Le Triduum pascal

Le Triduum pascal est le sommet de l'année liturgique : les trois jours saints — Jeudi saint, Vendredi saint, Samedi saint et Vigile pascale — où l'Église célèbre comme un seul mystère la Cène, la Passion et la Résurrection du Christ.

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Le Triduum pascal — du latin triduum, « espace de trois jours » — désigne les trois jours saints au cours desquels l'Église catholique célèbre le cœur de sa foi : la Cène, la Passion, la mort et la Résurrection du Seigneur. Ce ne sont pas trois fêtes juxtaposées, mais les trois faces d'un unique mystère, le mystère pascal, déployé du soir du Jeudi saint au soir du dimanche de Pâques.

Ces jours forment le sommet de toute l'année liturgique. Si, comme le rappelle l'article L'année liturgique, le mystère pascal est le centre vers lequel tout converge, le Triduum en est le foyer brûlant : « le Triduum pascal de la Passion et de la Résurrection du Seigneur resplendit comme le sommet de toute l'année liturgique »[1]. Le Catéchisme emploie une image de lumière : c'est de ce foyer que rayonne tout le reste.

« À partir du Triduum pascal comme de sa source de lumière, le temps nouveau de la Résurrection remplit toute l'année liturgique de sa clarté. De proche en proche, de part et d'autre de cette source, l'année est transfigurée par la liturgie. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1168[2]

Cet article entre dans le détail de ces trois jours — ce qu'ils célèbrent, comment ils se sont formés, comment ils se déroulent et ce qu'ils signifient — là où l'article-cadre n'en donne que la vue d'ensemble. Il suppose connus l'année liturgique, le dimanche (la Pâque hebdomadaire dont le Triduum est la Pâque annuelle) et le carême qui y prépare ; il renvoie à eux plutôt que de redoubler leur contenu.

Qu'est-ce que le Triduum pascal ?

Avant d'en suivre le déroulement, il faut comprendre ce que recouvre exactement ce mot rare. Le Triduum n'est ni une simple « fin de carême », ni le seul dimanche de Pâques étendu : c'est une unité liturgique singulière, comptée d'une manière qui surprend le calendrier moderne.

Trois jours qui n'en font qu'un

Le premier paradoxe du Triduum est arithmétique. Les Normes universelles de l'année liturgique en fixent les bornes avec précision : il commence par la messe du soir du Jeudi saint en mémoire de la Cène, il a son centre dans la Vigile pascale, et il s'achève aux vêpres du dimanche de la Résurrection[3].

« Le Triduum pascal commence par la messe vespérale en mémoire de la Cène du Seigneur, a son centre dans la Vigile pascale et se termine avec les vêpres du dimanche de la Résurrection. » — Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 19[4]

Ce découpage n'est pas celui d'un agenda. Il suit le comput juif, hérité de la Bible, où le jour ne commence pas à minuit mais au coucher du soleil : « il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour » (Gn 1, 5). Ainsi le « premier jour » du Triduum s'ouvre le jeudi soir et se prolonge jusqu'au vendredi soir ; le « deuxième » va du vendredi soir au samedi soir ; le « troisième » du samedi soir au dimanche soir. Le Vendredi saint, le Samedi saint et le dimanche de Pâques sont donc bien trois jours, mais agrafés par leurs soirées en une seule traversée. C'est pourquoi la liturgie de ces jours ne se referme jamais vraiment : la messe du Jeudi saint s'achève sans bénédiction ni renvoi, l'office du Vendredi saint commence sans salutation, et la grande Vigile reprend le fil dans la nuit. Tout se passe comme si l'Église retenait son souffle d'un bout à l'autre.

Le sommet de toute l'année liturgique

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Que le Triduum soit le « sommet » n'est pas une formule pieuse : c'est un principe qui hiérarchise tout le calendrier. De même que le dimanche l'emporte sur la semaine, Pâques l'emporte sur l'année : « la prééminence que le dimanche a dans la semaine, la solennité de Pâques l'a dans l'année liturgique »[5]. Rien ne peut prendre le pas sur ces jours : aucune fête de saint, aucune solennité ne s'y célèbre ; le calendrier fait silence pour laisser place au seul mystère du Christ. Le Vendredi saint et le Samedi saint comptent, avec le dimanche de Pâques, parmi les très rares jours où aucune autre célébration — fête de saint ou solennité — ne peut prendre place.

Le carême, ces quarante jours de montée pénitentielle, n'a d'autre but que de conduire à ce sommet ; le temps pascal, ces cinquante jours d'exultation, n'en est que le prolongement. Le Triduum est ainsi la charnière de toute l'année : tout y monte et tout en redescend.

Pourquoi l'appelle-t-on « pascal » ?

Le mot Pâque vient de l'hébreu pésah, qui désigne d'abord la fête juive du passage : le passage de l'ange exterminateur qui « épargne » les maisons marquées du sang de l'agneau (Ex 12, 13), et le passage de la mer Rouge qui fait sortir Israël de l'esclavage. Le christianisme reprend ce mot pour dire un passage plus profond encore : le passage du Christ de la mort à la vie, et, en lui, le passage de l'humanité du péché à la grâce. Saint Paul donne la clé : « Le Christ, notre Pâque, a été immolé » (1 Co 5, 7)[6].

Les Pères, jouant sur la proximité du grec paschein (« souffrir »), ont parfois rattaché pascha à la Passion. Melito de Sardes, dans la plus ancienne homélie pascale connue (vers 160-170), exploite ce rapprochement pour faire de la Pâque la fête de l'Agneau souffrant[7]. L'étymologie réelle reste hébraïque — pésah, « passage » —, mais l'intuition spirituelle est juste : la Pâque chrétienne tient ensemble la souffrance du Vendredi et le passage du dimanche. Le Triduum est « pascal » parce qu'il est exactement cela : la Passion et la Pâque en un seul mouvement.

