L'autorité politique selon l'Église

L'autorité politique est, pour l'Église, le pouvoir moral de gouverner en vue du bien commun. Dans son principe, elle vient de Dieu ; mais le choix des gouvernants reste libre, et une loi injuste n'oblige jamais la conscience.

Ignispedia

L'autorité politique est, dans la doctrine catholique, le pouvoir moral de commander à la communauté en vue du bien commun. Le Catéchisme la définit comme « la qualité en vertu de laquelle des personnes ou des institutions donnent des lois et des ordres à des hommes et attendent leur obéissance ».[1] Aucune société ne peut vivre sans elle : là où personne n'a la charge de décider pour le tout, l'ordre se défait et la communauté manque sa fin.[2]

L'Église enseigne que cette autorité, dans son principe, ne vient pas des hommes mais de Dieu — selon la parole de saint Paul : « Il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu » (Rm 13, 1).[3] Mais elle distingue aussitôt l'origine du pouvoir, qui est en Dieu, et la désignation concrète des gouvernants ainsi que la forme du régime, qui sont laissées à la libre décision des hommes.[4][5] La doctrine catholique ne consacre donc ni le « droit divin des rois », ni la théocratie, ni l'idée que tout pouvoir établi serait juste par le seul fait d'exister.

Car l'autorité n'est jamais un absolu. Elle n'est légitime que si elle recherche le bien commun et l'atteint par des moyens moralement licites.[6] Une autorité qui s'impose par la seule force, ou qui ordonne ce qui contredit la loi morale, « cesse d'être elle-même et dégénère en oppression ».[7] C'est pourquoi l'Église, qui commande l'obéissance aux justes lois, enseigne aussi qu'une loi injuste n'oblige pas en conscience et qu'« il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Ac 5, 29) quand le pouvoir exige le mal.[8]

L'autorité politique est l'un des thèmes centraux de la doctrine sociale de l'Église, intimement lié à la dignité de la personne humaine, au bien commun, à la subsidiarité et à la solidarité.[9] Comprendre ce que l'Église dit du pouvoir, c'est tenir ensemble deux vérités : l'autorité est nécessaire et digne de respect, mais elle est toujours au service, jamais une fin en soi.

Qu'est-ce que l'autorité politique ?

Le droit moral de commander en vue du bien commun

Le mot autorité ne désigne pas d'abord la contrainte, mais un droit moral : celui de poser des règles communes et d'en attendre l'obéissance, parce qu'on en a la charge.[10] L'autorité politique est cette qualité appliquée à la cité — à la communauté organisée des personnes et des familles. Sa raison d'être n'est pas la puissance de ceux qui gouvernent, mais le bien de tous : « L'autorité ne tire pas d'elle-même sa légitimité morale », rappelle le Catéchisme.[11]

« Si les dirigeants venaient à porter des lois injustes ou à prendre des mesures contraires à l'ordre moral, ces dispositions ne sauraient obliger en conscience. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1903[12]

L'autorité est donc un service ordonné à une fin : le bien commun. Elle existe pour que la communauté atteigne ce qu'aucun de ses membres ne peut obtenir seul — la paix, la justice, la sécurité, les conditions d'une vie digne.[13]

Pourquoi toute société a besoin d'une autorité

L'autorité n'est pas un mal nécessaire qu'il faudrait tolérer : elle est inscrite dans la nature sociale de l'homme. Le Catéchisme l'affirme sans détour :

« Toute communauté humaine a besoin d'une autorité qui la régisse. Celle-ci a son fondement dans la nature humaine. Elle est nécessaire à l'unité de la cité. Son rôle est d'assurer autant que possible le bien commun de la société. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1898[14]

L'intuition est aussi ancienne que la philosophie politique. Aristote observait déjà que l'homme est par nature un « animal politique » (zôon politikon), fait pour vivre dans la cité, et que toute communauté qui poursuit une fin commune a besoin de quelqu'un qui la dirige.[15] Sans une instance chargée de décider pour le tout, une multitude se disperse : chacun visant son intérêt propre, le bien commun ne serait l'affaire de personne.[16] Léon XIII résume cette nécessité : « une société d'hommes ne peut subsister sans que quelqu'un commande à tous », faute de quoi « elle se dissoudrait et ne pourrait atteindre la fin pour laquelle elle est née et organisée ».[17]

Autorité, pouvoir, force : ce qu'on ne doit pas confondre

Infographie originale Ignispedia créée par IA — trois notions distinctes, ordonnées au bien commun. Sources : CEC 1897–1903 ; Pacem in terris, 48.

L'autorité (le droit moral de commander) ne se confond ni avec le pouvoir (la capacité effective d'agir et de faire exécuter), ni avec la force (la contrainte physique). Une autorité peut être légitime sans avoir les moyens de s'imposer ; à l'inverse, un pouvoir peut s'exercer par la pure violence sans aucune légitimité morale.[18] L'Église refuse précisément de réduire l'autorité à la force : « le pouvoir requis par l'ordre moral » dérive de Dieu, et non de la seule capacité d'imposer sa volonté.[19]

Jean XXIII en tire une conséquence décisive dans Pacem in terris :

« Une autorité qui ne s'appuierait que sur la menace ou la crainte des châtiments, ou sur la promesse de récompenses, ne saurait amener efficacement les hommes à œuvrer pour le bien commun. […] L'autorité est avant tout une force morale. » — Jean XXIII, Pacem in terris, n. 48[20]

Un pouvoir qui ne tiendrait que par la peur n'est donc pas une véritable autorité au sens chrétien : c'est une force qui occupe le terrain, non une autorité qui sert. C'est exactement ce que dénonce l'Église dans le totalitarisme, où la contrainte remplace le consentement raisonnable des personnes.

