Mercredi des Cendres

Le mercredi des Cendres ouvre le Carême, quarante-six jours avant Pâques : l'Église impose les cendres sur la tête des fidèles en disant « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile ». Sens biblique, histoire, liturgie, jeûne et espérance de ce jour.

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Le mercredi des Cendres est le premier jour du Carême dans le rite romain. Quarante-six jours avant Pâques, l'Église bénit des cendres et en marque la tête de chaque fidèle, en disant « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » ou « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière »[1]. Ce n'est pas une fête d'obligation[2], mais c'est, avec le Vendredi saint, l'un des deux jours de jeûne et d'abstinence de toute l'Église latine[3].

Le geste vient de la Bible, où la cendre accompagne le deuil, la supplication et la conversion — celle de Ninive au premier chef (Jon 3, 6). Réservé d'abord aux pénitents publics, qui entraient ce jour-là dans leur pénitence, il a été étendu à toute l'assemblée : un pontifical compilé à Mayence au milieu du Xᵉ siècle l'atteste[4][5], et le concile de Bénévent le prescrit en 1091 à « tous, clercs comme laïcs, hommes comme femmes »[6].

Ce n'est pas un jour de tristesse. Selon saint Jean-Paul II, recevoir les cendres, c'est à la fois se reconnaître créature, se proclamer pécheur et raviver l'espérance de la rencontre avec le Christ dans la gloire[7] ; le pape François l'a dit d'une phrase : « Nous sommes poussière dans l'univers. Mais nous sommes la poussière aimée de Dieu »[8]. La manière dont ce jour ouvre les quarante jours du Carême est détaillée dans l'article Pourquoi le carême dure-t-il quarante jours ? ; celui-ci traite du jour lui-même : son sens biblique, son histoire, sa liturgie, sa discipline et son sens spirituel.

Qu'est-ce que le mercredi des Cendres ?

Un nom qui vient de la liturgie

Le nom officiel du jour, dans le Missel romain, est Feria quarta Cinerum, « le mercredi des cendres »[9]. Le nom dies cinerum, « jour des cendres », figure déjà dans les plus anciens exemplaires du sacramentaire grégorien et remonte au moins au VIIIᵉ siècle, selon l'historien de la liturgie Herbert Thurston[10]. Le Moyen Âge l'appelait aussi caput ieiunii, « la tête du jeûne ». Vers l'an mil, le moine anglais Ælfric d'Eynsham ouvre son homélie pour ce jour par ces mots : « Cette semaine, le mercredi, comme vous le savez vous-mêmes, c'est caput jejunii, c'est-à-dire en anglais : la tête du jeûne du Carême »[11]. Le concile de Bénévent, en 1091, parle encore du « jour de la cendre et du cilice, qu'on appelle la tête du jeûne »[12].

Le mercredi des Cendres en un coup d’œil : date, rite et deux formules. Infographie originale Ignispedia créée par IA, d’après le Missel romain et les règles du calendrier citées dans cette section.

Toutes les langues de l'Église latine ont gardé le mot « cendre » : Ash Wednesday en anglais, Aschermittwoch en allemand, Mercoledì delle Ceneri en italien, Miércoles de Ceniza en espagnol, Quarta-feira de Cinzas en portugais ; le latin liturgique dit Dies Cinerum[13]. Partout, le nom du jour est le nom de son geste.

La porte d'entrée du Carême

Les Normes universelles de l'année liturgique, approuvées par saint Paul VI en 1969, fixent les bornes du temps qui commence ce jour-là : les quarante jours du Carême « vont du mercredi des Cendres jusqu'à la messe de la Cène du Seigneur exclusivement » ; et « le mercredi des Cendres, début du Carême, que l'on observe partout comme jour de jeûne, on distribue les cendres »[14]. Le Catéchisme range le Carême parmi « les temps et les jours de pénitence au cours de l'année liturgique », qui sont « des moments forts de la pratique pénitentielle de l'Église »[15].

Le Carême romain ne commence pas un dimanche mais un mercredi : les quatre jours qui précèdent le premier dimanche de Carême ont été ajoutés pour atteindre quarante jours de jeûne, puisque les dimanches ne sont jamais jeûnés. Ælfric le rappelait déjà à ses fidèles : « Il n'y aura pas quarante jours accomplis dans notre jeûne de Carême si nous ne jeûnons pas auparavant ces quatre jours, mercredi, jeudi, vendredi et samedi, comme cela a été établi depuis longtemps »[16]. L'histoire de cet ajout et le calcul détaillé des quarante jours sont exposés dans l'article Pourquoi le carême dure-t-il quarante jours ? ; la place du Carême dans l'ensemble du cycle, dans L'année liturgique.

Une férie plus haute qu'une solennité

Le mercredi des Cendres est une férie, c'est-à-dire un jour de semaine sans fête de saint ; mais c'est une férie privilégiée. Les Normes universelles précisent que « le mercredi des Cendres et les féries de la Semaine sainte, du lundi au jeudi inclus, l'emportent sur toute autre célébration »[17]. Dans le tableau officiel des jours liturgiques classés par ordre de préséance, il figure au deuxième rang, avec Noël, l'Épiphanie, l'Ascension, la Pentecôte et les dimanches de l'Avent, du Carême et du temps pascal — au-dessus même des solennités du Seigneur, de la Vierge Marie et des saints[18]. Aucune fête ne peut donc le déplacer : si une célébration tombe ce jour-là, c'est elle qui cède. La couleur liturgique est le violet, celle de l'Avent et du Carême[19].

Quelle est la date du mercredi des Cendres ?

La date des Cendres dépend de Pâques : repères du calendrier grégorien. Infographie originale Ignispedia créée par IA, d’après le calcul des dates exposé dans le tableau ci-dessous.

Le mercredi des Cendres n'a pas de date fixe : il dépend de Pâques, qui change chaque année. Il tombe quarante-six jours avant le dimanche de Pâques — les quarante jours de jeûne du Carême, plus les six dimanches. La règle qui fixe Pâques elle-même est expliquée dans l'article Pourquoi Pâques change-t-elle de date ?.

Comme la date de Pâques, dans le calendrier grégorien, va du 22 mars au 25 avril, le mercredi des Cendres se situe entre le 4 février et le 10 mars[20]. Les deux extrêmes sont rares : le mercredi des Cendres est tombé le 4 février en 1761 et en 1818, et n'y retombera qu'en 2285 ; il est tombé le 10 mars en 1886 et en 1943, et y retombera en 2038[21]. Il arrive aussi qu'il coïncide avec la Saint-Valentin, le 14 février, comme en 2024 et en 2029 : la loi du jeûne et de l'abstinence s'applique alors comme chaque année, la fête profane n'ayant aucune place dans le calendrier de l'Église[22].

Le tableau suivant donne les dates des prochaines années, calculées à partir de la date de Pâques.

AnnéeMercredi des CendresDimanche de Pâques
202618 février5 avril
202710 février28 mars
20281ᵉʳ mars16 avril
202914 février1ᵉʳ avril
20306 mars21 avril
203126 février13 avril
203211 février28 mars

Que signifient les cendres dans la Bible ?

Avant d'être un rite de l'Église, la cendre est un langage de l'Écriture. On la trouve sur la tête des pénitents, des endeuillés et des suppliants, de la Genèse à l'Évangile. Elle y dit trois choses à la fois : la fragilité de la créature tirée de la poussière, le deuil de ce qui a été perdu, et le retour vers Dieu. Le mercredi des Cendres rassemble ces trois sens dans un seul geste, fait sur chaque fidèle.

« Tu es poussière » : la parole adressée à Adam

La seconde formule de l'imposition des cendres ne vient pas d'un liturgiste : c'est la sentence que Dieu adresse à Adam après la faute. Le récit de la création avait d'abord montré la poussière entre les mains de Dieu : « Alors le Seigneur Dieu modela l'homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l'homme devint un être vivant » (Gn 2, 7)[23]. Après le péché, la même poussière devient l'horizon de la mort :

« C'est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ; car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras. » — Genèse 3, 19[24]

Ce verset ne décrit pas une condition humaine abstraite. Le Catéchisme précise que le récit de la chute « utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme »[25], et qu'avec lui « la mort fait son entrée dans l'histoire de l'humanité »[26]. La mort n'était pas dans le dessein de Dieu : bien que l'homme possédât une nature mortelle, « Dieu le destinait à ne pas mourir », et la mort est entrée « dans le monde comme conséquence du péché »[27] (cf. Rm 5, 12). Chaque année, l'Église répète donc à chaque baptisé la parole dite à Adam, un homme réel dont nous descendons tous — et elle la répète au seuil du temps qui prépare Pâques, là où le Christ vainc la mort (voir aussi Le jardin d'Éden et le péché originel ont-ils vraiment existé ?).

La cendre dans la Bible : humilité, deuil, supplication et conversion. Infographie originale Ignispedia créée par IA, d’après Gn 3, 19 ; Gn 18, 27 ; Jb 42, 6 ; Est 4 ; Jon 3 ; Dn 9, 3 ; Mt 11, 21.

L'Écriture ne laisse pourtant pas cette poussière sans tendresse. Le psaume qui chante la miséricorde de Dieu dit d'un même souffle : « Comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint ! Il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que nous sommes poussière » (Ps 102 [103], 13-14)[28]. Le Catéchisme en tire une leçon de vie : « le souvenir de notre mortalité sert aussi à nous rappeler que nous n'avons qu'un temps limité pour réaliser notre vie »[29].

« Poussière et cendre » : le langage de l'humilité

Le couple « poussière et cendre » désigne dans la Bible la juste place de la créature devant son Créateur. Quand Abraham intercède pour Sodome, il s'excuse d'oser insister : « J'ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre » (Gn 18, 27). Le Siracide rappelle que Dieu voit « les humains qui sont tous terre et cendre » (Si 17, 32) et demande : « De quoi pourrait s'enorgueillir celui qui est terre et poussière ? » (Si 10, 9). Job, après avoir vu Dieu, conclut son long combat par ces mots : « C'est pourquoi je me rétracte et me repens sur la poussière et sur la cendre » (Jb 42, 6)[30]. L'humilité biblique n'est pas le mépris de soi : c'est la vérité d'une créature qui se tient debout parce que Dieu lui parle (voir Comment grandir dans l'humilité).

Le sac et la cendre : deuil, supplication et conversion

Dans l'Ancien Testament, la cendre répandue sur la tête, ou le fait de s'asseoir dans la cendre, souvent avec le sac — une étoffe grossière portée à même la peau —, accompagne les grands moments où un homme ou un peuple se tourne vers Dieu. Tamar outragée « répandit de la cendre sur sa tête et déchira la tunique » (2 S 13, 19) ; Job frappé par l'épreuve s'assied « parmi les cendres » (Jb 2, 8) ; Mardochée et les Juifs de Perse menacés d'extermination se couchent « sur le sac et la cendre », dans « le jeûne, les larmes, les lamentations » (Est 4, 1-3)[31]. Devant l'armée d'Holopherne, « tous les Israélites de Jérusalem, hommes, femmes et enfants », se jettent à terre devant le Temple, « la tête couverte de cendres » (Jdt 4, 11) ; Judas Maccabée et ses compagnons jeûnent « la tête couverte de cendres » avant le combat (1 M 3, 47) ; Daniel intercède pour son peuple « dans le jeûne, le sac et la cendre » (Dn 9, 3)[32].

