L'examen de conscience

L'examen de conscience est l'exercice de prière par lequel le chrétien relit ses pensées, paroles et actions devant Dieu pour rendre grâce, reconnaître ses fautes et se convertir : ses racines bibliques, sa méthode (les cinq points de saint Ignace) et sa place dans la vie spirituelle.

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L'examen de conscience est l'exercice par lequel le chrétien revient sur ses pensées, ses paroles et ses actions pour les regarder devant Dieu, reconnaître le bien qu'il a reçu et le mal qu'il a commis, et se laisser convertir. Ce n'est ni un examen psychologique, ni un simple bilan moral fait pour soi : c'est un acte de prière, un face-à-face de l'âme avec son Créateur, dont la fin n'est pas la culpabilité mais l'amour et la conversion[1].

La tradition catholique en distingue deux formes complémentaires. L'examen quotidien est une prière, le plus souvent faite le soir, où l'on relit sa journée pour rendre grâce, repérer ses fautes et se redresser : c'est l'un des plus anciens piliers de la vie intérieure. L'examen préparatoire est celui que le pénitent fait avant de recevoir le sacrement de pénitence, pour confesser ses péchés « à la lumière de la Parole de Dieu »[2]. Les deux se nourrissent l'un l'autre, mais ils ne se confondent pas : on peut faire chaque soir son examen sans aller aussitôt se confesser, et l'examen avant la confession suppose qu'on ait pris l'habitude de se regarder devant Dieu.

L'examen de conscience plonge ses racines dans l'Écriture — « Examinons nos voies » (Lamentations 3, 40), « Que chacun s'examine soi-même » (1 Corinthiens 11, 28) — et dans le « retour au cœur » que saint Augustin a légué à toute la spiritualité chrétienne[3]. Il a hérité, en les transfigurant, des pratiques d'examen du soir des sages antiques. Il a reçu sa forme la plus précise et la plus diffusée de saint Ignace de Loyola, qui en a fait, au cœur de ses Exercices spirituels, un exercice quotidien structuré en cinq points[4]. Aujourd'hui encore, le pape François le présente comme un acte « si important » de la vie spirituelle, qui « ne prend que deux minutes »[5].

Cet article présente l'examen de conscience comme pratique de prière : ses fondements bibliques et patristiques, son histoire, sa méthode, ses liens avec le discernement et la direction spirituelle, et ses pièges. Pour la théologie de la conscience elle-même, voir Qu'est-ce que la conscience morale ?. Pour le sacrement vers lequel l'examen prépare, voir La confession et Comment faire une bonne confession ?.

Qu'est-ce que l'examen de conscience ?

Un regard de foi posé sur sa vie devant Dieu

Examiner sa conscience, ce n'est pas s'analyser soi-même comme on examinerait un dossier : c'est se tenir devant Dieu et le laisser éclairer sa vie. La lumière de l'examen ne vient pas de l'introspection mais de la Parole de Dieu, « lumière sur nos pas »[6], et de l'Esprit Saint qui « convainc le monde en fait de péché » (Jn 16, 8). Le sujet qui examine n'est donc jamais seul avec lui-même : il prie. C'est ce qui distingue radicalement l'examen chrétien d'un bilan moral autonome — il commence par lever les yeux, non par les baisser sur soi.

« Sonde-moi, ô Dieu, connais mon cœur, éprouve-moi, connais mes soucis ; vois si je prends le chemin périlleux, et conduis-moi sur le chemin d'éternité. » — Psaume 138 (139), 23-24[7]

Ce verset donne le ton juste de tout examen : c'est Dieu qui sonde, l'homme qui se laisse sonder. L'examen n'est pas un tribunal où l'âme se juge elle-même avec angoisse, mais une remise confiante de soi à celui qui voit le cœur. Sa visée est positive : non pas s'enfermer dans la honte, mais reconnaître l'amour reçu, mesurer les manques, et repartir.

Examen de conscience et conscience morale : une distinction nécessaire

L'examen de conscience suppose la conscience morale, mais il ne s'y réduit pas. La conscience morale est, selon le Catéchisme, « un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît la qualité morale d'un acte concret »[8] : c'est la faculté qui, avant l'acte, discerne le bien à faire et le mal à éviter, et qui, après l'acte, témoigne. L'examen de conscience, lui, est l'exercice par lequel on actualise ce témoignage : on revient sur les actes posés pour les confronter à la vérité.

