Pape Alexandre VII (1599-1667)

Fabio Chigi, pape de 1655 à 1667 : diplomate de la paix de Westphalie, il prononça une condamnation décisive du jansénisme, défendit l'Immaculée Conception et fit du Bernin l'artisan de la « Roma Alessandrina », tout en subissant l'humiliation du traité de Pise imposé par Louis XIV.

Ignispedia

Alexandre VII (Alexander VII), né Fabio Chigi le 13 février 1599 à Sienne, gouverne l'Église de Rome du 7 avril 1655 au 22 mai 1667. Diplomate de carrière formé dans les chancelleries pontificales, il avait été le nonce qui, à Münster, refusa de négocier avec les princes protestants et rédigea la protestation de Rome contre la paix de Westphalie de 1648 ; devenu pape, il prolongea ce combat sur deux fronts à la fois doctrinal et politique.[1][2]

Sur le plan de la foi, son pontificat est celui de la condamnation décisive du jansénisme. Là où son prédécesseur Innocent X avait condamné les cinq propositions tirées de l'Augustinus de Cornelius Jansen, Alexandre VII trancha la « question de fait » — ces propositions sont bien dans le livre, au sens où l'auteur les entendait — puis imposa à tout le personnel ecclésiastique et aux enseignants un Formulaire de soumission qui fit de l'adhésion à Rome une signature obligatoire.[3][4] Le même pape donna à la dévotion mariale un appui décisif en publiant, en 1661, la constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum qui protégeait la croyance en l'Immaculée Conception deux siècles avant sa définition dogmatique.[5]

Sur le plan politique, le règne fut marqué par une humiliation retentissante. Le jeune Louis XIV, décidé à plier la papauté, exploita une rixe entre la Garde corse et l'ambassade de France (1662) pour occuper Avignon, masser des troupes aux portes des États pontificaux et arracher au pape le traité de Pise (1664) : Garde corse dissoute, pyramide d'infamie dressée dans Rome, et un cardinal-neveu envoyé présenter les excuses du Saint-Siège au roi.[6][7]

Le pontificat d'Alexandre VII tient en cinq dossiers : l'élection de Fabio Chigi, le jansénisme, l'Immaculée Conception, l'affrontement avec Louis XIV et la Rome baroque du Bernin. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Pourtant, la postérité retient surtout d'Alexandre VII le pape du Bernin et de la « Roma Alessandrina » : la grande colonnade de la place Saint-Pierre, la Chaire de saint Pierre, la Scala Regia, l'éléphant portant l'obélisque de la Minerve. Érudit, poète latin, mélancolique, il gardait un cercueil dans sa chambre et un crâne sculpté sur sa table de travail — un prince baroque hanté par la mort, qui voulut faire de Rome le théâtre de gloire de l'Église triomphante tout en méditant chaque jour sa propre fin.[8][9]

Pourquoi Alexandre VII est un pape « baroque » de la Réforme catholique

La mémoire commune retient deux Alexandre VII apparemment incompatibles : le moraliste austère qui jura, en montant sur le trône, de ne jamais enrichir sa famille, et le mécène fastueux qui couvrit Rome de colonnades et d'obélisques. La vérité est qu'il fut les deux à la fois, et que cette tension est la clef de son pontificat.

Quand il est élu en 1655, l'Église a digéré la rupture protestante mais affronte une menace plus subtile : le jansénisme, un mouvement né dans le catholicisme lui-même, rigoriste, savant, profondément implanté dans l'élite française autour de Port-Royal. Au même moment, la monarchie absolue de Louis XIV entend soumettre l'Église de France — et, à travers elle, le pape — à l'autorité du roi. Alexandre VII se trouve ainsi pris entre une hérésie intérieure et un État conquérant, sans plus disposer des armes qui avaient permis aux papes de la Renaissance d'imposer leur volonté.[10][11]

Sa réponse fut double. Doctrinalement, il fut inflexible : il acheva la condamnation du jansénisme et défendit la dévotion mariale. Politiquement, il fut impuissant : contraint de céder à Louis XIV, il but l'humiliation de Pise jusqu'à la lie. Et culturellement, il fut génial : il fit du baroque romain le langage visible de la victoire catholique, transformant la défaite politique en triomphe esthétique. La colonnade de Saint-Pierre, ces deux bras de pierre qui « embrassent » la chrétienté, est le manifeste d'un pape qui ne pouvait plus commander aux rois mais voulait encore parler au monde.[12]

C'est ce qui fait de lui un pape instructif. Il montre une Église entrée dans l'âge des grandes monarchies, où l'autorité spirituelle du successeur de Pierre survit en s'appuyant moins sur la force que sur la doctrine, la beauté et la patience. Ni héros de la Contre-Réforme triomphante, ni simple victime de Louis XIV, Alexandre VII demande un regard qui sépare ce qu'il a tenu de ce qu'il a dû subir.

Les sources principales

SourceNatureApport pour Alexandre VII
The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Alexander VII » (1907)Synthèse catholique de référenceBiographie, carrière diplomatique, jansénisme, mécénat, bilan
Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge, t. XXX-XXXIGrande histoire savante de la papautéRécit détaillé du règne, népotisme, politique française
Encyclopædia Britannica, art. « Alexander VII (pope) »Notice biographique moderneCaractérisation d'ensemble, dates, traité de Pise
Bulle Ad sanctam beati Petri sedem (16 octobre 1656)Acte pontificalCondamnation des cinq propositions « au sens de l'auteur »
Constitution Regiminis Apostolici (15 février 1665)Acte pontificalImposition du Formulaire anti-janséniste
Constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum (8 décembre 1661)Acte pontificalProtection de la croyance en l'Immaculée Conception
Traité de Pise (12 février 1664)Acte diplomatiqueRéparation imposée par Louis XIV après l'affaire de la Garde corse
Le Bernin, tombeau d'Alexandre VII (1671-1678), Saint-PierreSource iconographiqueMémoire baroque du pape : squelette, sablier, vérité voilée

Fabio Chigi avant le pontificat (1599-1655)

Avant d'être pape, Fabio Chigi fut d'abord un diplomate — l'un des plus expérimentés de son siècle. Sa vie publique, presque entièrement consacrée au service des nonciatures et des congrès, explique à la fois sa fermeté doctrinale et son inaptitude à manier la force : il avait passé trente ans à négocier, jamais à commander des armées.

