Jean-Marie Vianney (Dardilly, 1786 — Ars-sur-Formans, 1859), universellement connu comme le Curé d'Ars, est un prêtre français qui a fait d'une paroisse rurale obscure de la Dombes l'un des plus grands foyers spirituels du XIXᵉ siècle. Élève médiocre, longtemps recalé à cause du latin, échappé de justesse à la conscription napoléonienne, il fut ordonné prêtre presque par tolérance — et devint, par la seule force de la pénitence, de la prière et de la charité, le confesseur le plus recherché de France.[1][2]
Pendant quarante et un ans, de 1818 à sa mort, il ne quitta presque jamais le petit village d'Ars, où il arriva en trouvant une population indifférente et des cabarets pleins, et qu'il transforma en une paroisse fervente. Dans les dix dernières années de sa vie, il passait seize à dix-huit heures par jour au confessionnal, et l'on venait de toute l'Europe attendre des jours entiers pour se confesser à lui.[3][4]
« Le Sacerdoce, c'est l'amour du cœur de Jésus. » — Saint Jean-Marie Vianney[5]
Doué de discernement des esprits et lisant, dit-on, dans les âmes, en butte aux assauts nocturnes du démon qu'il appelait familièrement « le grappin », modèle d'austérité et de douceur, il est béatifié en 1905 par saint Pie X et canonisé en 1925 par Pie XI, qui le proclame en 1929 patron de tous les curés. En 2009, Benoît XVI ouvre une Année sacerdotale en le désignant comme modèle de tous les prêtres.[6][7] Sa figure prolonge dans la France post-révolutionnaire la grande tradition pastorale de saint Vincent de Paul et de saint Jean Eudes.
L'enfant de Dardilly dans la tourmente révolutionnaire
Naissance et famille (1786)
Jean-Marie-Baptiste Vianney naît le 8 mai 1786 à Dardilly, un village de paysans à quelques lieues au nord-ouest de Lyon.[8][9] Il est le quatrième des six enfants de Matthieu Vianney et de Marie Beluze, une famille de cultivateurs profondément chrétienne et charitable : la maison Vianney accueillait volontiers les mendiants, et la tradition familiale veut que Benoît-Joseph Labre, le saint mendiant en route vers Rome, y ait été reçu — avant même la naissance de Jean-Marie, Labre étant mort en 1783.[10] La piété simple de sa mère marque très tôt l'enfant, qui garde toute sa vie une dévotion tendre et confiante.
Une enfance sous la Terreur : la foi clandestine
Jean-Marie a trois ans lorsqu'éclate la Révolution française ; il grandit donc dans une Église persécutée. Après la Constitution civile du clergé (1790), la plupart des prêtres de la région refusent le serment schismatique : ce sont les prêtres réfractaires, traqués, contraints de célébrer la messe en secret, au péril de leur vie.[11][12] L'enfant apprend ainsi le catéchisme et la foi dans la clandestinité, au milieu des granges et des fermes isolées où les fidèles se rassemblent la nuit.
Cette expérience décisive lui enseigne très jeune le prix du prêtre et de la messe : il voit des laïcs risquer la prison pour assister à une eucharistie célébrée à la dérobée. La conviction qui dominera toute sa prédication — qu'un village sans bon prêtre est un village abandonné — plonge ici ses racines.
La première communion dans une grange (1799)
C'est dans ce climat de péril que Jean-Marie fait sa première communion en 1799, à treize ans, dans une grange dont on avait barricadé les fenêtres avec des charrettes de foin pour dissimuler la lumière des cierges, tandis que des guetteurs surveillaient les chemins.[13] Toute sa vie, il gardera le souvenir de cette eucharistie cachée. Le surnaturel ne fut jamais pour lui une abstraction : il l'avait reçu, enfant, comme un trésor défendu.
La vocation contrariée
L'appel tardif et l'école de l'abbé Balley
Jean-Marie sent grandir en lui le désir du sacerdoce, mais tout semble s'y opposer. Il faut d'abord le travail de la ferme, puis l'absence d'instruction : à dix-sept ans passés, il sait à peine lire et écrire. En 1806, l'abbé Charles Balley, curé d'Écully, ouvre dans son presbytère une petite école pour former des vocations tardives, et accepte ce paysan de vingt ans qui ne connaît presque rien.[14][15] Balley devient pour lui un maître, un père et un modèle ; sa mort, en 1817, sera l'un des grands deuils de la vie du saint.