Autrement dit, la conscience morale est une réalité permanente de la personne ; l'examen est une pratique régulière qui la met en œuvre. Sans examen, la conscience la mieux formée reste muette, faute d'être interrogée. C'est pourquoi saint Augustin, cité par le Catéchisme, ne dit pas seulement « écoute ta conscience », mais « fais retour » à elle, « interroge-la » — un verbe d'action, qui décrit exactement l'examen. La théologie de la conscience est développée dans l'article Qu'est-ce que la conscience morale ? ; le présent article porte sur l'acte de l'examiner.

Les deux grandes formes : examen quotidien et examen préparatoire

La tradition a fixé deux usages de l'examen, qu'il faut bien distinguer pour ne pas appauvrir le premier en le réduisant au second.

Forme de l'examenQuandFinalité premièreSource de référence
Examen quotidien (de prière)Chaque jour, le plus souvent le soirRelire sa journée, rendre grâce, se convertir, discerner les mouvements intérieursExercices spirituels de saint Ignace, n° 43 ; Introduction à la vie dévote II, 11
Examen préparatoireAvant la confessionReconnaître ses péchés pour les confesser intégralementConcile de Trente, session XIV ; Catéchisme § 1454

L'erreur fréquente consiste à ne connaître que la seconde forme — l'examen « pour se confesser » — et à ignorer la première. Or l'examen quotidien est la pratique mère : c'est l'habitude de se regarder chaque soir devant Dieu qui rend l'examen de confession facile, vrai et sans angoisse. Un chrétien qui ne s'examine que la veille d'une confession trimestrielle aura toujours du mal à se souvenir et à discerner ; celui qui fait son examen chaque soir arrive au confessionnal le cœur clair. Le présent article traite surtout de l'examen quotidien, en renvoyant pour l'examen préparatoire aux articles dédiés à la confession.

Les racines bibliques de l'examen

« Examinons nos voies » : l'appel de l'Écriture

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L'examen de conscience n'est pas une invention spirituelle tardive : il est commandé par l'Écriture elle-même. Le livre des Lamentations, au cœur du deuil de Jérusalem, en donne la formule la plus nette, où l'examen est inséparable de la conversion :

« Examinons nos voies, scrutons-les, et revenons jusqu'à Yahvé. Élevons notre cœur, avec nos mains, vers le Dieu qui est aux cieux. » — Lamentations 3, 40-41[9]

Le Psaume 4, prière du soir par excellence, fait de l'examen un acte couché, intime, accompli dans le silence et la paix : « Réfléchissez sur votre couche, et taisez-vous » (Ps 4, 5)[10]. C'est exactement la posture de l'examen quotidien que recommanderont, des siècles plus tard, Ignace et François de Sales. Le Psaume 138 (139), déjà cité, demande à Dieu lui-même de sonder le cœur. L'examen biblique n'est donc jamais un repli sur soi : il est un dialogue où l'on prie Dieu de faire la lumière.

« Que chacun s'examine soi-même » : l'examen avant la communion

Le Nouveau Testament lie explicitement l'examen à la réception des sacrements. Avant de communier au corps et au sang du Christ, saint Paul exige un examen, sous peine de manger et boire indignement :

« Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe. Car celui qui mange et boit sans discerner le Corps, mange et boit sa propre condamnation. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 11, 28-29[11]

Le même Apôtre élargit l'exigence à toute la vie de foi : « Examinez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes » (2 Co 13, 5)[12]. L'examen est ainsi posé comme une condition de vérité de la vie chrétienne : on ne s'approche pas du Christ sans s'être regardé devant lui. Cette racine paulinienne fonde aussi bien l'examen préparatoire à la confession que la relecture quotidienne ; elle explique pourquoi la tradition liera toujours étroitement examen, adoration eucharistique et communion.

