Élisabeth Ann Seton, née Elizabeth Ann Bayley (New York, 1774 — Emmitsburg, 1821), est une veuve, mère de famille et religieuse américaine, convertie de l'épiscopalisme au catholicisme, fondatrice des Sœurs de la Charité de Saint-Joseph et pionnière de l'école catholique aux États-Unis.[1][2] Canonisée par Paul VI le 14 septembre 1975, elle est la première sainte née sur le sol de ce qui deviendra les États-Unis d'Amérique.[3]
Issue d'une famille protestante distinguée de New York, mariée à dix-neuf ans au négociant William Magee Seton, mère de cinq enfants, elle connaît la ruine de la maison familiale puis la mort de son mari, emporté par la tuberculose à Livourne en 1803.[4][5] C'est en Italie, accueillie par la famille catholique des Filicchi, qu'elle découvre la foi en la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie — une grâce qui décidera de toute sa vie.[6][7]
Rentrée à New York, elle embrasse le catholicisme en 1805 au prix d'un rejet social et familial brutal, puis fonde à Emmitsburg, dans le Maryland, une communauté vouée à la prière, à la charité et à l'éducation gratuite des enfants pauvres.[8][9] Sous le nom de Mère Seton, elle ouvre en 1810 la première école libre catholique du pays et adopte la règle de saint Vincent de Paul.[10][11] Morte à quarante-six ans, épuisée par les deuils et la maladie, elle laisse une congrégation florissante et une postérité éducative immense.
Sa spiritualité tient en une phrase qu'elle répétait à ses sœurs : « faire la volonté de Dieu ».[12] Femme du Nouveau Monde, épouse, mère, veuve et religieuse, Élisabeth Seton incarne une sainteté de la vie ordinaire transfigurée par l'abandon à Dieu et l'amour de l'Église — « Soyez les enfants de l'Église », dira-t-elle en mourant.[13]
Une mondaine new-yorkaise (1774-1803)
Naissance et enfance à New York (28 août 1774)
Elizabeth Ann Bayley naît le 28 août 1774 à New York, deux ans avant la Déclaration d'indépendance américaine, dans une famille épiscopalienne en vue.[14] Son père, le docteur Richard Bayley, est un chirurgien réputé, professeur d'anatomie et premier médecin-chef du port de New York ; il mourra en 1801 de la fièvre jaune contractée dans l'exercice de ses fonctions sanitaires.[15] Sa mère, Catherine Charlton, fille du recteur de l'église épiscopalienne Saint-André de Staten Island, meurt en 1777 alors qu'Élisabeth n'a que trois ans.[16]
Élevée par un père souvent absent et une belle-mère apparentée aux Roosevelt, l'enfant grandit dans un milieu cultivé, marqué très tôt par le deuil et la lecture de la Bible.[17] Pieuse, sensible, elle fréquente la paroisse Trinity de Wall Street, fer de lance de l'épiscopalisme new-yorkais, et y prend l'habitude d'une vie de prière intense qu'elle gardera toute sa vie.[18][19]
Le mariage avec William Magee Seton (1794)
Le 25 janvier 1794, à dix-neuf ans, Élisabeth épouse William Magee Seton, riche négociant de vingt-cinq ans, héritier d'une maison d'import-export prospère ; la cérémonie est célébrée par Samuel Provoost, premier évêque épiscopalien de New York.[20] Le couple s'installe à Wall Street et connaît d'abord des années heureuses. Cinq enfants naissent de cette union.[21]
Pour mieux situer cette famille new-yorkaise, voici ses cinq enfants, dont le destin sera marqué par la foi de leur mère :
| Enfant | Dates | Destin notable |
|---|---|---|
| Anna Maria (« Annina ») | 1795-1812 | Morte à dix-sept ans, sa fille aînée se consacrera à Dieu sur son lit de mort |
| William II | 1796-1868 | Officier de marine de l'US Navy |
| Richard Bayley | 1798-1823 | Mort jeune en mer au large de l'Afrique |
| Catherine Josephine | 1800-1891 | Devenue religieuse, première Sœur de la Miséricorde américaine |
| Rebecca Mary | 1802-1816 | Morte à quatorze ans, infirme |
La ruine et la maladie
