L'attitude de Pie XII pendant la Shoah est devenue, depuis la pièce de Rolf Hochhuth en 1963, l'objection historique la plus lourde contre le catholicisme du XXᵉ siècle. Elle est aussi régulièrement confondue avec une question voisine mais distincte : l'antijudaïsme chrétien pluriséculaire qui a précédé le nazisme.
Confondre les deux est une erreur de méthode. Les nier l'une et l'autre est une faute morale. Cet article tient les deux fronts en même temps : reconnaître sans détour l'enseignement du mépris, les libelles meurtriers et les humiliations légales qui ont marqué des siècles de pastorale chrétienne envers les Juifs — et démontrer, sources primaires, archives vaticanes et témoignages juifs contemporains à l'appui, que la caricature du « pape silencieux par indifférence » ne tient pas face aux faits.
Le diplomate juif Pinchas Lapide, ancien consul d'Israël à Milan, a avancé en 1967 une estimation contestée : « L'Église catholique, sous le pontificat de Pie XII, a été instrumentale dans le sauvetage d'au moins 700 000, mais probablement jusqu'à 860 000 Juifs d'une mort certaine aux mains des nazis »[1] (traduit de l'anglais ; texte original en note). L'ouverture des archives en mars 2020 par le pape François a confirmé l'essentiel des sauvetages romains et la précocité de la connaissance vaticane des massacres — sans clore le débat moral sur la stratégie publique du pape.
L'antijudaïsme chrétien : une réalité à reconnaître honnêtement
Pourquoi commencer par cet aveu
Une apologétique catholique sérieuse ne peut pas répondre à la question de Pie XII en commençant par défendre Pie XII. Le soupçon qui pèse sur le pape vient d'un terreau plus ancien : l'idée, largement partagée dans la culture occidentale moderne, que l'Église catholique a entretenu pendant des siècles un mépris théologique des Juifs qui a préparé, fût-ce indirectement, le climat de la Shoah. Tant que ce soupçon n'est pas reçu honnêtement, aucune défense de Pie XII ne sera lue comme autre chose qu'une dénégation corporative.
L'Église catholique elle-même a fait ce travail : à travers Nostra Aetate (1965), le document Nous nous souvenons (1998), le geste de Jean-Paul II au Mur des Lamentations (2000) et la doctrine du Catéchisme (§597-598)[2], elle reconnaît l'enseignement du mépris et en assume la repentance. Cet article fait le même mouvement : il reconnaît avant de nuancer.
De la polémique patristique aux ghettos médiévaux
Les premières polémiques chrétiennes contre le judaïsme naissent dans un contexte de séparation conflictuelle entre une jeune Église et les communautés synagogales qui dominent culturellement l'Orient méditerranéen. À Antioche, Jean Chrysostome prononce en 386-387 huit Homélies Adversus Iudaeos d'une violence rhétorique qui choque encore aujourd'hui[3]. Leur cible immédiate n'est pas le peuple juif comme tel, mais les chrétiens judaïsants d'Antioche qui continuaient à fréquenter la synagogue. L'efficacité polémique l'emporte sur la mesure — et le texte deviendra par la suite un répertoire d'arguments anti-juifs dont l'écho durera des siècles.
Le tournant juridique vient avec le concile de Latran IV (1215). Le canon 68 impose aux Juifs le port d'un signe distinctif (la rouelle), le canon 69 leur interdit l'accès aux fonctions publiques[4]. Ces décisions ne sont pas motivées par un racisme biologique — elles veulent marquer une différence religieuse — mais elles construisent un vocabulaire juridique de discrimination que les pouvoirs séculiers, des rois de France aux États italiens, vont radicaliser au cours des siècles suivants. Le ghetto de Rome, créé par Paul IV en 1555 avec la bulle Cum nimis absurdum, est l'aboutissement de cette logique de séparation marquée[5].
« L'Église est consciente que la joie d'un Jubilé est avant tout une joie fondée sur le pardon des péchés et la réconciliation avec Dieu et son prochain. C'est pourquoi elle encourage ses fils et ses filles à purifier leur cœur, à travers le repentir pour les erreurs et les infidélités du passé. » — Jean-Paul II, lettre du 12 mars 1998 préfaçant Nous nous souvenons[6]
Les trois grands libelles populaires
Au-delà des décisions canoniques, ce qui a réellement façonné l'imaginaire populaire européen ce sont trois accusations diffamatoires colportées de génération en génération.
Le libelle du sang (meurtre rituel)
L'accusation selon laquelle des Juifs assassineraient des enfants chrétiens pour utiliser leur sang dans des rites pascaux apparaît dès l'affaire de Norwich en 1144 (Angleterre) avec le meurtre de William, jeune apprenti tanneur, attribué sans preuve à la communauté juive locale. Ce schéma est repris en plusieurs dizaines de cas à travers l'Europe : Hugues de Lincoln (1255), Simon de Trente (1475), Andrea de Rinn (1462), Anderl d'Oberammergau, etc.[7]
L'Église, au sommet, a constamment condamné cette accusation comme calomnieuse. La bulle Sicut Judaeis, formule de protection des Juifs reprise par une vingtaine de papes depuis Calixte II (1120), interdit explicitement les violences contre eux. Innocent IV publie en 1247 la bulle Lachrymabilem Judaeorum qui dénonce nommément le libelle du sang comme une fabrication inventée contre les Juifs[8]. Grégoire X la confirme en 1272 en renouvelant la Constitutio avec une condamnation explicite du libelle, Martin V en 1422, Paul III par Licet Judaei (12 mai 1540, adressée aux évêques de Hongrie, de Bohême et de Pologne). Saisi de l'affaire de Trente, Sixte IV n'autorise pas le culte local rendu à Simon : son décret Facit nos pietas (20 juin 1478) valide la procédure du procès sans reconnaître le culte, et Simon ne sera béatifié — par simple confirmation de culte — que par Sixte V en 1588[9].
Il faut ici distinguer deux plans, sans exonérer personne : les mesures juridiques de discrimination — signe distinctif et exclusion des fonctions publiques (Latran IV, canons 68-69), puis ghetto romain de 1555 — relevaient bien de l'autorité ecclésiastique elle-même, et c'est précisément ce que l'Église a reconnu depuis (Nostra Aetate, Nous nous souvenons, geste de 2000). En revanche, s'agissant des libelles meurtriers, le Magistère pontifical les a constamment condamnés : c'est là que joue la désobéissance pastorale locale — prédicateurs populaires, sermons des Mendiants, mystères joués sur les parvis des cathédrales — qui a nourri une rumeur que les bulles papales, lointaines et latines, n'ont pas suffi à étouffer.
La profanation d'hosties
Le second libelle accuse des Juifs de voler et de profaner des hosties consacrées pour les « torturer » à nouveau. L'affaire la plus retentissante est celle de Paris en 1290 (le « Miracle des Billettes »), où un Juif aurait fait saigner une hostie avant d'être brûlé vif. La typologie est constante : un récit miraculeux, une chasse populaire, un massacre, et plus tard une chapelle commémorative qui sacralise localement la calomnie[10].
L'usure et la figure du Juif financier
Les Juifs étant exclus des corporations chrétiennes et des fonctions publiques, beaucoup se sont retrouvés cantonnés à des activités financières (prêt à intérêt, change) que les chrétiens leur laissaient. Cette assignation économique forcée a paradoxalement nourri la figure caricaturale du « Juif usurier » qui, des sermons de Bernardin de Sienne aux pamphlets modernes, alimente un anticapitalisme à teinture religieuse — repris quasi tel quel par la propagande nazie au XXᵉ siècle.
Jules Isaac et la naissance d'une conscience
C'est un historien juif français, Jules Isaac, qui formule au lendemain de la Shoah la critique catholique la plus influente. Inspecteur général de l'instruction publique avant-guerre, auteur des manuels d'histoire de la République, il perd son épouse, sa fille et son gendre à Auschwitz. Il survit caché.
Son ouvrage de 1948, Jésus et Israël, puis Genèse de l'antisémitisme (1956), forgent le concept qui dominera tout le débat ultérieur : l'« enseignement du mépris »[11]. Il désigne par là un corpus récurrent de thèmes prédicationnels — culpabilité collective juive, synagogue désertée par Dieu, humiliation des Juifs comme signe visible de leur réprobation — qui ne fut jamais doctrine officielle de l'Église, mais qui imprégna pendant un millénaire la pastorale ordinaire.
« L'enseignement du mépris que l'Église a pendant des siècles infligé aux Juifs [...] a préparé les voies à l'antisémitisme moderne. Sans absoudre les responsables propres de la Shoah, il faut reconnaître que ce climat préparé par des siècles de prédication a rendu l'Europe vulnérable à l'idéologie raciale. » — Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, Calmann-Lévy, Paris, 1956, p. 17[12]
Le 13 juin 1960, Isaac est reçu en audience par Jean XXIII. Il lui remet un dossier en cinq points sur l'enseignement chrétien des Juifs et lui demande un texte conciliaire. Le pape, profondément ému, lui répond : « Vous avez droit à plus que de l'espoir »[13]. Cinq ans plus tard, Nostra Aetate §4 reprendra l'essentiel des demandes d'Isaac.
Distinguer antijudaïsme religieux et antisémitisme racial
La distinction entre antijudaïsme religieux et antisémitisme racial est décisive — non pour innocenter le premier, mais pour ne pas effacer la spécificité radicale du second et la responsabilité propre du nazisme.
L'antijudaïsme religieux prend pour objet la religion juive. Il critique le refus du Christ, la fidélité à la Loi mosaïque dans sa forme post-évangélique, le rejet de la Trinité. Il en déduit, à tort, une marginalisation sociale. Mais sa structure intellectuelle laisse une porte ouverte : un Juif qui se convertit, qui reçoit le baptême, est intégré sans réserve dans la communauté chrétienne — saint Paul lui-même est l'archétype, Édith Stein et Israel Zolli les exemples contemporains.
L'antisémitisme racial nazi est d'une nature entièrement différente. Il prend pour objet le sang : la judéité est définie biologiquement, transmise par génération, ineffaçable. La conversion n'y change rien — Édith Stein, carmélite catholique, est arrêtée en 1942 parce que ses parents étaient juifs, indépendamment de son baptême, et martyrisée à Auschwitz le 9 août 1942[14]. Pour le nazisme, l'eau du baptême ne lave pas le sang. C'est la définition même du racisme biologique.
L'œuvre la plus virulente du XVIᵉ siècle contre les Juifs reste Von den Jüden und iren Lügen (1543) de Luther, où le réformateur appelle à incendier les synagogues et à confisquer les livres juifs[15]. Pourtant, l'horizon de Luther reste théologique : il appelle à la conversion, non à l'extermination biologique. La distinction structurelle subsiste — quelles que soient les responsabilités propres du protestantisme allemand au XXᵉ siècle, qu'on trouve à travers les Deutsche Christen pro-nazis.
Hitler, lui, est explicitement antichrétien dans Mein Kampf : il considère le christianisme comme une « invention juive » (jüdische Erfindung) destinée à affaiblir la race aryenne par la pitié, l'humilité et l'universalisme[16]. Le nazisme n'est pas l'aboutissement du christianisme : il est sa négation philosophique, et le Reich a persécuté l'Église catholique à proportion exacte de ce mépris doctrinal.
Le document de 1998 pose la question sans l'esquiver : le sentiment antijuif répandu chez les chrétiens les a-t-il rendus moins sensibles, voire indifférents, aux persécutions lancées contre les Juifs par le national-socialisme parvenu au pouvoir ?[17] La réponse n'est pas assénée comme un verdict : c'est une interrogation adressée à la conscience chrétienne.
La formule du document de 1998 est rigoureuse : elle reconnaît un lien de préparation sans poser un lien de causalité. C'est exactement la distinction qu'un article catholique sérieux doit défendre.
Nostra Aetate et la rupture conciliaire
Le texte de 1965 : ce qu'il dit et ce qu'il rompt
Le 28 octobre 1965, le concile Vatican II promulgue la déclaration Nostra Aetate[18]. Le paragraphe 4 est le texte magistériel le plus important de l'histoire récente sur le rapport de l'Église aux Juifs. Trois affirmations doctrinales y sont posées :
Premièrement, l'Église reconnaît ses racines juives comme constitutives : « Scrutant le mystère de l'Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d'Abraham »[19]. L'élection d'Israël n'est pas révoquée, elle est continuée dans l'Église — ce qui interdit toute théologie de la substitution sèche.