Le tableau suivant résume ces épisodes et ce que le geste y exprime.

Épisode bibliqueRéférenceCe qu'exprime la cendre
Tamar, après l'outrage subi2 S 13, 19le deuil et la honte
Job frappé par l'épreuveJb 2, 8 ; 42, 6la douleur, puis le repentir
Mardochée et les Juifs menacésEst 4, 1-3le deuil et la supplication
Jérusalem devant HolopherneJdt 4, 11-15la prière de tout un peuple
Les Ninivites et leur roiJon 3, 5-10la conversion d'une ville entière
Le prophète DanielDn 9, 3l'intercession pour le peuple
Judas Maccabée et ses compagnons1 M 3, 47la supplication avant le combat
Tyr et Sidon, selon JésusMt 11, 21 ; Lc 10, 13la conversion que les miracles auraient dû susciter

Le geste n'a donc pas un sens unique ; mais il revient toujours au même point : un cœur qui s'abaisse pour être relevé par Dieu.

Ninive, la ville qui s'est convertie sous le sac et la cendre

L'épisode le plus proche du mercredi des Cendres est celui de Ninive. Envoyé par Dieu, le prophète Jonas annonce : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » (Jon 3, 4). La ville entière répond par le jeûne et le sac, et le roi lui-même descend de son trône :

« La chose arriva jusqu'au roi de Ninive. Il se leva de son trône, quitta son manteau, se couvrit d'une toile à sac, et s'assit sur la cendre. […] En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés. » — Livre de Jonas 3, 6.10[33]

Job sur le tas de cendres, José de Ribera, vers 1630. José de Ribera — Wikimedia Commons · Domaine public.

Le Christ traite cet événement comme un fait : « Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas » (Mt 12, 41 ; cf. Lc 11, 32)[34]. La conversion de Ninive est le modèle biblique du jour des Cendres : un jeûne, un signe visible d'humiliation, un vrai changement de conduite — et un Dieu qui se laisse fléchir. Le décret du roi (« Qui sait si Dieu ne se ravisera pas ? », Jon 3, 9) fait écho à la lecture de Joël proclamée à la messe de ce jour : « Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction » (Jl 2, 14). L'ancienne liturgie romaine demandait d'ailleurs, en bénissant les cendres, que les fidèles imitent l'habit des Ninivites pour obtenir le même pardon[35].

Jésus reprend lui-même le vieux signe d'Israël comme une évidence. Reprochant à des villes de Galilée leur incrédulité, il déclare : « Si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, ces villes, autrefois, se seraient converties sous le sac et la cendre » (Mt 11, 21 ; cf. Lc 10, 13)[36]. Dans sa bouche, « le sac et la cendre » désignent tout simplement la conversion vraie, celle qui se voit parce qu'elle est réelle.

Des cendres qui purifient : de la génisse rousse au sang du Christ

La Loi de Moïse connaissait aussi une cendre purificatrice. Les cendres d'une vache rousse offerte en sacrifice étaient recueillies « pour la préparation de l'eau lustrale », l'eau qui rendait la pureté rituelle à ceux qui avaient touché un mort (Nb 19, 9). La lettre aux Hébreux y lit une figure du Christ :

« S'il est vrai qu'une simple aspersion avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse, sanctifie ceux qui sont souillés, leur rendant la pureté de la chair, le sang du Christ fait bien davantage, car le Christ, poussé par l'Esprit éternel, s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut ; son sang purifiera donc notre conscience des actes qui mènent à la mort, pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant. » — Lettre aux Hébreux 9, 13-14[37]

La cendre posée sur la tête le premier jour du Carême regarde déjà vers ce sang : elle ne purifie pas par elle-même, elle annonce la purification que le Christ donnera dans sa Pâque.

« Déchirez vos cœurs » : le vrai jeûne selon les prophètes

Les prophètes ont toujours défendu le signe contre sa caricature. Isaïe raille le jeûne qui se contente de « courber la tête comme un roseau, de coucher sur le sac et la cendre », et rappelle que « le jeûne qui me plaît » consiste à « partager ton pain avec celui qui a faim » et à « rendre la liberté aux opprimés » (Is 58, 5-7)[38]. Joël, dans la première lecture de la messe des Cendres, résume tout :

« Et maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour, renonçant au châtiment. » — Livre de Joël 2, 12-13[39]

Le Catéchisme reprend cette hiérarchie : l'appel à la conversion « ne vise pas d'abord des œuvres extérieures, "le sac et la cendre", les jeûnes et les mortifications, mais la conversion du cœur, la pénitence intérieure » ; mais la conversion intérieure, à son tour, « pousse à l'expression de cette attitude en des signes visibles, des gestes et des œuvres de pénitence »[40]. Le mercredi des Cendres tient les deux ensemble : un signe extérieur, reçu pour servir un cœur qui se retourne.

D'où vient le rite des cendres ?

Les étapes attestées du passage de la pénitence publique au rite de toute l’assemblée. Infographie originale Ignispedia créée par IA, d’après les sources primaires détaillées dans cette section, de Tertullien aux missels.

Le rite actuel est l'aboutissement d'une histoire que les sources permettent de suivre étape par étape : la pénitence des premiers siècles, l'entrée solennelle des pénitents publics au début du Carême, puis l'extension du geste à tous les fidèles, qui s'impose entre le Xᵉ et le XIᵉ siècle.

Le sac et la cendre des premiers pénitents

Dès la fin du IIᵉ siècle, les chrétiens qui avaient commis un péché grave après leur baptême faisaient une pénitence publique que les Pères appelaient exomologèse, d'un mot grec qui signifie « aveu ». Vers 200, à Carthage, Tertullien la décrit ainsi :

« En ce qui concerne la mise et la nourriture, elle veut qu'on couche sous le sac et la cendre, qu'on s'enveloppe le corps de sombres haillons, qu'on abandonne son âme à la tristesse, qu'on corrige par de rudes traitements les fautes passées. […] C'est en prosternant l'homme à terre qu'elle le relève ; en le rendant sordide, elle le lave ; en l'accusant, elle l'excuse ; en le condamnant, elle l'absout. Moins vous vous serez épargnés vous-même, plus Dieu, croyez-le bien, vous épargnera. » — Tertullien, De la pénitence, IX, 4-6[41]

Le paradoxe de Tertullien est déjà tout le mercredi des Cendres : on s'abaisse pour être relevé, on se reconnaît coupable pour être pardonné. L'histoire de cette pénitence publique et de son évolution vers la confession individuelle est retracée dans l'article La confession ; on n'en retient ici que ce qui touche au premier jour du Carême (voir aussi Tertullien et La pénitence imposée).

L'entrée des pénitents au début du Carême

L'un des plus anciens livres liturgiques romains, le sacramentaire gélasien (manuscrit du VIIIᵉ siècle), fixe déjà à ce mercredi l'entrée en pénitence publique. Sa rubrique s'adresse à l'évêque : « Tu le reçois le mercredi matin, au début du Carême, et tu le couvres d'un cilice ; tu pries pour lui et tu l'enfermes jusqu'à la Cène du Seigneur » — c'est-à-dire jusqu'au Jeudi saint, jour de la réconciliation des pénitents[42]. Le texte parle du cilice, le vêtement de pénitence ; il ne mentionne pas encore de cendres.

Vers 906, l'abbé Réginon de Prüm décrit dans son recueil de droit ecclésiastique une cérémonie beaucoup plus développée. Au début du Carême, tous les pénitents publics se présentent pieds nus devant les portes de l'église, vêtus du sac, face contre terre ; l'évêque les fait entrer, chante avec tout le clergé les sept psaumes de la pénitence, puis « leur impose les mains, les asperge d'eau bénite, leur met d'abord de la cendre, puis couvre leur tête du cilice » ; il leur annonce « avec gémissements et soupirs répétés » que, « comme Adam a été chassé du paradis, ainsi eux-mêmes sont chassés de l'église à cause de leurs péchés », et on les reconduit dehors pendant que le clergé chante le répons « À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain » (Gn 3, 19)[43]. Ils seront de nouveau présentés à l'église le Jeudi saint.

Popielec (Mercredi des Cendres), aquarelle de Julian Fałat, 1881. Julian Fałat — Wikimedia Commons · Domaine public.

Le lien entre la cendre et la sentence d'Adam, qui est au cœur du rite actuel, est donc déjà là : les pénitents étaient renvoyés de l'église comme Adam du paradis, au chant du verset de la Genèse qui sert aujourd'hui de formule d'imposition.

Du pénitent à toute l'assemblée : le témoignage du Xᵉ siècle

Au milieu du Xᵉ siècle, un recueil liturgique compilé à l'abbaye Saint-Alban de Mayence — le Pontifical romano-germanique, qui eut une immense diffusion — montre le passage décisif[44]. Après l'ordo des pénitents, où la cendre est mise sur la tête du pénitent avec les mots « Souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » et où il est chassé « comme Adam, le premier homme, a été chassé du paradis », le livre décrit une seconde cérémonie pour tout le peuple : « Le même jour a lieu le rassemblement à Sainte-Anastasie, et l'on fait d'abord la bénédiction de la cendre » ; après les oraisons, « on met les cendres sur les têtes, comme le dit l'antienne : Changeons de vêtement, dans la cendre et le cilice »[45][46]. La collecte qui suit est celle-là même que l'Église récite encore aujourd'hui au début de la messe des Cendres[47].

Le geste qui marquait les pécheurs publics est désormais demandé par tous. Le Directoire romain sur la piété populaire le résume ainsi : ce signe « a pour origine le rite antique au cours duquel les pécheurs convertis se soumettaient à la pénitence canonique »[48].

Vers l'an mil : « dans le monde entier »

En Angleterre, vers l'an mil, Ælfric d'Eynsham parle du rite comme d'une pratique universelle. Son homélie pour le début du Carême explique :

« Le mercredi, dans le monde entier, les prêtres bénissent, comme cela est prescrit, des cendres pures dans l'église, et les mettent ensuite sur la tête des hommes, pour qu'ils gardent en mémoire qu'ils viennent de la terre et qu'ils retourneront à la poussière, comme le Dieu tout-puissant l'a dit à Adam après qu'il eut péché contre le commandement de Dieu. » — Ælfric d'Eynsham, homélie pour la tête du jeûne, vers l'an mil[49]

Ælfric ajoute aussitôt que cette parole ne concerne pas les âmes mais les corps, qui ressusciteront au dernier jour, « comme tous les arbres reprennent vie chaque année au temps du Carême, eux qu'avait engourdis le froid de l'hiver »[50]. Le mot anglais Lent, qui désigne le Carême, ne signifiait d'ailleurs à l'origine que la saison du printemps[51] : la cendre de l'hiver annonce la vie qui revient.

