de Rome. Il ferme les maisons de jeu et les théâtres jugés licencieux, réforme les monastères, édicte des règles de modestie dans la tenue des dames romaines, et veille à la dignité du clergé.[58][59] Cette austérité parfois jugée excessive par les contemporains procède d'une conviction spirituelle : la réforme de l'Église commence par l'exemple et la conversion des mœurs, non par les seuls décrets.
Les grands actes doctrinaux du pontificat
La condamnation du laxisme moral (1679)
Le grand débat de théologie morale du XVIIᵉ siècle oppose les tenants d'un probabilisme parfois relâché — où l'on peut suivre une opinion « probable » même peu sûre — à ceux d'une morale plus exigeante. Innocent XI, défavorable au laxisme, fait condamner soixante-cinq propositions par le décret Sanctissimus Dominus Noster du 2 mars 1679.[60] Parmi elles, des thèses autorisant la restriction mentale trompeuse, des excuses commodes au mensonge, ou des opinions trop indulgentes en matière grave.
L'acte est d'une grande portée : il assainit l'enseignement moral des collèges et des confesseurs, sans pour autant trancher la querelle d'école entre jésuites et dominicains. La condamnation symétrique des propositions rigoristes, elle, viendra après sa mort, sous son successeur Alexandre VIII (décret du Saint-Office du 7 décembre 1690).[61]
La promotion de la communion fréquente
Contre le rigorisme janséniste — qui, à la suite du De la fréquente communion d'Antoine Arnauld (1643), éloignait les fidèles de l'autel sous prétexte d'indignité — Innocent XI publie le décret du 12 février 1679 encourageant la communion fréquente, voire quotidienne, pour tous les états de vie.[62] C'est un jalon décisif de la pastorale eucharistique : deux siècles avant les décrets de saint Pie X, le pape affirme que l'Eucharistie est un remède offert au peuple chrétien, non une récompense réservée aux parfaits.
La condamnation du quiétisme et de Molinos (1687)
Le quiétisme du prêtre espagnol Miguel de Molinos, exposé dans sa Guide spirituelle (1675), prônait une passivité absolue de l'âme : abandon si total qu'il dispensait de l'effort, des actes de vertu et de la résistance à la tentation, au risque de justifier le péché sous couvert d'« indifférence ».[63] D'abord en faveur à Rome, Molinos est finalement déféré au Saint-Office. Innocent XI fait condamner soixante-huit propositions par un décret du 28 août 1687, puis par la constitution Coelestis Pastor du 20 novembre 1687.[64]
« Ce ne sont pas tant les paroles de Molinos qui sont condamnées que la fausse paix qu'elles promettent à l'âme dispensée de combattre. » — synthèse doctrinale d'après la constitution Coelestis Pastor (1687)[65]
Molinos abjure et finit ses jours en prison. La condamnation protège la vie intérieure authentique : l'abandon chrétien n'est jamais une démission, mais une collaboration active à la grâce — distinction que développera, contre les dérives quiétistes ultérieures, tout le débat français autour de Fénelon.
Le long bras de fer avec Louis XIV
La querelle de la régale
La régale est le droit que s'arrogeait le roi de France de percevoir les revenus d'un évêché vacant et d'y nommer aux bénéfices. En 1673, Louis XIV étend ce droit à toutes les provinces du royaume, y compris celles qui en étaient exemptes.[66] Deux évêques, Pavillon d'Alet et Caulet de Pamiers, résistent. Innocent XI prend leur défense et rappelle au roi que le deuxième concile de Lyon (1274) avait interdit pareille extension sous peine d'excommunication.[67] Le conflit, d'abord juridique, devient une épreuve de force entre le Saint-Siège et le plus puissant souverain catholique.
Les quatre articles gallicans de 1682
Pour répondre au pape, Louis XIV convoque une Assemblée extraordinaire du clergé de France, qui adopte le 19 mars 1682 la fameuse Déclaration du clergé de France, ou Quatre Articles gallicans, rédigés sous l'inspiration de Bossuet.[68] Ces articles affirment l'indépendance du roi dans le temporel, la supériorité du concile sur le pape, le respect des coutumes de l'Église gallicane, et le caractère non irréformable des jugements pontificaux sans le consentement de l'Église.