Deuxièmement, le texte refuse explicitement la culpabilité collective :
« Bien que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S'il est vrai que l'Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. » — Concile Vatican II, Nostra Aetate §4, 28 octobre 1965[20]
Troisièmement, l'Église déplore solennellement toute forme d'antisémitisme : « L'Église, qui réprouve toutes les persécutions exercées contre tous les hommes, ne peut oublier le patrimoine qu'elle partage avec les Juifs et, mue non par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l'Évangile, elle déplore les haines, les persécutions et les manifestations d'antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. »[21]
Pour l'apologétique, le point décisif est celui-ci : Nostra Aetate ne renie pas dix-neuf siècles d'Évangile. Le texte clarifie ce qui était implicitement vrai mais mal transmis dans une longue pastorale populaire. Le Catéchisme de l'Église catholique, dans ses §597-598, formalise la doctrine : la responsabilité de la Passion ne pèse ni sur le peuple juif comme tel, ni sur ses descendants — elle pèse sur les péchés de tous les hommes, et plus lourdement sur les chrétiens : « Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la croix »[22].
Nous nous souvenons (1998) : la repentance assumée
Trente-trois ans après le concile, Jean-Paul II fait franchir un seuil supplémentaire. Le 16 mars 1998, la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme publie Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, document précédé d'une lettre personnelle du pape[23].
Le texte distingue clairement quatre niveaux de responsabilité : celle des persécuteurs nazis (radicale, première, propre) ; celle des chrétiens qui ont participé activement ou passivement à la persécution (réelle, individuelle, à confesser) ; celle de l'enseignement du mépris qui a préparé un climat (indirecte, mais réelle) ; et l'innocence doctrinale de l'Église comme telle dans sa profession de foi authentique.
Le document subit à sa sortie des critiques juives — certaines organisations regrettent qu'il ne condamne pas plus directement Pie XII. Mais il marque un seuil : pour la première fois, un document officiel du Magistère engage la responsabilité historique des chrétiens dans le contexte qui rendit possible la Shoah, sans pour autant tomber dans l'équation absurde qui ferait du christianisme la cause du nazisme.
Jean-Paul II au Mur des Lamentations (26 mars 2000)
Le 26 mars 2000, lors de son voyage en Terre sainte, Jean-Paul II se rend au Mur des Lamentations à Jérusalem. Il glisse entre les pierres un billet écrit de sa main, dont le texte est rendu public :
« Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton Nom soit apporté aux peuples : nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l'alliance. » — Jean-Paul II, prière déposée au Mur des Lamentations, Jérusalem, 26 mars 2000[24]
Le geste, retransmis en direct par toutes les chaînes mondiales, est la reconnaissance la plus solennelle qu'un pape ait jamais portée envers le peuple juif. Il ne nie pas l'antijudaïsme passé : il en assume la gravité devant Dieu, dans le lieu le plus sacré du judaïsme vivant. Aucun pape n'avait fait cela auparavant. C'est cela qui doit fonder la réception catholique de toute la suite du dossier.
La controverse Pie XII : naissance d'une légende noire
Le Vicaire (1963) : une pièce de théâtre devient histoire
Pendant les vingt années qui suivent la fin de la guerre, dans le corpus contemporain cité dans cet article, aucune voix — juive, protestante, laïque ou catholique — ne reproche à Pie XII d'avoir été silencieux. Les éloges sont au contraire massifs. La perception change brutalement en 1963 avec la création à Berlin-Ouest, le 20 février, de la pièce Der Stellvertreter (Le Vicaire) du jeune dramaturge allemand Rolf Hochhuth[25].
La pièce met en scène un pape fictif — désigné comme Pie XII — qui refuse cyniquement de protester pour sauver les Juifs, par anticommunisme et calcul financier. Le personnage est construit sur des bribes de notes attribuées à un officier SS et sur une lecture imaginative des silences vaticans. Hochhuth n'est pas historien. L'ouvrage n'a pas d'appareil critique sérieux, repose sur des amalgames dramatiques, et a été contredit depuis par dizaines d'historiens — y compris par des critiques de Pie XII.
Mais le théâtre fait ce que l'historiographie ne peut pas faire : il imprime une image. Pendant les soixante années suivantes, c'est l'image hochhuthienne du « pape silencieux par calcul » qui domine la culture grand public, indépendamment de l'état réel de la recherche. Cette scission entre image populaire et état historiographique est un trait constant du dossier : il faut en tenir compte pour comprendre pourquoi des thèses académiques sérieuses (celles de Lapide, Blet, Rychlak, Dalin, Feldkamp) ont si peu pénétré la perception générale.
John Cornwell, Hitler's Pope (1999), et sa rétractation partielle
En 1999, le journaliste britannique John Cornwell publie Hitler's Pope: the Secret History of Pius XII. L'ouvrage relance la polémique en se présentant comme la « première histoire secrète » fondée sur des archives nouvellement consultées. La thèse centrale est double : le Reichskonkordat de 1933 aurait légitimé Hitler ; et Pie XII aurait systématiquement sacrifié les Juifs par anticommunisme[26].
Plusieurs historiens fournissent une réfutation rigoureuse. Ronald Rychlak, professeur de droit à l'Université du Mississippi, publie en 2000 Hitler, the War and the Pope qui démonte point par point les chapitres clés[27]. Le rabbin David Dalin, historien et rabbin conservateur sans aucune affiliation catholique, publie en 2005 The Myth of Hitler's Pope, ouvrage devenu une référence du dossier[28]. José Sánchez (Catholic University of America) publie en 2002 Pius XII and the Holocaust: Understanding the Controversy, lecture équilibrée qui montre les usages tendancieux des archives par Cornwell.
Le point le plus significatif est que Cornwell lui-même a partiellement rétracté sa thèse. Dans une interview accordée au Catholic World Report en septembre 2004, il déclare :
« Je pense maintenant que la place de Pie XII dans l'histoire est plus complexe que je ne l'avais décrite. Compte tenu des tensions et des contraintes diplomatiques de la période, je pense qu'il serait impossible de juger les motifs des silences de Pie XII pendant la guerre, alors que toutes les preuves matérielles ne sont pas accessibles. » — John Cornwell, interview au Catholic World Report, septembre 2004[29]
Cette rétractation est rarement citée dans les médias qui continuent à présenter Hitler's Pope comme une thèse acquise.
Le panneau Yad Vashem révisé en juillet 2012
Plus significatif encore : Yad Vashem lui-même — l'institut israélien de la mémoire de la Shoah, dont l'autorité morale dans le monde juif est absolue — a modifié en juillet 2012 le texte du panneau consacré à Pie XII dans son musée historique[30].
Le texte antérieur (en vigueur depuis l'ouverture du musée en 2005) présentait un pape qui avait « rangé » la lettre anti-raciste préparée par Pie XI et qui « n'avait protesté ni verbalement ni par écrit » face aux massacres. Il avait suscité une crise diplomatique en 2007 : le nonce apostolique en Israël avait refusé d'assister à la cérémonie annuelle de Yom HaShoah au musée. Après cinq années de travail historique conjoint, Yad Vashem a réécrit le panneau pour intégrer trois corrections majeures :
- la mention que Pie XII, dans le message radiophonique de Noël 1942, avait parlé de « centaines de milliers de personnes » vouées à la mort en raison de leur seule appartenance nationale ou raciale ;
- la mention que l'Église catholique a sauvé des Juifs, en particulier par l'ouverture des monastères et couvents ;
- la mention que Pie XII lui-même est intervenu pour encourager les activités de sauvetage[31].
Pour qui connaît l'autorité morale de Yad Vashem dans le débat, cette révision officielle est l'un des éléments les plus décisifs du dossier moderne. Elle n'innocente pas Pie XII de toute critique — la formulation reste nuancée — mais elle invalide définitivement la version populaire d'un pape complice ou indifférent.
Pacelli avant le pontificat : nonce, Secrétaire d'État et l'affrontement avec le nazisme
Nonce à Munich et Berlin (1917-1929)
L'image hochhuthienne d'un Pie XII complaisant envers Hitler est d'autant plus invraisemblable que Pacelli a passé douze ans en Allemagne avant le nazisme, d'abord à Munich (1917-1925), puis à Berlin (1925-1929). Pendant ces années, il assiste en direct à la montée des mouvements radicaux et prend position contre eux. L'historien Pinchas Lapide, qui a dépouillé les comptes rendus de la presse allemande de l'époque, conclut : sur les 44 discours publics prononcés par le nonce Pacelli en Allemagne, au moins 40 contenaient des condamnations du nationalisme et du racisme — que Lapide lit rétrospectivement comme des attaques anticipées contre le nazisme montant. La nuance chronologique s'impose : le NSDAP, fondé en 1919-1920, reste marginal jusqu'au milieu des années 1920 ; les textes des années 1917-1922 visent donc le nationalisme et le racisme en général, non un parti encore inexistant ou insignifiant[32].
Il ne s'agit pas d'allusions : Pacelli nomme l'Allemagne « cette nation noble et puissante que de mauvais bergers voudraient égarer dans une idéologie raciale » (Notre-Dame de Paris, 1937, comme légat a latere pour le congrès eucharistique). Dans une lettre ouverte de mars 1935 à l'évêque de Cologne, il qualifie les nazis de « faux prophètes avec l'orgueil de Lucifer »[33].
Secrétaire d'État (1930-1939) : 55 protestations diplomatiques
De 1930 à 1939, comme cardinal Secrétaire d'État sous Pie XI, Pacelli adresse au gouvernement nazi plus de 55 protestations diplomatiques formelles : contre les violations du concordat, contre les persécutions des associations catholiques, contre la stérilisation forcée, contre les lois raciales[34]. Rares sont les chancelleries de l'époque à avoir multiplié à ce degré les démarches officielles contre le Reich[35].
Pacelli, artisan identifié de Mit brennender Sorge, était perçu par le régime nazi comme un adversaire : les rapports diplomatiques allemands eux-mêmes traitent ensuite le pape en adversaire du Reich — voir le télégramme von Bergen de janvier 1943 cité plus bas[36].
Le Reichskonkordat (20 juillet 1933) : protection juridique, pas légitimation
L'objection principale de Cornwell porte sur le concordat signé entre le Saint-Siège et le Reich nazi le 20 juillet 1933, négocié par Pacelli. Ce texte légitimerait Hitler en lui donnant une caution catholique internationale.
Plusieurs éléments contredisent cette lecture. D'abord, les négociations d'un concordat avec la République allemande avaient commencé sous le chancelier Brüning en 1930-1932, avant l'accession nazie au pouvoir. Il ne s'agit pas d'un cadeau au nazisme, mais d'une démarche de protection juridique entamée plusieurs années auparavant[37]. Ensuite, dès la signature, les nazis violent le concordat : associations catholiques dissoutes, presse confisquée, mouvements de jeunesse interdits, prêtres harcelés. Si le concordat avait été pensé comme un pacte d'alliance, on aurait observé l'inverse.
Surtout, quatre ans plus tard, l'encyclique Mit brennender Sorge (14 mars 1937) prouve que le Vatican n'a jamais considéré le concordat comme une caution morale du Reich.
Mit brennender Sorge (14 mars 1937) : l'anti-manifeste
Rédigée en allemand par le cardinal Pacelli (Pie XI étant gravement malade) et plusieurs évêques allemands (Faulhaber, Bertram, Schulte, Preysing, Galen), Mit brennender Sorge est passée en contrebande en Allemagne et imprimée en environ 300 000 exemplaires dans la clandestinité[38]. Datée du dimanche de la Passion, 14 mars 1937, elle est lue en chaire dans toutes les paroisses catholiques allemandes le dimanche des Rameaux, 21 mars 1937.
L'encyclique condamne explicitement le néopaganisme racial, le mythe du sang, et toute déification de l'État ou de la nation. Elle défend même nommément les Juifs baptisés (encore considérés comme juifs par les nazis du fait des théories raciales).