Une naissance dans une grande famille siennoise

Fabio Chigi naît le 13 février 1599 à Sienne, au sein de l'une des familles les plus illustres et les plus riches de Toscane.[13] Les Chigi avaient donné à la Renaissance le banquier Agostino Chigi, ami de Jules II et de Léon X, dont la villa romaine — la Farnesina — abritait les fresques de Raphaël. Le grand-oncle de Fabio n'était autre que le pape Paul V, ce qui faisait de l'enfant un membre du grand patriciat pontifical.[14][15]

Cette ascendance pèsera lourd : Fabio Chigi grandit dans la conscience d'appartenir à une lignée faite pour gouverner l'Église, et le népotisme qui marquera son règne plonge ses racines dans cet héritage familial autant que dans les mœurs de son temps.

L'enfant malade devenu érudit précoce

L'enfance de Fabio fut assombrie par la maladie : frappé tout jeune d'une attaque d'apoplexie, il resta de santé fragile et ne put suivre un cursus scolaire ordinaire.[16] Éduqué par sa mère et par des précepteurs, il manifesta une précocité remarquable et un amour passionné de la lecture. À vingt-sept ans, il avait conquis à l'université de Sienne le triple doctorat de philosophie, de droit et de théologie.[17]

Cette formation fit de lui un humaniste accompli — il composa toute sa vie des vers latins, réunis en 1656 dans un recueil publié à Paris.[18] L'érudition, chez lui, n'était pas un ornement mais une seconde nature ; elle nourrira son goût pour les bibliothèques, les antiquités et les artistes, et fera du futur pape un connaisseur exigeant capable de dialoguer d'égal à égal avec le Bernin.

Du vice-légat de Ferrare à l'inquisiteur de Malte

Entré au service de la Curie à Rome en décembre 1626, Fabio Chigi est nommé dès 1627 par Urbain VIII vice-légat de Ferrare.[19] Il y sert cinq ans sous les cardinaux Sacchetti et Pallotta, dont les recommandations lui valent un poste plus sensible : inquisiteur de Malte, fonction assortie de la consécration épiscopale.[20]

Ces premières charges révèlent l'homme : un administrateur scrupuleux, fidèle à la légalité ecclésiastique, déjà associé à la défense de la foi par sa charge inquisitoriale. Rien d'un prince guerrier ; tout d'un canoniste et d'un diplomate appelé à monter en grade par la confiance de ses supérieurs.

Le nonce de Cologne et le congrès de Westphalie (1639-1648)

En 1639, Chigi est promu à la nonciature de Cologne, l'un des postes les plus exposés de la diplomatie pontificale dans une Allemagne ravagée par la guerre de Trente Ans.[21] En 1644, Innocent X le fait envoyé extraordinaire au congrès de Münster, où s'élaborent les traités qui mettront fin au conflit. Pendant quatre années, le nonce y défend avec énergie les intérêts du Saint-Siège.[22][23]

Sa position y est cependant intenable. Fidèle à la doctrine de l'Église, Chigi refuse de délibérer directement avec les princes que Rome tient pour hérétiques, ce qui le marginalise dans des négociations dont l'enjeu même est la coexistence confessionnelle.[24][25] C'est à Münster qu'il se heurte au cardinal Mazarin, alors maître de la politique française : une inimitié personnelle qui, vingt ans plus tard, empoisonnera ses rapports avec la France.[26]

La protestation contre la paix de Westphalie

La paix de Westphalie (1648) consacre, aux yeux de Rome, une catastrophe : la reconnaissance juridique du protestantisme dans l'Empire, la sécularisation de biens d'Église, l'abandon de populations catholiques à des souverains réformés. Chigi rédige la protestation que Rome opposera au traité, et qu'Innocent X publiera en 1650 par le bref Zelo Domus Dei, antidaté au 26 novembre 1648 pour préserver les droits de l'Église.[27][28]

Le ton en est implacable : le pape y déclare les clauses religieuses du traité

« nulles, vaines, invalides, iniques, injustes, condamnées, réprouvées, vides de sens et sans effet pour toujours. » — Innocent X, bref Zelo Domus Dei, rédigé par le nonce Fabio Chigi, publié en 1650[29]

Les puissances européennes ignorèrent la protestation : elle resta lettre morte. Mais elle révèle l'homme qui deviendra Alexandre VII — un canoniste pour qui le droit de l'Église ne se négocie pas, fût-ce au prix de l'efficacité politique. Cette intransigeance fera sa grandeur doctrinale face au jansénisme et sa faiblesse politique face à Louis XIV.

Secrétaire d'État et cardinal (1651-1652)

Rappelé à Rome en 1651, Fabio Chigi est nommé secrétaire d'État d'Innocent X, le plus haut poste de la diplomatie pontificale.[30] En février 1652, il reçoit le chapeau de cardinal.[31] Conseiller écouté du pape vieillissant, il joue un rôle de premier plan dans les affaires de l'Église — notamment dans la condamnation des premières propositions jansénistes, dont il presse Innocent X de faire justice.[32]

À la mort d'Innocent X, le 7 janvier 1655, le cardinal Chigi est donc un candidat naturel : expérimenté, intègre, réputé pour sa piété et sa rigueur de mœurs. Il lui faudra pourtant traverser l'un des plus longs conclaves du siècle.

