L'Immaculée Conception de la Vierge Marie est la solennité que l'Église célèbre le 8 décembre en mémoire du jour où Marie fut conçue dans le sein de sa mère, sainte Anne — conçue, selon le dogme défini par Pie IX en 1854, préservée intacte de toute souillure du péché originel dès le premier instant, « par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain »[1]. Neuf mois avant la Nativité de Marie du 8 septembre, elle est la première des fêtes mariales de l'année liturgique qui s'ouvre avec l'Avent.
C'est une fête de la Vierge au milieu du temps de l'attente. Tombant presque toujours en Avent, elle y fait entendre, dans le violet de la pénitence, une nouvelle de Noël avant l'heure : on y porte le blanc, on y dit le Gloria et le Credo, et la préface propre chante en Marie « une Mère vraiment sans tâche, resplendissante de beauté »[2]. Si le 8 décembre tombe un dimanche de l'Avent, la solennité est reportée au lundi 9 décembre[3].
Née en Orient, où l'on célèbre la conception de sainte Anne dès le VIIᵉ siècle, reçue en Angleterre dès le XIᵉ, étendue à toute l'Église latine par Sixte IV en 1476 puis rendue obligatoire par Clément XI en 1708[4], la fête a précédé le dogme de près de quatre siècles : c'est la prière du peuple chrétien qui a porté la doctrine jusqu'à sa définition. Le 8 décembre est ainsi devenu une date-repère de la piété catholique : patronne de l'Espagne[5] et des États-Unis[6], colonne de la Piazza di Spagna honorée par les papes depuis 1953[7], Fête des Lumières de Lyon[8], apparition de Lourdes où la Dame révèle son nom un 25 mars[9].
Pour la tradition spirituelle, des Pères de l'Église jusqu'à Dom Guéranger, le 8 décembre est l'aurore de l'Avent : « la Conception de Marie présage la prochaine Naissance de Jésus »[10].
Ce que l'Église célèbre le 8 décembre
« In Conceptione Immaculata » : le nom et le rang
Dans le Missel romain actuel, le 8 décembre porte le titre latin In Conceptione Immaculata Beatae Mariae Virginis, « en la Conception immaculée de la bienheureuse Vierge Marie », avec le rang de solennité, le plus élevé du calendrier[11]. Les Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier rangent les solennités de la Vierge Marie inscrites au calendrier général au troisième degré de leur tableau de préséance ; seuls les précèdent le Triduum pascal, les grandes solennités du Seigneur, les dimanches de l'Avent, du Carême et de Pâques, le Mercredi des Cendres et quelques jours saints[12]. Cette hiérarchie explique les déplacements que connaît la fête certaines années : quand le 8 décembre tombe un dimanche de l'Avent, c'est le dimanche qui l'emporte, et la solennité se célèbre au premier jour libre, le lundi 9.
À la différence de Sainte Marie Mère de Dieu ou de l'Assomption, l'Immaculée Conception reste aujourd'hui une fête de précepte au titre du calendrier universel : le canon 1246 du Code de droit canonique, qui énumère les jours où les fidèles sont tenus de participer à la messe, la mentionne expressément[13]. Le même canon permet toutefois aux conférences épiscopales d'adapter l'observance, si bien que l'obligation concrète varie selon les pays : aux États-Unis, dont Marie en son Immaculée Conception est la patronne, elle demeure un jour d'obligation[14].
La conception, pas la naissance : le 8 décembre et le 8 septembre
Le premier malentendu à dissiper porte sur l'objet même de la fête. Le 8 décembre ne célèbre ni la naissance de Marie — c'est la Nativité du 8 septembre — ni la conception virginale de Jésus — c'est l'Annonciation du 25 mars. Il célèbre la conception de Marie elle-même dans le sein de sa mère, sainte Anne, neuf mois jour pour jour avant sa naissance, selon le même intervalle qui relie l'Annonciation à Noël.
Ce parallélisme n'est pas un hasard du calendrier. L'Église honore ainsi, à neuf mois de distance, les deux extrémités de la gestation de celle qui porterait le Sauveur : le 8 décembre, l'origine préservée ; le 8 septembre, la venue au monde. De même, la nativité de saint Jean-Baptiste au 24 juin est précédée, en Orient, d'une fête de sa conception : le calendrier dit ici une théologie — Dieu prépare longtemps ce qu'il veut parfait.
Une fête mariale au cœur de l'Avent
Le 8 décembre tombe presque toujours pendant l'Avent, ce temps d'attente qui ouvre l'année liturgique. Loin d'être un accident, cette rencontre est devenue l'un des sens les plus goûtés de la fête. Dom Prosper Guéranger, dont L'Année liturgique a appris à des générations de fidèles à prier avec le calendrier[15], l'exprimait ainsi :
« La fête de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge est la plus solennelle de toutes celles que l'Église célèbre au saint temps de l'Avent ; et s'il était nécessaire que la première partie du Cycle présentât la commémoration de quelqu'un des Mystères de Marie, il n'en est aucun dont l'objet pût offrir de plus touchantes harmonies avec les pieuses préoccupations de l'Église en cette mystique saison de l'attente. Célébrons donc avec joie cette solennité ; car la Conception de Marie présage la prochaine Naissance de Jésus. » — Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, t. L'Avent, 8 décembre[16]
Le Catéchisme situe les fêtes de l'Incarnation — Annonciation, Noël, Épiphanie — comme celles « qui commémorent le commencement de notre salut »[17]. Le 8 décembre en est l'aurore : avant même l'Annonciation, avant la venue de l'ange, Dieu a déjà préparé la demeure. C'est pourquoi l'hymne des laudes et de l'office des lectures salue en Marie « l'aurore avant le jour », « la femme promise au début des âges »[18].
Le dogme en une page
La doctrine célébrée le 8 décembre a été définie par le bienheureux Pie IX dans la bulle Ineffabilis Deus, le 8 décembre 1854 — il y a donc identité de date entre la fête et sa définition, la bulle ayant été proclamée le jour même de la solennité[19]. En voici les termes :
« Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée par Dieu, et qu'ainsi elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. » — Bienheureux Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854[20]
Cinq éléments composent la définition : au premier instant de sa conception ; par une grâce singulière de Dieu ; en vue des mérites du Christ ; préservée intacte, et non guérie après coup ; doctrine révélée obligeant l'assentiment de toute l'Église. Marie est ainsi la première rachetée, rachetée de la manière la plus parfaite : par préservation plutôt que par guérison. L'histoire de cette définition, les consultations qui l'ont préparée et les objections scripturaires qu'on lui oppose sont exposées dans l'article Le dogme de l'Immaculée Conception (1854) ; celui-ci s'attache à la fête elle-même, qui a précédé le dogme de près de quatre siècles.