« Quiconque exalte la race, le peuple ou l'État, [...] les divinise au point de leur rendre un culte idolâtrique, pervertit et falsifie l'ordre des choses créé et ordonné par Dieu, et est loin de la vraie foi en Dieu et d'une conception de la vie conforme à cette foi. » — Pie XI, Mit brennender Sorge, §8, 14 mars 1937[39]
La réaction nazie est immédiate. Goebbels donne ordre à la Gestapo d'arrêter les responsables de l'impression. Des centaines de prêtres et de laïcs sont déportés. Douze imprimeries catholiques sont fermées. Les procès en immoralité contre des religieux, soigneusement orchestrés par la propagande, sont relancés[40]. Ce n'est pas le comportement d'un régime qui se sent protégé par un concordat.
L'encyclique constitue la condamnation publique la plus dure jamais émise par le Saint-Siège contre un régime contemporain. Pacelli en est le rédacteur principal. Il sera élu pape deux ans plus tard.
Pie XII pendant la Shoah : la parole publique
Summi Pontificatus (20 octobre 1939) : larguée par la RAF
À peine six semaines après l'invasion de la Pologne, Pie XII publie sa première encyclique : Summi Pontificatus, du 20 octobre 1939. Le texte condamne sans détour le nationalisme totalitaire, le racisme, l'oubli de la « loi de solidarité humaine » et la déification de l'État[41]. Il cite saint Paul (Col 3, 11) : « il n'y a plus ni Grec ni Juif » — formule lue à l'époque comme une condamnation explicite des distinctions raciales du Reich.
« La première de ces pernicieuses erreurs, aujourd'hui largement répandue, est l'oubli de cette loi de solidarité humaine et de charité, dictée et imposée aussi bien par la communauté d'origine et par l'égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes, à quelque peuple qu'ils appartiennent, que par le sacrifice de rédemption offert par Jésus-Christ sur l'autel de la Croix à son Père céleste en faveur de l'humanité pécheresse. » — Pie XII, Summi Pontificatus, §35, 20 octobre 1939[42]
L'encyclique est jugée si dangereuse pour le moral allemand que la Royal Air Force la largue en versions abrégées sur les territoires occupés et l'Allemagne en octobre-novembre 1939[43]. Quand la propagande aérienne britannique reprend une encyclique catholique comme outil contre le Reich, c'est qu'elle n'a pas été lue comme un texte neutre.
Le message de Noël 1942 : silence ou condamnation diplomatique ?
Le reproche le plus factuel contre Pie XII porte sur son message radiophonique de Noël du 24 décembre 1942. À ce moment, les chambres à gaz d'Auschwitz fonctionnent à pleine capacité. Belzec, Treblinka, Sobibor et Chelmno tournent à plein rendement industriel. Pie XII dit alors :
« L'humanité doit cet engagement aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et seulement en raison de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à un dépérissement progressif. » — Pie XII, message radiophonique de Noël Con sempre nuova freschezza, §29, 24 décembre 1942[44]
Ce texte ne nomme ni les Juifs, ni l'Allemagne nazie. C'est un fait que les défenseurs de Pie XII ne doivent jamais minimiser. La question est : comment ce silence relatif a-t-il été lu à l'époque ?
Preuve n°1 : les nazis l'ont reçu comme une attaque
La preuve la plus solide vient des archives du Reich lui-même. Le 26 janvier 1943, le consul général allemand auprès du Saint-Siège, Ernst von Bergen, transmet à la Wilhelmstrasse une analyse du message de Noël. Le texte est cité dans les Actes et Documents du Saint-Siège et dans les archives diplomatiques allemandes :
« Sa parole est claire — quoique sous un voile diplomatique — et c'est une attaque contre tout ce qui constitue le national-socialisme. [...] De fait, il se fait le porte-parole des criminels juifs de guerre. [...] Ici, le pape s'écarte vraiment de la ligne de la neutralité. » — Ernst von Bergen, télégramme à la Wilhelmstrasse, n° Pol. IV 1086, 26 janvier 1943[45]
Un régime totalitaire ne câble pas ce type d'analyse à Berlin pour un pape neutre ou complice. Ribbentrop transmet personnellement le télégramme à Hitler. Le Sicherheitsdienst (SD) prépare une analyse interne, conservée dans les archives du IIIᵉ Reich, qui qualifie le discours papal de « longue attaque contre tout ce que nous représentons » et déclare que « le pape accuse pratiquement le peuple allemand d'injustice envers les Juifs »[46]. Goebbels fait diffuser à la fin de 1942 une brochure de propagande qualifiant Pie XII de « pape pro-juif » (Judenpapst) ; la source citée ne permet pas d'en établir le tirage exact[47].
Preuve n°2 : le New York Times l'a compris de même
Au lendemain immédiat du message, le New York Times publie un éditorial sans signature daté du 25 décembre 1942, intitulé « The Pope Speaks ». Le journal de référence des États-Unis n'a pas une lecture diplomatique : il a une lecture publique. Et cette lecture est sans ambiguïté :
« Cette Noël, plus que jamais, le pape est une voix solitaire dans le silence et l'obscurité qui enveloppent l'Europe. [...] En désignant les nazis et les fascistes comme les cibles principales de son admonition, il ne pouvait pas être plus clair quant à savoir laquelle des forces belligérantes encourt sa colère. » — Éditorial « The Pope Speaks », The New York Times, 25 décembre 1942, p. 16[48]
Le Times avait déjà publié, l'année précédente, un éditorial identique sur le message de Noël 1941, intitulé lui aussi « A Christmas Message », qui parlait du pape comme du « seul dirigeant qui ose élever la voix » en Europe. Cette continuité d'analyse, dans le journal de référence d'un pays qui n'avait aucune raison de ménager le Saint-Siège, est l'un des éléments les plus solides du dossier.
L'argument hollandais : pourquoi la discrétion ne fut pas de la lâcheté
Pour évaluer le choix de la prudence verbale, il faut examiner le précédent qui hantait littéralement la curie romaine.
Le 26 juillet 1942 (dimanche), les évêques des Pays-Bas font lire en chaire dans toutes les paroisses catholiques néerlandaises une lettre pastorale de protestation contre les déportations de Juifs. Le texte dénonce explicitement les mesures racistes nazies[49].
La réaction nazie est immédiate et calculée pour produire un effet de dissuasion sur toute hiérarchie catholique européenne. Le 2 août 1942, soit sept jours après la lettre pastorale, les SS arrêtent tous les Juifs catholiques des Pays-Bas — population auparavant exemptée des rafles précisément parce qu'ils étaient baptisés. Parmi eux : Édith Stein (sœur Teresa Benedicta de la Croix, OCD), philosophe disciple de Husserl, convertie au catholicisme et carmélite à Echt depuis 1938. Elle est gazée à Auschwitz-Birkenau le 9 août 1942[50].
Le gauleiter Arthur Seyss-Inquart formule explicitement la liaison de cause à effet — phrase retrouvée dans les archives néerlandaises :
« Puisque les évêques catholiques se sont mêlés de ce qui ne les regardait pas, nous sommes maintenant obligés de traiter les Juifs catholiques comme leurs frères de race. » — Arthur Seyss-Inquart, ordre interne du 2 août 1942[51]
Sur 140 000 Juifs néerlandais, 110 000 environ — soit 79 % — sont déportés et tués. C'est, en proportion, le taux le plus élevé d'Europe occidentale[52]. Pie XII connaît ce précédent. Il l'a documenté. Il sait qu'une condamnation publique nominative déclencherait des représailles immédiates sur les milliers de Juifs réfugiés dans les institutions catholiques romaines. Sa prudence n'est pas la peur : c'est un calcul stratégique fondé sur un précédent traumatique vieux de cinq mois.
L'archevêque de Cracovie, Adam Stefan Sapieha, transmettra plus tard au Vatican un message en ce sens : il supplie le pape de ne pas publier ses lettres de protestation déjà préparées, car les représailles allemandes sur la Pologne occupée seraient « sauvages »[53].
Ce que le Vatican a réellement fait
Au-delà du débat sur la parole publique, un ensemble d'actions concrètes du Saint-Siège et de ses réseaux est solidement documenté par les archives ouvertes en 2020 et par les témoignages contemporains.
| Action documentée | Date | Sources |
|---|---|---|
| Summi Pontificatus condamne racisme et paganisme d'État | 20 oct. 1939 | Encyclique Vatican.va[54] |
| Largage de Summi Pontificatus par la RAF sur l'Allemagne | Oct.-nov. 1939 | British National Archives AIR 20/6765[55] |
| Démarches en faveur des Juifs slovaques par le nonce Burzio | 1942-1944 | ADSS vol. 8[56] |
| Démarches en faveur des Juifs hongrois (Horthy 1944) | Juin-juillet 1944 | ADSS vol. 10[57] |
| Message de Noël 1942 (lu comme attaque par le SD et le NYT) | 24 déc. 1942 | Texte Vatican.va, télégramme von Bergen[58] |
| Prêt d'or pour la rançon de la communauté juive de Rome | 26-27 sept. 1943 | Témoignage Zolli, Before the Dawn[59] |
| Directive d'accueil dans les monastères romains | Automne 1943 | Archives vaticanes (Feldkamp 2020)[60] |
| 155 couvents/monastères romains ouvrent leurs portes | 1943-1944 | Lapide 1967, Dalin 2005[61] |
| Castel Gandolfo : ~3 000 réfugiés (dont nombreux Juifs) | Oct. 1943 – juin 1944 | Feldkamp 2020[62] |
| Instructions orales rapportées au clergé italien de sauver « par tous les moyens » | Octobre 1943 | Riccardi ; ADSS vol. 9, doc. n° 363-410 (plage, sans document unique)[63] |
| Réseaux d'évêques diocésains (Boetto, Nicolini, Palatucci...) | 1943-1944 | Yad Vashem "Justes parmi les Nations"[64] |
Summi Pontificatus : l'anti-racisme dès 1939
On l'a vu : six semaines après l'invasion de la Pologne, Pie XII a publié une condamnation doctrinale du racisme et de la déification de l'État[65]. Affirmer que le pape « n'a jamais rien dit contre le nazisme » est tout simplement faux — c'est ignorer le premier texte magistériel de son pontificat.
Le prêt de l'or romain (26-27 septembre 1943)
Le 26 septembre 1943, le commandant SS Herbert Kappler, chef de la police nazie à Rome, exige de la communauté juive romaine une rançon de 50 kilos d'or sous 48 heures, sous peine de déportation immédiate. La communauté ne peut réunir que 35 kilos.
Israel Zolli, grand rabbin de Rome, témoigne dans Before the Dawn (1954) qu'il s'est rendu lui-même au Vatican demander l'aide du Saint-Siège, et que Pie XII a personnellement autorisé le prêt des 15 kilos d'or manquants depuis les réserves vaticanes — sans même exiger de date de remboursement[66]. La Gestapo prend l'or, puis arrête malgré tout 1 259 personnes lors de la rafle du 16 octobre 1943 : 1 023 Juifs sont déportés à Auschwitz le 18 octobre, dont seuls 16 reviendront[67].
Cet épisode illustre simultanément deux choses : la bonne volonté réelle de Pie XII, et les limites tragiques de son pouvoir face aux SS qui contrôlent matériellement la ville.
Les 155 couvents et monastères romains : 5 000 Juifs cachés
Le réseau ecclésiastique romain ouvre, sur instruction discrète du Saint-Siège, ses institutions à des milliers de réfugiés juifs. Les chiffres convergents donnés par Lapide (1967), Dalin (2005), Feldkamp (2020) et Marchione (2002) se rejoignent autour d'un ordre de grandeur stable :
- 155 couvents et monastères de Rome ouvrent leurs portes, hébergeant environ 5 000 Juifs[68]
- 60 Juifs sont cachés pendant neuf mois à l'Université Pontificale Grégorienne[69]
- Environ 3 000 réfugiés sont accueillis à Castel Gandolfo, résidence d'été papale — civils italiens en majorité, dont un nombre significatif de Juifs (incluant la zone d'extension étendue après les combats d'Anzio en 1944)[70]
- Selon des témoignages oraux, des enfants juifs seraient nés dans les appartements privés de Pie XII transformés provisoirement en maternité[71]
- De la nourriture casher aurait été fournie aux Juifs cachés dans les institutions catholiques, selon les témoignages rapportés[72]
À l'échelle de l'Italie entière, le rabbin David Dalin synthétise le résultat statistique : 80 % des Juifs italiens ont survécu à la guerre, alors que près des deux tiers des Juifs d'Europe ont péri (environ six millions sur quelque neuf millions et demi). Cette inversion brutale du taux de survie est, parmi toutes les nations européennes occupées par les nazis, exceptionnellement haute — et elle s'explique principalement par le réseau ecclésiastique[73].
