Clément X (Clemens X), né Emilio Bonaventura Altieri le 13 juillet 1590 à Rome, fut pape du 29 avril 1670 au 22 juillet 1676. Élu à soixante-dix-neuf ans au terme de l'un des plus longs conclaves du siècle, il est resté dans l'histoire comme l'homme le plus âgé jamais porté au trône de Pierre.[1][2]
Son élection fut un compromis d'épuisement. Après quelque quatre mois de blocage entre les factions française et espagnole — environ quatre mois et dix jours d'enfermement, du 20 décembre 1669 au 29 avril 1670 —, les cardinaux recoururent au vieil expédient consistant à choisir « un cardinal d'âge avancé » — un pontife de transition.[3][4] Altieri lui-même refusa son élection avec une telle force qu'il fallut le porter, plus forcé que convaincu, sur les bras des cardinaux jusqu'à la Sixtine. Loin d'être un règne foudroyé comme celui de Léon XI, son pontificat dura pourtant six ans et laissa une trace réelle.
N'ayant aucun neveu pour gouverner — sa famille s'éteignait faute d'héritier mâle —, Clément X adopta la maison Paluzzi degli Albertoni et confia les rênes du gouvernement à son cardinal-neveu par alliance, Paluzzo Altieri.[5][6] Ce népotisme par adoption, qui suscita des critiques, n'empêcha pas le pontificat de marquer durablement l'Église : il canonisa cinq saints en un seul jour — dont Rose de Lima, première sainte du Nouveau Monde —, célébra le Jubilé de 1675, soutint financièrement la Pologne contre les Turcs, et ouvrit avec Louis XIV la longue querelle de la régale.[7][8]
Pour Ignispedia, Clément X illustre une page essentielle de la papauté baroque : celle des pontificats de transition entre les grandes figures du XVIIᵉ siècle, où le gouvernement réel passe au cardinal-padrone, où la diplomatie pontificale se heurte à l'absolutisme de Louis XIV, et où Rome, malgré ses dettes, continue de se parer des chefs-d'œuvre du Bernin.
Pourquoi un octogénaire élu pape mérite un article
On résume parfois Clément X à une formule : le pape le plus vieux de l'histoire, élu faute de mieux, gouverné par un autre. Cette image est injuste. Son règne condense en réalité plusieurs lignes de force de l'Église au lendemain de la Réforme catholique : l'apogée du système du cardinal-neveu, la canonisation des grands saints de la Contre-Réforme, la première sainteté reconnue dans les Amériques, le front anti-ottoman que Rome finance en Europe centrale, et le commencement du bras de fer gallican qui envenimera les rapports entre la papauté et la France jusqu'au compromis de 1693 (paroxysme en 1682 avec la Déclaration des Quatre Articles).
Le personnage intéresse aussi par sa trajectoire. Avant d'être un pape de quatre-vingts ans, Emilio Altieri avait été un diplomate rompu aux affaires d'Europe — auditeur de la nonciature de Pologne (1623-1627), puis nonce à Naples (1644-1652)[9][10] —, un évêque résident fidèle à l'esprit de Trente, et un haut fonctionnaire de la Curie pendant un demi-siècle. Son cardinalat tardif lui-même raconte une vertu : il aurait cédé son tour à un frère aîné.[11]
Enfin, Clément X pose la question, propre à tant de pontificats baroques, de la distance entre le titulaire et le pouvoir réel. Quand le pape gouverne peu et que le cardinal-neveu gouverne beaucoup, qui porte la responsabilité des actes du Saint-Siège ? Le cas Altieri est l'un des plus nets de toute l'histoire moderne de la papauté. La réponse ne fait guère de doute : c'est le titulaire qui répond des actes signés en son nom — déléguer le gouvernement n'est pas déléguer la responsabilité. Si le neveu gouverne mal, c'est au pape qu'il appartenait de le rappeler à l'ordre ; et quand les fruits sont bons — cinq canonisations, un Jubilé, le soutien à la Pologne —, c'est au pontife qu'en revient le mérite.
Les sources principales
Le tableau ci-dessous récapitule les sources de référence sur lesquelles s'appuie cet article, des notices encyclopédiques catholiques aux travaux d'histoire des conclaves.
| Source | Nature | Apport pour Clément X |
|---|---|---|
| The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement X », 1908 | Synthèse catholique de référence | Naissance, cardinalat tardif, conclave, adoption des Paluzzi, canonisations, régale, aide à la Pologne, embellissements |
| Encyclopædia Britannica, « Clement X » | Synthèse encyclopédique | Carrière diplomatique, élection, finances pontificales, aide à la Pologne, fontaines de Saint-Pierre |
| Catholic-Hierarchy, « Pope Clement X » | Base prosopographique | Dates d'ordination, de consécration épiscopale, de cardinalat, consistoires |
| Récit du conclave de 1669-1670 | Histoire des conclaves | Durée, factions, veto français, élection de l'octogénaire le 29 avril 1670 |
| Larousse, « Clément X Emilio Altieri » | Encyclopédie française | Dates, début du conflit de la régale avec Louis XIV en 1673 |
| Documentation sur l'affaire de la régale | Histoire ecclésiastique | Déclaration de Saint-Germain (1673), extension de la régale, opposition pontificale |
Emilio Altieri : un demi-siècle au service de l'Église
Une vieille famille de la noblesse romaine
Emilio Bonaventura Altieri naît à Rome le 13 juillet 1590 (le 12 juillet selon la Britannica actuelle), fils de Lorenzo Altieri et de la patricienne vénitienne Vittoria Delfino.[12][13][14] Les Altieri appartenaient à l'ancienne noblesse romaine, et tous les fils mâles de la maison, à une exception près, avaient embrassé la carrière ecclésiastique.[15] Cette particularité — une famille presque entièrement vouée à l'Église — pèsera lourd un demi-siècle plus tard, lorsque le pape, sans héritier pour perpétuer le nom, devra recourir à une adoption.
