Saint Justin de Jacobis (1800-1860)

Justin de Jacobis (1800-1860), prêtre lazariste italien, fut le premier vicaire apostolique d'Abyssinie. En se faisant « Abyssin avec les Abyssins » sans jamais rompre la communion avec Rome, il fonda les Églises catholiques éthiopienne et érythréenne. Canonisé en 1975 par Paul VI.

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Justin de Jacobis (San Fele, 1800 — Eidale, 1860) est un prêtre lazariste (Congrégation de la Mission) italien, premier vicaire apostolique d'Abyssinie et, dans les faits, le fondateur de la présence catholique moderne en Éthiopie et en Érythrée.[1][2] Envoyé en 1839 dans une région où aucune mission catholique stable n'avait survécu depuis l'échec de la tentative jésuite du XVIIᵉ siècle, il choisit une méthode radicalement différente de celle de ses prédécesseurs : plutôt que d'imposer le rite latin comme les jésuites l'avaient fait deux siècles plus tôt, il revêt l'habit monastique éthiopien, apprend l'amharique, le tigrigna et le guèze, partage la nourriture et les usages du pays, et exige que les prêtres qu'il forme demeurent fidèles à leur rite oriental d'origine.[3][4]

Cette méthode d'inculturation — un siècle en avance sur les orientations que le concile Vatican II donnera à toute l'Église missionnaire — ne l'empêche jamais de rester d'une fidélité intransigeante à la communion avec Rome et à la christologie du concile de Chalcédoine (451). C'est précisément sur ce point que son plus proche collaborateur, le moine devenu prêtre catholique Ghébré-Michael, choisira de mourir en martyr plutôt que d'apostasier.[5] Consacré évêque dans le plus grand secret, une nuit de janvier 1849 à Massaoua, en pleine guerre entre Abyssins et Égyptiens, Justin de Jacobis passe ses dix dernières années entre persécutions, emprisonnements et expulsions, orchestrées par le patriarche copte Abouna Salama puis par l'empereur Téwodros II.[6][7]

Il meurt en exil, épuisé par les fièvres, le 31 juillet 1860, dans la vallée désertique d'Eidale, non loin de Massaoua. Reconnu vénérable en 1935, béatifié en 1939 par Pie XII, il est canonisé le 26 octobre 1975 par Paul VI, qui salue en lui un modèle achevé de vocation missionnaire, de formation du clergé indigène et d'action œcuménique.[8][9] Aujourd'hui encore, les Églises catholiques éthiopienne et érythréenne de rite guèze — deux Églises orientales catholiques sui iuris en pleine communion avec Rome — se reconnaissent pour père fondateur ce petit prêtre lazariste de Basilicate qui avait fait le choix radical de se faire « abyssin avec les Abyssins ».[10]

Un fils de la Basilicate voué très tôt à la Congrégation de la Mission (1800-1839)

Naissance à San Fele, dans une famille pieuse et nombreuse

San Fele, ville natale de Justin de Jacobis, en 2011. Aldo Montemarano / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Giustino Sebastiano Pasquale de Jacobis naît le 9 octobre 1800 à San Fele, petite ville de montagne de la province de Potenza, dans le royaume de Naples.[11][12] Il est, selon les biographes italiens, le septième d'une fratrie de quatorze enfants, née de parents pieux et aisés.[13] Enfant d'une gravité et d'un jugement précoces, il est surnommé dans sa famille « le petit vieillard » — un trait de caractère que ses futurs confrères retrouveront chez l'adulte réfléchi et méthodique qu'il deviendra.[14]

Entrée chez les lazaristes de Naples (1818) et formation

Le jeune Giustino gagne Naples où, sous la direction spirituelle d'un carme, il mûrit sa vocation.[15] Le 17 octobre 1818, il entre dans la Congrégation de la Mission — les lazaristes ou vincentiens, fondés deux siècles plus tôt par saint Vincent de Paul pour l'évangélisation des campagnes et la formation du clergé.[16][17] Il émet ses vœux le 18 octobre 1820.[18] Il est ordonné prêtre le 12 juin 1824, en la cathédrale de Brindisi[19][20][21][22] — la notice officielle du Dicastère des causes des saints retenant pour sa part le 18 juin[23].

Les quinze années qui suivent son ordination sont une longue école de la vie apostolique ordinaire : missions paroissiales et retraites prêchées dans les diocèses des Pouilles — Oria, Monopoli —, puis charge de supérieur à Lecce, avant de devenir, en 1836, directeur des séminaristes et supérieur de la maison provinciale des lazaristes à Naples.[24][25] Cette période le forme à la prédication populaire, à la direction spirituelle et au gouvernement d'une communauté — compétences qui se révéleront décisives lorsqu'il devra, seul à des milliers de kilomètres de Rome, fonder une Église.

L'épidémie de choléra de Naples (1836-1837)

En 1836-1837, une terrible épidémie de choléra frappe Naples. Justin de Jacobis et ses confrères lazaristes se dévouent sans compter auprès des malades, « dehors toute la journée, et bien avant dans la nuit », selon le témoignage conservé par ses confrères vincentiens.[26] Cette expérience du dévouement total au service des mourants, dans une ville en état de siège sanitaire, forge chez lui une endurance physique et morale qui ne le quittera plus — une préparation involontaire aux privations qui l'attendent en Abyssinie.

