L'eau bénite à l'entrée des églises, le cierge qu'on allume devant une statue, les cendres du mercredi qui ouvre le Carême, le rameau béni accroché au-dessus d'un lit, la médaille au cou d'un nouveau-né, le crucifix bénit, le chapelet, le signe de croix tracé avant un repas : la vie catholique est tissée de gestes et d'objets sacrés qui ne sont pas des sacrements, mais qui les entourent, les prolongent et en préparent les fruits. L'Église les appelle des sacramentaux.
Le mot prête à confusion par sa proximité avec « sacrement ». Beaucoup de fidèles emploient les deux indifféremment ; certains, à l'inverse, soupçonnent dans l'eau bénite ou la médaille une survivance de pensée magique. Les deux malentendus se corrigent par une définition précise. Un sacramental n'est ni un huitième sacrement, ni une amulette : c'est un signe sacré institué par l'Église pour disposer les âmes à la grâce et sanctifier le quotidien.
Cet article est le tronc commun de la catégorie : il expose ce que sont les sacramentaux en général — leur définition, leur mode d'action, leur histoire, leurs formes, leurs ministres, leurs effets et la frontière qui les sépare de la superstition. Pour la nature des sept sacrements proprement dits, on se reportera à Qu'est-ce qu'un sacrement ? ; pour chaque sacramental en particulier — l'eau bénite, les bénédictions, le scapulaire, la médaille miraculeuse — aux articles spécialisés signalés en chemin.
Qu'est-ce qu'un sacramental ? La définition de l'Église
Le point de départ doit être le texte officiel. Le Catéchisme de l'Église catholique ouvre son article sur les sacramentaux en citant mot pour mot le concile Vatican II :
« La sainte Mère Église a institué des sacramentaux, qui sont des signes sacrés par lesquels, selon une certaine imitation des sacrements, des effets surtout spirituels sont signifiés et sont obtenus par la prière de l'Église. Par eux, les hommes sont disposés à recevoir l'effet principal des sacrements, et les diverses circonstances de la vie sont sanctifiées. » — Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n° 60[1]
Le Code de droit canonique de 1983 reprend la même définition en une phrase ramassée, qu'il faut savoir lire de près :
« Les sacramentaux sont des signes sacrés par lesquels, d'une certaine manière, à l'imitation des sacrements, sont signifiés et obtenus à la prière de l'Église des effets surtout spirituels. » — Code de droit canonique (1983), canon 1166[2]
Chaque membre de cette définition compte. Un sacramental est un signe sacré ; il agit « à l'imitation des sacrements » ; il produit des effets « surtout spirituels » ; et ces effets sont obtenus « par la prière de l'Église ». Reprenons ces traits, car ils suffisent à dissiper la plupart des confusions.
« À l'imitation des sacrements » : la ressemblance et la différence
La formule clé est « selon une certaine imitation des sacrements » (latin : ad quamdam sacramentorum imitationem). Le sacramental ressemble au sacrement : comme lui, c'est un signe sensible — une eau, une huile, un geste, une parole — qui renvoie à une réalité invisible et la met en jeu. Mais cette imitation reste « une certaine » imitation : elle est analogique, non identique. Le sacramental n'est pas un sacrement au rabais ; il appartient à un autre ordre.
La différence tient en deux points, qu'on développera plus bas. D'abord, l'institution : les sept sacrements ont été institués par le Christ lui-même, tandis que les sacramentaux ont été institués par l'Église[3]. Ensuite, le mode d'action : un sacrement confère la grâce ex opere operato, par le seul fait que le rite est validement accompli ; un sacramental, lui, « dispose » à la grâce sans la conférer automatiquement[4]. Toute la doctrine des sacramentaux tient dans cet écart soigneusement maintenu : assez de ressemblance pour que le sacramental soit vraiment efficace, assez de différence pour qu'il ne devienne jamais un automatisme ni une magie.
Des signes sacrés institués par l'Église
Puisque les sacramentaux relèvent de l'Église et non d'une institution directe du Christ, c'est l'Église qui en a la pleine disposition : elle peut en créer, en modifier, en supprimer. Le droit canonique réserve ce pouvoir au plus haut niveau :
« Seul le Siège Apostolique peut constituer de nouveaux sacramentaux ou interpréter authentiquement ceux qui sont en usage, abolir ou changer certains d'entre eux. » — Code de droit canonique (1983), canon 1167 § 1[5]
Cette réserve a une conséquence pratique : un fidèle, un groupe, voire un prêtre isolé ne « fabriquent » pas un sacramental à leur gré. Les rites et les formules des sacramentaux sont fixés par les livres liturgiques approuvés, et le canon 1167 § 2 demande qu'ils soient « soigneusement observés »[6]. On retrouve ici l'exigence définie dès le concile de Trente contre l'arbitraire des ministres :
« Si quelqu'un dit que les rites reçus et approuvés de l'Église catholique, en usage dans l'administration solennelle des sacrements, peuvent être méprisés ou omis sans péché, au gré des ministres, ou encore être changés en d'autres nouveaux par tout pasteur des églises : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session VII, canon 13[7]
L'enjeu n'est pas un formalisme tatillon. Si le sacramental tire sa force de la prière de l'Église, alors il faut que ce soit bien l'Église qui prie — selon ses formules, sous l'autorité de ses pasteurs — et non un individu qui bricole un rite privé. Le sacramental est un acte ecclésial avant d'être un objet.