Innocent XI réagit par un rescrit du 11 avril 1682 qui annule les Quatre Articles.[69] Mais il choisit une arme plus redoutable encore : le refus de coopérer aux nominations.
Les évêchés laissés vacants
Le pape refuse les bulles d'institution canonique à tous les évêques nommés par Louis XIV qui avaient participé à l'assemblée de 1682.[70] La conséquence est spectaculaire : faute d'investiture pontificale, les évêques nommés ne peuvent gouverner leur diocèse. À la fin du règne, une trentaine de sièges français demeurent sans pasteur légitime — paralysie que ni le roi ni le pape ne cèdent à rompre. Même après que Louis XIV eut révoqué l'édit de Nantes (1685) pour plaire à Rome, Innocent XI maintint son refus : la défense des droits de l'Église ne se monnayait pas.[71][72]
L'affaire des franchises et l'ambassadeur Lavardin (1687)
Au conflit gallican s'ajoute la querelle des franchises (ou droit de quartier). Les ambassadeurs étrangers à Rome prétendaient étendre l'immunité diplomatique à tout le quartier de leur palais, qui devenait un refuge pour les malfaiteurs.[73] Décidé à rétablir l'ordre, Innocent XI abolit ces franchises par un décret du 7 mai 1685 et exige des nouveaux ambassadeurs qu'ils y renoncent.
Louis XIV refuse. Il envoie à Rome comme nouvel ambassadeur le marquis de Lavardin, qui entre dans la ville en novembre 1687 à la tête d'une suite nombreuse en armes et occupe par la force le palais Farnèse.[74] Le pape le traite en excommunié et, lorsque Lavardin assiste à la messe de Noël, frappe d'interdit l'église nationale française Saint-Louis-des-Français (24 décembre 1687).[75]
Avignon, le nonce et la menace de schisme
La rupture s'aggrave avec la succession de l'électorat de Cologne (1688), où le pape écarte le candidat soutenu par la France au profit de celui de l'empereur.[76] Furieux, Louis XIV fait saisir Avignon et le Comtat Venaissin, territoires pontificaux, retient à Paris le nonce Ranuzzi comme prisonnier virtuel et menace de réunir un concile général pour séparer l'Église de France de Rome.[77][78] Le schisme semble proche. Innocent XI ne plie pas : il meurt sans avoir cédé, laissant à ses successeurs le soin de dénouer une crise que seule la mort de plusieurs des protagonistes apaisera.
Le sauveur de Vienne et de la chrétienté (1683)
La menace ottomane et la Sainte Ligue
Pendant que se durcit le conflit français, une menace mortelle monte à l'est. En 1683, le grand vizir Kara Mustafa lance contre l'Autriche une immense armée ottomane qui vient assiéger Vienne, clef de l'Europe centrale.[79] Innocent XI comprend l'enjeu : il multiplie les appels aux princes chrétiens, tente en vain de rallier Louis XIV, puis se tourne vers la Pologne et l'Empire.[80]
Surtout, le pape paie. La Chambre apostolique verse des subsides considérables à la Pologne et à l'Empire pour équiper les armées de secours.[81][82] Sans cet or pontifical, la coalition n'aurait pas vu le jour.