L'appel de l'Abyssinie (1838-1839)

En 1838, alors qu'il est supérieur provincial, le cardinal Franzoni, préfet de la Congrégation de la Propagande, lui fait connaître les besoins immenses de la mission d'Abyssinie — l'ancien nom sous lequel l'Europe désignait l'Éthiopie et l'actuelle Érythrée.[27] Depuis l'expulsion des derniers missionnaires jésuites au XVIIᵉ siècle, aucune présence catholique stable n'avait subsisté dans ce royaume chrétien le plus ancien d'Afrique, évangélisé dès le IVᵉ siècle par saint Frumentius mais rattaché depuis lors au patriarcat copte d'Alexandrie et coupé de Rome — un dossier plus largement traité dans Les missions catholiques en Afrique.

Nommé préfet apostolique d'Abyssinie et des territoires voisins, Justin de Jacobis quitte Naples le 24 mai 1839, avec un premier compagnon, le père Luigi Montuori ; le futur explorateur-missionnaire Giuseppe Sapeto les rejoindra bientôt.[28] Il débarque à Massaoua, sur la mer Rouge, à l'automne 1839, avant de gagner l'intérieur des terres.[29][30]

Devenir abyssin pour évangéliser l'Abyssinie (1839-1845)

L'échec jésuite du XVIIᵉ siècle, un contre-modèle

Communion et diversité des rites : la latinisation sous Afonso Mendes et la méthode de Justin de Jacobis. Infographie originale Ignispedia créée par IA. Source : VincentWiki.

Deux siècles avant Justin de Jacobis, les jésuites avaient tenté de rallier l'Église éthiopienne à Rome. Le père Pedro Páez avait gagné la confiance du négus Susneyos, converti au catholicisme peu avant sa mort en 1622 ; mais son successeur, le patriarche Afonso Mendes, avait imposé le rite latin avec une rigidité brutale, heurtant de plein fouet des traditions liturgiques vieilles de plus d'un millénaire. La réaction populaire fut si violente que le catholicisme fut chassé du pays pour deux siècles. Justin de Jacobis connaît cette histoire et en tire une leçon inverse : évangéliser l'Éthiopie ne signifie pas la latiniser, mais y faire grandir, de l'intérieur, une Église catholique fidèle à son propre patrimoine liturgique.

L'accueil du ras Oubié au Tigré

C'est dans la province du Tigré, au nord de l'Éthiopie, que Justin de Jacobis établit ses premières bases, avec la permission du ras (dejazmach) Oubié, seigneur du Tigré et du Sémien.[31] Il s'installe d'abord à Adoua, l'ancienne capitale religieuse de la région, avant de fixer le cœur de son œuvre plus au sud, à Guala.[32][33]

« Se faire Abyssin avec les Abyssins »

De Naples à l’Abyssinie : les étapes de la mission, 1839–1846. Schéma sans échelle géographique. Infographie originale Ignispedia créée par IA. Source : VincentWiki.

La décision la plus lourde de conséquences de toute la mission de Justin de Jacobis tient en une formule que résument bien ses biographes : il se fait « Abyssin avec les Abyssins ».[34] Concrètement, cela signifie :

  • Adopter l'habit monastique éthiopien, blanc et simple, et une nourriture frugale conforme aux usages du pays ;[35]
  • Apprendre les langues locales — l'amharique, le tigrigna, et le guèze, langue liturgique classique de l'Église éthiopienne — au point de composer lui-même des ouvrages de catéchèse en amharique ;[36]
  • Célébrer selon le rite éthiopien (rite alexandrin/guèze), et non selon le rite latin, dans les églises locales, souvent de nuit et dans la clandestinité, une loi du pays menaçant alors de mort les prêtres catholiques ;[37]
  • Exiger des clercs convertis qu'ils demeurent dans leur rite d'origine — refusant absolument toute latinisation, contrairement à la méthode qui avait fait échouer la mission jésuite.[38][39]

« La porte du cœur, c'est la bouche ; la clef du cœur, c'est la parole. » — Justin de Jacobis, principe de sa méthode d'évangélisation par la proximité et le dialogue[40]

Cette intuition — que l'unité avec Rome n'exige nullement l'uniformité liturgique, mais au contraire la préserve et l'honore — est précisément celle que l'Église catholique reconnaît aujourd'hui comme la juste doctrine des Églises orientales catholiques, développée dans Les Églises catholiques orientales. Justin de Jacobis en est, sur le terrain éthiopien, l'un des artisans les plus lucides et les plus courageux du XIXᵉ siècle.

Dévotion mariale et premiers fruits

Dès sa première année à Adoua, Justin de Jacobis distribue des médailles miraculeuses à tous ceux qu'il rencontre, expliquant patiemment que Marie est la Mère de Dieu — un point de friction théologique ancien avec certains courants éthiopiens.[41] Sa dévotion mariale intense lui vaut, dans la population, un surnom resté célèbre : « Abba Yaqob Zä-Maryam », « le père Jacques (ou Jacob) de Marie ».[42] Ce surnom, qui associe son prénom francisé (Jacobis évoquant Jacob/Jacques) à son attachement filial à la Vierge, dit à lui seul la place que tenait la piété mariale dans sa méthode d'évangélisation.

Le Collège de l'Immaculée et la naissance d'un clergé abyssin (1845-1849)

Guala, foyer de la future Église catholique éthiopienne

Le Collège de l’Immaculée à Guala : former un clergé local de rite guèze. Scène d’évocation. Infographie originale Ignispedia créée par IA. Source : Dicastère des causes des saints.

Vers 1845-1846, Justin de Jacobis fonde à Guala, dans le Tigré, un séminaire appelé Collège de l'Immaculée (Collegio dell'Immacolata), destiné à former un authentique clergé indigène de rite guèze.[43][44] Le choix n'est pas anodin : plutôt que de multiplier les prêtres italiens, dont le climat et les maladies déciment les rangs, Justin de Jacobis mise, comme le fera une génération plus tard saint Daniel Comboni en Afrique centrale avec sa devise « Sauver l'Afrique par l'Afrique », sur la formation d'Abyssins par des Abyssins.

