Saint Jean XXIII — Angelo Giuseppe Roncalli (1881-1963) — est resté dans la mémoire des peuples comme « le bon pape », le vieillard souriant aux bras ouverts qui demanda un soir aux Romains d'aller faire « une caresse » à leurs enfants. Cette image populaire est exacte ; mais elle recouvre une réalité plus profonde, que l'Église a reconnue en l'inscrivant au catalogue des saints le 27 avril 2014 : sous la rondeur du paysan de Bergame se cachait une âme travaillée pendant soixante ans par un seul désir, noté à vingt et un ans dans son journal intime — « Dieu me veut saint sans restriction de termes, et je dois l'être. »[1][2]
Le présent article ne traite pas du pontificat comme tel — l'annonce et l'ouverture du concile Vatican II, les encycliques Mater et Magistra et Pacem in Terris, la diplomatie de la crise de Cuba : tout cela relève du dossier dédié Pape saint Jean XXIII. Il porte sur l'homme et le saint : ses racines paysannes, sa formation, le long combat intérieur consigné dans Le Journal de l'âme, sa spiritualité salésienne de la douceur, son abandon à la Providence, son humilité de gouvernement, sa mort offerte et sa canonisation. C'est l'itinéraire d'un homme qui, parti d'un hameau de métayers, devint l'un des saints les plus aimés du XXᵉ siècle sans jamais cesser d'être lui-même.
L'enfant de Sotto il Monte (1881-1892)
Une famille de métayers, riche de foi
Angelo Giuseppe Roncalli naît le 25 novembre 1881 à Sotto il Monte, un village de la province de Bergame, en Lombardie, et il est baptisé le jour même.[3] Il est le quatrième de treize enfants d'une famille de métayers (mezzadri) : on travaille la terre d'autrui, on partage la récolte, on est pauvre.[4][5] Devenu pape, Roncalli aimera rappeler ses origines sans nostalgie ni honte, avec l'humour tranquille de celui qui sait d'où il vient. On lui prête ainsi ce mot sur son enfance paysanne — il y aurait trois manières de se ruiner, les femmes, le jeu et l'agriculture, et son père aurait choisi la plus ennuyeuse des trois — mais ce mot rapporté n'a pas de source primaire retrouvée et n'est donc rapporté ici que comme tel, sans valeur de verbatim.[6]
La pauvreté de la maison Roncalli n'était pas une misère spirituelle : la biographie officielle souligne qu'elle était « pauvre mais riche de foi », et que les valeurs chrétiennes furent gravées très tôt « dans le cœur du jeune Angelo ».[7] Cette terre, ce travail, cette frugalité ne le quitteront jamais. Il les relira plus tard comme un don de Dieu : le Journal rapporte en substance que, retiré de la campagne, il y aurait reçu de Dieu tout ce qui lui était nécessaire.[8][9]
Le curé Rebuzzini et l'éveil de l'âme
L'enfant grandit sous le regard d'un prêtre qui marquera toute sa vie : le curé de Sotto il Monte, don Francesco Rebuzzini, qui lui donne « une formation ecclésiastique profonde » dont la biographie de canonisation dit qu'elle le « soutiendra dans les difficultés et l'inspirera dans les œuvres de l'apostolat ».[10] C'est auprès de ce curé que l'enfant prend le goût de la prière, de l'examen de conscience et de la direction spirituelle régulière — habitude qu'il gardera jusqu'à sa mort.