Triduum, Semaine sainte, temps pascal : situer les mots

Trois expressions voisines se recoupent et méritent d'être distinguées. La Semaine sainte est la dernière semaine du carême, du dimanche des Rameaux au Samedi saint ; elle prépare le Triduum mais n'en fait pas entièrement partie. Le Triduum pascal est le noyau de trois jours décrit ci-dessus, qui chevauche la fin de la Semaine sainte et le début du temps pascal. Le temps pascal, enfin, est la cinquantaine de jours qui va de Pâques à la Pentecôte, « célébrée dans la joie comme un seul grand dimanche »[8]. Le Triduum est donc le pivot : il clôt la pénitence et ouvre la joie. Le détail de la Semaine sainte et de la date mobile de Pâques est traité ailleurs (voir Pourquoi Pâques change-t-elle de date ?).

Aux origines : naissance du Triduum

Le Triduum n'a pas toujours eu sa forme actuelle. Comme l'année liturgique tout entière, il est le fruit d'une longue croissance, partie d'une veillée unique pour aboutir, après une éclipse médiévale et une grande restauration au XXᵉ siècle, à la structure que nous connaissons.

Saint Augustin et le « très saint Triduum »

Le mot et la chose sont attestés dès l'Antiquité chrétienne. Au début du Vᵉ siècle, saint Augustin donne au Triduum sa formule la plus dense, en répondant aux questions liturgiques d'un certain Januarius. Il y nomme les trois jours par les trois états du Christ : crucifié, enseveli, ressuscité.

« Considère attentivement ces trois jours très saints, marqués par la crucifixion, le repos au tombeau et la résurrection du Seigneur. » — Saint Augustin, Lettre 55 à Januarius, ch. 14, n° 24 (vers 400)[9]

Cette triade — crucifixi, sepulti, suscitati, « du crucifié, de l'enseveli, du ressuscité » — restera la définition classique du Triduum pendant des siècles. Elle dit l'essentiel : les trois jours ne commémorent pas trois idées, mais les trois moments d'un seul corps livré, déposé, relevé.

De la veillée unique à la distinction des jours

Aux premiers siècles, le cœur de toute la célébration était la grande veillée pascale, dans la nuit du samedi au dimanche : une seule nuit où l'on lisait l'histoire du salut, où l'on baptisait les catéchumènes et où l'on passait, à l'aube, de la mort à la vie. Le jeûne du Vendredi et du Samedi y préparait dans le deuil ; la Vigile en était l'explosion de joie. Peu à peu, le Jeudi saint reçut sa propre célébration de la Cène, le Vendredi saint sa liturgie de la Passion, et le Samedi saint son silence — mais tout restait ordonné à la nuit pascale comme à son centre. C'est cette structure primitive que la réforme du XXᵉ siècle a cherché à retrouver.

L'éclipse médiévale : des offices anticipés le matin

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Au Moyen Âge, un glissement progressif faussa tout l'édifice. Pour des raisons pratiques — le jeûne qui se prolongeait, la commodité du clergé —, les offices se mirent à être anticipés : la messe du soir du Jeudi saint se disait le matin, la liturgie du Vendredi aussi, et la Vigile pascale, veillée nocturne par excellence, finit par être célébrée… le samedi matin, dans une église vide. On bénissait le feu nouveau et l'on chantait l'Exsultet — « Voici la nuit ! » — à dix heures du matin, devant quelques fidèles. Le sens même de la nuit pascale s'était perdu : une veillée d'attente du Ressuscité réduite à une formalité matinale. Cette anomalie dura des siècles.

La grande restauration de Pie XII (1951-1955)

Le mouvement liturgique (voir Le mouvement liturgique), né dans les abbayes bénédictines, fit redécouvrir la beauté et la logique de la structure primitive. Le pape Pie XII en tira les conséquences. En 1951, il restaura la Vigile pascale dans la nuit, d'abord à titre d'essai facultatif ; le succès fut tel que les évêques demandèrent la même restauration pour tous les jours de la Semaine sainte[10]. Le 16 novembre 1955, le décret Maxima redemptionis nostrae mysteria restaura l'ensemble de la Semaine sainte et rendit chaque office à son heure vraie : la Cène au soir du Jeudi, la Passion dans l'après-midi du Vendredi, la Vigile dans la nuit du Samedi[11]. C'est l'une des plus importantes réformes liturgiques avant Vatican II — et celle qui a redonné au Triduum son visage.

Vatican II et la réforme de 1969

Le concile Vatican II confirma et acheva ce mouvement. La constitution Sacrosanctum Concilium place le mystère pascal au cœur de toute la liturgie : c'est « par le mystère pascal de sa bienheureuse Passion, de sa Résurrection d'entre les morts et de sa glorieuse Ascension » que le Christ a accompli l'œuvre du salut[12]. Les Normes universelles de l'année liturgique (1969) fixèrent ensuite la forme actuelle du Triduum — bornes, centre, jeûne, Vigile — telle qu'elle est décrite dans cet article. Le Triduum d'aujourd'hui est donc à la fois très ancien et restauré : un retour, à travers vingt siècles, à la veillée des origines.

  1. Iᵉʳ-IIᵉ siècle
    La veillée pascale unique

    Les chrétiens veillent dans la nuit du samedi au dimanche : lecture de l'histoire du salut, baptême des catéchumènes, eucharistie de l'aube. Tout le Triduum tient dans cette nuit.

  2. v. 160-170
    Melito de Sardes, « Sur la Pâque »

    La plus ancienne homélie pascale connue chante l'Agneau immolé et ressuscité, et rattache la Pâque à la Passion du Christ.

  3. v. 400
    Saint Augustin nomme le « très saint Triduum »

    Dans sa Lettre 55, Augustin définit les trois jours « du crucifié, de l'enseveli, du ressuscité » — formule classique du Triduum.