À la fin des années 1790, le contexte international se dégrade : le conflit larvé entre les États-Unis et la France révolutionnaire ruine le commerce maritime atlantique.[22] La maison Seton, Maitland & Co. sombre, et William Seton fait faillite (faillite consommée en décembre 1800) ; la famille perd sa demeure et une partie de son rang.[23] Dans le même temps, William développe une tuberculose avancée. Élisabeth, déjà engagée dans des œuvres de charité — elle a cofondé en 1797 la Society for the Relief of Poor Widows with Small Children, l'une des premières associations caritatives féminines de New York —, devient l'âme d'un foyer frappé par l'épreuve.[24][25]
Le voyage d'Italie et la grâce de l'Eucharistie (1803-1804)
La mort de William à Livourne (27 décembre 1803)
En 1803, dans l'espoir de sauver William par un climat plus doux, les Seton embarquent pour l'Italie, chez leurs amis et associés commerciaux, les Filicchi, à Livourne (Leghorn).[26][27] Mais à l'arrivée, par crainte de la fièvre jaune réputée sévir à New York, les autorités sanitaires les retiennent près d'un mois dans le lazaret glacial du port — une quarantaine éprouvante qui achève les forces du malade.[28][29]
William meurt le 27 décembre 1803, peu après la libération de la quarantaine ; il est enterré au cimetière protestant de Livourne.[30] Élisabeth, veuve à vingt-neuf ans, seule avec sa fille aînée Anna sur une terre étrangère, vit là le creuset de sa conversion.
Les Filicchi et la découverte du catholicisme
Recueillie par Filippo et Antonio Filicchi, riches négociants catholiques de Livourne, Élisabeth découvre une foi vivante et incarnée qu'elle n'avait jamais connue.[31][32] Les Filicchi la conduisent dans les églises, lui font visiter les sanctuaires de Toscane, lui expliquent la doctrine catholique et lui prêtent des livres de controverse.[33][34] Antonio Filicchi restera, après le retour en Amérique, son guide, son correspondant et son bienfaiteur fidèle.[35]
Ce qui la bouleverse n'est pas d'abord un argument, mais une présence : la foi catholique en la présence réelle du Christ dans le Saint-Sacrement. Habituée à voir dans la Cène un simple mémorial, elle est saisie par l'idée que Dieu lui-même demeure dans le tabernacle.
« Si seulement nous croyions ce qu'ils croient »
Dans une lettre à sa belle-sœur Rebecca Seton, écrite d'Italie, Élisabeth confie le trouble heureux qui la travaille :
« Comme nous serions heureux, si nous croyions ce que ces chères âmes croient : qu'elles possèdent Dieu dans le Sacrement, et qu'Il demeure dans leurs églises, et qu'on le leur porte lorsqu'elles sont malades. » — Élisabeth Ann Seton, lettre d'Italie, 1804[36]
Cette intuition eucharistique devient le centre de gravité de sa recherche. La présence réelle n'est pas pour elle une thèse théologique abstraite, mais la promesse d'un Dieu qui ne quitte pas les siens. De retour à New York au printemps 1804, elle est déjà catholique de cœur, bien avant de l'être de droit.[37][38]
La conversion et l'épreuve (1804-1808)
L'entrée dans l'Église catholique (14 mars 1805)
Le combat intérieur dure près d'un an. Déchirée entre la fidélité à sa famille épiscopalienne et l'appel qu'elle ne peut taire, conseillée à distance par Antonio Filicchi et par le futur évêque John Carroll, Élisabeth franchit le pas le 14 mars 1805.[39][40] Elle est reçue dans l'Église catholique à l'église Saint-Pierre de Barclay Street, alors l'unique église catholique de New York, par le père Matthew O'Brien.[41]
Quelques semaines plus tard, le jour de l'Annonciation, elle reçoit pour la première fois la communion. Sa joie est immense : elle a enfin « reçu Dieu », selon le mot qu'elle attendait depuis l'Italie.[42] Elle sera confirmée l'année suivante par Mgr John Carroll, premier évêque catholique des États-Unis.[43]
Le rejet de la société protestante
La conversion a un prix immédiat et lourd. Dans le New York protestant du début du XIXᵉ siècle, le catholicisme est perçu comme une religion d'immigrés pauvres, étrangère et suspecte.[44] Beaucoup de proches d'Élisabeth se détournent d'elle ; certains parents lui retirent leur soutien financier, et l'école qu'elle tente d'ouvrir pour subsister périclite faute d'élèves.[45][46] Veuve, sans fortune, mère de cinq enfants, elle traverse trois années de pauvreté et d'isolement, soutenue surtout par la fidélité d'Antonio Filicchi.