La messe du 8 décembre
Quatre lectures pour une seule nouvelle
La liturgie de la parole du 8 décembre fait entendre quatre textes qui, ensemble, racontent toute l'histoire du salut en raccourci : la chute, la louange, l'élection et l'annonce. Le tableau ci-dessous donne pour chacun son rôle dans la solennité.
| Moment de la messe | Texte proclamé | Ce qu'il annonce |
|---|---|---|
| Première lecture | Gn 3, 9-15.20 : l'interrogatoire après la faute, puis la sentence contre le serpent | La promesse faite dès l'origine : l'hostilité entre la femme et le serpent |
| Psaume | Ps 97 (98) : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles » | La louange pour la victoire que Dieu vient d'accomplir en Marie |
| Deuxième lecture | Ep 1, 3-6.11-12 : « Dieu nous a choisis, dans le Christ, avant la formation du monde » | L'élection éternelle dont l'Immaculée Conception est le premier fruit |
| Évangile | Lc 1, 26-38 : l'Annonciation, « Je te salue, Comblée-de-grâce » | La salutation de l'ange, qui suppose déjà la plénitude de grâce[21] |
La première lecture s'achève sur le verset que la tradition appelle le protévangile, le premier évangile : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon » (Gn 3, 15)[22]. L'Église y entend l'annonce lointaine de Marie, la Femme par excellence, et de sa victoire sur le serpent. C'est ce même verset que reprend l'antienne du Benedictus à l'office du matin : « Je mettrai l'hostilité entre toi et la femme […] : elle t'écrasera la tête. Alléluia »[23].
L'évangile est celui de l'Annonciation : l'ange ne donne pas à Marie son nom terrestre, mais son nom divin, « Comblée-de-grâce ». La même page est donc proclamée le 25 mars et le 8 décembre, mais pour deux mystères distincts : en mars, le consentement et l'Incarnation ; en décembre, la préparation lointaine qui rendait ce consentement possible. Relire le récit de saint Luc à cette lumière change tout : le « Comblée-de-grâce » du 8 décembre sonne comme la conséquence de ce que la fête célèbre.
L'antienne, la collecte et le blanc
L'antienne d'ouverture reprend le chant d'Isaïe, Gaudens gaudebo in Domino, « de joie je tressaillirai dans le Seigneur » (Is 61, 10)[24]. Puis la collecte — la même oraison qui conclut l'office du jour — ramasse toute la théologie de la fête en une seule phrase :
« Seigneur, tu as préparé à ton Fils une demeure digne de lui par la conception immaculée de la Vierge ; puisque tu l'as préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de ton Fils, accorde-nous, à l'intercession de cette Mère très pure, de parvenir jusqu'à toi, purifiés, nous aussi de tout mal. » — Collecte de la solennité, Missel romain (traduction liturgique AELF)[25]
On y entend les trois notes du dogme : la demeure préparée d'avance, la préservation par une grâce anticipée de la Rédemption, et la demande qui en découle pour nous. Comme toute solennité, le 8 décembre fait chanter le Gloria et dire le Credo[26]. On y porte le blanc, couleur des célébrations du Seigneur qui ne sont pas celles de sa Passion et de celles de la Vierge Marie[27] — sauf en Espagne et dans les pays de tradition hispanique, où un privilège ancien autorise les ornements bleus pour cette fête[28].
La préface propre
Le Missel donne au 8 décembre une préface propre, de Immaculata Conceptione, qui déploie en quatre temps ce que la collecte avait ramassé : la préservation, la plénitude de grâce, la maternité sans tâche, et Marie modèle de sainteté pour son peuple.
« Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t'offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très Saint, Dieu Éternel et Tout-Puissant, par le Christ, notre Seigneur. Car tu as préservé la Vierge Marie de toutes les séquelles du premier péché, et tu l'as comblée de grâce pour préparer à ton Fils une Mère vraiment sans tâche, resplendissante de beauté. Cette Vierge pure devait nous donner le Sauveur, l'Agneau Immaculé qui enlève nos fautes. Choisie entre toutes les femmes, elle intervient en faveur de ton Peuple et demeure pour lui l'idéal de la Sainteté. C'est pourquoi, avec tous les anges du Ciel, pleins de joie, nous chantons. » — Préface de l'Immaculée Conception, Missel romain (traduction liturgique)[29]
L'office du 8 décembre
Deux hymnes pour l'aurore et le soir
La Liturgie des Heures habille le 8 décembre de deux hymnes français contemporains. À l'office des lectures et aux laudes, « Voici l'aurore avant le jour » file la métaphore de l'aube qui donne son sens à la fête dans l'Avent :
« Voici l'aurore avant le jour, / Voici la mère virginale, / La femme promise au début des âges. / Elle a bâti sa demeure / Dans les vouloirs du Père. […] L'Esprit la prend sous son ombre / Et doucement la garde. » — Hymne de l'office du 8 décembre, CFC-CNPL (extrait)[30]
Aux vêpres, « Humble servante du Seigneur » salue en Marie « l'Étoile de l'Avent » qui « porte l'espoir du Royaume »[31]. L'antienne du Magnificat, le soir, reprend la salutation de l'ange comme une acclamation de tout le peuple :
« Avec l'Ange, nous te saluons, Marie, comblée de grâce ! Le Seigneur est avec toi : tu es bénie plus que toutes les femmes ! » — Antienne du Magnificat, vêpres du 8 décembre[32]
La prière de saint Anselme en deuxième lecture
La deuxième lecture de l'office des lectures est une prière de saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109) à Marie, lue chaque 8 décembre dans toutes les Églises de langue française[33]. Le choix n'est pas indifférent : Anselme est le docteur qui posa les principes théologiques de l'Immaculée Conception, et c'est dans son Angleterre que la fête occidentale prit racine. Sa prière contemple en Marie la restauration de toute la création :
« Le ciel et les astres, la terre et les fleuves, le jour et la nuit, et tout ce qui obéit ou sert à l'homme, se félicite d'être par toi, ô notre Dame, rendu en quelque sorte à sa beauté première, et même doté d'une grâce nouvelle et ineffable. […] Ô femme remplie et plus que remplie de grâce, dont la surabondante plénitude se répand sur toute la création pour la rétablir ! » — Saint Anselme de Cantorbéry, Prière à sainte Marie (extraits)[34]
Des origines orientales à l'Angleterre normande
En Orient : la conception de sainte Anne
La plus ancienne forme de la fête n'est pas occidentale et ne porte pas le nom d'« Immaculée Conception ». Dès le VIIᵉ siècle au moins, les monastères de Palestine célèbrent la conception de sainte Anne, la mère de Marie, fixée au 9 décembre — neuf mois avant la Nativité du 8 septembre[35]. L'objet en est d'abord l'événement familial : Anne, stérile et âgée, conçoit celle qui sera la Mère de Dieu. Les Églises d'Orient ont gardé cette date et ce titre jusqu'à aujourd'hui : les Grecs, les Syriens et les Chaldéens célèbrent la conception de sainte Anne le 9 décembre, les Arméniens de même, et les catholiques orientaux, depuis 1854, l'intitulent « Immaculée Conception de la Vierge Marie »[36].