La formation d'un saint (1892-1904)
Le séminaire de Bergame et le premier carnet
Entré au séminaire de Bergame vers douze ans, le jeune Roncalli commence dès 1895, à quatorze ans, à tenir des notes spirituelles — résolutions de retraite, examens de conscience, résolutions du jour. Il les poursuivra, sous des formes diverses, jusqu'en 1962.[11][12] Ce sont elles qui, rassemblées et publiées après sa mort, formeront Le Journal de l'âme (Il Giornale dell'Anima), l'un des grands classiques spirituels du XXᵉ siècle. Dès l'adolescence, le futur pape s'y fixe quatre points d'appui d'une simplicité monastique, résumés en substance par le Journal de ses quinze ans : union à Jésus, recueillement en son Cœur, prière du rosaire, présence à soi-même dans chaque décision.[13][14]
Le tertiaire franciscain : « Dieu est tout, je ne suis rien, et cela aujourd'hui me suffit »
En 1896, son directeur de séminaire l'inscrit au Tiers-Ordre franciscain (Ordre franciscain séculier) ; il en professe la Règle en 1897.[15] Ce choix donne à toute sa spiritualité une couleur franciscaine de pauvreté joyeuse et d'effacement de soi, qu'il résumera dans une formule revenant comme un refrain dans son journal, en substance : Dieu est tout, lui n'est rien, et cela lui suffit pour aujourd'hui.[16][17]
Rome, l'ordination, le désir de sainteté
Boursier d'une fondation diocésaine, Roncalli est envoyé achever ses études à Rome, au séminaire de l'Apollinaire. C'est là, au cours d'une retraite, que le séminariste de vingt et un ans consigne la décision qui commande toute sa vie, en substance : Dieu le veut saint sans réserve, et il doit le devenir.[18][19]
Il est ordonné prêtre le 10 août 1904, en l'église Santa Maria in Montesanto, sur la Piazza del Popolo, et célèbre le lendemain sa première messe sur la tombe de saint Pierre.[20][21] Le désir de sainteté n'est plus chez lui une velléité pieuse : il est devenu le programme arrêté d'une existence.
À l'école de Mgr Radini-Tedeschi (1905-1914)
Le maître et le disciple
À peine ordonné, le jeune prêtre devient en 1905 le secrétaire du nouvel évêque de Bergame, Mgr Giacomo Maria Radini-Tedeschi, prélat social, cultivé et réformateur, qu'il servira fidèlement jusqu'à sa mort le 22 août 1914.[22][23] Radini-Tedeschi fut son grand maître humain et spirituel ; Roncalli lui consacrera plus tard une biographie pleine de tendresse filiale. Près de lui, il apprend l'art pastoral, le souci des ouvriers et des pauvres, et la fidélité tranquille à l'Église dans une époque troublée par la crise moderniste.
Le savant : saint Charles Borromée et saint François de Sales
Parallèlement, Roncalli enseigne l'histoire de l'Église au séminaire et se révèle historien rigoureux. Frappé par la figure de saint Charles Borromée, le grand réformateur de Milan, il entreprend l'édition critique des actes de la visite apostolique de Borromée dans le diocèse de Bergame en 1575 — un travail d'érudition colossal qu'il poursuivra, par fidélité, pendant des décennies, jusque sous la pourpre cardinalice.[24] Cette patience de savant, menée sans gloire au milieu de charges écrasantes, est déjà une forme de sainteté cachée.
Dans le même temps, il se nourrit de saint François de Sales, le docteur de la douceur et de la dévotion. La spiritualité salésienne — la mansuétude, la patience, la sainteté offerte à tous dans l'état ordinaire de la vie — deviendra la sienne. Toute la bonté souriante du futur Papa buono a là sa source doctrinale : non un tempérament facile, mais une ascèse de la douceur apprise à l'école de l'évêque de Genève.[25]
L'aumônier des blessés (1915-1918)
Quand l'Italie entre dans la Première Guerre mondiale, Roncalli est mobilisé : d'abord sergent du service de santé et brancardier dans les hôpitaux militaires, puis aumônier auprès des soldats.[26] Le contact prolongé avec les corps déchirés et les agonies des jeunes hommes grave en lui une compassion concrète, charnelle, qui n'a rien d'abstrait. Le pasteur qui visitera plus tard les prisons et les hôpitaux de Rome est né dans ces salles de blessés.
Trente ans hors d'Italie : la sainteté du diplomate (1925-1953)
À partir de 1921, Roncalli est appelé à Rome pour réorganiser l'Œuvre de la propagation de la foi, puis entame une longue carrière diplomatique qui le tiendra éloigné de son pays pendant près de trente ans. On en trouvera le détail institutionnel dans le dossier Pape saint Jean XXIII ; ce qui importe ici, c'est que ces années d'exil furent pour lui une longue école d'abandon.