Les cardinaux et évêques « Justes parmi les Nations »
Plusieurs hauts prélats catholiques ont été reconnus par Yad Vashem comme « Justes parmi les Nations » pour leur action directe :
| Prélat | Diocèse | Action | Reconnaissance |
|---|---|---|---|
| Pietro Palazzini (futur cardinal) | Séminaire romain | Cache Michael Tagliacozzo et d'autres Juifs | Juste Yad Vashem, 1985 |
| Pietro Boetto | Cardinal de Gênes | Réseau de sauvetage estimé à plus de 800 Juifs (estimation) | Juste Yad Vashem, 2001 |
| Giuseppe Nicolini | Évêque d'Assise | Cache ~300 Juifs dans les couvents d'Assise | Inspirateur du film The Assisi Underground |
| Giuseppe Maria Palatucci | Évêque de Campagna | Environ 961 Juifs sauvés à Fiume avec son neveu Giovanni (estimation) | Juste Yad Vashem, 1990 |
| Angelo Roncalli (futur Jean XXIII) | Délégué apostolique à Istanbul | Délivre des milliers de certificats de baptême-passeports | Procédure rapportée comme validée par Pie XII |
| Angelo Rotta | Nonce à Budapest | Sauve plusieurs milliers de Juifs hongrois | Juste Yad Vashem, 1997 |
Ces actions ne sont pas des initiatives privées de quelques évêques courageux contre la passivité du Saint-Siège. Elles s'inscrivent dans une stratégie coordonnée, dont les directives passent par voie verbale et discrète pour ne pas mettre en danger les bénéficiaires en cas de perquisition de la Gestapo. Les chiffres d'actions portés dans le tableau ci-dessus sont des estimations reprises de la littérature secondaire (Lapide 1967, Dalin 2005, Marchione 1997) : seuls les statuts de reconnaissance relèvent des dossiers individuels de Yad Vashem, à consulter pour le détail[74].
Le plan SS Rabat-Fohn (janvier 1944) : Hitler voulait enlever Pie XII
Un élément souvent invoqué contre la thèse de la complaisance vaticane est l'existence, selon les dépositions du général SS Karl Wolff — témoin intéressé — rapportées notamment par le journaliste Dan Kurzman, d'un plan SS d'enlèvement du pape. Le document de planification, désigné sous le nom de code Unternehmen Rabat-Fohn, daté de janvier 1944, prévoyait que la 8ᵉ division SS de cavalerie, déguisée en partisans italiens, investirait le Vatican, massacrerait le pape et toute la curie, et imputerait l'attentat à la résistance italienne — pour éliminer le pape sans risquer un retournement de l'opinion catholique mondiale[75].
Le plan a été révélé après-guerre par le général SS Karl Wolff, chef des SS en Italie, dans plusieurs dépositions et interviews (notamment au journaliste Robert Katz). Selon Wolff, Hitler lui ordonna directement d'organiser l'opération à la fin de 1943. Wolff dit avoir convaincu le Führer d'y renoncer, en faisant valoir que l'effet international serait catastrophique.
Si ces dépositions sont exactes, un régime nazi n'élabore pas de plan d'enlèvement et d'assassinat contre un pape jugé complice : ce serait le signe que Hitler considérait Pie XII comme un adversaire à éliminer le moment venu. Les historiens restent partagés sur la portée exacte de ces dépositions[76].
Les témoignages juifs contemporains (avant Hochhuth)
L'argument décisif contre la caricature de Pie XII comme « silencieux par indifférence » est l'absence totale de cette perception chez les Juifs contemporains des événements. La perception négative est une reconstruction rétrospective née en 1963 avec Le Vicaire — et qui contredit massivement les sources juives d'époque.
| Témoin juif | Fonction | Teneur | Date |
|---|---|---|---|
| Albert Einstein | Physicien, réfugié juif | Éloge de l'Église (déclaration attribuée par Time) | Déc. 1940[77] |
| Chaim Weizmann | Futur 1er président d'Israël | Soutien du Saint-Siège salué : « the Holy See is lending its powerful help... » | 1943[78] |
| Isaac Herzog | Grand Rabbin de Palestine mandataire | Gratitude envers le pape exprimée (lettres au Saint-Siège) | 1943-1944[79] |
| Israel Zolli | Grand Rabbin de Rome | Se convertit, prend le prénom Eugenio | 13 févr. 1945[80] |
| Moshe Sharett | Futur 1er ministre d'Israël | Audience de remerciements au Vatican | 1945[81] |
| Leon Kubowitzky | Sec. gén. Congrès Juif Mondial | Don de 20 000 $ aux œuvres papales en reconnaissance | Oct. 1945[82] |
| Marcus Melchior | Grand Rabbin du Danemark | « Si le pape avait parlé, Hitler aurait tué dix fois plus » | Années 1950[83] |
| Israël (État) | Orchestre Philharmonique d'Israël | Concert d'hommage au Vatican (Sym. 7 de Beethoven) | 26 mai 1955[84] |
| Golda Meir | Ministre des Affaires étrangères d'Israël | « La voix du pape s'est élevée pour condamner les bourreaux » | 9 oct. 1958[85] |
Albert Einstein (déclaration attribuée par Time, 23 décembre 1940)
Dans une déclaration que le magazine Time lui attribue, Albert Einstein — réfugié juif chassé d'Allemagne, scientifique de renommée mondiale, sans sympathie particulière a priori pour le catholicisme — aurait écrit :
« Étant amoureux de la liberté, j'attendais que les universités allemandes la défendent quand la révolution est venue. Mais non : les universités furent immédiatement silencieuses. J'attendais alors de la grande presse. Mais elle a cessé de paraître. Seule l'Église s'est dressée carrément sur le chemin de la campagne de Hitler pour supprimer la vérité. Je n'avais jamais accordé beaucoup d'attention à l'Église auparavant, mais aujourd'hui je ressens une grande affection et admiration pour elle parce que seule l'Église a eu le courage et la persistance de défendre la vérité intellectuelle et la liberté morale. » — Albert Einstein, déclaration à Time, 23 décembre 1940[86]
Cette source doit être maniée avec prudence : il s'agit d'une déclaration attribuée par Time, dont la paternité exacte et la formulation mot à mot sont débattues dans la littérature. Une lettre à Karl Hauer, citée par Walter Isaacson (pp. 388-389), est invoquée à l'appui de l'authenticité substantielle, mais sans collation mot à mot vérifiable ici : la citation est donc donnée comme déclaration attribuée par Time, non comme texte authentifié d'Einstein[87][88].
Israel Zolli : conversion et choix du prénom
Israel Zolli était grand rabbin de Rome pendant l'occupation. Il a vécu en direct la rafle du 16 octobre 1943, le prêt de l'or par le Vatican, l'ouverture des couvents. Le 13 février 1945, neuf mois après la libération de Rome, Zolli reçoit le baptême catholique et choisit pour prénom Eugenio — le prénom de baptême de Pie XII (Eugenio Maria Giuseppe Giovanni Pacelli). Sa femme est baptisée le même jour.
Zolli a toujours soutenu que sa conversion était le fruit d'une expérience mystique personnelle — une vision du Christ au Yom Kippour 1944 — et non un effet de la gratitude. Mais sur la question des œuvres papales, ses déclarations sont sans ambiguïté.
Dans une interview à American Hebrew en février 1944, encore rabbin :
« Le Vatican a toujours aidé les Juifs, et Pie XII a personnellement fait tout son possible pour s'opposer aux persécutions nazies. Sa bonté envers les Juifs de Rome pendant l'occupation a été très réelle. » — Israel Zolli, interview à American Hebrew, février 1944[89]
Dans Before the Dawn (1954), il consacre plusieurs chapitres au rôle de Pie XII :
« Personne ne pourrait penser à un pape qui aimât davantage ses contemporains. Pie XII s'est dépensé continuellement, donnant ce qu'il avait et ce qu'il était, pour secourir la souffrance. Des volumes entiers pourraient être écrits sur les multiformes œuvres de secours de Pie XII. » — Israel (Eugenio) Zolli, Before the Dawn: Autobiographical Reflections, Sheed & Ward, New York, 1954, p. 160[90]
Golda Meir : message au Saint-Siège (9 octobre 1958)
À la mort de Pie XII, le 9 octobre 1958, Golda Meir — alors ministre des Affaires étrangères d'Israël (elle deviendra Première Ministre en 1969) — transmet au Saint-Siège ce message officiel publié par la Jewish Telegraphic Agency :
« Nous partageons le deuil de l'humanité pour la mort de Sa Sainteté le pape Pie XII. Pendant les années où notre peuple a connu le martyre terrible de l'extermination, la voix du pape s'est élevée pour condamner les bourreaux et compatir avec leurs victimes. La vie de notre temps a été enrichie par la voix qui s'est élevée au-dessus des conflits quotidiens vers les grandes vérités morales, qui a soutenu la cause de la paix au milieu des ravages d'une guerre cruelle. Nous pleurons un grand serviteur de la paix. » — Golda Meir, message de condoléances au Saint-Siège, 9 octobre 1958[91]
Ce témoignage est chronologiquement décisif. Il est envoyé en 1958, cinq ans avant la pièce de Hochhuth qui invente le « pape silencieux ». Il provient d'une dirigeante juive sioniste, qui n'a aucune raison politique de ménager la mémoire d'un prélat romain. Et il affirme exactement le contraire de ce que la culture grand public retiendra pendant les soixante années suivantes.
Le concert d'État israélien au Vatican (26 mai 1955)
L'épisode le plus significatif politiquement reste le concert d'État israélien donné au Vatican le 26 mai 1955 — quelques mois après que les communautés juives italiennes ont institué le 17 avril comme « Journée de la gratitude » envers le Saint-Siège. L'Orchestre Philharmonique d'Israël traverse Rome pour exécuter au Vatican la Septième Symphonie de Beethoven en hommage à Pie XII[92].
Ce concert n'est pas un geste anodin : l'Orchestre Philharmonique d'Israël maintenait alors (et maintient encore aujourd'hui) une politique stricte de non-exécution de Wagner, compositeur préféré de Hitler. Jouer Beethoven (compositeur allemand mais devenu symbole universel) au Vatican, dans le contexte des relations encore tendues entre Israël et le monde catholique, était une déclaration politique majeure de l'État hébreu. Cela n'aurait pas eu lieu si Pie XII avait été perçu, à Tel Aviv en 1955, comme un pape complice.
Marcus Melchior, Grand Rabbin du Danemark
L'argument moral le plus fort vient d'un témoin qui ne défend pas Pie XII par catholicisme — il défend la prudence pastorale d'un homme qui a sauvé des vies par calcul opérationnel. Marcus Melchior, grand rabbin du Danemark pendant la guerre, qui a fui en Suède en 1943 avec la quasi-totalité de la communauté juive danoise grâce à une opération de sauvetage célèbre, déclare au début des années 1950 :
« Si le pape avait parlé en public, Hitler aurait probablement massacré bien plus que les six millions de Juifs et peut-être dix fois plus de catholiques — si seulement il avait eu le temps. » — Marcus Melchior, Grand Rabbin du Danemark, cité par Robert M. W. Kempner[93]
Robert M. W. Kempner, juge juif aux procès de Nuremberg, en venait à la même conclusion dans son ouvrage sur les procès : toute condamnation publique nominative aurait précipité « l'exécution de plus de Juifs et de prêtres ».