La rencontre décisive avec Ghébré-Michael (1843-1844)

En septembre 1843, lors d'un pèlerinage, Justin de Jacobis rencontre un moine orthodoxe éthiopien déjà âgé et savant, Ghébré-Michael, né vers 1791 dans le Godjam, profès depuis 1813, parcourant le pays pour enquêter sur le relâchement de la discipline monastique.[45] Après un long échange théologique, Justin de Jacobis le reçoit dans la pleine communion avec l'Église catholique en février 1844 — un geste qui entraîne, à sa suite, la conversion de six autres moines.[46]

Ghébré-Michael devient le plus proche collaborateur de Justin de Jacobis : ensemble, ils rédigent un catéchisme en langue guèze et posent les bases du séminaire de Guala.[47] Justin de Jacobis l'ordonne prêtre le 1ᵉʳ janvier 1851.[48] Ce compagnonnage spirituel et intellectuel entre le lazariste italien et le moine abyssin résume, à lui seul, tout le programme missionnaire de Justin de Jacobis : non pas remplacer un clergé par un autre, mais faire naître, de l'intérieur d'une Église orientale ancienne, une pleine communion avec Rome.

« Je veux consacrer toute ma vie à cette Église d'Abyssinie que le Seigneur m'a donnée à servir, dans sa propre tradition, non dans la nôtre. » — Principe directeur attribué à Justin de Jacobis par ses biographes, résumant sa méthode missionnaire[49]

L'épiscopat clandestin, dans la nuit et sous les armes (1847-1849)

Nommé évêque de Nilopolis (1847)

Les autorités romaines, informées des fruits de la mission, décident de doter l'Abyssinie d'un évêque résidentiel. Justin de Jacobis est nommé évêque titulaire de Nilopolis et vicaire apostolique d'Abyssinie le 6 juillet 1847.[50] Comme le notait déjà la Catholic Encyclopedia de 1913, il refusa d'ailleurs la dignité épiscopale jusqu'à ce qu'elle lui soit finalement imposée en 1849[51] — une réticence que confirme la notice vincentienne, selon laquelle il ne céda que contre son gré[52]. Mais la situation politique et religieuse locale rend toute cérémonie publique impossible : la loi éthiopienne, sous l'influence du patriarche copte nouvellement installé, menace désormais de mort les prêtres catholiques.

Une consécration de nuit, en pleine guerre (janvier 1849)

La consécration épiscopale a lieu à Massaoua, dans la nuit du 7 au 8 janvier 1849, des mains du capucin Mgr Guglielmo Massaia — lui-même vicaire apostolique des Gallas et futur cardinal, ordonné évêque à Rome le 24 mai 1846.[53][54] La cérémonie se déroule dans des conditions extrêmes : la ville est plongée dans une guerre ouverte entre Abyssins et Égyptiens, et la sécurité des deux missionnaires n'est garantie par personne.[55]

Faute de moyens, deux caisses empilées font office d'autel, deux prêtres abyssins qui ne comprennent pas le latin servent de témoins, et Massaia et de Jacobis se transmettent de main en main une unique mitre et une unique crosse pastorale, faute d'en posséder chacun un jeu complet.[56] Ce dénuement matériel, saisissant pour la consécration d'un évêque, dit toute la précarité — et toute la détermination — de la première hiérarchie catholique moderne d'Abyssinie.

« Dans une atmosphère de secret, Giustino de Jacobis fut ordonné évêque », selon la formule des biographes italiens rapportant la cérémonie nocturne de Massaoua.[57]

La persécution s'intensifie : Abouna Salama et la fidélité de Ghébré-Michael (1841-1855)

Le patriarche Abouna Salama, artisan de la répression

Justin de Jacobis et Ghébré-Michael : communion, formation et fidélité dans l’épreuve. Portraits d’évocation. Infographie originale Ignispedia créée par IA. Source : notice Ghébré-Michael citée dans l’article.

Dès 1841, un nouveau métropolite copte, Abouna Salama (Salama III), avait été amené en Éthiopie à la demande du même ras Oubié qui avait accueilli Justin de Jacobis.[58] Mais Salama, formé en partie dans une école protestante du Caire, se montre d'emblée hostile à la présence catholique.[59] Sous son influence, les résidences catholiques du Tigré subissent des raids répétés ; la pression sur les convertis et sur les clercs abyssins ralliés à Rome ne cesse de croître au fil des années 1840 et du début des années 1850. L'historien lazariste Luigi Mezzadri rappelle que, pour comprendre Justin de Jacobis, il faut repasser par toute l'histoire des relations entre le catholicisme et le christianisme éthiopien — une Église dont l'existence est antérieure au concile de Chalcédoine.[60]

Le martyre de Ghébré-Michael (1855)

Le tournant tragique survient au milieu des années 1850. Emprisonné avec d'autres catholiques, Ghébré-Michael est soumis à la torture pour l'obliger à renier sa foi catholique et à signer un désaveu du concile de Chalcédoine — la Christologie même qui distingue la communion catholique et les Églises orientales non chalcédoniennes.[61] Il refuse. Sous l'empereur Téwodros II, tout juste couronné, il est traîné enchaîné à la suite du souverain dans ses déplacements, jusqu'à mourir d'épuisement et de mauvais traitements, sous un cèdre, au bord d'une route, le 30 juillet 1855 — cinq ans, presque jour pour jour, avant la mort de Justin de Jacobis lui-même.[62] Son corps ne fut jamais retrouvé.