Comment agissent les sacramentaux ? « Non ex opere operato »
Voici le cœur de la doctrine, et le point le plus souvent mal compris. La question décisive est celle-ci : par quelle force un sacramental produit-il son effet ? La réponse de l'Église trace une ligne nette entre les sacrements et les sacramentaux.
La grande différence avec les sacrements
Un sacrement agit ex opere operato — « par le fait même que l'action est accomplie » : validement posé, il confère réellement la grâce qu'il signifie, indépendamment de la sainteté du ministre[8]. Un sacramental, lui, n'agit pas de cette manière. Le Catéchisme est d'une précision remarquable :
« Les sacramentaux ne confèrent pas la grâce de l'Esprit Saint à la manière des sacrements, mais par la prière de l'Église ils préparent à recevoir la grâce et disposent à y coopérer. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1670[9]
Tout est dit dans ces deux verbes : ils préparent et ils disposent. Le sacramental ne verse pas la grâce dans l'âme comme le baptême ou l'eucharistie ; il prépare le terrain, il dispose le cœur à accueillir et à faire fructifier la grâce que, par ailleurs, les sacrements donnent. Boire de l'eau bénite ne remet pas un péché mortel — seul le sacrement de pénitence le remet, de manière ordinaire ; mais l'eau bénite, reçue avec foi, peut disposer l'âme au repentir qui la conduira au confessionnal. Le détail de ce point est développé dans Qu'est-ce qu'un sacrement ? et, pour la mécanique propre aux sacrements, dans La matière et la forme des sacrements.
« Ex opere operantis Ecclesiae » : la force de la prière de l'Église
Si la grâce ne jaillit pas du rite lui-même, d'où vient l'efficacité réelle du sacramental ? De la prière de l'Église. La théologie classique le formule par une expression technique : le sacramental agit ex opere operantis Ecclesiae, « par l'œuvre de celle qui agit », c'est-à-dire par l'intercession de l'Église tout entière, Épouse du Christ, dont la prière est toujours exaucée[10].
La distinction est lumineuse. La grâce du sacrement repose sur la puissance du Christ agissant dans le rite : elle ne dépend donc pas des dispositions du ministre. La grâce obtenue par un sacramental repose sur la prière de l'Église s'unissant à celle du fidèle : elle est certaine, parce que l'Église ne prie jamais en vain, mais elle reste de l'ordre de l'intercession, non de la production automatique. Quand un prêtre bénit une médaille, ce n'est pas le métal qui « contient » désormais une force ; c'est l'Église qui demande à Dieu, pour celui qui la portera avec foi, les grâces de protection et de fidélité que ce signe rappelle.
Ni magie ni automatisme : le rôle des dispositions
De là découle l'avertissement le plus important de tout l'article. Parce que le sacramental n'agit pas ex opere operato, son fruit dépend largement des dispositions intérieures de celui qui en use. Croire qu'un objet bénit agirait par sa seule matérialité, comme un talisman, indépendamment de la foi et de la conversion du cœur, ce n'est plus la religion : c'est la superstition. Le Catéchisme le dit sans détour :
« Attacher à la seule matérialité des prières ou des signes sacramentels leur efficacité, en dehors des dispositions intérieures qu'ils exigent, c'est tomber dans la superstition. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2111[11]
On reviendra plus longuement, en fin d'article, sur cette frontière entre la ferveur et la superstition. Mais il fallait la poser dès maintenant : elle est inscrite dans le mode d'action même des sacramentaux. Le sacrement, parce qu'il agit par la puissance du Christ, résiste à la tiédeur du ministre ; le sacramental, parce qu'il agit par la prière de l'Église et la coopération du fidèle, exige de celui qui en use une foi vivante.
Aux origines : comment l'Église a distingué sacrements et sacramentaux
La catégorie des « sacramentaux » est ancienne dans la pratique, mais relativement récente dans le vocabulaire. Pendant des siècles, l'Église a multiplié les rites sacrés — bénédictions, exorcismes, onctions, signes de croix — sans toujours les distinguer nettement des sept actes qu'elle finira par appeler « sacrements ». L'histoire de cette clarification éclaire ce qu'est un sacramental.
Les Pères et les premiers rites sacrés
Dès les premiers siècles, les chrétiens accompagnent leur vie de gestes sacrés. Tertullien, au début du IIIᵉ siècle, atteste que les fidèles tracent sur eux le signe de la croix à chaque démarche de la journée[12]. L'eau bénite, le sel exorcisé, l'huile des onctions, la bénédiction des aliments et des maisons sont attestés très tôt. Ces rites prolongent une intuition biblique : dans l'Écriture, bénir, c'est à la fois louer Dieu et appeler sa faveur sur les êtres et les choses. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre », dit Dieu à Abraham (Gn 12, 3)[13], et saint Paul rappelle que, dans le Christ, le Père nous a « bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles » (Ep 1, 3)[14]. Le sacramental plonge ses racines dans cette logique de la bénédiction.