L'élection de 1655 : un conclave de quatre-vingts jours

Le conclave qui s'ouvre après la mort d'Innocent X dure quatre-vingts jours — l'un des plus longs du XVIIᵉ siècle.[33][34] Le blocage est d'abord politique : le cardinal Mazarin, qui n'a pas oublié leurs affrontements de Münster, fait obstacle à la candidature Chigi au nom de la France.[35] Les factions des couronnes — France, Espagne — et celles des cardinaux créés par les papes précédents s'opposent sans qu'aucun nom ne s'impose.

Finalement, l'opposition française cède : faute de mieux, Mazarin se résigne à accepter Chigi comme candidat de compromis.[36] Le 7 avril 1655, Fabio Chigi est élu pape, et choisit le nom d'Alexandre VII en hommage à Alexandre III, le grand pape du XIIᵉ siècle qui avait tenu tête à l'empereur.[37] Le choix du nom est tout un programme : celui d'une papauté qui se veut, face aux princes, l'héritière des grands pontifes médiévaux.

L'élu a cinquante-six ans. Il jouit d'une réputation de sainteté, d'austérité et d'aversion pour le luxe qui suscite, dans une Rome lasse du népotisme d'Innocent X et de sa belle-sœur Olimpia, un immense espoir de réforme.[38] Cet espoir sera, sur un point précis, déçu.

Le pape et le népotisme : un serment trahi ?

Le premier acte du pontificat est une rupture éclatante avec les mœurs de la Curie — bientôt suivie d'un reniement qui restera la tache morale du règne.

La promesse initiale : « pas de parents à Rome »

Dès son élection, Alexandre VII interdit à ses proches de venir à Rome.[39] Il veut donner l'exemple d'un pape qui ne confond plus l'intérêt de l'Église avec celui de sa famille — réaction directe contre le scandale d'Olimpia Maidalchini, la belle-sœur tout-puissante d'Innocent X. Pendant la première année, il tient parole, et toute la chrétienté salue en lui un réformateur.

La consultation des théologiens et le revirement de 1656

Au bout d'un an, le pape revient sur sa décision. Le 24 avril 1656, par une déclaration en consistoire, il annonce que ses parents l'assisteront désormais dans le gouvernement : il fait venir à Rome son frère Mario Chigi et ses neveux, dont Flavio Chigi, qui prend la place de cardinal-neveu.[40] Pour se justifier, il fit valoir qu'il avait consulté des théologiens et que le bien de l'État pontifical exigeait des collaborateurs sûrs.

Le népotisme d'Alexandre VII resta plus mesuré que celui de ses prédécesseurs, mais il suffit à ternir sa réputation et à fournir à Louis XIV, quelques années plus tard, un prétexte commode : c'est précisément le neveu Flavio qui devra aller s'humilier devant le roi de France après l'affaire de la Garde corse.

Le combat contre le jansénisme

Alexandre VII ferme l'échappatoire janséniste : la condamnation porte non seulement sur les propositions en droit, mais aussi sur leur présence dans l'Augustinus au sens de Jansénius. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le grand dossier doctrinal du pontificat est la lutte contre le jansénisme, ce mouvement né de l'Augustinus de l'évêque d'Ypres Cornelius Jansen (Jansénius), qui durcissait la doctrine de la grâce au point de paraître nier la liberté humaine et la portée universelle du salut.

Rappel : les cinq propositions et Cum occasione (1653)

Le 31 mai 1653, Innocent X avait, par la bulle Cum occasione, condamné comme hérétiques cinq propositions résumant la doctrine de l'Augustinus — notamment l'idée que certains commandements de Dieu sont impossibles à observer même pour les justes, et que le Christ n'est pas mort pour tous les hommes.[41] Fabio Chigi, alors secrétaire d'État, avait été l'un des artisans de cette condamnation.[42]

Les jansénistes acceptèrent la condamnation en droit — oui, ces propositions seraient hérétiques — mais la contestèrent en fait : ces cinq propositions, prétendaient-ils, ne se trouvaient pas dans le livre de Jansénius, ou pas au sens condamné. C'est cette distinction du droit et du fait qu'Alexandre VII allait briser.

Ad sanctam beati Petri sedem : la question de fait tranchée (1656)

Le 16 octobre 1656, Alexandre VII publie la constitution Ad sanctam beati Petri sedem, qui confirme Cum occasione et règle la « question de fait » : les cinq propositions sont bien contenues dans l'Augustinus de Jansénius, et condamnées au sens même où l'auteur les entendait.[43] L'échappatoire janséniste est fermée : on ne peut plus prétendre défendre Jansénius tout en acceptant la condamnation des propositions.

Au début de 1656, le chef de file Antoine Arnauld est exclu de la faculté de théologie de la Sorbonne, avec soixante autres docteurs qui avaient pris sa défense.[44] Le conflit, désormais, ne porte plus sur la lettre des textes mais sur l'autorité du pape à juger un fait dogmatique — débat qui traversera tout le siècle.

Le Formulaire et Regiminis Apostolici (1665)

Pour obtenir la soumission de tous, on rédige un Formulaire : une formule par laquelle chaque ecclésiastique doit jurer qu'il condamne les cinq propositions au sens de Jansénius. Le 15 février 1665, Alexandre VII donne à ce Formulaire sa forme officielle par la constitution Regiminis Apostolici, qui en impose la signature à tout le personnel ecclésiastique et aux enseignants — et pas au seul clergé de France.[45]

« Je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions de Cornelius Jansen contenues dans son livre intitulé Augustinus, dans le sens même entendu par cet auteur, telle que le Siège apostolique l'a condamnée. » — Formule de soumission imposée par la constitution Regiminis Apostolici, 1665[46]

La résistance fut tenace : des religieuses de Port-Royal refusèrent de signer, et la crise ne s'apaisa qu'après la mort d'Alexandre VII, par la « Paix de l'Église » négociée sous son successeur Clément IX (1669) — sans que la querelle soit close pour autant, puisqu'elle rebondit au siècle suivant avec Vineam Domini (1705) puis Unigenitus (1713). Le pape siennois avait néanmoins posé l'acte décisif : faire de l'adhésion au jugement romain une signature obligatoire et publique.