« Chasse l'abouna Jacob, mais ne le tue pas : c'est un saint. » — Parole rapportée d'un dignitaire éthiopien à l'empereur Téwodros II, à propos de Justin de Jacobis[63]

Ghébré-Michael est béatifié le 3 octobre 1926 par Pie XI — le premier des compagnons éthiopiens de Justin de Jacobis élevé sur les autels, et le sceau du sang versé sur l'œuvre du fondateur.[64] Sa fidélité jusqu'à la mort au dogme de Chalcédoine, alors même qu'il restait pleinement enraciné dans la tradition monastique éthiopienne, illustre avec force ce que Justin de Jacobis avait toujours enseigné : la communion avec Rome ne se négocie pas, mais elle ne réclame l'abandon d'aucun patrimoine liturgique légitime.

Le tableau ci-dessous résume les grandes étapes de la répression que traverse la mission entre 1841 et 1860.

AnnéeÉvénementActeur principalConséquence pour la mission
1841Arrivée d'Abouna Salama, métropolite copte hostile aux catholiquesAbouna Salama IIIDébut des raids sur les résidences catholiques
1843-1844Conversion de Ghébré-Michael et de six autres moinesJustin de JacobisNaissance d'un premier noyau de clergé abyssin catholique
1847-1849Nomination puis consécration épiscopale clandestineMgr Guglielmo MassaiaJustin de Jacobis devient premier vicaire apostolique résidentiel
1855Couronnement de Téwodros II ; intensification de la persécutionTéwodros II, Abouna SalamaEmprisonnements, martyre de Ghébré-Michael (30 juillet)
1860Interdiction du catholicisme, arrestation et exil de l'évêqueTéwodros IIMarche forcée vers l'Érythrée ; mort de Justin de Jacobis (31 juillet)

Prison, marche forcée et mort dans le désert (1855-1860)

Téwodros II interdit le catholicisme

Les dernières épreuves de Justin de Jacobis : captivité, marche forcée et mort à Eidale. Scènes d’évocation. Infographie originale Ignispedia créée par IA. Source : VincentWiki.

L'empereur Téwodros II, une fois solidement établi sur le trône, se rapproche de plus en plus d'Abouna Salama et durcit sa politique religieuse. En 1860, il interdit formellement le catholicisme dans ses États et fait arrêter Justin de Jacobis, qu'il retient prisonnier plusieurs mois.[65][66] L'évêque, déjà affaibli par vingt années de privations, de fièvres et de dysenterie chroniques, subit alors une marche forcée vers le sud de l'Érythrée actuelle, en direction de Halai, où il tente de maintenir tant bien que mal les restes de son collège et de sa petite Église.[67]

La mort à Eidale (31 juillet 1860)

Épuisé, Justin de Jacobis meurt le 31 juillet 1860, dans la vallée désertique d'Eidale (parfois transcrite Egdà ou Alghedien selon les sources), près de Massaoua, sur la côte de la mer Rouge, dans l'actuelle Érythrée.[68][69] La Catholic Encyclopedia de 1913 précise le lieu : la plaine d'Eydele, entre les monts Chedene et Hamamo, alors qu'il se rendait à Halay pour y recouvrer la santé.[70] Il a cinquante-neuf ans. Les sources divergent légèrement sur le bilan chiffré de vingt années de mission : certaines évoquent environ sept mille fidèles catholiques répartis en cinq ou six petites communautés au moment de sa mort, d'autres avancent un total cumulé d'environ douze mille conversions sur l'ensemble de la période.[71][72] Ce désaccord de chiffres, fréquent pour des missions de cette ampleur au XIXᵉ siècle, ne change rien à l'essentiel : une Église catholique de rite oriental, fragile mais réelle, était née sur cette terre où deux siècles de silence avaient succédé à l'échec jésuite.

« Dieu l'a choisi pour être maître plus encore par l'exemple que par la parole. » — Mgr Guglielmo Massaia, sur Justin de Jacobis[73]

Vénérable, bienheureux, saint : la reconnaissance de l'Église

Vénérable (1935) puis bienheureux (1939)

Le procès de béatification avait été introduit dès le 13 juillet 1904[74], et la cause progresse ensuite relativement vite pour l'époque. Il est déclaré vénérable le 28 juillet 1935 par Pie XI, puis béatifié le 25 juin 1939 par Pie XII.[75][76]

Canonisé par Paul VI (26 octobre 1975)

La place Saint-Pierre en juin 2020, lieu de la canonisation de Justin en 1975. Vue contemporaine : Alessandro Cossu / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Justin de Jacobis est canonisé le 26 octobre 1975, place Saint-Pierre, par le pape Paul VI, dans le cadre de la Journée missionnaire mondiale.[77][78] Dans son homélie, Paul VI présente Justin de Jacobis comme un modèle achevé de la vocation missionnaire du XIXᵉ siècle, citant l'Évangile : « Voilà un serviteur bon et fidèle » (Matthieu 25, 21).[79] Le pape insiste sur deux axes de son œuvre qui, souligne-t-il, anticipent d'un siècle la pastorale post-conciliaire :

« Ce fut un serviteur bon et fidèle. » (Mt 25, 21) — Paul VI, homélie de canonisation de Giustino de Jacobis, 26 octobre 1975[80]

  1. La formation d'un clergé indigène, à travers le Collège de l'Immaculée, anticipant la pastorale vocationnelle voulue par le concile Vatican II ;
  2. L'action œcuménique, dans son effort patient pour rapprocher les « frères séparés » coptes-éthiopiens et dialoguer avec les musulmans, malgré des hostilités graves.[81]
  1. 9 octobre 1800
    Naissance à San Fele

    Septième d'une famille de quatorze enfants, en Basilicate (royaume de Naples)[82].

