Le temps ordinaire

Le temps ordinaire (Tempus per annum) est le plus long temps liturgique : 33 ou 34 semaines vertes, en deux blocs, où l'Église honore « le mystère du Christ dans sa plénitude », de la lecture suivie des évangiles jusqu'au Christ Roi.

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Le temps ordinaire (Tempus per annum) est, dans le calendrier de l'Église, le plus long et le plus discret des temps liturgiques : ce sont les trente-trois ou trente-quatre semaines de l'année qui n'appartiennent ni au cycle de l'Avent et de Noël, ni à celui du Carême et de Pâques[1]. Sa couleur est le vert, et son objet, loin d'être pauvre, est immense : on n'y célèbre « aucun aspect particulier du mystère du Christ, mais le mystère du Christ lui-même dans sa plénitude »[2].

Son nom prête à un malentendu tenace. Ordinaire ne veut pas dire « banal », « sans importance » ou « creux » : il vient de l'idée d'ordre et de nombre. Les semaines y sont numérotées — première semaine, deuxième, … jusqu'à la trente-quatrième — comme on dit un nombre ordinal[3]. Le temps ordinaire n'est donc pas un « temps mort » entre deux fêtes : c'est le temps où l'Église, semaine après semaine et surtout chaque dimanche, parcourt toute la vie et tout l'enseignement du Christ.

Cet article expose ce qu'est le temps ordinaire (son nom, son objet, ce vert qui n'est ni pénitence ni fête éclatante), quand il commence et finit (ses deux blocs et l'étrange numérotation de ses semaines), comment il se lit (le cycle des évangiles sur trois ans), quelles grandes fêtes le jalonnent (Trinité, Saint-Sacrement, Sacré-Cœur, Christ Roi), d'où il vient (la réforme de 1969 et ce qu'il y avait avant), et enfin comment le vivre. La vue d'ensemble de tout le cycle est donnée dans l'article L'année liturgique ; le détail du dimanche dans Le dimanche et celui des saints dans Le calendrier des saints.

Qu'est-ce que le temps ordinaire ?

Avant d'en décrire les dates et les lectures, il faut lever l'équivoque que porte son nom. Beaucoup de fidèles entendent « temps ordinaire » comme on dirait « rien de spécial » : une longue plage verte, sans fête majeure, entre les sommets de Noël et de Pâques. C'est une lecture fausse, que la liturgie elle-même dément.

« Ordinaire » ne veut pas dire « banal »

Le français ordinaire a, dans l'usage courant, une couleur négative : l'ordinaire, c'est le commun, le quotidien sans relief. Mais le mot liturgique n'a pas ce sens. Il traduit l'idée que les semaines de ce temps sont comptées, ordonnées par un nombre. On parle de la « troisième semaine du temps ordinaire » comme on parle d'un nombre ordinal (premier, deuxième, troisième) par opposition à un nombre cardinal (un, deux, trois)[4]. Le liturgiste Michael P. Foley rappelle que le mot pointe vers l'ordre des semaines numérotées, non vers leur prétendue banalité, et qu'il faut l'entendre un peu comme l'ordinaire de la messe — la partie fixe, le cadre stable — plutôt que comme « le quelconque »[5].

Le contresens est si répandu que des auteurs catholiques ont regretté l'expression, jugée maladroite en français comme en anglais : rien, dans la vie chrétienne, n'est « ordinaire » au sens plat[6]. Mais la critique du mot ne doit pas faire oublier la richesse de la chose : ce temps a un objet propre, positif, et c'est le plus vaste de l'année.

Tempus per annum : « le temps à travers l'année »

Le nom officiel, en latin, n'est d'ailleurs pas tempus ordinarium mais Tempus per annum — littéralement « le temps à travers l'année », « au fil de l'année »[7]. C'est l'expression française Temps Ordinaire, proposée par le liturgiste Pierre Jounel dans un article de la revue La Maison-Dieu en 1969, qui a donné l'anglais Ordinary Time et fixé l'usage[8]. Le latin insiste donc moins sur la numérotation que sur la continuité : un temps qui court tout au long de l'année, en deux nappes, de part et d'autre des grands sommets.