Loin de la briser, l'épreuve creuse en elle une liberté intérieure nouvelle. Sa correspondance de ces années montre une âme qui s'accroche à la volonté de Dieu comme à un roc et qui découvre, dans le dénuement, une paix que la prospérité d'autrefois ne lui avait jamais donnée.[47][48]
Baltimore et l'appel à fonder
En 1808, le père Louis-Guillaume Dubourg, prêtre sulpicien et président du collège Sainte-Marie de Baltimore, invite Élisabeth à venir ouvrir une école pour jeunes filles dans cette ville, capitale du jeune catholicisme américain.[49][50] Elle s'installe rue Paca, près de la chapelle des sulpiciens, et y rassemble bientôt autour d'elle des compagnes désireuses de partager sa vie de prière et d'enseignement.[51]
Là germe une idée plus vaste : non plus seulement une école, mais une communauté religieuse consacrée. Avec l'appui des sulpiciens et de l'archevêque Carroll, le projet prend forme à une vitesse étonnante.
Mère Seton et les Sœurs de la Charité (1809-1821)
Les premiers vœux et le titre de « Mère » (25 mars 1809)
Le 25 mars 1809, jour de l'Annonciation — date chère à son cœur eucharistique —, Élisabeth Seton prononce ses premiers vœux privés de pauvreté, chasteté et obéissance devant l'archevêque John Carroll.[52][53] Elle prend désormais le nom sous lequel l'histoire la retiendra : Mère Seton (Mother Seton). Autour d'elle, les premières compagnes revêtent un habit noir simple, inspiré du vêtement des veuves italiennes qu'elle avait vues à Livourne.[54]
Emmitsburg et la naissance de la communauté
À l'été 1809, la petite communauté quitte Baltimore pour Emmitsburg, bourg rural du Maryland au pied des Catoctin Mountains, où un bienfaiteur a offert des terres.[55][56] Le 31 juillet 1809, Mère Seton y établit officiellement les Sœurs de la Charité de Saint-Joseph — la première communauté religieuse féminine fondée aux États-Unis.[57][58] Les débuts sont rudes : la première demeure, la « Maison Blanche », est exiguë et froide, les ressources maigres, l'hiver dur. Mais les vocations affluent.
« Dans une maison toute petite, mais où la charité avait largement sa place, elle a semé en Amérique une graine qui, par la grâce divine, est devenue un grand arbre. » — Jean XXIII, lors de la béatification d'Élisabeth Ann Seton, 17 mars 1963[59]
L'école libre Saint-Joseph (22 février 1810)
Le 22 février 1810, Mère Seton ouvre à Emmitsburg l'école libre Saint-Joseph (St. Joseph's Free School), destinée à instruire gratuitement les filles pauvres de la paroisse, tout en accueillant des pensionnaires payantes dont les frais financent l'œuvre.[60][61] Les historiens y voient l'acte de naissance du système scolaire paroissial catholique américain : pour la première fois, des religieuses enseignent gratuitement la foi et les lettres à des enfants du peuple sur le sol des États-Unis.[62][63]
Cette intuition pédagogique est inséparable de sa foi : pour Mère Seton, instruire un enfant pauvre, c'est servir le Christ et préparer une génération chrétienne dans un pays neuf. L'œuvre essaime vite : du vivant même de la fondatrice, les sœurs ouvrent des écoles et un orphelinat à Philadelphie (1814) puis à New York (1817).[64][65]
La règle de saint Vincent de Paul
En 1811-1812, la communauté adopte une règle inspirée de celle des Filles de la Charité fondées en France par saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac, adaptée aux conditions américaines.[66][67] Mère Seton inscrit ainsi son œuvre dans la grande tradition vincentienne de la charité : servir les pauvres, c'est servir « nos maîtres et seigneurs », le Christ présent dans les petits. Cette filiation spirituelle deviendra, des décennies après sa mort, une union juridique : plusieurs branches de ses sœurs s'agrégeront aux Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul.[68]
Les deuils et la fécondité de la Croix
Les dernières années de Mère Seton sont une montée au Calvaire. Elle voit mourir, l'une après l'autre, deux de ses filles : Anna Maria (« Annina ») en 1812, à dix-sept ans, qui prononce ses vœux sur son lit d'agonie, puis Rebecca en 1816, à quatorze ans.[69][70] Elle-même est minée par la tuberculose qui avait emporté son mari. Loin de l'amertume, ces épreuves épanouissent sa spiritualité d'abandon : elle écrit que tout, jusqu'à la mort de ses enfants, est « la volonté de Dieu », et qu'il faut l'embrasser non par résignation, mais par amour.[71][72]
« Faire la volonté de Dieu » : la spiritualité d'Élisabeth Seton
Une âme eucharistique
Toute la vie intérieure de Mère Seton procède de la grâce reçue en Italie : la foi en la présence réelle. À Emmitsburg, elle passe de longues heures devant le tabernacle, dont elle disait que la proximité valait à elle seule tous les sacrifices de sa conversion.[73][74] L'Eucharistie n'est pas pour elle une dévotion parmi d'autres : c'est le cœur battant de sa journée et de sa communauté, la raison pour laquelle elle a tout quitté.