L'un de ses frères, Giambattista Altieri, fut lui-même créé cardinal en 1643. Selon la Catholic Encyclopedia, c'est précisément en faveur de ce frère aîné qu'Emilio aurait renoncé à ses propres titres à l'élévation cardinalice — ce qui expliquerait pourquoi il ne reçut le chapeau qu'à la veille de ses quatre-vingts ans.[16]
« La raison pour laquelle un prélat de mérites aussi éminents reçut le cardinalat si tard dans sa vie semble être qu'il avait cédé ses droits à cette élévation en faveur d'un frère aîné. » — The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement X », 1908[17]
Le diplomate : auditeur en Pologne, nonce à Naples
La formation d'Emilio Altieri fut d'abord juridique et diplomatique. Docteur en droit, il entra jeune au service du Saint-Siège. De 1623 à 1627, il accompagna comme auditeur la nonciature de Pologne, découvrant ce royaume catholique d'Europe centrale dont il soutiendra plus tard la lutte contre les Turcs.[18][19] Cette expérience polonaise n'est pas anecdotique : elle inscrit dès le départ la question ottomane au cœur de l'horizon du futur pape.
De retour en Italie, il fut ordonné prêtre le 6 avril 1624, puis consacré évêque de Camerino le 30 novembre 1627.[20][21] À la tête de ce diocèse des Marches, il se comporta en pasteur résident selon l'idéal du concile de Trente. Sa carrière diplomatique reprit ensuite avec une mission majeure : de 1644 à 1652, sous Innocent X, il fut nonce à Naples, l'un des postes les plus sensibles d'Italie, où se croisaient les intérêts espagnols et pontificaux.[22][23]
L'homme de Curie et le cardinalat tardif
Rentré à Rome, Altieri devint un rouage essentiel de l'administration ecclésiastique. De 1657 à 1667, il fut secrétaire de la Congrégation des évêques et réguliers, l'un des dicastères les plus chargés de la Curie, qui traitait du gouvernement des diocèses et des ordres religieux.[24] Un demi-siècle de service avait fait de lui un connaisseur incomparable des affaires de l'Église — mais il restait, à près de quatre-vingts ans, simple prélat.
Ce fut Clément IX qui répara enfin cette lacune : le 29 novembre 1669, à quelques jours de sa propre mort, il créa Emilio Altieri cardinal.[25][26] L'élévation, presque posthume du point de vue du pape qui l'accordait, semblait davantage un honneur de fin de vie qu'un tremplin. Nul ne pouvait deviner que ce nouveau cardinal de soixante-dix-neuf ans serait pape cinq mois plus tard — et qu'il prendrait, par gratitude, le nom de Clément X en mémoire de celui qui venait de l'honorer.[27]
Le conclave de 1669-1670 : l'un des plus longs du siècle
La mort de Clément IX et la vacance
Clément IX meurt le 9 décembre 1669, épuisé, dit-on, par l'échec de la défense de Candie (Crète) tombée aux mains des Ottomans. Sa disparition ouvre l'un des conclaves les plus longs et les plus disputés de l'âge baroque. Réuni à partir du 20 décembre 1669, il ne s'achèvera que le 29 avril 1670 : environ quatre mois et dix jours d'enfermement (cent trente jours) — les « quatre mois et vingt jours » de la Catholic Encyclopedia désignent la vacance entière, comptée depuis la mort de Clément IX le 9 décembre 1669.[28][29] Il demeure l'un des plus longs conclaves du XVIIᵉ siècle : seul celui de 1691 (12 février – 12 juillet, cinq mois) le dépasse en durée.[30]
Français contre Espagnols : le blocage
Le Sacré Collège était profondément divisé. Sur les soixante-dix membres du Sacré Collège, soixante-cinq prirent part à l'élection : à l'ouverture du conclave, le 20 décembre 1669, puis au premier scrutin du 21 décembre, cinquante-six cardinaux seulement étaient présents, les autres arrivant au fil des semaines.[31] Les factions française et espagnole se neutralisaient, chacune contrôlant environ huit voix décisives, tandis que le squadrone volante — l'« escadron volant » des cardinaux indépendants, attachés aux seuls intérêts de l'Église — refusait de servir les couronnes.[32]
Le blocage culmina le 10 février 1670, lorsque le duc de Chaulnes, ambassadeur de France, prononça l'exclusive contre le cardinal Scipione Pannocchieschi d'Elci, candidat poussé par Chigi, dans un éclat retentissant.[33] Aucun nom ne parvenait à réunir la majorité des deux tiers. Après des mois d'impasse, les électeurs se résolurent à la solution classique des conclaves épuisés.