L'Occident reçut la fête quand son développement oriental était déjà arrêté, et la fixa au 8 décembre[37]. Pourquoi ce décalage d'un jour ? Nul décret ne l'explique ; l'usage occidental a simplement retenu le 8, peut-être pour laisser le 9 aux calendriers locaux. Toujours est-il que, depuis le Moyen Âge, le 8 décembre est en Occident ce que le 9 est en Orient : l'anniversaire de l'origine de Marie.
En Angleterre : Winchester, Ramsey et la tempête d'Helsin
La première trace assurée de la fête en Occident est anglaise. Un calendrier de l'Old Minster de Winchester, daté d'environ 1030, inscrit la Conceptio Sanctae Dei Genetricis Mariae ; un autre calendrier de Winchester, entre 1035 et 1056, un pontifical d'Exeter (1046-1072) et un pontifical de Cantorbéry antérieur à la Conquête portent la même fête ou une bénédiction propre in Conceptione Sanctae Mariae[38]. Ces bénédictions épiscopales prouvent que la solennité n'était pas une dévotion privée : elle était reconnue par l'autorité et célébrée par les moines saxons avec un éclat considérable. Tout indique que ce sont les moines de Winchester, avant 1066, qui établirent la fête en Angleterre.
Les Normands, arrivés avec Guillaume le Conquérant, méprisèrent d'abord ces usages liturgiques insulaires, et la célébration publique disparut de Winchester et de Cantorbéry — sans mourir dans les cœurs. Elle ressuscita par les monastères : à Ramsey, selon une tradition entrée jusque dans le Bréviaire romain de 1473, l'abbé Helsin, envoyé au Danemark par Guillaume Iᵉʳ vers 1070, aurait fait vœu pendant une tempête, à l'apparition d'un ange, d'établir la fête de la Conception dans son abbaye[39]. L'envoi d'Helsin au Danemark est un fait historique ; le récit de la vision, lui, appartient à la légende — mais il dit l'enracinement populaire de la fête.
Après la Conquête, le grand propagateur fut Anselme le Jeune, neveu de saint Anselme, abbé de Bury Saint Edmunds : élevé à Cantorbéry au temps des moines saxons, puis abbé de Saint-Sabas à Rome où l'office se célébrait selon le calendrier grec, il implanta la fête dans son abbaye, d'où elle gagna Reading, Saint-Albans, Worcester, Gloucester et Winchcombe[40]. Quand Osbert de Clare, prieur de Westminster, voulut l'introduire dans son chœur le 8 décembre 1127, des moines protestèrent qu'on ne pouvait garder une fête sans l'autorité de Rome ; l'affaire fut portée au concile de Londres en 1129, qui trancha en faveur de la fête, adoptée aussitôt par l'évêque Gilbert pour son diocèse[41]. La fête garda pourtant un caractère privé : le synode d'Oxford, en 1222, refusa de l'élever au rang de fête d'obligation[42].
Lyon, saint Bernard et la querelle du XIIᵉ siècle
Vers les années 1130, les chanoines de la cathédrale de Lyon introduisirent la fête dans leur chœur, de leur propre autorité. Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) leur adressa alors une lettre véhémente — l'épître 174 — où il leur reprochait d'innover sans avoir consulté le Saint-Siège, et affirmait que cette fête était étrangère à l'ancienne tradition de l'Église[43]. Bernard ignorait la riche tradition grecque et syrienne sur l'innocence de Marie ; surtout, la distinction entre la conception active (la formation du corps) et l'animation par l'âme n'avait pas encore été dégagée, et il n'envisageait qu'une sanctification après la conception[44].
Sa lettre n'arrêta pas l'extension de la fête : en 1154, on l'observait dans toute la France, jusqu'à ce que l'université de Paris la fasse abolir à Paris et dans plusieurs diocèses en 1275[45]. Après la mort du saint, la controverse rebondit entre Nicolas de Saint-Albans, moine anglais défenseur de la fête, et Pierre Cellensis, évêque de Chartres ; puis, aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, les plus grands noms se partagèrent : Pierre Damien, Pierre Lombard, Alexandre de Halès, saint Bonaventure et Albert le Grand contre la doctrine, saint Thomas d'Aquin d'abord pour dans son commentaire des Sentences, puis contre dans la Somme théologique — tout en posant lui-même les principes dont d'autres tireraient la vraie solution[46]. Si Thomas, Bonaventure et leurs contemporains avaient connu la doctrine au sens de la définition de 1854, ils en auraient été, selon Holweck, les plus ardents défenseurs au lieu d'en être les adversaires : le mot de « conception » était alors pris en des sens que seule une définition soigneuse séparerait[47].
La Normandie, terre de la fête
C'est en Normandie que la fête connut au Moyen Âge sa plus grande splendeur occidentale, au point d'être communément appelée la « fête de la nation normande »[48]. Sous l'évêque Rotric (1165-1183), la Conception de Marie était, dans l'archidiocèse de Rouen et ses six suffragants, une fête de précepte égale en dignité à l'Annonciation ; les étudiants normands de l'université de Paris l'avaient choisie pour fête patronale[49]. Importée d'Angleterre ou rapportée de Basse-Italie par les barons normands au contact des Grecs, elle rayonna de là sur toute l'Europe occidentale.