Le siège de Vienne et Jean III Sobieski
Le 12 septembre 1683, après deux mois de siège, l'armée de secours fond sur les Turcs depuis les hauteurs du Kahlenberg. À sa tête, le roi de Pologne Jean III Sobieski conduit la plus grande charge de cavalerie de l'histoire et écrase l'armée de Kara Mustafa.[83] Vienne est sauvée ; l'Europe respire. Au pape qui l'avait financé et béni, Sobieski annonce la victoire dans une lettre restée célèbre :
« Nous sommes venus, nous avons vu, Dieu a vaincu. » — Jean III Sobieski au pape Innocent XI, dans sa lettre écrite après la victoire (« Venimus, vidimus, Deus vicit »)[84]
Marco d'Aviano et le Saint Nom de Marie
L'âme spirituelle de la croisade est le capucin Marco d'Aviano, que le pape avait nommé aumônier de l'armée chrétienne et qui exhorta les soldats par la récitation du Rosaire.[85] Pour rendre grâce de la victoire, Innocent XI étend à toute l'Église la fête du Saint Nom de Marie, jusque-là célébrée seulement en Espagne et à Naples — fête assignée au dimanche qui suit la Nativité de Marie (décret du 25 novembre 1683 ; ce dimanche tombait cette année-là le 12 septembre, jour anniversaire de la victoire — la fête est aujourd'hui fixée au 12 septembre).[86]
La reconquête de la Hongrie
La victoire de 1683 n'est qu'un début. Innocent XI scelle en 1684 la Sainte Ligue unissant le Saint-Siège, l'Empire, la Pologne et Venise, bientôt rejoints par la Russie.[87] La contre-offensive chrétienne reprend la Hongrie : Buda est libérée en 1686, Belgrade en 1688. Le reflux ottoman, amorcé sous Vienne, ne s'arrêtera plus. La Hongrie reconnaissante salua longtemps en Innocent XI son « sauveur » — sa fête y est célébrée le 13 août.[88]
La fin du règne et la mort (1689)
Jacques II, Guillaume d'Orange et l'Angleterre
En Angleterre, le roi catholique Jacques II tente de restaurer le catholicisme par des moyens maladroits. Innocent XI, qui envoie pourtant à Londres un nonce — le premier depuis plus d'un siècle, Ferdinando d'Adda — désapprouve la précipitation du roi et refuse de faire cardinal son favori.[89] Lié à Louis XIV, Jacques II inspire au pape moins de sympathie que son rival protestant Guillaume d'Orange, ennemi de la France.[90] Lorsque la Glorieuse Révolution (1688) renverse Jacques II au profit de Guillaume, le paradoxe d'un pape favorable, par realpolitik anti-française, à un prince protestant nourrira plus tard une controverse historiographique (voir plus bas).[91]
La mort du 12 août 1689
Miné depuis 1682 par la maladie de la pierre et par les épreuves de son règne, Innocent XI s'éteint à Rome le 12 août 1689, à soixante-dix-huit ans.[92] (La Catholic Encyclopedia date sa mort du 11 août ; les sources modernes retiennent le 12 août, veille de l'octave où l'Église célèbre désormais sa mémoire.)[93][94] Son corps repose dans la basilique Saint-Pierre, sous un tombeau sculpté par Pierre-Étienne Monnot et commandé par son neveu Livio : le bas-relief y représente, comme un emblème de tout le règne, la libération de Vienne.[95]
La cause de béatification
Une cause bloquée par la France et le soupçon de jansénisme
La réputation de sainteté d'Innocent XI était telle que sa cause fut introduite dès le début du XVIIIᵉ siècle : ouverte sous Clément XI le 23 juin 1714, elle lui valut le titre de Serviteur de Dieu.[96] Mais elle se heurta vite à deux obstacles : l'hostilité persistante de la France, qui n'avait pas pardonné la querelle gallicane, et l'accusation de jansénisme — le pape ayant traité les jansénistes avec indulgence sans jamais épouser leurs erreurs.[97][98] En 1744, Benoît XIV suspendit la cause.
La béatification par Pie XII (1956)
La cause fut reprise au XXᵉ siècle. Les écrits d'Innocent XI furent approuvés en 1945, il fut déclaré vénérable le 15 novembre 1955, et le vénérable Pie XII le béatifia le 7 octobre 1956, en la fête de Notre-Dame du Rosaire — date hautement symbolique, qui rattache le sauveur de Vienne à la victoire de Lépante (1571) elle aussi placée sous le Rosaire.[99] Sa fête liturgique fut fixée au 12 août.