Oboedientia et Pax : la devise d'une vie
Nommé en 1925 délégué apostolique en Bulgarie, Roncalli est sacré évêque et choisit pour devise deux mots qui résument déjà son âme : Oboedientia et Pax — « Obéissance et paix ».[27] La biographie de canonisation note qu'elle « servit de programme à sa vie ».[28] Lui-même, en 1925, en fait le condensé de sa propre histoire : sa vie et son histoire tiennent, en substance, en ces deux mots, l'obéissance et la paix.[29][30]
L'obéissance, chez lui, n'a rien de servile : c'est l'art de se laisser « docilement transférer là où sa présence était nécessaire », et donc de s'abandonner à la Providence à travers les ordres de ses supérieurs. Là où un ambitieux aurait rongé son frein, Roncalli voit dans chaque mutation imprévue la volonté de Dieu sur lui.
Sofia, Istanbul, Paris : grandir dans l'incompréhension
- 1897Tiers-Ordre franciscain
À seize ans, profession dans l'Ordre franciscain séculier : « Dieu est tout, je ne suis rien, et cela aujourd'hui me suffit. »
- 10 août 1904Ordination sacerdotale
Prêtre à Rome ; première messe sur la tombe de saint Pierre.
- 1905-1914Secrétaire de Radini-Tedeschi
À l'école d'un évêque social ; études sur saint Charles Borromée et saint François de Sales.
- 1925Évêque, devise Oboedientia et Pax
Délégué apostolique en Bulgarie ; dix ans en pays orthodoxe, école de patience œcuménique.
- 1934-1944Istanbul, puis Paris
Délégué en Turquie et Grèce, puis nonce en France : « rechercher constamment la simplicité évangélique ».
- 1953Cardinal et patriarche de Venise
À 71 ans, enfin un ministère directement pastoral, qu'il chérit comme un don.
En Bulgarie (1925-1934), Roncalli passe dix ans dans un pays majoritairement orthodoxe, auprès d'une petite communauté catholique, « endurant en silence les malentendus » et grandissant, dit la biographie officielle, « dans l'abandon au Christ crucifié ».[31] En Turquie et en Grèce (1934-1944), dans la République laïque d'Atatürk, son ministère se distingue par « la manière respectueuse et le dialogue » avec les autres confessions et religions.[32] C'est de ce poste d'Istanbul que, durant la Seconde Guerre mondiale, il s'emploie à sauver des Juifs persécutés — l'aspect diplomatique en est traité dans le dossier du pontificat.
Nommé nonce en France à la Libération (1944), dans un poste explosif, Roncalli « cherche constamment à incarner la simplicité évangélique ».[33] Partout, le même homme : ni carriériste ni frustré, mais un religieux qui transforme la diplomatie en exercice spirituel, faisant de l'obéissance le lieu de sa rencontre avec Dieu.
Le patriarche de Venise (1953-1958)
Créé cardinal par Pie XII en 1953 et nommé patriarche de Venise, Roncalli reçoit enfin, à 71 ans, « le ministère directement pastoral » dont il avait toujours rêvé, et qu'il accueille comme un cadeau du soir de sa vie.[34] Il se croit au seuil de la retraite, près de sa terre natale. Cinq ans plus tard, le conclave en décidera autrement.
La spiritualité de saint Jean XXIII
Tout le reste — l'élection-surprise, le concile, la gloire mondiale — n'a fait que révéler une sainteté patiemment construite dans l'ombre. On peut en distinguer quelques colonnes.
Une âme salésienne : la douceur comme ascèse
La bonté de Jean XXIII n'était pas un trait de caractère facile, mais le fruit d'un long travail à l'école de saint François de Sales. La douceur salésienne — patience avec les autres et d'abord avec soi-même, refus de la dureté, sainteté possible dans l'état ordinaire — irrigue tout son journal. C'est elle qui lui permet, devenu pape, de gouverner sans crispation, de désamorcer les conflits par le sourire, de « recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité », selon le mot célèbre de son discours d'ouverture du concile.
Le Journal de l'âme : l'examen incessant
Le Giornale dell'Anima révèle, sous l'homme public débonnaire, une vie intérieure d'une exigence redoutable : examens de conscience minutieux, lutte contre l'amour-propre, désir répété d'humilité et de pauvreté.[35] On y voit que la fameuse sérénité du pape n'était pas un tempérament reçu, mais une victoire remportée jour après jour sur l'inquiétude et l'ambition. Jean-Paul II le soulignera en le béatifiant : la bonté de ce visage était le rayonnement visible d'une âme.