À cette époque, pourtant, on ne distingue pas encore sacrements et sacramentaux : tout rite sacré peut être appelé sacramentum ou mysterium, au sens large d'un signe sacré. Saint Augustin lui-même emploie sacramentum pour des réalités très diverses, du baptême au signe de croix. La distinction se fera plus tard.
Hugues de Saint-Victor et Pierre Lombard : la naissance d'une catégorie
C'est au XIIᵉ siècle, dans les grandes écoles de théologie, que se fixe la distinction. Le théologien Hugues de Saint-Victor (✝ 1141) est l'un des premiers à séparer les rites nécessaires au salut de ceux qui, sans l'être, aident à la sanctification — l'eau bénite, les cendres, et autres signes que la tradition rangera bientôt parmi les sacramentaux[15].
Mais c'est Pierre Lombard (✝ 1160) qui donne au système sa forme durable. Dans le quatrième livre de ses Sentences, le manuel de théologie qui formera tout l'Occident latin, il introduit un critère décisif : la causalité. Le sacrement n'est pas seulement le signe de la grâce, il en est aussi la cause ; il « signifie et produit » ce qu'il montre. Ce critère lui permet de fixer le nombre des sacrements à sept et de distinguer ces sacrements proprement dits des rites « mineurs » qui signifient la grâce sans la produire — les sacramentaux[16]. Le mot sacramentale se répand alors chez les canonistes et les théologiens scolastiques.
Du Rituale Romanum (1614) au Livre des bénédictions (1984)
Une fois la catégorie fixée, l'Église en a codifié les rites. Le grand recueil de référence fut le Rituale Romanum, promulgué par le pape Paul V en 1614 à la suite du concile de Trente : pendant trois siècles et demi, il a rassemblé les formules de bénédictions, d'exorcismes et de sacramentaux de toute l'Église latine[17]. Le concile Vatican II en a demandé la révision :
« Le rituel des sacramentaux sera révisé […]. On veillera à ce que les sacramentaux soient adaptés aux nécessités de notre époque. » — Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n° 79[18]
Cette réforme a abouti notamment au De Benedictionibus (le Livre des bénédictions), dont l'édition typique paraît en 1984 : il distingue clairement les bénédictions, précise quels ministres peuvent les donner, et ouvre certaines bénédictions aux laïcs[19]. L'histoire des sacramentaux n'est donc pas figée : l'Église, qui les a institués, continue de les régler.
- IIIᵉ siècleLes Pères attestent les premiers rites sacrés
Tertullien décrit le signe de la croix tracé à toute heure ; l'eau bénite, le sel, l'huile et les bénédictions accompagnent déjà la vie chrétienne, sans qu'on les distingue encore des futurs sacrements.
- vers 1140Hugues de Saint-Victor distingue les rites mineurs
Hugues sépare les rites nécessaires au salut de ceux qui, sans l'être, aident à la sanctification (eau bénite, cendres) — première esquisse de la catégorie des sacramentaux.
- vers 1155Pierre Lombard fixe les sept sacrements
Dans le livre IV des Sentences, le critère de la causalité permet de fixer à sept les sacrements proprement dits et de distinguer d'eux les sacramentalia.
- 3 mars 1547Trente défend les rites reçus de l'Église
Le canon 13 de la session VII frappe d'anathème quiconque mépriserait ou changerait à son gré les rites reçus et approuvés de l'Église (DS 1613).
- 1614Le Rituale Romanum codifie les sacramentaux
Paul V promulgue le Rituale Romanum, recueil de référence des bénédictions et exorcismes pour toute l'Église latine.
- 1963 · 1984Vatican II révise, le De Benedictionibus paraît
Sacrosanctum Concilium (n° 79, 1963) demande la révision des sacramentaux ; le Livre des bénédictions (édition typique 1984) en est l'un des fruits.
Les formes variées des sacramentaux
Le Catéchisme range les sacramentaux en grandes familles. Les connaître évite de tout réduire à l'eau bénite et à la médaille : la réalité est bien plus vaste.
Les bénédictions : invocatives et constitutives
Les bénédictions occupent la première place. Le Catéchisme le souligne :
« Parmi les sacramentaux figurent d'abord les bénédictions (de personnes, de la table, d'objets, de lieux). Toute bénédiction est louange de Dieu et prière pour obtenir ses dons. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1671[20]
La théologie distingue deux types de bénédictions. Les bénédictions invocatives (ou simples) appellent la faveur de Dieu sur une personne ou une chose sans en changer le statut : bénir un repas, une maison, une voiture, un malade. Les bénédictions constitutives (ou consécratoires), au contraire, ont une « portée durable » : elles retirent une personne ou un objet de l'usage profane pour le consacrer à Dieu. Le Catéchisme l'explique :
« Certaines bénédictions ont une portée durable : elles ont pour effet de consacrer des personnes à Dieu et de réserver à l'usage liturgique des objets et des lieux. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1672[21]
Sur la nature, l'utilité et les objections autour des bénédictions, voir l'article dédié Les bénédictions et, pour les objets en particulier, Pourquoi bénir des objets ?.