L'abandon à la volonté de Dieu
Si Élisabeth Seton a légué une formule à ses filles spirituelles, c'est bien celle de l'abandon actif à la volonté divine — une intuition qui rejoint le cœur de la spiritualité catholique de tous les temps :
« La première fin que je me propose dans notre travail quotidien est de faire la volonté de Dieu ; deuxièmement, de la faire de la manière dont Il la veut ; et troisièmement, de la faire parce que c'est sa volonté. » — Élisabeth Ann Seton, écrits spirituels[75]
Cette doctrine en trois degrés — faire la volonté de Dieu, la faire comme Il la veut, la faire parce que c'est la sienne — n'est pas une simple morale de l'effort. Elle décrit une union progressive de la volonté humaine à la volonté divine, où l'âme cesse de chercher son propre vouloir pour épouser celui de Dieu jusque dans les plus humbles tâches. Mère Seton ajoutait que cette voie était à la portée de tous, dans l'état ordinaire de la vie :
« Nous savons certainement que notre Dieu nous appelle à une vie sainte. Nous savons qu'Il nous donne toute grâce, toute grâce abondante ; et bien que nous soyons si faibles de nous-mêmes, cette grâce est capable de nous porter à travers tout obstacle et toute difficulté. » — Élisabeth Ann Seton, écrits spirituels[76]
« Soyez les enfants de l'Église » : la mort (4 janvier 1821)
Usée par la maladie et les deuils, Mère Seton meurt à Emmitsburg le 4 janvier 1821, à quarante-six ans.[77][78] Les Annales de la communauté, qui consignent ses derniers moments, rapportent sa dernière exhortation comme supérieure, adressée aux sœurs rassemblées autour de son lit — un ultime appel à la fidélité ecclésiale :
« Soyez les enfants de l'Église, soyez les enfants de l'Église. » — Élisabeth Ann Seton, dernière exhortation à ses sœurs, 4 janvier 1821[79]
Ses tout derniers mots, après les derniers sacrements reçus du père Dubois, furent les noms de la Sainte Famille.[80]
Elle laisse une congrégation de plusieurs dizaines de sœurs, des écoles et des orphelinats en pleine expansion, et le souvenir d'une sainteté toute simple, vécue dans la condition d'épouse, de mère, de veuve et de religieuse. Sa fête liturgique sera fixée au 4 janvier, jour de sa naissance au Ciel.[81]
De la Servante de Dieu à la sainte (1940-1975)
La cause et les miracles
La cause de béatification d'Élisabeth Ann Seton est introduite à Rome le 28 février 1940, lui valant le titre de Servante de Dieu.[82] Le 18 décembre 1959, Jean XXIII reconnaît l'héroïcité de ses vertus et la déclare Vénérable.[83] La route vers les autels passe ensuite par la reconnaissance de miracles soumis à une expertise médicale rigoureuse.