  2. 17 octobre 1818
    Entrée chez les lazaristes

    Entre dans la Congrégation de la Mission à Naples ; vœux le 18 octobre 1820[83].

  3. 12 juin 1824
    Ordination sacerdotale

    Ordonné prêtre en la cathédrale de Brindisi[84].

  4. 24 mai 1839
    Départ pour l'Abyssinie

    Quitte Naples comme préfet apostolique d'Abyssinie, avec le père Montuori[85].

  5. février 1844
    Conversion de Ghébré-Michael

    Reçoit dans la communion catholique le moine orthodoxe Ghébré-Michael[86].

  6. 1845-1846
    Fondation du Collège de l'Immaculée

    Séminaire de Guala pour former un clergé abyssin de rite guèze[87].

  7. 7-8 janvier 1849
    Consécration épiscopale clandestine

    Sacré évêque de nuit à Massaoua par Mgr Massaia, en pleine guerre[88].

  8. 30 juillet 1855
    Martyre de Ghébré-Michael

    Meurt en captivité pour avoir refusé de renier Chalcédoine et le catholicisme[89].

  9. 31 juillet 1860
    Mort à Eidale

    Meurt en exil après emprisonnement et marche forcée sous Téwodros II[90].

  10. 28 juillet 1935
    Vénérable

    Reconnu vénérable par Pie XI[91].

  11. 25 juin 1939
    Béatification

    Béatifié par Pie XII[92].

  12. 26 octobre 1975
    Canonisation

    Canonisé par Paul VI, place Saint-Pierre[93].

Spiritualité de Justin de Jacobis

Mortification et pauvreté volontaire

Pauvreté, prière, dévotion mariale et fidélité : quatre traits de la spiritualité de Justin de Jacobis. Infographie originale Ignispedia créée par IA. Source : Pagine Cattoliche.

Les biographes insistent unanimement sur la rigueur ascétique de Justin de Jacobis : nourriture réduite au strict minimum, sommeil très court, veilles de prière prolongées, et jusqu'à des pratiques de mortification corporelle héritées de la tradition spirituelle italienne du XIXᵉ siècle.[94] Il donne volontiers les vêtements neufs qu'on lui offre, marche pieds nus lorsque les circonstances l'exigent, et n'hésite pas à accomplir des travaux manuels considérés comme indignes de sa condition d'évêque — balayage, corvées, soins aux malades — par souci de partager en tout la condition de son peuple.[95]

Une prière enracinée dans le silence des églises éthiopiennes

Justin de Jacobis prie longuement, souvent seul, dans les églises abyssines elles-mêmes — non par facilité, mais par choix délibéré d'habiter, corps et âme, la tradition spirituelle du pays qu'il évangélise.[96] Cette prière silencieuse, nourrie de la liturgie guèze qu'il a faite sienne, est la source intérieure de toute sa méthode missionnaire : on ne peut faire aimer le Christ à un peuple qu'en aimant d'abord ce que ce peuple a de meilleur.

Une inculturation sans compromis doctrinal

Le trait le plus original de la spiritualité missionnaire de Justin de Jacobis tient dans l'équilibre qu'il tient, sans jamais le rompre, entre deux exigences que beaucoup de missionnaires de son temps opposaient : épouser en tout ce qui, dans une culture non occidentale, est vrai et bon, et ne rien céder sur ce qui touche au dépôt de la foi. Il adopte l'habit, la langue, le rite, la nourriture, les usages funéraires et liturgiques des Abyssins ; il ne cède rien sur la primauté romaine ni sur la Christologie chalcédonienne. C'est très exactement ce que le concile Vatican II reconnaîtra, un siècle plus tard, comme le juste rapport entre inculturation légitime et intégrité du dépôt de la foi — sans que Justin de Jacobis ait eu besoin d'un texte conciliaire pour le vivre le premier, au prix de sa vie.

Héritage missionnaire

Une Église catholique éthiopienne et érythréenne toujours vivante

L’héritage de Justin de Jacobis et les étapes de la reconnaissance de l’Église, jusqu’à sa canonisation en 1975. Infographie originale Ignispedia créée par IA. Source : homélie de Paul VI.

L'œuvre de Justin de Jacobis n'a pas disparu avec les persécutions du XIXᵉ siècle. Les communautés qu'il a fondées, transmises et défendues sont devenues, au fil du XXᵉ siècle, l'ossature des Églises catholiques éthiopienne et érythréenne de rite guèze — deux Églises orientales catholiques sui iuris, en pleine communion avec Rome, qui célèbrent encore aujourd'hui la liturgie dans la langue et selon les formes que Justin de Jacobis avait tenu, contre toute pression, à préserver.[97] Ce dossier institutionnel plus large est développé dans Les Églises catholiques orientales.