Les consécrations et les dédicaces
Les bénédictions constitutives prennent des noms propres selon leur objet. On parle de consécration pour des personnes — la consécration des vierges, la bénédiction d'un abbé ou d'une abbesse, le rite de la profession religieuse — qu'il ne faut surtout « pas confondre avec l'ordination sacramentelle »[22]. On parle de dédicace pour les lieux et les objets du culte : la dédicace d'une église ou d'un autel, la bénédiction des saintes huiles, des vases sacrés, des cloches. Ces choses, une fois consacrées, sont protégées par le droit : « Les choses sacrées qui sont destinées au culte divin par une dédicace ou une bénédiction seront traitées avec respect et ne seront pas employées à un usage profane ou impropre, même si elles sont la propriété de personnes privées »[23].
Les exorcismes
Quand l'Église prie publiquement pour qu'une personne ou un objet soit soustrait à l'emprise du démon, on parle d'exorcisme. C'est un sacramental d'un genre particulier, dont l'institution remonte au Christ lui-même :
« Quand l'Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus-Christ, qu'une personne ou un objet soit protégé contre l'emprise du Malin et soustrait à son empire, on parle d'exorcisme. Jésus l'a pratiqué ; c'est de lui que l'Église tient le pouvoir et la charge d'exorciser. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1673[24]
Il faut distinguer l'exorcisme simple, pratiqué notamment au cours du baptême, et le grand exorcisme ou exorcisme solennel, qui ne peut être accompli que par un prêtre mandaté. Le droit est strict :
« Personne ne peut légitimement prononcer des exorcismes sur les possédés, à moins d'avoir obtenu de l'Ordinaire du lieu une permission particulière et expresse. […] Cette permission ne sera accordée par l'Ordinaire du lieu qu'à un prêtre pieux, éclairé, prudent et de vie intègre. » — Code de droit canonique (1983), canon 1172 § 1-2[25]
Le Catéchisme insiste sur la prudence : avant tout exorcisme, il faut « s'assurer qu'il s'agit d'une présence du Malin, et non pas d'une maladie », dont le soin relève de la médecine[26]. Pour le détail, voir L'exorcisme.
Les objets bénits
Vient enfin la famille la plus familière aux fidèles : les objets bénits. Eau bénite, cierges, cendres du mercredi, rameaux des Rameaux, médailles, scapulaires, crucifix, chapelets, images saintes — autant de signes que la bénédiction de l'Église a destinés à soutenir la prière et la dévotion. Ce ne sont pas des amulettes : leur force est celle de la prière de l'Église qu'ils rappellent, et de la foi de celui qui les emploie. Chacun a son histoire et sa théologie propres, traitées dans les articles dédiés : L'eau bénite, Pourquoi utiliser de l'eau bénite ?, Pourquoi allumer des cierges ?, Le scapulaire et La médaille miraculeuse.
Le moyen mnémotechnique médiéval : « Orans, tinctus, edens, confessus, dans, benedicens »
La théologie médiévale a résumé la variété des sacramentaux dans un vers latin demeuré célèbre, qui en énumère six espèces d'après le geste accompli : « Orans, tinctus, edens, confessus, dans, benedicens »[27]. On peut le traduire et le déplier ainsi :
| Mot latin | Geste | Exemples de sacramentaux |
|---|---|---|
| Orans | « priant » | la prière liturgique et les prières publiques de l'Église (chapelet, Angélus) |
| Tinctus | « aspergé / oint » | l'eau bénite, les onctions et les huiles employées dans les consécrations |
| Edens | « mangeant » | les aliments bénits (pain bénit, mets bénis à Pâques) |
| Confessus | « confessant » | l'aveu général des fautes (le Confiteor, l'acte pénitentiel) |
| Dans | « donnant » | l'aumône et les œuvres de charité |
| Benedicens | « bénissant » | les bénédictions papales, épiscopales, et celles des rameaux, cendres, cierges |
Ce vers est utile pour mémoriser que les sacramentaux ne se réduisent pas à des objets : ils comprennent aussi des gestes (prier, se confesser, donner) et des actions (asperger, manger, bénir). Le sacramental est d'abord un acte sacré, dont l'objet n'est que le support.
Qui peut administrer un sacramental ?
Tous les sacramentaux ne sont pas réservés au prêtre. La règle dépend de la nature du rite : plus il touche à la vie liturgique et sacramentelle de l'Église, plus son ministre doit être ordonné ; plus il relève de la vie chrétienne ordinaire, plus il peut être confié à de simples fidèles.