Ni temps mort, ni temps faible : le mystère du Christ dans sa plénitude

Le cœur de la définition est donné par les Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, le texte de référence promulgué en 1969. Il faut le citer exactement, car il dit le contraire de « rien de spécial » :

« Outre les temps qui ont leur caractère propre, il reste, dans le cycle annuel, trente-trois ou trente-quatre semaines où l'on ne célèbre aucun aspect particulier du mystère du Christ, mais où l'on honore au contraire le mystère du Christ dans sa plénitude, surtout les dimanches. Cette période est appelée temps ordinaire. » — Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 43[9]

La nuance est décisive. L'Avent attend une venue ; Noël contemple l'Incarnation ; le Carême monte vers la Croix ; Pâques rayonne de la Résurrection. Chacun de ces temps découpe un aspect du mystère. Le temps ordinaire, lui, ne découpe rien : il prend le Christ tout entier, dans toute l'étendue de sa prédication, de ses miracles, de ses paraboles, de ses rencontres. C'est pourquoi on y lit, dimanche après dimanche, des pans continus d'un évangile (voir plus bas). Le mystère pascal n'y est jamais absent — chaque dimanche reste la Pâque hebdomadaire[10] — mais il s'y déploie dans la durée plutôt que dans la fête.

On peut résumer le contraste d'une phrase : les temps forts célèbrent un moment du Christ ; le temps ordinaire célèbre toute la vie du Christ et la fait grandir dans la nôtre.

Quand commence et finit le temps ordinaire ?

Le temps ordinaire n'est pas une saison d'un seul tenant : il vient en deux blocs, séparés par tout le cœur de l'année liturgique (Carême, Triduum, temps pascal). C'est ce qui le rend un peu déroutant — et explique l'étrange numérotation de ses semaines.

Deux blocs séparés par Pâques

Les Normes universelles fixent les bornes avec précision :

« Le temps ordinaire commence le lundi qui suit le dimanche après le 6 janvier et se poursuit jusqu'au mardi avant le Mercredi des Cendres inclus ; il reprend le lundi après la Pentecôte et s'achève avant les premières vêpres du premier dimanche de l'Avent. » — Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 44[11]

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Autrement dit, le temps ordinaire occupe tout ce qui reste une fois retranchés les deux grands cycles. Le premier bloc s'insère entre le temps de Noël et le Carême ; le second, beaucoup plus long, court de la fin du temps pascal jusqu'au seuil de l'Avent.

Le premier temps ordinaire : du Baptême du Seigneur au Carême

Le premier bloc s'ouvre le lundi qui suit la fête du Baptême du Seigneur[12]. Cette fête, qui clôt le temps de Noël, est elle-même une fête du Seigneur : elle tombe le dimanche après l'Épiphanie (ou, dans certains calendriers, le lundi suivant quand l'Épiphanie est reportée au dimanche). Le temps ordinaire reprend donc dès le lendemain et se déroule jusqu'au mardi soir précédant le Mercredi des Cendres, jour où s'ouvre le Carême[13].

Ce premier bloc est court et variable : il dure de quatre à neuf semaines selon la date de Pâques[14]. Plus Pâques est précoce, plus il est bref ; certaines années, on n'y atteint que la 5ᵉ ou 6ᵉ semaine du temps ordinaire avant d'entrer en Carême.

Le second temps ordinaire : de la Pentecôte au Christ Roi

Le second bloc reprend le lundi après la Pentecôte, qui clôt le temps pascal, et se prolonge jusqu'au samedi avant le premier dimanche de l'Avent[15]. C'est de loin la plus longue période de l'année : une vingtaine de semaines, de la fin du printemps à la fin de novembre. Il s'achève en apothéose par la solennité du Christ, Roi de l'univers, qui ferme l'année liturgique avant que l'Avent ne la rouvre[16].

Le tableau suivant récapitule la structure des deux blocs.

BlocDébutFinDurée approximativeSommet
Temps ordinaire ILundi après le Baptême du SeigneurMardi avant le Mercredi des Cendres4 à 9 semaines(mène au Carême)
— interruption —Mercredi des CendresPentecôteCarême, Triduum, temps pascalPâques
Temps ordinaire IILundi après la PentecôteSamedi avant le 1ᵉʳ dimanche de l'Avent23 à 30 semainesChrist, Roi de l'univers (34ᵉ dim.)

La numérotation des semaines : pourquoi on « saute » parfois une semaine

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C'est le point le plus technique — et le plus surprenant. Les semaines du temps ordinaire sont numérotées en continu de 1 à 34, à cheval sur les deux blocs : on ne recommence pas à zéro après la Pentecôte. Mais comme l'interruption pascale ne « consomme » pas un nombre fixe de semaines, il faut un mécanisme d'ajustement pour que la dernière semaine soit toujours la 34ᵉ, celle du Christ Roi[17].