Le tableau ci-dessous récapitule les guérisons retenues par l'Église, jugées scientifiquement inexplicables après examen :
| Guérison retenue | Date | Diagnostic | Étape |
|---|---|---|---|
| Sœur Gertrude Korzendorfer | 1934 | cancer du pancréas jugé inopérable (Fille de la Charité, La Nouvelle-Orléans) | Béatification |
| Ann Theresa O'Neill | 1952 | leucémie lymphoblastique aiguë, à 4 ans | Béatification |
| Carl Eric Kalin | octobre 1963 | encéphalite, forme rarissime de maladie cérébrale (hôpital Saint-Joseph de Yonkers) | Canonisation |
Le cas le mieux documenté médicalement est celui d'Ann Theresa O'Neill, fillette de quatre ans de Baltimore. Diagnostiquée le 17 février 1952 d'une leucémie lymphoblastique aiguë et confirmée par ponction médullaire le lendemain, elle est renvoyée chez elle comme « sans espoir » après l'échec du traitement à l'aminoptérine, les médecins ne lui donnant « plus que deux semaines ».[84] Le docteur Milton S. Sachs, hématologue de l'hôpital universitaire du Maryland, soulignait qu'à cette époque « les rémissions spontanées survenaient dans un cas sur cent ou moins » et qu'aucun traitement ne permettait alors une guérison durable.[85] Après une neuvaine implorant l'intercession de Mère Seton et l'application d'une relique, l'enfant guérit complètement ; les ponctions de contrôle de 1954 et 1957 demeurent normales.[86] Le miracle est accepté par la Congrégation des Rites en 1959.[87]
La première guérison retenue pour la béatification est celle de sœur Gertrude Korzendorfer, Fille de la Charité de La Nouvelle-Orléans, guérie en 1934 d'un cancer du pancréas que les médecins jugeaient inopérable. Avec celle d'Ann O'Neill, elle fait partie des deux miracles approuvés en 1961 en vue de la béatification.[88]
Le miracle retenu pour la canonisation est celui de Carl Eric Kalin, ingénieur sexagénaire de Yonkers (New York), admis en octobre 1963 à l'hôpital Saint-Joseph dans le coma, atteint d'une forme rarissime d'encéphalite. Après les prières d'intercession des Sœurs de la Charité et l'application d'une relique de Mère Seton, il sort du coma puis quitte l'hôpital guéri quelques jours plus tard.[89]
Béatification par Jean XXIII (1963)
Le 17 mars 1963, Jean XXIII proclame bienheureuse Élisabeth Ann Seton, première Américaine de souche à recevoir cet honneur.[90] Dans son allocution, le pape salue la fécondité prodigieuse d'une œuvre née dans le dénuement d'une « maison toute petite » d'Emmitsburg.[91]
Canonisation par Paul VI (14 septembre 1975)
Le 14 septembre 1975, fête de la Croix glorieuse, Paul VI canonise Élisabeth Ann Seton place Saint-Pierre, devant une foule immense où se presse une délégation américaine considérable.[92] L'événement est historique : pour la première fois, l'Église élève sur les autels une fille née sur le sol des États-Unis.
« Élisabeth Ann Seton est une sainte ! [...] Elle est la première fille des États-Unis d'Amérique à être glorifiée de cet incomparable attribut ! » — Paul VI, homélie de canonisation, 14 septembre 1975[93]
Dans la même homélie, le pape souligne qu'elle fut « pleinement américaine » et qu'à travers elle l'Église honore « sa contribution personnelle et extraordinaire en tant que femme — épouse, mère, veuve et religieuse ».[94] Saluant le courage de sa conversion, « connaissant bien ce qu'il en coûta à Élisabeth de passer à l'Église catholique », Paul VI fait d'elle un modèle pour les laïcs comme pour les consacrés.[95]
Une postérité éducative et spirituelle
L'héritage de Mère Seton dépasse de loin la petite communauté d'Emmitsburg. Six congrégations distinctes de Sœurs de la Charité, aux États-Unis et au Canada, font remonter leurs origines à sa fondation, et plusieurs branches se sont rattachées aux Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul.[96][97] Du vivant de la fondatrice puis après sa mort, ses filles spirituelles ont essaimé d'un océan à l'autre, ouvrant écoles, orphelinats et hôpitaux — dont le premier hôpital catholique à l'ouest du Mississippi, à Saint-Louis.[98]
Son nom est porté par d'innombrables institutions : l'université Seton Hall (fondée en 1856 par son neveu, l'évêque James Roosevelt Bayley), l'université Seton Hill, des collèges, des hôpitaux et des centaines de paroisses et d'écoles à travers les États-Unis.[99] Patronne des écoles catholiques, des veuves et des convertis, elle demeure pour le catholicisme américain une figure fondatrice : la preuve qu'une sainteté éminente pouvait naître et fleurir sur cette terre neuve.