« Le Sacré Collège, après un long conclave, recourut au vieil expédient consistant à élire un cardinal d'âge avancé. » — The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement X », 1908[34]
L'élection d'un octogénaire (29 avril 1670)
Le 29 avril 1670, le choix se porta sur Emilio Altieri. Au premier scrutin du matin, il ne recueillit que trois voix sur cinquante-six ; au scrutin de l'après-midi, il obtint vingt et une voix, aussitôt rejointes par trente-cinq accessi (votes de ralliement) — au total cinquante-six suffrages sur cinquante-neuf électeurs.[35] L'écart entre les soixante-cinq cardinaux ayant pris part au conclave et ces cinquante-neuf votants s'explique par les départs pour maladie au fil de ces quatre mois d'enfermement et par un décès : plusieurs cardinaux, âgés ou malades, durent quitter le conclave, et le cardinal d'Elci, écarté par le veto français du 10 février puis reparti malade le 24 mars, mourut à la mi-avril (le 12 ou le 13 selon les récits), avant le scrutin final.[36] À soixante-dix-neuf ans, Altieri devenait, et demeure à ce jour, la personne la plus âgée jamais élue pape.[37][38]
Le nouvel élu, accablé par le poids des années, résista longuement : en larmes dans sa cellule, il supplia les électeurs de ne pas penser à lui, se disant trop vieux et indigne de la charge ; plus forcé que convaincu, il fut porté sur les bras des cardinaux jusqu'à la Sixtine, et il fallut encore une heure avant qu'il donnât son consentement.[39][40] La tradition lui prête une protestation toute sincère : que pouvait-on attendre d'un vieillard ? Il prit néanmoins le nom de Clément X, en hommage à Clément IX, qui l'avait fait cardinal dix jours avant de mourir.[41][42]
Le gouvernement du cardinal-neveu : un népotisme par adoption
Un pape sans neveux
Le système du cardinal-neveu (cardinale nipote) était, au XVIIᵉ siècle, la pièce maîtresse du gouvernement pontifical : chaque pape confiait à un parent de confiance la direction effective des affaires temporelles et la gestion du patronage. Mais Clément X se trouvait dans une situation inédite : il n'avait aucun neveu susceptible de remplir ce rôle, et sa famille menaçait de s'éteindre, faute d'héritier mâle, avec sa seule petite-nièce, Laura Caterina Altieri.[43][44]
Pour sauver le nom des Altieri de l'extinction, le pape recourut à une solution juridique audacieuse : il adopta la famille Paluzzi degli Albertoni et maria Laura Caterina à l'un de ses membres, Gaspare Paluzzi, qui prit dès lors le nom d'Altieri.[45][46]
« Les Altieri appartenaient à l'ancienne noblesse romaine, et comme tous les rejetons mâles sauf un avaient choisi la carrière ecclésiastique, le pape, afin de sauver le nom de l'extinction, adopta les Paluzzi, dont il maria l'un d'eux à Laura Caterina Altieri, unique héritière de la famille. » — The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement X », 1908[47]
Le cardinal Paluzzo Altieri, « cardinal padrone »
Au cœur de ce dispositif se trouvait le cardinal Paluzzo Paluzzi Altieri degli Albertoni, déjà cardinal depuis 1664, qui devint le cardinal-neveu du nouveau pape et, de fait, le véritable gouvernant des États pontificaux.[48][49] À mesure que l'âge et la goutte affaiblissaient Clément X, le pape lui délégua progressivement l'administration, se réservant les fonctions proprement spirituelles et épiscopales.[50]
Ce transfert de pouvoir fit de Paluzzo Altieri l'un des cardinaux-padroni les plus puissants de l'époque baroque. Pour les contemporains, le gouvernement de Clément X fut largement le gouvernement de son cardinal-neveu — situation qui nourrit les critiques de népotisme dont le pontificat reste entaché, et qui contribuera, après la mort du pape, au mouvement de réforme anti-népotique porté par son successeur Innocent XI.
La taxe de 1674 et la crise diplomatique
Le gouvernement Paluzzi se signala aussi par un conflit fiscal retentissant. Pour protéger la Chambre apostolique contre les abus de l'exemption douanière dont jouissaient les ambassadeurs — l'envoyé français, le duc d'Estrées, en usait largement à son profit —, le cardinal-neveu publia le 11 septembre 1674 un édit imposant un droit de 3 % sur toutes les marchandises entrant dans Rome.[51] Quatre diplomates — la France, l'Empire, l'Espagne et Venise — firent front commun pour exiger une audience collective, que le cardinal-neveu refusa ; le Quirinal fut même mis en état de défense. Après des mois de bras de fer, l'édit fut révoqué au profit d'un édit plus doux du 28 juin 1675 (accord du 11 juillet 1675), et Altieri dut présenter des excuses aux offensés.[52] L'épisode illustre la fragilité financière du Saint-Siège et l'âpreté du gouvernement temporel sous Clément X.