D'où vient l'autorité ? « Il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu »

Le fondement scripturaire

Infographie originale Ignispedia créée par IA — l’origine de l’autorité et la désignation des gouvernants. Sources : Rm 13, 1 ; CEC 1899–1901 ; Gaudium et spes, 74.

L'enseignement de l'Église sur l'origine de l'autorité s'enracine dans l'Écriture. Le texte central est l'épître de saint Paul aux Romains :

« Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir. Car il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont établies par Dieu. […] L'autorité est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. » — Saint Paul, Épître aux Romains 13, 1-4[21]

Saint Paul ne canonise pas tel ou tel empereur : il enseigne que la fonction même d'autorité appartient à l'ordre voulu par Dieu pour la vie des hommes. Le même enseignement traverse le Nouveau Testament. Devant Pilate, Jésus déclare : « Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été donné d'en haut » (Jn 19, 11)[22] — affirmant à la fois l'origine supérieure du pouvoir et la responsabilité de celui qui en abuse. Saint Pierre exhorte de même : « Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine » (1 P 2, 13).[23] Et le Christ trace la frontière entre les deux ordres : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21).[24]

L'enseignement du Catéchisme

Le Catéchisme reprend et précise cette doctrine : toute autorité humaine trouve son fondement dans la nature de l'homme et procède en dernier ressort de Dieu :

« L'autorité requise par l'ordre moral émane de Dieu : "Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu" (Rm 13, 1-2). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1899[25]

L'autorité a donc un double fondement : elle répond à une exigence de la nature sociale de l'homme, et elle procède en dernier ressort de Dieu, source de tout ordre. Ce n'est pas une simple convention que les hommes pourraient révoquer à volonté ; c'est une réalité qui s'impose à eux pour leur bien.

Léon XIII : Dieu est la source du pouvoir, pas le maître des gouvernants

Léon XIII, auteur de Diuturnum illud. Studio Cayol Frères ; reproduction G. J. Radig, amélioration Fma12. Wikimedia Commons — domaine public.

C'est Léon XIII qui a donné à cette doctrine sa formulation moderne la plus précise, dans l'encyclique Diuturnum illud (1881), consacrée à l'origine du pouvoir civil. Contre les théories qui faisaient du pouvoir un pur produit de la volonté humaine (le « contrat social » sans Dieu), le pape rappelle :

« Les catholiques vont chercher en Dieu le droit de commander et le font dériver de là comme de sa source naturelle et de son nécessaire principe. » — Léon XIII, Diuturnum illud, 1881[26]

Mais — et c'est capital — Léon XIII se garde de tout absolutisme. Affirmer que le pouvoir vient de Dieu ne signifie nullement que Dieu désignerait tel roi ou telle dynastie. La désignation des gouvernants reste une décision humaine :

« S'il s'agit de désigner ceux qui doivent gouverner la chose publique, cette désignation pourra dans certains cas être laissée au choix et aux préférences du grand nombre, sans que la doctrine catholique y fasse le moindre obstacle. Ce choix, en effet, détermine la personne du souverain, il ne confère pas les droits de la souveraineté. » — Léon XIII, Diuturnum illud, 1881[27]

La distinction est limpide : Dieu est l'auteur de l'autorité comme telle ; les hommes en désignent librement les titulaires. Le pouvoir n'est pas sacralisé dans tel homme : il est reçu comme une charge à exercer pour le bien de tous.

Ce que la doctrine ne dit PAS : ni droit divin des rois, ni théocratie

Il faut écarter trois contresens fréquents. Premièrement, « l'autorité vient de Dieu » ne veut pas dire que tout détenteur du pouvoir aurait reçu un blanc-seing divin : un tyran n'est pas l'élu de Dieu, et son pouvoir, dans la mesure où il opprime, n'a plus « raison de loi ».[28] Deuxièmement, ce n'est pas le droit divin des rois au sens absolutiste : Léon XIII admet expressément que le peuple peut choisir ses dirigeants et changer de régime.[29] Troisièmement, ce n'est pas une théocratie : l'Église distingue l'ordre spirituel et l'ordre temporel (« Rendez à César… »),[30] et reconnaît la légitime autonomie des réalités terrestres.[31]

La forme du régime est laissée à la liberté des hommes

L'Église ne canonise aucune forme de gouvernement particulière comme seule légitime. Vatican II l'affirme dans Gaudium et spes :

« … la détermination des régimes politiques, comme la désignation des dirigeants, soient laissées à la libre volonté des citoyens. » — Concile Vatican II, Gaudium et spes, n. 74[32]

Monarchie tempérée, république, démocratie représentative : ce qui importe à l'Église n'est pas l'étiquette du régime, mais qu'il respecte la dignité des personnes, serve le bien commun et s'exerce dans la justice.[33] Sur les avantages propres du régime démocratique et ses conditions de vérité, voir La démocratie selon l'Église.

La légitimité de l'autorité : trois conditions

Infographie originale Ignispedia créée par IA — titre, fin et moyens de l’autorité légitime. Source : CEC 1901–1903.