Pascal, les Provinciales et la guerre des pamphlets

Le combat ne fut pas seulement juridique : il fut aussi une bataille de l'opinion, où le génie littéraire se rangea d'abord du côté de Port-Royal. En 1656-1657, Blaise Pascal publie anonymement ses Lettres provinciales, dix-huit lettres d'une ironie dévastatrice contre la casuistique des jésuites et en faveur d'Arnauld.[47] Chef-d'œuvre de la prose française, elles donnèrent au jansénisme une aura de rigueur morale que les condamnations romaines eurent du mal à effacer.

Les Provinciales furent mises à l'Index, mais le mal était fait : dans l'élite française, l'image du janséniste austère et persécuté s'opposait désormais à celle du jésuite accommodant. Alexandre VII gagna la bataille canonique ; il ne gagna pas la bataille des cœurs, et le jansénisme français lui survécut près d'un siècle.

La défense de l'Immaculée Conception (1661)

Au-delà de la polémique, Alexandre VII laissa une empreinte positive et durable sur la dévotion mariale. La croyance que la Vierge Marie fut préservée du péché originel dès sa conception était alors défendue avec ferveur par les franciscains et la plupart des fidèles, mais combattue par une partie des théologiens dominicains : la querelle, parfois violente, troublait l'Église.

Le 8 décembre 1661, par la constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum, Alexandre VII intervient. Sans définir encore de dogme, il interdit d'attaquer publiquement la croyance en l'Immaculée Conception et confirme que l'objet de la fête du 8 décembre est bien la préservation de Marie du péché originel dès le premier instant de sa conception.[48] Le texte impose le silence aux adversaires de la doctrine et donne à la dévotion un appui romain décisif.

L'importance de cet acte se mesure deux siècles plus tard : lorsque le bienheureux Pie IX définira le dogme de l'Immaculée Conception en 1854, par la bulle Ineffabilis Deus, il citera expressément la constitution d'Alexandre VII parmi les actes qui avaient préparé la définition.[49] Le pape baroque fut ainsi l'un des artisans lointains du premier dogme marial de l'ère moderne.

Le bras de fer avec Louis XIV

Le drame politique du pontificat est l'affrontement avec la France de Louis XIV, devenue la première puissance d'Europe. Le roi, qui entend soumettre l'Église gallicane à sa couronne, trouve dans le vieux pape un adversaire qu'il peut humilier sans risque.

L'hostilité de Mazarin

Les rapports s'enveniment dès le début. Le cardinal Mazarin, principal ministre de Louis XIV, n'a jamais pardonné à Chigi leurs affrontements de Münster et d'Osnabrück, et il avait combattu son élection.[50] Tant qu'il vit, il entretient la défiance entre Paris et Rome. Sa mort, en 1661, laisse le champ libre à un Louis XIV de vingt-trois ans, résolu à prendre lui-même les rênes et à faire éclater la supériorité du roi sur le pape.

L'affaire de la Garde corse (1662)

Le prétexte vint d'une rixe. Louis XIV avait envoyé à Rome, comme ambassadeur extraordinaire, son cousin Charles III, duc de Créqui, avec une escorte renforcée — manière de provoquer la cour pontificale.[51] Le 20 août 1662, vers dix-neuf heures, une bagarre éclate aux environs du pont Sisto entre les soldats de la Garde corse (au service du pape) et des gens de la suite de l'ambassadeur ; la fusillade gagne la place Farnèse, les Corses tirent sur le carrosse de l'ambassade, et un page est tué.[52]

L'incident, en lui-même mineur, devient une crise d'État. Louis XIV exige des réparations exorbitantes ; devant le refus initial du pape, le parlement d'Aix prononce l'annexion d'Avignon et du Comtat Venaissin (enclaves pontificales en France), tandis que le roi masse des troupes à Parme et en France, prêt à l'affrontement armé.[53][54]

Le traité de Pise et la pyramide d'infamie (1664)

Le pape doit céder. Le 12 février 1664, le traité de Pise scelle l'humiliation du Saint-Siège :[55]

  • la Garde corse est dissoute pour toujours, et certains soldats sont pendus ;
  • une pyramide d'infamie est érigée dans Rome, portant l'inscription de la faute corse ;
  • Mario Chigi, frère du pape, est éloigné de Rome ;
  • en juillet 1664, à Fontainebleau, le cardinal-neveu Flavio Chigi doit venir en personne présenter au roi les excuses solennelles du Saint-Siège.

En échange, Louis XIV restitue Avignon et le Comtat. Quatre ans plus tard, le roi, magnanime, autorisera la démolition du monument d'infamie.[56] L'épisode marque un tournant : pour la première fois depuis longtemps, un roi très-chrétien a dicté ses conditions au pape dans Rome même. Alexandre VII, le canoniste pour qui le droit de l'Église ne se négociait pas, dut signer la plus humiliante des capitulations.

La politique étrangère : la chrétienté menacée

Au-delà du duel avec la France, Alexandre VII resta fidèle à la mission traditionnelle de la papauté : rassembler les princes chrétiens contre l'avancée ottomane et accueillir les convertis de marque.