  4. Moyen Âge
    L'anticipation des offices

    Pour des raisons pratiques, les offices sont peu à peu avancés au matin ; la Vigile pascale finit par se célébrer le samedi matin, dans des églises vides.

  5. 1951
    Pie XII restaure la Vigile dans la nuit

    À titre d'essai, la Vigile pascale est rendue à la nuit. Le succès est immédiat et général.

  6. 1955
    Maxima redemptionis nostrae mysteria

    Le décret restaure toute la Semaine sainte et rend chaque office à son heure vraie : Cène le jeudi soir, Passion le vendredi après-midi, Vigile dans la nuit.

  7. 1969
    Les Normes universelles de Paul VI

    La réforme issue de Vatican II fixe la forme actuelle du Triduum : début à la messe du soir du Jeudi saint, centre dans la Vigile, fin aux vêpres de Pâques.

Le Jeudi saint : la messe en mémoire de la Cène

Le Triduum s'ouvre le Jeudi saint au soir, par la messe en mémoire de la Cène du Seigneur (Missa in Cena Domini). Tout y respire la reconnaissance et l'adieu : c'est le soir où le Christ, « la nuit où il fut livré » (1 Co 11, 23), a donné à son Église l'Eucharistie, le sacerdoce et le commandement de l'amour.

La messe chrismale, seuil du matin

Le matin du Jeudi saint, l'évêque célèbre dans sa cathédrale la messe chrismale, où il consacre le saint chrême et bénit les huiles, entouré de son presbyterium. Cette célébration, distincte de la messe du soir, manifeste l'unité du sacerdoce autour de l'évêque. Elle fait l'objet d'un article propre — voir La messe chrismale — et n'est pas développée ici : elle prépare le Triduum sans en faire formellement partie, puisque celui-ci ne commence qu'à la messe du soir.

L'institution de l'Eucharistie

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Le cœur de cette messe est la mémoire de l'institution de l'Eucharistie. C'est ce soir-là que le Christ, prenant le pain et le vin, a dit : « Ceci est mon corps, qui est donné pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang » (Lc 22, 19-20). Le Catéchisme y voit l'anticipation sacramentelle de la Croix : à la Cène, le Seigneur « anticipe », c'est-à-dire offre d'avance, le sacrifice qu'il accomplira le lendemain[13]. La messe du Jeudi saint n'est donc pas une simple commémoration d'un repas : elle célèbre le don par lequel le sacrifice du Vendredi se rend présent à chaque autel jusqu'à la fin des temps.

Pour marquer cette joie au cœur des jours de deuil, on chante le Gloria — pendant lequel les cloches sonnent à toute volée — puis elles se taisent jusqu'à la Vigile pascale. L'orgue lui-même se tait[14]. Un silence s'installe, qui ne sera rompu que dans la nuit de Pâques.

L'institution du sacerdoce

À la Cène, en disant aux apôtres « Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22, 19), le Christ ne leur a pas seulement donné l'Eucharistie : il les a institués prêtres de la nouvelle Alliance, capables de refaire ce qu'il venait de faire. Le Jeudi saint est ainsi, par excellence, la fête du sacerdoce. C'est la raison profonde du lien entre la messe chrismale du matin — où les prêtres rénovent leurs promesses sacerdotales — et la messe du soir : le même jour célèbre le don de l'Eucharistie et le don des ministres qui la rendront présente. Le sacerdoce n'existe que pour l'autel ; l'autel n'a de ministres que par ce soir-là.

Le lavement des pieds (le mandatum)

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Après l'homélie, un rite saisissant peut prendre place : le lavement des pieds, ou mandatum. Reproduisant le geste du Christ qui, « s'étant levé de table », lava les pieds de ses disciples (Jn 13, 4-5), le célébrant s'agenouille et lave les pieds de fidèles. Le mot mandatum vient de la parole de Jésus : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres » (Jn 13, 34) — d'où, par contraction, le vieux nom français de « jeudi du Mandé ». Le geste éclaire d'un coup tout le sens du sacerdoce et de l'Eucharistie : le pouvoir reçu n'est pas une domination mais un service jusqu'à l'abaissement.

« Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c'est un exemple que je vous ai donné, afin que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous. » — Évangile selon saint Jean, 13, 14-15[15]

Pendant ce rite, on chante traditionnellement les antiennes Ubi caritas — « Là où sont la charité et l'amour, Dieu est présent ».

Le reposoir et le dépouillement des autels

La messe du Jeudi saint ne s'achève pas comme les autres. Il n'y a ni bénédiction finale ni renvoi : le Triduum vient de commencer et ne s'interrompra pas. À la place, le Saint-Sacrement est porté en procession vers un autel orné, le reposoir, où l'Église veille en adoration, prolongeant la nuit où le Christ demanda à ses disciples : « Demeurez ici et veillez avec moi » (Mt 26, 38)[16]. Cette veillée auprès du reposoir est l'une des dévotions les plus aimées de la nuit du Jeudi saint.

Puis on procède au dépouillement des autels : on retire nappes, croix, chandeliers, ornements. L'église se dénude. Ce dépouillement annonce déjà le Vendredi : l'autel, image du Christ, est livré nu à la Passion. Le tabernacle reste ouvert et vide ; la lampe du sanctuaire est éteinte. L'Église entre dans le grand silence.

Le Vendredi saint : la célébration de la Passion

Le Vendredi saint est le jour de la mort du Seigneur. L'Église ne dit pas la messe ce jour-là : elle se tient au pied de la Croix. Vers trois heures de l'après-midi — l'heure de la mort du Christ —, ou un peu plus tard, elle célèbre l'austère et bouleversante célébration de la Passion du Seigneur, en trois temps : la liturgie de la Parole, l'adoration de la Croix, la sainte communion.