Le concile de Bénévent (1091)

À la fin du XIᵉ siècle, le rite est devenu une règle pour tous. Réuni à Bénévent en 1091 sous le bienheureux pape Urbain II, un concile décrète :

« Qu'aucun laïc n'ose manger de viande après le jour de la cendre et du cilice, qu'on appelle la tête du jeûne. Que tous, clercs comme laïcs, hommes comme femmes, reçoivent ce jour-là la cendre sur leur tête. » — Concile de Bénévent (1091), canon 4[52]

Des rameaux de l'année précédente

Les cendres elles-mêmes ont une origine précise. Le Missel romain actuel, comme celui de 1962, prescrit qu'elles soient faites « des rameaux d'olivier ou d'autres arbres bénits l'année précédente », c'est-à-dire des rameaux du dimanche des Rameaux, que l'on brûle[53][54]. Le signe relie ainsi les deux extrémités du Carême : les palmes qui acclamaient le Christ à son entrée à Jérusalem deviennent la cendre qui ouvre la marche vers sa Pâque.

Du missel de 1962 au missel actuel

Jusqu'à la réforme liturgique qui a suivi le concile Vatican II, la bénédiction des cendres avait lieu avant la messe. Dans le Missel romain de 1962, le prêtre, en chape violette, chantait l'antienne Exaudi nos (Ps 68), prononçait quatre oraisons de bénédiction — dont celle qui rappelle les Ninivites —, aspergeait les cendres trois fois d'eau bénite et les encensait ; les fidèles recevaient ensuite les cendres à genoux, avec la seule formule « Souviens-toi, homme, que tu es poussière »[55]. Le missel actuel place la bénédiction après l'homélie, garde deux oraisons au choix, supprime l'acte pénitentiel du début de la messe — l'imposition des cendres en tient lieu — et ajoute une autre formule, tirée de l'Évangile de Marc, qu'il place en premier : « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » (Mc 1, 15)[56].

Le tableau suivant compare les deux formes.

Élément du riteMissel romain de 1962Missel romain actuel (2002-2008)
Moment de la bénédictionavant la messeaprès l'homélie
Oraisons de bénédictionquatredeux, au choix
Aspersion d'eau bénitetrois fois, avec l'antienne Asperges, puis encensementaspersion « sans rien dire »
Formule d'imposition« Souviens-toi, homme, que tu es poussière »« Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » ou « Souviens-toi que tu es poussière »
Attitude des fidèlesà genoux devant l'autelles fidèles « s'approchent » du prêtre, sans attitude prescrite
Début de la messepsaume Judica me et Confiteor omisacte pénitentiel omis, remplacé par l'imposition
Rang du jourférie de Iʳᵉ classeférie qui l'emporte sur toute célébration

Les deux formes disent la même chose : la bénédiction de 1962 demande que les cendres soient « un remède salutaire » pour ceux qui implorent humblement le nom de Dieu[57], et celle d'aujourd'hui qu'elles aident à obtenir « le pardon des péchés et une vie nouvelle, à l'image de ton Fils ressuscité »[58].

Les grandes étapes

Les sources permettent de dater les principales étapes de l'histoire du rite. Elles montrent un mouvement continu : un geste biblique repris par la pénitence chrétienne, porté d'abord par quelques-uns au nom de tous, puis reçu par tous pour eux-mêmes.

  1. vers 200
    Tertullien décrit l'exomologèse

    À Carthage, le pénitent « couche sous le sac et la cendre » : la cendre fait partie de la pénitence publique des premiers siècles.

  2. VIIIᵉ siècle
    Le sacramentaire gélasien

    Le pénitent est reçu « le mercredi matin, au début du Carême », couvert du cilice et réconcilié le Jeudi saint.

  3. vers 906
    Réginon de Prüm

    Cendre, eau bénite et cilice sur les pénitents, chassés de l'église « comme Adam a été chassé du paradis ».

  4. milieu du Xᵉ siècle
    Le Pontifical de Mayence

    Bénédiction de la cendre et imposition « sur les têtes » de l'assemblée ; la collecte est celle d'aujourd'hui.

  5. vers l'an 1000
    Ælfric d'Eynsham

    « Dans le monde entier », les prêtres mettent la cendre sur la tête des fidèles le mercredi du début du Carême.

  6. 1091
    Le concile de Bénévent

    Clercs et laïcs, hommes et femmes, doivent tous recevoir la cendre ce jour-là.

  7. 1962
    Dernière édition du missel tridentin

    Bénédiction avant la messe, quatre oraisons, formule « Souviens-toi, homme, que tu es poussière ».

  8. 23 février 1966
    Paenitemini entre en vigueur

    La constitution de saint Paul VI sur la pénitence prend effet le mercredi des Cendres ; le pape célèbre le rite des cendres pendant l'audience générale.

  9. 2002-2008
    Le Missel romain actuel

    Bénédiction après l'homélie et deux formules d'imposition, dont « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile ».

  10. 12 janvier 2021
    Les cendres en temps de pandémie

    Une note romaine demande de dire la formule une seule fois pour tous et de laisser tomber les cendres sur la tête de chacun, sans rien dire.

Comment se déroule la liturgie du mercredi des Cendres ?

Une messe qui commence sans acte pénitentiel

Le déroulement du rite dans la messe actuelle du mercredi des Cendres. Infographie originale Ignispedia créée par IA, d’après le Missel romain, mercredi des Cendres.

La messe du mercredi des Cendres commence comme toute messe, mais sans la préparation pénitentielle habituelle : « l'imposition des cendres en tient lieu »[59]. L'antienne d'ouverture, tirée du livre de la Sagesse, donne d'emblée le ton du jour — non la peur, mais la miséricorde :

« Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, et tu n'as de répulsion pour aucune de tes œuvres ; tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu'ils se convertissent, et tu leur pardonnes, car tu es le Seigneur notre Dieu. » — Missel romain, antienne d'ouverture du mercredi des Cendres (cf. Sg 11, 24-25.27)[60]

Benoît XVI commentait ce texte en 2010 : « pardonner à quelqu'un, revient à lui dire : je ne veux pas que tu meures, mais que tu vives ; je veux toujours et uniquement ton bien »[61]. La collecte, déjà présente dans le pontifical du Xᵉ siècle, demande ensuite : « Accorde-nous, Seigneur, de savoir commencer saintement par le jeûne l'entraînement au combat spirituel : que nos privations nous rendent plus forts pour lutter contre l'esprit du mal »[62][63].

Les lectures : Joël, le Miserere, saint Paul et le sermon sur la montagne

Les lectures du jour forment un parcours complet de la conversion. Joël convoque tout le peuple — « Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré » — et demande de déchirer les cœurs plutôt que les vêtements (Jl 2, 12-18). Le psaume 50 (51), le Miserere, prête au pécheur ses propres mots : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché »[64]. Saint Paul supplie les Corinthiens :

« Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c'est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. […] Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut. » — Deuxième lettre aux Corinthiens 5, 20 ; 6, 2[65]

Enfin l'Évangile (Mt 6, 1-6.16-18) présente les trois œuvres du Carême — l'aumône, la prière et le jeûne — et demande de les accomplir dans le secret, « ton Père qui voit au plus secret te le rendra »[66]. Le pape François relevait en 2020 un détail de la lecture de saint Paul : l'Apôtre ne dit pas « réconciliez-vous », mais « laissez-vous réconcilier », « parce que la sainteté n'est pas notre activité, elle est une grâce »[67].

La bénédiction des cendres

Après l'homélie, le prêtre invite l'assemblée à la prière — « Demandons au Seigneur de bénir ces cendres dont nos fronts vont être marqués en signe de pénitence »[68] —, puis prononce l'une des deux oraisons de bénédiction. La première demande à Dieu, « qui se laisse fléchir par l'humilité », de répandre la grâce de sa bénédiction sur ceux qui vont recevoir les cendres ; la seconde s'adresse à celui « qui ne veut pas la mort mais la conversion des pécheurs »[69]. Il asperge ensuite les cendres d'eau bénite, « sans rien dire »[70].

Le pape Benoît XVI a souligné le statut de ce geste : il ne s'agit pas d'un sacrement, mais d'« un signe non sacramentel, mais toutefois toujours lié à la prière et à la sanctification du peuple chrétien », et c'est pourquoi « avant l'imposition individuelle sur la tête, une bénédiction spécifique des cendres est prévue »[71].

L'imposition des cendres et ses deux formules

Le prêtre impose alors les cendres « à tous les présents qui s'approchent de lui », en disant à chacun l'une des deux formules du Missel[72] :

« Convertissez-vous et croyez à l'Évangile. » — Missel romain, d'après Marc 1, 15[73]

« Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » — Missel romain, d'après Genèse 3, 19[74]

La première reprend les premiers mots de la prédication de Jésus en Galilée (Mc 1, 14-15) ; la seconde, la sentence adressée à Adam. Le pape François les a commentées ensemble en 2015 : « Les deux formules constituent un rappel à la vérité de l'existence humaine : nous sommes des créatures limitées, des pécheurs ayant toujours besoin de pénitence et de conversion »[75]. Benoît XVI y voyait deux appels complémentaires : « Souviens-toi que tu es poussière » « évoque la condition humaine placée sous le signe de la précarité et de la limite » et invite à « placer toutes nos espérances uniquement en Dieu » ; « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » est « une invitation à adhérer de manière ferme et confiante à l'Évangile »[76].

Imposition d’une croix de cendres sur le front, baie de Souda, 6 mars 2019. Kelly M. Agee / U.S. Navy — Wikimedia Commons · Domaine public.

Pendant l'imposition, on chante des antiennes très anciennes, déjà présentes dans le pontifical du Xᵉ siècle. La première dit : « Changeons de vêtement, dans la cendre et le cilice ; jeûnons et pleurons devant le Seigneur, car notre Dieu est plein de miséricorde pour pardonner nos péchés » ; la deuxième reprend Joël : « Entre le portail et l'autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, pleureront et diront : Épargne, Seigneur, épargne ton peuple »[77]. Le répons Emendemus in melius (« Corrigeons-nous et faisons mieux ») demande la grâce de ne pas être surpris par la mort sans avoir fait pénitence[78]. Le prêtre se lave ensuite les mains, et la messe continue par la prière universelle ; on ne dit pas le Credo[79].

Sur le front ou sur le sommet de la tête

Le Missel dit seulement que le prêtre « impose » les cendres[80]. Deux manières existent. La plus connue en France consiste à marquer le front : le prêtre « impose les cendres sur le front de ceux qui s'approchent »[81] ; au début du XXᵉ siècle déjà, la Catholic Encyclopedia décrivait le prêtre qui trempe le pouce dans les cendres bénites et trace sur le front de chacun le signe de la croix[82]. L'autre manière consiste à répandre les cendres sur le sommet de la tête. C'est celle que la Congrégation pour le Culte divin a prescrite pendant la pandémie de Covid-19 : dans une note du 12 janvier 2021, elle demandait au prêtre de dire la formule une seule fois pour toute l'assemblée, puis de prendre les cendres et de les laisser « tomber sur la tête de chacun, sans rien dire »[83].