Le principe est le suivant. On compte les semaines du premier bloc jusqu'au Carême ; par exemple, si le mardi avant les Cendres tombe dans la 8ᵉ semaine, on reprend après la Pentecôte non pas forcément à la 9ᵉ semaine, mais à celle qui permettra d'arriver pile à la 34ᵉ avant l'Avent. Selon les années, on omet donc une semaine au moment de la reprise : la semaine « manquante » est simplement passée, ses lectures n'étant pas dites cette année-là[18]. C'est un comput rétrograde : on cale d'abord la fin (34ᵉ semaine = Christ Roi), puis on recule pour savoir à quelle semaine reprendre.

Ce détail, qui peut sembler une bizarrerie de calendrier, a une logique forte : il garantit que l'année liturgique s'achève toujours sur le Christ Roi, juste avant de renaître à l'Avent. La numérotation est au service du sens.

Les dimanches du temps ordinaire et leurs lectures

Si le temps ordinaire « honore le mystère du Christ dans sa plénitude, surtout les dimanches »[19], c'est que ses dimanches sont le lieu d'une lecture suivie de l'Évangile. C'est sans doute la plus belle particularité de ce temps.

Pourquoi il n'y a pas de « premier dimanche du temps ordinaire »

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Détail souvent remarqué : on entend parler du deuxième dimanche du temps ordinaire, jamais du premier. Ce n'est pas une erreur. Le « premier dimanche » serait celui qui suit immédiatement le 6 janvier — mais ce dimanche-là est déjà occupé par la fête du Baptême du Seigneur, qui clôt Noël[20]. La numérotation des semaines commence bien à la première, mais le premier dimanche du temps ordinaire est, de fait, absorbé par cette fête du Seigneur. Le premier dimanche réellement « vert » est donc le deuxième dimanche du temps ordinaire[21].

Le cycle dominical sur trois ans (A, B, C)

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Pour les dimanches, le Lectionnaire (issu de l'Ordo lectionum Missae de 1969) déploie les lectures sur un cycle de trois ans, désignés par les lettres A, B et C[22]. Chaque année met à l'honneur l'un des trois évangiles synoptiques :

  • Année A : évangile selon saint Matthieu ;
  • Année B : évangile selon saint Marc (complété par le chapitre 6 de saint Jean, le « discours sur le pain de vie ») ;
  • Année C : évangile selon saint Luc.

L'évangile selon saint Jean, lui, n'a pas d'année propre : il est lu surtout pendant le Carême et le temps pascal, et en renfort de l'année B. La lettre de l'année change le premier dimanche de l'Avent ; on est donc en année A, B ou C pendant tout le temps ordinaire qui suit.

La lecture semi-continue des évangiles synoptiques

À partir du troisième dimanche du temps ordinaire, et tout au long du second bloc, l'évangile du jour suit une lecture semi-continue : on parcourt l'évangile de l'année dans l'ordre, dimanche après dimanche, en sautant seulement les passages déjà lus dans les temps forts[23]. Le fidèle qui vient à la messe chaque dimanche d'une même année entend ainsi se dérouler, comme un récit suivi, la prédication et les œuvres du Christ selon Matthieu, Marc ou Luc.

C'est exactement ce que voulait le concile Vatican II, qui avait demandé que « la table de la parole de Dieu » soit ouverte plus largement aux fidèles :

« Pour présenter aux fidèles avec plus de richesse la table de la parole de Dieu, on ouvrira plus largement les trésors bibliques, de telle sorte que, dans un nombre d'années déterminé, on lise au peuple la partie la plus importante de la Sainte Écriture. » — Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, § 51[24]

Le deuxième dimanche fait exception : avant d'entamer la lecture suivie, il reprend un évangile de manifestation du Seigneur (les noces de Cana en année C, par exemple), prolongeant le thème de l'Épiphanie tout juste close[25].

Les lectures de semaine : un cycle sur deux ans (I et II)

En semaine, le rythme est différent. Le Lectionnaire de férie suit un cycle de deux ans, appelés année I (années civiles impaires : 2025, 2027…) et année II (années paires : 2026, 2028…)[26]. Particularité : l'évangile est le même les deux années — lui aussi lu de façon semi-continue —, mais la première lecture et le psaume changent d'une année sur l'autre. Le cycle de semaine est donc moins connu des fidèles, mais il offre, à qui suit la messe quotidienne, une traversée d'une grande part de la Bible en deux ans.

Le tableau ci-dessous résume cette double mécanique de lecture, propre au temps ordinaire.