- VIIᵉ siècleLa conception de sainte Anne en Orient
Les monastères de Palestine célèbrent la conception de la mère de Marie, fixée au 9 décembre, neuf mois avant la Nativité du 8 septembre.
- vers 1030Winchester : la fête en Angleterre
Un calendrier de l'Old Minster inscrit la Conceptio Sanctae Dei Genetricis ; bénédictions épiscopales propres à Exeter et Cantorbéry avant 1066.
- vers 1070Helsin et Ramsey
L'abbé de Ramsey, sauvé d'une tempête sur le retour du Danemark, fait vœu d'établir la fête dans son abbaye.
- 8 décembre 1127Westminster : le conflit
Osbert de Clare introduit la fête à Westminster ; des moines s'y opposent au nom de l'autorité de Rome.
- 1129Concile de Londres
Le synode tranche en faveur de la fête ; l'évêque Gilbert de Londres l'adopte pour son diocèse.
- vers 1130Lyon et saint Bernard
Les chanoines de Lyon adoptent la fête ; saint Bernard proteste par sa lettre 174, sans l'arrêter.
- 1165-1183La Normandie de Rotric
À Rouen et dans ses suffragants, la Conception est fête de précepte, égale à l'Annonciation.
- 1275Abolition à Paris
L'université de Paris fait abolir la fête dans la capitale et plusieurs diocèses.
- 1328Retour à Cantorbéry
La fête est rétablie à Cantorbéry, d'où les Normands l'avaient fait disparaître.
La fête devient celle de toute l'Église
Duns Scot : « il convenait, il pouvait, donc il fit »
Au tournant du XIVᵉ siècle, le bienheureux Jean Duns Scot (vers 1265-1308) dénoua le nœud qui arrêtait saint Thomas : comment Marie pouvait-elle être à la fois rachetée et sans péché ? Par la rédemption préventive (praeredemptio), exposée dans son Ordinatio (livre III, distinction 3) : le Christ a racheté sa Mère de la manière la plus parfaite, en la préservant du péché originel en vue de ses mérites à venir, plutôt qu'en l'en guérissant après coup[50]. La formule traditionnelle résume son argument : potuit, decuit, ergo fecit — Dieu le pouvait, il convenait qu'il le fît, donc il le fit. La définition de 1854 ne fera que ratifier solennellement cette élaboration franciscaine, déjà séculaire[51].
Bâle, Sixte IV et le triomphe universitaire
Discutée pendant deux ans au concile de Bâle (1439), qui n'était plus œcuménique, la doctrine y fut déclarée pieuse, conforme au culte catholique, à la foi, à la droite raison et à l'Écriture — sans autorité pour la définir[52]. Le pas décisif vint de Sixte IV : par décret du 28 février 1476, il adopta la fête pour toute l'Église latine et accorda une indulgence à qui assisterait aux offices de la solennité[53]. L'office retenu était l'œuvre de Leonardo de Nogarolis, tandis que les franciscains chantaient depuis 1480 le bel office Sicut lilium de Bernardin de Busti[54]. Comme les querelles ne s'apaisaient pas, Sixte IV publia en 1483 la constitution Grave nimis (4 septembre), frappant d'excommunication quiconque, d'un bord ou de l'autre, traiterait l'opinion adverse d'hérésie[55].
Pendant ce temps, les universités et les ordres devenaient autant de bastions du dogme : en 1497, l'université de Paris décréta qu'on n'y serait plus reçu membre sans jurer de défendre l'Immaculée Conception ; Toulouse, Bologne, Naples, Cologne, Mayence, Vienne, Louvain, Oxford, Cambridge, Salamanque, Tolède, Séville, Valence, Coimbra, Évora, Mexico et Lima suivirent[56]. En 1621, les Frères mineurs élurent l'Immaculée Mère patronne de l'ordre et se lièrent par serment à enseigner publiquement le mystère[57].
Trente, les papes du XVIIᵉ siècle et la formule d'Alexandre VII
Quand la question fut touchée au concile de Trente (1546), le synode déclara qu'il n'entendait pas comprendre, dans son décret sur le péché originel, « la bienheureuse et immaculée Vierge Marie Mère de Dieu » (session V)[58]. Saint Pie V condamna la proposition 73 de Baïus — selon laquelle Marie serait morte à cause du péché contracté en Adam — et donna aux livres liturgiques un office simplifié de la Conception (1570-1571)[59]. Puis Paul V (1617) interdit d'enseigner publiquement que Marie aurait été conçue dans le péché originel, et Grégoire XV (1622) imposa le silence absolu aux adversaires de la doctrine et abolit le terme atténué de sanctificatio au profit de conceptio[60].
Le 8 décembre 1661, Alexandre VII promulgua la constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum, qui fixait le vrai sens du mot conceptio et interdisait toute dispute contre le sentiment commun de l'Église : l'objet de la fête était l'immunité de Marie du péché originel au premier moment de la création de son âme et de son infusion dans le corps[61]. La bulle s'ouvrait par un hommage à la piété multiséculaire des fidèles :
« Ancienne est la piété des fidèles du Christ à l'égard de la bienheureuse Vierge Marie sa mère, qui pensent que son âme, au premier instant de sa création et de son infusion dans le corps, a été, par une grâce et une faveur spéciales de Dieu, en considération des mérites de Jésus Christ son fils, Rédempteur du genre humain, pleinement préservée intacte de la tache du péché originel, et qui, dans cet esprit, honorent et célèbrent solennellement la fête de sa conception. » — Alexandre VII, constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum, 8 décembre 1661 (traduction française)[62]
De fête d'obligation à solennité de première classe
Le tableau ci-dessous résume la montée en dignité de la fête dans le calendrier romain, de Sixte IV à Léon XIII.
| Date | Acte pontifical | Rang et portée |
|---|---|---|
| 28 février 1476 | Sixte IV adopte la fête | Toute l'Église latine, avec indulgence des offices |
| 1664-1693 | Extensions successives | Espagne (1664), Toscane et Savoie (1665), Compagnie de Jésus (1667), octave pour les États pontificaux (1667), octave universelle sous Innocent XII (1693) |
| 6 décembre 1708 | Clément XI, Commissi Nobis | Fête d'obligation pour toute l'Église |
| 25 décembre 1863 | Pie IX, nouvel office | Office unique pour toute l'Église latine (les anciens offices, dont le Sicut lilium franciscain, sont abolis) |
| 30 novembre 1879 | Léon XIII | Double de première classe avec vigile[63] |
- 1439Concile de Bâle
La doctrine est déclarée pieuse et conforme à la foi, sans autorité œcuménique pour la définir.