La canonisation suspendue et la controverse d'« Imprimatur »
Une canonisation fut un temps envisagée, notamment dans le climat de l'après-2001, qui mettait en valeur l'opposant aux Ottomans. Elle fut suspendue après la parution, en 2002, du roman à thèse Imprimatur de Rita Monaldi et Francesco Sorti, qui prétendait, sur la foi de documents bancaires, qu'Odescalchi aurait financé l'accession de Guillaume d'Orange au trône d'Angleterre.[100]
Il faut peser cette controverse avec rigueur. Imprimatur est un roman, non une démonstration historique : sa thèse — un pape catholique aidant délibérément un prince protestant contre un roi catholique — relève largement de la reconstruction romanesque et n'a jamais fait l'objet d'un consensus savant.[101] Ce qui est établi, c'est que la diplomatie d'Innocent XI fut anti-française avant d'être pro-ou-anti-confessionnelle, et que la maison Odescalchi avait des intérêts financiers européens. De là à conclure à un complot, il y a un saut que les sources ne permettent pas. La sainteté personnelle du bienheureux — austérité, désintéressement, courage face au Roi-Soleil, charité envers les pauvres — ne repose nullement sur l'issue de cette polémique éditoriale.
Postérité d'Innocent XI
Le jugement de l'histoire
L'historiographie reconnaît en Innocent XI l'un des papes les plus respectables de l'époque moderne. Là où tant de pontifes baroques avaient cédé au faste et au clan, il offre l'image rare d'un gouvernant intègre : finances assainies, népotisme combattu, mœurs réformées, doctrine défendue contre le laxisme et le quiétisme, chrétienté sauvée sur le Danube.[102][103] Ses échecs mêmes — les diocèses laissés vacants, la rupture avec la France — procèdent d'une fermeté de principe plutôt que d'une faute de caractère.
Ludwig von Pastor, qui lui consacre deux tomes, salue un pape d'une droiture inflexible, dont la grandeur tient moins aux victoires qu'à la cohérence morale : le même homme qui équilibre un budget, refuse la pourpre à son neveu et tient tête au plus grand roi de son temps.[104]
Le bienheureux du Danube
Au-delà de l'histoire politique, Innocent XI demeure une figure spirituelle. Sa vie d'austérité, sa charité de « père des pauvres », sa confiance dans l'intercession de la Vierge du Rosaire au moment de Vienne en font un modèle de gouvernement chrétien : non pas le prince de la Rome triomphante, mais le serviteur qui ne cherche ni l'argent, ni sa famille, ni la faveur des rois, mais le bien de l'Église. C'est ce visage que l'Église a reconnu en le proclamant bienheureux — le pape qui sauva Vienne en sauvant d'abord son âme du faste et du népotisme.
Pour aller plus loin
- Le pape Clément X (1670-1676) — son prédécesseur, à la mort duquel s'ouvrit le conclave de 1676.
- Le pape Alexandre VIII (1689-1691) — son successeur, qui amorça la détente avec la France et condamna à son tour les Articles gallicans.
- Le pape Innocent XII (1691-1700) — qui réalisa en 1692, par la bulle Romanum decet Pontificem, l'abolition du népotisme qu'Innocent XI avait préparée.
- Le pape Urbain VIII (1623-1644) — figure inverse, dont le népotisme spectaculaire fait ressortir la rigueur d'Innocent XI.
- Le gallicanisme — l'arrière-plan doctrinal de la querelle des Quatre Articles de 1682 et du conflit avec Louis XIV.
- Le pape vénérable Pie XII (1939-1958) — qui le béatifia le 7 octobre 1956.