Une autorité existe-t-elle dès qu'un homme détient le pouvoir ? Non. Pour l'Église, la légitimité tient à trois conditions qui doivent être réunies : un titre légitime, une fin droite et des moyens justes.[34][35]

Une origine légitime : le titre du pouvoir

La première condition concerne le titre par lequel on accède au pouvoir. Un régime ou des gouvernants « choisis contrairement au droit naturel », ou qui se sont emparés du pouvoir par des voies que la morale réprouve, « ne peuvent réaliser le bien commun ».[36] Le pouvoir conquis par la pure violence, sans aucun consentement ni reconnaissance, souffre d'un vice d'origine — même s'il peut, par la suite, être régularisé lorsqu'il sert réellement le bien commun et que l'ordre public l'exige.

Un exercice ordonné au bien commun

La deuxième condition est la fin : « L'autorité ne s'exerce légitimement que si elle recherche le bien commun du groupe concerné. »[37] C'est le critère central. L'autorité n'est pas faite pour ceux qui gouvernent, mais pour la communauté tout entière. Un pouvoir qui se sert lui-même au lieu de servir le bien de tous trahit sa raison d'être. Sur la définition et le contenu de cette fin, voir Le bien commun.

Des moyens moralement licites

La troisième condition concerne les moyens : pour atteindre le bien commun, l'autorité doit « employer des moyens moralement licites ».[38] La bonté de la fin ne justifie jamais des moyens injustes — mensonge d'État, terreur, élimination des opposants, mépris des droits fondamentaux. Une autorité qui ferait le mal « pour le bien de la nation » se condamne elle-même, car elle viole l'ordre moral qu'elle est censée protéger.

Le tableau suivant résume la frontière entre une autorité légitime et son dévoiement.

AspectAutorité légitimeAutorité dévoyée (despotisme, tyrannie)
OrigineTitre conforme au droit ; consentement de la communautéPouvoir usurpé, conquis par la pure violence[39]
FinRecherche du bien communRecherche de l'intérêt des gouvernants[40]
MoyensLois justes, respect des droits, voies moralesContrainte, peur, lois iniques[41][42]
Rapport à la loi moraleSoumise à la loi morale et à la droite raisonSe met au-dessus de toute loi[43]
StatutOblige en conscience« Cesse d'être elle-même et dégénère en oppression »[44]

Autorité et loi morale : la loi injuste n'est pas une loi

Infographie originale Ignispedia créée par IA — la hiérarchie des lois selon saint Thomas. Sources : Somme théologique, I-II, q. 90–95 ; CEC 1902.

L'autorité est haute, mais elle n'est pas suprême : elle est elle-même soumise à la loi morale. Tout l'enseignement de l'Église refuse l'idée que ce qui est légal serait par là même juste. La loi humaine ne tire sa force que de sa conformité à la raison et à la loi de Dieu.

Saint Thomas : la loi tire sa force de la droite raison

Saint Thomas d'Aquin a donné à cette doctrine sa formulation classique, que le Catéchisme cite littéralement :

« La législation humaine n'a de caractère de loi que dans la mesure où elle est conforme à la droite raison ; par là, il est manifeste qu'elle tire sa force de la loi éternelle. Dans la mesure où elle s'écarterait de la raison, il faudrait la déclarer injuste, car elle ne vérifierait pas la notion de loi ; elle serait plutôt une forme de violence. » — Saint Thomas d'Aquin, cité par le Catéchisme, § 1902[45]

C'est l'adage célèbre de la tradition : lex iniusta non est lex — « une loi injuste n'est pas une loi ». Pour saint Thomas, une telle loi « n'oblige pas en conscience » et relève davantage de la « violence » que du droit : elle est une corruption de la loi, non une vraie loi.[46] Une loi humaine n'est obligatoire que parce qu'elle prolonge, dans le concret, la loi naturelle inscrite par Dieu dans le cœur de l'homme.[47]

Saint Augustin : « Sans la justice, que sont les royaumes ? »

Bien avant saint Thomas, saint Augustin avait frappé une formule restée fameuse pour dire que la justice est la condition même d'un pouvoir légitime :

« Sans la justice, que sont les royaumes, sinon de grandes bandes de brigands ? » — Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre IV, ch. 4[48]

Un pouvoir qui se détache de la justice ne se distingue plus, en son fond, d'une vaste entreprise de brigandage organisé : il a la taille d'un empire, mais non la dignité d'une autorité. La justice n'est donc pas un ornement du pouvoir : elle en est la mesure.

Le critère du bien commun et de la dignité de la personne

Comment savoir si une loi est juste ? L'Église donne deux pierres de touche : le respect de la dignité de la personne humaine et l'ordination au bien commun. Une loi qui bafoue les droits fondamentaux d'une catégorie de personnes — par exemple en refusant la protection de la vie aux plus faibles — est injuste, quelle que soit la majorité qui l'a votée.[49] La légalité formelle ne suffit jamais : c'est la conformité à la loi morale qui fonde l'autorité d'une loi.

L'État de droit : la souveraineté de la loi, non des hommes

Cette subordination de l'autorité à la loi morale trouve sa traduction institutionnelle dans l'État de droit, que saint Jean-Paul II a fortement valorisé :

« Une démocratie authentique n'est possible que dans un État de droit et sur la base d'une conception correcte de la personne humaine. » — Jean-Paul II, Centesimus annus, n. 46[50]

Le Catéchisme reprend cette exigence : il est préférable que « chaque pouvoir soit équilibré par d'autres pouvoirs et d'autres compétences, qui le maintiennent dans sa juste limite », car c'est « le principe de l'État de droit, dans lequel la souveraineté appartient à la loi, et non à la volonté arbitraire des hommes ».[51] Là où nul n'est au-dessus de la loi, l'autorité est protégée contre sa propre tentation : se prendre pour la source du juste.