Hors de la messe

La bénédiction et l'imposition des cendres peuvent aussi avoir lieu en dehors de la messe, au cours d'une liturgie de la Parole : on y garde l'antienne d'ouverture, la collecte et les lectures du jour, puis l'homélie, la bénédiction et l'imposition des cendres, et l'on conclut par la prière universelle et la bénédiction[84]. Le souci d'accueillir tous ceux qui veulent recevoir les cendres est ancien : le missel de 1962 permettait déjà, avec l'accord de l'évêque, de refaire la bénédiction avant une messe du soir, « dans les églises où la messe du soir est habituellement célébrée avec un grand concours de fidèles »[85].

Jeûne et abstinence : ce que l'Église demande ce jour-là

Un jour de jeûne et d'abstinence pour toute l'Église latine

Le Code de droit canonique de 1983 compte le Carême et chaque vendredi parmi les jours et temps de pénitence de l'Église entière[86], et il fixe au mercredi des Cendres et au Vendredi saint la double obligation du jeûne et de l'abstinence[87]. Cette discipline vient de la constitution apostolique Paul VI, Paenitemini, du 17 février 1966, qui a réorganisé toute la loi de la pénitence : « Les jours de pénitence qui doivent être observés obligatoirement dans toute l'Église sont : chaque vendredi et le mercredi des Cendres, ou le premier jour du grand Carême, selon les rites. Leur observation substantielle constitue une obligation grave »[88]. La même constitution est entrée en vigueur un mercredi des Cendres, le 23 février 1966[89].

Jeûne et abstinence : deux obligations distinctes, avec leurs seuils d’âge. Infographie originale Ignispedia créée par IA, d’après CIC 1251–1252 et Paenitemini.

Le Catéchisme range cette règle parmi les commandements de l'Église : « Aux jours de pénitence fixés par l'Église, les fidèles sont tenus par l'obligation de s'abstenir de viande et d'observer le jeûne »[90].

Qui est tenu, et comment ?

Le Code précise : « Sont tenus par la loi de l'abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus ; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs jusqu'à la soixantième année commencée »[91] — la majorité étant fixée à dix-huit ans accomplis[92]. Les enfants ne sont pas oubliés : « les pasteurs d'âmes et les parents veilleront cependant à ce que les jeunes dispensés de la loi du jeûne et de l'abstinence en raison de leur âge soient formés au vrai sens de la pénitence »[93].

Paenitemini définit le contenu des deux lois. L'abstinence « interdit la viande, mais pas les œufs, les laitages et tout assaisonnement, même à base de graisse animale » ; le jeûne « oblige à ne faire qu'un repas par jour, mais elle n'interdit pas de prendre un peu de nourriture le matin et le soir, en observant les coutumes locales approuvées pour ce qui est de la quantité et de la qualité »[94]. En 1966, le jeûne obligeait à partir de vingt et un ans ; le Code de 1983 a abaissé ce seuil à la majorité[95][96].

Le tableau suivant récapitule ces règles.

ObligationCe qu'elle demandeQui est tenuSource
Abstinencene pas manger de viande (œufs, laitages et assaisonnements permis)les fidèles de 14 ans révolus, sans limite d'âgeCIC, can. 1251-1252 ; Paenitemini, III, § 1
Jeûneun seul repas complet, un peu de nourriture le matin et le soirles fidèles majeurs (18 ans) jusqu'au début de leur 60ᵉ annéeCIC, can. 1251-1252 ; Paenitemini, III, § 2
Formation des plus jeunesapprendre le vrai sens de la pénitenceles pasteurs et les parentsCIC, can. 1252

Les conférences des évêques peuvent préciser les modalités de ces observances[97], et le curé peut, pour un juste motif, dispenser des fidèles ou des familles du jeûne et de l'abstinence ou les commuer en d'autres œuvres de piété[98]. Le sens de ces règles, les manières de bien jeûner et les erreurs à éviter sont développés dans les articles Comment grandir dans le jeûne, Les erreurs fréquentes concernant le jeûne et Pourquoi le vendredi est-il pénitentiel ?.

Un jour que les fidèles aiment, sans être une fête d'obligation

Le mercredi des Cendres ne figure pas parmi les jours de fête de précepte énumérés par le droit[99] (voir Les fêtes d'obligation) : l'assistance à la messe n'y est pas obligatoire. Les fidèles y viennent pourtant en nombre : le Directoire romain sur la piété populaire parle des « nombreux fidèles, qui viennent recevoir les cendres », et demande qu'on les aide « à comprendre le sens profond de ce geste, destiné à ouvrir leurs cœurs à la conversion et au renouveau pascal »[100]. Le pape Léon XIV observait en 2026 que « de nombreux jeunes, même dans des contextes sécularisés, ressentent plus que par le passé l'appel de ce jour »[101].

Rome : la station de Sainte-Sabine et les papes

La première station du Carême

La nef de Sainte-Sabine, à Rome, lieu de la première station du Carême. Livioandronico2013 — Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0.

À Rome, le Carême suit l'ancienne tradition des stations : chaque jour de Carême a son église de rassemblement, sa statio, que les missels indiquaient en tête de la messe. La première, celle du mercredi des Cendres, est la basilique Sainte-Sabine, sur la colline de l'Aventin (Statio ad S. Sabinam)[102][103]. Le Pontifical du Xᵉ siècle décrit déjà un rassemblement du jour à Sainte-Anastasie, la bénédiction des cendres, puis une procession chantée[104]. Aujourd'hui, le pape part en procession pénitentielle de l'église Saint-Anselme, toute proche, au chant des litanies des saints, jusqu'à Sainte-Sabine, où il célèbre la messe et impose les cendres[105].

Le pape Léon XIV en a rappelé le sens lors de la messe qu'il a célébrée à Sainte-Sabine le 18 février 2026 :

« L'ancienne tradition romaine des stations de Carême – dont celle d'aujourd'hui est la première – est instructive : elle renvoie autant au mouvement, en tant que pèlerins, qu'à la pause – statio – auprès des "mémoires" des martyrs sur lesquelles s'élèvent les basiliques de Rome. » — Léon XIV, homélie du mercredi des Cendres, basilique Sainte-Sabine, 18 février 2026[106]

Des mercredis des Cendres restés dans l'histoire

Plusieurs mercredis des Cendres ont marqué la vie de l'Église récente. Le 23 février 1966, quelques semaines après la clôture du concile Vatican II, saint Paul VI célèbre publiquement le rite des cendres au cours de l'audience générale, dans la basilique Saint-Pierre, et le présente comme « une cérémonie pénitentielle sévère et impressionnante »[107][108]. Le 5 mars 2003, à Sainte-Sabine, saint Jean-Paul II invite les fidèles à la prière et au jeûne « face aux menaces de guerre qui pèsent sur le monde »[109]. Le 13 février 2013, deux jours après l'annonce de sa renonciation, Benoît XVI célèbre la messe des Cendres non à Sainte-Sabine mais dans la basilique Saint-Pierre : « Les circonstances ont suggéré de se rassembler dans la Basilique vaticane », dit-il, « tandis que je m'apprête à conclure mon ministère pétrinien »[110].

Le tableau suivant recense ces circonstances, telles que les indiquent les textes officiels du Saint-Siège.

DateLieu de la célébrationCirconstance notable
23 février 1966basilique Saint-Pierre, audience généralePaul VI célèbre publiquement le rite des cendres ; Paenitemini entre en vigueur
5 mars 2003basilique Sainte-SabineJean-Paul II appelle à la prière et au jeûne pour la paix
13 février 2013basilique Saint-Pierredernier mercredi des Cendres de Benoît XVI, après l'annonce de sa renonciation
17 février 2021basilique Saint-Pierreen pleine pandémie de Covid-19, célébration à Saint-Pierre et non à Sainte-Sabine[111]
2 mars 2022basilique Sainte-Sabinejournée de prière et de jeûne pour l'Ukraine ; homélie de François lue par le cardinal secrétaire d'État[112]
5 mars 2025basilique Sainte-Sabinehomélie de François lue par le cardinal Angelo De Donatis[113]
18 février 2026basilique Sainte-Sabinepremier mercredi des Cendres de Léon XIV

Ces dates ne sont pas de simples anecdotes : à deux reprises, en 2003 et en 2022, le jeûne du mercredi des Cendres a été offert par les papes pour la paix du monde[114][115].

Le sens spirituel des cendres

Créature, pécheur, appelé à la gloire : les trois sens du geste

Saint Jean-Paul II a résumé le sens du geste en trois mots, lors de la messe célébrée à Sainte-Sabine en 2003 :

« Recevoir les cendres sur le front signifie donc se reconnaître comme créatures, faites de glaise et destinées à la glaise (cf. Gn 3, 19) ; cela signifie dans le même temps se proclamer pécheurs, ayant besoin du pardon de Dieu pour pouvoir vivre selon l'Evangile (cf. Mc 1, 15) ; cela signifie, enfin, raviver l'espérance de la rencontre définitive avec le Christ dans la gloire et dans la paix du Ciel. » — Saint Jean-Paul II, homélie du mercredi des Cendres, basilique Sainte-Sabine, 5 mars 2003, n° 3[116]

Créature, pécheur, appelé à la gloire : les trois sens exposés par Jean-Paul II en 2003. Infographie originale Ignispedia créée par IA, d’après Jean-Paul II, homélie du 5 mars 2003, n° 3.

Les trois sens sont inséparables. Le premier dit la vérité de notre condition ; le deuxième, la vérité de notre histoire ; le troisième, la vérité de notre destinée. Le Directoire romain sur la piété populaire le dit à sa manière : se couvrir de cendres « signifie la reconnaissance de la fragilité et de la condition mortelle de l'homme, qui ressent le besoin de se tourner vers la miséricorde de Dieu pour obtenir de lui le salut »[117].

« Poussière, oui, mais aimée »

Le rappel de la mort n'est pas le dernier mot du geste. Benoît XVI, en 2010, en donnait la clé :

« C'est essentiellement un geste d'humilité qui signifie : je me reconnais pour ce que je suis, une créature fragile, faite de terre et destinée à la terre, mais également faite à l'image de Dieu et destinée à Lui. Poussière, oui, mais aimée, façonnée par son amour, animée par son souffle vital, capable de reconnaître sa voix, et de lui répondre. » — Benoît XVI, homélie du mercredi des Cendres, 17 février 2010[118]

Le pape François a repris cette intuition à plusieurs reprises. En 2017, il parlait d'une « poussière dans les mains amoureuses de Dieu »[119] ; en 2020, il la développait longuement :

« Nous sommes poussière dans l'univers. Mais nous sommes la poussière aimée de Dieu. Le Seigneur a aimé recueillir notre poussière dans ses mains et y insuffler son haleine de vie (cf. Gn 2, 7). Nous sommes ainsi une poussière précieuse, destinée à vivre pour toujours. » — Pape François, homélie du mercredi des Cendres, basilique Sainte-Sabine, 26 février 2020[120]

Sainte Thérèse de Lisieux donnait la même lumière à la « petite voie » : « la perfection me semble facile, je vois qu'il suffit de reconnaître son néant et de s'abandonner comme un enfant dans les bras du Bon Dieu »[121]. Se savoir poussière, dans cette perspective, ne conduit pas au découragement mais à la confiance : c'est la condition même de l'abandon (voir Humilité et confiance : changer de regard sur nos péchés).