Le pontificat : les grands actes spirituels
Les canonisations de 1671 : cinq saints en un jour
L'acte le plus éclatant du pontificat fut, le 12 avril 1671, la canonisation simultanée de cinq saints majeurs de la Réforme catholique[53][54] :
- Gaétan de Thiene (Cajetan), fondateur des Théatins ;
- François Borgia, troisième supérieur général de la Compagnie de Jésus, ancien duc de Gandie ;
- Philippe Benizi, propagateur de l'ordre des Servites ;
- Louis Bertrand, dominicain, apôtre de la Nouvelle-Grenade ;
- Rose de Lima, tertiaire dominicaine péruvienne.
Cette canonisation collective n'était pas un hasard : elle consacrait d'un seul geste les figures de la Contre-Réforme — fondateurs d'ordres, missionnaires, mystiques — au moment où l'Église affermissait son identité face au protestantisme.
« Durant son pontificat, il canonisa les saints Cajetan, Philippe Benizi, François Borgia, Louis Bertrand et Rose de Lima ; il béatifia aussi le pape Pie V, Jean de la Croix et les Martyrs de Gorcum en Hollande. » — The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement X », 1908[55]
Rose de Lima, première sainte du Nouveau Monde
Parmi ces cinq saints, l'une marqua l'histoire universelle de l'Église : sainte Rose de Lima (1586-1617), tertiaire dominicaine du Pérou, devint la première personne née dans les Amériques à être canonisée.[56][57] Dès l'année précédente, en 1670, Clément X l'avait proclamée patronne de Lima, du Pérou et de toutes les Indes occidentales.
La canonisation d'une jeune mystique née à Lima, à des milliers de kilomètres de Rome, portait une signification missionnaire considérable : elle attestait que la sainteté avait pris racine dans le Nouveau Monde évangélisé un siècle plus tôt, et que l'Église catholique était devenue, de fait, une Église des deux hémisphères. Pour l'Amérique latine, Rose de Lima demeure aujourd'hui encore une figure tutélaire, et sa fête (23 août) y est largement célébrée.
Les béatifications
Clément X enrichit aussi le calendrier de plusieurs béatifications importantes : celle du pape Pie V, le pontife de Lépante et du catéchisme tridentin ; celle de Jean de la Croix, le grand mystique carme, docteur de la nuit obscure ; celle de François Solano, missionnaire franciscain du Pérou ; et celle des dix-neuf Martyrs de Gorcum, religieux et prêtres mis à mort par les calvinistes aux Pays-Bas en 1572.[58][59] Là encore, le choix dessine une ligne : mystique, papauté réformatrice et martyre anti-protestant, les trois visages de la sainteté que Rome voulait offrir en exemple.
Le Jubilé de 1675
En 1675, malgré son grand âge et la goutte qui le clouait, Clément X présida la quinzième Année Sainte de l'histoire de l'Église.[60] Le Jubilé attira à Rome des foules de pèlerins venus gagner l'indulgence plénière en visitant les basiliques. Pour un pape de quatre-vingt-cinq ans, célébrer une Année Sainte tenait de l'exploit physique autant que du devoir spirituel ; ce fut le sommet liturgique de son pontificat et l'un de ses derniers grands actes publics.
L'Église universelle : Québec, Russie, Inquisition portugaise
Le gouvernement de Clément X ne se limita pas à Rome. Plusieurs décisions engagèrent l'Église universelle et témoignent de l'élargissement de l'horizon catholique au XVIIᵉ siècle.
L'érection du diocèse de Québec (1674)
Le 1er octobre 1674, Clément X éleva le vicariat apostolique de la Nouvelle-France au rang de diocèse de Québec, premier siège épiscopal de l'Amérique du Nord française directement soumis au Saint-Siège, et en confirma la charge à François de Montmorency-Laval, jusque-là vicaire apostolique.[61] Cette décision donnait à la Nouvelle-France une structure ecclésiastique stable et reconnaissait l'enracinement de l'Église sur les rives du Saint-Laurent. Laval, premier évêque de Québec, sera canonisé en 2014 par le pape François.
Russie et Inquisition portugaise
Le pontificat fut aussi marqué par des gestes diplomatiques notables. L'Écossais catholique Paul Menzies de Pitfodels, dit Menesius, envoyé du tsar Alexis pour proposer une ligue de tous les princes chrétiens contre les Turcs, arriva à Rome le 18 août 1673 et fut reçu en audience le 28 août : Rome répondit avec courtoisie mais sans engagement concret, refusant au prince moscovite la sanction du titre de tsar.[62] Par le bref Cum dilecti (1674), le pape suspendit les procédures de l'Inquisition portugaise, dont les abus avaient été dénoncés — une suspension qui se prolongea jusqu'en 1681, sous Innocent XI.[63] Enfin, par six consistoires, Clément X créa vingt cardinaux, parmi lesquels Pietro Francesco Orsini (en religion Vincenzo Maria), futur Benoît XIII, créé au consistoire du 22 février 1672.[64]
Clément X face aux puissances : la régale et les Turcs
Le début du conflit de la régale avec Louis XIV
C'est sous Clément X que s'amorça l'un des plus longs affrontements entre la papauté et la France de Louis XIV : la querelle de la régale. La régale était le droit par lequel le roi, à la mort d'un évêque, percevait les revenus du siège vacant et y conférait certains bénéfices jusqu'à l'installation du nouveau titulaire.[65][66]
Par la Déclaration de Saint-Germain du 10 février 1673, précisée en avril 1675, Louis XIV étendit ce droit de régale à tout le royaume, y compris aux diocèses du Midi qui en avaient toujours été exemptés.[67] Clément X protesta contre cette mainmise royale sur des prérogatives spirituelles, ouvrant un conflit qui envenimerait les rapports franco-romains pendant deux décennies, jusqu'au compromis de 1693.