CycleDuréeÉvangilesCe qui changeCe qui reste
Dimanches3 ans (A · B · C)A : Matthieu · B : Marc · C : LucL'évangile change chaque annéeLecture suivie, dans l'ordre du texte
Jours de semaine2 ans (I · II)Le même évangile les deux années1ʳᵉ lecture et psaumeL'évangile (semi-continu)

Les grandes fêtes qui jalonnent le temps ordinaire

Dire que le temps ordinaire est « sans fête » est doublement faux : non seulement chaque dimanche y est la Pâque hebdomadaire, mais le second bloc s'ouvre et se referme sur de grandes solennités du Seigneur, et de nombreuses fêtes peuvent y prendre la place d'un dimanche.

Les solennités du Seigneur : Trinité, Saint-Sacrement, Sacré-Cœur

Trois solennités majeures se succèdent au tout début du second bloc, dans les semaines qui suivent la Pentecôte :

  • La Très Sainte Trinité, le dimanche après la Pentecôte : ayant célébré le Père, le Fils et l'Esprit tout au long de l'année, l'Église contemple le mystère même de Dieu un et trine[27] ;
  • le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (Corpus Christi), le jeudi suivant la Trinité — ou le dimanche d'après là où la fête n'est pas chômée —, qui prolonge l'action de grâce du Jeudi saint dans la lumière de Pâques[28] ; elle fait l'objet, pour sa dimension processionnelle, de l'article La procession du Saint-Sacrement ;
  • le Sacré-Cœur de Jésus, le vendredi après le deuxième dimanche après la Pentecôte, fête de l'amour du Christ pour les hommes[29].

Ces solennités ne sont pas des intrus dans le temps ordinaire : elles en sont comme le portique d'entrée, déployant, une fois la Pentecôte close, les grands mystères que toute l'année vient de parcourir.

Le Christ Roi, couronnement de l'année

Le Christ Roi, vitrail de Somerton. Photo Andrewrabbott — Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le second bloc — et l'année liturgique tout entière — s'achève sur la solennité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi de l'univers, au trente-quatrième et dernier dimanche du temps ordinaire. Cette fête est récente : elle a été instituée par le pape Pie XI dans l'encyclique Quas primas du 11 décembre 1925, en réponse à la sécularisation des sociétés et à la négation publique de la royauté du Christ[30]. Placée à l'origine en octobre, elle a été déplacée par la réforme de 1969 au dernier dimanche de l'année liturgique, position bien plus éloquente : tout le cycle débouche sur le règne final du Christ.

« Il faut donc que le Christ règne dans l'intelligence de l'homme […], qu'il règne dans la volonté […], qu'il règne enfin dans le cœur de l'homme. » — Pie XI, encyclique Quas primas, 11 décembre 1925[31]

Les fêtes qui peuvent prendre la place d'un dimanche

Enfin, parce que les dimanches du temps ordinaire ne célèbrent « aucun aspect particulier » du mystère du Christ, ils cèdent le pas aux solennités et aux fêtes du Seigneur qui tombent ce jour-là[32]. Plusieurs grandes fêtes du calendrier peuvent ainsi « occuper » un dimanche vert :

Fête / solennitéDateCe qu'elle célèbre
Présentation du Seigneur2 févrierJésus présenté au Temple (la « Chandeleur »)
Transfiguration du Seigneur6 aoûtLe Christ transfiguré sur la montagne
Exaltation de la Sainte Croix14 septembreLe mystère de la Croix glorieuse
Dédicace de la basilique du Latran9 novembreLa « mère de toutes les églises » de Rome
Toussaint1ᵉʳ novembreTous les saints du ciel
Commémoration des défunts2 novembreLes fidèles défunts (« jour des morts »)

À ces fêtes du Seigneur s'ajoutent les mémoires des saints, beaucoup plus nombreuses pendant le temps ordinaire que pendant les temps forts : c'est dans ce long espace vert que se déploie l'essentiel du sanctoral, traité dans l'article Le calendrier des saints.

Le vert : la couleur de l'espérance et de la croissance

La couleur des ornements du temps ordinaire est le vert. Comme toutes les couleurs liturgiques, ce n'est pas un choix décoratif mais un langage. La Présentation générale du Missel romain fixe l'usage du vert pour ce temps[33], et la tradition y lit la couleur de l'espérance et de la croissance : la couleur de la végétation, des champs qui mûrissent, de la sève qui monte[34].

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Le symbolisme est juste. Les temps forts ont leurs couleurs éclatantes ou austères — le blanc de la gloire, le rouge du sang et du feu, le violet de la pénitence. Le vert, lui, est la couleur de ce qui dure et grandit lentement : non l'explosion de la fête, mais la patiente croissance de la vie chrétienne entre les fêtes. Il dit visuellement ce qu'est le temps ordinaire : le temps où la grâce reçue aux grandes solennités fait son œuvre dans la durée, comme une semence qui lève sans bruit.

« Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette le grain en terre : qu'il dorme ou qu'il se lève, nuit et jour, le grain germe et grandit, il ne sait comment. » — Évangile selon saint Marc 4, 26-27[35]

Comment le temps ordinaire est né

Le temps ordinaire, sous ce nom et sous cette forme unifiée, est récent : il date de la réforme liturgique de 1969. Mais la réalité qu'il recouvre — les semaines « entre les fêtes » — est, elle, fort ancienne.

Avant 1969 : « après l'Épiphanie » et « après la Pentecôte »

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Dans le calendrier romain antérieur à la réforme, il n'existait pas de « temps ordinaire » d'un seul tenant. On comptait séparément deux séries de dimanches : les dimanches après l'Épiphanie (entre Noël et le Carême) et les dimanches après la Pentecôte (de l'été à l'Avent)[36]. Ces démarcations, parmi les plus anciennes du calendrier, ont leurs racines dans les vieux sacramentaires romains, dont le sacramentaire gélasien[37]. Le temps « après la Pentecôte » était d'ailleurs nettement plus long que son équivalent actuel et portait une forte coloration d'attente eschatologique.

La parenthèse de la Septuagésime

Entre les dimanches après l'Épiphanie et le Carême s'intercalait, dans le rite ancien, un avant-Carême de trois dimanches aux noms latins évocateurs : Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime (« soixante-dixième, soixantième, cinquantième » jour avant Pâques, en chiffres ronds). Les ornements y étaient déjà violets et l'Alleluia y était mis de côté : c'était une montée progressive vers le Carême. La réforme de 1969 a supprimé ce temps de la Septuagésime, dont les semaines ont été reversées au temps ordinaire[38]. (Il subsiste dans la forme ancienne du rite romain.)

La réforme de 1969 : l'unification en un seul temps

C'est le motu proprio Mysterii paschalis de Paul VI, daté du 14 février 1969, qui promulgue les nouvelles Normes universelles et institue le temps ordinaire tel que nous le connaissons[39]. La grande nouveauté n'est pas seulement un nom : c'est l'unification. Là où l'on avait deux séries de dimanches numérotées séparément (« après l'Épiphanie », « après la Pentecôte »), on a désormais un seul temps ordinaire dont les semaines se comptent en continu de 1 à 34, simplement interrompu par le grand cycle pascal[40]. Le pré-Carême disparaît, les bornes sont clarifiées, et la lecture continue des évangiles est mise en place.

Pierre Jounel et l'invention du nom

Restait à nommer cette réalité nouvelle. C'est le liturgiste français Pierre Jounel, membre du Consilium chargé de la réforme, qui a forgé l'expression « Temps Ordinaire » dans un article de 1969 de la revue La Maison-Dieu[41]. Le latin officiel retenu, Tempus per annum, insiste sur la continuité (« à travers l'année »), tandis que le mot français ordinaire renvoie à l'ordre des semaines numérotées[42]. Le nom a fait fortune dans toutes les langues — au prix, on l'a vu, d'un malentendu persistant que cet article s'est efforcé de dissiper.

La spiritualité du temps ordinaire

Reste l'essentiel : que vivre pendant ce long temps vert ? Sa discrétion même en fait un puissant maître spirituel.

Le temps de l'Église en marche

Si l'on devait résumer le sens spirituel du temps ordinaire, on dirait : c'est le temps de l'Église en marche. Les grandes fêtes nous font revivre les événements du salut ; le temps ordinaire nous fait vivre la suite — la longue route de l'Église pèlerine entre la Pentecôte et le retour du Christ. Le second bloc, qui va de la descente de l'Esprit jusqu'au Christ Roi, dessine ainsi en miniature toute l'histoire de l'Église : née au Cénacle, elle chemine sous la conduite de l'Esprit vers le Royaume final.

Le Catéchisme rappelle que l'année liturgique tout entière, et donc ce temps de la croissance, n'est pas une commémoration figée mais une présence : par elle, « le mystère de la Rédemption » est rendu en quelque sorte présent à chaque époque, afin que les fidèles « puissent l'atteindre et se remplir de la grâce du salut »[43].