Un précurseur salué par Vatican II avant la lettre

En insistant, dès les années 1840, sur la formation d'un clergé indigène et sur le respect intégral des rites orientaux, Justin de Jacobis anticipe d'un siècle des orientations que le concile Vatican II formulera explicitement dans le décret Orientalium Ecclesiarum sur les Églises orientales catholiques et dans le décret Ad Gentes sur l'activité missionnaire. Paul VI ne s'y trompe pas lorsque, en pleine réception conciliaire, il canonise en 1975 ce missionnaire du siècle précédent comme un modèle pour l'Église post-conciliaire tout entière.[98] L'historien Luigi Mezzadri apporte ici une précision importante : on ne saurait faire de Justin de Jacobis, anachroniquement, un acteur du mouvement œcuménique — né après sa mort — mais bien un « précurseur d'une rencontre et du respect entre catholiques et coptes ».[99]

À l'image d'un saint Daniel Comboni pour l'Afrique centrale ou d'un saint Théophane Vénard pour l'Extrême-Orient, Justin de Jacobis incarne le génie missionnaire catholique du XIXᵉ siècle : une charité qui ne cherche jamais à effacer un peuple pour lui imposer une forme étrangère de la foi, mais qui s'efforce de faire grandir, depuis l'intérieur d'une tradition ancienne, la pleine communion avec le successeur de Pierre.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Dicastère des causes des saints, notice officielle Giustino de Jacobis (1800-1860) : causesanti.va. Données de référence : naissance le 9 octobre 1800 à San Fele (Potenza), fils de Giovanni Battista de Jacobis et de Giuseppina Muccia ; entrée chez les vincentiens vers 1818 ; ordination sacerdotale le 18 juin 1824 à Brindisi ; départ pour l'Éthiopie en 1839 comme préfet apostolique ; travail dans le Tigré, à Adoua et à Guala ; fondation du Collegio dell'Immacolata pour la formation d'un clergé indigène ; consécration épiscopale le 8 janvier 1849 par Mgr Guglielmo Massaia ; opposition du patriarche copte et de l'empereur Téwodros II ; vénérable le 28 juillet 1935 (Pie XI) ; béatifié le 25 juin 1939 (Pie XII) ; canonisé le 26 octobre 1975 (Paul VI), place Saint-Pierre.

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  2. Wikipédia (français), article « Justin de Jacobis » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique : naissance le 9 octobre 1800 à San Fele, septième enfant d'une famille pieuse et aisée ; ordination sacerdotale le 12 juin 1824 en la cathédrale de Brindisi ; envoi en mission en Abyssinie le 24 mai 1839 sur indication du cardinal Franzoni, préfet de la Propagande ; vingt années passées à apprendre les langues et coutumes locales ; méthode d'inculturation (« pour annoncer l'Évangile, il utilisait les traditions et les coutumes ») ; pionnier du dialogue œcuménique avec les coptes ; nommé évêque de Nilopolis le 6 juillet 1847 ; mort le 31 juillet 1860 près de Massaoua, de fièvre tropicale, à 59 ans ; béatification le 25 juin 1939 (Pie XII) ; canonisation le 26 octobre 1975 (Paul VI) ; hommage de la conférence épiscopale éthiopienne le présentant comme le restaurateur de l'antique foi catholique reçue de saint Frumentius.

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  3. VincentWiki (FamVin), article « Justin de Jacobis » : wiki.famvin.org. Source vincentienne de référence : naissance le 9 octobre 1800 à San Fele ; entrée chez les vincentiens le 17 octobre 1818, vœux le 18 octobre 1820, ordination sacerdotale le 12 juin 1824 à Brindisi ; affectations à Oria (1824), Monopoli (1829), Lecce (1834), directeur des séminaristes à Naples (1836) puis supérieur de la maison provinciale ; dévouement pendant l'épidémie de choléra de Naples (1836-1837), « dehors toute la journée, et bien avant dans la nuit » ; départ pour l'Abyssinie le 24 mai 1839 avec le compagnon Luigi Montuori, rejoints ensuite par Giuseppe Sapeto, comme préfet apostolique d'Abyssinie et territoires voisins ; méthode missionnaire : habit et nourriture éthiopiens, maîtrise de l'amharique, du tigrigna et du guèze, ouvrages catéchétiques en amharique, maintien du clergé converti dans le rite copte éthiopien sans latinisation ; prière personnelle dans les églises locales, catéchisme pour les enfants ; ordination épiscopale secrète en janvier 1849 à Massaoua, recommandée par Mgr Guglielmo Massaia ; en 1860, le roi Téwodros II interdit le catholicisme et emprisonne Justin de Jacobis plusieurs mois avant de le faire marcher de force vers Halai, au sud de l'Érythrée ; environ 12 000 conversions estimées sur l'ensemble de la mission, dont le bienheureux Ghébré-Michael ; reconnu « apôtre de l'Afrique » et fondateur de la mission.

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  4. Wikipedia (anglais), article « Giustino de Jacobis » : en.wikipedia.org. Notice détaillée : naissance le 9 octobre 1800 à San Fele, province de Potenza, royaume de Naples ; entrée dans la Congrégation de la Mission à Naples le 17 octobre 1818, vœux le 18 octobre 1820, ordination à Brindisi le 12 juin 1824 ; ministère à Oria et Monopoli, supérieur à Lecce puis à Naples ; service pendant l'épidémie de choléra de Naples (1836-1837) ; nommé premier préfet apostolique d'Éthiopie en 1839, juridiction incluant l'actuelle Érythrée ; construction d'écoles à Agame et Akele Guzay pour la formation d'un clergé indigène, fondant les bases des Églises catholiques éthiopienne et érythréenne ; célébration de la liturgie en langue locale selon le rite alexandrin à Adoua ; nommé évêque titulaire de Nilopolis en 1847, consacré secrètement en janvier 1849 ; opposition du patriarche orthodoxe et de l'empereur Téwodros II, emprisonnement et exil ; mort le 31 juillet 1860 à Zula, Érythrée, à 59 ans ; vénérable le 28 juillet 1935 (Pie XI) ; béatifié le 25 juin 1939 (Pie XII, basilique Saint-Pierre) ; canonisé le 26 octobre 1975 (Paul VI, place Saint-Pierre) ; fête le 31 juillet ; patron des missionnaires.