Le Vendredi saint, jour sans messe

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Une singularité marque ce jour : c'est l'un des deux jours de l'année où l'Église ne célèbre aucune messe avant la Vigile. Aucun sacrifice eucharistique n'est offert le Vendredi saint, ni le Samedi saint avant la Vigile[17]. La raison est de convenance théologique : le jour où le sacrifice de la Croix s'est accompli historiquement, l'Église s'abstient d'en refaire le mémorial sacramentel et se contente de le contempler. Les fidèles communient toutefois aux hosties consacrées la veille, à la messe de la Cène et conservées au reposoir : la communion du Vendredi saint vit tout entière du Jeudi.

La liturgie commence dans un dénuement total. Le prêtre, en ornements rouges, entre en silence, se prosterne face contre terre devant l'autel nu, et toute l'assemblée s'agenouille : il n'y a ni chant d'entrée, ni salutation, ni signe de croix. On reprend simplement le fil suspendu la veille.

La Passion selon saint Jean

La liturgie de la Parole culmine dans la lecture solennelle du récit de la Passion selon saint Jean (Jn 18-19), souvent chantée ou répartie entre plusieurs voix. L'évangile de Jean est choisi parce qu'il présente la Croix non comme une défaite mais comme une glorification : le Christ y règne du haut de la croix, accomplit les Écritures et, en remettant l'Esprit, donne naissance à l'Église par le sang et l'eau jaillis de son côté (Jn 19, 34). Toute la spiritualité de la Croix se condense dans le cri de saint Paul, qui devrait habiter le cœur du fidèle ce jour-là :

« Pour moi, que jamais je ne me glorifie, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. » — Saint Paul, Galates 6, 14[18]

La grande prière universelle

Vient ensuite la grande prière universelle, ou « oraisons solennelles » — la forme la plus ancienne et la plus complète de la prière des fidèles, conservée intacte de l'Antiquité romaine. En une dizaine d'intentions chantées, l'Église porte le monde entier devant la Croix : pour l'Église, pour le pape, pour le clergé et les fidèles, pour les catéchumènes, pour l'unité des chrétiens, pour le peuple juif, pour ceux qui ne croient pas au Christ, pour ceux qui ne croient pas en Dieu, pour les gouvernants, pour les éprouvés. Du haut de la Croix, le Christ embrasse l'humanité tout entière : la prière du Vendredi saint épouse cette universalité.

L'adoration de la Croix

Le deuxième temps est l'adoration de la Croix. On dévoile progressivement un grand crucifix, en trois stations, à l'acclamation : « Voici le bois de la Croix, qui a porté le salut du monde — Venez, adorons ». Puis les fidèles s'avancent pour vénérer la Croix d'un baiser, d'une génuflexion, d'une inclination. Pendant ce temps, on chante les Impropères (les « Reproches ») — où le Christ, du haut de la croix, interpelle tendrement son peuple : « Ô mon peuple, que t'ai-je fait ? En quoi t'ai-je contristé ? Réponds-moi » — ainsi que l'antique hymne Crux fidelis et le Pange lingua de la Passion[19]. Il ne s'agit pas d'adorer un morceau de bois, mais, à travers le signe, le Christ crucifié lui-même : l'adoration va à la personne, non à l'objet (voir Adoration et vénération).

La sainte communion et le jeûne pascal

Le troisième temps est bref : on apporte le Saint-Sacrement du reposoir, on récite le Notre Père, et les fidèles communient. Puis tout se retire en silence ; l'autel est de nouveau dénudé. Aucune bénédiction : le Triduum continue.

Le Vendredi saint est, avec le Mercredi des Cendres, l'un des deux jours de jeûne et d'abstinence obligatoires de l'année pour les catholiques. Ce jeûne, que les Normes appellent le jeûne pascal, prolonge celui des premiers chrétiens — qui jeûnaient, disait-on, « parce que l'Époux leur a été enlevé » (cf. Mc 2, 20)[20]. La lettre Paschalis sollemnitatis recommande de l'étendre au Samedi saint, pour que l'Église, le cœur dilaté par le manque, parvienne « disposée et l'esprit ouvert » aux joies de la Résurrection[21].

Le Samedi saint : l'Église au tombeau

Le Samedi saint est le jour le plus silencieux de l'année. Le Christ repose dans le tombeau ; l'Église se tient en deuil et en attente, sans liturgie ni sacrifice. C'est un jour suspendu entre la mort et la vie — le jour vide, mais habité d'une espérance secrète.

Un jour de silence et d'attente

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Le Samedi saint, l'Église s'abstient rigoureusement de toute célébration : pas de messe, pas de communion sinon en viatique aux mourants, autels nus, tabernacle vide. La lettre Paschalis sollemnitatis en donne la plus belle définition.

« Le Samedi saint, l'Église demeure auprès du tombeau du Seigneur, méditant sa Passion et sa mort, ainsi que sa descente aux enfers, et attendant dans la prière et le jeûne sa résurrection. » — Congrégation pour le culte divin, Paschalis sollemnitatis, n° 73[22]

Ce silence n'est pas un vide religieux : c'est le sabbat du Christ au tombeau, le repos du septième jour où Dieu, ayant tout accompli, se repose dans la mort comme il s'était reposé après la création (cf. He 4). L'Église veille, comme la Vierge et les saintes femmes, dans la confiance que la nuit qui vient sera celle de la victoire.