Le « retour au cœur » selon saint Augustin

C'est saint Augustin qui a donné à l'examen sa formule spirituelle la plus profonde : le « retour au cœur » (redire ad cor). Pour Augustin, l'homme se perd en se dispersant au-dehors ; il se retrouve en rentrant en lui-même, là où Dieu l'attend. Le Catéchisme reprend cet enseignement au paragraphe consacré à l'intériorité de la conscience :

« Fais retour à ta conscience, interroge-la… Rentrez en vous-mêmes, frères, et en tout ce que vous faites, regardez le Témoin, Dieu. » — Saint Augustin, Commentaire sur la première épître de Jean, traité 8, 9, cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1779[13]

Augustin ne propose pas une simple inspection morale : il invite à descendre sous le regard de Dieu, « témoin » intérieur. L'examen devient alors une rencontre : on ne se regarde pas seul, on se regarde « sous les yeux de Dieu ». Cette intériorité augustinienne traversera toute la spiritualité monastique et fera de l'examen non un moment de crispation, mais le lieu d'une présence.

Un héritage antique assumé et transfiguré

L'examen du soir des philosophes

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Avant le christianisme, la sagesse gréco-romaine connaissait déjà la pratique de l'examen du soir. Les Vers d'or attribués à l'école de Pythagore prescrivaient de ne pas s'endormir sans avoir repassé sa journée : « Ne laisse pas le doux sommeil entrer dans tes yeux avant d'avoir examiné chacune des actions du jour : en quoi ai-je fauté ? qu'ai-je fait ? quel devoir ai-je omis ? »[14]. Le stoïcien Sénèque, héritier du philosophe romain Quintus Sextius, décrit sa propre pratique avec une précision qui annonce étonnamment l'examen chrétien :

« Chaque jour, je plaide ma cause devant moi-même. Quand on m'a ôté la lumière et que ma femme, qui connaît mon habitude, s'est tue, je passe en revue ma journée tout entière, je remesure mes actes et mes paroles… Quel mal as-tu guéri aujourd'hui ? À quel vice as-tu résisté ? En quoi es-tu meilleure ? » — Sénèque, De la colère (De ira), III, 36, 1-2[15]

Cette page de Sénèque est l'un des plus anciens témoignages détaillés d'un examen quotidien méthodique. La tradition chrétienne ne l'a pas ignorée : elle l'a reçue et transfigurée.

De la sagesse païenne à la conversion chrétienne

L'examen antique et l'examen chrétien partagent la forme — relire sa journée le soir — mais diffèrent radicalement par leur âme. Le tableau suivant compare les deux pour montrer ce que la foi a ajouté.

DimensionExamen stoïcien (Sénèque, Sextius)Examen chrétien (Ignace, François de Sales)
Devant qui ?Devant soi-même, sa propre raisonDevant Dieu, témoin et juge aimant
ButProgrès moral, maîtrise de soi, sérénitéConversion, amour de Dieu, sainteté
Premier mouvementBilan des fautes et des résistancesAction de grâce pour le bien reçu
Issue de la fauteRésolution de la volontéContrition, demande de pardon, grâce
MoteurL'effort de l'homme sur lui-mêmeLa grâce de Dieu sollicitée

La différence décisive tient au premier et au dernier mot. L'examen chrétien commence par rendre grâce — il regarde d'abord les dons de Dieu, non les manques de l'homme — et il s'achève non sur une crispation de la volonté mais sur une demande de grâce. Là où le stoïcien compte sur lui-même, le chrétien compte sur Dieu. C'est pourquoi les Pères ont pu reprendre la pratique antique sans la christianiser de force : il leur suffisait d'en changer le centre de gravité, du moi vers Dieu.

L'examen de conscience dans la tradition spirituelle

Les Pères et les moines : la garde du cœur

Dès les premiers siècles, les Pères du désert et la tradition monastique ont fait de l'examen un instrument central de la « garde du cœur » (custodia cordis). Le moine est invité à veiller sans cesse sur le flux de ses pensées (logismoi), à les discerner, à repérer celles qui viennent de l'ennemi, et à en rendre compte chaque jour. Cassien, transmettant à l'Occident la sagesse des moines d'Égypte, recommande cette vigilance scrutatrice du cœur comme la condition de toute pureté intérieure[16]. La Règle de saint Benoît intègre cette vigilance à la prière de Complies et au silence de la nuit : la journée se referme sur un retour sur soi devant Dieu, dans la paix.