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  5. Wikipedia (anglais), article « Ghébrē-Michael » : en.wikipedia.org. Notice biographique : naissance en 1791 à Dibo, dans le Godjam occidental (Éthiopie) ; perte d'un œil dans l'enfance, éducation dans des écoles monastiques ; profession monastique en 1813 ; enquête personnelle sur le relâchement disciplinaire des monastères éthiopiens, participation à une délégation auprès du patriarche copte d'Alexandrie ; rencontre avec Justin de Jacobis en pèlerinage, septembre 1843 ; reçu dans la pleine communion catholique par de Jacobis en février 1844, entraînant la conversion de six autres moines ; ordonné prêtre par Justin de Jacobis le 1ᵉʳ janvier 1851, alors qu'il se préparait à entrer comme postulant dans la Congrégation de la Mission ; persécution instiguée par le nouvel évêque orthodoxe ; arrestation et torture pour avoir refusé de renier le catholicisme et l'enseignement du concile de Chalcédoine ; sous l'empereur Téwodros II (couronné en 1855), maintenu enchaîné et contraint de suivre les déplacements du souverain ; mort par mauvais traitements sur une route, sous un cèdre, le 30 juillet 1855 ; corps jamais retrouvé ; béatifié par Pie XI le 3 octobre 1926.

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  6. Pagine Cattoliche, notice « S. Giustino de Jacobis (1800-1860) » : paginecattoliche.it. Détails biographiques : naissance les 9-10 octobre 1800 à San Fele (Potenza), septième de quatorze enfants, surnommé « le petit vieillard » pour sa gravité précoce ; formation à Naples sous la direction d'un carme ; entrée chez les vincentiens en 1818 ; ministère dans les Pouilles (1828-1839) ; soin des cholériques à Naples (1836) ; arrivée à Massaoua (1839) comme préfet apostolique, travail à Adoua avec la permission du roi Oubié du Tigré ; messes célébrées de nuit et en secret sous peine de mort ; maîtrise de trois langues éthiopiennes, adoption de l'habit monastique blanc et d'une alimentation frugale ; fondation du Collège de l'Immaculée à Guala en 1845 ; principe missionnaire « la porte du cœur, c'est la bouche ; la clef du cœur, c'est la parole » ; nommé évêque de Nicopoli et vicaire apostolique d'Abyssinie le 6 juillet 1847 ; ordination épiscopale de nuit le 7 janvier 1849 à Massaoua, sur deux caisses empilées en guise d'autel, pendant la persécution ; hostilité du patriarche copte Abouna Salama II, qui manque de le faire exécuter ; captivité du bienheureux Ghébré-Michael avec de Jacobis à Gondar, mort en 1855 ; parole rapportée d'un dignitaire à Téwodros II : « Chasse l'abouna Jacob, mais ne le tue pas : c'est un saint » ; expulsion du collège vers Halai ; mort le 31 juillet 1860 à 15 heures, à Eidale, la tête posée sur une pierre, entouré de ses disciples ; environ 7 000 catholiques dans cinq ou six petites communautés à sa mort ; relique vénérée à Hebo (Érythrée) ; béatifié le 25 juin 1939 (Pie XII) ; canonisé le 26 octobre 1975 (Paul VI), qualifié de « père de l'Église éthiopienne » ; spiritualité de mortification (nourriture réduite, peu de sommeil, mortifications corporelles), dévotion mariale intense (propagation du rosaire), simplicité radicale (dons de vêtements, marche pieds nus, travaux manuels humbles) ; souffrances physiques chroniques (maux de tête, troubles digestifs, dysenterie).

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  7. CatholicSaints.Info, notice « Saint Giustino de Jacobis » : catholicsaints.info. Éléments biographiques complémentaires : naissance le 9 octobre 1800 à San Fele ; ordination le 12 juin 1824 ; désigné pour l'Éthiopie le 10 mars 1839, envoyé le 24 mai 1839 ; travail à Adoua avec la permission du roi Oubié du Tigré ; fondation d'un collège/séminaire à Guala en 1846 pour la formation d'un clergé indigène ; environ 12 000 convertis sur l'ensemble de sa mission, dont le bienheureux Ghébré-Michael ; à l'arrivée au pouvoir de Téwodros II en 1860, soutenu par le patriarche de l'Église éthiopienne, le catholicisme est interdit ; Justin de Jacobis emprisonné plusieurs mois puis contraint à une marche forcée vers le sud de l'Érythrée ; mort de fièvre tropicale en menant son activité missionnaire sur la côte de la mer Rouge ; parole de Mgr Guglielmo Massaia : « Dieu l'a choisi pour être maître plus encore par l'exemple que par la parole » ; vénérable en 1935 (Pie XI) ; béatifié le 25 juin 1939 (Pie XII) — la notice affiche par coquille « 25 July » ; canonisé le 26 octobre 1975 (Paul VI).

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  8. Paul VI, homélie de la messe de canonisation de Giustino De Jacobis, place Saint-Pierre, 26 octobre 1975 : vatican.va. Canonisation célébrée dans le cadre de la Journée missionnaire mondiale ; Justin de Jacobis présenté comme un modèle exemplaire du monde missionnaire du XIXᵉ siècle, prêtre de la Congrégation de la Mission parti en 1839 pour l'Éthiopie ; citation de Matthieu 25, 21, « Ce fut un serviteur bon et fidèle », pour qualifier son labeur incessant ; deux axes soulignés par le pape : la formation d'un clergé indigène à travers le Collège de l'Immaculée, consacré évêque en 1849, anticipant la pastorale vocationnelle post-conciliaire ; et l'action œcuménique menée pour rapprocher les « frères séparés » coptes-éthiopiens et dialoguer avec les musulmans malgré de graves hostilités ; invocation finale de Justin de Jacobis pour qu'il continue d'éclairer les missionnaires vincentiens et tous les évangélisateurs, particulièrement sur le continent africain.