- 28 février 1476Sixte IV : la fête pour tous
Adoption pour toute l'Église latine, avec indulgence pour l'assistance aux offices.
- 4 septembre 1483Grave nimis
Excommunication contre qui traiterait d'hérétique l'une ou l'autre opinion.
- 1546Trente excepte Marie
Le décret sur le péché originel (session V) ne comprend pas la Vierge immaculée.
- 8 décembre 1661Sollicitudo d'Alexandre VII
Le sens du mot conceptio est fixé : l'immunité dès le premier instant de l'âme.
- 6 décembre 1708Clément XI : fête d'obligation
La fête devient jour d'obligation pour toute l'Église.
- 8 décembre 1854Ineffabilis Deus
Pie IX définit le dogme, le jour même de la solennité.
Depuis 1854 : signes, patronages et coutumes du 8 décembre
Le signe avant-coureur : la Médaille de 1830
Vingt-quatre ans avant la définition, le Ciel avait pour ainsi dire signé d'avance. Le 27 novembre 1830, en la chapelle de la rue du Bac à Paris, la Vierge apparaît à sainte Catherine Labouré (1806-1876), Fille de la Charité, dans un cadre ovale, debout sur le globe ; autour se détachent les mots qui deviendront la prière de millions de fidèles :
« Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. » — Inscription de la Médaille miraculeuse, 1830[64]
La formule — conçue sans péché — est la définition même, en langage de prière, de ce que Pie IX proclamerait en langage dogmatique un quart de siècle plus tard. Frappée à des millions d'exemplaires, la Médaille répandit la doctrine dans le peuple chrétien avant que Rome ne la définît : une fois de plus, la foi priée précédait la foi définie.
La consultation et la définition
Pie IX prépara la définition par une consultation sans précédent : le 2 février 1849, l'encyclique Ubi primum interrogea tous les évêques du monde sur l'opportunité de définir le dogme ; les réponses parvenues à Rome demandaient unanimement la définition[65]. Le 8 décembre 1854, entouré des cardinaux et des évêques, le pape proclama Ineffabilis Deus : la fête et le dogme portaient désormais la même date, et chaque 8 décembre célébrait à la fois le mystère et sa définition. Cinquante ans plus tard, le jubilé de 1904 fut célébré avec une grande splendeur sous saint Pie X[66].
Lourdes : « Je suis l'Immaculée Conception »
Quatre ans après la définition, la Vierge elle-même en donnait la confirmation la plus éclatante. À Notre-Dame de Lourdes, lors de la seizième apparition, le jeudi 25 mars 1858 — jour de l'Annonciation —, la Dame révèle enfin son nom à Bernadette Soubirous, en patois bigourdan :
« Que soy era Immaculada Councepciou » — « Je suis l'Immaculée Conception. » — Notre-Dame de Lourdes à Bernadette Soubirous, 25 mars 1858[67]
Bernadette, illettrée, ne comprenait pas ces mots ; le curé Peyramale, lui, comprit aussitôt : une enfant qui ignorait le latin théologique ne pouvait inventer la formule exacte du dogme proclamé quatre ans plus tôt à Rome. La solennité du 8 décembre devint dès lors, à Lourdes comme partout, l'anniversaire aimé de ce nom révélé.
Patronages : l'Espagne, les États-Unis, les armées
Le tableau ci-dessous rassemble les principaux patronages attachés à la fête — autant de manières dont les peuples se sont placés sous la protection de l'Immaculée.
| Patronage | Acte | Date |
|---|---|---|
| Possessions de la couronne d'Espagne | Déclarée patronne principale de tous les territoires espagnols, Amérique comprise | 8 novembre 1760[68] |
| Infanterie espagnole | Miracle d'Empel : dans la nuit du 7 au 8 décembre 1585, un tercio assiégé en Flandre découvre une image de l'Immaculée et échappe à la destruction | 7-8 décembre 1585[69] |
| États-Unis d'Amérique | Le Iᵉʳ concile de Baltimore élit Marie en son Immaculée Conception patronne principale du pays ; confirmé à Rome | 1846, confirmé le 7 février 1847[70] |
L'Espagne, qui appelait déjà la Vierge La Purísima, avait obtenu que l'Immaculée Conception fût la fête patronale du royaume ; elle garde aujourd'hui encore le privilège des ornements bleus pour ce jour, étendu aux pays de tradition hispanique[71]. Les États-Unis, eux, ont élevé à Washington la basilique du Sanctuaire national de l'Immaculée Conception.
Rome et Lyon : deux capitales du 8 décembre
À Rome, trois ans après le dogme, Pie IX inaugurait le 8 décembre 1857 la colonne de la Piazza di Spagna, surmontée de la statue de l'Immaculée, offerte grâce au roi Ferdinand II de Naples[72]. Depuis 1953, les papes s'y rendent chaque 8 décembre pour l'hommage traditionnel : une gerbe de fleurs blanches au pied de la colonne, déposée par les pompiers de Rome qui escaladent le monument à l'aube[73].
À Lyon, le 8 décembre est la Fête des Lumières. L'origine en est double : le vœu des échevins du 8 septembre 1643, qui promirent un hommage annuel à Marie si la ville était épargnée par la peste — d'où la procession annuelle du 8 décembre à Fourvière —, et l'inauguration reportée de la statue de la Vierge au sommet de la colline : prévue pour le 8 septembre 1852, retardée par la crue de la Saône puis menacée par la météo, elle eut lieu le 8 décembre 1852, et les Lyonnais, ce soir-là, illuminèrent spontanément leurs fenêtres de lumignons[74]. La coutume n'a jamais cessé : chaque 8 décembre, Lyon s'embrase pour l'Immaculée.