Le calvaire du latin
L'obstacle le plus humiliant fut le latin, langue de l'Église et des études ecclésiastiques. L'intelligence de Vianney était droite et profonde, mais sa mémoire, fatiguée et tardive, se refusait aux déclinaisons. Au séminaire de Verrières, où il entre vers 1812, on doit l'autoriser à suivre le cours de philosophie en français, faute de pouvoir le suivre en latin.[16] Renvoyé un temps, repris par charité, il manque à plusieurs reprises d'être écarté définitivement.
Ce long échec scolaire est l'une des clés de sa sainteté : il y apprit l'humilité jusqu'à la racine, et toute sa vie il se tint pour le dernier et le plus indigne des prêtres. Quand l'examinateur lui demanda enfin ce qu'il savait, l'abbé Balley plaida pour lui en assurant que ce candidat médiocre serait un grand confesseur — prophétie qui se révéla exacte au-delà de toute mesure.[17]
L'épisode de la conscription (1809-1810)
En 1809, alors qu'il a commencé ses études, Vianney est appelé sous les drapeaux par la conscription de Napoléon : la guerre d'Espagne et le besoin urgent de recrues avaient fait lever l'exemption dont jouissaient les élèves ecclésiastiques du diocèse du cardinal Fesch, et son père tenta en vain de lui procurer un remplaçant. Tombé malade au moment du départ, séparé de son convoi, il se retrouve, presque sans l'avoir voulu, déserteur. Il vit alors quatorze mois caché dans le hameau des Noës, sous un faux nom, comme maître d'école, tandis que son jeune frère se porte substitut à sa place.[18][19] L'amnistie générale de 1810, à l'occasion du mariage de l'Empereur, met fin à cette situation et lui permet de reprendre paisiblement le chemin du sacerdoce.
Séminaire, échecs et ordination (1815)
Au terme d'un parcours semé d'échecs, ses supérieurs, touchés par sa piété, sa pénitence et sa pureté, décident de l'admettre aux ordres. Il est ordonné diacre à Lyon le 23 juin 1815, puis prêtre le 13 août 1815 à Grenoble, par Mgr Claude Simon, évêque de Grenoble.[20][21] Il a vingt-neuf ans. Nommé vicaire à Écully auprès de l'abbé Balley, il y exerce trois ans, dans l'ombre de son maître, jusqu'à la mort de celui-ci en 1817.
« Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! S'il se comprenait, il mourrait... Si nous n'avions pas le sacrement de l'Ordre, nous n'aurions pas Notre-Seigneur. » — Saint Jean-Marie Vianney[22]
Le Curé d'Ars
Arrivée dans un village indifférent (1818)
En 1818, l'abbé Vianney est envoyé desservir Ars, un hameau de quelque deux cent trente âmes perdu dans la plaine humide de la Dombes, dans l'actuel département de l'Ain. La tradition rapporte que, ne trouvant pas son chemin dans le brouillard, il demanda sa route à un jeune berger, et lui dit : « Tu m'as montré le chemin d'Ars, je te montrerai le chemin du Ciel. »[23] Il arrive le 13 février 1818.[24]
Le village qu'il découvre est religieusement tiède : on travaille le dimanche, les cabarets ne désemplissent pas, les bals rassemblent la jeunesse, la messe est désertée. Le nouveau curé décide de tout reconquérir, non par l'éclat de la parole — il n'était pas grand orateur — mais par la prière, la pénitence et la patience.
La reconquête d'une paroisse : pénitence et prédication
Le Curé d'Ars commença par se faire victime pour ses paroissiens. Il dormait peu, sur une paillasse, ne mangeait souvent que quelques pommes de terre cuites une fois pour toute la semaine, multipliait les veilles, les disciplines et les jeûnes, persuadé qu'on ne convertit les âmes qu'au prix de sa propre chair.[25][26] Il répétait, en substance, que Dieu ne refuse rien à qui s'offre en sacrifice pour les âmes.