« Il engagea avec ce monarque impérieux la longue lutte concernant la régale, c'est-à-dire les revenus des diocèses et abbayes vacants. » — The Catholic Encyclopedia, « Pope Clement X », 1908[68]
Le pape mourut avant que la crise n'atteignît son paroxysme ; elle culminera sous son successeur Innocent XI, jusqu'à la Déclaration des Quatre Articles gallicans de 1682. Mais c'est bien Clément X qui, le premier, refusa de céder à l'absolutisme religieux du Roi-Soleil.
Le soutien à la Pologne de Jean Sobieski
Sur le front oriental, Clément X poursuivit la grande politique de croisade défensive contre l'Empire ottoman. Connaissant la Pologne pour y avoir servi un demi-siècle plus tôt, il réorganisa les finances pontificales et accorda au royaume une aide financière substantielle dans sa lutte contre l'invasion turque.[69][70]
« Clément organisa les finances pontificales et donna à la Pologne une aide considérable contre l'invasion turque. » — Encyclopædia Britannica, « Clement X »[71]
Ce soutien romain accompagna les premiers grands succès du futur roi Jean III Sobieski, vainqueur des Ottomans à Khotyn en 1673 — l'homme qui, dix ans plus tard, sauverait Vienne. La papauté de Clément X s'inscrit ainsi dans la longue tradition de la Sainte Ligue qui, de Lépante au siège de Vienne, mobilisa Rome contre la menace turque.
Rome embellie : fontaines, anges et palais
Comme tous les papes baroques, Clément X voulut embellir la Ville éternelle, malgré l'état précaire des finances. Son nom reste attaché à plusieurs chefs-d'œuvre romains.
Le pont Saint-Ange (Ponte Sant'Angelo) doit ses dix statues d'anges en marbre de Carrare, portant les instruments de la Passion, à une commande de Clément IX (1669) : le Bernin en dessina le programme, son atelier l'exécuta, et l'ouvrage s'acheva sous Clément X, qui prit solennellement possession du pont nouvellement orné en 1671.[72] L'une des plus célèbres compositions de la Rome baroque, elle transforma l'accès au château Saint-Ange en voie triomphale du Christ souffrant.
Sur la place Saint-Pierre, il fit élever la seconde des deux fontaines qui encadrent l'obélisque, afin de répondre symétriquement à celle du Bernin : l'ensemble donne aujourd'hui encore à la colonnade son équilibre majestueux.[73][74] Il acheva enfin la rénovation du Palazzo Altieri, vaste demeure familiale près du Gesù.[75] L'une des dernières œuvres du Bernin lui-même fut un buste de Clément X, sculpté en 1676, l'année de la mort du pape comme de la vieillesse de l'artiste.[76]
La mort et la postérité (22 juillet 1676)
Rongé par la goutte, Clément X s'éteignit à Rome le 22 juillet 1676, à quatre-vingt-six ans, après un pontificat de six ans, deux mois et vingt-trois jours.[77][78] Il fut inhumé dans la basilique Saint-Pierre, sous un tombeau dessiné par Mattia de' Rossi, élève du Bernin.[79]
- 9 décembre 1669Mort de Clément IXouverture de la vacance
- 20 décembre 1669 — 29 avril 1670Le conclavequatre mois de blocage
Français et Espagnols se neutralisent ; le veto français écarte d'Elci le 10 février. Faute de candidat majoritaire, les cardinaux élisent l'octogénaire Altieri, qui prend le nom de Clément X.[82]
- 12 avril 1671Cinq canonisations en un jourdont Rose de Lima
Gaétan de Thiene, François Borgia, Philippe Benizi, Louis Bertrand et Rose de Lima — première sainte du Nouveau Monde — sont canonisés ensemble.[83][84]
- 10 février 1673Déclaration de Saint-Germaindébut de la querelle de la régale
- 1675Le Jubiléquinzième Année Sainte
Malgré son grand âge et la goutte, le pape préside l'Année Sainte qui attire à Rome des foules de pèlerins.[87]
- 22 juillet 1676Mort de Clément Xà quatre-vingt-six ans
Son successeur, le cardinal Benedetto Odescalchi, élu en septembre 1676 sous le nom d'Innocent XI, fera précisément du combat contre le népotisme et de la fermeté face à Louis XIV les deux axes de son pontificat — comme en réponse aux deux faiblesses du règne précédent.
Le bilan d'un pontificat de transition
Clément X n'est ni un grand réformateur ni un docteur. Son règne fut, à bien des égards, le gouvernement d'un cardinal-neveu exercé au nom d'un vieillard. Mais réduire ce pontificat à son népotisme serait une injustice. En six ans, Clément X éleva sur les autels les grands saints de la Contre-Réforme, consacra la première sainteté américaine, soutint l'Europe chrétienne contre les Turcs, tint tête au Roi-Soleil sur la régale, donna à l'Amérique du Nord française son premier évêché, et orna Rome de chefs-d'œuvre qui font encore aujourd'hui la gloire de la place Saint-Pierre.