Notes et références
Catholic Encyclopedia, « Pope Innocent XI », vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910 (newadvent.org) : Benedetto Odescalchi né à Côme le 16 mai 1611, éduqué par les jésuites, études de droit à Rome et Naples ; sous Urbain VIII, protonotaire, président de la Chambre apostolique, commissaire d'Ancône, gouverneur de Macerata et de la Marche (Picenum) ; créé cardinal-diacre des Santi Cosma e Damiano par Innocent X le 6 mars 1645, puis cardinal-prêtre de Sant'Onofrio ; légat à Ferrare pendant la famine, présenté comme « le père des pauvres » (« Mittimus patrem pauperum ») ; évêque de Novare (1650), résigné en 1656 en faveur de son frère Giulio ; exclu par la France en 1670 ; élu pape à l'unanimité le 21 septembre 1676 ; réduction immédiate des dépenses de la curie, ordonnances strictes contre le népotisme, vie parsimonieuse, déficit de 170 000 écus converti en excédent ; condamnation de 65 propositions laxistes (décret du Saint-Office Sanctissimus Dominus, 2 mars 1679), décret du 12 février 1679 sur la communion fréquente, condamnation des 68 propositions quiétistes de Molinos (décret du 28 août 1687, constitution Coelestis Pastor du 20 novembre 1687) ; querelle de la régale (extension de 1673 par Louis XIV, interdiction du IIᵉ concile de Lyon de 1274) ; Déclaration du clergé de France du 19 mars 1682, rescrit pontifical d'annulation du 11 avril 1682, refus d'investir les évêques signataires ; abolition du droit d'asile (décret du 7 mai 1685), affaire Lavardin (entrée à Rome en novembre 1687 à la tête d'une suite en armes), interdit sur l'église Saint-Louis le 24 décembre 1687 ; succession de Cologne (1688), saisie d'Avignon, emprisonnement du nonce ; appels au secours de Vienne, contributions de millions d'écus à la guerre contre les Turcs ; mort à Rome le 11 août 1689 ; cause de béatification introduite puis abandonnée sous l'influence française et l'accusation de jansénisme. (NB : la CE date la mort du 11 août ; les sources modernes retiennent le 12 août 1689.)
1 6 17 28 32 36 38 39 41 42 44 46 47 50 52 53 55 58 77 93 97 102« Innocenzo XI », Enciclopedia dei Papi, 3 vol., Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana (Treccani), 2000 (treccani.it) : notice de référence sur Benedetto Odescalchi, famille de banquiers de Côme, formation juridique, carrière curiale, cardinalat de 1645, légation de Ferrare, épiscopat de Novare, conclave de 1676 (renonciation de Louis XIV au veto, signature préalable d'un projet de réforme par les cardinaux, élection unanime), réforme financière et administrative, querelle gallicane et guerre contre les Ottomans. Référence savante d'ensemble pour la carrière et le pontificat.
2 27 33 35 37 40 45 48 49« Pope Innocent XI », notice encyclopédique de référence en anglais (en.wikipedia.org) : Benedetto Odescalchi, né le 16 mai 1611 à Côme, fils de Livio Odescalchi (mort en 1626) et de Paola Castelli Giovanelli (morte de la peste en 1630) ; entreprise familiale de banque ; cardinal-diacre des Santi Cosma e Damiano (6 mars 1645), légat de Ferrare, évêque de Novare (1650-1656), cardinal-prêtre de Sant'Onofrio ; élu le 21 septembre 1676, couronné le 4 octobre 1676 ; déficit de 170 000 écus comblé ; refus de faire cardinal son neveu Livio Odescalchi ; querelle de la régale, Quatre Articles gallicans de 1682, refus d'investiture aux évêques signataires ; abolition des franchises, affaire Lavardin (1687), interdit sur Saint-Louis-des-Français ; succession de Cologne (élection du 19 juillet 1688, désignation de Joseph Clément de Bavière), saisie d'Avignon et emprisonnement du nonce par Louis XIV ; condamnation de 65 propositions laxistes (Sanctissimus Dominus, 1679), décret sur la communion fréquente, condamnation du quiétisme de Molinos (Coelestis Pastor, 1687) ; nonce Ferdinando d'Adda envoyé en Angleterre, moins de sympathie pour Jacques II que pour Guillaume d'Orange ; secours de Vienne (1683) et Sainte Ligue ; maladie de la pierre depuis 1682, mort le 12 août 1689 ; tombeau de Pierre-Étienne Monnot à Saint-Pierre avec bas-relief de la libération de Vienne ; cause introduite en 1714, suspendue en 1744 par Benoît XIV, écrits approuvés en 1945, déclaré vénérable le 15 novembre 1955, béatifié par Pie XII le 7 octobre 1956, fête le 12 août (13 août en Hongrie). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Innocent_XI. La notice Blessed Innocent XI de Joseph F. X. Cevetello (bibliothèque Catholic Culture) donne la formule exacte sur le nonce : « kept the Pope's nuncio, Monsignor Ranuzzi, a virtual prisoner in Paris ».