« Revenez à moi de tout votre cœur » : la conversion comme retour

Le mot « conversion » veut dire « retournement ». Le Catéchisme parle d'« une réorientation radicale de toute la vie, un retour, une conversion vers Dieu de tout notre cœur », accompagnée du « désir et la résolution de changer de vie avec l'espérance de la miséricorde divine et la confiance en l'aide de sa grâce »[122]. L'office des lectures du mercredi des Cendres fait lire ce jour-là une page de saint Clément de Rome, écrite à la fin du Iᵉʳ siècle :

« Fixons nos regards sur le sang du Christ, et comprenons combien il a de valeur pour son Père, puisque, répandu pour notre salut, il a procuré au monde entier la grâce de la conversion. Parcourons toutes les générations et nous apprendrons que, de génération en génération, le Maître a offert la possibilité de se convertir à tous ceux qui voulaient se retourner vers lui. » — Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 7, 4-5 (office des lectures du mercredi des Cendres)[123]

La même lecture rappelle que « Jonas annonça aux Ninivites la destruction qui les menaçait. Ils se repentirent de leurs péchés, ils apaisèrent Dieu par leurs supplications et ils obtinrent le salut, bien qu'étrangers à Dieu »[124]. Le modèle de ce retour reste le fils prodigue, que le père voit « encore loin » et vers lequel il court (Lc 15, 20) : le Catéchisme voit dans cette parabole la description la plus juste du « mouvement de la conversion et de la pénitence »[125]. Le pape François concluait ainsi son homélie de 2020 : « Nous aurons la joie de découvrir que Dieu nous ressuscite de nos cendres »[126]. Le lieu privilégié de ce retour est le sacrement de la réconciliation, où, disait-il dans la même homélie, « le feu de l'amour de Dieu consume la cendre de notre péché »[127] (voir La confession et Qu'est-ce que la repentance ?).

Prière, jeûne, aumône : les trois œuvres du jour

L'Évangile du mercredi des Cendres nomme les trois œuvres qui structurent tout le Carême. Le Catéchisme les présente comme les trois expressions de la pénitence intérieure : « le jeûne, la prière, l'aumône (cf. Tb 12, 8 ; Mt 6, 1-18), qui expriment la conversion par rapport à soi-même, par rapport à Dieu et par rapport aux autres »[128]. La préface du Carême chantée à la messe des féries en donne le sens : « Tu as voulu que nous te rendions grâce par nos privations : elles rabaissent notre orgueil de pécheurs et nous invitent à suivre l'exemple de ta bonté en nous faisant partager avec ceux qui ont faim »[129]. Le concile Vatican II a demandé que la pénitence du Carême ne soit « pas […] seulement intérieure et individuelle, mais aussi extérieure et sociale »[130].

Le pape Léon XIV a rappelé en 2026 que le Carême, « en nous libérant du désir d'être vus à tout prix », nous apprend « à voir ce qui naît, ce qui grandit » : « c'est l'harmonie profonde qui s'établit dans le secret de celui qui jeûne, prie et aime avec le Dieu de la vie »[131]. Chacune de ces œuvres a son article : Comment grandir dans le jeûne, Comment grandir dans l'aumône et Comment grandir dans la pénitence.

Des cendres à la Pâque : une poussière promise à la résurrection

Le mercredi des Cendres regarde vers Pâques. Saint Paul l'a dit du corps humain : « Ce qui est semé périssable ressuscite impérissable ; ce qui est semé sans honneur ressuscite dans la gloire » (1 Co 15, 42-43) ; « de même que nous aurons été à l'image de celui qui est fait d'argile, de même nous serons à l'image de celui qui vient du ciel » (1 Co 15, 49)[132]. Benoît XVI, en 2012, lisait la sentence de la Genèse dans cette lumière : en disant « tu es glaise et tu retourneras à la glaise », Dieu « entend également annoncer une voie de salut, qui passera précisément à travers la terre, à travers cette "glaise", cette "chair" qui sera assumée par le Verbe » ; la liturgie reprend cette parole « non pour finir dans le désespoir, mais pour accueillir, précisément dans notre mortalité, la proximité impensable de Dieu, qui, au-delà de la mort, ouvre le passage à la résurrection »[133].

De la poussière à la gloire : la création, la mortalité et l’espérance de la résurrection. Infographie originale Ignispedia créée par IA, d’après Gn 2, 7 ; Gn 3, 19 ; 1 Co 15, 42–49.

Saint Paul VI, en 1966, voyait là toute la différence entre le christianisme et le pessimisme moderne : la culture de son temps faisait selon lui « une apologie des cendres », mais « la leçon de l'ascèse chrétienne remonte de la cendre à l'espérance et à la vie », et fait de la cendre « un instrument de pénitence, c'est-à-dire de conversion, de changement, de reprise nouvelle de vigueur et de joie » ; ce rite, disait-il, « n'est pas un rite macabre et désespéré »[134]. Soixante ans plus tard, Léon XIV reprenait l'idée : reconnaître ses péchés pour se convertir, « cela signifie en effet ne pas s'arrêter dans les cendres, mais se relever et reconstruire »[135].

Une poussière que Dieu ne quitte pas

Les écrits de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947) éclairent cette poussière d'une lumière de plus. La chute d'Adam y est décrite comme le moment où l'homme s'est retiré de la Volonté de Dieu pour vivre de la sienne : « avant de s'être retiré de ma Volonté, Adam était mon fils », dit Jésus ; « par son péché, il perdit son statut de fils et passa à celui de serviteur »[136]. La conversion devient alors le chemin inverse : laisser la Volonté divine vivre et agir de nouveau en nous, comme elle vivait en Adam avant la faute — ce que ces écrits appellent « vivre dans la Divine Volonté ». La même page poursuit :

« S'il la veut comme moyen d'atteindre la plénitude de la sainteté, alors ma Volonté fait la fête. Car elle voit qu'il veut revenir à son origine. Alors Elle s'offre à lui redonner sa ressemblance avec son Créateur, l'unique but pour lequel il a été créé. Ma Volonté ne quitte jamais l'homme. Si Elle le quittait, il s'évaporerait en néant. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 18, 28 janvier 1926[137]

Lue au jour des Cendres, cette page dit la même chose que le psaume : la poussière que nous sommes ne tient debout que parce que Dieu ne la lâche pas, et chaque retour vers lui est une fête pour lui avant d'être un effort pour nous[138].

Objections et questions fréquentes

Jésus demande de jeûner en secret : pourquoi porter une croix de cendre sur le front ?

Le signe commun des cendres et l’intention intérieure demandée par Jésus. Infographie originale Ignispedia créée par IA, d’après Mt 6, 1.16–18 et Mt 11, 21.

C'est l'objection la plus fréquente, et c'est l'Évangile du jour lui-même qui la pose. À la messe des Cendres, on lit : « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu'ils jeûnent. […] Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret » (Mt 6, 16-18)[139]. Puis, quelques minutes plus tard, chacun reçoit un signe visible sur la tête. La contradiction n'est qu'apparente, pour trois raisons.

  • Le Christ condamne l'intention, non la visibilité. Le verset qui ouvre le passage vise ce qu'on accomplit « devant les hommes pour vous faire remarquer » (Mt 6, 1). Le même Jésus loue les Ninivites qui se sont convertis sous le sac et la cendre (Mt 11, 21 ; 12, 41) : il ne reproche pas au signe d'être vu, mais au cœur de le chercher pour être admiré.
  • La cendre n'est pas un jeûne qu'on exhibe, mais un signe qu'on reçoit. Personne ne se l'impose à soi-même pour se distinguer : elle est donnée par l'Église à tous, saints et pécheurs, dans une même file, avec la même parole. Elle ne dit pas « voyez comme je jeûne », elle dit « je suis poussière et je me convertis ». Le jeûne, la prière et l'aumône du Carême, eux, restent dans le secret que demande l'Évangile.
  • L'Église tient elle-même la hiérarchie. Le Catéchisme rappelle que l'appel à la conversion ne vise pas d'abord « le sac et la cendre », mais la conversion du cœur, sans laquelle les œuvres de pénitence « restent stériles et mensongères »[140]. La cendre ne remplace pas le cœur déchiré ; elle le rappelle.

Les cendres ont-elles un pouvoir en elles-mêmes ?

Non. Les cendres bénites sont un sacramental, c'est-à-dire, selon le Code de droit canonique, un de ces « signes sacrés par lesquels, d'une certaine manière, à l'imitation des sacrements, sont signifiés et obtenus à la prière de l'Église des effets surtout spirituels »[141]. Le Catéchisme précise la différence avec les sacrements : les sacramentaux « ne confèrent pas la grâce de l'Esprit saint à la manière des sacrements, mais par la prière de l'Église ils préparent à recevoir la grâce et disposent à y coopérer »[142]. Recevoir les cendres n'efface donc aucun péché : c'est le sacrement de pénitence qui pardonne. La cendre dispose à ce pardon et ouvre un chemin qui y conduit. Elle n'est pas un talisman, et c'est précisément pour cela qu'elle est accompagnée d'une parole — « Convertissez-vous » — qui s'adresse à la liberté de celui qui la reçoit (voir Les sacramentaux).

Le mercredi des Cendres n'est pas dans la Bible : est-ce une tradition humaine ?

Le jour lui-même, comme presque tout le calendrier chrétien, a été fixé par l'Église ; mais ni le signe, ni le jeûne ne sont une invention. Le signe est biblique de bout en bout : Ninive, Daniel, Esther, Judith, les Maccabées, Job, et Jésus lui-même, qui en parle comme de la forme normale de la conversion (Mt 11, 21). Le jeûne est annoncé par le Christ pour le temps de l'Église : « Des jours viendront où l'Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront » (Mt 9, 15). Et l'Église apostolique jeûne en communauté avant d'envoyer ses missionnaires : « Alors, après avoir jeûné et prié, et leur avoir imposé les mains, ils les laissèrent partir » (Ac 13, 3)[143]. Fixer un jour commun pour entrer ensemble dans ce jeûne relève de l'autorité que le Christ a donnée à son Église pour organiser la vie du peuple de Dieu. L'Église d'Angleterre elle-même, lors de la Réforme, a gardé dans son Book of Common Prayer un office propre du « premier jour du Carême, communément appelé mercredi des Cendres », même si l'archevêque Cranmer en avait supprimé les cendres dès janvier 1549[144] (voir L'anglicanisme).

Faut-il être catholique, ou en état de grâce, pour recevoir les cendres ?

Ni l'un ni l'autre n'est exigé. L'imposition des cendres est une bénédiction, et le droit de l'Église prévoit que « les bénédictions, qui doivent être données avant tout aux catholiques, peuvent aussi être données aux catéchumènes, et même aux non-catholiques, à moins qu'une interdiction de l'Église ne s'y oppose »[145]. Quant à l'état de grâce, il n'est pas une condition : la cendre est justement le signe de ceux qui se reconnaissent pécheurs et veulent revenir. La communion eucharistique, elle, garde ses conditions propres (voir Peut-on communier en état de péché mortel ?).