Ce que les archives vaticanes révèlent depuis 2020
L'ouverture historique du 2 mars 2020
Le 2 mars 2020 — date symboliquement choisie pour le 81ᵉ anniversaire de l'élection de Pacelli — le pape François ouvre aux chercheurs l'ensemble des archives du pontificat de Pie XII. 16 millions de pages, plus de 15 000 dossiers, 2 500 fonds sont rendus accessibles[94]. C'est l'ouverture d'archives la plus volumineuse de l'histoire récente du Vatican. Le pape l'avait annoncée près d'un an plus tôt, le 4 mars 2019, en audience aux responsables des Archives :
« L'Église ne craint pas l'histoire. Au contraire, elle l'aime et elle voudrait l'aimer davantage et de façon plus vraie. » — Pape François, audience annonçant l'ouverture des archives de Pie XII, 4 mars 2019[95]
Plusieurs centaines de chercheurs — catholiques, protestants, juifs, laïcs — commencent à travailler dès la levée des restrictions sanitaires Covid-19 (mi-2020). La quantité de matière fait que le travail est encore en cours en 2026 : il faudra des décennies pour épuiser le corpus.
La lettre König (14 décembre 1942)
La découverte la plus médiatisée des premières années est celle de la lettre du père Lothar König SJ, jésuite allemand actif dans le réseau antinazi munichois, datée du 14 décembre 1942. Elle est adressée à Robert Leiber SJ, secrétaire particulier et confident de Pie XII depuis ses années allemandes. Sa découverte par l'archiviste Giovanni Coco en 2019 et son authentification en 2022-2023 ont été rendues publiques en septembre 2023[96].
La lettre rapporte, sur la base d'informations reçues par König via le réseau jésuite et la résistance allemande, qu'environ 6 000 personnes — surtout des Polonais et des Juifs — sont tuées chaque jour dans le « haut-fourneau » de Belzec. Elle mentionne aussi Auschwitz et Dachau[97].
L'archiviste Coco affirme être « 99 % sûr » que la lettre est parvenue jusqu'à Pie XII, du fait de la position de Leiber. La datation — 14 décembre 1942 — situe l'information dans les deux semaines précédant le message de Noël. Yad Vashem a commenté l'année suivante que ce document « enrichit le débat » sur ce que Pie XII savait, sans pour autant fournir de conclusion définitive sur la réaction du pape[98].
Castel Gandolfo confirmé : Feldkamp et les archives
L'historien allemand Michael Feldkamp — luthérien de formation, devenu spécialiste reconnu de la diplomatie vaticane — a exploité les archives ouvertes en 2020 pour reconstituer le détail des sauvetages à Castel Gandolfo. Son travail publié en 2020-2021 établit que 3 000 réfugiés (dont une majorité de civils italiens fuyant les combats, mais incluant un nombre significatif de Juifs) ont été accueillis dans le complexe pontifical. Par ailleurs, Feldkamp avance en interview (à Vatican News, février 2022) l'estimation de 15 000 Juifs personnellement sauvés par Pie XII via les institutions sous son autorité directe : il s'agit d'une estimation de l'historien en interview, non d'un résultat de son article de la Rivista di Storia della Chiesa in Italia (2021)[99].
Selon des témoignages oraux recueillis localement, plusieurs enfants juifs seraient nés dans les appartements privés de Pie XII transformés en maternité provisoire, et de la nourriture casher aurait été procurée aux réfugiés respectant la kashrout : il s'agit de témoignages, non d'une confirmation par les archives[100].
Les câbles diplomatiques et la cartographie des sauvetages
Les nonciatures apostoliques de Pologne, Slovaquie, Roumanie, Hongrie et Bulgarie ont transmis tout au long de 1942-1944 des câbles précisant la progression des déportations et les efforts diplomatiques pour les freiner. Les noms qui émergent — Giuseppe Burzio (Slovaquie), Angelo Rotta (Hongrie), Andrea Cassulo (Roumanie) — étaient déjà connus des Actes et Documents du Saint-Siège édités par Blet, mais les archives complètes confirment l'étendue de leur action coordonnée depuis Rome[101].
La précision des informations sur l'extermination industrielle varie selon les sources et les dates : certains rapports sont précis sur les chiffres, d'autres confondent encore « camp de travail » et « camp d'extermination » — un constat qui n'est pas spécifique au Vatican (Roosevelt, Churchill et les agences juives elles-mêmes ont mis des mois à intégrer la réalité de l'extermination industrielle)[102].
Le nazisme contre le christianisme : les chiffres oubliés
Un dernier élément, souvent passé sous silence par les critiques de Pie XII, doit être versé au dossier. Le nazisme n'a pas seulement persécuté les Juifs : il a persécuté l'Église catholique elle-même, à proportion de son hostilité doctrinale au christianisme. Confondre antijudaïsme chrétien et nazisme, c'est effacer cette donnée structurelle.
Hitler et le christianisme : une hostilité documentée
Dans Mein Kampf (1925-1926), Hitler qualifie le christianisme d'« invention juive » destinée à affaiblir la race aryenne par la promotion de la pitié, de l'humilité et de l'universalisme — qu'il déteste en tant que valeurs[103]. Les Conversations à table du Führer, recueillies par Martin Bormann pendant la guerre, sont d'une virulence anti-chrétienne encore plus radicale : Hitler y annonce explicitement vouloir « écraser le christianisme » une fois la guerre gagnée[104].
Le programme nazi à long terme n'était pas la cohabitation avec l'Église, mais sa liquidation progressive. La Kirchenkampf (lutte contre l'Église) était une politique d'État du Reich, pas une dérive marginale[105].
Les prêtres catholiques à Dachau : 2 579 sur 2 720 détenus
Le camp de concentration de Dachau abritait une Pfarrerblock (bloc des prêtres) spécifiquement réservée au clergé. Sur 2 720 ecclésiastiques détenus au total au cours de la guerre, 2 579 (94,88 %) étaient catholiques. La majorité — environ 1 748 — étaient polonais, et 868 prêtres polonais n'ont pas survécu à leur détention ; au total, 1 034 prêtres sont morts à Dachau[106].
Au total, entre 1939 et 1945, plus de 3 000 prêtres polonais ont été tués par le régime nazi[107]. Près de 80 % du clergé catholique du Warthegau (Pologne occidentale annexée au Reich) a été déporté en 1939-1940 ; 108 d'entre eux ont été béatifiés par Jean-Paul II en 1999 comme martyrs de la foi.
Édith Stein, Maximilien Kolbe, Titus Brandsma : la communauté de martyre
Trois figures emblématiques cristallisent cette persécution catholique parallèle :
-
Édith Stein (1891-1942), philosophe juive convertie, carmélite à Echt, arrêtée le 2 août 1942 en représailles directes à la lettre des évêques néerlandais, gazée à Auschwitz-Birkenau le 9 août 1942. Canonisée par Jean-Paul II le 11 octobre 1998. Proclamée co-patronne de l'Europe le 1ᵉʳ octobre 1999[108].
-
Maximilien Kolbe (1894-1941), franciscain conventuel polonais, arrêté pour avoir caché des Juifs dans son couvent de Niepokalanów. Volontaire pour mourir à la place d'un père de famille condamné à la cellule de la faim au bunker de Block 13 d'Auschwitz. Mort par injection létale de phénol le 14 août 1941. Canonisé par Jean-Paul II en 1982[109].
-
Titus Brandsma (1881-1942), carme néerlandais, recteur de l'Université de Nimègue, arrêté pour avoir publiquement combattu la propagande nazie dans la presse catholique néerlandaise. Mort à Dachau le 26 juillet 1942 par injection de poison. Canonisé en 2022 par François[110].
Ces martyrs catholiques ne sont pas un argument de symétrie compétitive avec la Shoah. Ils sont l'indication structurelle que le nazisme combattait, sur deux fronts distincts, à la fois les Juifs (premier ennemi désigné, persécution biologique) et l'Église catholique (deuxième ennemi désigné, persécution idéologique). Confondre les deux dans une équation « nazisme = christianisme appliqué » est non seulement faux historiquement : c'est aussi paradoxalement exonérer le nazisme de sa responsabilité doctrinale propre.
Le débat historique actuel
Ce qui est désormais établi
L'état de la recherche après 2020 permet de fixer quatre conclusions stables, soutenues par les sources primaires :
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Le Vatican savait à partir de 1942 au plus tard que des massacres massifs de Juifs étaient en cours à l'Est. La lettre König (14 décembre 1942) et les câbles diplomatiques le confirment.
-
Pie XII a choisi un langage public indirect et n'a jamais nommément condamné les nazis ni nommément les Juifs dans ses condamnations les plus solennelles. Ce choix a un coût moral réel : une voix prophétique attendue n'a pas résonné comme un « j'accuse » nominal.
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Pie XII a autorisé et coordonné des sauvetages massifs par voie discrète (couvents, monastères, Castel Gandolfo, aide financière, certificats de baptême-passeports, démarches diplomatiques). Les chiffres exacts sont discutés (les estimations vont de 200 000 à 860 000 Juifs sauvés selon les méthodologies), mais le fait des sauvetages massifs est solidement établi.
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Pie XII n'a jamais été perçu par les contemporains juifs (Einstein, Weizmann, Herzog, Zolli, Sharett, Kubowitzky, Israël, Meir) comme un pape complice ou silencieux par indifférence. La perception négative est un produit culturel postérieur à 1963.
Ce qui reste légitimement débattu
Le débat historique sérieux ne porte plus sur ces quatre points, mais sur la stratégie de la discrétion :
- Aurait-elle pu être différente sans aggraver les représailles ?
- Une condamnation publique nominative aurait-elle eu un effet dissuasif sur Hitler, ou seulement provoqué une accélération de la Endlösung et un anéantissement des réseaux catholiques de cache ?
- Le silence apparent a-t-il créé un préjudice spirituel et historique durable à l'Église, même si l'action concrète a sauvé des vies ?
Les historiens restent divisés. Susan Zuccotti (Under His Very Windows, 2000) maintient une lecture critique de la prudence pontificale[111]. Michael Phayer (The Catholic Church and the Holocaust, 2000) nuance fortement la défense. À l'inverse, Pierre Blet, Ronald Rychlak, David Dalin, Michael Feldkamp, William Doino, José Sánchez défendent la cohérence opérationnelle du choix vaticain.
L'historien britannique Michael Burleigh, dans Sacred Causes (2006), formule la position la plus mesurée de l'historiographie actuelle :
« Pie XII utilisait un langage excessivement prudent quand il condamnait des actes spécifiques — peut-être parce qu'il croyait que la protestation publique aggraverait le sort des victimes, comme l'avait montré l'exemple néerlandais. Que son jugement ait été ou non le bon est une question légitime ; qu'il ait été silencieux par indifférence est une fiction. » — Michael Burleigh, Sacred Causes, HarperPress, Londres, 2006, p. 221[112]
La cause de béatification
La cause de béatification de Pie XII a été ouverte par Paul VI en 1965, en même temps que celle de Jean XXIII. Le titre de « Vénérable » lui a été reconnu par Benoît XVI le 19 décembre 2009, après reconnaissance des « vertus héroïques »[113]. Depuis cette date, la cause est au stade de Vénérable, en attente d'un miracle dûment authentifié pour une éventuelle béatification ; aucune béatification n'est intervenue dans les sources consultées.
Réponse catholique : quatre affirmations claires
Au terme de ce parcours, la réponse catholique peut tenir en quatre affirmations qui ne sont pas contradictoires entre elles. Elles ne correspondent ni à la capitulation moraliste (tout nier de l'Église, tout charger Pie XII), ni à l'apologétique naïve (tout défendre sans nuance).
1. L'antijudaïsme chrétien a existé. Il doit être reconnu sans réserve.
Des siècles de prédication populaire ont nourri un climat de mépris envers les Juifs. Des chrétiens individuellement ont participé à des pogroms. Des chrétiens ont dénoncé des Juifs pendant la Shoah. Les condamnations papales constantes des libelles sanguinaires (Innocent IV 1247, Grégoire X 1272, Sixte IV, Paul III, etc.) ont été désobéies au niveau local, et cette désobéissance pastorale a un poids historique réel qui ne s'efface pas en invoquant les bulles latines de protection.
La repentance de Jean-Paul II au Mur des Lamentations en 2000 est authentique. Elle n'est ni une capitulation devant la critique laïque, ni un calcul diplomatique : elle est un acte de vérité catholique, exigé par la conscience chrétienne elle-même, au nom de l'Évangile qu'aucune pastorale concrète n'épuise.