Sa prédication, d'abord laborieusement écrite et apprise par cœur, devint avec les années brûlante de simplicité. Il parlait du péché et de la miséricorde, de la mort et du Ciel, avec des larmes ; il lui arrivait de pleurer en chaire en évoquant l'amour de Dieu méprisé. Peu à peu, la paroisse changea de visage : on revint à la messe, à la confession, à la prière en famille.
La guerre aux cabarets et aux bals
Le saint mena un combat acharné contre tout ce qui, à ses yeux, perdait les âmes : le blasphème, le travail du dimanche, l'ivrognerie des cabarets et surtout la danse, qu'il jugeait occasion de péché pour la jeunesse de son temps.[27] Il alla jusqu'à refuser l'absolution à ceux qui s'obstinaient à fréquenter les bals, et obtint la fermeture des cabarets installés près de l'église. Cette intransigeance, qui peut surprendre, s'accompagnait d'une douceur infinie au confessionnal : il était dur avec le péché et tendre avec le pécheur.
La Providence (1824)
En 1824, le Curé d'Ars fonde une œuvre qui lui tint particulièrement à cœur : La Providence, un refuge et une école gratuite pour les filles pauvres et orphelines du pays, qu'il confia à des jeunes filles dévouées, dont Catherine Lassagne, qui deviendra l'un de ses témoins les plus précieux.[28][29] Il y mit tous ses revenus et toute sa tendresse, mendiant lui-même pour nourrir ses enfants. L'établissement fonctionna jusqu'en 1847, avant d'être confié à des religieuses.[30]
« Mon secret est bien simple : c'est de tout donner et de ne rien garder. » — Saint Jean-Marie Vianney[31]
Le surnaturel à Ars
Ces faits sont rapportés ici avec leur poids de témoignage : nombre d'entre eux ont été recueillis sous serment lors du procès de canonisation, auprès de témoins nombreux — prêtres, paroissiens, pèlerins. On distingue dans ce qui suit ce qui est solidement attesté de ce qui relève de la tradition.
Les assauts du « grappin »
À partir de 1824 environ, et durant plus de trente ans, le presbytère d'Ars fut, selon de nombreux témoignages, le théâtre de phénomènes nocturnes inexpliqués : coups violents contre les portes, voix, bruits de foule, rideaux du lit secoués, et même, une nuit, l'incendie inexpliqué de la couche du saint.[32][33] Le Curé d'Ars attribuait ces vexations au démon, qu'il appelait avec une familiarité désarmante « le grappin ». Plusieurs prêtres et visiteurs venus passer la nuit au presbytère en furent témoins.
Loin de l'effrayer, ces assauts le rassuraient : il y voyait le signe qu'une grande conversion se préparait, et assurait, en substance, que le démon est malin mais sans force devant un simple signe de croix.[34] La théologie spirituelle classique connaît bien ces vexations extérieures du démon, distinctes de la possession, et permises par Dieu pour purifier et avertir.
Sainte Philomène et les guérisons
Le Curé d'Ars eut une dévotion ardente envers sainte Philomène, jeune martyre romaine dont les reliques avaient été découvertes en 1802 et dont le culte se répandait alors. Il lui éleva une chapelle à Ars et lui attribuait volontiers les guérisons miraculeuses obtenues par les pèlerins, par humilité, pour détourner de lui-même l'attention.[35] Lorsqu'il fut lui-même guéri d'une grave maladie en 1843, il en rapporta tout le mérite à « sa chère petite sainte ».
La multiplication du blé
Parmi les faits rapportés au procès, l'un des plus célèbres est la multiplication du grain survenue vers 1829, lors d'une mauvaise récolte, alors que le grenier de La Providence était presque vide et que le curé devait nourrir ses orphelines. Il aurait glissé une relique de saint François Régis dans le peu de blé restant et confié l'affaire à la prière ; peu après, selon le témoignage du maire Mandy, qui détenait la clé du grenier, et de Catherine Lassagne, la réserve se trouva mystérieusement comblée.[36][37] On rapporta de même une multiplication de farine au pétrin. Ces faits, recueillis sous serment, ne s'imposent pas comme des certitudes scientifiques, mais le sérieux et la concordance des témoins interdisent de les écarter par simple parti pris.