Évêques, prêtres et diacres
Le droit canonique distribue les compétences selon une hiérarchie claire. Les consécrations et les dédicaces — les actes les plus solennels — sont réservées à l'évêque et aux prêtres expressément autorisés ; les bénédictions ordinaires reviennent à tout prêtre ; le diacre ne donne que les bénédictions qui lui sont permises :
« Ceux qui sont revêtus du caractère épiscopal, ainsi que les prêtres à qui cela est permis par le droit, peuvent accomplir validement les consécrations et les dédicaces. Tout prêtre peut donner les bénédictions, sauf celles qui sont réservées au Pontife Romain ou aux Évêques. Le diacre peut donner seulement les bénédictions qui lui sont expressément permises par le droit. » — Code de droit canonique (1983), canon 1169[28]
La part des laïcs et le sacerdoce baptismal
Mais l'administration des sacramentaux n'est pas le monopole du clergé. Le Catéchisme rattache les sacramentaux au sacerdoce baptismal de tous les fidèles :
« Ils relèvent du sacerdoce baptismal : tout baptisé est appelé à être une "bénédiction" et à bénir. C'est pourquoi des laïcs peuvent présider certaines bénédictions ; plus une bénédiction concerne la vie ecclésiale et sacramentelle, plus sa présidence est réservée au ministère ordonné. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1669[29]
Le droit le confirme : certains sacramentaux « peuvent aussi, au jugement de l'Ordinaire du lieu, être administrés par des laïcs ayant les qualités voulues »[30]. C'est ainsi qu'un père ou une mère de famille bénit ses enfants, qu'un laïc bénit la table, qu'on trace soi-même le signe de croix : ces gestes ne sont pas des imitations approximatives d'un acte de prêtre, mais l'exercice réel du sacerdoce reçu au baptême. Sur la distinction entre ministre ordinaire et extraordinaire, voir Le ministre ordinaire et extraordinaire.
Quels sont les effets des sacramentaux ?
Si les sacramentaux ne confèrent pas la grâce ex opere operato, ils ne sont pas pour autant sans effet réel. La tradition leur reconnaît plusieurs fruits, tous suspendus à la prière de l'Église et aux dispositions du fidèle.
Disposer à la grâce et sanctifier le quotidien
Le premier effet, déjà cité, est de disposer l'âme à recevoir la grâce et à y coopérer (CEC § 1670). Le second est de sanctifier les circonstances de la vie. Le concile Vatican II l'exprime magnifiquement, dans une phrase que le Catéchisme reprend intégralement :
« Chez les fidèles bien disposés, presque tous les événements de la vie sont sanctifiés par la grâce divine qui découle du Mystère pascal de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ, car c'est de lui que tous les sacrements et sacramentaux tirent leur vertu ; et il n'est à peu près aucun usage honorable des choses matérielles qui ne puisse être dirigé vers cette fin : la sanctification de l'homme et la louange de Dieu. » — Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n° 61[31]
C'est la grandeur des sacramentaux : par eux, le repas, le voyage, le travail, la maison, le champ, le lit du malade — « presque tous les événements de la vie » — peuvent devenir lieu de grâce et de louange. Noter toutefois la condition expresse : « chez les fidèles bien disposés ». Toujours la même réserve.
Rémission des péchés véniels et grâces actuelles
La théologie traditionnelle reconnaît aux sacramentaux des effets plus précis encore. Reçus avec ferveur, ils obtiennent des grâces actuelles (les secours ponctuels de Dieu pour bien agir), la rémission des péchés véniels et de la peine temporelle qui leur est due, ainsi que des faveurs temporelles ordonnées au salut[32]. Il faut bien comprendre par quel chemin : ce n'est pas le sacramental qui absout le péché véniel à la manière d'un sacrement, mais l'acte de contrition et d'amour de Dieu que le sacramental éveille dans un cœur fervent — l'eau bénite prise avec componction, le signe de croix tracé avec foi. Le sacramental est l'occasion et le soutien de cet acte intérieur qui, lui, remet le péché véniel. On mesure encore combien tout dépend des dispositions.
Protection contre le Malin
Enfin, la tradition attribue aux sacramentaux une fonction de protection contre les esprits mauvais. C'est explicite pour les exorcismes (CEC § 1673), mais l'Église l'étend à l'eau bénite, au sel exorcisé, aux médailles bénites et au signe de croix, par lesquels le fidèle se met sous la garde du Christ et invoque la victoire de la Croix sur le démon[33]. Là encore, la force n'est pas dans l'objet comme tel, mais dans la prière de l'Église et l'appel confiant à Dieu que l'objet rappelle et soutient. Pour le geste protecteur par excellence, voir Pourquoi les catholiques font-ils le signe de croix ?.