La descente aux enfers

Le Samedi saint a un contenu propre, souvent oublié : la descente du Christ aux enfers, que professe le Credo (« il est descendu aux enfers »). Il ne s'agit pas de l'enfer des damnés, mais du séjour des morts (le shéol hébreu, l'Hadès grec), où attendaient les justes d'avant le Christ. En son âme unie à sa divinité, le Christ y descend pour délivrer les justes — Adam et Ève, les patriarches, les prophètes — qui espéraient le Sauveur[23]. La liturgie byzantine en a fait l'icône même de Pâques : le Christ, brisant les portes de la mort, saisit Adam et Ève par le poignet pour les arracher au tombeau. L'Exsultet le chantera dans la nuit : « Voici la nuit où, brisant les liens de la mort, le Christ s'est relevé, victorieux, des enfers. »

Une antique homélie, lue à l'office du Samedi saint, exprime ce mystère avec une force inégalée : « Aujourd'hui, un grand silence règne sur la terre… c'est que le Roi dort. La terre a tremblé, puis s'est calmée, parce que Dieu s'est endormi dans la chair, et qu'il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles… Il est allé chercher Adam, notre premier père, la brebis perdue »[24].

La Vierge au matin de Pâques

La tradition catholique a toujours vu dans la Vierge Marie celle qui, au Samedi saint, garde seule la foi quand tout semble perdu. Tandis que les apôtres se dispersent, elle demeure dans l'espérance certaine de la Résurrection. C'est pourquoi le samedi est, dans le calendrier, le jour traditionnellement consacré à la Vierge : il garde la mémoire de cette foi inébranlable au matin du tombeau. Le Samedi saint n'est donc pas un jour d'absence, mais de veille croyante.

La Vigile pascale : « mère de toutes les saintes veillées »

Tout le Triduum tend vers cette nuit. La Vigile pascale, célébrée dans la nuit du Samedi au dimanche, est le centre du Triduum et le sommet de toute l'année liturgique. Saint Augustin l'appelait « la mère de toutes les saintes veillées »[25] ; les Normes universelles en font la nuit par excellence, « nuit de veille en l'honneur du Seigneur » (Ex 12, 42).

« Cette nuit est une nuit de veille en l'honneur du Seigneur. La Vigile célébrée durant cette nuit, pour commémorer la nuit sainte où le Seigneur est ressuscité, est considérée comme la "mère de toutes les saintes veillées". » — Congrégation pour le culte divin, Paschalis sollemnitatis, n° 77[26]

Une règle d'airain en commande l'heure : la Vigile « doit tout entière se dérouler de nuit » ; elle ne peut commencer avant la tombée de la nuit ni s'achever après l'aube du dimanche[27]. Une « Vigile » célébrée en plein jour, comme aux siècles d'anticipation, est une contradiction dans les termes : on attend le Ressuscité dans l'obscurité, pour le voir se lever avec le jour.

La Vigile se déroule en quatre temps qui forment une pédagogie complète du salut[28].

TempsNom liturgiqueCe qui s'y dérouleSens
1Liturgie de la lumière (lucernaire)Bénédiction du feu nouveau, cierge pascal, procession, ExsultetLe Christ, lumière qui vainc la nuit
2Liturgie de la ParoleJusqu'à neuf lectures (sept de l'Ancien Testament, épître, évangile)Toute l'histoire du salut relue à la lumière de Pâques
3Liturgie baptismaleBénédiction de l'eau, baptêmes, rénovation des promesses du baptêmeMourir et ressusciter avec le Christ
4Liturgie eucharistiqueMesse de la RésurrectionCommunier au Vivant, festin pascal

Premier temps : la liturgie de la lumière

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La nuit commence dans le noir. Hors de l'église, on bénit le feu nouveau ; on en allume le grand cierge pascal, gravé de la croix, de l'alpha et de l'oméga, de l'année en cours et de cinq grains d'encens figurant les cinq plaies[29]. Porté en procession dans la nef obscure, le cierge répand sa flamme à toutes les bougies des fidèles, à la triple acclamation « Lumière du Christ ! ». Puis le diacre chante l'Exsultet, la longue annonce pascale qui proclame la victoire de la lumière sur les ténèbres et déploie le sens de la nuit. C'est là que retentit la formule la plus audacieuse de toute la liturgie :

« Il fallait le péché d'Adam que la mort du Christ abolit ! Ô bienheureuse faute, qui nous valut pareil Rédempteur ! » — Exsultet, annonce pascale de la Vigile[30]

L'Exsultet ose appeler « bienheureuse » la faute originelle (felix culpa) — non pour excuser le péché, mais parce que la réponse de Dieu l'a infiniment dépassé : le mal d'Adam a été l'occasion d'un bien plus grand, la venue d'un tel Rédempteur. Toute la théologie du salut tient dans ce paradoxe chanté dans la nuit.

Deuxième temps : la liturgie de la Parole

Reviennent les lumières intérieures de l'esprit : la liturgie de la Parole relit toute l'histoire du salut. Jusqu'à neuf lectures se succèdent — sept tirées de l'Ancien Testament (la création, le sacrifice d'Abraham, le passage de la mer Rouge, les prophètes…), puis l'épître et l'évangile —, ponctuées de psaumes et d'oraisons. La lecture du passage de la mer Rouge (Ex 14) ne peut jamais être omise : elle est la figure même de la Pâque, le passage des eaux qui préfigure le baptême et la Résurrection[31]. Après la dernière lecture de l'Ancien Testament, le Gloria éclate, les cloches sonnent de nouveau après leur silence depuis le Jeudi saint, l'orgue reprend, et l'Alleluia, tu pendant tout le carême, est solennellement restitué. La nuit bascule de l'attente à l'exultation.

Troisième temps : la liturgie baptismale

La nuit de Pâques est, depuis les origines, la grande nuit du baptême. On bénit l'eau baptismale en y plongeant le cierge pascal ; les catéchumènes sont baptisés, confirmés et reçoivent l'eucharistie, accomplissant en cette nuit leur propre passage de la mort à la vie. Saint Paul en donne la clé : « Par le baptême, nous avons été ensevelis avec lui dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité d'entre les morts… nous menions nous aussi une vie nouvelle » (Rm 6, 4)[32]. Toute l'assemblée, alors, rénove les promesses de son baptême et est aspergée de l'eau nouvellement bénite : chaque fidèle replonge dans la grâce de sa propre Pâque.