Vivre le 8 décembre aujourd'hui
Quand le 8 décembre tombe un dimanche
Le 8 décembre tombe parfois un dimanche de l'Avent — comme en 2019 et en 2024. La règle est fixée par les Normes universelles : les solennités qui surviennent un dimanche de l'Avent, du Carême ou du Temps pascal sont transférées au lundi suivant, sauf s'il s'agit du dimanche des Rameaux ou du dimanche de Pâques lui-même[75]. Texte latin : « Sollemnitates autem in his dominicis occurrentes ad feriam secundam sequentem transferuntur, nisi agatur de occurrentia in Dominica in Palmis aut in Dominica Resurrectionis Domini. »[76] Ainsi, le 8 décembre 2024, deuxième dimanche de l'Avent, la solennité fut célébrée le lundi 9 décembre[77].
Fête de précepte et neuvaine
Au titre du droit universel, l'Immaculée Conception est une fête de précepte : le canon 1246 l'inscrit parmi les jours où les fidèles sont tenus de participer à la messe[78]. Mais le paragraphe 2 du même canon confie aux conférences épiscopales le soin d'adapter l'observance — suppression ou transfert au dimanche — avec l'approbation du Siège apostolique[79]. Concrètement, l'obligation varie donc selon les pays : maintenue aux États-Unis, où la solennité est la fête nationale catholique, allégée ailleurs. Comme pour toute solennité, la messe de la veille au soir vaut pour le jour.
Partout, la piété populaire prépare la fête par une neuvaine : neuf jours de prière mariale qui conduisent au 8 décembre, souvent conclus par les vêpres solennelles et, le soir même, une procession aux flambeaux. Le 8 décembre ouvre ainsi, au cœur de l'Avent, la dernière ligne droite vers Noël : dix-sept jours plus tard, l'Aurore saluée dans l'hymne aura donné le jour au Soleil.
Pour aller plus loin
- Le dogme de l'Immaculée Conception (1854) — Ineffabilis Deus, la praeredemptio de Duns Scot, Lourdes et les objections.
- Pourquoi croire à l'Immaculée Conception ? — l'argumentaire apologétique.
- Annonciation du Seigneur (25 mars) — l'autre grande fête du mystère de l'Incarnation, neuf mois avant Noël.
- Sainte Marie Mère de Dieu (1er janvier) — la plus ancienne fête mariale du calendrier romain.
- Présentation du Seigneur (2 février) — fête du Seigneur et de la Vierge, comme l'Annonciation.
- Assomption de la Vierge Marie (15 août) — le quatrième dogme marial, pendant d'août du 8 décembre.
- Notre-Dame de Lourdes (1858) — « Je suis l'Immaculée Conception », quatre ans après le dogme.
- Noël (25 décembre) — la Nativité vers laquelle marche tout l'Avent.
- Nativité de saint Jean-Baptiste (24 juin) — l'autre nativité d'été du calendrier.
- Toussaint (1er novembre) — la solennité qui ouvre le mois se refermant sur l'Avent.
Sources principales
- Missale Romanum, editio typica tertia, Typis Vaticanis, 2002 : propre du 8 décembre (In Conceptione Immaculata Beatae Mariae Virginis, solennité) ; antienne d'ouverture Gaudens gaudebo (Is 61, 10) ; collecte ; préface de Immaculata Conceptione.
- Lectionnaire romain, messe de la solennité : Gn 3, 9-15.20 ; Ps 97 (98) ; Ep 1, 3-6.11-12 ; Lc 1, 26-38 (traduction liturgique AELF, relevée sur aelf.org).
- Liturgie des Heures, office du 8 décembre : hymnes « Voici l'aurore avant le jour » et « Humble servante du Seigneur » (CFC-CNPL) ; antiennes du Benedictus et du Magnificat ; 2ᵉ lecture, prière de saint Anselme ; oraison (aelf.org).
- Normae universales de anno liturgico et de calendario, n° 5 et 59, dans Missale Romanum, 2002.
- Code de droit canonique (1983), canon 1246 §§ 1-2.
- Présentation générale du Missel romain, n° 53, 68, 346.
- Catéchisme de l'Église catholique, n° 491, 1171.
- Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854 (DS 2800-2804).
- Alexandre VII, constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum, 8 décembre 1661 (Denzinger FR 1957, §§ 2015-2017).
- Sixte IV, décret du 28 février 1476 ; Grave nimis, 4 septembre 1483.
- Clément XI, Commissi Nobis, 6 décembre 1708 ; Léon XIII, 30 novembre 1879.
- Frederick Holweck, art. « Immaculate Conception », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, New York, Robert Appleton, 1910 (newadvent.org/cathen/07674d.htm) : toute l'histoire de la fête.
- Calendarium Romanum ex decreto sacrosancti oecumenici Concilii Vaticani II instauratum, Typis Polyglottis Vaticanis, 1969.
- Saint Anselme de Cantorbéry, Oratio 52 ad sanctam Mariam (2ᵉ lecture de l'office).
- Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, t. L'Avent, 19e éd., Paris-Poitiers, H. Oudin, 1911, p. 432-433 (méditation du 8 décembre, citée dans l'original français).
- Custodie franciscaine de Terre sainte, livret de la messe de l'Immaculée Conception, 7 décembre 2023 (custodia.org) : texte français de la préface.
- Médaille miraculeuse (1830) ; Lourdes, 16ᵉ apparition, 25 mars 1858 (lourdes-france.org) ; Piazza di Spagna, colonne inaugurée le 8 décembre 1857 ; Lyon, vœu de 1643 et Fête des Lumières depuis le 8 décembre 1852.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, n° 491, qui cite la définition de Pie IX (1854) : Marie a été, « au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel » (DS 2803).
1Préface de l'Immaculée Conception, Missale Romanum, editio typica tertia, 2002. Texte français relevé dans le livret officiel de la Custodie franciscaine de Terre sainte, messe de l'Immaculée Conception, 7 décembre 2023 (custodia.org).
2 29Normae universales de anno liturgico et de calendario, n° 5, dans Missale Romanum, 2002 (traduction Ignispedia). Texte original : « Sollemnitates autem in his dominicis occurrentes ad feriam secundam sequentem transferuntur, nisi agatur de occurrentia in Dominica in Palmis aut in Dominica Resurrectionis Domini. »
3 75 76Frederick Holweck, art. « Immaculate Conception », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, New York, Robert Appleton, 1910 (newadvent.org/cathen/07674d.htm) : Sixte IV, décret du 28 février 1476 (fête pour toute l'Église latine + indulgence) ; Clément XI, 6 décembre 1708 (fête d'obligation universelle).