Le tableau suivant récapitule l'opposition centrale, pour ne plus jamais confondre sacrement et sacramental :
| Les sept sacrements | Les sacramentaux | |
|---|---|---|
| Institués par | Le Christ lui-même | L'Église |
| Nombre | Sept, fixés et immuables | Indéfini ; l'Église peut en créer ou en supprimer |
| Mode d'action | Ex opere operato (par l'acte accompli) | Ex opere operantis Ecclesiae (par la prière de l'Église) |
| Effet propre | Confèrent la grâce qu'ils signifient | Disposent à la grâce, ne la confèrent pas |
| Nécessité | Nécessaires au salut | Non nécessaires, mais utiles |
| Exemples | Baptême, eucharistie, confession… | Eau bénite, bénédictions, exorcismes, médailles… |
Sacramentaux, indulgences et religiosité populaire
Deux réalités voisines se rattachent aux sacramentaux sans se confondre avec eux : les indulgences et la piété populaire. Il importe de les situer.
Ne pas confondre sacramentaux et indulgences
On entend parfois qu'une médaille ou un chapelet bénit « donne des indulgences ». La formule est imprécise. Un sacramental est un signe sacré qui dispose à la grâce ; une indulgence est la rémission, devant Dieu, de la peine temporelle due pour des péchés déjà pardonnés, que l'Église accorde sous certaines conditions en puisant au trésor des mérites du Christ et des saints. Ce sont deux réalités distinctes. Il est vrai que l'usage pieux de certains objets bénits — un crucifix, un chapelet, une médaille — peut être l'une des conditions auxquelles l'Église attache une indulgence ; mais l'indulgence vient alors de la concession de l'Église, non du sacramental comme tel. Sur ce point, voir l'article dédié Les indulgences.
La religiosité populaire encadrée par l'Église
Autour des sacramentaux gravite tout un monde de dévotions populaires : pèlerinages, processions, chemin de croix, vénération des reliques, rosaire, médailles. Le Catéchisme les accueille avec faveur, mais sous condition :
« Le sens religieux du peuple chrétien a, de tout temps, trouvé son expression dans des formes variées de piété qui entourent la vie sacramentelle de l'Église, telles que la vénération des reliques, les visites aux sanctuaires, les pèlerinages, les processions, le chemin de croix, le rosaire, les médailles, etc. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1674[34]
Mais ces dévotions « prolongent la vie liturgique de l'Église sans la remplacer » : la liturgie, « de sa nature, leur est de loin supérieure »[35]. L'Église demande donc un « discernement pastoral » pour les soutenir tout en les purifiant des dérives possibles — superstition, sentimentalisme, marchandisation[36]. La piété populaire est un trésor à éclairer, jamais un substitut aux sacrements.
Bien user des sacramentaux : entre ferveur et superstition
Tout l'article ramène à cette question pratique : comment user des sacramentaux sans tomber dans la superstition ? C'est ici que la doctrine se fait pédagogie de la vie chrétienne.
L'écueil de la superstition
Le danger est réel et l'Église ne le minimise pas. Dès lors qu'on attribue à un objet bénit une efficacité « en quelque sorte magique », automatique, indépendante de la foi et de la conversion, on a quitté la religion pour la superstition (CEC § 2111). Le Catéchisme est plus sévère encore sur les pratiques franchement magiques : « Le port des amulettes est répréhensible »[37]. La différence entre une médaille bénite et une amulette ne tient pas au métal, mais à l'intention : la médaille rappelle une prière et appelle la protection de Dieu ; l'amulette prétend capter une force occulte au service de qui la porte. L'une est un acte de foi, l'autre une déviation du sentiment religieux.
Une pédagogie de l'Incarnation
Bien compris, au contraire, le sacramental est une école de foi incarnée. Dieu, qui a créé l'homme corps et âme et qui s'est lui-même fait chair, rejoint l'homme par des réalités sensibles. Le sacramental épouse cette logique : il prend l'eau, la cire, la cendre, le métal, le geste — les choses les plus humbles du quotidien — et les oriente vers la louange de Dieu et la sanctification de l'homme. Loin de matérialiser la foi, il spiritualise la matière. Le fidèle qui trempe ses doigts dans l'eau bénite et se signe en entrant à l'église ne pose pas un geste magique : il renouvelle son baptême, se remet sous la Croix et dispose son cœur à la grâce qui l'attend dans le sacrement.
Tel est le juste usage des sacramentaux : non des talismans dont on attendrait un effet mécanique, mais des signes de l'Église priante qui, accueillis avec foi, sèment la grâce dans tous les recoins de l'existence. « Il n'est à peu près aucun usage honorable des choses matérielles qui ne puisse être dirigé vers cette fin : la sanctification de l'homme et la louange de Dieu. »[38]
Pour aller plus loin
- Qu'est-ce qu'un sacrement ? — la nature des sept sacrements, dont les sacramentaux sont « une certaine imitation ».
- Les bénédictions et Pourquoi bénir des objets ? — la première et la plus importante famille de sacramentaux.
- L'eau bénite et Pourquoi utiliser de l'eau bénite ? — le sacramental le plus répandu.
- Le scapulaire et La médaille miraculeuse — deux objets bénits portés par des millions de fidèles.
- L'exorcisme — le sacramental qui soustrait à l'emprise du Malin.
- Les indulgences — à ne pas confondre avec les sacramentaux.
- Pourquoi les catholiques font-ils le signe de croix ? — le geste sacré le plus simple et le plus ancien.