Dom Guéranger : le temps de l'Esprit et de la sainteté quotidienne

Le grand liturgiste du XIXᵉ siècle, dom Prosper Guéranger (1805-1875), restaurateur de l'abbaye de Solesmes, a consacré plusieurs volumes de son Année liturgique au « temps après la Pentecôte ». Il y voyait le temps où l'Église, ayant contemplé tous les mystères du Christ, vit désormais sous l'action intérieure de l'Esprit Saint, qui conduit les fidèles vers la sainteté de chaque jour. Dans sa célèbre Préface générale, il définissait tout le cycle liturgique d'une formule qui éclaire aussi le temps vert :

« L'Année Ecclésiastique […] n'est autre que la manifestation de Jésus-Christ et de ses mystères dans l'Église et dans l'âme fidèle. » — Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, Préface générale[44]

Dom Prosper Guéranger, gravure de Claude-Ferdinand Gaillard (1874). Wikimedia Commons, domaine public.

Cette « manifestation dans l'âme fidèle » est précisément l'œuvre lente du temps ordinaire : non plus contempler un mystère après l'autre, mais laisser tout le Christ prendre forme en soi, dimanche après dimanche, semaine après semaine.

Sanctifier le temps de tous les jours

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Le temps ordinaire est aussi le temps de la vie quotidienne sanctifiée. Sa leçon est que la sainteté ne se joue pas seulement aux sommets — Noël, Pâques — mais dans la trame ordinaire des jours : le travail, la famille, les devoirs d'état, la prière fidèle. C'est ce que le Catéchisme appelle prier « dans les événements de chaque jour » :

« Nous apprenons à prier à certains moments en entendant la Parole du Seigneur et en participant à son Mystère pascal, mais en tout temps, dans les événements de chaque jour, son Esprit nous est offert pour faire jaillir la prière. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2659[45]

C'est aussi le sens de ce que la tradition spirituelle, à la suite de saint Jean-Pierre de Caussade, a appelé le « sacrement du moment présent » : Dieu se donne et se reçoit dans l'instant ordinaire, dans l'humble fidélité à ce que demande l'heure qui passe[46]. Le temps ordinaire, par sa longueur même et son absence d'éclat, est une école d'abandon : il apprend à trouver Dieu non dans l'extraordinaire, mais dans le quotidien donné.

Le vert qui pousse : grandir sans les feux des grandes fêtes

On peut donc renverser le préjugé initial. Le temps ordinaire n'est pas le temps « où il ne se passe rien » : c'est le temps où il se passe le plus, mais sans bruit. Comme la semence qui germe « qu'on dorme ou qu'on se lève »[47], la grâce des grandes fêtes travaille en profondeur dans le long temps vert. La vie spirituelle, comme la nature, fait son œuvre la plus décisive dans la durée discrète, pas seulement dans les sommets visibles.

Au terme, le temps ordinaire débouche sur le Christ Roi : toute cette croissance patiente a un but, le règne de Dieu pleinement établi. Puis l'Avent rouvre le cycle, et l'Église recommence à grandir. Rien, dans la vie chrétienne, n'est vraiment « ordinaire » — pas même le temps qui porte ce nom.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (Normae universales de anno liturgico et de calendario), promulguées par Paul VI le 14 février 1969 (motu proprio Mysterii paschalis), n° 43. Texte de référence : Missel romain, troisième édition typique. Traduction française du passage ; original latin/anglais de l'édition vaticane : « there remain in the yearly cycle thirty-three or thirty-four weeks in which no particular aspect of the mystery of Christ is celebrated, but rather the mystery of Christ itself is honoured in its fullness, especially on Sundays. This period is known as Ordinary Time. »

    1 2 9 19
  2. Michael P. Foley, « The Mysterious Meaning of "Ordinary Time" », New Liturgical Movement, février 2020. Foley rappelle que le mot ordinaire renvoie ici aux nombres ordinaux par lesquels les semaines sont comptées (de la 1ʳᵉ à la 34ᵉ), et non au sens courant de « banal » ; que le nom latin officiel est Tempus per annum (« le temps à travers l'année ») ; et qu'avant 1969 ces semaines étaient comptées séparément comme « temps après l'Épiphanie » et « temps après la Pentecôte », démarcations anciennes attestées jusque dans le sacramentaire gélasien.

    3 4 5 6 36 37 40 42
  3. L'expression française « Temps Ordinaire » a été introduite par le liturgiste Pierre Jounel (1914-2002), membre du Consilium ad exsequendam Constitutionem de sacra Liturgia, dans un article de la revue La Maison-Dieu en 1969 ; elle a donné l'anglais Ordinary Time. Le nom latin officiel demeure Tempus per annum, « le temps à travers l'année ». Voir Michael P. Foley, art. cité.