Le mercredi des Cendres est-il un jour triste ?

C'est une idée répandue, que les papes ont souvent corrigée. Benoît XVI l'a dit en ouvrant le Carême de 2011 : « En général, dans l'opinion commune, ce temps a parfois une connotation de tristesse, de grisaille de la vie. En revanche, il est un don précieux de Dieu »[146]. Saint Paul VI, dès 1966, affirmait que le rite des cendres « n'est pas un rite macabre et désespéré »[147]. Le jour est grave, puisqu'il parle de la mort et du péché ; mais il n'est pas sombre, puisqu'il parle d'un Dieu « tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour » (Jl 2, 13). L'ancien Carême d'Ælfric, qui comparait la résurrection des corps aux arbres qui reverdissent au printemps, disait déjà la même chose[148].

Au-delà du rite romain : autres rites et coutumes

Milan : un Carême sans mercredi des Cendres

Le rite ambrosien, propre à l'Église de Milan, n'a jamais connu le mercredi des Cendres. Son Carême commence avec les premières vêpres du sixième dimanche avant Pâques, appelé « dimanche au début du Carême » (in capite quadragesimae) ; l'imposition des cendres y a lieu ce dimanche-là ou le lendemain lundi, et l'archevêque de Milan la préside au Duomo[149][150]. Le carnaval ambrosien se prolonge donc de quelques jours au-delà du mardi gras romain (voir Le rite ambrosien).

Les Églises d'Orient

Les Églises de rite byzantin n'imposent pas de cendres. Leur Grand Carême commence le lundi qui suit le dimanche du Pardon, appelé « Lundi pur », et compte ses quarante jours d'une autre manière : l'article Pourquoi le carême dure-t-il quarante jours ? compare les deux calculs. La constitution Paenitemini tient compte de cette diversité en fixant comme jour de pénitence obligatoire « le mercredi des Cendres, ou le premier jour du grand Carême, selon les rites »[151].

Mardi gras et carnaval : la veille des Cendres

Le Combat de Carnaval et Carême, Pieter Bruegel l’Ancien, 1559, Kunsthistorisches Museum, Vienne. Pieter Bruegel l’Ancien — Wikimedia Commons · Domaine public.

La veille du mercredi des Cendres est le mardi gras, dernier jour des réjouissances du carnaval[152]. Le contraste entre les jours gras et l'entrée en Carême a nourri l'art populaire européen : en 1559, Pieter Bruegel l'Ancien peint Le Combat de Carnaval et Carême, où Carnaval, à cheval sur un tonneau, brandit une broche garnie de viande face à un Carême maigre armé d'une pelle de boulanger chargée de deux poissons ; le Kunsthistorisches Museum de Vienne, qui conserve le tableau, le présente comme une véritable encyclopédie des coutumes des anciens Pays-Bas liées à ces périodes de fête et d'abstinence[153].

Le mercredi des Cendres ne condamne pas la joie de la veille : il la fait passer, pour quarante jours, de la table au cœur. La joie qu'il prépare est celle de Pâques, que le Carême tout entier attend. Le Catéchisme le rappelle : ces temps de pénitence « nous préparent aux fêtes liturgiques et nous disposent à acquérir la maîtrise sur nos instincts et la liberté du cœur »[154].

Pour aller plus loin

Sources principales

  • Missale Romanum, editio typica tertia emendata, Cité du Vatican, 2008, Feria quarta Cinerum ; Missale Romanum, editio typica, Cité du Vatican, 1962, p. 55-57.
  • Congrégation pour le Culte divin, Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (1969), n° 16, 28-29 et tableau de préséance.
  • Code de droit canonique (1983), canons 97, 1166-1170, 1246, 1249-1253.
  • Paul VI, constitution apostolique Paenitemini, 17 février 1966, trad. fr. La Documentation catholique, n° 1466, 6 mars 1966.
  • Catéchisme de l'Église catholique, § 390, 400, 1007-1008, 1430-1439, 1667-1670, 2043.
  • Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 2001, n° 125.
  • Tertullien, De la pénitence, IX, trad. P. de Labriolle, 1906.
  • L. C. Mohlberg (éd.), Liber sacramentorum Romanae aeclesiae (sacramentaire gélasien), Rome, 1960.
  • Réginon de Prüm, De synodalibus causis, éd. F. W. H. Wasserschleben, Leipzig, 1840.
  • C. Vogel et R. Elze (éd.), Le Pontifical romano-germanique du dixième siècle, t. II, Cité du Vatican, 1963.
  • Ælfric d'Eynsham, Lives of Saints, éd. W. W. Skeat, t. I, Londres, 1881.
  • J. D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XX (concile de Bénévent, 1091).
  • Homélies du mercredi des Cendres de Jean-Paul II (2003), Benoît XVI (2010, 2011, 2012, 2013), François (2015, 2017, 2020, 2021, 2022, 2025) et Léon XIV (2026), textes officiels sur vatican.va ; audience générale de Paul VI du 23 février 1966.

Notes et références

  1. Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle (Conférence des évêques de France), Dominique Cadet, « Mercredi des Cendres, entrée en Carême », site liturgie.catholique.fr : les cendres sont « en principe les cendres des rameaux de l'année précédente qui ont été brûlés » ; invitation du prêtre : « Demandons au seigneur de bénir ces cendres dont nos fronts vont être marqués en signe de pénitence » ; formules : « Convertissez-vous et croyez à l'évangile » (Marc 1, 15) ou « souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » (Genèse 3, 19).

    1 68 73 74
  2. Code de droit canonique (1983), canon 1246 § 1, texte officiel français (vatican.va) : les jours de fête de précepte sont, outre le dimanche, « les jours de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ, de l'Épiphanie, de l'Ascension et du très Saint Corps et Sang du Christ, le jour de Sainte Marie Mère de Dieu, de son Immaculée Conception et de son Assomption, de saint Joseph, des saints Apôtres Pierre et Paul et enfin de tous les Saints ». Le mercredi des Cendres n'y figure pas.

    2 99
  3. Code de droit canonique (1983), canon 1251 : « L'abstinence de viande ou d'une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques, sera observée chaque vendredi de l'année, à moins qu'il ne tombe l'un des jours marqués comme solennité ; mais l'abstinence et le jeûne seront observés le Mercredi des Cendres et le Vendredi de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus Christ. »

    3 22 87
  4. C. Vogel et R. Elze (éd.), Le Pontifical romano-germanique du dixième siècle, t. II, 1963, titre XCIX, n° 74 et 78, p. 21-22 : « Eodem die fit collecta ad Sanctam Anastasiam. Et in primis agitur benedictio cineris » ; « Interim ponendi sunt cineres super capita sicut antiphona testatur : Immutemur habitu in cinere et cilicio » ; n° 80 : procession avec l'antienne « Iuxta vestibulum et altare ». Traduction Ignispedia.

    4 46 104
  5. Michel Andrieu, Les Ordines Romani du haut Moyen Âge, t. V, Louvain (Spicilegium Sacrum Lovaniense, 29), 1961, p. 64, sur la collection liturgique du manuscrit de Vienne 1888, « compilée à Saint-Alban de Mayence entre les années 936 et 962 », témoin de la compilation romano-germanique.

    5 44
  6. Concile de Bénévent (1091), canon 4, dans J. D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XX, col. 739 (réimpr. Paris, H. Welter, 1902). Texte original : « Nullus omnino laicus post diem cineris et cilicii, qui caput jejunii dicitur, carnibus vesci audeat. Omnes tam clerici, quam laici, tam viri quam mulieres die illo cinerem supra capita sua accipiant. » Traduction Ignispedia.

    6 12 52
  7. Saint Jean-Paul II, homélie de la célébration pénitentielle du mercredi des Cendres, basilique Sainte-Sabine sur l'Aventin, 5 mars 2003, n° 3, texte officiel français sur vatican.va (hf_jp-ii_hom_20030305_ash-wednesday). Le même n° 3 mentionne « la prière et le jeûne auxquels, face aux menaces de guerre qui pèsent sur le monde, j'ai invité les fidèles ».

    7 109 114 116
  8. Pape François, homélie de la messe, bénédiction et imposition des cendres, basilique Sainte-Sabine, 26 février 2020, texte officiel français sur vatican.va (papa-francesco_20200226_omelia-ceneri). Passages cités sur la poussière aimée de Dieu, sur 2 Co 5, 20 (« laissez-vous réconcilier »), sur la confession et sur la résurrection « de nos cendres ».

    8 67 120 126 127
  9. Missale Romanum, editio typica tertia emendata, Cité du Vatican, 2008, Feria quarta Cinerum : « In Missa huius diei benedicuntur et imponuntur cineres, facti de ramis olivarum, sive aliarum arborum, anno praecedenti benedictis » ; « Omittitur actus paenitentialis, cuius locum tenet impositio cinerum » ; « Post homiliam » (bénédiction) ; « Et aspergit cineres aqua benedicta, nihil dicens » ; « Deinde sacerdos imponit cineres omnibus astantibus, qui ad ipsum accedunt, dicens singulis : Paenitemini, et credite Evangelio. Vel : Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris » ; « Non dicitur Credo » ; possibilité de bénir et d'imposer les cendres « etiam extra Missam », au cours d'une liturgie de la Parole. Traduction Ignispedia.

    9 53 56 59 70 72 79 80 84
  10. Herbert Thurston, article « Ash Wednesday », The Catholic Encyclopedia, t. I, New York, Robert Appleton Company, 1907 (newadvent.org) : « The name dies cinerum (day of ashes) which it bears in the Roman Missal is found in the earliest existing copies of the Gregorian Sacramentary and probably dates from at least the eighth century. »

    10 82
  11. Ælfric d'Eynsham, Lives of Saints, homélie XII, In caput jejunii, éd. et trad. anglaise W. W. Skeat, t. I, Londres, N. Trübner pour l'Early English Text Society, 1881, p. 260-261. Traduction de Skeat : « In this week on Wednesday, even as ye yourselves know, is "caput jejunii", that is in English, Head of the Lenten Fast. » Traduction française Ignispedia d'après Skeat.

    11
  12. Noms du mercredi des Cendres dans les différentes langues : notice Wikidata Q123542.

    13
  13. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (1969), n° 28 et 29. Texte officiel anglais : « The forty days of Lent run from Ash Wednesday up to but excluding the Mass of the Lord's Supper exclusive » ; « On Ash Wednesday, the beginning of Lent, which is observed everywhere as a fast day, ashes are distributed. » Traduction Ignispedia.

    14
  14. Catéchisme de l'Église catholique, § 1438, qui renvoie à SC 109-110 et aux canons 1249-1253 du Code de droit canonique.