Quatrième temps : la liturgie eucharistique

La Vigile culmine dans l'eucharistie, première messe de Pâques. Après le jeûne du Vendredi et le silence du Samedi, l'Église se rassemble enfin autour de l'autel du Ressuscité pour le festin pascal. Les nouveaux baptisés communient pour la première fois. La nuit, commencée dans le deuil et l'obscurité, s'achève dans la lumière et la joie : le passage est accompli. C'est de cette nuit que jaillit la cinquantaine pascale, prolongée jusqu'à la Pentecôte, et toute la lumière de l'année liturgique.

La théologie du Triduum : un seul mystère pascal

Les trois jours, on l'a dit, ne forment qu'un. Il reste à comprendre pourquoi : non par convention liturgique, mais parce que la Cène, la Croix et la Résurrection sont les trois faces inséparables d'un unique acte de salut, le mystère pascal.

Le passage : Pâque du Christ, Pâque du chrétien

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Le mot qui résume tout est passage. Le Christ « passe » de ce monde à son Père (Jn 13, 1), de la mort à la vie. Mais ce passage n'est pas un événement privé : il est pour nous. En lui, l'humanité tout entière est invitée à passer du péché à la grâce, de la mort à la vie. C'est pourquoi le Triduum n'est pas seulement la mémoire d'une histoire ancienne : il est la source où le chrétien puise sa propre Pâque, par le baptême et l'eucharistie. Le Catéchisme le dit : Pâques n'est pas une fête parmi d'autres, mais la « Fête des fêtes », la « Solennité des solennités », comme l'Eucharistie est le « Sacrement des sacrements »[33].

« Mémoire, présence, attente »

Comment trois jours d'il y a vingt siècles peuvent-ils être célébrés aujourd'hui, et non simplement racontés ? Parce que la liturgie n'est pas un théâtre du souvenir, mais le lieu où le mystère du Christ se rend présent et agissant. En célébrant le Triduum, l'Église ne rejoue pas la Passion : elle entre dans l'unique Pâque du Christ, toujours vivante, parce que le Ressuscité « est le même hier, aujourd'hui et à jamais » (He 13, 8). Chaque Triduum tient ensemble les trois temps : la mémoire de ce que le Christ a fait, sa présence efficace par les sacrements, et l'attente de son retour. C'est la même structure que celle de tout l'office liturgique, développée dans L'année liturgique.

Le sens du salut : « Ô bienheureuse faute »

Le mot le plus profond du Triduum reste celui de l'Exsultet : felix culpa, « bienheureuse faute ». Il dit que le mal n'a pas le dernier mot, et que Dieu, sans jamais vouloir le péché, en a tiré un bien qui le surpasse infiniment. Le Vendredi saint n'est pas une catastrophe rattrapée de justesse, mais la manière même dont Dieu a choisi de sauver : par l'amour qui se livre. Saint Paul l'a dit en une phrase : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). Tout le Triduum est le déploiement liturgique de cette surabondance.

Vivre le Triduum aujourd'hui

Reste la question décisive : que faire de ces trois jours ? Le Triduum n'est pas un spectacle à regarder, mais un mystère à vivre. L'Église invite chaque fidèle à y entrer de tout son être.

Entrer dans les trois jours

Concrètement, vivre le Triduum, c'est se libérer pour ces jours comme on se libère pour rien d'autre dans l'année : participer à la messe de la Cène et veiller au reposoir le Jeudi soir ; jeûner et venir adorer la Croix le Vendredi ; garder le silence et l'attente le Samedi ; veiller dans la nuit de Pâques. C'est laisser ces trois jours rythmer le corps et l'âme — par le jeûne, le silence, la veille, l'adoration — au lieu de les traverser distraitement. Les saints n'ont cessé de le redire : qui vit vraiment le Triduum chaque année voit toute sa vie spirituelle se réordonner autour de la Croix et de la Résurrection.

Du Vendredi à la nuit : la pédagogie de l'espérance

Le Triduum est une pédagogie de l'espérance. Il apprend à ne pas séparer la Croix de la gloire : à ne pas désespérer le Vendredi, parce qu'on sait que vient le dimanche ; mais aussi à ne pas se réjouir trop vite, parce qu'on n'atteint la lumière qu'en traversant la nuit. La logique du Triduum est exactement celle de la vie chrétienne : « si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons » (2 Tm 2, 11). C'est cette espérance que l'Antiquité chantait dans la nuit pascale, et que toute homélie de cette nuit reprend : la mort est vaincue, le Christ est ressuscité, et avec lui ceux qui sont à lui.

« Que personne ne pleure sur ses péchés, car le pardon a brillé du tombeau. Que personne ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous a libérés… Le Christ est ressuscité, et la vie règne ! » — Saint Jean Chrysostome, Homélie pascale[34]

Le Triduum pascal est ainsi le cœur battant de toute l'année liturgique : trois jours où l'Église, recueillie puis exultante, refait avec son Seigneur le passage de la mort à la vie, et où chaque fidèle est invité à y passer avec lui.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (Normae universales de anno liturgico et de calendario), promulguées par Paul VI le 14 février 1969 (motu proprio Mysterii paschalis), n° 18. Texte de référence : Missel romain, troisième édition typique (Universal Norms on the Liturgical Year and the Calendar, 2011). Original : « the sacred Paschal Triduum of the Passion and Resurrection of the Lord shines forth as the high point of the entire liturgical year » ; la norme ajoute : « the pre-eminence that Sunday has in the week, the Solemnity of Easter has in the liturgical year ».