De cette tradition naîtra l'habitude, transmise jusqu'à nous, de placer l'examen le soir, au terme de la journée, comme un sceau posé sur les heures écoulées avant de les remettre à Dieu pour la nuit.

Saint Ignace de Loyola : l'examen au cœur des Exercices

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C'est saint Ignace de Loyola (1491-1556) qui a donné à l'examen sa forme la plus précise et la plus universellement diffusée. Dans ses Exercices spirituels, l'examen n'est pas un appendice : c'est un exercice quotidien fondamental, que le jésuite et le retraitant pratiquent même les jours où ils ne peuvent rien faire d'autre. Ignace en distingue deux : l'examen particulier et l'examen général.

L'examen particulier : combattre un défaut dominant

L'examen particulier (Exercices spirituels, nn. 24-31) vise un seul défaut ou une seule vertu à acquérir, pour concentrer le combat spirituel au lieu de le disperser. Ignace en règle le déroulement avec une précision militaire, en trois temps dans la journée[17]. Au réveil, on prend la résolution de se garder du défaut visé. Après le repas de midi, on demande à Dieu la grâce de se souvenir combien de fois on est tombé, puis on en fait le compte. Le soir, après le souper, on recommence ce relevé. Ignace recommande même de noter le nombre de fautes, jour après jour, pour comparer une période à l'autre et vérifier les progrès — la fameuse petite ligne de points de son carnet d'examen.

Cette méthode, en apparence comptable, vise en réalité une prise de conscience concrète : on ne combat bien que ce qu'on a clairement identifié et mesuré. L'examen particulier est encore aujourd'hui l'un des moyens les plus efficaces pour travailler sur un point précis de conversion.

L'examen général et ses cinq points

L'examen général (Exercices spirituels, n° 43) embrasse toute la journée et se déroule en cinq points, qui sont devenus la structure classique de l'examen de conscience dans l'Église :

« Le premier point est de rendre grâce à Dieu notre Seigneur pour les bienfaits reçus. Le deuxième, de demander la grâce de connaître ses péchés et de les rejeter. Le troisième, de demander compte à son âme depuis l'heure du lever jusqu'au présent examen, heure par heure ou période par période, d'abord quant aux pensées, puis quant aux paroles, puis quant aux actions. Le quatrième, de demander pardon à Dieu notre Seigneur de ses fautes. Le cinquième, de former le propos de s'amender avec sa grâce. » — Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 43[18]

L'ordre est tout sauf indifférent. On commence par l'action de grâce — donc par Dieu et ses dons — et non par la liste des fautes ; on demande la lumière avant de regarder, car l'homme seul ne voit pas ses péchés ; on relit ensuite « pensées, paroles, actions » ; et l'on finit par le pardon demandé et la résolution prise « avec sa grâce ». Cet enchaînement protège l'examen de ses deux dérives opposées : le découragement (car il s'ouvre sur la gratitude) et la présomption (car il se referme sur la grâce, non sur l'effort seul).

Chez Ignace, l'examen général est aussi inséparable du discernement des esprits : relire sa journée, c'est repérer les mouvements de consolation et de désolation, donc apprendre où Dieu attire et où l'ennemi tire. Sur ce point, voir Qu'est-ce que le discernement des esprits ?.

Saint François de Sales : l'exercice du soir

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Saint François de Sales (1567-1622) a popularisé l'examen auprès des laïcs dans son chef-d'œuvre, l'Introduction à la vie dévote (1609), destiné non aux moines mais aux chrétiens engagés dans le monde. Au chapitre « De l'exercice du soir et de l'examen de conscience », il en fait une habitude simple et douce, à la portée de tous[19]. Le soir, après avoir remercié Dieu de l'avoir gardé, on repasse sa conduite de la journée, on s'humilie de ses manquements sans se troubler, on en demande pardon, et l'on s'endort dans la confiance.

Le génie salésien est d'avoir dédramatisé l'examen : il doit être paisible, bref, sans angoisse, comme le regard d'un enfant qui rend compte à un père aimant. Cette douceur sera la marque de l'école française de spiritualité.