Le devoir d'obéissance des citoyens

Infographie originale Ignispedia créée par IA — les devoirs civiques et les justes remontrances. Source : CEC 2238–2240.

Si l'autorité légitime vient de Dieu et sert le bien commun, lui obéir n'est pas une servitude : c'est une participation à l'ordre voulu pour le bien de tous. L'Église enseigne donc un véritable devoir d'obéissance — mais un devoir éclairé, qui n'a rien d'une soumission aveugle.

Obéir comme un service, non comme une servitude

Saint Paul fonde l'obéissance non sur la peur, mais sur la conscience : « Il faut donc se soumettre, non seulement par crainte du châtiment, mais encore par motif de conscience » (Rm 13, 5).[52] Le Catéchisme en tire le devoir du citoyen :

« Le devoir d'obéissance impose à tous de rendre à l'autorité les honneurs qui lui sont dus et d'entourer de respect, et, selon leur mérite, de reconnaissance et de bienveillance, les personnes qui l'exercent. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1900[53]

Le citoyen est invité à considérer ceux qui le gouvernent « comme des représentants de Dieu » dans l'ordre temporel — ce qui ne signifie pas qu'ils seraient infaillibles, mais que leur fonction mérite le respect dû à sa source.[54]

Contribuer au bien commun : impôt, vote, défense

L'obéissance n'est pas seulement passive. Le citoyen a le devoir positif de contribuer au bien commun. Le Catéchisme énumère ce « devoir de collaborer au bien commun » : « acquitter les impôts, exercer le droit de vote, défendre le pays ».[55]

« La soumission à l'autorité et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement le paiement des impôts, l'exercice du droit de vote, la défense du pays. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2240[56]

Le bon citoyen n'est donc pas celui qui se contente de ne rien faire d'illégal, mais celui qui participe activement à la vie de la cité, « dans un esprit de vérité, de justice, de solidarité et de liberté ».[57] C'est aussi l'une des formes de la charité politique.

La juste remontrance : critiquer sans se rebeller

Le respect de l'autorité n'interdit ni l'esprit critique ni la contestation loyale. Au contraire, le Catéchisme reconnaît aux citoyens « le droit, et même parfois le devoir, d'adresser de justes remontrances » :

« Il appartient aux citoyens de collaborer avec les pouvoirs civils… Les citoyens ont le droit, et même parfois le devoir, d'adresser de justes remontrances à ce qui leur paraîtrait nuisible à la dignité des personnes et au bien de la communauté. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2238[58]

Critiquer une loi mauvaise, défendre les opprimés, dénoncer une injustice : tout cela relève du devoir civique, et non d'une rébellion. La docilité chrétienne n'est jamais l'abdication du jugement moral.

Les limites de l'obéissance : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes »

Infographie originale Ignispedia créée par IA — le discernement de l’obéissance. Sources : Rm 13, 5 ; Ac 5, 29 ; CEC 2242–2243.

Le devoir d'obéissance connaît une borne absolue : il s'arrête là où le pouvoir commande le péché. C'est l'un des points les plus fermes de la doctrine catholique, et il distingue radicalement l'enseignement de l'Église de toute idolâtrie de l'État.

Quand la loi contredit l'ordre moral

Le principe est posé par les Apôtres eux-mêmes. Sommés par le Sanhédrin de se taire, Pierre et les Apôtres répondent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Ac 5, 29).[59] Le Catéchisme en fait une règle générale :

« Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l'ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l'Évangile. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2242[60]

Jean XXIII l'avait formulé avec la même netteté dans Pacem in terris :

« Si donc il arrive aux gouvernants d'édicter des lois, de prendre des dispositions contraires à cet ordre moral et par conséquent à la volonté de Dieu, ces décisions ne peuvent obliger les consciences… ; bien plus, en pareil cas, l'autorité cesse d'être elle-même et dégénère en oppression. » — Jean XXIII, Pacem in terris, n. 51[61]

Une loi injuste, donc, n'oblige pas en conscience : on n'a pas le droit moral d'y obéir lorsqu'elle commande le mal. Refuser d'y coopérer n'est pas désobéir à l'autorité, c'est obéir à une autorité plus haute.

L'objection de conscience

De ce principe découle le droit — et parfois le devoir — à l'objection de conscience : le refus de poser un acte que la loi exige mais que la morale interdit (par exemple, coopérer à la suppression d'une vie innocente). Le Catéchisme l'enracine dans la distinction évangélique entre le service de César et le service de Dieu (Mt 22, 21).[62] Le Compendium de la doctrine sociale en fait un droit que l'ordre juridique doit reconnaître et protéger.[63] L'objecteur de conscience n'est pas un fauteur de désordre : il témoigne que la conscience droite a, devant Dieu, le dernier mot.

Le droit de résistance à l'oppression : les cinq conditions

Au-delà de la désobéissance et de l'objection, l'Église reconnaît, dans les cas extrêmes, un droit de résistance à l'oppression — y compris armée. Mais elle l'entoure de conditions si strictes qu'elle écarte toute légitimation de la violence facile. Le Catéchisme énumère cinq conditions, qui doivent être toutes réunies :

« La résistance à l'oppression du pouvoir politique ne recourra légitimement aux armes que si les conditions suivantes sont réunies : 1) en cas de violations certaines, graves et prolongées des droits fondamentaux ; 2) après avoir épuisé tous les autres recours ; 3) sans provoquer des désordres pires ; 4) qu'il y ait un espoir fondé de réussite ; 5) s'il est impossible de prévoir raisonnablement des solutions meilleures. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2243[64]

Le tableau ci-dessous détaille ces cinq conditions cumulatives.