« Le Pape Jean a laissé dans le souvenir de tous l'image d'un visage souriant et de deux bras ouverts pour embrasser le monde entier. » — Jean-Paul II, homélie de béatification de Jean XXIII, 3 septembre 2000[36]
L'abandon à la Providence : « dors tranquille, Angelo »
Le cœur de sa sainteté est l'abandon. Roncalli a tellement cru que c'est Dieu, et non lui, qui mène l'Église, qu'il en a tiré une liberté désarmante. Ses biographes rapportent ainsi, sans qu'il s'agisse d'une citation directe vérifiée, qu'accablé un soir par les soucis du gouvernement, il se serait rappelé à lui-même que ce n'est pas lui mais l'Esprit Saint qui gouverne l'Église, et qu'il pouvait donc dormir tranquille.[37]
Au-delà de l'anecdote, c'est la clef de tout : un homme qui ne se prend pas pour le sauveur de l'Église ose poser les actes que la peur retient aux autres. Sa hardiesse pastorale est née de son humilité, non d'une assurance de soi.
Le Décalogue de la sérénité : « Rien que pour aujourd'hui »
De cette spiritualité de l'abandon, Jean XXIII a laissé un condensé populaire devenu l'un des textes spirituels les plus diffusés du XXᵉ siècle : le Décalogue de la sérénité (Decalogo della serenità), aussi appelé d'après son refrain « Rien que pour aujourd'hui » (Solo per oggi).[38] Dix résolutions pour vivre le seul jour présent, sans se laisser écraser par le poids de toute une vie :
« Rien qu'aujourd'hui, j'essaierai de vivre ma journée sans chercher à résoudre le problème de toute ma vie. » — Jean XXIII, Décalogue de la sérénité, n° 1[39]
« Rien qu'aujourd'hui, je croirai fermement — même si les circonstances attestent le contraire — que la Providence de Dieu s'occupe de moi comme si rien d'autre n'existait au monde. » — Jean XXIII, Décalogue de la sérénité, n° 9[40]
« Rien qu'aujourd'hui, je n'aurai aucune crainte. Tout particulièrement, je n'aurai pas peur d'apprécier ce qui est beau et de croire à la bonté. » — Jean XXIII, Décalogue de la sérénité, n° 10[41]
Ce petit décalogue dit en clair ce que le Journal de l'âme disait en secret : la sainteté n'est pas un héroïsme du lendemain, mais une fidélité de l'instant présent, recommencée chaque matin. C'est exactement la « petite voie » de la confiance, traduite dans le langage d'un curé de campagne devenu pape.
L'humilité comme méthode de gouvernement
| Trait spirituel | Manifestation chez Roncalli | Source |
|---|---|---|
| Pauvreté franciscaine | Tiers-Ordre (1897) ; « Dieu est tout, je ne suis rien, et cela aujourd'hui me suffit » | Journal de l'âme |
| Désir de sainteté | « Dieu me veut saint sans restriction de termes, et je dois l'être » (21 ans) | Journal de l'âme |
| Obéissance / abandon | Devise Oboedientia et Pax ; anecdote rapportée du sommeil remis à l'Esprit Saint | Journal de l'âme, biographes |
| Douceur salésienne | École de saint François de Sales ; « remède de la miséricorde » | études de Bergame |
| Sérénité de l'instant | Décalogue : « rien que pour aujourd'hui » | Décalogue de la sérénité |
L'humilité de Jean XXIII ne fut jamais une pose : elle fut une manière de gouverner. Refusant de se prendre au sérieux, il désamorçait l'orgueil curial par l'autodérision, recevait les humbles comme des princes et les princes comme des frères, et plaçait au-dessus de tout le service plutôt que le prestige.