Notes et références
Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte liturgie, 4 décembre 1963, n° 60. Texte cité intégralement par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1667, avec renvoi au Code de droit canonique, can. 1166, et au Code des canons des Églises orientales, can. 867.
1Code de droit canonique (1983), Livre IV La fonction de sanctification de l'Église, deuxième partie, titre I, canon 1166 (texte officiel français, Vatican.va). Définition juridique des sacramentaux.
2Catéchisme de l'Église catholique, § 1667 : les sacramentaux sont institués « par la sainte Mère Église », à la différence des sept sacrements institués par le Christ (cf. concile de Trente, session VII, canon 1 — DS 1601). C'est le critère premier de distinction.
3Catéchisme de l'Église catholique, § 1670 : « Les sacramentaux ne confèrent pas la grâce de l'Esprit Saint à la manière des sacrements, mais par la prière de l'Église ils préparent à recevoir la grâce et disposent à y coopérer. »
4 9Code de droit canonique (1983), canon 1167 § 1 : « Seul le Siège Apostolique peut constituer de nouveaux sacramentaux ou interpréter authentiquement ceux qui sont en usage, abolir ou changer certains d'entre eux. »
5Code de droit canonique (1983), canon 1167 § 2 : « Dans la confection ou l'administration des sacramentaux, les rites et les formules approuvés par l'autorité de l'Église seront soigneusement observés. »
6Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), Décret sur les sacrements en général, canon 13 — DS 1613 (Denzinger-Hünermann, Enchiridion Symbolorum, éd. française). Anathème contre quiconque tiendrait que les rites reçus et approuvés de l'Église peuvent être méprisés, omis ou changés au gré des ministres.
7Catéchisme de l'Église catholique, § 1128 : sens de l'ex opere operato (« par le fait même que l'action est accomplie »), en vertu de l'œuvre salvifique du Christ (renvoi au concile de Trente, DS 1608). Développé dans l'article Qu'est-ce qu'un sacrement ?.
8Sur l'action ex opere operantis Ecclesiae (par la prière de l'Église, distincte de l'ex opere operato des sacrements), voir l'article « Sacramentals » de la Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1912 (vol. XIII) : les prières officielles de l'Église, « Épouse sans tache du Christ », obtiennent de Dieu des grâces qu'il ne donnerait pas autrement. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 1670.
10Catéchisme de l'Église catholique, § 2111 : « Attacher à la seule matérialité des prières ou des signes sacramentels leur efficacité, en dehors des dispositions intérieures qu'ils exigent, c'est tomber dans la superstition » (cf. Mt 23, 16-22).
11Tertullien, De corona (La couronne du soldat), III, 4 (vers 211) : « À chaque pas et à chaque mouvement, à chaque entrée et sortie, en nous habillant, en nous chaussant, au bain, à table […] nous traçons sur notre front le signe de la croix. » Témoignage ancien du signe de croix comme rite chrétien quotidien.
12Genèse 12, 2-3 : « Je ferai de toi une grande nation […] et en toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 1669, sur la vocation de tout baptisé à « être une bénédiction ».
13Saint Paul, Épître aux Éphésiens 1, 3 : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. » Cité par le Catéchisme, § 1671.
14Hugues de Saint-Victor (✝ 1141), De sacramentis christianae fidei. Premier à distinguer nettement les rites nécessaires au salut de ceux qui, sans l'être, aident à la sanctification (eau bénite, cendres). Cf. Encyclopædia Universalis, art. « Sacrements », et J. de Ghellinck, Le mouvement théologique du XIIᵉ siècle.
15Pierre Lombard (✝ 1160), Libri Quatuor Sententiarum, livre IV. Introduction du critère de causalité (le sacrement « signifie et produit » la grâce), fixation du nombre de sept sacrements et distinction d'avec les sacramentalia. Manuel de référence de toute la théologie scolastique latine jusqu'au XVIᵉ siècle.
16Rituale Romanum, promulgué par le pape Paul V le 17 juin 1614 (constitution Apostolicae Sedi). Recueil officiel des sacramentaux (bénédictions, exorcismes, processions) de l'Église latine, en usage jusqu'à la réforme demandée par Vatican II.
17Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n° 79 : révision du rituel des sacramentaux ; possibilité d'administrer certains sacramentaux par des laïcs ; adaptation aux nécessités de l'époque.
18De Benedictionibus (Rituel des bénédictions / Livre des bénédictions), édition typique latine 1984, promulguée à la suite de la réforme liturgique. Cité par le Catéchisme, § 1669 (Praenotanda generalia 16 et 18). Il classe les bénédictions et précise leurs ministres respectifs.
19Catéchisme de l'Église catholique, § 1671 : les bénédictions (de personnes, de la table, d'objets, de lieux) figurent au premier rang des sacramentaux ; « toute bénédiction est louange de Dieu et prière pour obtenir ses dons ».
20Catéchisme de l'Église catholique, § 1672 : les bénédictions à « portée durable » qui consacrent des personnes à Dieu ou réservent des objets et des lieux à l'usage liturgique.