2. La Shoah n'est pas le fruit logique du christianisme.
La Shoah est le fruit d'une idéologie raciale biologique, d'un État totalitaire moderne, d'une technologie industrielle de masse appliquée à la mort. Hitler méprisait l'Église catholique et ses valeurs universalistes. Mein Kampf est explicitement anti-chrétien dans ses présupposés philosophiques.
Le nazisme a persécuté l'Église catholique : 2 579 prêtres catholiques détenus à Dachau, plus de 3 000 prêtres polonais tués, le plan SS Rabat-Fohn qui prévoyait l'enlèvement et l'assassinat du pape lui-même. Confondre l'antijudaïsme chrétien médiéval avec la cause de la Shoah, c'est effacer la spécificité du nazisme comme phénomène politique moderne radicalement nouveau — et paradoxalement exonérer ce régime de sa responsabilité propre.
3. Pie XII n'était pas silencieux. Mais sa parole publique fut délibérément indirecte.
Pie XII a parlé : Summi Pontificatus (1939) est un anti-manifeste contre le nationalisme totalitaire et le racisme, largué par la RAF sur le Reich. Mit Brennender Sorge (1937), qu'il a rédigée comme cardinal Secrétaire d'État, est la condamnation publique la plus dure jamais portée par le Saint-Siège contre un régime contemporain. Son message de Noël 1942 a été lu par le SS-Sicherheitsdienst comme une attaque et par le New York Times comme une condamnation des nazis et fascistes.
Il a agi : 155 couvents romains, 3 000 réfugiés à Castel Gandolfo, prêt d'or à la communauté juive de Rome, instructions orales rapportées d'accueil dans les institutions catholiques, réseaux coordonnés par Burzio, Rotta, Roncalli, Boetto, Palatucci, Nicolini, Palazzini.
Mais il a choisi, délibérément, un langage public indirect. Ce choix avait une justification documentée (l'exemple hollandais, la protection des réseaux de cache) et un coût moral réel (une voix prophétique attendue par des millions de victimes ne s'est pas fait entendre comme un « j'accuse » nominal).
La question historiquement légitime — et non tranchée — est : ce calcul stratégique était-il le meilleur possible ? Les catholiques peuvent rester divisés sur ce point sans pour autant admettre la caricature d'un pape complice ou indifférent. Ce qui est définitivement réfuté par les sources, c'est l'image hochhuthienne d'un pape silencieux par calcul ou par antisémitisme.
4. Nostra Aetate est le point d'arrivée doctrinal définitif.
Depuis 1965, l'Église catholique a définitivement rompu avec toute théologie de la malédiction ou de la culpabilité collective juive. Nostra Aetate §4, Nous nous souvenons, les gestes de Jean-Paul II au Mur des Lamentations (2000) et à Auschwitz, la visite de Benoît XVI à la synagogue de Rome (2010) et à Auschwitz (2006), la visite de François à la Grande Synagogue de Rome (17 janvier 2016) forment une ligne cohérente et progressive.
Un catholique qui exprime aujourd'hui du mépris envers les Juifs, invoque leur culpabilité collective, ou utilise les catégories médiévales du « peuple déicide », ne parle pas au nom de la foi catholique. Il contredit le Magistère vivant de l'Église. Il contredit le Catéchisme de l'Église catholique (§597-598). Et il contredit l'Évangile lui-même — qui est, comme l'a rappelé Pie XI dès 1938 dans une formule devenue célèbre : « Spirituellement, nous sommes des Sémites »[114].
Pour aller plus loin
- La crise de l'Église et la déchristianisation contemporaine — vérité historique, repentance et caricatures modernes.
- La décadence des papes Borgia — péché des chefs et distinction avec la doctrine catholique.
- L'histoire plaide en faveur du catholicisme — bilan historique global et œuvre civilisatrice de l'Église.
- Les guerres de Religion — responsabilité chrétienne et violence politique en Europe.
- Hors de l'Église point de salut — mission, salut universel et refus du mépris religieux.
- Les catholiques qui rejettent l'autorité — comment évaluer un pape contesté avec rigueur historique.
Notes et références
Pinchas E. Lapide, Three Popes and the Jews, Hawthorn Books, New York, 1967, pp. 214-215 : « The Catholic Church, under the pontificate of Pius XII was instrumental in saving at least 700,000, but probably as many as 860,000, Jews from certain death at Nazi hands. » Lapide crédite ainsi l'Église sous Pie XII, non Pie XII personnellement ; le chiffre, obtenu selon l'auteur en retranchant d'une estimation globale les sauvetages attribués aux Églises protestantes, aux communistes et aux autres gentils non chrétiens, est contesté par l'historiographie postérieure. Lapide (1922-1997) fut consul d'Israël à Milan (1948-1950), puis adjoint de Ben Gourion au Press Office, puis théologien juif spécialiste du dialogue judéo-chrétien.
1 61 68Catéchisme de l'Église catholique, §597-598, Mame-Plon, Paris, 1992 (texte officiel français sur Vatican.va). §597 : « on ne peut en attribuer la responsabilité à l'ensemble des Juifs de Jérusalem [...] Encore moins peut-on [...] étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l'espace et dans le temps » ; le §597 cite Nostra Aetate §4 : « Ce qui a été commis durant la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps ». §598 : « l'Église n'hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus ».
2 22Jean Chrysostome, Homélies Adversus Iudaeos I-VIII, Antioche, 386-387 (PG 48, 843-942) ; sur la nature précise de la cible (chrétiens judaïsants, non Juifs en général) et le contexte rhétorique, voir Robert L. Wilken, John Chrysostom and the Jews: Rhetoric and Reality in the Late Fourth Century, University of California Press, Berkeley, 1983, p. 66-94 ; trad. fr. partielle in Paul Mattei, Le christianisme antique de Jésus à Constantin, Armand Colin, Paris, 2008, pp. 295-298.
3Concile du Latran IV (1215), canons 67-70 (le canon 68 impose le signe distinctif, le canon 69 interdit les fonctions publiques aux Juifs et Sarrasins), in Norman P. Tanner SJ (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, Sheed & Ward / Georgetown UP, Washington DC, 1990, vol. I, pp. 265-267. Pour la portée historique, voir Solomon Grayzel, The Church and the Jews in the Thirteenth Century, Dropsie College, Philadelphie, 1933.
4Paul IV, bulle Cum nimis absurdum, 14 juillet 1555 (institution du ghetto de Rome) ; texte in Bullarium Romanum, vol. IV, p. 322 ; sur la longue durée du ghetto romain (1555-1870), voir Kenneth R. Stow, Theater of Acculturation: The Roman Ghetto in the Sixteenth Century, University of Washington Press, Seattle, 2001.
5Jean-Paul II, lettre du 12 mars 1998 préfaçant le document Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, Vatican.va.
6 23Miri Rubin, Gentile Tales: The Narrative Assault on Late Medieval Jews, Yale UP, New Haven, 1999, pp. 7-28 et 105-148 (sur les affaires de Norwich, Lincoln, Trente, etc.) ; sur le refus papal d'authentifier Simon de Trente, voir Ronnie Po-Chia Hsia, Trent 1475: Stories of a Ritual Murder Trial, Yale UP, 1992 ; les bulles Sicut Judaeis sont éditées dans Solomon Grayzel, The Church and the Jews in the XIIIth Century, op. cit.
7 9Innocent IV, confirmation de la Constitutio pro Judaeis avec clause condamnant le libelle du sang (affaire de Fulda), 5 juillet 1247 ; texte in Grayzel, The Church and the Jews in the XIIIth Century, op. cit., pp. 268-271 (teneur confirmée par le rapport Ganganelli, in Cecil Roth, The Ritual Murder Libel and the Jew, 1935). Grégoire X renouvelle la Constitutio en 1272 avec une condamnation explicite du libelle — et non par Turbato corde, qui est une bulle de Clément IV du 26 juillet 1267 sur les judaïsants confiés à l'Inquisition, confirmée par ses successeurs. Martin V renouvelle la protection en 1422 (et non 1419) ; Sixte IV, par le décret Facit nos pietas du 20 juin 1478, déclare la procédure trentine « rite et recte factum » sans autoriser le culte de Simon (cf. Cecil Roth, The Ritual Murder Libel and the Jew, 1935) ; Sixte V ne confirmera le culte — béatification par confirmation de culte — qu'en 1588 ; Paul III, Licet Judaei aux évêques de Hongrie, de Bohême et de Pologne, 1540 (Roth, op. cit.).
8Miri Rubin, Gentile Tales, op. cit., pp. 40-69 (sur le miracle des Billettes de Paris 1290 et la diffusion typologique de l'accusation de profanation d'hosties).
10Jules Isaac, Jésus et Israël, Albin Michel, Paris, 1948 (réed. 1959, préface de Bertrand de Margerie) ; id., Genèse de l'antisémitisme : essai historique, Calmann-Lévy, Paris, 1956 ; sur l'influence directe d'Isaac sur Vatican II, voir John Pawlikowski OSM, Jesus and the Theology of Israel, Michael Glazier, Wilmington, 1989, pp. 14-19 ; biographie : Norman Solomon, Jewish-Christian Dialogue, 2008.
11Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme : essai historique, Calmann-Lévy, Paris, 1956, p. 17 (formule centrale du concept d'« enseignement du mépris »).
12Audience du 13 juin 1960 entre Jules Isaac et Jean XXIII ; témoignage rapporté par Claire Huchet-Bishop, Jules Isaac et l'enseignement du mépris, Cerf, Paris, 1968, p. 124 ; voir aussi le récit de l'audience par Isaac lui-même dans ses notes posthumes éditées par la Société d'Amitié Judéo-Chrétienne de France.
13Édith Stein (sœur Teresa Benedicta de la Croix, OCD), arrêtée par la Gestapo au couvent d'Echt le 2 août 1942 en représailles directes à la lettre pastorale des évêques néerlandais du 26 juillet 1942 ; déportée à Auschwitz-Birkenau et gazée le 9 août 1942. Voir Waltraud Herbstrith OCD, Edith Stein: A Biography, Ignatius Press, San Francisco, 1992 ; et Joachim Bouflet, Édith Stein, philosophe crucifiée, Presses de la Renaissance, Paris, 1998.
14 50Martin Luther, Von den Jüden und iren Lügen, Hans Lufft, Wittemberg, 1543 ; trad. fr. Des Juifs et de leurs mensonges (partielle) in Guy Bedouelle, La Réforme du protestantisme, Desclée, Paris, 1990. Sur la distinction structurelle avec l'antisémitisme racial, voir Thomas Kaufmann, Luthers Juden, Reclam, Stuttgart, 2014.
15Adolf Hitler, Mein Kampf, Franz Eher Verlag, Munich, 1925-1926, vol. I, ch. 11 (sur les « races ») et vol. II, ch. 2 (sur la weltanschauung) ; le christianisme y est explicitement qualifié de « doctrine juive ». Sur l'antichristianisme structurel du nazisme, voir Richard Steigmann-Gall, The Holy Reich: Nazi Conceptions of Christianity, 1919-1945, Cambridge UP, 2003 ; et Michael Burleigh, The Third Reich: A New History, Macmillan, 2000, ch. 6.
16 103Commission pontificale pour les relations religieuses avec le judaïsme, Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, §IV, 16 mars 1998, Vatican.va. Le passage est formulé comme une question dans le texte officiel : « Did anti-Jewish sentiment among Christians make them less sensitive, or even indifferent, to the persecutions launched against the Jews by National Socialism when it reached power? »
17Vote final de Nostra Aetate : 2 221 placet contre 88 non placet, le 28 octobre 1965 (promulgation par Paul VI) ; chiffre des Acta Synodalia repris par l'historiographie (voir par ex. Congressional Record, vol. 151, 2005, E2043).
18Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, §4, promulguée le 28 octobre 1965, Vatican.va. Sur la genèse rédactionnelle du texte et le rôle du cardinal Bea, voir Thomas F. Stransky CSP, The Genesis of Nostra Aetate, 1985 ; Mauro Velati, Dialogo e rinnovamento, Il Mulino, Bologne, 2014.