« Il Papa buono » : la sainteté visible d'un pasteur
Le surnom de « bon pape » ne fut pas une invention de communicants : il jaillit du peuple, qui reconnut spontanément en Roncalli une bonté évangélique transparente. Jean-Paul II en donnera la formule juste :
« Le Pape qui frappa le monde par son comportement affable, dans lequel transparaissait sa singulière bonté d'âme. » — Jean-Paul II, homélie de béatification, 3 septembre 2000[42]
La tendresse : la « caresse du Pape »
Le soir de l'ouverture du concile, le 11 octobre 1962, devant une foule venue aux flambeaux place Saint-Pierre, le pape improvise quelques mots restés célèbres sous le nom de « discours de la lune ». Il y mêle, avec une simplicité bouleversante, le cosmos et la chambre des enfants :
« En rentrant chez vous, vous trouverez vos enfants. Faites-leur une caresse et dites-leur : ceci est la caresse du Pape. » — Jean XXIII, allocution improvisée du 11 octobre 1962[43]
Le pasteur des prisons et des hôpitaux
Devenu évêque de Rome, Jean XXIII ne se contente pas de gouverner depuis le Vatican : il visite les paroisses, les malades et — geste qui frappa les Romains — les détenus de la prison du Regina Coeli, à Noël 1958, leur disant qu'il était venu parce qu'eux ne pouvaient venir à lui.[44] Cette pastorale de proximité, qui semblait neuve, n'était que la traduction romaine de l'aumônier des blessés de 1915 et du curé de campagne qu'il n'avait jamais cessé d'être.
La mort offerte (3 juin 1963)
« Mon sac est prêt »
Dès septembre 1962, un cancer de l'estomac est diagnostiqué — la maladie qui avait emporté plusieurs des siens. Le pape ouvre le concile en pleine douleur, et tient le mal secret. Quand son état se dégrade au printemps 1963, il vit son agonie comme une dernière offrande, dans « un profond esprit d'abandon à Jésus », selon la biographie de canonisation.[45] Loin de fuir la souffrance, il l'unit au sacrifice du Christ pour l'unité qu'il avait tant désirée.
Le testament d'un saint
Au seuil de la mort, Jean XXIII résume ce qui aura été le trésor de toute sa vie — non une œuvre, non un concile, mais une Personne : dans le « dernier rappel » de son testament spirituel, il rappelle à tous ce qui compte le plus dans la vie, Jésus-Christ béni, sa sainte Église, son Évangile, et dans l'Évangile la vérité et la bonté.[46]
Il meurt le 3 juin 1963, au soir du lundi de Pentecôte, à 81 ans, dans un deuil mondial où croyants et incroyants, dirigeants de l'Est et de l'Ouest, s'inclinèrent ensemble.[47][48] Le détail de cette mort et de son retentissement est repris dans le dossier Pape saint Jean XXIII.
De la mort à la gloire des autels
La réputation de sainteté de Jean XXIII fut immédiate et universelle : dès ses funérailles, beaucoup le tenaient déjà pour un saint.
La béatification (3 septembre 2000)
Le 3 septembre 2000, Jean-Paul II le béatifie, au cours de l'Année jubilaire.[49] Le miracle retenu est la guérison inexpliquée, en 1966, d'une religieuse italienne, sœur Caterina Capitani, atteinte d'une grave hémorragie sur tumeur de l'estomac — la maladie même dont le pape était mort.[50] Le pape qui le béatifie avait siégé comme évêque au concile Vatican II (1962-1965) convoqué et ouvert par Jean XXIII, apportant une contribution importante à la rédaction de la constitution Gaudium et spes[51] : un lien entre les deux saints que leur canonisation commune viendra sceller.
La canonisation (27 avril 2014) et la dispense du second miracle
Le 27 avril 2014, Dimanche de la Miséricorde divine, le pape François canonise Jean XXIII en même temps que Jean-Paul II.[52] Fait remarquable : François dispense Jean XXIII du second miracle habituellement requis, exerçant l'autorité reconnue au pape en cette matière, « sur la base de sa vie vertueuse et exemplaire, et du bien qui découla de son ouverture du concile ».[53][54] L'Église reconnaissait ainsi que la sainteté du Papa buono était assez évidente pour se passer d'un nouveau prodige.