Christine de Suède à Rome (1655)

L'année même de son élection, le pape connaît un triomphe spirituel éclatant. La reine Christine de Suède, fille du champion protestant Gustave-Adolphe, a abdiqué son trône et s'est convertie au catholicisme. Elle fait son entrée solennelle dans Rome le 23 décembre 1655, accueillie en grande pompe, et le pape la confirme le jour de Noël 1655.[57]

La conversion de Christine est une victoire de prestige inestimable pour la Réforme catholique : la fille du plus grand roi luthérien venait se ranger sous l'autorité de Rome. La reine, esprit libre et difficile, restera à Rome jusqu'à sa mort et sera l'une des grandes figures de la vie intellectuelle et artistique de la ville.

La guerre de Candie et la défense de Venise

Pendant tout le pontificat, la République de Venise soutient contre l'Empire ottoman une guerre acharnée pour la défense de la Crète (Candie) — l'un des plus longs sièges de l'histoire. Alexandre VII assiste les Vénitiens de ses subsides et de ses encouragements, et obtient en retour le rétablissement des jésuites à Venise, dont ils avaient été bannis.[58][59]

Le pape ne put empêcher la lente agonie de Candie, qui tombera en 1669, deux ans après sa mort. Mais sa politique reste celle d'un successeur de Pierre fidèle à l'idée de chrétienté : pour lui, la menace turque primait les querelles entre princes catholiques — conviction que Louis XIV, occupé à humilier le pape, ne partageait guère.

Les rites chinois

En Extrême-Orient, le pontificat marque une étape dans la longue querelle des rites chinois. En 1656, un décret du Saint-Office, sous Alexandre VII, autorise sous conditions certaines pratiques d'inculturation défendues par les missionnaires jésuites de Chine — honneurs rendus à Confucius et aux ancêtres compris comme actes civils.[60] La question, loin d'être close, resurgira et sera tranchée en sens contraire au siècle suivant ; mais Alexandre VII pencha, prudemment, du côté de la souplesse missionnaire.

Roma Alessandrina : le pape du Bernin

La Roma Alessandrina donne au pontificat son visage le plus durable : la colonnade de Saint-Pierre, la Chaire de saint Pierre, la Scala Regia et l'éléphant de la Minerve. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est par les arts qu'Alexandre VII a le plus durablement marqué l'histoire. Esthète et urbaniste passionné, il rêva de faire de Rome le théâtre visible de l'Église triomphante, et trouva en Gian Lorenzo Bernini le génie capable de réaliser cette vision. On parle, pour son règne, de « Roma Alessandrina » — la Rome d'Alexandre.

La colonnade de la place Saint-Pierre

L'œuvre maîtresse est la colonnade de la place Saint-Pierre, commencée par le Bernin en 1656. Deux immenses bras de quadruple colonnade — près de trois cents colonnes, surmontées de cent quarante statues de saints — enserrent la place en une ellipse monumentale.[61] Le sens du projet, transmis par l'historiographie du chantier, est celui des bras de l'Église maternelle qui s'ouvrent pour embrasser et accueillir la chrétienté : recevoir les catholiques pour les confirmer dans la foi, les hérétiques pour les réunir à l'Église, et les infidèles pour les éclairer de la vraie foi.[62]

Conçue sous un pape humilié par Louis XIV, cette architecture d'accueil universel est un acte de foi et de propagande : ne pouvant plus dominer les rois, la papauté affirme par la pierre sa vocation d'embrasser le monde.

La Chaire de saint Pierre et la Scala Regia

À l'intérieur de la basilique, Alexandre VII fait élever par le Bernin la Cathedra Petri (Chaire de saint Pierre), achevée en 1666 : un immense reliquaire de bronze doré qui enchâsse le trône supposé de l'apôtre, porté par les quatre grands docteurs de l'Église et couronné d'une gloire rayonnante où descend la colombe de l'Esprit.[63] La Chaire est le manifeste théologique du pontificat : l'autorité du siège de Pierre, contestée par les jansénistes et bafouée par Louis XIV, y est exaltée dans un triomphe de lumière.

Le pape commande aussi la Scala Regia (1663-1666), l'escalier d'honneur qui relie la basilique au palais apostolique, où le Bernin déploie un prodige d'illusion optique, et la statue équestre de Constantin.[64] Décorations de la basilique, escaliers monumentaux : tout concourt à mettre en scène la majesté du successeur de Pierre.

L'éléphant de la Minerve et l'urbanisme baroque

Esprit curieux, Alexandre VII aimait les inventions spirituelles. En 1667, l'année de sa mort, le Bernin dresse sur la place de la Minerve le célèbre éléphant de marbre portant un petit obélisque égyptien — le « Pulcino della Minerva » — dont l'inscription enseigne qu'il faut un esprit robuste pour porter une solide sagesse.[65]

Mais le pape ne se contenta pas de monuments isolés. Il prit un intérêt personnel à l'urbanisme de Rome — perçant des rues, dégageant des places, ordonnant des façades — et consigna ses projets dans ses journaux ; un recueil de gravures, le Nuovo Teatro delle fabriche et edificij... di Roma moderna, fut publié en 1665 pour célébrer ses chantiers.[66] La Rome baroque que parcourent aujourd'hui les pèlerins doit à ce pape une part décisive de son visage.

Le mécène des lettres : la Sapienza et la Bibliothèque vaticane

L'érudit ne pouvait oublier les livres. Alexandre VII modernisa l'université romaine de la Sapienza, en enrichit la bibliothèque, et fit faire d'importants accroissements à la Bibliothèque vaticane.[67] Les armes des Chigi — les monts surmontés de l'étoile et les rameaux de chêne — ornent encore l'église Sant'Ivo alla Sapienza de Borromini, achevée sous son règne.[68] Pape des artistes, il fut aussi pape des savants : sa Rome devait briller autant par l'esprit que par la pierre.