3 5 34 43 51 54 59 76 78 89 90 92 94 95Le secours de Vienne (1683) : l'armée ottomane du grand vizir Kara Mustafa assiégea Vienne à partir de juillet 1683 ; Innocent XI rallia l'empereur Léopold Iᵉʳ et le roi de Pologne Jean III Sobieski. Innocent XI finança largement la guerre contre les Turcs — la notice « Pope Innocent XI » (en.wikipedia.org) résume : « He contributed millions of scudi to the Turkish war fund in Austria and Hungary ». Pour le récit de la bataille, d'après « Battle of Vienna » (en.wikipedia.org) et « Holy League (1684) » : bataille décisive le 12 septembre 1683, charge de cavalerie de Sobieski depuis le Kahlenberg ; Innocent XI étendit à toute l'Église la fête du Saint Nom de Marie pour commémorer la victoire, assignée au dimanche après la Nativité de Marie par décret du 25 novembre 1683 (Catholic Encyclopedia, « Feast of the Holy Name of Mary », newadvent.org). La parole de Sobieski au pape (« Venimus, vidimus, Deus vicit » — « Nous sommes venus, nous avons vu, Dieu a vaincu »), démarquée du « Veni, vidi, vici » de César, figure dans sa lettre à Innocent XI écrite après la bataille — à laquelle était joint l'étendard pris sous la tente de Kara Mustafa (récit documenté : « The Battle of Vienna (1683) », polishhistory.pl ; cf. « King John III of Poland and the Turkish Aspects of his Foreign Policy », Belleten — Société historique turque —, vol. 44, n° 176, octobre 1980 : « The King himself wrote to Pope Inocent XI in words fashioned after Julius Caesar's famous lines »).
4 11 20 22 79 81 83 84 86Sur la lutte d'Innocent XI contre le népotisme : d'après « Pope Innocent XI » et « Cardinal-nephew » (en.wikipedia.org) : Innocent XI refusa d'appeler à Rome et de faire cardinal son unique neveu Livio Odescalchi, prince de Sirmio, à qui il concéda une partie de sa fortune personnelle (environ 40 000 écus) et le titre de duc de Ceri (1678) ; il entreprit en mai 1677 la rédaction d'une bulle d'abolition du népotisme, élaborée jusqu'en 1686, mais la majorité du Sacré Collège opposa des objections d'opportunité et de praticabilité, et la bulle ne fut jamais promulguée. La bulle Romanum decet Pontificem fut promulguée par Innocent XII en 1692.
7 18 19 56 57La querelle de la régale : d'après Catholic Encyclopedia, « Pope Innocent XI » et « Gallicanism » (newadvent.org) : Louis XIV étendit en 1673 le droit de régale (perception des revenus et collation des bénéfices d'un évêché vacant) à l'ensemble du royaume, y compris les provinces exemptes ; les évêques Nicolas Pavillon (Alet) et François-Étienne Caulet (Pamiers) résistèrent et furent soutenus par le pape ; Innocent XI rappela au roi que le IIᵉ concile de Lyon (1274) avait interdit cette extension sous peine d'excommunication. Le différend déboucha sur l'Assemblée du clergé de 1682.