4F. Holweck, art. cit. : l'Immaculée Conception déclarée le 8 novembre 1760 patronne principale de toutes les possessions de la couronne d'Espagne, Amérique comprise.
5 68F. Holweck, art. cit. : le Iᵉʳ concile de Baltimore (1846) élit Marie en son Immaculée Conception patronne principale des États-Unis ; décret confirmé le 7 février 1847.
6 70Colonne de la Piazza di Spagna inaugurée le 8 décembre 1857 (monument offert grâce à Ferdinand II, roi de Naples) ; depuis 1953, hommage pontifical annuel le 8 décembre (gerbe de fleurs, déposée par les pompiers de Rome à l'aube) — Catholic World Report / CNA, 2021.
7 72 73Vœu des échevins de Lyon du 8 septembre 1643 (peste) et procession annuelle du 8 décembre à Fourvière ; statue inaugurée le 8 décembre 1852 (report du 8 septembre : crue de la Saône, puis intempéries ; lumignons spontanés des Lyonnais) — d'où la Fête des Lumières.
8 74Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, « Les apparitions », « Jeudi 25 mars 1858 : la Dame révèle son nom » (lourdes-france.org) : seizième apparition, jour de l'Annonciation, « Que soy era Immaculada Councepciou ».
9 67Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, t. L'Avent, 19e éd., Paris-Poitiers, H. Oudin, 1911, p. 432-433 : méditation du 8 décembre, citée dans l'original français (texte vérifié sur le scan archive.org lanneliturgiqu01gu).
10 15 16Missale Romanum, editio typica tertia, Typis Vaticanis, 2002, propre des saints, « Die 8 decembris — In Conceptione Immaculata Beatae Mariae Virginis — Sollemnitas ». L'introït propre Gaudens gaudebo (Is 61, 10) est attesté par les livres de chant (gregorien.ch, « In Conceptione immaculata B. M. V. »).
11Normae universales de anno liturgico et de calendario, n° 59, Tabula dierum liturgicorum, dans Missale Romanum, 2002 : au rang 3 figurent « Sollemnitates Domini, beatae Mariae Virginis, et Sanctorum in Calendario generali inscriptae ».
12Code de droit canonique (1983), canon 1246 § 1 (vatican.va) : « Et de même doivent être observés les jours de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ, de l'Épiphanie, de l'Ascension et du très Saint Corps et Sang du Christ, le jour de Sainte Marie Mère de Dieu, de son Immaculée Conception et de son Assomption, de saint Joseph, des saints Apôtres Pierre et Paul et enfin de tous les Saints. » § 2 : « La conférence des Évêques peut […] supprimer certaines fêtes de précepte ou les transférer au dimanche. »
13 78 79Solennité patronale des États-Unis (Iᵉʳ concile de Baltimore, 1846, confirmé 1847 — cf. Holweck) ; holy day of obligation maintenu par la conférence américaine, maintenu aussi lors du transfert au lundi 9 décembre 2024 (Denver Catholic, décembre 2024).
14Catéchisme de l'Église catholique, n° 1171 (vatican.va) : « L'année liturgique est le déploiement des divers aspects de l'unique mystère pascal. Cela vaut tout particulièrement pour le cycle des fêtes autour du Mystère de l'Incarnation (Annonciation, Noël, Épiphanie) qui commémorent le commencement de notre salut et nous communiquent les prémices du mystère de Pâques. »
17Hymne « Voici l'aurore avant le jour », office des lectures et laudes du 8 décembre, CFC-CNPL, texte relevé sur aelf.org (office du 8 décembre 2025).
18 30Bienheureux Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854 (Denzinger §§ 2800-2804 ; corroboré en anglais par les encycliques pontificales). La bulle fut proclamée le jour même de la solennité.
19 20Lectionnaire romain, messe de la solennité de l'Immaculée Conception, traduction liturgique AELF : Gn 3, 9-15.20 ; Ps 97 (98), refrain « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles » ; Ep 1, 3-6.11-12 ; Lc 1, 26-38 (relevé sur aelf.org, messe du 8 décembre 2025).
21Livre de la Genèse 3, 15, traduction liturgique AELF (le « protévangile », proclamé en première lecture de la solennité).
22Antienne du Benedictus, laudes du 8 décembre, relevée sur aelf.org (office du 8 décembre 2025) : « Je mettrai l'hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : elle t'écrasera la tête. Alléluia. »
23Antienne d'ouverture Gaudens gaudebo in Domino (Is 61, 10), introït propre du 8 décembre (Graduale Romanum ; « In Conceptione immaculata B. M. V. », gregorien.ch).
24Collecte de la solennité (identique à l'oraison de l'office), traduction liturgique AELF, relevée sur aelf.org (office du 8 décembre 2025).
25Présentation générale du Missel romain, n° 53 : « On chante ou on dit le Gloria […] aux solennités et aux fêtes » ; n° 68 : le Symbole « doit être chanté ou dit […] le dimanche et les jours de solennité ».
26Présentation générale du Missel romain, n° 346 : « On emploie le blanc […] aux célébrations du Seigneur qui ne sont pas celles de sa Passion ; à celles de la bienheureuse Vierge Marie ».
27Privilège des ornements bleus pour la fête de l'Immaculée Conception en Espagne et dans les pays de tradition hispanique (« Cerulean Indult ») ; l'Espagne, qui nomme la Vierge La Purísima, fit de l'Immaculée sa fête patronale (décret du 8 novembre 1760 pour toutes les possessions de la couronne, d'après Holweck).
28 71Hymne « Humble servante du Seigneur », vêpres du 8 décembre, CFC-CNPL, texte relevé sur aelf.org (office du 8 décembre 2025) : Marie y est saluée comme « l'Étoile de l'Avent ».
31Antienne du Magnificat, vêpres du 8 décembre, relevée sur aelf.org (office du 8 décembre 2025).
32Saint Anselme de Cantorbéry, Prière à sainte Marie (Oratio 52), 2ᵉ lecture de l'office des lectures du 8 décembre, traduction liturgique AELF relevée sur aelf.org (office du 8 décembre 2025).
33 34F. Holweck, art. cit. : la fête naît dans les monastères de Palestine au VIIᵉ siècle au moins (conception de sainte Anne, 9 décembre) ; l'Occident la reçoit quand son développement oriental est arrêté et la fixe au 8 décembre ; les Églises orientales (grecque, syrienne, chaldéenne, arménienne) gardent le 9 décembre.