Au-delà de l'Amérique, Élisabeth Seton parle à tout chrétien tenté de croire la sainteté réservée aux cloîtres ou aux temps anciens. Épouse aimante, mère endeuillée, veuve ruinée, convertie rejetée, fondatrice épuisée — elle a traversé toutes les conditions de la vie laïque avant la vie religieuse, et les a toutes sanctifiées par un seul mouvement de l'âme : « faire la volonté de Dieu ».[100]
Pour aller plus loin
- Saint Vincent de Paul (1581-1660) — le père de la charité organisée moderne, dont Mère Seton adopta la règle pour ses sœurs.
- Sainte Louise de Marillac (1591-1660) — cofondatrice des Filles de la Charité, modèle des Sœurs de la Charité de Saint-Joseph.
- L'Eucharistie et la présence réelle — le cœur de la conversion d'Élisabeth Seton.
- Jean XXIII (1881-1963) — le pape qui la déclara vénérable puis bienheureuse.
- Sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897) — autre maîtresse de la « petite voie » de la sainteté ordinaire.
- Saint Jean Bosco (1815-1888) — contemporain et géant de l'éducation chrétienne de la jeunesse.
Notes et références
Wikipedia (EN), "Elizabeth Ann Seton" : en.wikipedia.org. Notice encyclopédique générale donnant le contexte et la chronologie d'ensemble ; chaque fait précis de l'article est sourcé à sa référence propre ci-dessous.
1 8 18 22 26 28 30 31 39 41 43 46 49 52 55 57 60 64 66 69 81 82 83 90 96 98 99Encyclopædia Britannica, "St. Elizabeth Ann Seton" : britannica.com. Présente Élisabeth Seton comme fondatrice du système scolaire paroissial américain, l'installation à Baltimore (1808), la fondation à Emmitsburg (1809) et l'adoption de la règle des Filles de la Charité.
2 10 50 56 61 67 78Paul VI, homélie pour la canonisation d'Élisabeth Ann Seton, place Saint-Pierre, 14 septembre 1975, texte intégral sur vatican.va. Textes originaux : « Elizabeth Ann Seton is a Saint! » ; « She is the first daughter of the United States of America to be glorified with this incomparable attribute! » ; « Elizabeth Ann Seton was wholly American! » ; mention de sa contribution « as a woman—a wife, a mother, a widow, and a religious ».
3 92 93 94 95Encyclopedia.com (notice Gale, même lien que [^naissance]) : après la mort du beau-père en 1798, William Seton reprend la maison Seton-Maitland sans en avoir le talent ; le commerce, ruiné par la guerre navale non déclarée avec la France des années 1790, décline jusqu'à la faillite, consommée en décembre 1800.
4 23Encyclopedia.com, "Seton, Elizabeth Ann (1774–1821)" : encyclopedia.com. Détails sur la faillite de la maison Seton, la quarantaine au lazaret de Livourne, la confirmation par Mgr Carroll et l'agrégation ultérieure aux Filles de la Charité.
5 17 25 29 33 40 45 54 65 68 70 77 97Joan Barthel, American Saint: The Life of Elizabeth Seton, Thomas Dunne Books / St. Martin's Press, New York, 2014, p. 92. Cite la lettre d'Italie d'Élisabeth Seton à sa belle-sœur. Texte original : « How happy we would be if we believed what these dear souls believe, that they possess God in the Sacrament and that He remains in their churches and is carried to them when they are sick. »
6 34 36 37 74National Shrine of Saint Elizabeth Ann Seton (Emmitsburg, Maryland), biographie officielle : setonshrine.org. Récit de la conversion, du rôle des Filicchi, de la vie eucharistique et de la fondation de la communauté.
7 11 19 27 32 35 38 42 47 51 53 58 63 72 73National Women's History Museum, "Biography: Elizabeth Ann Seton" : womenshistory.org. Sur le père médecin du port de New York, l'engagement caritatif d'Élisabeth (Society for the Relief of Poor Widows with Small Children, 1797) et le rejet social après sa conversion.