Le confesseur de la France
Seize heures au confessionnal
Le ministère qui fit la gloire d'Ars fut la confession. À mesure que la réputation de sainteté du curé se répandait, les pénitents affluèrent de toute la France et bientôt de l'étranger. Dans les dix dernières années de sa vie, le Curé d'Ars passait de seize à dix-huit heures par jour au confessionnal en été, et onze à douze heures en hiver, commençant avant l'aube et ne s'arrêtant qu'à la nuit.[38][39] C'était un martyre quotidien : enfermé dans une étroite logette glaciale ou étouffante, à peine nourri, il se livrait sans relâche au pardon des péchés.
« Le bon Dieu sait toutes choses. D'avance, il sait qu'après vous être confessé, vous pécherez de nouveau, et cependant il vous pardonne. » — Saint Jean-Marie Vianney[40]
Le don de lire les cœurs
De très nombreux témoins ont attesté que le Curé d'Ars était doué de discernement des esprits et qu'il lisait dans les âmes : il révélait à des pénitents des fautes oubliées ou cachées, devançait leurs aveux, annonçait des conversions ou des morts.[41][42] Ce charisme, fréquent chez les grands directeurs spirituels, n'était pour lui qu'un instrument au service du salut : il ne s'en servait jamais pour étonner, mais pour réveiller les consciences endormies et rendre l'espérance aux désespérés.
Le pèlerinage d'Ars
Ars devint l'un des plus grands lieux de pèlerinage du XIXᵉ siècle. Les chiffres, à manier avec prudence, donnent la mesure du phénomène :
| Période | Affluence rapportée | Source |
|---|---|---|
| Vers 1830 | Premiers pèlerins, surtout régionaux | Biographies[43] |
| 1855 | Environ 20 000 pèlerins par an | Catholic Encyclopedia[44] |
| Fin de vie (1858-1859) | Estimation jusqu'à ~100 000 visiteurs par an | Tradition et chroniques locales[45] |
Le chiffre de 20 000 pèlerins en 1855 est le mieux établi ; les estimations de fin de vie, beaucoup plus hautes, sont rapportées par les chroniques locales sans pouvoir être garanties avec la même rigueur. À partir de 1853, l'afflux était tel qu'une équipe de missionnaires diocésains, dont l'abbé Toccanier, vint seconder le vieux curé épuisé.[46]
Quatre fuites vers le cloître
Écrasé par cette charge et par le sentiment de son indignité, le Curé d'Ars aspira toute sa vie à la solitude d'un moine. À quatre reprises, il s'enfuit nuitamment de sa paroisse pour aller pleurer ses péchés dans le silence — la dernière fois en 1853 — mais chaque fois ses paroissiens le rattrapèrent et le ramenèrent, et chaque fois il reprit, par obéissance et par amour, le chemin du confessionnal.[47] Ce combat entre l'attrait du cloître et le devoir pastoral est l'un des traits les plus émouvants de sa sainteté.
La doctrine du Curé d'Ars
Le Curé d'Ars n'a pas laissé de traité ; sa doctrine nous est parvenue par ses catéchismes, recueillis et publiés par l'abbé Alfred Monnin dès 1864, puis par les recueils de paroles, dont celui de Bernard Nodet que cite Benoît XVI.[48][49] C'est une théologie de prêtre et de pasteur, simple, concrète, brûlante — mais d'une profondeur que les grands théologiens ont saluée.
« Le sacerdoce, c'est l'amour du cœur de Jésus »
Au centre de tout se trouve sa vision vertigineuse du sacerdoce. Pour le Curé d'Ars, le prêtre prolonge sur terre l'action du Christ : sans lui, ni absolution, ni eucharistie, ni viatique.
« Si nous comprenions bien ce que c'est qu'un prêtre sur la terre, nous mourrions : non de frayeur, mais d'amour... Le sacerdoce, c'est l'amour du cœur de Jésus. » — Saint Jean-Marie Vianney[50]
« Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre, on y adorera les bêtes. » — Saint Jean-Marie Vianney[51]
C'est précisément cette doctrine qui valut au Curé d'Ars d'être donné en modèle aux prêtres du monde entier, de Pie XI à Benoît XVI.