    7 8 41
  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 1166-1167, Mame/Plon, 1992 : le dimanche, « jour du Seigneur », est le fondement et le noyau de toute l'année liturgique ; il célèbre chaque semaine la Pâque, y compris pendant le temps ordinaire. Le détail est traité dans l'article Le dimanche.

    10
  5. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 44. Original : « Ordinary Time begins on the Monday which follows the Sunday occurring after 6 January and extends up to and including the Tuesday before the beginning of Lent; it begins again on the Monday after Pentecost Sunday and ends before First Vespers of the First Sunday of Advent. »

    11 13 15
  6. La fête du Baptême du Seigneur clôt le temps de Noël ; elle se célèbre le dimanche après l'Épiphanie (ou le lundi suivant lorsque, dans certains pays, l'Épiphanie est reportée au dimanche 7 ou 8 janvier). Le premier bloc du temps ordinaire commence le lendemain. Voir Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 33 et 44.

    12 20
  7. La durée du premier bloc dépend de la date de Pâques : plus Pâques est précoce, plus le Carême commence tôt, et plus le temps ordinaire I est court (de quatre à neuf semaines). Vue d'ensemble des durées des temps dans l'article L'année liturgique.

    14
  8. La solennité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi de l'univers clôt l'année liturgique au 34ᵉ et dernier dimanche du temps ordinaire ; l'Avent rouvre aussitôt le cycle. Voir n° 44 des Normes et l'encyclique Quas primas (Pie XI, 1925).

    16
  9. Le mécanisme de numérotation est explicité dans les calendriers liturgiques officiels (par ex. Liturgy Office, conférence épiscopale d'Angleterre et du pays de Galles, « Ordinary Time »). Les 34 semaines sont numérotées en continu à cheval sur les deux blocs ; comme l'interruption pascale ne consomme pas un nombre fixe de semaines, on omet une semaine à la reprise après la Pentecôte les années où c'est nécessaire, de manière que la 34ᵉ semaine coïncide toujours avec la solennité du Christ Roi. Le comput se fait donc « à rebours » à partir de cette fin.

    17 18
  10. Le premier dimanche qui suivrait le 6 janvier étant occupé par la fête du Baptême du Seigneur, le premier dimanche proprement « vert » est le deuxième dimanche du temps ordinaire. Ce deuxième dimanche conserve un évangile de manifestation du Seigneur (par ex. les noces de Cana, Jn 2, en année C), avant que la lecture semi-continue ne commence au troisième dimanche.

    21 25
  11. Ordo lectionum Missae (Lectionnaire romain), 1969, révisé en 1981. Pour les dimanches et solennités, les lectures sont réparties sur un cycle de trois ans : année A (saint Matthieu), année B (saint Marc, avec Jn 6), année C (saint Luc). L'évangile de saint Jean est lu surtout au Carême et au temps pascal. Le cycle change au premier dimanche de l'Avent.

    22
  12. Ordo lectionum Missae, Praenotanda (présentation), sur la lecture semi-continue : durant le temps ordinaire, l'évangile de l'année est lu dimanche après dimanche dans l'ordre du texte, à partir du troisième dimanche, en omettant les passages déjà proclamés dans les autres temps. La première lecture (Ancien Testament) est, elle, choisie en harmonie avec l'évangile du jour.

    23
  13. Concile Vatican II, constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium, § 51, promulguée le 4 décembre 1963. Texte intégral sur vatican.va. Ce vœu conciliaire d'« ouvrir plus largement les trésors bibliques » est précisément ce qu'a réalisé le Lectionnaire de 1969 par ses cycles pluriannuels.

    24
  14. Pour les jours de semaine du temps ordinaire, le Lectionnaire suit un cycle de deux ans : année I (années civiles impaires) et année II (années paires). L'évangile est identique les deux années (lu de façon semi-continue) ; seules la première lecture et le psaume responsorial diffèrent. Voir Ordo lectionum Missae, Praenotanda.

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  15. La solennité de la Très Sainte Trinité se célèbre le dimanche qui suit la Pentecôte. Elle ne commémore pas un événement du salut mais contemple le mystère de Dieu un en trois personnes, après que l'année liturgique a manifesté tour à tour le Père, le Fils et l'Esprit. Voir Calendarium Romanum generale, 1969.

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  16. La solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ (Corpus Christi) se célèbre le jeudi après la Trinité — reportée au dimanche suivant dans les pays où elle n'est pas fête chômée. Instituée pour l'Église universelle par Urbain IV (bulle Transiturus, 1264), elle prolonge le mystère du Jeudi saint. Sa dimension processionnelle est traitée dans l'article La procession du Saint-Sacrement.