Le Curé d'Ars et la tradition moderne

Les saints des siècles suivants ont gardé fidèlement l'examen du soir. Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars (1786-1859), en donne un exemple saisissant, où la relecture du jour devient communion à la Passion du Christ :

« Qu'il est consolant de souffrir sous les yeux de Dieu, et de pouvoir se dire le soir dans son examen : "Allons, mon âme, tu as eu aujourd'hui deux ou trois heures de ressemblance avec Jésus-Christ. Tu as été flagellée, couronnée d'épines, crucifiée avec lui !" » — Saint Jean-Marie Vianney, Pensées[20]

L'examen, ici, ne sert pas seulement à compter les fautes : il sert à reconnaître l'œuvre de Dieu dans la journée, jusque dans les épreuves. C'est la note positive de l'examen chrétien, trop souvent oubliée : il s'agit aussi de voir où l'on a aimé, souffert, servi — où le Christ a vécu en nous.

Comment faire un bon examen de conscience ?

Les cinq pas de l'examen quotidien

La méthode la plus éprouvée reste celle des cinq points ignatiens, que l'on peut faire en quelques minutes, chaque soir. Le tableau suivant les présente sous leur forme pratique, avec ce que chacun engage.

PasGeste intérieurCe qu'on demande
1. Action de grâceRelire les dons de la journée« Merci pour… » : reconnaître le bien reçu
2. Demande de lumièreInvoquer l'Esprit Saint« Montre-moi ce que tu vois en moi »
3. RelectureRepasser la journée (pensées, paroles, actions, mouvements du cœur)Où ai-je aimé ? où ai-je manqué ?
4. ContritionDemander pardon pour les fautes« Pardonne-moi pour… »
5. RésolutionDécider un pas concret pour demain, avec la grâce« Demain, avec ton aide, je… »
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Le pape François, lui-même jésuite, a redonné à cet exercice toute son actualité, en insistant sur sa brièveté et sa simplicité :

« L'examen de conscience quotidien est si important : avant de terminer la journée, s'arrêter un moment. Que s'est-il passé ? […] Faites-le, juste deux minutes, mais ça vous fera du bien, je vous l'assure. » — Pape François, audience générale du 30 novembre 2022[21]

Deux minutes suffisent : l'examen n'est pas une corvée d'introspection, mais un rendez-vous quotidien avec Dieu.

L'examen particulier sur un défaut dominant

À côté de l'examen général, il est précieux de reprendre la méthode de l'examen particulier : choisir, pour une saison de sa vie, un seul point de combat — une impatience, un mensonge habituel, un manque de charité, une négligence de la prière — et le surveiller spécialement, en notant ses progrès. Concentrer ainsi l'effort sur un front unique évite la dispersion et donne des résultats que l'examen général, plus diffus, n'obtient pas seul. C'est la voie classique pour déraciner un défaut dominant plutôt que de se lamenter chaque soir sur les mêmes chutes sans jamais les attaquer à la racine.

Quand et combien de temps ?

La tradition privilégie le soir, au terme de la journée, juste avant le coucher — comme le Psaume 4 et toute la tradition monastique. Certains ajoutent un examen plus bref à la mi-journée, dans la ligne de l'examen particulier ignatien. L'essentiel n'est pas la durée mais la fidélité : un examen court mais quotidien vaut infiniment mieux qu'un long examen occasionnel. Comme le rappelle le pape François, deux minutes suffisent pour commencer. La régularité du rendez-vous importe davantage que sa longueur : c'est l'habitude qui forme le regard intérieur.