21Catéchisme de l'Église catholique, § 1672 : parmi les bénédictions de personnes — « à ne pas confondre avec l'ordination sacramentelle » — la bénédiction de l'abbé ou de l'abbesse, la consécration des vierges et des veuves, le rite de la profession religieuse ; parmi celles des objets, la dédicace d'une église ou d'un autel, la bénédiction des saintes huiles, des vases et vêtements sacrés, des cloches.
22Code de droit canonique (1983), canon 1171 : « Les choses sacrées qui sont destinées au culte divin par une dédicace ou une bénédiction seront traitées avec respect et ne seront pas employées à un usage profane ou impropre, même si elles sont la propriété de personnes privées. »
23Catéchisme de l'Église catholique, § 1673 : définition de l'exorcisme comme sacramental ; institution par le Christ (cf. Mc 1, 25-26 ; 3, 15 ; 6, 7. 13 ; 16, 17) ; distinction de l'exorcisme simple (au baptême) et du « grand exorcisme ».
24Code de droit canonique (1983), canon 1172 § 1-2 : nécessité d'une permission « particulière et expresse » de l'Ordinaire du lieu, accordée seulement à « un prêtre pieux, éclairé, prudent et de vie intègre ».
25Catéchisme de l'Église catholique, § 1673 : « Il est important de s'assurer, avant de célébrer l'exorcisme, qu'il s'agit d'une présence du Malin, et non pas d'une maladie », dont le soin relève de la science médicale (cf. CIC, can. 1172).
26Vers mnémotechnique médiéval « Orans, tinctus, edens, confessus, dans, benedicens », rapporté par la théologie scolastique pour énumérer les six espèces de sacramentaux selon le geste (prier, asperger/oindre, manger, confesser, donner, bénir). Voir Catholic Encyclopedia (1912), art. « Sacramentals », qui en donne le détail.
27Code de droit canonique (1983), canon 1169 § 1-3 : consécrations et dédicaces réservées à l'évêque et aux prêtres autorisés ; bénédictions ouvertes à tout prêtre (sauf réserves) ; diacre limité aux bénédictions expressément permises.
28Catéchisme de l'Église catholique, § 1669 : les sacramentaux relèvent du « sacerdoce baptismal » ; des laïcs peuvent présider certaines bénédictions (cf. SC 79 ; CIC, can. 1168) ; « plus une bénédiction concerne la vie ecclésiale et sacramentelle, plus sa présidence est réservée au ministère ordonné ».
29Code de droit canonique (1983), canon 1168 : « Le ministre des sacramentaux est le clerc muni du pouvoir requis ; certains sacramentaux, selon les règles des livres liturgiques, peuvent aussi, au jugement de l'Ordinaire du lieu, être administrés par des laïcs ayant les qualités voulues. »
30Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n° 61. Cité intégralement par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1670 : « presque tous les événements de la vie » des fidèles bien disposés sont sanctifiés par la grâce qui découle du Mystère pascal, source de la vertu de tous les sacrements et sacramentaux.
31 38Sur les effets traditionnels des sacramentaux — grâce actuelle, rémission des péchés véniels et de la peine temporelle, faveurs temporelles ordonnées au salut —, voir la Catholic Encyclopedia (1912), art. « Sacramentals », et les manuels classiques de théologie sacramentaire (p. ex. L. Ott, Précis de théologie dogmatique). La rémission du péché véniel se fait non par le sacramental comme tel, mais par l'acte de charité et de contrition qu'il suscite chez le fidèle bien disposé.
32Sur la fonction de protection contre les esprits mauvais attachée à l'eau bénite, au sel exorcisé, aux médailles et au signe de croix, voir la Catholic Encyclopedia (1912), art. « Sacramentals », et Catéchisme de l'Église catholique, § 1673 (pour les exorcismes). La force vient de la prière de l'Église et de l'appel confiant à Dieu, non de l'objet pris matériellement (cf. CEC § 2111).
33Catéchisme de l'Église catholique, § 1674 : les formes de piété populaire qui entourent la vie sacramentelle — vénération des reliques, visites aux sanctuaires, pèlerinages, processions, chemin de croix, rosaire, médailles (cf. concile de Nicée II : DS 601, 603 ; concile de Trente : DS 1822).
34Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n° 13, cité par le Catéchisme, § 1675 : les exercices de piété doivent s'harmoniser avec la liturgie et y conduire, « parce que la liturgie, de sa nature, leur est de loin supérieure ».
35Catéchisme de l'Église catholique, § 1676 : nécessité d'un « discernement pastoral » pour soutenir la religiosité populaire et, le cas échéant, « purifier et rectifier » le sens religieux qui la sous-tend (cf. Jean-Paul II, Catechesi tradendae, n° 54 ; document de Puebla).
36Catéchisme de l'Église catholique, § 2117 : condamnation des pratiques de magie et de sorcellerie ; « le port des amulettes est lui aussi répréhensible ». La frontière avec le sacramental tient à l'intention : acte de foi appelant la protection de Dieu, et non captation d'une force occulte.
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