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  17. La solennité du Sacré-Cœur de Jésus se célèbre le vendredi qui suit le deuxième dimanche après la Pentecôte (soit le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement). Elle honore l'amour du Christ pour les hommes, symbolisé par son Cœur. Voir Calendarium Romanum generale, 1969.

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  18. Pie XI, encyclique Quas primas, 11 décembre 1925, qui institue la fête du Christ-Roi. Texte sur vatican.va. La réforme de 1969 a transféré la fête, d'abord fixée au dernier dimanche d'octobre, au dernier dimanche de l'année liturgique (34ᵉ du temps ordinaire), lui donnant ainsi une portée eschatologique : tout le cycle débouche sur le règne du Christ. Le passage cité figure au corps de l'encyclique sur le règne du Christ dans l'intelligence, la volonté et le cœur de l'homme.

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  19. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier, n° 5 et 16 : en raison de son importance, le dimanche ne cède le pas qu'aux solennités et aux fêtes du Seigneur ; mais les dimanches du temps ordinaire, ne célébrant aucun aspect particulier du mystère du Christ, peuvent être remplacés par une solennité ou une fête du Seigneur qui tombe ce jour-là (Présentation, Transfiguration, Croix glorieuse, Dédicace du Latran, etc.).

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  20. Présentation générale du Missel romain (Institutio generalis Missalis Romani), n° 346 : la couleur verte est employée durant le temps ordinaire (Tempus per annum), par distinction du blanc (temps et fêtes de joie), du rouge (Passion, Pentecôte, martyrs) et du violet (Avent et Carême).

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  21. La tradition liturgique lit le vert comme la couleur de l'espérance et de la croissance — la couleur de la végétation et de la vie qui se développe. Voir Catholic Culture, « Our Ordinary Walk of Life: Understanding Tempus per Annum », qui rappelle que le vert du temps ordinaire évoque « l'espérance, mais aussi la vie nouvelle et la croissance ».

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  22. Évangile selon saint Marc 4, 26-27 (parabole de la semence qui pousse d'elle-même). La parabole, propre à saint Marc, illustre la croissance silencieuse du Royaume — image juste du temps ordinaire, temps de la croissance.

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  23. La réforme de 1969 a supprimé du calendrier romain rénové le temps de la Septuagésime (les trois dimanches de Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime qui précédaient le Carême dans le rite ancien, aux ornements violets et sans Alleluia), dont les semaines ont été réintégrées au temps ordinaire. Ce pré-Carême subsiste dans la forme antérieure du rite romain (missel de 1962).

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  24. Paul VI, motu proprio Mysterii paschalis, 14 février 1969, qui approuve les nouvelles Normes universelles de l'année liturgique et le calendrier romain général. C'est ce texte qui institue le temps ordinaire unifié et la numérotation continue de ses semaines. Texte sur vatican.va.

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  25. Catéchisme de l'Église catholique, § 1163-1165, Mame/Plon, 1992 : l'Église, « au cours de l'année, déploie tout le mystère du Christ » et, « faisant mémoire des mystères de la Rédemption, ouvre aux fidèles les richesses des actions salvifiques de son Seigneur, de sorte qu'ils soient rendus en quelque manière présents en tout temps ».

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  26. Dom Prosper Guéranger (1805-1875), L'Année liturgique, Préface générale (premier volume, L'Avent, 1841). Abbaye de Solesmes / Desclée. Guéranger, restaurateur de l'abbaye bénédictine de Solesmes, a consacré plusieurs tomes au « temps après la Pentecôte », qu'il lit comme le temps de l'action de l'Esprit Saint conduisant l'Église et l'âme vers la sainteté quotidienne.

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  27. Catéchisme de l'Église catholique, § 2659, Mame/Plon, 1992. Original : « We learn to pray at certain moments by hearing the Word of the Lord and sharing in his Paschal mystery, but his Spirit is offered us at all times, in the events of each day, to make prayer spring up from us. » Le paragraphe enseigne que la prière jaillit aussi des « événements de chaque jour » — cœur de la spiritualité du temps ordinaire.

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  28. L'expression « sacrement du moment présent » est attachée à la doctrine du jésuite Jean-Pierre de Caussade (1675-1751), notamment dans L'Abandon à la divine Providence : Dieu se donne dans l'instant ordinaire, et l'âme le trouve en accomplissant fidèlement, moment après moment, ce que demande son devoir d'état. Cette spiritualité du quotidien éclaire le sens du long temps « ordinaire » de l'année.

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