L'homme intérieur : l'érudit et le cercueil

Derrière le bâtisseur fastueux vivait un homme d'une piété austère, hanté par la mort. Témoin de la fragilité humaine depuis l'attaque qui avait marqué son enfance, Alexandre VII pratiquait un memento mori rigoureux : il gardait un cercueil dans sa chambre à coucher et un crâne — sculpté, dit-on, par le Bernin lui-même — posé sur sa table de travail, sous les yeux, pour méditer chaque jour sa fin.[69]

Ce contraste — la magnificence baroque et la cendre du tombeau — est la signature spirituelle du personnage. Le pape qui faisait dresser des colonnades pour la gloire de l'Église vivait personnellement dans la conscience aiguë de la vanité des grandeurs. Cette tension entre le triomphe et la mort n'est pas une contradiction : c'est le cœur même de la sensibilité baroque, où la splendeur la plus éclatante s'élève toujours sur le fond noir de la fin dernière.

La mort et le tombeau (1667)

Une fin minée par les humiliations

Les dernières années d'Alexandre VII furent assombries par les humiliations politiques — l'affaire de la Garde corse, le traité de Pise, l'arrogance croissante de Louis XIV — et par la maladie. Le vieux pape s'éteint à Rome le 22 mai 1667, à l'âge de soixante-huit ans.[70][71] Il laissait une Église doctrinalement raffermie mais politiquement affaiblie face aux grandes monarchies.

Le tombeau du Bernin : le squelette et le sablier

Sa mémoire fut confiée au génie qui avait servi sa gloire. Dans la basilique Saint-Pierre, le Bernin — alors vieillard lui-même — conçut pour Alexandre VII l'un des plus beaux tombeaux de l'art baroque.[72][73] Le pape y est agenouillé en prière ; au-dessous, sous un immense drap de marbre rouge soulevé, un squelette de bronze doré surgit en brandissant un sablier — la Mort qui interrompt le temps des puissants.

Tombeau d'Alexandre VII par le Bernin, basilique Saint-Pierre : le pape en prière, les vertus et la Mort surgissant avec le sablier. Wikimedia Commons, domaine public.

« Le tombeau d'Alexandre VII est l'un des plus beaux monuments de Saint-Pierre. » — Jugement rapporté par The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Alexander VII »[74]

Allégories de la Vérité, de la Charité, de la Prudence et de la Justice entourent le pape ; le squelette et le sablier rappellent que le pape qui méditait sur le cercueil avait voulu, jusque dans son monument funèbre, prêcher la fragilité de toute grandeur. C'est l'épitaphe la plus juste d'un règne où le triomphe et la mort se côtoyaient.

Le verdict de l'histoire

L'historiographie ne fait pas d'Alexandre VII un grand pape politique : il a subi Louis XIV plus qu'il ne l'a maîtrisé, et son reniement du serment anti-népotisme reste une faiblesse. Mais elle reconnaît en lui un pape doctrinalement ferme — il a clos la première grande crise janséniste et défendu l'Immaculée Conception — et un mécène de génie qui a donné à Rome quelques-uns de ses chefs-d'œuvre.[75][76]

C'est cette dualité qui fait de lui une figure attachante et instructive : un homme d'Église pris dans l'engrenage des monarchies absolues, incapable de vaincre les rois mais résolu à tenir la doctrine et à parler au monde par la beauté. Là où ses prédécesseurs de la Renaissance commandaient, Alexandre VII a dû résister, méditer et bâtir. Son tombeau, où la Mort soulève le marbre rouge sous les pieds du pape en prière, dit assez que la grandeur de l'Église ne tient pas à la puissance de ses pontifes, mais à la vérité qu'ils transmettent malgré leurs ombres.

Pour aller plus loin

  • Le jansénisme — l'hérésie de la grâce condamnée par Alexandre VII, et le Formulaire imposé à Port-Royal.
  • Le dogme de l'Immaculée Conception (1854) — la croyance protégée par la constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum de 1661.
  • La paix de Westphalie (1648) — le traité contre lequel le nonce Chigi rédigea la protestation de Rome.
  • Le pape Innocent X — le prédécesseur dont Alexandre VII fut le secrétaire d'État et qui condamna les cinq propositions.
  • Le pape Clément IX — le successeur sous qui fut négociée la « Paix de l'Église » apaisant la crise janséniste.
  • La Réforme catholique — le grand mouvement de régénération dont le baroque romain d'Alexandre VII est l'expression artistique.

Notes et références

  1. J. B. Peterson, « Pope Alexander VII », dans The Catholic Encyclopedia, vol. I, Robert Appleton Company, New York, 1907 (texte intégral : newadvent.org/cathen/01294a.htm). Passages utilisés : naissance à Sienne le 13 février 1599 ; attaque d'apoplexie dans l'enfance, éducation par la mère puis des précepteurs, précocité et goût de la lecture ; triple doctorat (philosophie, droit, théologie) à Sienne à vingt-sept ans ; entrée dans la carrière ecclésiastique à Rome en décembre 1626 ; vice-légat de Ferrare en 1627, cinq ans sous Sacchetti et Pallotta, puis inquisiteur de Malte avec la consécration épiscopale ; nonciature de Cologne en 1639, envoyé extraordinaire à Münster en 1644 ; secrétaire d'État en 1651, cardinal en février 1652 ; conclave de 1655, « famous for its duration of eighty days » ; interdiction faite aux parents de venir à Rome, puis consistoire du 24 avril 1656 ; hostilité de Mazarin (Münster, conclave, ambassade Créqui en 1662, perte d'Avignon, traité de Pise en 1664) ; jansénisme (condamnation de 1653 défendue par Chigi comme conseiller d'Innocent X) ; Christine de Suède confirmée par le pape le jour de Noël 1655 ; secours à Venise contre les Turcs à Candie ; embellissement de Rome (Scala Regia, Chaire de saint Pierre, colonnade), Sapienza et Bibliothèque vaticane ; tombeau du Bernin, « l'un des plus beaux monuments de Saint-Pierre » (« His tomb by Bernini is one of the most beautiful monuments in St. Peter's »). Cette notice ne dit rien du motif du choix du nom (voir [^nom]), des vers latins parus à Paris, de l'expulsion de la Sorbonne ni du détail de l'affaire de la Garde corse — ces points sont sourcés séparément.