19 20 21Jean-Paul II, prière déposée au Mur des Lamentations, Jérusalem, 26 mars 2000 ; texte intégral in L'Osservatore Romano, édition hebdomadaire française, 4 avril 2000, p. 1 ; commentaire historique in George Weigel, Witness to Hope: The Biography of Pope John Paul II, HarperCollins, New York, 1999 (édition mise à jour 2005), ch. 18.
24Rolf Hochhuth, Der Stellvertreter (Le Vicaire), Rowohlt Theaterverlag, Hambourg, 1963 ; création berlinoise le 20 février 1963 ; trad. fr. Seuil, Paris, 1963. Pour la critique historiographique des sources de Hochhuth, voir Ronald J. Rychlak, Hitler, the War and the Pope, Our Sunday Visitor, Huntington IN, 2000 (2ᵉ éd. 2010), pp. 1-15 ; et Robert A. Graham SJ, La diplomazia vaticana e l'Europa in guerra, La Civiltà Cattolica, Rome, 1970.
25John Cornwell, Hitler's Pope: The Secret History of Pius XII, Viking, New York / Londres, 1999. Pour la critique académique systématique du Reichskonkordat, voir Rychlak, Hitler, the War and the Pope, op. cit., pp. 88-120 ; José M. Sánchez, Pius XII and the Holocaust: Understanding the Controversy, Catholic University of America Press, Washington DC, 2002 ; Kenneth A. Briggs, « Cornwell's Hitler's Pope », New York Times Book Review, 19 sept. 1999.
26Ronald J. Rychlak, Hitler, the War and the Pope, Our Sunday Visitor, Huntington IN, 2000 (2ᵉ éd. revue et augmentée, 2010). Rychlak est professeur de droit à l'Université du Mississippi.
27Rabbin David G. Dalin, The Myth of Hitler's Pope: How Pope Pius XII Rescued Jews from the Nazis, Regnery History, Washington DC, 2005. Dalin est historien, rabbin conservateur, et n'a aucune affiliation catholique.
28 73John Cornwell, interview accordée au Catholic World Report, septembre 2004 ; reproduite en français in La Documentation catholique, n° 2326, 19 décembre 2004, p. 1138. Cornwell répète sa nuance dans The Pontiff in Winter: Triumph and Conflict in the Reign of John Paul II, Doubleday, 2004. Texte original anglais : « I would now argue, in the light of the debates and evidence following ‘Hitler's Pope', that Pius XII had so little scope of action that it is impossible to judge the motives for his silence during the war, while Rome was under the heel of Mussolini and later occupied by the Germans. »
29Yad Vashem, communiqué de presse du 1ᵉʳ juillet 2012 sur la révision du panneau Pie XII du musée historique de Jérusalem ; couverture in Haaretz 2 juillet 2012 ; analyse historique in Catholic League, Pius XII and Yad Vashem, New York, 2012 ; voir aussi le dossier comparatif de l'ancienne et de la nouvelle version sur le site officiel www.yadvashem.org.
30 31Pinchas E. Lapide, Three Popes and the Jews, Hawthorn Books, New York, 1967, p. 118 : « Of the 44 speeches which the Nuncio Pacelli had made on German soil between 1917 and 1929, at least 40 contained attacks on Nazism or condemnations of Hitler's doctrines. » Sur la base d'un dépouillement systématique de la presse allemande de 1917 à 1929 ; chiffre repris et confirmé par Dalin, The Myth of Hitler's Pope, op. cit., pp. 41-44. Réserve chronologique rédactionnelle : le NSDAP, fondé en 1919-1920, reste marginal jusqu'au milieu des années 1920 ; les discours des années 1917-1922 relèvent donc de la condamnation du nationalisme et du racisme en général.
32Eugenio Pacelli, lettre ouverte à l'évêque de Cologne (cardinal Schulte), mars 1935 ; texte in Pierre Blet SJ, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d'après les archives du Vatican, Perrin, Paris, 1997, pp. 38-39 ; analyse in Owen Chadwick, Britain and the Vatican during the Second World War, Cambridge UP, 1986, pp. 19-22.
33Voir le dépouillement exhaustif de Robert A. Graham SJ, The Pope and Poland in World War Two, Veritas, Londres, 1968 ; et les volumes 1-2 des Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre Mondiale (ADSS), éd. Pierre Blet et al., Libreria Editrice Vaticana, 1965-1967.
34 35Ernst von Bergen (consul général allemand auprès du Saint-Siège), télégramme à la Wilhelmstrasse, n° Pol. IV 1086, 26 janvier 1943, Auswärtiges Amt ; cité en intégralité in Rychlak, Hitler, the War and the Pope, op. cit., p. 183 et Pierre Blet SJ, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, Perrin, Paris, 1997, p. 197. Analyse interne du Sicherheitsdienst (SD) : Bundesarchiv Berlin, R 58/162, rapport du 22 janvier 1943. Texte original allemand : « Seine Worte sind klar — wenn auch unter einem diplomatischen Schleier — und stellen einen Angriff gegen alles dar, was den Nationalsozialismus ausmacht. […] Tatsächlich macht er sich zum Anwalt der jüdischen Kriegsverbrecher. […] Hier verlässt der Papst wirklich die Linie der Neutralität. »
36 45 46 58Konrad Repgen, « Über die Entstehung der Reichskonkordate-Offerte im Frühjahr 1933 », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, 26/4 (1978), pp. 499-534 ; Stewart Stehlin, Weimar and the Vatican, 1919-1933: German-Vatican Diplomatic Relations in the Interwar Years, Princeton UP, 1983.
37Pie XI, encyclique Mit brennender Sorge, 14 mars 1937, Vatican.va ; rédigée en allemand par le cardinal Pacelli avec l'aide des cardinaux Faulhaber, Bertram, Schulte et Preysing ; tirage clandestin d'environ 300 000 exemplaires, distribué dans la nuit du 11 au 12 mars 1937 ; encyclique datée du dimanche de la Passion 14 mars 1937, lue en chaire le dimanche des Rameaux 21 mars 1937. Voir Heinz Hürten, Deutsche Katholiken 1918-1945, Schöningh, Paderborn, 1992, pp. 441-444.
38Pie XI, Mit brennender Sorge, §8, 14 mars 1937, Vatican.va. Texte original allemand : « Wer die Rasse oder das Volk oder den Staat […] aus dieser ihrer irdischen Wertskala herauslöst, sie zur höchsten Norm aller, auch der religiösen Werte macht und sie mit Götzenkult vergottet, der verkehrt und fälscht die gottgeschaffene und gottbefohlene Ordnung der Dinge. »
39Heinz Hürten, Deutsche Katholiken 1918-1945, Schöningh, Paderborn, 1992, pp. 441-444 ; arrestation des imprimeurs et confiscation des presses ; orchestration des procès en « immoralité » contre des religieux comme réplique propagandiste. Voir aussi Klaus Scholder, The Churches and the Third Reich, 2 vol., SCM Press, Londres, 1987-1988.
40Pie XII, encyclique Summi Pontificatus : Sur l'unité de la société humaine, §35-43, 20 octobre 1939, Vatican.va.
41 42 54 65Documentation du largage par la RAF : British National Archives, AIR 20/6765 (octobre-novembre 1939) ; télégramme du consul von Bergen à la Wilhelmstrasse, octobre 1939, Auswärtiges Amt, Pol. IV 1039a ; cités in Rychlak, Hitler, the War and the Pope, op. cit., p. 52 et Dalin, The Myth of Hitler's Pope, op. cit., p. 62.
43 55Pie XII, message radiophonique de Noël Con sempre nuova freschezza, §29, 24 décembre 1942, Vatican.va ; trad. française officielle in Documentation catholique, n° 921, 10 janvier 1943, col. 33-52.
44Sur la campagne de propagande nazie anti-papale et la qualification de « Judenpapst », voir Heinz Hürten, Deutsche Katholiken, op. cit., pp. 502-505 ; et Klaus Gotto, Heinz Hürten, Hans Maier (éd.), Katholiken, Kirche und Staat als Problem der Historie, Schöningh, 1999.
47Éditorial sans signature, « The Pope Speaks », The New York Times, 25 décembre 1942, p. 16. L'éditorial du 25 décembre 1941, « A Christmas Message », est un précédent dans la même ligne. Texte original anglais : « This Christmas more than ever he is a lonely voice crying out of the silence of a continent. […] In calling for a 'real new order' based on 'liberty, justice and love,' to be attained only by a 'return to social and international principles capable of creating a barrier against the abuse of liberty and the abuse of power,' the Pope put himself squarely against Hitlerism. […] The Pope could not be clearer in singling out the Nazis and Fascists as the chief targets of his admonition. »
48Conférence épiscopale des Pays-Bas, lettre pastorale collective contre les déportations des Juifs, lue en chaire le dimanche 26 juillet 1942 ; texte intégral in Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre Mondiale (ADSS), éd. Pierre Blet et al., vol. 8, Libreria Editrice Vaticana, 1974, document n° 496.
49Pierre Blet SJ, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d'après les archives du Vatican, Perrin, Paris, 1997, p. 210 sur la formule de Seyss-Inquart, et passim sur la stratégie vaticane ; traduction anglaise : Pius XII and the Second World War: According to the Archives of the Vatican, Paulist Press, New York, 1999. Blet (1918-2009) est l'un des quatre jésuites mandatés par Paul VI en 1964 pour éditer les Actes et Documents du Saint-Siège (11 volumes, 1965-1981).
51 56Sur la statistique néerlandaise (110 000 déportés sur 140 000, soit ~79 %), voir Jacob Presser, Ondergang: De vervolging en verdelging van het Nederlandse Jodendom 1940-1945, Staatsuitgeverij, La Haye, 1965 ; trad. angl. Ashes in the Wind: The Destruction of Dutch Jewry, Wayne State UP, 2010.
52Adam Stefan Sapieha, archevêque de Cracovie, transmission au nonce Cesare Orsenigo de la demande de ne pas publier les protestations préparées par le Vatican, 1942-1943 ; documents in ADSS vol. 3 (Pologne et pays baltes) et Pierre Blet, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, op. cit., pp. 130-135.
53Démarches du Saint-Siège auprès du régent Miklós Horthy pour interrompre les déportations des Juifs hongrois en juin-juillet 1944 ; télégramme personnel de Pie XII à Horthy, 25 juin 1944 ; in ADSS vol. 10, Libreria Editrice Vaticana, 1980, documents n° 215-243. Voir aussi Randolph L. Braham, The Politics of Genocide: The Holocaust in Hungary, Columbia UP, 2 vol., 1981.
57Israel (Eugenio) Zolli, Before the Dawn: Autobiographical Reflections, Sheed & Ward, New York, 1954 (réed. Ignatius Press, San Francisco, 2008, sous le titre Why I Became a Catholic), pp. 159-162 ; confirmé par les témoignages de responsables de la communauté juive romaine recueillis par Pinchas Lapide, Three Popes and the Jews, op. cit., p. 131.
59 66Michael F. Feldkamp, Goldhagens unwillige Kirche: alte und neue Fälschungen über Kirche und Papst während der NS-Herrschaft, Olzog, Munich, 2003 ; id., « Castel Gandolfo und die Juden 1943-1944 », Rivista di Storia della Chiesa in Italia, 75/1, 2021, pp. 181-210 ; id., interview à Vatican News, 9 février 2022 (« Pope Pius XII knew early about Holocaust and saved many Jews »).
60 62 70 99Sur l'instruction orale donnée au clergé italien d'accueillir les Juifs « par tous les moyens » à l'automne 1943, voir ADSS vol. 9, Libreria Editrice Vaticana, 1975, documents n° 363-410 ; et Andrea Riccardi, L'inverno più lungo: 1943-44: Pio XII, gli ebrei e i nazisti a Roma, Laterza, Rome-Bari, 2008. La plage ADSS citée ne désigne pas un document unique établissant un ordre écrit : il s'agit d'instructions orales rapportées, dont la portée fait débat entre historiens.
63Yad Vashem, base de données des « Justes parmi les Nations » : Pietro Palazzini (reconnu 1985), Pietro Boetto (2001), Angelo Rotta (1997), Giuseppe Maria Palatucci (1990), etc. Consultable sur www.yadvashem.org/righteous. Cette base couvre les statuts de reconnaissance, non les chiffres précis d'actions cités dans le corps, qui sont des estimations de la littérature secondaire.