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  9. Filles de la Charité, province Belgique-France-Suisse, notice « Saint Justin de Jacobis, apôtre de l'Abyssinie » : fillesdelacharite-province-bfs.fr. Synthèse vincentienne française : présentation de l'Abyssinie (« Al Habash »), région de la Corne de l'Afrique correspondant aujourd'hui au nord de l'Éthiopie, à l'est du Soudan et au sud de l'Égypte ; méthode d'inculturation résumée : « Abyssin avec les Abyssins, pour leur annoncer l'Évangile, il utilise les traditions et la culture de ce peuple, il en apprend la langue et vit avec eux » ; recherche du dialogue et de la réconciliation avec l'Église copte ; priorité, à l'exemple de saint Vincent de Paul, donnée à la formation de prêtres abyssins ; arrestation, emprisonnement, exil et expulsion vers le Soudan en 1849 ; épreuves de faim et de soif ; mort dans le désert en gardant jusqu'au bout le souci d'affermir la foi de sa communauté ; canonisation le 26 octobre 1975 par Paul VI ; héritage se prolongeant dans l'Église catholique éthiopienne et érythréenne de rite guèze actuelle.

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  10. Michael Ott, « Bl. Justin de Jacobis », Catholic Encyclopedia (1913) : Wikisource. Notice rédigée alors que le procès de béatification venait d'être introduit (13 juillet 1904) : naissance le 9 octobre 1800 à San Fele ; entrée chez les lazaristes le 17 octobre 1818, vœux le 18 octobre 1820, ordination sacerdotale à Brindisi le 12 juin 1824 ; ministère à Oria et Monopoli, supérieur à Lecce puis à Naples ; nommé premier préfet apostolique d'Abyssinie en 1839, évêque titulaire de Nilopolis en 1847 puis vicaire apostolique — dignité qu'il refusa jusqu'à ce qu'on la lui impose en 1849 ; fondation de missions et d'écoles pour la formation d'un clergé indigène ; mort le 31 juillet 1860 dans la plaine d'Eydele, entre les monts Chedene et Hamamo, en route vers Halay. L'article renvoie à la biographie Demimuid (Paris, 1905) et aux Acta Sanctae Sedis XXXVII (1904).

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  11. VinFormation (Congregatio Missionis), article « July 30: Feast of St. Justin de Jacobis, C.M. » : vinformation.org. Précisions complémentaires : consécration épiscopale secrète à Massaoua le 9 janvier 1849 (les notices italiennes la datent de la nuit du 7 au 8 janvier) ; mission confiée en 1836 pour établir la mission d'Éthiopie ; relations cordiales maintenues avec le clergé copte local malgré les tensions ; exigence que les convertis demeurent dans le rite copte éthiopien plutôt que d'adopter les usages latins, anticipant d'un siècle la missiologie de Vatican II ; distribution de médailles miraculeuses dès la première année à Adoua, dévotion mariale intense ; surnom local « Abba Yaqob Zä-Maryam » (« le père Jacob de Marie ») donné par la population ; onze dernières années marquées par « problèmes, harcèlement, persécution, et même une période d'emprisonnement » de la part de l'évêque copte orthodoxe hostile.

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  12. Montepierno.com, notice « San Giustino de Jacobis » : montepierno.com. Précisions biographiques italiennes : naissance le 9 octobre 1800 à San Fele ; installation à Naples vers 1812 ; orientation vers les vincentiens en 1818 ; ordination sacerdotale en 1824 à Brindisi ; départ pour l'Éthiopie en mai 1839, arrivée à Adoua en octobre 1839, installation dans la région du Tigré ; ordination épiscopale par Mgr Massaia dans une atmosphère de secret, datée du 8 janvier 1849 à Massaoua ; mort le 31 juillet 1860 dans la vallée d'Alghedien ; canonisation le 26 octobre 1975.

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  13. Wikipedia (anglais), article « Abuna Salama III » : en.wikipedia.org. Notice sur le métropolite copte d'Éthiopie de 1841 à 1867 : amené en Éthiopie par le dejazmach Oubié Haylä Maryam — le même seigneur du Tigré qui accueillit Justin de Jacobis — puis allié à l'empereur Téwodros II, contribuant à résoudre des différends théologiques internes à l'Église éthiopienne et à en réorganiser l'autorité ; relations qui se dégradent ensuite avec Téwodros II à mesure que le pouvoir de celui-ci décline ; emprisonné en 1864 à Amba Maryam (l'ancienne Magdala, province du Wollo), où il meurt le 25 octobre 1867 d'une bronchite aggravée par sa détention.

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  14. Luigi Mezzadri C.M., « St. Justin de Jacobis and his dealing with the Coptic Christians of Ethiopia », Vincentiana, vol. 44, n° 6, art. 7 (2000) : via.library.depaul.edu. Mise en garde liminaire contre tout anachronisme : on ne saurait attribuer à Justin de Jacobis « un rôle dans le mouvement œcuménique », né après sa mort ; l'historien lazariste le présente en revanche comme un « précurseur d'une rencontre et du respect entre catholiques et coptes », et rappelle que son intelligence suppose de repasser par l'histoire des relations entre le catholicisme et un christianisme éthiopien antérieur au concile de Chalcédoine.

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