#Condition (CEC § 2243)Ce qu'elle exige
1Violations certaines, graves et prolongées des droits fondamentauxPas un grief passager, mais une oppression durable et avérée
2Épuisement de tous les autres recoursLa résistance est l'ultime moyen, jamais le premier
3Ne pas provoquer de désordres piresLe remède ne doit pas être pire que le mal
4Espoir fondé de réussiteRefus de l'aventure désespérée qui sacrifie des vies en vain
5Aucune solution meilleure raisonnablement prévisibleLa résistance armée est le dernier recours, non un choix parmi d'autres

Ces critères sont la transposition, au plan interne, de la logique de la guerre juste : la violence n'est jamais légitimée pour elle-même, mais seulement tolérée comme ultime défense contre une oppression intolérable.[65]

Résistance n'est pas révolution : la prudence de l'Église

Infographie originale Ignispedia créée par IA — les cinq conditions concernent le recours aux armes, distinct de l’objection de conscience. Source : CEC 2243.

L'Église n'est pas révolutionnaire : elle redoute les bouleversements qui, au nom de la justice, font naître des maux plus grands encore.[66] Le droit de résistance n'est donc pas un permis de sédition, mais une clause d'exception pour des situations véritablement tyranniques, lorsque tout autre chemin a échoué. Sa fonction première est négative : rappeler aux pouvoirs qu'ils ne sont jamais propriétaires des personnes, et que l'oppression durable se prive elle-même de toute autorité morale.[67]

L'autorité au fil du Magistère

De Léon XIII à Jean-Paul II, la doctrine de l'autorité a été reprise et approfondie à mesure que le XXᵉ siècle voyait surgir des pouvoirs sans Dieu et sans limites. Le tableau résume cette continuité ; les sections qui suivent en détaillent les étapes.

Document & dateAuteurApport sur l'autorité politique
Diuturnum illud (1881)Léon XIIIOrigine divine du pouvoir ; liberté du peuple pour le choix des gouvernants[68][69]
Immortale Dei (1885)Léon XIIIConstitution chrétienne des États ; l'autorité au service de la justice[70]
Quadragesimo anno (1931)Pie XIContre l'absorption totalitaire ; primauté de la personne et des corps[71]
Pacem in terris (1963)Jean XXIIIL'autorité comme force morale ; limites de l'obéissance[72][73]
Gaudium et spes (1965)Vatican IILibre choix du régime ; participation et bien commun[74]
Centesimus annus (1991)Jean-Paul IIÉtat de droit ; démocratie fondée sur la vérité de la personne[75]
  1. 1881
    Diuturnum illud — Léon XIII
    l'origine du pouvoir

    Face aux théories d'un pouvoir purement humain, Léon XIII rappelle que le droit de commander vient de Dieu — tout en laissant aux peuples la liberté de choisir leurs gouvernants et la forme du régime.[76][77]

  2. 1885
    Immortale Dei — Léon XIII
    la constitution chrétienne des États

    Le pape précise les rapports entre les deux pouvoirs, spirituel et temporel, et la mission de l'autorité civile : assurer la justice et le bien commun dans le respect de la loi de Dieu.[78]

  3. 1963
    Pacem in terris — Jean XXIII
    l'autorité, force morale

    Jean XXIII enseigne que l'autorité ne tient pas par la peur mais par la conscience : elle est « avant tout une force morale », et une loi contraire à l'ordre moral « ne peut obliger les consciences ».[79][80]

  4. 1965
    Gaudium et spes — Vatican II
    le libre choix du régime

    Le concile affirme que la forme du régime et la désignation des gouvernants relèvent de la libre volonté des citoyens, et promeut la participation de tous au bien commun.[81]

  5. 1991
    Centesimus annus — Jean-Paul II
    l'État de droit

    Méditant la chute des totalitarismes, Jean-Paul II lie la démocratie authentique à l'État de droit et à « une conception correcte de la personne humaine ».[82]

Léon XIII : Diuturnum illud et Immortale Dei

Léon XIII a posé les fondations de la doctrine moderne. Diuturnum illud (1881) traite de l'origine du pouvoir civil : Dieu en est la source, mais le choix des gouvernants reste libre.[83][84] Immortale Dei (1885), sur la constitution chrétienne des États, précise la nature et la fin de l'autorité civile : elle doit gouverner « selon la justice », dans le respect de la loi divine et au service du bien commun, sans empiéter sur l'ordre spirituel.[85] Léon XIII y rejette à la fois l'absolutisme qui sacralise le pouvoir et le laïcisme qui prétend fonder l'État sans aucune référence à Dieu.

Pie XI face aux totalitarismes

Avec Pie XI, la doctrine de l'autorité se fait défensive : il s'agit de protéger la personne et les communautés intermédiaires contre l'État qui veut tout absorber. Quadragesimo anno (1931) oppose à l'étatisme le principe de subsidiarité,[86] et les encycliques contre le nazisme (Mit brennender Sorge, 1937) et le communisme (Divini Redemptoris, 1937) dénoncent les pouvoirs qui se mettent à la place de Dieu. Sur ces dérives, voir Le totalitarisme.

Jean XXIII : Pacem in terris et l'autorité comme force morale

Jean XXIII, auteur de Pacem in terris. Fotografia Felici, collection Catholic News Service. Wikimedia Commons — domaine public.