9 24 44 62Élisabeth Ann Seton, écrits spirituels, repris dans l'Office des lectures de sa mémoire liturgique (4 janvier), Liturgie des Heures. Texte original de la maxime sur la volonté de Dieu : « The first end I propose in our daily work is to do the will of God; secondly, to do it in the manner He wills it; and thirdly, to do it because it is His will. »
12 48 71 75 76 100FAMVIN, "The Death of Saint Elizabeth Ann Seton" (1er mars 2025) : famvin.org. D'après les archives des Filles de la Charité (docarchivesblog.org) : dernière exhortation comme supérieure — "I am thankful sisters, for your kindness, to be present at this trial. Be children of the Church; be children of the Church" (Annales, vol. 2, p. 412) ; derniers sacrements donnés par le père Dubois ; ses tout derniers mots furent les noms de la Sainte Famille. Voir aussi Seton Shrine, "Children of the Church" : entre ses prières et son dernier soupir — "Jésus !" — elle adresse à ses Sœurs son ultime fervorino, "Be children of the Church, be children of the Church" (setonshrine.org).
13 79 80Encyclopedia.com (Gale), "Seton, Elizabeth Ann (1774–1821)" : encyclopedia.com. Naissance à New York le 28 août 1774 ; fille de Richard Bayley, médecin, health officer de New York et premier professeur d'anatomie à Columbia, et de Catherine Charlton Bayley ; grand-père maternel recteur de l'église épiscopalienne Saint-André de Staten Island ; mère morte avant les trois ans d'Élisabeth.
14 16National Shrine of St. Elizabeth Ann Seton, "St. Elizabeth Ann Seton, Patroness of the Quarantine" : setonshrine.org. Le Dr Richard Bayley, nommé responsable médical de la station de quarantaine de Staten Island en 1799, contracte la fièvre jaune en 1801 et meurt avec Élisabeth à son chevet ; Encyclopedia.com (même notice que [^naissance]) : il succombe à la fièvre jaune contractée pendant l'épidémie qui frappait la ville.
15Encyclopedia.com, "Seton, Elizabeth Ann Bayley, St." : encyclopedia.com. Mariage avec William Magee Seton le 25 janvier 1794, vœux reçus par Samuel Provoost, premier évêque épiscopalien de New York ; FAMVIN, "Places of Elizabeth Ann Seton (5) — Trinity Church" : cérémonie présidée par Provoost, recteur de Trinity Church. Les cinq enfants et leurs années de naissance (1795–1802) : Encyclopedia.com (notice Gale, même lien que [^naissance]).
20 21Jean XXIII, allocution pour la béatification d'Élisabeth Ann Seton, 17 mars 1963. Texte original : « In a house that was very small, but with ample space for charity, she sowed a seed in America which by Divine Grace grew into a large tree. » Cité notamment par le National Shrine (setonshrine.org).
59 91« The Approved Miracle of Saint Elizabeth Ann Seton », étude médicale, PubMed Central (PMC6026976) : ncbi.nlm.nih.gov. Reconstitue le dossier médical d'Ann Theresa O'Neill (née le 7 octobre 1947) : diagnostic de leucémie lymphoblastique aiguë le 17 février 1952, pronostic fatal, guérison après neuvaine et application d'une relique, ponctions médullaires normales en 1954 et 1957, acceptation du miracle par la Congrégation des Rites en 1959. Médecins cités : Dr E. W. Johnson et Dr Milton S. Sachs.
84 85 86 87National Women's History Museum, "Biography: Elizabeth Ann Seton" : womenshistory.org. Premier miracle : sœur Gertrude Korzendorfer, guérie d'un cancer du pancréas à La Nouvelle-Orléans dans les années 1930 ; l'année 1934 et le caractère inopérable sont précisés par l'article "Meet the American who first achieved sainthood" ; Emmitsburg (archives du sanctuaire), "The Inspiring Legacy of Life" : les deux miracles requis pour la béatification (Korzendorfer et O'Neill) sont approuvés en 1961.
88Sisters of Charity of New York (Sr Regina Bechtle, Sr Mary McCormick), "Elizabeth Seton: A Saint For Our Times" : scny.org. En octobre 1963, Carl Kalin, ingénieur de la Con Edison à Yonkers, est admis à l'hôpital Saint-Joseph pour une maladie cérébrale rarissime (cinq cas documentés, aucun survivant) et guérit après les prières des Sœurs ; Wikipedia (EN) (même notice que [^wiki]) : 61 ans, coma, relique placée sur lui, guérison retenue comme miracle de la canonisation ; Emmitsburg (mêmes archives) : cette troisième guérison, d'une forme rare d'encéphalite, est déclarée miraculeuse en vue de la canonisation de 1975.
89