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 1168, Mame/Plon, 1992. Texte original : « Beginning with the Easter Triduum as its source of light, the new age of the Resurrection fills the whole liturgical year with its brilliance. Gradually, on either side of this source, the year is transfigured by the liturgy. It really is a 'year of the Lord's favor.' »

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  3. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 19. Original : « The Easter Triduum begins with the evening Mass of the Lord's Supper, has its centre in the Easter Vigil, and closes with Vespers of the Sunday of the Resurrection. » Confirmé par les rubriques de la nouvelle traduction française du Missel romain (liturgie.catholique.fr).

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  4. 1 Corinthiens 5, 7 : « Car le Christ, notre Pâque, a été immolé. » Saint Paul applique au Christ la figure de l'agneau pascal de l'Exode (Ex 12). Voir Catéchisme de l'Église catholique § 608, sur le Christ « Agneau de Dieu ».

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  5. Melito de Sardes, Sur la Pâque (Peri Pascha), homélie composée en Asie Mineure vers 160-170, et redécouverte au XXᵉ siècle (premier éditeur : Campbell Bonner, 1940). C'est, avec la 2ᵉ Clément, le plus ancien sermon chrétien non biblique conservé. Melito y joue sur la proximité de pascha et du grec paschein, « souffrir », pour lier la Pâque à la Passion. Édition : Sources chrétiennes n° 123. L'étymologie réelle de pascha reste l'hébreu pésah, « passage ».

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  6. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 22 : « Les cinquante jours qui vont du dimanche de la Résurrection au dimanche de la Pentecôte sont célébrés dans la joie et l'exultation comme un seul jour de fête, bien plus comme un seul "grand dimanche". » Le temps pascal prolonge donc le Triduum, qui en est la source.

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  7. Saint Augustin, Lettre 55 à Januarius (Epistula LV ad Inquisitiones Ianuarii), ch. 14, n° 24, vers 400. Traduction française du passage ; texte latin : « sacratissimum triduum crucifixi, sepulti, suscitati », rendu en anglais (New Advent / NPNF) par « the three sacred days… of him who was crucified, and buried, and rose again ». Augustin y donne la définition classique du Triduum, en nommant les trois jours par les trois états du Christ.

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  8. Pie XII restaura la Vigile pascale dans la nuit en 1951 (décret Dominicae Resurrectionis vigiliam, Congrégation des Rites, 9 février 1951), d'abord à titre d'essai facultatif. Le succès général de cet essai conduisit aux pétitions des évêques pour la restauration de toute la Semaine sainte. Voir le préambule du décret Maxima redemptionis nostrae mysteria (1955).

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  9. Sacrée Congrégation des Rites, décret général Maxima redemptionis nostrae mysteria, 16 novembre 1955, approuvé par Pie XII, entré en vigueur à Pâques 1956. Il restaura l'Ordo Hebdomadae Sanctae (l'ordre de la Semaine sainte), rendant chaque office à son heure véritable et simplifiant les rubriques. C'est la principale réforme liturgique du pontificat de Pie XII et le socle de la réforme conciliaire ultérieure.

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  10. Concile Vatican II, constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium, § 5, 4 décembre 1963. Texte sur vatican.va : c'est « par le mystère pascal de sa bienheureuse Passion, de sa Résurrection d'entre les morts et de sa glorieuse Ascension » que le Christ « a accompli l'œuvre de la rédemption des hommes et de la parfaite glorification de Dieu ». Le mystère pascal est ainsi posé comme le centre de toute la liturgie.

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  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 1337 et 1340 : à la Cène, « la veille de sa Passion », le Christ institue l'Eucharistie comme mémorial de sa mort et de sa résurrection. Le § 1365 précise que l'Eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ, par lequel l'unique sacrifice de la Croix se rend présent. Voir aussi 1 Co 11, 23-26.

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  12. Missel romain, rubriques de la messe vespérale en mémoire de la Cène du Seigneur : « On chante le Gloria in excelsis ; pendant qu'il est chanté, on sonne les cloches, puis elles se taisent jusqu'à la Vigile pascale » ; de même l'orgue et les instruments ne sont plus utilisés que pour soutenir le chant. Ce silence des cloches, du Jeudi soir à l'Alleluia de la Vigile, exprime le deuil de l'Église pendant la Passion.

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  13. Évangile selon saint Jean, 13, 14-15. Le terme mandatum (« commandement ») vient de Jn 13, 34 : « Mandatum novum do vobis » (« Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres »), antienne du rite. De là le vieux nom français du Jeudi saint : « jeudi du Mandé ».

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  14. Sur le reposoir (autel de la réservation) et la veillée d'adoration du Jeudi saint, voir Paschalis sollemnitatis, n° 49-56, et la Présentation générale du Missel romain. La messe du soir s'achève sans bénédiction ni renvoi : on transfère le Saint-Sacrement en procession (chant du Pange lingua / Tantum ergo), puis on dépouille les autels. L'adoration se prolonge « jusqu'à minuit » sans solennité au-delà.

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  15. Le Vendredi saint et le Samedi saint (avant la Vigile) sont les seuls jours où l'Église ne célèbre pas la messe : voir Paschalis sollemnitatis, n° 58 et 75, et la Présentation générale du Missel romain. Le Vendredi saint, les fidèles communient aux hosties consacrées la veille à la messe de la Cène ; le Samedi saint, la communion n'est donnée qu'en viatique aux mourants.

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  16. Galates 6, 14 : « Pour moi, que jamais je ne me glorifie, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. » C'est l'un des textes pauliniens majeurs de la spiritualité de la Croix, au cœur du Vendredi saint.

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  17. Les Impropères (Improperia, « Reproches ») sont les antiennes chantées pendant l'adoration de la Croix le Vendredi saint, où le Christ s'adresse à son peuple : Popule meus, quid feci tibi ? (« Ô mon peuple, que t'ai-je fait ? »). On chante aussi l'hymne Crux fidelis (« Croix fidèle, arbre unique et noble entre tous ») et le Pange lingua gloriosi proelium certaminis de Venance Fortunat (VIᵉ s.). Voir Missel romain, célébration de la Passion du Seigneur, et Paschalis sollemnitatis, n° 68-69.