« Il est là » : l'Eucharistie
Le cœur de sa piété fut la présence réelle. On le voyait passer de longues heures immobile devant le tabernacle. Interrogé sur ce qu'il faisait, il répondait par l'anecdote, devenue célèbre, d'un paysan d'Ars qui demeurait des heures en silence dans l'église — anecdote que le Catéchisme de l'Église catholique lui-même rapporte pour définir la contemplation :
« Je l'avise, et il m'avise », disait à son saint curé le paysan d'Ars en prière devant le tabernacle. — Catéchisme de l'Église catholique, n° 2715[52]
« Il est là, celui qui nous aime tant ! Pourquoi ne l'aimerions-nous pas ? » — Saint Jean-Marie Vianney[53]
La prière, union avec Dieu
Le Curé d'Ars enseignait une prière humble et continuelle, à la portée des plus simples. Il refusait le verbiage et invitait au regard du cœur.
« La prière n'est autre chose qu'une union avec Dieu... C'est un avant-goût du Ciel, un écoulement du Ciel sur la terre. » — Saint Jean-Marie Vianney[54]
« On n'a pas besoin de tant parler pour bien prier. » — Saint Jean-Marie Vianney[55]
Cette doctrine de la prière simple et confiante le rapproche de sainte Thérèse d'Avila et annonce la petite voie de sainte Thérèse de Lisieux, qui sera comme lui une grande sainte française du regard d'enfant posé sur Dieu.
La miséricorde plus grande que le péché
Contre le rigorisme janséniste qui avait desséché tant de consciences françaises, le Curé d'Ars prêcha sans relâche la miséricorde de Dieu, plus grande que toutes les fautes.
« Nos fautes sont des grains de sable à côté de la grande montagne des miséricordes de Dieu. » — Saint Jean-Marie Vianney[56]
« Ce bon Sauveur est si rempli d'amour pour nous qu'il nous cherche partout. » — Saint Jean-Marie Vianney[57]
Marie, la Vierge donnée en héritage
Fidèle à la grande dévotion mariale française de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, le Curé d'Ars voyait dans la Vierge le dernier don du Christ en croix.
« Jésus-Christ, après nous avoir donné tout ce qu'il pouvait nous donner, veut encore nous faire héritiers de ce qu'il y a de plus précieux, c'est-à-dire sa Sainte Mère. » — Saint Jean-Marie Vianney[58]
La mort et la gloire
Les derniers jours (1859)
Usé par quarante et un ans de pénitence et de confessionnal, le Curé d'Ars s'éteint à Ars le 4 août 1859, vers deux heures du matin, à l'âge de soixante-treize ans, entouré d'une foule de prêtres et de fidèles en larmes.[59][60] La nouvelle de sa mort se répand aussitôt dans toute la France. Son corps, exhumé desséché mais intact lors des reconnaissances canoniques, repose aujourd'hui exposé dans la basilique d'Ars, le visage recouvert d'un masque de cire apposé avant l'ensevelissement.[61]
Béatification (1905) et canonisation (1925)
L'héroïcité de ses vertus est reconnue dès 1874 sous Pie IX, qui le déclare Vénérable. Saint Pie X le béatifie le 8 janvier 1905 et le donne comme patron aux prêtres de France. Puis Pie XI le canonise le 31 mai 1925, lors de l'Année sainte, devant une foule immense.[62][63] La rapidité relative de ce procès, à peine deux générations après sa mort, témoigne de l'évidence de sa sainteté aux yeux de l'Église.