Pacem in terris (1963) offre la synthèse la plus équilibrée. Jean XXIII y rappelle l'origine divine de l'autorité (citant Léon XIII),[87] affirme qu'elle est « avant tout une force morale »,[88] et fixe la limite de l'obéissance : une loi contraire à l'ordre moral ne lie pas les consciences.[89] Il étend même la réflexion à une éventuelle autorité internationale, requise par l'universalité du bien commun, mais qui devrait respecter la subsidiarité à l'égard des États.

Jean-Paul II : Centesimus annus et l'État de droit

Saint Jean-Paul II, témoin de l'effondrement du communisme, insiste sur les garanties institutionnelles : la séparation des pouvoirs, l'État de droit, la soumission de tous à la loi.[90][91] Il avertit que la démocratie elle-même, coupée de la vérité sur la personne, peut se renverser en « totalitarisme déclaré ou sournois » — d'où l'importance de fonder l'autorité non sur la seule volonté majoritaire, mais sur la dignité de la personne et la loi morale.[92]

L'autorité, un service : la dimension spirituelle

Infographie originale Ignispedia créée par IA — le service évangélique et la prière pour les gouvernants. Sources : Mc 10, 42–45 ; 1 Tm 2, 1–2 ; CEC 1903.

Au-delà de la philosophie politique, l'Évangile opère un renversement du sens même du pouvoir. Pour le Christ, l'autorité n'est pas une domination mais un service.

Le Christ et le pouvoir : « Que le plus grand se fasse le serviteur »

Jésus contraste explicitement la manière des puissants et la sienne :

« Vous le savez, ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir, et les grands sous leur domination. Il n'en est pas ainsi parmi vous. Au contraire, celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. […] Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir. » — Évangile selon saint Marc 10, 42-45[93]

Toute autorité chrétiennement comprise est mesurée à cette parole : non pas « combien d'hommes me servent ? », mais « combien d'hommes je sers ? ». Le pouvoir devient alors une forme de la charité — ce que la doctrine sociale appelle la charité politique.

Prier pour ceux qui gouvernent

Enfin, l'Église ne se contente pas de juger l'autorité : elle prie pour elle. Dès les origines, saint Paul l'enseigne :

« Je recommande, avant tout, qu'on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et tous les dépositaires de l'autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible. » — Première lettre à Timothée 2, 1-2[94]

Prier pour les gouvernants, même imparfaits, c'est reconnaître que l'autorité est une charge redoutable, qui a besoin de la grâce de Dieu pour servir vraiment le bien commun. C'est aussi la plus haute manière, pour le chrétien, de participer à la vie de la cité.

Pour aller plus loin

Sur les principes frères de la doctrine sociale :

Sur les formes et dévoiements du pouvoir :

Sur les questions de paix et de violence :

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1897 : « "À la vie en société manqueraient l'ordre et la fécondité sans la présence d'hommes légitimement investis de l'autorité, et qui assurent la sauvegarde des institutions et travaillent suffisamment au bien commun" (GS 74). On appelle "autorité" la qualité en vertu de laquelle des personnes ou des institutions donnent des lois et des ordres à des hommes et attendent leur obéissance. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 1898 : « Toute communauté humaine a besoin d'une autorité qui la régisse. Celle-ci a son fondement dans la nature humaine. Elle est nécessaire à l'unité de la cité. Son rôle est d'assurer autant que possible le bien commun de la société. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  3. Saint Paul, Épître aux Romains 13, 1-7 : « Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir. Car il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont établies par Dieu… L'autorité est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. » Texte de référence pour la doctrine de l'origine de l'autorité, cité par CEC 1899 et Pacem in terris 46.

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  4. Léon XIII, Diuturnum illud, 1881 : « S'il s'agit de désigner ceux qui doivent gouverner la chose publique, cette désignation pourra dans certains cas être laissée au choix et aux préférences du grand nombre, sans que la doctrine catholique y fasse le moindre obstacle. Ce choix, en effet, détermine la personne du souverain, il ne confère pas les droits de la souveraineté. » Distinction entre l'origine du pouvoir (en Dieu) et la désignation des gouvernants (libre). Texte officiel sur Vatican.va.

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  5. Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et spes, 7 décembre 1965, n. 74 : « Il est clair que la communauté politique et l'autorité publique trouvent leur fondement dans la nature humaine et relèvent par là d'un ordre fixé par Dieu… la détermination des régimes politiques, comme la désignation des dirigeants, soient laissées à la libre volonté des citoyens. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  6. Catéchisme de l'Église catholique, § 1903 : « L'autorité ne s'exerce légitimement que si elle recherche le bien commun du groupe concerné et si, pour l'atteindre, elle emploie des moyens moralement licites. Si les dirigeants venaient à porter des lois injustes ou à prendre des mesures contraires à l'ordre moral, ces dispositions ne sauraient obliger en conscience. "En pareil cas, l'autorité cesse d'être elle-même et dégénère en oppression". » Texte officiel sur Vatican.va.

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  7. Catéchisme de l'Église catholique, § 2242 : « Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l'ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l'Évangile. Le refus d'obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences s'opposent à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction entre le service de Dieu et le service de la communauté politique. "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu" (Mt 22, 21). "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" (Ac 5, 29). » Texte officiel sur Vatican.va.