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  18. Paschalis sollemnitatis, n° 39 : « Le jeûne pascal est sacré pendant les deux premiers jours du Triduum, durant lesquels, selon une antique tradition, l'Église jeûne "parce que l'Époux lui a été enlevé". » L'allusion est à Mc 2, 19-20 (les amis de l'époux jeûneront « le jour où l'époux leur sera enlevé »). Le Vendredi saint est jour de jeûne et d'abstinence obligatoires (Code de droit canonique, can. 1251).

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  19. Paschalis sollemnitatis, n° 39-40 : le jeûne du Vendredi saint « doit, là où c'est possible, être prolongé tout au long du Samedi saint », afin que l'Église parvienne, « le cœur élevé et ouvert », aux joies du dimanche de la Résurrection.

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  20. Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, lettre circulaire Paschalis sollemnitatis sur la préparation et la célébration des fêtes pascales, 16 janvier 1988, n° 73. Original : « On Holy Saturday the Church is, as it were, at the Lord's tomb, meditating on his passion and death, and on his descent into hell, and awaiting his resurrection with prayer and fasting. »

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  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 631-637, sur l'article du Credo « il est descendu aux enfers ». Le § 633 précise que « les enfers » désignent ici le séjour des morts (shéol, Hadès), non l'enfer des damnés ; le Christ y descend, non pour délivrer les damnés, mais pour ouvrir les portes du ciel aux justes qui l'avaient précédé. Voir aussi 1 P 3, 18-19 et 4, 6.

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  22. Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi (PG 43, 439, attribuée à Épiphane), lue à l'Office des lectures du Samedi saint dans la Liturgie des Heures. Traduction de l'édition française de la Liturgie des Heures. Le texte développe la descente du Christ aux enfers à la recherche d'Adam.

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  23. Paschalis sollemnitatis, n° 77, citant le Missel romain et saint Augustin. Original : « This is the night of vigil for the Lord… the vigil celebrated during it… is regarded as the 'mother of all holy vigils.' » La formule « mère de toutes les saintes veillées » remonte à saint Augustin (Sermon 219). La nuit « de veille en l'honneur du Seigneur » renvoie à Ex 12, 42.

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  24. Paschalis sollemnitatis, n° 78, et Missel romain, rubriques de la Vigile pascale : « toute la célébration de la Vigile pascale doit se dérouler de nuit : elle ne doit donc pas commencer avant la tombée de la nuit, et elle doit être terminée avant l'aube du dimanche. » Une Vigile célébrée le samedi en plein jour, comme aux siècles d'anticipation médiévale, est expressément exclue.

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  25. Paschalis sollemnitatis, n° 81 : la Vigile pascale « se déroule de la manière suivante : après le lucernaire et l'annonce pascale (première partie de la Vigile), la sainte Église médite les merveilles que le Seigneur Dieu a accomplies pour son peuple depuis le commencement (deuxième partie, ou liturgie de la Parole), jusqu'au moment où, le jour approchant de la résurrection, elle célèbre avec ses nouveaux membres, renés au baptême (troisième partie), les sacrements (quatrième partie). »

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  26. Missel romain, rubriques de la Vigile pascale : sur le cierge pascal, le prêtre grave une croix, les lettres grecques alpha et oméga (« Le Christ hier et aujourd'hui, le commencement et la fin… À lui le temps et l'éternité »), les quatre chiffres de l'année en cours, et fixe cinq grains d'encens dans la croix en mémoire des cinq plaies glorieuses du Ressuscité.

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  27. Exsultet (annonce pascale, Praeconium paschale), chant solennel du diacre à la Vigile pascale, dans la traduction liturgique française (Missel romain). Passage cité (forme longue) : « Il fallait le péché d'Adam que la mort du Christ abolit ! Ô bienheureuse faute, qui nous valut pareil Rédempteur ! » Latin : « O certe necessarium Adae peccatum, quod Christi morte deletum est ! O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere Redemptorem ! »

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  28. Missel romain, rubriques de la liturgie de la Parole de la Vigile pascale : sept lectures de l'Ancien Testament, une épître (Rm 6) et l'évangile de la Résurrection. Pour des raisons pastorales, le nombre des lectures vétérotestamentaires peut être réduit, « mais on n'oubliera jamais que la lecture de la Parole de Dieu est une partie fondamentale de cette Vigile pascale ». La troisième lecture, le passage de la mer Rouge (Ex 14, 15 – 15, 1) avec son cantique, ne doit jamais être omise : elle est la figure typologique de la Pâque et du baptême. Voir aussi Paschalis sollemnitatis, n° 85.

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  29. Romains 6, 3-4 : « Ne le savez-vous pas ? Nous tous, baptisés en Jésus Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts. » Ce texte, épître de la Vigile pascale, fonde le lien entre le baptême et la Pâque du Christ. Voir Catéchisme de l'Église catholique § 1214, 1227.

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  30. Catéchisme de l'Église catholique, § 1169 : « C'est pourquoi Pâques n'est pas simplement une fête parmi d'autres : elle est la "Fête des fêtes", la "Solennité des solennités", comme l'Eucharistie est le Sacrement des sacrements. » Voir aussi § 1171, sur l'année liturgique comme « déploiement des divers aspects de l'unique mystère pascal ».

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  31. Saint Jean Chrysostome (attribuée), Homélie catéchétique pour la sainte Pâque, lue dans la liturgie byzantine à la nuit pascale. Traduction française courante. Le texte proclame la victoire du Christ sur la mort et l'enfer : « Que personne ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous a libérés… Le Christ est ressuscité, et la vie règne. »

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