| Étape | Date | Acte de l'Église |
|---|---|---|
| Mort | 3 juin 1963 | Décès au Vatican, lundi de Pentecôte |
| Béatification | 3 sept. 2000 | Par Jean-Paul II (miracle : sœur Caterina Capitani) |
| Décret de canonisation | 5 juillet 2013 | Le pape François dispense du second miracle |
| Canonisation | 27 avril 2014 | Par le pape François, avec Jean-Paul II |
| Fête | 11 octobre | Jour anniversaire de l'ouverture de Vatican II |
Sa fête fut fixée non au jour de sa mort, mais au 11 octobre, anniversaire de l'ouverture du concile — manière de lier à jamais le saint et l'œuvre de sa vie. Son corps, retrouvé remarquablement conservé, repose désormais sous un autel de la basilique Saint-Pierre, où il est vénéré par les pèlerins du monde entier.[55]
L'héritage spirituel de saint Jean XXIII
Le legs le plus profond de Jean XXIII n'est ni diplomatique ni même conciliaire : c'est d'avoir montré que la sainteté reste possible dans l'ordinaire — pour un fils de métayers de Bergame comme pour un cardinal, dans une chancellerie diplomatique comme dans une cure de campagne. Sa vie est la démonstration patiente d'une seule conviction, notée à vingt et un ans : « Dieu me veut saint sans restriction de termes, et je dois l'être. » Il n'a rien fait d'autre, soixante ans durant, que de tenir cette résolution un jour après l'autre — « rien que pour aujourd'hui ».
À l'Église tentée par l'inquiétude, il laisse l'exemple d'un homme qui a tout remis à la Providence et qui, pour cela même, a osé « ouvrir les fenêtres ». À chaque baptisé, il laisse un chemin court et sûr : la douceur, l'abandon, l'humilité, la fidélité de l'instant. C'est pourquoi le peuple chrétien, qui l'avait appelé « bon pape » de son vivant, ne s'est pas trompé en le nommant saint après sa mort.
Pour aller plus loin
- Pape saint Jean XXIII (1881-1963) — le dossier consacré à son pontificat : l'élection-surprise, l'annonce et l'ouverture de Vatican II, les encycliques, la diplomatie de la paix.
- Le concile Vatican II (1962-1965) — la grande œuvre de son pontificat, dont il ne vit que la première session.
- Saint Paul VI (1897-1978) — son successeur, qui mena le concile à son terme.
- Saint Jean-Paul II (1920-2005) — qui le béatifia et fut canonisé le même jour que lui.
- Saint Pie X (1835-1914) — le pape de sa jeunesse sacerdotale, autre saint pontife du XXᵉ siècle.
Notes et références
ZENIT (agence d'information catholique), « "Dieu me veut saint et je dois l'être" : la décision du jeune Roncalli », 22 avril 2014 : fr.zenit.org. Reproduit plusieurs extraits du Journal de l'âme : les quatre résolutions à 15 ans ; « Dieu me veut saint sans restriction de termes, et je dois l'être » (à 21 ans) ; « Dieu est tout, je ne suis rien, et cela aujourd'hui me suffit » ; « Dieu m'a retiré de la campagne… » ; « obéissance et paix : mon histoire et ma vie » (1925).
1 8 13 16 18 29Saint-Siège, biographie officielle de la canonisation de Jean XXIII (27 avril 2014) : vatican.va. Source pour : naissance le 25 novembre 1881 à Sotto il Monte et baptême le jour même ; famille « pauvre mais riche de foi », quatrième de treize enfants ; formation sous le curé Francesco Rebuzzini ; notes spirituelles dès quatorze ans ; inscription au Tiers-Ordre franciscain (1896) et profession (1897) ; ordination le 10 août 1904 ; secrétariat de Radini-Tedeschi ; devise Oboedientia et Pax « programme de sa vie » ; années de Bulgarie « dans l'abandon au Christ crucifié », Turquie/Grèce (« manière respectueuse et dialogue »), France (« simplicité évangélique ») ; patriarcat de Venise ; mort « dans un profond esprit d'abandon à Jésus » ; dispense du second miracle pour la canonisation.
2 3 4 7 10 11 15 20 27 28 31 32 33 34 45 48 53Encyclopædia Britannica, art. « Saint John XXIII » : britannica.com. Source tertiaire, citée uniquement pour recouper l'origine paysanne de métayers et les faits et dates ; le mot sur « les trois manières de se ruiner » est un mot rapporté dont aucune source primaire (biographie, recueil de propos) n'a pu être retrouvée.