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  2. « Alexander VII (pope) », Encyclopædia Britannica — notice biographique : naissance à Sienne (1599), petit-neveu de Paul V, nonce de Cologne, élection de 1655, opposition de Mazarin, jansénisme, traité de Pise, mécénat du Bernin, mort en 1667.

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  3. Alexandre VII, constitution apostolique Ad sanctam beati Petri sedem, 16 octobre 1656 — confirmation de Cum occasione et jugement de la « question de fait » : les cinq propositions sont contenues dans l'Augustinus et condamnées au sens entendu par l'auteur.

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  4. Alexandre VII, constitution apostolique Regiminis Apostolici, 15 février 1665 — millésime retenu par la New Catholic Encyclopedia (art. « Regiminis Apostolici », d'après Denzinger, Enchiridion symbolorum, éd. Schönmetzer, n. 2020) ; la Catholic Encyclopedia de 1907 (art. « Jansenius and Jansenism ») la date du 15 février 1664, divergence d'un an sur le millésime. Imposition du Formulaire de soumission à tout le personnel ecclésiastique, aux religieux et religieuses et aux enseignants ; cf. Enchiridion symbolorum (Denzinger). La formule exige de condamner les cinq propositions « au sens même entendu par l'auteur ».

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  5. Alexandre VII, constitution apostolique Sollicitudo omnium ecclesiarum, 8 décembre 1661 — interdiction d'attaquer la croyance en l'Immaculée Conception et confirmation que l'objet de la fête est la préservation de Marie du péché originel dès le premier instant de sa conception. Acte cité par Pie IX dans la bulle Ineffabilis Deus (1854).

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  6. « Affaire de la garde corse », Wikipédia en français, §§ Les faits et Que s'est-il réellement passé ? — dimanche 20 août 1662 vers 19 h : rixe aux environs du pont Sisto puis en direction de la place Farnèse, tirs des Corses sur le carrosse de Créqui (plusieurs morts et blessés, dont un page du duc ; une quinzaine de victimes au total) ; procès pontifical du 21 août au 21 novembre 1662 contre dix-huit Corses (Matheo Pietralba exécuté) ; le roi exigeait pendaisons, galères et excuses publiques ; parlement d'Aix prononçant l'annexion d'Avignon ; préparatifs d'affrontement armé ; cf. « Corsican Guard Affair », Wikipedia en anglais (20 août 1662, page tué, Avignon, traité de Pise du 12 février 1664, excuses du cardinal Chigi le 29 juillet 1664) et E. L. Devlin, « The Corsican Affair », History Today, vol. 63 (2013).

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  7. Traité de Pise, 12 février 1664 — réparation imposée par Louis XIV : dissolution de la Garde corse, châtiment des coupables, pyramide expiatoire érigée à l'endroit de l'attentat, éloignement de Mario Chigi, excuses publiques du cardinal-neveu Flavio Chigi reçu par Louis XIV à Fontainebleau le 29 juillet 1664, restitution d'Avignon ; pyramide abattue en 1668, sous Clément IX, avec l'autorisation du roi. Cf. « Corsican Guard », Wikipedia en anglais, § final (« the Corsican Guard was disbanded forever and some soldiers hanged, the pyramid of infamy was erected, and Mario Chigi was exiled from Rome [...] in July, in Fontainebleau, [...] Flavio Chigi [...] present the apologies [...] four years later gave permission to demolish the monument ») ; « Affaire de la garde corse », Wikipédia en français, § Louis XIV et le traité de Pise, et étude HAL « An Eloquent Humiliation for a Papal Legate » (traité du 12 février 1664 ; audience de Flavio Chigi du 29 juillet 1664).

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  8. Memento mori d'Alexandre VII — très tôt dans son pontificat, le pape commanda au Bernin un cercueil et un crâne à garder comme memento mori dans ses appartements : cf. Franco Mormando (Boston College, spécialiste du Bernin), « Rediscovery of the skull commissioned by Pope Alexander VII » (« It is well documented that very early in his pontificate, Pope Alexander VII ordered a coffin and a skull from Bernini to keep as 'memento mori' in his private quarters », bibliographie : édition Mormando de la biographie du Bernin par Domenico Bernini, p. 404, n. 22) ; le crâne figure dans le tableau d'atelier de Guido Ubaldo Abbatini (1655-1656, collection de l'Ordre souverain de Malte, Rome) ; cercueil de plomb sous le lit et crâne de marbre sur le bureau, commande passée dès le 10 avril 1655, trois jours après l'élection (cf. The History Blog, 31 mai 2021). Cf. Wikipedia, « Pope Alexander VII », § Death (relais de ces faits : « He kept his coffin [...] skull (carved by famed sculptor Bernini) on his writing table, because he was always aware that he would someday die »).

    8 69
  9. Richard Krautheimer, The Rome of Alexander VII, 1655-1667, Princeton University Press, 1985 — étude de référence sur l'urbanisme et le mécénat du pontificat ; colonnade de Saint-Pierre (commencée en 1656), symbolisme des « bras de l'Église », Nuovo Teatro delle fabriche... di Roma moderna (recueil de gravures, 1665), éléphant de la Minerve (1667).