64 74Rafle du ghetto de Rome, 16 octobre 1943 : 1 259 personnes arrêtées, 1 023 Juifs déportés à Auschwitz par convoi du 18 octobre 1943, 16 survivants (15 hommes et 1 femme). Voir Robert Katz, Black Sabbath: A Journey Through a Crime Against Humanity, Macmillan, New York, 1969 ; Liliana Picciotto, Il libro della memoria: gli ebrei deportati dall'Italia (1943-1945), Mursia, Milan, 2002 ; commémorations de la communauté juive de Rome (1 023 déportés dont 200 enfants, 16 revenus).
67Sur les 60 Juifs cachés à l'Université Pontificale Grégorienne, voir Margherita Marchione, Yours Is a Precious Witness: Memoirs of Jews and Catholics in Wartime Italy, Paulist Press, New York, 1997.
69Michael F. Feldkamp, Pius XII und Deutschland, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 2000, pp. 138-152 ; témoignages oraux recueillis par les villageois de Castel Gandolfo sur les naissances dans les appartements pontificaux. Voir aussi Inside the Vatican, février 2014, « Castel Gandolfo: Home of Popes, Refuge for Jews ».
71 100Témoignages contemporains rapportés in Margherita Marchione, Pope Pius XII: Architect for Peace, Paulist Press, New York, 2000, pp. 87-93.
72Sur l'Unternehmen Rabat-Fohn (plan SS d'enlèvement et d'assassinat de Pie XII, janvier 1944), témoignages d'SS-Obergruppenführer Karl Wolff (chef SS en Italie) au procès Eichmann (1961) et dans des interviews à Robert Katz (Black Sabbath, 1969) ; documents in Dan Kurzman, A Special Mission: Hitler's Secret Plot to Seize the Vatican and Kidnap Pope Pius XII, Da Capo Press, 2007 ; et David Alvarez, Spies in the Vatican: Espionage and Intrigue from Napoleon to the Holocaust, University Press of Kansas, 2002.
75 76Albert Einstein, déclaration à Time, 23 décembre 1940 ; voir aussi « Einstein Tribute to Church », The New York Times, 26 décembre 1940, p. 18 (variante de la citation souvent reproduite). Texte original anglais : « Being a lover of freedom, when the revolution came in Germany, I looked to the universities to defend it. […] But, no, the universities immediately were silenced. Then I looked to the great editors of the newspapers […]. But they, like the universities, were silenced in a few short weeks. […] Only the Church stood squarely across the path of Hitler's campaign for suppressing truth. I never had any special interest in the Church before, but now I feel a great affection and admiration because the Church alone has had the courage and persistence to stand for intellectual truth and moral freedom. »
77 86 87Chaim Weizmann, 1943 : « The Holy See is lending its powerful help wherever it can, to mitigate the fate of my persecuted co-religionists. » Cité in Rabbin David G. Dalin, « A Righteous Gentile: Pope Pius XII and the Jews », The Weekly Standard, 26 février 2001.
78Isaac Herzog, grand rabbin de Palestine mandataire : lettre au cardinal Maglione, juin 1943 (remerciements pour l'œuvre charitable du Saint-Siège en Europe et demande d'aide pour les Juifs détenus en Italie) ; lettre au nonce apostolique en Roumanie, 28 février 1944, exprimant la gratitude envers l'intercession pontificale. Voir Ronald J. Rychlak, « A Question of Judgment: Pius XII & the Jews », Catholic League (5ᵉ partie) ; Pave the Way Foundation, Jewish Reaction to Pius XII (d'après Actes et Documents, vol. 9, p. 575, n° 436).
79Israel (Eugenio) Zolli, Before the Dawn: Autobiographical Reflections, Sheed & Ward, New York, 1954, p. 160. Édition récente : Why I Became a Catholic, Ignatius Press, San Francisco, 2008.
80 90Congrès Juif Mondial, don de 20 000 dollars aux œuvres pontificales en 1945, en reconnaissance de l'action du Saint-Siège pour le sauvetage des Juifs persécutés ; rapporté par le New York Times, 11 octobre 1945. Voir Rychlak, « A Question of Judgment », Catholic League ; Nahum Goldmann, lettre de condoléances à la mort de Pie XII (1958).
82Marcus Melchior, Grand Rabbin du Danemark, cité par Robert M. W. Kempner (juge juif au procès de Nuremberg) dans Edith Stein und Anne Frank: Zwei von hunderttausend, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1968, p. 39 ; voir aussi Robert M. W. Kempner, Ankläger einer Epoche: Lebenserinnerungen, Ullstein, Francfort, 1983. Texte original anglais (traduit de la version danoise circulant dès 1962) : « If the Pope had spoken out, Hitler would probably have massacred many more than six million Jews and perhaps ten times more Catholics — if he had had the time. »
83 93Orchestre Philharmonique d'Israël, concert d'État au Vatican (Septième Symphonie de Beethoven), 26 mai 1955 ; sur l'institution du « Jour de la Gratitude » par les communautés juives italiennes (17 avril 1955), voir Marchione, Architect for Peace, op. cit., p. 156.
84 92Golda Meir, message officiel de condoléances au Saint-Siège, 9 octobre 1958 ; publié par la Jewish Telegraphic Agency, 11 octobre 1958 ; repris in Dalin, The Myth of Hitler's Pope, op. cit., pp. 1-2 ; et Margherita Marchione, Pope Pius XII: Architect for Peace, op. cit., p. 158. Texte original anglais : « We share in the grief of humanity at the passing away of His Holiness Pope Pius XII. In a generation afflicted by wars and discords, he upheld the highest ideals of peace and compassion. When fearful martyrdom came to our people in the decade of Nazi terror, the voice of the Pope was raised for the victims. The life of our times was enriched by a voice speaking out above the tumult of daily conflict on the great moral truths. We mourn a great servant of peace. »
85 91Albert Einstein, lettre à Karl Hauer, citée in Walter Isaacson, Einstein: His Life and Universe, Simon & Schuster, New York, 2007, pp. 388-389 — pages non collationnées mot à mot pour cet article ; la paternité de la formulation restant débattue dans la littérature, la citation est qualifiée de « déclaration attribuée par Time ».
88Israel Zolli, interview à American Hebrew, New York, février 1944 ; cité in Dalin, The Myth of Hitler's Pope, op. cit., p. 80.
89Pape François, audience aux supérieurs et au personnel des Archives à l'occasion du 80ᵉ anniversaire de l'élection de Pie XII, 4 mars 2019 (annonce de l'ouverture des archives du pontificat, effective le 2 mars 2020), Vatican.va. Sur l'ouverture effective le 2 mars 2020 et l'ampleur du corpus (16 millions de pages, 15 000 dossiers, 2 500 fonds) : déclarations conjointes du Préfet des Archives apostoliques (Sergio Pagano) et de l'Archivio della Segreteria di Stato, 1ᵉʳ mars 2020.
94 95 101Père Lothar König SJ, lettre à Robert Leiber SJ, 14 décembre 1942, Archivio Apostolico Vaticano, Segreteria di Stato, Fondo Pio XII, Carte personali ; découverte par l'archiviste Giovanni Coco en 2019, authentifiée et rendue publique en septembre 2023. Sur la transmission probable au pape via Leiber, voir Giovanni Coco, Eugenio Pacelli e l'idea di Europa, Carocci, Rome, 2023.
96Newly discovered letter shows Pope Pius XII almost certainly knew about Nazi death camps, Jewish Telegraphic Agency (JTA), 18 septembre 2023 ; voir aussi What the Vatican and Pius XII knew about the Holocaust, Vatican News, octobre 2023 ; et Vatican archivist discovers letter from Jesuit active in Nazi resistance, Catholic News Service, septembre 2023.
97Yad Vashem, communiqué de presse, 18 septembre 2023 : « Recently discovered letter sheds new light on what Vatican knew about Holocaust » ; disponible sur www.yadvashem.org.
98Sur l'incrédulité initiale des Alliés face aux informations sur l'extermination industrielle, voir Walter Laqueur, The Terrible Secret: Suppression of the Truth About Hitler's « Final Solution », Little Brown, Boston, 1980 ; et Yehuda Bauer, A History of the Holocaust, Franklin Watts, New York, 1982 (révisée 2001).
102Adolf Hitler, Monologe im Führerhauptquartier 1941-1944, éd. Werner Jochmann, Knaus, Hambourg, 1980 (les célèbres Conversations à table recueillies par Heinrich Heim et Henry Picker à la demande de Martin Bormann) ; sur l'antichristianisme structurel de Hitler, voir Burleigh, The Third Reich, op. cit., pp. 717-732.
104Klaus Scholder, The Churches and the Third Reich, vol. 1-2, SCM Press, Londres, 1987-1988 ; John S. Conway, The Nazi Persecution of the Churches 1933-45, Basic Books, New York, 1968 (rééd. Regent College Publishing, 2001) — toujours l'ouvrage de référence sur la Kirchenkampf.
105Statistiques du Konzentrationslager Dachau : 2 720 ecclésiastiques détenus, dont 2 579 catholiques (94,88 %) ; environ 1 748 Polonais ; 1 034 morts au total, dont 868 Polonais. Voir Eugen Weiler, Die Geistlichen in Dachau sowie in anderen Konzentrationslagern und in Gefängnissen, Mödling, 1971 ; et Guillaume Zeller, La baraque des prêtres : Dachau, 1938-1945, Tallandier, Paris, 2015 (trad. angl. The Priest Barracks, Ignatius Press, 2017 : 2 720 clergymen, 2 579 Catholics, 1 034 deaths).
106Sur les 3 000 prêtres polonais tués (dont 1 992 en camp et 787 spécifiquement à Dachau) et la béatification des 108 martyrs polonais du nazisme (Varsovie, 13 juin 1999), voir Jonathan Huener, The Polish Catholic Church under German Occupation: The Reichsgau Wartheland, 1939-1945, Indiana UP, Bloomington, 2021.
107Édith Stein, béatification le 1ᵉʳ mai 1987 (Cologne) et canonisation le 11 octobre 1998 (Rome) par Jean-Paul II ; proclamation comme co-patronne de l'Europe (avec Brigitte de Suède et Catherine de Sienne) le 1ᵉʳ octobre 1999 par la lettre apostolique Spes Aedificandi.
108Maximilien Marie Kolbe OFM Conv., volontaire pour mourir à la place de Franciszek Gajowniczek à Auschwitz, mort par injection de phénol le 14 août 1941 ; béatifié par Paul VI le 17 octobre 1971, canonisé comme « martyr de la charité » par Jean-Paul II le 10 octobre 1982.
109Titus Brandsma OCarm, recteur de l'Université de Nimègue, arrêté pour ses articles dans la presse catholique néerlandaise contre la propagande nazie, mort à Dachau le 26 juillet 1942 par injection de poison administrée par une infirmière SS ; béatifié par Jean-Paul II le 3 novembre 1985, canonisé par François le 15 mai 2022.
110Susan Zuccotti, Under His Very Windows: The Vatican and the Holocaust in Italy, Yale UP, New Haven, 2000 ; lecture critique de la prudence pontificale, contestée point par point par Owen Chadwick, William Doino et Ronald Rychlak.
111Michael Burleigh, Sacred Causes: Religion and Politics from the European Dictators to Al Qaeda, HarperPress, Londres, 2006, p. 221. Texte original anglais : « Pius XII used excessively cautious language when condemning specific acts — perhaps because he believed that public protest would aggravate the lot of the victims, as the Dutch example had shown. Whether or not his judgement was right is a legitimate question; that he was silent through indifference is a fiction. »
112Benoît XVI, décret de reconnaissance des vertus héroïques de Pie XII, 19 décembre 2009.
113Pie XI, allocution aux pèlerins belges de la Compagnie générale transatlantique, 6 septembre 1938 ; texte fragmentaire conservé dans l'Osservatore Romano d'après reportage journalistique : « Notez bien : par le Christ et dans le Christ nous sommes la descendance spirituelle d'Abraham. Spirituellement, nous sommes des Sémites. » Voir Emma Fattorini, Pio XI, Hitler e Mussolini: la solitudine di un papa, Einaudi, Turin, 2007.
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