Patron des prêtres : de Pie XI à Benoît XVI
En 1929, Pie XI proclame saint Jean-Marie Vianney patron de tous les curés de l'univers. Trente ans plus tard, pour le centenaire de sa mort, Jean XXIII lui consacre l'encyclique Sacerdotii Nostri Primordia (1ᵉʳ août 1959), longue méditation sur l'identité du prêtre à la lumière du Curé d'Ars.[64] Enfin, en 2009-2010, Benoît XVI ouvre une Année sacerdotale pour le 150ᵉ anniversaire de sa mort et le propose comme modèle non plus seulement des curés, mais de tous les prêtres du monde.[65]
| Étape | Date | Pape |
|---|---|---|
| Décret d'héroïcité des vertus (Vénérable) | 3 octobre 1874 | Pie IX |
| Béatification | 8 janvier 1905 | saint Pie X |
| Canonisation | 31 mai 1925 | Pie XI |
| Patron des curés | 1929 | Pie XI |
| Encyclique Sacerdotii Nostri Primordia | 1ᵉʳ août 1959 | Jean XXIII |
| Année sacerdotale, proposé en modèle à tous les prêtres | 2009-2010 | Benoît XVI |
Héritage
Saint Jean-Marie Vianney demeure le modèle universel du prêtre de paroisse : non le savant ni l'administrateur, mais l'homme de Dieu qui se sanctifie et sanctifie son peuple par la prière, la pénitence et le sacrement de la réconciliation. À l'heure où l'on s'interroge sur la place du prêtre et l'avenir des paroisses, sa leçon reste d'une actualité brûlante. Le petit village d'Ars, devenu sanctuaire (voir l'article Sanctuaire d'Ars), continue d'attirer chaque année des centaines de milliers de pèlerins et de prêtres venus se ressourcer auprès du « plus extraordinaire des curés ordinaires ».
« Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, c'est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse. » — Saint Jean-Marie Vianney[66]
Pour aller plus loin
- Sanctuaire d'Ars — le village et la basilique, grand lieu de pèlerinage où repose le corps du saint ; pour l'histoire du sanctuaire lui-même.
- Saint Vincent de Paul — le grand rénovateur du clergé français et de la charité, dont le Curé d'Ars prolonge l'esprit pastoral.
- Saint Jean Eudes — apôtre de la formation des prêtres et du Cœur de Jésus, source de la spiritualité sacerdotale française.
- Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716) — missionnaire et maître de la dévotion mariale dont s'inspirait le Curé d'Ars.
- Saint Benoît-Joseph Labre (1748-1783) — le saint mendiant que la tradition familiale associe au toit des Vianney, avant la naissance du Curé d'Ars.
- Sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897) — l'autre grande sainte française du regard d'enfant et de la confiance, copatronne des missions.
- La confession — le sacrement dont le Curé d'Ars fut, par excellence, le ministre infatigable.
Notes et références
Léon Clugnet, "St. John Baptist Vianney", The Catholic Encyclopedia, vol. VIII, Robert Appleton Company, New York, 1910 : newadvent.org/cathen/08326c.htm. Notice biographique de référence : naissance le 8 mai 1786 à Dardilly, fils de Matthieu Vianney et Marie Beluze ; difficultés d'études et cours de philosophie suivi en français à Verrières ; ordination le 13 août 1815 à Grenoble par Mgr Simon, évêque de Grenoble ; nomination à Ars en 1818 ; seize à dix-huit heures par jour au confessionnal dans les dix dernières années ; environ 20 000 pèlerins par an en 1855 ; mort le 4 août 1859 ; béatification le 8 janvier 1905 ; fête le 4 août.
1 3 6 8 12 15 16 18 20 30 38 41 44 59 62Wikipédia (FR), "Jean-Marie Vianney" : fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Vianney. Détails biographiques : contexte révolutionnaire et prêtres réfractaires, première communion en 1799 dans une grange familiale, épisode de la conscription et de la désertion involontaire (frère porté substitut), ordination par Claude Simon le 13 août 1815, phénomènes diaboliques au presbytère, estimations de fin de vie de l'affluence des pèlerins.
2 9 10 11 13 19 21 23 26 32 45Wikipedia (EN), "John Vianney" : en.wikipedia.org/wiki/John_Vianney. Confirme : prédications contre le blasphème et la danse, refus d'absolution aux récalcitrants ; onze à douze heures au confessionnal en hiver, jusqu'à seize en été ; dévotion à sainte Philomène et guérison de 1843 ; quatre fuites d'Ars, la dernière en 1853 ; canonisation le 31 mai 1925 par Pie XI ; corps exhumé retrouvé desséché mais intact, visage recouvert d'un masque de cire apposé avant l'ensevelissement.