Pape de transition porté au sommet trop tard pour réformer, mais assez longtemps pour servir, il offre l'image d'un pasteur consciencieux.[90]
Pourquoi Clément X compte aujourd'hui
Clément X compte d'abord pour l'histoire des institutions pontificales : son cas est l'un des plus purs du système du cardinal-neveu, juste avant qu'Innocent XI puis, seize ans plus tard, la bulle Romanum decet Pontificem d'Innocent XII (22 juin 1692) ne le démantèlent.[91] Il compte pour l'histoire de la sainteté universelle, puisque c'est sous son pontificat que l'Église reconnut sa première sainte née aux Amériques. Il compte enfin pour l'histoire des rapports entre Rome et les États modernes, car c'est lui qui ouvrit, face à Louis XIV, la querelle gallicane de la régale. Pape de transition, certes — mais une transition par laquelle passèrent quelques-unes des grandes lignes de l'Église moderne.
Pour aller plus loin
- Pape Clément IX (1667-1669), prédécesseur qui créa Altieri cardinal dix jours avant de mourir
- Pape Innocent XI (1676-1689), successeur réformateur, adversaire du népotisme et de Louis XIV sur la régale
- Pape Léon XI (1605), autre pontificat bref de la Rome baroque, le « pape éclair »
- Pape Clément VIII (1592-1605), grand pape de la Réforme catholique
- Le concile de Trente (1545-1563), dont la Contre-Réforme canonisée en 1671 fut le fruit
- Pape François, qui canonisa en 2014 François de Laval, premier évêque du Québec érigé par Clément X
Notes et références
Le conclave du 20 décembre 1669 au 29 avril 1670, d'après Ludwig von Pastor, Histoire des papes, vol. XXXI de l'édition anglaise (Londres, Kegan Paul, Trench, Trubner, 1940 [1891]), pp. 434-437 : soixante-dix membres du Sacré Collège, dont soixante-cinq prirent part à l'élection ; cinquante-six cardinaux au premier scrutin du 21 décembre ; exclusive prononcée par la France (duc de Chaulnes) contre D'Elci le 10 février 1670 ; élection d'Altieri le 29 avril (trois voix au scrutin du matin, vingt et une voix et trente-cinq accessi l'après-midi, soit cinquante-six suffrages sur cinquante-neuf électeurs) ; longue résistance en larmes dans sa cellule, puis transport sur les bras des cardinaux jusqu'à la Sixtine (« più sforzato che vinto fu portato su le braccia », Avviso du 30 avril 1670, cité par Pastor). La durée de « quatre mois et vingt jours » est celle de la Catholic Encyclopedia (« Pope Clement X », 1908). Voir aussi Frederic J. Baumgartner, Behind Locked Doors, Palgrave Macmillan, 2003, et Salvador Miranda, « Conclave of 1669-70 », The Cardinals of the Holy Roman Church (https://cardinals.fiu.edu/conclave-xvii.htm). La fluctuation des effectifs (soixante-cinq participants au total, cinquante-neuf votants au scrutin final, après départs pour maladie et décès, dont celui du cardinal d'Elci) y est documentée jour par jour, d'après la chronique de F. Burkle-Young. Le conclave de 1691 (12 février – 12 juillet 1691, cinq mois) est le plus long du XVIIᵉ siècle (cf. « 1691 conclave », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/1691_conclave). Vérification directe du récit de Pastor (vol. XXXI, éd. angl., pp. 434-437) : trois voix pour Altieri au premier scrutin du matin sur 56, puis 21 voix et 35 accessi l'après-midi, soit 56 suffrages sur 59 électeurs, élection à 15 heures et consentement une heure plus tard ; Pastor décrit un conclave étiré sur « more than four months ». La chronique jour par jour de Miranda (d'après Burkle-Young) établit 70 cardinaux au décès, 56 votants au premier scrutin du 21 décembre (deux cardinaux malades absents), 65 participants distincts au total, 59 votants au scrutin final et la mort de d'Elci à la mi-avril.
1 4 28 30 31 32 33 35 36 37 39 81 82« Pope Clement X », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Clement_X), pour les parents Lorenzo Altieri et Vittoria Delfino, le frère cardinal Giambattista Altieri, l'ordination sacerdotale du 6 avril 1624, la consécration épiscopale comme évêque de Camerino le 30 novembre 1627, la nonciature de Naples (1644-1652), le secrétariat de la Congrégation des évêques et réguliers (1657-1667), le cardinalat du 29 novembre 1669, l'adoption des Paluzzi degli Albertoni et le rôle gouvernemental du cardinal-neveu Paluzzo Paluzzi Altieri, les canonisations du 12 avril 1671, les anges du Bernin sur le Ponte Sant'Angelo, les fontaines de la place Saint-Pierre, le buste de Clément X par le Bernin (1676), le tombeau de Mattia de' Rossi, la mort le 22 juillet 1676. La Wikipedia anglophone écrit « six years, two months, and twenty-four days » ; le décompte date à date (29 avril 1670 – 29 avril 1676 : six ans, puis 29 avril – 22 juillet 1676 : deux mois et vingt-trois jours écoulés) donne vingt-trois jours, retenus ici. Données recoupées avec la Catholic Encyclopedia et l'Encyclopædia Britannica. La commande du programme des dix anges par Clément IX en 1669, son exécution par l'atelier du Bernin et son achèvement sous Clément X (prise de possession solennelle du pont en 1671) : cf. « Ponte Sant'Angelo », Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Ponte_Sant'Angelo), et la gravure de G. B. Falda (1671) d'après le Bernin décrite par Christie's.