L'examen en préparation à la confession

Lorsqu'il prépare le sacrement de pénitence, l'examen prend une note particulière : il vise à reconnaître les péchés à confesser, pour une confession intègre. Le concile de Trente demande du pénitent un examen diligent de sa conscience avant de s'accuser[22]. Le Catéchisme précise la lumière sous laquelle le mener :

« Pour préparer la réception de ce sacrement, on doit faire un examen de conscience à la lumière de la Parole de Dieu. Les textes les plus aptes à cet effet sont à chercher dans le Décalogue et dans la catéchèse morale des Évangiles et des lettres des apôtres. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1454[23]

Cet examen ne doit toutefois pas être anxieux ni tatillon : il se fait « à la lumière de la Parole de Dieu », non d'une introspection inquiète. Le détail de la préparation au sacrement — comment s'examiner, comment s'accuser, comment exprimer la contrition — est développé dans Comment faire une bonne confession ? et La confession, vers lesquels on se reportera. Pour la qualité du regret qui doit accompagner cet aveu, voir Comment grandir dans la contrition.

Examen, discernement et direction spirituelle

L'examen, école du discernement des esprits

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Chez Ignace, l'examen n'est pas seulement un relevé des fautes : il est une école du discernement. En relisant sa journée, on apprend à repérer les mouvements intérieurs — ce qui a donné paix, joie, élan vers Dieu (consolation) et ce qui a laissé trouble, repli, découragement (désolation) — et à reconnaître d'où ils viennent. Le pape François lui-même a inscrit son enseignement sur l'examen quotidien dans une catéchèse sur le discernement[24]. Pratiqué ainsi, l'examen devient le laboratoire quotidien où se forme l'art de discerner la volonté de Dieu. Cette dimension est développée dans Qu'est-ce que le discernement des esprits ?.

Le rôle de la direction spirituelle

L'examen gagne en justesse lorsqu'il est éclairé par un accompagnateur spirituel. Seul, l'examen risque de tourner court : on se sur-accuse sur des broutilles et l'on reste aveugle sur l'essentiel. Le directeur spirituel aide à nommer ce qui compte vraiment, à distinguer la faute du simple scrupule, et à choisir le bon point d'examen particulier. La relecture régulière de sa vie devant un accompagnateur prolonge et corrige l'examen personnel. Sur ce moyen de croissance, voir Comment grandir dans la direction spirituelle.

Les pièges et les fautes fréquentes

Le scrupule : examiner sans paix

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Le danger le plus connu de l'examen est le scrupule : l'âme inquiète qui s'examine sans fin, voit du péché partout, ne trouve jamais la paix et transforme un exercice d'amour en machine à angoisse. François de Sales, grand directeur d'âmes scrupuleuses, y répondait par la douceur et la confiance, recommandant de ne pas s'attarder à disséquer ses états intérieurs :

« Vous faites toujours trop de considération et d'examen pour connaître d'où les sécheresses vous arrivent. […] Il ne faut pas être si curieuse que de vouloir savoir d'où procède la diversité des états de votre vie ; il faut être soumise à tout ce que Dieu en ordonne, et s'arrêter là. » — Saint François de Sales, lettre à Mme de la Fléchère, Annecy, 5 août 1611[25]

L'examen vrai conduit à la paix, jamais à l'obsession. S'il enferme dans l'inquiétude, c'est qu'il s'est détourné de Dieu vers le moi : il faut alors le raccourcir, le simplifier, et le remettre sous le regard d'un confesseur ou d'un directeur.

L'examen qui se regarde soi-même au lieu de Dieu

Le second piège est plus subtil : faire de l'examen un face-à-face avec soi au lieu d'un face-à-face avec Dieu. On scrute alors sa performance morale comme on consulterait un tableau de bord, dans une logique de perfectionnisme ou, à l'inverse, de complaisance. Mais l'examen chrétien n'a de sens que sous le regard de Dieu : c'est lui qui sonde le cœur (Ps 138), lui le « Témoin » d'Augustin. Dès que le moi remplace Dieu, l'examen devient soit narcissique, soit désespérant. Le premier point ignatien — commencer par l'action de grâce — est précisément le garde-fou contre cette dérive : il tourne d'emblée le regard vers le Donateur.

L'examen routinier ou purement moralisant

Le troisième piège est l'usure : l'examen réduit à une liste mécanique de fautes récitée sans cœur, ou à un moralisme sec qui ne compte que les manquements et oublie l'amour. Un examen vivant inclut toujours la gratitude (où Dieu m'a fait du bien aujourd'hui), la relecture des mouvements du cœur (où ai-je été attiré, où repoussé), et un pas concret pour demain. Sans cela, il dégénère en comptabilité morale, étrangère à la joie de l'Évangile. L'examen est une prière : il vit de la relation, non du barème.