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  15. Ælfric d'Eynsham, Lives of Saints, homélie XII, éd. Skeat, t. I, 1881, p. 261-263, lignes 11-15. Traduction de Skeat : « Now there will not be forty days fulfilled in our Lenten fast, unless we fast before that for these four days, Wednesday, Thursday, Friday and Saturday, even as it was appointed of old. » Traduction française Ignispedia d'après Skeat.

    16
  16. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (1969), n° 16 a. Texte officiel anglais : « Ash Wednesday and the weekdays of Holy Week, from Monday up to and including Thursday, take precedence over all other celebrations. » Traduction Ignispedia.

    17
  17. Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier (1969), tableau des jours liturgiques selon leur ordre de préséance, I, 2 (Nativité, Épiphanie, Ascension, Pentecôte ; dimanches de l'Avent, du Carême et de Pâques ; mercredi des Cendres ; féries de la Semaine sainte du lundi au jeudi ; octave de Pâques), avant les solennités du calendrier général (I, 3).

    18
  18. Présentation générale du Missel romain (2002), n° 346 d : le violet est employé pendant l'Avent et le Carême.

    19
  19. Dates calculées selon le comput grégorien de la date de Pâques (le mercredi des Cendres tombe 46 jours avant le dimanche de Pâques). Pâques pouvant tomber du 22 mars au 25 avril, le mercredi des Cendres peut tomber du 4 février au 10 mars.

    20 21
  20. Citations bibliques dans la traduction liturgique officielle de l'Association épiscopale liturgique pour les pays francophones (AELF), vérifiées dans La Bible catholique intégrale (traduction AELF) ; numérotation liturgique des psaumes (Ps 102 = Ps 103 de la Bible hébraïque).

    23 24 28 30 31 32 33 34 36 37 38 39 132 139 143
  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 390 : « Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l'histoire de l'homme (cf. GS 13, § 1). »

    25
  22. Catéchisme de l'Église catholique, § 400 : « la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance (cf. Gn 2, 17) se réalisera : l'homme "retournera à la poussière de laquelle il est formé" (Gn 3, 19). La mort fait son entrée dans l'histoire de l'humanité (cf. Rm 5, 12). »

    26
  23. Catéchisme de l'Église catholique, § 1008 : « Bien que l'homme possédât une nature mortelle, Dieu le destinait à ne pas mourir. La mort fut donc contraire aux desseins de Dieu Créateur, et elle entra dans le monde comme conséquence du péché (cf. Sg 2, 23-24). »

    27
  24. Catéchisme de l'Église catholique, § 1007, qui cite Qo 12, 1.7 : « Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, (...) avant que la poussière ne retourne à la terre, selon qu'elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu qui l'avait donné. »

    29
  25. Missale Romanum (1962), p. 56, quatrième oraison de bénédiction des cendres : « Omnipotens sempiterne Deus, qui Ninivitis in cinere et cilicio paenitentibus indulgentiae tuae remedia praestitisti : concede propitius ; ut sic eos imitemur habitu, quatenus veniam prosequamur obtentu » (« Dieu éternel et tout-puissant, qui as accordé aux Ninivites faisant pénitence dans la cendre et le cilice le remède de ton pardon, accorde-nous de les imiter dans leur habit, pour obtenir comme eux le pardon »). La même oraison figure déjà au Pontifical romano-germanique, XCIX, n° 77. Traduction Ignispedia.

    35
  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 1430, qui renvoie à Jl 2, 12-13 ; Is 1, 16-17 ; Mt 6, 1-6.16-18.

    40 140
  27. Tertullien, De paenitentia, IX, 3-6 (vers 200), trad. Pierre de Labriolle, Tertullien. De la pénitence. De la pudicité, Paris, Picard, 1906, p. 41 (texte reproduit sur tertullian.org). Texte latin (éd. CSEL 76) : « mandat sacco et cineri incubare, corpus sordibus obscurare, animum maeroribus deicere, illa quae peccant tristi tractatione mutare ».

    41
  28. Sacramentaire gélasien (Liber sacramentorum Romanae aeclesiae ordinis anni circuli, Cod. Vat. Reg. lat. 316), éd. Leo Cunibert Mohlberg, Rome, Herder (Rerum ecclesiasticarum documenta, Series maior, Fontes IV), 1960, titre XVI, Ordo agentibus publicam paenitentiam, n° 83, p. 18 : « Suscipis eum IIII feria mane in capite quadragesimae et cooperis eum cilicio, oras pro eo et inclaudis usque ad Caenam domini. » Traduction Ignispedia.

    42
  29. Réginon de Prüm, De synodalibus causis et disciplinis ecclesiasticis, livre I, chap. 295 (CCXCV), éd. F. W. H. Wasserschleben, Leipzig, 1840, p. 136-137 : « In capite quadragesimae omnes poenitentes, qui publicam suscipiunt aut susceperunt poenitentiam, ante fores ecclesiae se repraesentent episcopo civitatis sacco induti, nudis pedibus, vultibus in terram prostratis […] manus eis imponat, aquam benedictam superspargat, cinerem prius mittat, deinde cilicio capita eorum cooperiat et cum gemitu et crebris suspiriis eis denuntiet, quod, sicut Adam proiectus est de paradiso, ita et ipsi ab ecclesia ob peccata eiiciantur » ; répons « In sudore vultus tui vesceris pane tuo ». Traduction Ignispedia.

    43
  30. C. Vogel et R. Elze (éd.), Le Pontifical romano-germanique du dixième siècle, t. II, Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana (Studi e Testi, 227), 1963, titre XCIX, n° 71 et 73, p. 21 : « Hic mittendus est cinis super caput penitentis et dicendum : Memento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris » ; « Ecce eiceris hodie a sinu matris tuae sanctae ecclesiae propter peccatum tuum sicut Adam primus homo eiectus est a paradiso propter transgressionem suam », suivi du répons « In sudore vultus tui vesceris pane tuo ». Traduction Ignispedia.

    45
  31. Ibid., titre XCIX, n° 79, p. 22 : « Concede nobis, domine, praesidia militiae Christianae sanctis inchoare ieiuniis, ut contra spirituales nequitias pugnaturi, continentiae muniamur auxiliis » — texte identique à la collecte du Missale Romanum actuel (2008), Feria quarta Cinerum.

    47
  32. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie. Principes et orientations, Cité du Vatican, décembre 2001, n° 125, texte officiel français sur vatican.va.

    48 100 117
  33. Ælfric d'Eynsham, Lives of Saints, homélie XII, éd. Skeat, t. I, 1881, p. 263, lignes 16-32. Traduction de Skeat : « On the Wednesday, throughout the whole world, the priests bless, even as it is appointed, clean ashes in church, and afterward lay them upon men's heads, that they may have in mind that they came from earth, and shall again return to dust, even as the Almighty God spake to Adam, after he had sinned against God's command » ; « This is not said of men's souls, but of men's bodies that moulder to dust, and afterwards shall at doomsday, through our Lord's might, all arise from the earth […] like as all trees are always quickened in the Lenten time, which before had been deadened by the winter's chill. » Traduction française Ignispedia d'après Skeat. La Catholic Encyclopedia (1907, art. « Ash Wednesday ») résume la suite de l'homélie en confondant deux récits distincts ; le texte d'Ælfric est suivi ici.

    49 50 148
  34. Herbert Thurston, article « Lent », The Catholic Encyclopedia, t. IX, New York, Robert Appleton Company, 1910 (newadvent.org) : « The Teutonic word Lent, which we employ to denote the forty days' fast preceding Easter, originally meant no more than the spring season. »

    51
  35. Missale Romanum, editio typica, Cité du Vatican, Typis Polyglottis Vaticanis, 1962, Feria quarta Cinerum, I classis, p. 55-57 : bénédiction « ante Missam » des cendres « facti de ramis olivarum, sive aliarum arborum, praecedenti anno benedictis », prêtre « indutus pluviali violaceo », antienne Exaudi nos (Ps 68), quatre oraisons (la première demande que les cendres soient « remedium salubre omnibus nomen sanctum tuum humiliter implorantibus »), triple aspersion d'eau bénite « dicendo antiphonam Asperges » et triple encensement, imposition « genibus flexis ante altare » avec la formule « Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris » ; à la messe qui suit, « omittuntur psalmus Iudica me […] necnon confessio cum absolutione ».

    54 55 57
  36. Missale Romanum (2008), Feria quarta Cinerum, oraisons de bénédiction des cendres : « Deus, qui humiliatione flecteris et satisfactione placaris » (première) ; « Deus, qui non mortem sed conversionem desideras peccatorum » (seconde), qui demande « peccatorum veniam et novitatem vitae, ad imaginem Filii tui resurgentis ». Traduction Ignispedia ; le Service national de la pastorale liturgique cite la version française officielle : « vivre de la vie nouvelle à l'image de ton Fils ressuscité ».

    58 69
  37. Missel romain, traduction française officielle, mercredi des Cendres : antienne d'ouverture (Sg 11, 24-25.27) et prière d'ouverture, texte reproduit par l'application iBreviary (édition française, messe du 18 février 2026).

    60 62
  38. Benoît XVI, homélie de la messe, bénédiction et imposition des cendres, 17 février 2010, texte officiel français sur vatican.va (hf_ben-xvi_hom_20100217_ceneri).

    61 118
  39. Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, « Combat spirituel et joie pascale : que nous disent les collectes de Carême ? », extrait de la revue Célébrer, n° 389, site liturgie.catholique.fr : la collecte du mercredi des Cendres est la seule collecte de Carême où apparaît l'expression « combat spirituel ».

    63
  40. AELF, lectures de la messe du mercredi des Cendres (messe du 18 février 2026 sur aelf.org) : Jl 2, 12-18 ; Ps 50 (51) ; 2 Co 5, 20 – 6, 2 ; Mt 6, 1-6.16-18.

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  41. Benoît XVI, homélie de la messe, bénédiction et imposition des cendres, 22 février 2012, texte officiel français sur vatican.va (hf_ben-xvi_hom_20120222_ceneri). Dans la même homélie, Benoît XVI cite Origène, Traité des principes, 3, 6, 5.

    71 133
  42. Pape François, homélie du mercredi des Cendres, basilique Sainte-Sabine, 18 février 2015, texte officiel français sur vatican.va (papa-francesco_20150218_omelia-ceneri).

    75
  43. Benoît XVI, audience générale du mercredi des Cendres, 1ᵉʳ mars 2006, texte officiel français sur vatican.va (hf_ben-xvi_aud_20060301).

    76
  44. Missale Romanum (2008), Feria quarta Cinerum, chants de l'imposition : antienne 1 « Immutemur habitu, in cinere et cilicio, ieiunemus, et ploremus ante Dominum, quia multum misericors est dimittere peccata nostra Deus noster » ; antienne 2 (cf. Jl 2, 17 ; Est 4, 17) « Inter vestibulum et altare plorabunt sacerdotes ministri Domini, et dicent : Parce, Domine, parce populo tuo » ; antienne 3 (Ps 50, 3) ; répons (cf. Ps 78, 9) « Emendemus in melius, quae ignoranter peccavimus, ne subito praeoccupati die mortis quaeramus spatium paenitentiae, et invenire non possimus ». Traduction Ignispedia.