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  8. Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Conseil pontifical Justice et Paix, 2004, §§ 393-394 : le fondement de l'autorité politique réside dans la nature humaine sociale ; l'autorité est nécessaire pour orienter les énergies de tous vers le bien commun, non par contrainte extérieure mais comme force morale.

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  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 1902 : « L'autorité ne tire pas d'elle-même sa légitimité morale. Elle ne doit pas se comporter de manière despotique, mais agir pour le bien commun comme "une force morale qui s'appuie sur la liberté et sur le sens de la responsabilité" (GS 74). "La législation humaine n'a de caractère de loi que dans la mesure où elle est conforme à la droite raison ; par là, il est manifeste qu'elle tire sa force de la loi éternelle. Dans la mesure où elle s'écarterait de la raison, il faudrait la déclarer injuste, car elle ne vérifierait pas la notion de loi ; elle serait plutôt une forme de violence" (S. Thomas d'A., S. th. 1-2, 93, 3, ad 2). » Texte officiel sur Vatican.va.

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  10. Compendium de la doctrine sociale de l'Église, § 394 : l'autorité doit se laisser guider par la loi morale ; toute sa dignité dérive de son exercice dans le cadre de l'ordre moral, lui-même fondé sur Dieu. L'autorité est une force morale ordonnée au bien commun.

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  11. Aristote, Politique, I, 1-2 : l'homme est par nature un « animal politique » (zôon politikon) ; la cité (polis) est une communauté naturelle ordonnée à une fin commune, qui requiert une autorité pour la diriger. Racine philosophique de la doctrine de l'autorité.

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  12. Saint Thomas d'Aquin, De regno (De regimine principum), I, 1 : toute multitude ordonnée à une fin commune a besoin d'un principe directeur ; là où chacun ne viserait que son intérêt propre, la communauté se disperserait, faute de quelqu'un qui prenne soin du bien commun. Fondement de la nécessité naturelle de l'autorité.

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  13. Léon XIII, Diuturnum illud, 1881 : une société d'hommes ne peut subsister sans une autorité qui commande à tous ; sans elle, la société se dissoudrait et ne pourrait atteindre la fin pour laquelle elle a été formée. La nécessité de l'autorité découle de la nature sociale de l'homme. Texte officiel sur Vatican.va.

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  14. Catéchisme de l'Église catholique, § 1899 : « L'autorité requise par l'ordre moral émane de Dieu : "Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu" (Rm 13, 1-2). » Texte officiel sur Vatican.va.

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  15. Jean XXIII, Pacem in terris, n. 48 : « Une autorité qui ne s'appuierait que sur la menace ou la crainte des châtiments, ou sur la promesse de récompenses, ne saurait amener efficacement les hommes à œuvrer pour le bien commun… L'autorité est avant tout une force morale. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  16. Évangile selon saint Jean 19, 11 : réponse de Jésus à Pilate : « Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été donné d'en haut ; c'est pourquoi celui qui m'a livré à toi est coupable d'un plus grand péché. » Affirmation de l'origine supérieure du pouvoir et de la responsabilité morale de celui qui l'exerce.

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  17. Première épître de saint Pierre 2, 13-17 : « Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine… Honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi. »

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  18. Évangile selon saint Matthieu 22, 21 : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Fondement évangélique de la distinction entre l'ordre temporel et l'ordre spirituel, cité par CEC 2242.

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  19. Léon XIII, encyclique Diuturnum illud, 29 juin 1881 (sur l'origine du pouvoir civil) : « C'est en quoi les catholiques se séparent de ces nouveaux maîtres : ils vont chercher en Dieu le droit de commander et le font dériver de là comme de sa source naturelle et de son nécessaire principe. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  20. Concile Vatican II, Gaudium et spes, n. 76 : la communauté politique et l'Église sont, chacune dans son domaine, indépendantes et autonomes l'une de l'autre ; l'Église ne se confond avec aucune communauté politique ni avec aucun système. Fondement du refus catholique de la théocratie.

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  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 1901 : « Si l'autorité relève de l'ordre prévu par Dieu, "la détermination des régimes politiques comme la désignation des dirigeants soient laissées à la libre volonté des citoyens" (GS 74). La diversité des régimes politiques est moralement admissible pourvu qu'ils servent le bien légitime de la communauté qui les adopte. Les régimes dont la nature est contraire à la loi naturelle, à l'ordre public et aux droits fondamentaux des personnes ne peuvent réaliser le bien commun des nations où ils se sont imposés. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  22. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 96, a. 4 : une loi humaine injuste, contraire au bien commun ou à la loi divine, n'a pas force de loi au sens propre ; elle relève davantage de la « violence » que du droit. C'est le sens de l'adage lex iniusta non est lex. Une telle loi n'oblige pas en conscience, sauf pour éviter un scandale ou un trouble plus grand.

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  23. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 90-95 : la loi humaine n'est obligatoire que parce qu'elle dérive de la loi naturelle, elle-même participation de la loi éternelle (la sagesse de Dieu). Hiérarchie : loi éternelle → loi naturelle → loi humaine positive.

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  24. Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre IV, ch. 4 : « Remota itaque iustitia quid sunt regna nisi magna latrocinia ? » — « Sans la justice, que sont les royaumes, sinon de grandes bandes de brigands ? » La justice est la condition même d'un pouvoir digne du nom d'autorité.

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  25. Compendium de la doctrine sociale de l'Église, § 398 : l'autorité doit édicter des lois justes, c'est-à-dire conformes à la dignité de la personne et à la droite raison ; une loi injuste n'oblige pas en conscience et constitue une violence.