2 6 10 12 19 21 22 24 38 42 44 46 48 50 54 57 59 60 72 74 75 76 78 79 87 89« Pope Clement X », The Catholic Encyclopedia, vol. 4, New York, Robert Appleton Company, 1908 (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/04028b.htm). Pour la naissance à Rome le 13 juillet 1590, l'appartenance à l'ancienne noblesse romaine, le cardinalat tardif obtenu après avoir cédé ses droits en faveur d'un frère aîné, l'élection après un long conclave par l'expédient d'un cardinal âgé, l'adoption des Paluzzi et le mariage de Laura Caterina Altieri, le cardinal-neveu Paoluzzi-Altieri, la canonisation de Cajetan, Philippe Benizi, François Borgia, Louis Bertrand et Rose de Lima, les béatifications de Pie V, Jean de la Croix et des Martyrs de Gorcum, le début de la lutte de la régale avec Louis XIV, l'aide financière à la Pologne contre les Turcs, les dix anges de marbre du pont Saint-Ange et les deux fontaines de la place Saint-Pierre, et la mort le 22 juillet 1676. Texte original : « The Sacred College, after a long conclave, resorted to the old expedient of electing a cardinal of advanced years » ; « he had waived his claims to the elevation in favour of an older brother » ; « he began with that imperious monarch the long struggle concerning the régale ».
3 5 7 11 13 15 16 17 25 27 29 34 40 41 43 45 47 49 53 55 58 66 68 70 77 80 83 86 88« Clement X », Encyclopædia Britannica (https://www.britannica.com/biography/Clement-X), pour la naissance à Rome (12 juillet 1590 dans l'édition actuelle ; le 13 juillet dans l'édition de 1911 comme dans la Catholic Encyclopedia), le service à la nonciature de Pologne (1623-1627), l'épiscopat de Camerino, le cardinalat de 1669, l'élection en 1670 à un âge avancé, la résistance aux exigences de Louis XIV sur les sièges vacants, la réorganisation des finances pontificales et l'aide considérable apportée à la Pologne contre l'invasion turque, les commandes architecturales (Palazzo Altieri, fontaines de la place Saint-Pierre). Aucun verbatim « bien-aimé » n'a été retrouvé dans la notice (page inaccessible en direct lors de la vérification) : les guillemets ont donc été retirés. Texte original : « Clement organized papal finances and gave Poland considerable aid against Turkish invasion ».
8 9 14 18 69 71 73 90« Pope Clement X (Emilio Bonaventura Altieri) », Catholic-Hierarchy (https://www.catholic-hierarchy.org/bishop/balti.html), base prosopographique pour les dates d'ordination sacerdotale (6 avril 1624), de consécration épiscopale (30 novembre 1627, évêque de Camerino), de création cardinalice (29 novembre 1669) et la liste des consistoires du pontificat.
20 26Le pontificat d'Innocent X (Giovanni Battista Pamphilj, pape de 1644 à 1655) correspond aux années où Emilio Altieri exerça la nonciature de Naples (1644-1652). Cf. « Pope Clement X » et « Pope Innocent X », Wikipedia.
23L'édit douanier du 11 septembre 1674 et la crise des quatre ambassadeurs (automne 1674 – accord du 11 juillet 1675), d'après Ludwig von Pastor, Histoire des papes, vol. XXXI de l'édition anglaise (Londres, Kegan Paul, Trench, Trubner, 1940 [1891]), pp. 500-503 : droit de 3 % sur toutes les marchandises entrant dans Rome, contre les abus de l'exemption douanière des ambassadeurs (dont l'envoyé français d'Estrées) ; front commun des diplomates de France, de l'Empire, d'Espagne et de Venise ; audience collective refusée par le cardinal-neveu ; édit révoqué au profit d'un édit plus doux du 28 juin 1675, excuses d'Altieri. Vérification directe du texte de Pastor (pp. 500-503) : édit du 11 septembre 1674 à 3 % sur toutes les marchandises entrantes, abus de d'Estrées, coalition des quatre diplomates (France, Empire, Espagne, Venise), audience collective refusée, Quirinal mis en état de défense, révocation au profit de l'édit plus doux du 28 juin 1675, excuses d'Altieri, accord du 11 juillet 1675 (Barb. 5307, p. 7 sq.). Pièces citées par Pastor : Barb. 5306 et 5640, pp. 309-444 (Bibliothèque vaticane), Cifre scritte dall'em. Altieri ai Nunzii (Archives Altieri, Rome, Cod. 26, E. 3), Levinson, Nuntiaturberichte, II, et Gerin, II.