L'examen de conscience et la vie dans la Divine Volonté

L'examen quotidien trouve un sommet inattendu dans la spiritualité de la Divine Volonté. Pour la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), relire sa journée ne consiste pas d'abord à compter ses fautes, mais à chercher la Volonté de Dieu dans chaque heure écoulée, pour s'unir à elle et réparer là où elle a manqué. La croix et la lumière de Dieu, dit-elle, rendent l'âme « transparente », au point de lui faire repérer ses moindres défauts :

« La croix, par sa lumière, donne à l'âme des facettes aussi variées que splendides. […] Puisqu'elle rend l'âme transparente, elle lui permet de repérer ses plus petits défauts et ses moindres imperfections. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 22 juillet 1899[26]

Dans cette perspective, l'examen devient une relecture de la journée dans la Volonté divine : non plus seulement « où ai-je péché ? », mais « où la Volonté de Dieu a-t-elle régné en moi, et où l'ai-je refusée ? ». La pratique des « tournées » dans la Divine Volonté prolonge cette relecture en parcourant toute la création et toute l'histoire pour y reconnaître et y aimer l'action de Dieu. Voir Que signifie faire les tournées dans la Divine Volonté ?. Ainsi compris, l'examen n'enferme pas l'âme dans ses fautes : il l'ouvre à la sainteté à laquelle Dieu l'appelle.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1454 : « Pour préparer la réception de ce sacrement, on doit faire un examen de conscience à la lumière de la Parole de Dieu. Les textes les plus aptes à cet effet sont à chercher dans le Décalogue et dans la catéchèse morale des évangiles et des lettres des apôtres : Sermon sur la montagne, enseignements apostoliques (cf. Rm 12-15 ; 1 Co 12-13 ; Ga 5 ; Ep 4-6, etc.). »

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 1779, sur l'intériorité de la conscience : « Il est important que chacun soit suffisamment présent à soi-même pour entendre et suivre la voix de sa conscience », citant saint Augustin, In epistulam Johannis ad Parthos tractatus (Commentaire sur la première épître de Jean), tr. 8, 9 (PL 35, 2041) : « Fais retour à ta conscience, interroge-la… Rentrez en vous-mêmes, frères, et en tout ce que vous faites, regardez le Témoin, Dieu. »

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  3. Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 43 (« Examen général de conscience »), énonçant les cinq points : action de grâce, demande de la grâce de connaître ses péchés, reddition de compte heure par heure (pensées, paroles, actions), demande de pardon, propos de s'amender avec la grâce, conclu par un Pater noster. Composé par Ignace entre 1522 et 1535, approuvé par Paul III (bref Pastoralis officii, 31 juillet 1548).

    4 18
  4. Pape François, audience générale du 30 novembre 2022 (catéchèse sur le discernement, n° 10, « La consolation authentique ») : « L'examen de conscience quotidien est si important : avant de terminer la journée, s'arrêter un moment. Que s'est-il passé ?… Faites-le, juste deux minutes, mais ça vous fera du bien, je vous l'assure. » Texte sur vatican.va.

    5 21 24
  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 1785, sur la formation de la conscience : « Dans la formation de la conscience, la Parole de Dieu est la lumière sur notre route ; il nous faut l'assimiler dans la foi et la prière, et la mettre en pratique. »

    6
  6. Psaume 138 (139), 23-24, traduction de la Bible de Jérusalem (Éd. du Cerf). Psaume traditionnellement lu comme une prière demandant à Dieu lui-même de sonder le cœur de l'orant.

    7
  7. Catéchisme de l'Église catholique, § 1778 : « La conscience morale est un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît la qualité morale d'un acte concret qu'elle va poser, est en train de poser ou a déjà accompli. » Cf. la distinction entre la conscience (faculté permanente) et son examen (acte régulier), développée dans l'article quest-ce-que-la-conscience-morale.

    8
  8. Lamentations 3, 40-41, Bible de Jérusalem. Le verset associe explicitement l'examen (« examinons nos voies, scrutons-les ») à la conversion (« et revenons jusqu'à Yahvé »).