5 6 23Jean XXIII (Angelo Roncalli), Le Journal de l'âme (Il Giornale dell'Anima), notes spirituelles tenues de 1895 à 1962, publiées à titre posthume (éd. fr. Cerf). Source de référence pour la vie intérieure du pape : examens de conscience, désir d'humilité et de pauvreté, abandon à la Providence.
9 12 14 17 19 30 35Wikipedia (EN), « Pope John XXIII » : en.wikipedia.org. Données encyclopédiques recoupées : première messe sur la tombe de saint Pierre ; service militaire et aumônerie (1915-1918) ; visite de la prison du Regina Coeli (Noël 1958) ; cancer de l'estomac, mort le 3 juin 1963 ; corps conservé sous un autel de la basilique Saint-Pierre.
21 22 26 44 47 55Wikipédia (FR), « Jean XXIII » : fr.wikipedia.org. Source recoupée pour : ses études de séminaire sur saint Charles Borromée, le concile de Trente et saint François de Sales ; son travail d'édition critique des actes de la visite apostolique de saint Charles Borromée au diocèse de Bergame (1575), poursuivi pendant des décennies.
24 25Jean-Paul II, homélie de béatification de Jean XXIII (et de Pie IX), place Saint-Pierre, 3 septembre 2000 : vatican.va (FR). Citations : « un visage souriant et deux bras ouverts pour embrasser le monde entier » ; « son comportement affable, dans lequel transparaissait sa singulière bonté d'âme ».
36 42 49Anecdote rapportée par les biographes de Jean XXIII, notamment Peter Hebblethwaite, John XXIII: Pope of the Council, Geoffrey Chapman, Londres, 1984 (page exacte non vérifiée : citée ici comme anecdote rapportée, non comme citation directe). Illustre sa confiance et son humilité de gouvernement.
37Jean XXIII, Décalogue de la sérénité (Decalogo della serenità / Solo per oggi, « Rien que pour aujourd'hui »), texte spirituel largement diffusé sous son nom. Texte français de référence : diocèse de Tours, decalogue de la sérénité (PDF, Mgr Jordy) ; voir aussi Aleteia. Citations des n° 1, 9 et 10 (verbatim vérifié en ligne, mot à mot, sur le PDF du diocèse de Tours).
38 39 40 41Jean XXIII, allocution improvisée du soir du 11 octobre 1962 (discorso della Luna, « discours de la lune »). Texte officiel italien : vatican.va — « Tornando a casa, troverete i bambini; date una carezza ai vostri bambini e dite: "Questa è la carezza del Papa". » (verbatim vérifié en ligne ; la traduction française du corps de l'article est fidèle). Contexte confirmé par Radio Vaticana (archives) : archivioradiovaticana.va.
43Jean XXIII, Testament spirituel, section « Dernier rappel » (A Final Reminder) : « I once more remind everyone of what counts most in life: blessed Jesus Christ, His Holy Church, His Gospel; and in the Gospel, above all, the Pater noster… the truth and goodness… » Texte rédigé à Venise le 17 septembre 1957 par le cardinal Angelo Giuseppe Roncalli, confirmé à Rome le 4 décembre 1959 comme Jean XXIII. Texte de référence (vérifié en ligne) : catholicculture.org. La formulation française du corps de l'article est une attribution indirecte, non un verbatim.
46« Canonization of Pope John XXIII and Pope John Paul II », Wikipedia (EN) : en.wikipedia.org. Canonisation du 27 avril 2014 ; dispense du second miracle décrétée par le pape François (décret du 5 juillet 2013) ; miracle de béatification : guérison de sœur Caterina Capitani (1966).
50 52 54Saint-Siège (Salle de presse), biographie officielle abrégée de Jean-Paul II (mise à jour le 30 juin 2005) : vatican.va. Nomination comme évêque titulaire d'Ombi et auxiliaire de Cracovie par Pie XII le 4 juillet 1958, sacre le 28 septembre 1958 en la cathédrale du Wawel ; participation au concile Vatican II (1962-1965) avec une contribution importante à la rédaction de la constitution Gaudium et spes.
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