51 52Sur sainte Rose de Lima (Isabel Flores de Oliva, 1586-1617), tertiaire dominicaine de Lima : proclamée patronne de Lima, du Pérou et des Indes occidentales par Clément X en 1670, puis canonisée le 12 avril 1671, devenant la première personne née dans les Amériques à être élevée à la gloire des autels. Cf. « Rose of Lima », The Catholic Encyclopedia, vol. 13, 1912 (New Advent), et « Pope Clement X », Wikipedia.
56 84L'érection du diocèse de Québec, d'après Catholic-Hierarchy, « Diocese of Québec » (https://www.catholic-hierarchy.org/diocese/dqueb.html) : vicariat apostolique de la Nouvelle-France érigé le 11 avril 1658, élevé au rang de diocèse le 1er octobre 1674, immédiatement soumis au Saint-Siège ; premier ordinaire : saint François de Laval (1658-1688). Cf. Dictionary of Canadian Biography, « LAVAL, FRANÇOIS DE » (http://www.biographi.ca/en/bio/laval_francois_de_2F.html), premier évêque de Québec (1674-1688), et Catholic Answers Encyclopedia, « Canada » (https://www.catholic.com/encyclopedia/canada) : Laval obtint de Clément X l'érection de Québec en siège épiscopal (1674).
61La mission de Paul Menzies (Menesius) à Rome, d'après Ludwig von Pastor, Histoire des papes, vol. XXXI (éd. angl.), pp. 459-460 : l'Écossais catholique Paul Menzies von Pitfodels, parti de Moscou le 20 octobre 1672 comme envoyé du tsar Alexis, arrive à Rome le 18 août 1673 et est reçu en audience le 28 août ; réponse courtoise mais sans engagement concret (joie du pas du tsar, promesse d'exhorter les princes chrétiens contre le péril turc). Vérification directe du texte de Pastor (pp. 459-460) : les dates et l'audience y sont confirmées, mais le récit ne mentionne pas explicitement le titre de tsar ; le refus de sa sanction est attesté par la synthèse encyclopédique anglophone (« could not obtain the grant or sanction of that title », « Pope Clement X », Wikipedia). Sources citées par Pastor : N. Tscharykow, Une ambassade russe à Rome au XVIIe siècle : Paul Menzies de Pitfodels (extrait du Cosmos catholicus), et A. Theiner, Monuments historiques relatifs aux règnes d'Alexis Mikhailovitch, Théodore III et Pierre le Grand, Rome, 1859.
62La suspension de l'Inquisition portugaise, d'après l'e-Journal of Portuguese History, vol. 14, n° 1 (juin 2016) (http://scielo.pt/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S1645-64322016000100011) : les abus dénoncés conduisirent Clément X à suspendre l'Inquisition portugaise en 1674, rétablie seulement en 1681 ; et Encyclopedia.com, « Popes » : « In 1674 Clement X suspended the activities of the Portuguese Inquisition which were, however, renewed in 1681 by Innocent XI ». Le bref de suspension est le bref Cum dilecti (1674), le pouvoir n'étant restitué au Saint-Office qu'en 1681, sous Innocent XI (cf. G. Marcocci et J. P. Paiva, 2013, p. 204, cités par la revue Politeia, UESB).
63Les consistoires de Clément X, d'après Salvador Miranda, « Consistories for the creation of Cardinals, 17th Century » (https://cardinals.fiu.edu/consistories-xvii.htm) : six consistoires (22 décembre 1670, 24 août 1671, 22 février 1672, 16 janvier 1673, 12 juin 1673, 27 mai 1675), vingt cardinaux créés, dont Vincenzo Maria (né Pietro Francesco) Orsini, O.P., au consistoire du 22 février 1672, élu pape Benoît XIII en 1724. Cf. Catholic-Hierarchy pour les dates de création cardinalice.
64Documentation sur l'affaire de la régale (cf. Affaire de la régale et Droit de régale, Wikipédia ; Pierre Blet, Les assemblées du clergé et Louis XIV de 1670 à 1693, Rome, 1972) : la régale, droit du roi de percevoir les revenus d'un évêché vacant et d'y conférer des bénéfices jusqu'à l'installation du nouvel évêque ; la Déclaration de Saint-Germain du 10 février 1673, précisée par une déclaration d'avril 1675, étendant la régale à l'ensemble du royaume, y compris aux diocèses méridionaux jusque-là exemptés ; les protestations pontificales amorcées sous Clément X et poursuivies, après sa mort, par Innocent XI. Le conflit prend fin en 1693 par un compromis : Innocent XII accepte l'extension de la régale temporelle et investit les évêques nommés, tandis que Louis XIV renonce à la régale spirituelle (cf. « Affaire de la régale », Wikipedia, d'après Pierre Blet, Les assemblées du clergé et Louis XIV de 1670 à 1693). À recouper avec la Catholic Encyclopedia.
65 67 85La bulle Romanum decet Pontificem du 22 juin 1692, par laquelle Innocent XII interdit la charge de cardinal-neveu et limita l'élévation des parents d'un pape au cardinalat : cf. « Pope Innocent XII », The Catholic Encyclopedia (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/08022a.htm), et S. Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church (https://cardinals.fiu.edu/bios1681.htm).
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