    9
  9. Psaume 4, 5, Bible de Jérusalem : « Frémissez et ne péchez plus ; parlez en votre cœur, sur votre couche faites silence. » La Vulgate latine porte « quae dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini », lue par la tradition comme un appel à l'examen du soir.

    10
  10. Saint Paul, 1 Corinthiens 11, 28-29, Bible de Jérusalem. Texte fondateur du lien entre examen de soi et réception digne de l'Eucharistie.

    11
  11. Saint Paul, 2 Corinthiens 13, 5, Bible de Jérusalem : « Examinez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes. »

    12
  12. Vers d'or (Chrysâ epê) attribués à l'école pythagoricienne, v. 40-44, prescrivant l'examen du soir ; cités notamment par Épictète (Entretiens, III, 10) et repris par toute la tradition antique. Traduction française d'après les éditions courantes des Vers d'or pythagoriciens.

    14
  13. Sénèque, De la colère (De ira), livre III, chap. 36, § 1-2. Sénèque y attribue cette pratique de l'examen quotidien du soir au philosophe Quintus Sextius. Texte latin : « Omnia mea cotidie apud me causam dico… Quod hodie malum tuum sanasti ? cui vitio obstitisti ? qua parte melior es ? » Éd. de référence : Sénèque, Dialogues, t. I (De la colère), Les Belles Lettres (Collection des Universités de France).

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  14. Jean Cassien, Conférences (Collationes), notamment Conf. I (de l'abbé Moïse, sur le discernement) et Conf. II, sur la discretio et la garde des pensées (logismoi). Éd. Sources Chrétiennes, n° 42. Cassien transmet à l'Occident latin la pratique monastique de l'examen vigilant du cœur héritée des Pères du désert.

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  15. Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, nn. 24-31 (« Examen particulier quotidien »). Ignace règle l'exercice en trois temps (au lever, après le repas de midi, après le souper), avec relevé écrit du nombre de fautes et comparaison d'une période, d'un jour et d'une semaine à l'autre. Texte de référence : Exercices spirituels, trad. et présentation usuelles (éd. Desclée de Brouwer / Christus).

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  16. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (1re éd. 1609), deuxième partie, chapitre XI : « De l'exercice du soir et de l'examen de conscience ». Œuvre destinée aux laïcs (« Philothée »), qui démocratise l'examen quotidien hors des cloîtres. Éd. de référence : Œuvres de saint François de Sales, t. III, Annecy.

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  17. Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars (1786-1859), Pensées, éd. Artège, 2015, p. 20. Le saint y présente l'examen du soir comme une relecture où l'âme reconnaît sa « ressemblance avec Jésus-Christ » jusque dans les souffrances de la journée.

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  18. Concile de Trente, session XIV (25 novembre 1551), Doctrine sur le sacrement de pénitence, chap. 5 (« De la confession ») : pour la confession intègre, le pénitent doit avoir examiné avec soin et diligence les replis de sa conscience afin de confesser tous les péchés mortels dont il a conscience. Cf. Denzinger-Hünermann, Enchiridion Symbolorum, nn. 1679-1683.

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  19. Saint François de Sales, lettre DCCIV à Mme de la Fléchère, Annecy, 5 août 1611 (dame laïque, mère de famille, dirigée par le saint ; reçue religieuse de la Visitation sur son lit de mort). Le saint y met en garde contre l'excès d'examen et de « considération », invitant à la « simple et douce humilité » plutôt qu'à l'analyse anxieuse de ses états intérieurs. Éd. de référence : Œuvres de saint François de Sales, édition d'Annecy (Monastère de la Visitation), t. XV (Lettres, 1611-1613), lettre DCCIV, p. 58.

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  20. Luisa Piccarreta (1865-1947), Servante de Dieu, « la petite fille de la Divine Volonté ». Parole rapportée : Le Livre du Ciel (Il Libro del Cielo), tome 2, 22 juillet 1899. Éd. de référence : Centro Studi Piccarreta (Corato). Sur la relecture de la journée dans la Volonté divine, voir l'article que-signifie-faire-les-tournees-dans-la-divine-volonte.

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