    77 78
  45. Diocèse de Versailles, page « Mercredi des Cendres » (2026) : « le prêtre bénit les cendres puis impose les cendres sur le front de ceux qui s'approchent ».

    81
  46. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, note sur la distribution des cendres en temps de pandémie, 12 janvier 2021, signée par le cardinal Robert Sarah, préfet, et Mgr Arthur Roche, secrétaire, texte français rapporté par Vatican News, janvier 2021 : le prêtre dit la formule « une fois pour toutes », puis « prend les cendres et les laisse tomber sur la tête de chacun, sans rien dire ».

    83
  47. Missale Romanum (1962), p. 57 : « Benedictio cinerum, quae semel, mane, ante Missam principalem peracta est, ante Missam vespertinam iterari potest, de Ordinarii loci facultate, in ecclesiis ubi Missa vespertina cum magno fidelium concursu celebrari solet. » Traduction Ignispedia.

    85
  48. Code de droit canonique (1983), canon 1250 : « Les jours et temps de pénitence pour l'Église tout entière sont chaque vendredi de toute l'année et le temps du Carême. »

    86
  49. Paul VI, constitution apostolique Paenitemini, 17 février 1966, ch. III, norme II, § 1-2, trad. fr. La Documentation catholique, n° 1466, 6 mars 1966, col. 391. Le § 2 précise que « le jeûne et l'abstinence seront pratiqués le mercredi des Cendres, ou le premier jour du grand Carême, selon les rites, et le Vendredi saint ».

    88 151
  50. Paul VI, Paenitemini, ch. III, norme X, § 1, La Documentation catholique, n° 1466, col. 392-393 : les prescriptions « entreront en vigueur le mercredi des Cendres de cette année, c'est-à-dire le 23 de ce mois ».

    89
  51. Catéchisme de l'Église catholique, § 2043, quatrième commandement de l'Église (cf. CIC, can. 1249-1251).

    90 154
  52. Code de droit canonique (1983), canon 1252 : « Sont tenus par la loi de l'abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus ; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs jusqu'à la soixantième année commencée. Les pasteurs d'âmes et les parents veilleront cependant à ce que les jeunes dispensés de la loi du jeûne et de l'abstinence en raison de leur âge soient formés au vrai sens de la pénitence. »

    91 93 96
  53. Code de droit canonique (1983), canon 97 § 1 : « À dix-huit ans accomplis, une personne est majeure ; en dessous de cet âge, elle est mineure. »

    92
  54. Paul VI, Paenitemini, ch. III, norme III, § 1-2, La Documentation catholique, n° 1466, col. 391-392.

    94
  55. Paul VI, Paenitemini, ch. III, norme IV, La Documentation catholique, n° 1466, col. 392 : « La loi de l'abstinence oblige ceux qui ont quatorze ans accomplis. La loi du jeûne oblige tous les fidèles depuis l'âge de vingt et un ans accomplis jusqu'au début de leur soixantième année. »

    95
  56. Code de droit canonique (1983), canon 1253 : « La conférence des Évêques peut préciser davantage les modalités d'observance du jeûne et de l'abstinence, ainsi que les autres formes de pénitence, surtout les œuvres de charité et les exercices de piété qui peuvent tenir lieu en tout ou en partie de l'abstinence et du jeûne. »

    97
  57. Paul VI, Paenitemini, ch. III, norme VII, La Documentation catholique, n° 1466, col. 392 : le curé, « pour un juste motif et en conformité avec les prescriptions de l'Ordinaire », peut accorder « d'une façon individuelle à des fidèles ou à des familles la dispense du jeûne et de l'abstinence, ou leur commutation en d'autres œuvres de piété ».

    98
  58. Léon XIV, homélie de la messe avec le rite des cendres, basilique Sainte-Sabine sur l'Aventin, 18 février 2026, texte officiel français sur vatican.va (20260218-ceneri).

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  59. Missale Romanum (1962), p. 57 : « De Missa. Statio ad S. Sabinam ». Le même missel indique une église de station pour chacun des jours suivants du Carême (Saint-Georges le jeudi, Saints-Jean-et-Paul le vendredi, Saint-Tryphon le samedi, Saint-Jean-de-Latran le premier dimanche, etc.).

    102
  60. Benoît XVI, homélie de la messe, bénédiction et imposition des cendres, basilique Saint-Pierre, 13 février 2013, texte officiel français sur vatican.va (hf_ben-xvi_hom_20130213_ceneri) : « Cette tradition prévoit que la première statio ait lieu dans la Basilique Sainte Sabine sur la colline de l'Aventin. Les circonstances ont suggéré de se rassembler dans la Basilique vaticane. »

    103 110
  61. Office des célébrations liturgiques du Souverain Pontife, livret Mercoledì delle Ceneri. Processione penitenziale e celebrazione eucaristica presiedute dal Santo Padre Leone XIV, Chiesa di Sant'Anselmo all'Aventino — Basilica di Santa Sabina, 18 février 2026 (vatican.va, 20260218-libretto-ceneri.pdf) : procession pénitentielle depuis l'église Saint-Anselme, avec les litanies des saints, jusqu'à la basilique Sainte-Sabine.

    105
  62. Paul VI, audience générale du mercredi des Cendres, 23 février 1966, texte italien sur vatican.va (hf_p-vi_aud_19660223) : « Eppure questo non è un rito macabro e disperato » ; « Questa documentazione è un'apologia della cenere. Ma mentre essa nella cenere si affonda e sconsolata rimane, la lezione dell'ascetica cristiana dalla cenere risale alla speranza e alla vita, facendone strumento di penitenza, cioè di conversione, di cambiamento, di nuova ripresa di vigore e di gaudio. » Traduction Ignispedia ; l'expression « cérémonie pénitentielle sévère et impressionnante » est dans la traduction officielle de l'homélie de Léon XIV du 18 février 2026.

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  63. Pape François, homélie de la messe, bénédiction et imposition des cendres, basilique Saint-Pierre, 17 février 2021, texte officiel français sur vatican.va (papa-francesco_20210217_omelia-ceneri). Sur la distribution des cendres pendant la pandémie, voir la note de la Congrégation pour le Culte divin du 12 janvier 2021 citée plus haut.

    111
  64. Pape François, homélie du mercredi des Cendres, basilique Sainte-Sabine, 2 mars 2022, lue par le cardinal secrétaire d'État, texte officiel français sur vatican.va (20220302_omelia-ceneri) : la prière, la charité et le jeûne « sont les armes de l'esprit, et c'est avec elles que, en cette journée de prière et de jeûne pour l'Ukraine, nous implorons de Dieu cette paix que les hommes à eux seuls ne parviennent pas à construire ».

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  65. Pape François, homélie de la messe, bénédiction et imposition des cendres, lue par le cardinal Angelo De Donatis, basilique Sainte-Sabine, 5 mars 2025, texte officiel français sur vatican.va (20250305-omelia-ceneri).

    113
  66. Pape François, homélie du mercredi des Cendres, basilique Sainte-Sabine, 1ᵉʳ mars 2017, texte officiel français sur vatican.va (papa-francesco_20170301_omelia-ceneri) : « nous sommes faits de poussière. Oui, mais poussière dans les mains amoureuses de Dieu qui souffle son Esprit de vie sur chacun de nous ».

    119
  67. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, lettre LT 226 au P. Adolphe Roulland, 9 mai 1897, archives du Carmel de Lisieux (archives.carmeldelisieux.fr).

    121
  68. Catéchisme de l'Église catholique, § 1431.

    122
  69. Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 7, 4 – 8, 3 ; 8, 5 – 9, 1 ; 13, 1-4 ; 19, 2 (découpage de la Liturgia Horarum), seconde lecture de l'office des lectures du mercredi des Cendres, traduction française de l'AELF (office du 18 février 2026 sur aelf.org).

    123 124
  70. Catéchisme de l'Église catholique, § 1439, sur la parabole du fils prodigue (Lc 15, 11-24), dont le centre est « le père miséricordieux ».

    125
  71. Catéchisme de l'Église catholique, § 1434.

    128
  72. Missel romain, traduction française officielle, préface de Carême dite aux féries et aux jours de jeûne (le Missel indique pour ce jour la préface III ou IV de Carême), texte reproduit par iBreviary (messe du 18 février 2026).

    129
  73. Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte liturgie, 4 décembre 1963, n° 110, texte officiel français sur vatican.va. Le n° 109 demande de mettre plus pleinement en lumière le « double caractère » du Carême, baptismal et pénitentiel.

    130
  74. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 18, 28 janvier 1926 (traduction française fondée sur celle de Guy Harvey et sur le manuscrit italien, édition pour usage privé « La Volonté Divine — Lumen Luminis »).

    136 137
  75. La Servante de Dieu Luisa Piccarreta (Corato, 1865-1947) : cause de béatification ouverte en 1994 ; en juin 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a donné son nulla osta à la poursuite de la cause, confirmé par une lettre du 3 décembre 2024 adressée à la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France. Voir Luisa Piccarreta (1865-1947) et La Divine Volonté.

    138
  76. Code de droit canonique (1983), canon 1166, texte officiel français (vatican.va, livre IV, canons 1166-1172).

    141
  77. Catéchisme de l'Église catholique, § 1670, qui cite Sacrosanctum Concilium, n° 61.

    142
  78. Charles Whitworth, « The Penitential Psalms and Ash Wednesday Services in the Book of Common Prayer, 1549-1662 », Revue française de civilisation britannique, XXII-1, 2017 (journals.openedition.org/rfcb/1222) : l'office de 1549 est intitulé « the first day of Lent, commonly called Ash Wednesday » ; « In January 1549, however, Cranmer announced to his bishops that Ash Wednesday ashes, as well as Candlemas candles and Palm Sunday palms would henceforth be banned. » Traduction Ignispedia.

    144
  79. Code de droit canonique (1983), canon 1170, texte officiel français (vatican.va, livre IV, canons 1166-1172).

    145
  80. Benoît XVI, homélie du mercredi des Cendres, 9 mars 2011, texte officiel français sur vatican.va (hf_ben-xvi_hom_20110309_ceneri).

    146
  81. Duomo di Milano, page liturgique « Domenica all'inizio di Quaresima » (duomomilano.it) : le rite ambrosien n'a jamais connu le mercredi des Cendres et fait commencer le Carême aux premières vêpres du sixième dimanche avant Pâques ; imposition des cendres le dimanche, présidée par l'archevêque, et le lundi.

    149
  82. Archidiocèse de Milan, page « La Quaresima della Chiesa ambrosiana » (chiesadimilano.it) : « Nella I Domenica l'Arcivescovo ha presieduto in Duomo la Messa con il Rito dell'imposizione delle ceneri. »

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  83. Notice Wikidata Q35105, « Mardi Gras » : fête du jour qui précède le mercredi des Cendres.

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  84. Kunsthistorisches Museum, Vienne, Gemäldegalerie, inv. 1016 : Pieter Bruegel l'Ancien, Le Combat de Carnaval et Carême, 1559, huile sur bois de chêne, 118 × 163,7 cm (khm.at, notice « The Fight between Carnival and Lent »).

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