4 27 35 39 47 61 63Benoît XVI, Lettre pour l'ouverture de l'Année sacerdotale à l'occasion du 150ᵉ anniversaire du « dies natalis » du saint Curé d'Ars, 16 juin 2009 : vatican.va. Le pape cite explicitement Bernard Nodet, Le Curé d'Ars. Sa pensée — Son cœur, éd. Xavier Mappus, 1958, pour les paroles : « Le Sacerdoce, c'est l'amour du cœur de Jésus » (p. 98) ; « Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! » (p. 97) ; « Si nous n'avions pas le sacrement de l'Ordre... » (p. 98-99) ; « Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre, on y adorera les bêtes » (pp. 98-100) ; « Le bon Dieu sait toutes choses... et cependant il vous pardonne » (p. 130) ; « Ce bon Sauveur est si rempli d'amour... » (p. 50) ; « On n'a pas besoin de tant parler pour bien prier » (p. 85) ; « Mon secret est bien simple : c'est de tout donner... » (p. 215) ; « Un bon pasteur... le plus grand trésor » (p. 101).
5 7 22 31 40 49 50 51 55 57 65 66Sanctuaire d'Ars, chronologie officielle ("Timeline") : arsnet.org/en/timeline. Repères de dates : formation auprès de l'abbé Balley à Écully à partir de 1806, ordination diaconale à Lyon le 23 juin 1815, arrivée à Ars le 13 février 1818, érection d'Ars en paroisse en 1821, fondation de La Providence en 1824, mort le 4 août 1859 vers deux heures du matin, béatification (1905), canonisation (1925), proclamation comme patron céleste de tous les curés (1929).
14 24 28 60Abbé Francis Trochu, Le Curé d'Ars, saint Jean-Marie-Baptiste Vianney (1786-1859), d'après les Actes du procès de canonisation et de nombreux documents inédits, Lyon-Paris, 1925. Biographie critique de référence, fondée sur les actes du procès ; édition anglaise consultable sur archive.org. Source des détails sur l'austérité, le don de lecture des âmes, les phénomènes du presbytère et l'organisation des pèlerinages.
17 25 33 34 37 42 43 46Catherine Lassagne, Petit mémoire sur M. Vianney, manuscrit déposé au procès de canonisation. Témoignage de première main d'une collaboratrice de La Providence, source des faits domestiques (multiplication du blé, vie quotidienne du presbytère).
29 36Abbé Alfred Monnin, Le Curé d'Ars : vie de M. Jean-Baptiste-Marie Vianney et Esprit du Curé d'Ars dans ses catéchismes, ses confessions et sa conversation, Paris, 1864 et éditions suivantes. Biographie et recueil de paroles par un prêtre contemporain ayant connu le saint ; source classique des catéchismes du Curé d'Ars.
48Catéchisme de l'Église catholique, n° 2715 : vatican.va. Texte : « La contemplation est regard de foi, fixé sur Jésus. "Je l'avise et il m'avise", disait à son saint curé le paysan d'Ars en prière devant le tabernacle. » Le Catéchisme reprend cette parole pour définir la contemplation comme regard d'amour réciproque.
52Sanctuaire d'Ars, "Words of the Curé d'Ars" : arsnet.org/en/words-of-the-cure-dars. Source des sentences : « La prière n'est autre chose qu'une union avec Dieu » ; « Il est là, celui qui nous aime tant ! » ; « Nos fautes sont des grains de sable à côté de la grande montagne des miséricordes de Dieu » ; « Jésus-Christ... veut encore nous faire héritiers de ce qu'il y a de plus précieux, c'est-à-dire sa Sainte Mère ».
53 54 56 58Jean XXIII, Sacerdotii Nostri Primordia, lettre encyclique pour le premier centenaire de la mort du saint Curé d'Ars, 1ᵉʳ août 1959 : vatican.va. Méditation magistérielle sur l'ascèse, la prière et le zèle pastoral de saint Jean-Marie Vianney, donné en exemple à tous les prêtres.
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