35 36 37F. Holweck, art. cit. : calendrier de l'Old Minster de Winchester (~1030, Conceptio Sanctae Dei Genetricis Mariae), New Minster (1035-1056), pontifical d'Exeter (1046-1072), pontifical de Cantorbéry (av. 1066) ; les moines de Winchester établissent la fête avant la Conquête.
38F. Holweck, art. cit. : vision d'Helsin, abbé de Ramsey, sur le retour du Danemark (~1070) ; le récit est entré jusque dans le Bréviaire romain de 1473 ; l'envoi au Danemark par Guillaume Iᵉʳ est historique.
39F. Holweck, art. cit. : Anselme le Jeune, neveu de saint Anselme, abbé de Bury Saint Edmunds, propage la fête après la Conquête vers Reading, Saint-Albans, Worcester, Gloucester et Winchcombe.
40F. Holweck, art. cit. : Osbert de Clare introduit la fête à Westminster le 8 décembre 1127 ; concile de Londres (1129) en faveur de la fête, adoptée par l'évêque Gilbert ; synode d'Oxford (1222) refusant l'obligation.
41 42F. Holweck, art. cit. : les chanoines de Lyon adoptent la fête vers 1128-1140 ; protestation de saint Bernard (épître 174) ; extension à toute la France en 1154 ; abolition à Paris et dans plusieurs diocèses en 1275 par l'université.
43 44 45F. Holweck, art. cit. : Pierre Damien, Pierre Lombard, Alexandre de Halès, saint Bonaventure, Albert le Grand contre ; saint Thomas pour dans les Sentences (I, 44), contre dans la Somme (IIIa, q. 27), tout en posant les principes de la solution ; le mot « conception » était pris en des sens non encore distingués.
46 47F. Holweck, art. cit. : sous Rotric de Rouen (1165-1183), la Conception est fête de précepte dans l'archidiocèse et ses six suffragants, égale à l'Annonciation ; fête patronale des étudiants normands à Paris ; « fête de la nation normande ».
48 49Bienheureux Jean Duns Scot (vers 1265-1308), Ordinatio, III, d. 3 : la praeredemptio, rédemption préventive de Marie en vue des mérites du Christ (cf. article Le dogme de l'Immaculée Conception (1854)).
50 51F. Holweck, art. cit. : concile de Bâle (1439), doctrine déclarée pieuse et conforme à la foi catholique, à la droite raison et à l'Écriture (Mansi, XXXIX, 182) ; le concile n'étant plus œcuménique, sans autorité définitoire.
52F. Holweck, art. cit. : Sixte IV, décret du 28 février 1476 (fête pour toute l'Église latine + indulgence, DS 734) ; office de Leonardo de Nogarolis ; Sicut lilium de Bernardin de Busti chez les franciscains dès 1480 ; Grave nimis, 4 septembre 1483 (DS 735).
53 54 55F. Holweck, art. cit. : Paris 1497 (serment universitaire), puis Toulouse, Bologne, Naples, Cologne, Mayence, Vienne, Louvain, Oxford, Cambridge, Salamanque, Tolède, Séville, Valence, Coimbra, Évora, Mexico, Lima ; Frères mineurs, patronne de l'ordre en 1621 avec serment d'enseigner le mystère.
56 57F. Holweck, art. cit. : Trente, session V (1546), la Vierge exceptée du décret sur le péché originel ; saint Pie V condamne la proposition 73 de Baïus (DS 1073) et donne un office simplifié (1570-1571).
58 59F. Holweck, art. cit. : Paul V (1617) interdit d'enseigner publiquement la conception dans le péché ; Grégoire XV (1622) impose le silence aux adversaires et abolit le terme de sanctificatio.
60F. Holweck, art. cit. : Alexandre VII, Sollicitudo omnium ecclesiarum, 8 décembre 1661 (DS 1100) : l'objet de la fête est l'immunité de Marie dès le premier moment de la création de son âme.
61Alexandre VII, constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum, 8 décembre 1661. Texte français relevé dans le Denzinger, éd. française 1957 (§§ 2015-2017), exemplaire de la bibliothèque locale.
62F. Holweck, art. cit. : Clément IX, octave pour les États pontificaux (1667) ; rangs déjà accordés (Espagne 1664, Toscane et Savoie 1665, Compagnie de Jésus 1667, ermites de Saint-Augustin) ; Innocent XII (1693), double de seconde classe avec octave universelle ; Clément XI, 6 décembre 1708, fête d'obligation ; Pie IX, nouvel office le 25 décembre 1863 ; Léon XIII, 30 novembre 1879, double de première classe avec vigile.
63Inscription de l'avers : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous — 1830 » ; apparition du 27 novembre 1830 à sainte Catherine Labouré, chapelle de la rue du Bac, Paris.
64Pie IX, encyclique Ubi primum, 2 février 1849 : consultation des évêques du monde catholique en préparation de la définition. La bulle Ineffabilis Deus (1854) atteste elle-même l'unanimité des réponses parvenues à Rome : « replying to us with a most enthusiastic joy, exultation and zeal, […] with one voice they even entreated us to define […] the Immaculate Conception of the Virgin » (traduction anglaise, New Advent ; cf. article Le dogme de l'Immaculée Conception (1854)). Aucun chiffre précis n'est retenu : la bulle ne chiffre pas les réponses, et les auteurs secondaires divergent (521 positives sur 603 selon M. Lavagna, Soyez rationnel, devenez catholique !, 2023, p. 366-367 ; 546 favorables sur 603 selon d'autres, p. ex. New Daily Compass).
65F. Holweck, art. cit. : jubilé de 1904 célébré avec une grande splendeur (saint Pie X, encyclique du 2 février 1904).
66Dans la nuit du 7 au 8 décembre 1585, un tercio espagnol assiégé sur les bords de l'Escaut (Empel, Flandre) découvre une image de l'Immaculée Conception ; le gel inopiné du fleuve permet la contre-attaque et la victoire — d'où le patronage de l'infanterie espagnole (CNA/EWTN, décembre 2022).
69AELF, calendrier romain : le 9 décembre 2024, la solennité de l'Immaculée Conception est célébrée (le 8 décembre étant le 2ᵉ dimanche de l'Avent) — relevé sur aelf.org.
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