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  26. Jean-Paul II, encyclique Centesimus annus, 1er mai 1991, n. 46 : « L'Église apprécie le système démocratique… Une démocratie authentique n'est possible que dans un État de droit et sur la base d'une conception correcte de la personne humaine. » Le pape avertit qu'une démocratie sans valeurs se renverse facilement en totalitarisme. Texte officiel sur Vatican.va.

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  27. Catéchisme de l'Église catholique, § 1904 : « "Il est préférable que chaque pouvoir soit équilibré par d'autres pouvoirs et d'autres compétences qui le maintiennent dans sa juste limite. C'est là le principe de l'État de droit, dans lequel la souveraineté appartient à la loi, et non à la volonté arbitraire des hommes" (CA 44). » Texte officiel sur Vatican.va.

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  28. Saint Paul, Épître aux Romains 13, 5 : « Il faut donc se soumettre, non seulement par crainte du châtiment, mais encore par motif de conscience. » Fondement de l'obéissance civique non comme servitude mais comme acte de conscience.

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  29. Catéchisme de l'Église catholique, § 1900 : « Le devoir d'obéissance impose à tous de rendre à l'autorité les honneurs qui lui sont dus et d'entourer de respect, et, selon leur mérite, de reconnaissance et de bienveillance, les personnes qui l'exercent. » Le Catéchisme cite ensuite la prière de saint Clément de Rome pour les détenteurs de l'autorité. Texte officiel sur Vatican.va.

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  30. Catéchisme de l'Église catholique, § 2238 : « Ceux qui sont soumis à l'autorité regarderont leurs supérieurs comme des représentants de Dieu… La fidélité loyale [au pouvoir civil] implique le droit, et même parfois le devoir, d'adresser de justes remontrances à ce qui leur paraîtrait nuisible à la dignité des personnes et au bien de la communauté. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  31. Catéchisme de l'Église catholique, § 2240 : « La soumission à l'autorité et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement le paiement des impôts, l'exercice du droit de vote, la défense du pays. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  32. Catéchisme de l'Église catholique, § 2239 : « Le devoir des citoyens est de contribuer avec les pouvoirs civils au bien de la société dans un esprit de vérité, de justice, de solidarité et de liberté. L'amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l'ordre de la charité. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  33. Actes des Apôtres 5, 29 : « Pierre et les Apôtres répondirent : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes." » Limite absolue de l'obéissance aux autorités humaines, citée par CEC 2242.

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  34. Jean XXIII, Pacem in terris, n. 51 : « Si donc il arrive aux gouvernants d'édicter des lois, de prendre des dispositions contraires à cet ordre moral et par conséquent à la volonté de Dieu, ces décisions ne peuvent obliger les consciences… ; bien plus, en pareil cas, l'autorité cesse d'être elle-même et dégénère en oppression. » Le pape y cite saint Thomas d'Aquin. Texte officiel sur Vatican.va.

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  35. Compendium de la doctrine sociale de l'Église, § 399 : le citoyen n'est pas tenu en conscience de suivre des prescriptions contraires à l'ordre moral ; reconnaissance du droit à l'objection de conscience, qui doit être protégé par l'ordre juridique.

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  36. Catéchisme de l'Église catholique, § 2243 : « La résistance à l'oppression du pouvoir politique ne recourra légitimement aux armes que si les conditions suivantes sont réunies : 1) en cas de violations certaines, graves et prolongées des droits fondamentaux ; 2) après avoir épuisé tous les autres recours ; 3) sans provoquer des désordres pires ; 4) qu'il y ait un espoir fondé de réussite ; 5) s'il est impossible de prévoir raisonnablement des solutions meilleures. » Texte officiel sur Vatican.va.

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  37. Compendium de la doctrine sociale de l'Église, § 400 : « il est légitime de résister à l'autorité au cas où celle-ci violerait gravement et de façon répétée les principes du droit naturel » ; le fondement du droit de résistance est la loi naturelle, qui fonde et limite le droit positif. La résistance s'inscrit dans les limites strictes de la doctrine (cf. CEC 2243).

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  38. Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885 (sur la constitution chrétienne des États) : l'autorité civile a son origine en Dieu ; elle doit gouverner selon la justice et le droit, au service du bien commun, et reconnaître l'ordre distinct du pouvoir spirituel. Léon XIII y rejette aussi bien l'absolutisme qui divinise l'État que le laïcisme qui prétend l'organiser sans Dieu. Texte officiel sur Vatican.va.

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  39. Pie XI, encyclique Quadragesimo anno, 15 mai 1931, n. 79-80 : formulation du principe de subsidiarité contre l'absorption des personnes et des communautés par l'État ; primauté de la personne sur les structures. Texte officiel sur Vatican.va. Voir La subsidiarité.

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  40. Jean XXIII, encyclique Pacem in terris, 11 avril 1963, n. 46 : « L'autorité, comme la société, vient de la nature et a donc Dieu pour auteur », citant Rm 13, 1-6 et Léon XIII (Immortale Dei). Texte officiel sur Vatican.va.

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  41. Évangile selon saint Marc 10, 42-45 (parallèle en Lc 22, 25-27) : « Ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir… Il n'en est pas ainsi parmi vous. Au contraire, celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur… Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Renversement évangélique du sens du pouvoir.

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  42. Première épître à Timothée 2, 1-2 : « Je recommande, avant tout, qu'on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et tous les dépositaires de l'autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible, en toute piété et dignité. » Fondement scripturaire de la prière pour les gouvernants.

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