    9 12 61 62 65 66 68
  10. Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge, tomes XXX-XXXI consacrés au pontificat d'Alexandre VII (éd. fr. Plon ; éd. orig. Geschichte der Päpste) — grande histoire savante de la papauté, récit détaillé du règne, du népotisme et de la politique française.

    10 24 76
  11. « Pope Alexander VII », Wikipedia en anglais (recoupée avec ses sources citées) — §§ Early life, Election as pope (conclave de quatre-vingts jours, élection le 7 avril 1655), Nepotism (déclaration du 24 avril 1656 : frère et neveux appelés à Rome, Flavio cardinal-neveu), Foreign relations (rites chinois autorisés en 1656), Death (cercueil gardé dans sa chambre, crâne sculpté par le Bernin sur sa table de travail) ; « Affaire de la garde corse », Wikipédia en français — §§ Les faits (rixe du dimanche 20 août 1662 vers 19 h aux environs du pont Sisto puis place Farnèse, tirs sur le carrosse de Créqui, page tué) et Louis XIV et le traité de Pise (annexion d'Avignon par le parlement d'Aix, traité du 12 février 1664, garde dissoute, pyramide expiatoire démolie en 1668, excuses de Flavio Chigi reçues par Louis XIV à Fontainebleau le 29 juillet 1664).

    14 33 60
  12. « Alexander (popes) », Encyclopædia Britannica, 11ᵉ édition, 1911 (texte : Wikisource, 1911 Encyclopædia Britannica/Alexander (popes)) : « a collection of his Latin poems appeared at Paris in 1656 under the title Philomathi Labores Juveniles ». C'est cette notice — reprise ensuite par Wikipedia, « Pope Alexander VII » — qui fonde le détail du titre, du lieu et de la date ; la notice de la Catholic Encyclopedia (voir [^ce]) ne mentionne pas ces vers.

    18
  13. « Fabio Chigi », dossier Peace of Westphalia (peaceofwestphalia.org) et notice Britannica « Peace of Westphalia » — refus du nonce Chigi de délibérer directement avec les princes protestants, rédaction de la protestation pontificale contre les clauses religieuses du traité de 1648.

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  14. Innocent X, bref Zelo Domus Dei — protestation de Chigi contre la paix (octobre 1648) reprise par le bref pontifical daté du 26 novembre 1648 mais publié en 1650 : cf. Theological Studies, « Catholics and the Peace of Westphalia » (« Chigi's protest », bref Zelo Domus Dei « retrodated to 1648 », publié en 1650) et McClintock & Strong, Cyclopedia, art. « Westphalia, Peace of » (« The papal legate, cardinal Fabius Chigi, had protested against the peace, Oct. 14 and 26, and Innocent X followed with the bull Zelo Domus Dei of Nov. 26, 1648 »). Déclaration de nullité des clauses religieuses de la paix de Westphalie ; formule latine rendue en anglais par « null, void, invalid, iniquitous, unjust, condemned, reprobate, inane, empty of meaning and effect for all time ».

    27 29
  15. J. P. Adams, Sede Vacante — notice du conclave de 1655 (source des données conclavistes reprise par Wikipedia, « Pope Alexander VII », § Election as pope, réf. 15) : Fabio Chigi élu le 7 avril 1655 après quatre-vingts jours de conclave, prenant le nom d'Alexandre VII en l'honneur d'Alexandre III.

    37
  16. Innocent X, bulle Cum occasione, 31 mai 1653 — condamnation comme hérétiques des cinq propositions tirées de l'Augustinus de Cornelius Jansen ; cf. Enchiridion symbolorum (Denzinger).

    41
  17. Exclusion d'Arnauld et de ses défenseurs : The Catholic Encyclopedia, art. « Jansenius and Jansenism » — la Sorbonne, « par 138 voix contre 68 », condamne les derniers écrits d'Arnauld et, sur son refus de se soumettre, « le renvoie avec soixante autres docteurs qui avaient fait cause commune avec lui » (« it dismissed him, together with sixty other doctors who made common cause with him ») ; cf. Wikipedia, « Jansenism » (31 janvier 1656 : Arnauld écarté de la Sorbonne malgré soixante professeurs venus à sa défense).

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  18. Blaise Pascal, Les Provinciales (Lettres écrites à un provincial), 18 lettres publiées anonymement en 1656-1657 — défense d'Antoine Arnauld et attaque de la casuistique jésuite ; ouvrage mis à l'Index, chef-d'œuvre de la prose française qui assura au jansénisme un grand prestige littéraire.

    47
  19. Christine de Suède — entrée solennelle dans Rome le 23 décembre 1655 (le soir, par la Porta del Popolo : cf. C. d'Onofrio, Roma val bene un'abiura, 1976, p. 68, cité par Columbia Academic Commons, « Queen Christina of Sweden's Musaeum » : « on December 23, 1655, Queen Christina rode into Rome [...] through the Porta del Popolo ») après son abdication et sa conversion au catholicisme ; confirmée par Alexandre VII le jour de Noël 1655 (cf. Peterson, Catholic Encyclopedia, « Pope Alexander VII » : « on Christmas Day, 1655, she was confirmed by the Pope »).

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  20. Gian Lorenzo Bernin, tombeau d'Alexandre VII (1671-1678), basilique Saint-Pierre de Rome — le pape agenouillé en prière, surmontant un squelette de bronze doré qui brandit un sablier sous un drap de marbre rouge ; allégories de la Vérité, de la Charité, de la Prudence et de la Justice ; cf. Wikipedia, « Tomb of Pope Alexander VII » (squelette au sablier doré au-dessus des portes) et Peterson, Catholic Encyclopedia (« His tomb by Bernini is one of the most beautiful monuments in St. Peter's »).

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