8 23 66 67Les Quatre Articles gallicans de 1682 : d'après Catholic Encyclopedia, « Gallicanism » et « Pope Innocent XI » (newadvent.org) : l'Assemblée extraordinaire du clergé de France, convoquée par Louis XIV, adopta le 19 mars 1682 la Déclaration du clergé de France (Quatre Articles), rédigée sous l'inspiration de Bossuet, affirmant l'indépendance du roi dans le temporel, la supériorité du concile général sur le pape, le respect des coutumes de l'Église gallicane et le caractère réformable des jugements pontificaux sans le consentement de l'Église ; Innocent XI annula les articles par rescrit du 11 avril 1682 et refusa les bulles d'institution canonique à tous les évêques nommés ayant participé à l'assemblée, laissant à terme une trentaine de sièges sans titulaire. Voir l'article dédié Le gallicanisme.
9 24 68 69 70 71L'affaire des franchises (droit de quartier) : d'après Catholic Encyclopedia, « Pope Innocent XI » (newadvent.org) et Ludwig von Pastor, History of the Popes, t. XXXII (d'après les rapports du cardinal d'Estrées du 18 novembre 1687 et du cardinal Cibo) : Innocent XI abolit par décret du 7 mai 1685 le droit de franchise (immunité diplomatique étendue à tout le quartier des ambassades, devenu refuge de malfaiteurs) et exigea des nouveaux ambassadeurs qu'ils y renoncent ; Louis XIV refusa et envoya le marquis de Lavardin, qui entra à Rome le 16 novembre 1687 à la tête d'une suite en armes et occupa le palais Farnèse ; le pape le traita en excommunié et plaça sous interdit l'église nationale Saint-Louis-des-Français le 24 décembre 1687. La Catholic Encyclopedia résume l'escorte par « about 800 men », mais Pastor, qui détaille le cortège d'après les rapports contemporains, ne donne aucun effectif total : aucun chiffre n'est donc retenu dans le corps. Cf. « Pope Innocent XI » (en.wikipedia.org).
10 25 73 74 75La Sainte Ligue et Marco d'Aviano : d'après « Holy League (1684) » (en.wikipedia.org) et les notices sur Marco d'Aviano : Innocent XI conclut en 1684 la Sainte Ligue unissant le Saint-Siège, le Saint-Empire, la Pologne et Venise (rejoints plus tard par la Russie en 1686) contre l'Empire ottoman ; le capucin Marco d'Aviano, nommé aumônier de l'armée chrétienne par le pape, soutint les troupes et la population de Vienne par la récitation du Rosaire ; la contre-offensive aboutit à la reprise de Buda (1686) et de Belgrade (1688), amorçant le reflux durable de la puissance ottomane en Hongrie.
12 21 80 82 85 87Innocent XI, décret du Saint-Office Sanctissimus Dominus Noster du 2 mars 1679, condamnant soixante-cinq propositions de théologie morale dite laxiste (abus du probabilisme, restriction mentale trompeuse, opinions trop indulgentes en matière grave). Source : Catholic Encyclopedia, « Pope Innocent XI » (newadvent.org) ; les propositions condamnées figurent dans le Denzinger (Enchiridion symbolorum). Les trente et une propositions rigoristes, elles, furent condamnées après la mort d'Innocent XI, sous son successeur Alexandre VIII (décret du Saint-Office du 7 décembre 1690 ; la Catholic Encyclopedia — « The Blessed Eucharist as a Sacrament », newadvent.org — date de ce jour la condamnation du rigorisme par Alexandre VIII).
13 60 61Innocent XI, décret de la Congrégation du Concile Cum ad aures du 12 février 1679, encourageant la communion fréquente et même quotidienne pour tous les états de vie, contre le rigorisme inspiré du De la fréquente communion d'Antoine Arnauld (1643). Source : Catholic Encyclopedia, « Pope Innocent XI » (newadvent.org). Ce décret prépare de loin la pastorale eucharistique de saint Pie X (décret Sacra Tridentina Synodus, 1905).
14 62Innocent XI, condamnation du quiétisme de Miguel de Molinos : décret du Saint-Office du 28 août 1687 et constitution apostolique Coelestis Pastor du 20 novembre 1687, condamnant soixante-huit propositions tirées de la Guida spirituale (Guide spirituelle, Rome, 1675) et d'autres écrits, comme blasphématoires et hérétiques. Molinos abjura et mourut en prison en 1696. La citation française du corps est une synthèse doctrinale du sens de la condamnation. Sources : Denzinger, Enchiridion symbolorum (DS 2201 : constitution « Coelestis Pastor », 20 nov. 1687) ; texte de la bulle d'après le Bullarium Romanum (éd. de Turin, 1870). La Catholic Encyclopedia donne par coquille le 19 novembre (« Pope Innocent XI ») et le 2 novembre (« Miguel de Molinos », newadvent.org).
15 63 64 65La cause de béatification d'Innocent XI : d'après « Pope Innocent XI » (en.wikipedia.org) et la Catholic Encyclopedia (newadvent.org) : cause introduite, procès formellement ouvert le 23 juin 1714 sous Clément XI (titre de Serviteur de Dieu) ; suspendue en 1744 par Benoît XIV en raison de l'influence française et de l'accusation de jansénisme (Innocent XI ayant traité les jansénistes avec indulgence sans épouser leurs erreurs) ; écrits approuvés le 24 mars 1945 ; déclaré vénérable le 15 novembre 1955 par Pie XII ; béatifié par Pie XII le 7 octobre 1956, en la fête de Notre-Dame du Rosaire, à Saint-Pierre ; fête liturgique le 12 août (13 août en Hongrie).
16 88 96 98 99Article Ignispedia connexe — Le gallicanisme : exposé doctrinal et historique du gallicanisme, arrière-plan des Quatre Articles de 1682 et du conflit entre Innocent XI et Louis XIV. Le présent article traite la querelle du point de vue du gouvernement pontifical ; la question de fond (libertés gallicanes, rapports entre le pape, le concile et le roi) relève de l'article dédié.
26 72Ludwig von Pastor, The History of the Popes from the Close of the Middle Ages, trad. Ernest Graf, Londres / St. Louis, Herder, t. XXXI-XXXII (volumes consacrés à Innocent XI, éd. anglaise 1938-1940) : exposé le plus complet en langue moderne du pontificat d'Innocent XI, fondé sur les archives vaticanes et les correspondances diplomatiques ; analyse détaillée des finances, de la lutte contre le népotisme, de la querelle gallicane, de la condamnation du quiétisme et de la guerre contre les Turcs. Référence donnée au niveau des volumes : aucune donnée chiffrée précise n'est tirée de Pastor dans le présent article.
29 103 104Bruno Neveu (1936-2004), historien de la Rome moderne, éditeur de la Correspondance du nonce en France Angelo Ranuzzi (1683-1689), 2 vol., Rome, École française de Rome, 1973 (t. I : 1683-1686 ; t. II : 1687-1689) — les dépêches du nonce à Paris pendant tout le conflit gallican ; voir aussi son étude « Culture religieuse et aspirations réformistes à la cour d'Innocent XI », in Érudition et religion aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles (Paris, Albin Michel, 1994). Référence d'historiographie spécialisée pour la diplomatie pontificale du règne, à partir des sources romaines.
30La controverse d'« Imprimatur » : d'après « Imprimatur (novel) » (en.wikipedia.org) : roman historique de Rita Monaldi et Francesco Sorti, publié en Italie en 2002, qui prétend, sur la foi de documents bancaires, qu'Innocent XI (via la banque Odescalchi) aurait financé l'accession de Guillaume d'Orange au trône d'Angleterre ; les auteurs affirment que la controverse aurait nui à la réputation du pape et interrompu un projet de canonisation que l'Église, après 2001, aurait souhaité promouvoir en raison de son rôle d'adversaire des Ottomans. Il s'agit d'un roman à thèse, non d'une démonstration historique consensuelle ; la thèse du financement délibéré d'un prince protestant par un pape catholique reste très discutée et n'entame pas la sainteté personnelle reconnue du bienheureux.
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